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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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30 avril 2010 5 30 /04 /avril /2010 12:39

 

Jean Peyrelevade, Le Monde daté 29 avril 2010...

 

 

 

Toute une mouvance qui se considère comme exprimant les valeurs de la "vraie gauche", les économistes d'Attac, les amis de Jean-Luc Mélenchon, Jean-Luc Mélenchon lui-même, voire l'aile souverainiste du Parti socialiste proposent au problème du financement des retraites une solution démagogique.

 

Leur thèse est simple, en deux parties. Premièrement, il faut "couvrir l'augmentation des besoins sociaux par un accroissement des prélèvements collectifs sur la richesse produite". Explicitons : nous ne devons ni reculer l'âge de la retraite, ni allonger la durée de cotisation, mais prélever davantage sur le revenu des actifs pour financer les pensions d'un nombre croissant d'inactifs.

 

Deuxièmement, il convient pour ce faire de ne pas toucher aux revenus du travail, mais uniquement à ceux du capital. "Cela est possible si le curseur de la répartition des revenus revient en faveur de la masse salariale. Celle-ci a connu trois décennies de dégradation, tandis que la part des dividendes dans le PIB est passée de 3,2 % en 1982 à 8,5 %. Un déplacement qui équivaut aux ressources supplémentaires pour financer les retraites (...)."

 

En démocratie, toute proposition mérite le débat. On voit bien ce que celle-ci a de plaisant. On ne touche pas aux "avantages acquis" et on fait payer par les seuls capitalistes (les bénéficiaires anonymes des revenus du capital) le coût que représente pour la collectivité l'allongement de l'espérance de vie dont nous bénéficions tous.

 

Malheureusement, cette solution séduisante repose sur des chiffres faux. Comme si, politiquement nécessaire, elle était si faible dans ses fondements qu'il faille, pour lui assurer une apparente plausibilité, travestir la réalité. Le capital doit prendre sa juste part du fardeau, il ne peut pas l'assumer tout entier.

 

Le mensonge, tellement répété d'une intervention à l'autre qu'il en devient lassant, est double :

1 - La répartition de la valeur ajoutée des sociétés non financières est, en ce qui concerne la part des salaires, stable depuis vingt ans : 65,3 % en 1988, 65,6 % en 2009, avec peu de variations intermédiaires. La dégradation ne s'étend donc pas sur trois décennies, mais se mesure par rapport à une seule, la plus éloignée dans le temps. La part des salaires dans la valeur ajoutée y avait atteint un maximum de 74,2 % en 1982, record historique absolu jamais égalé ni avant ni après, et qui intervint après les trois ébranlements majeurs que furent les chocs pétroliers de 1974 et de 1979 et la relance mitterrandienne de 1981.

Comme notre appareil productif supporta alors, en première ligne, le coût de l'ajustement (à la différence de ce qui se passa dans la plupart des pays développés), la part de l'excédent brut d'exploitation des entreprises dans la valeur ajoutée tomba à un minimum historique absolu de 23,9 % (contre 30 % aujourd'hui). A un tel niveau, une fois payés l'impôt et l'intérêt, on arrive à grand-peine à renouveler le capital existant. Inutile alors de parler d'investissement net, donc de croissance.

La thèse est-elle qu'il faut revenir aux ratios économiques de 1982, année de déséquilibre majeur débouchant sur deux dévaluations et deux plans de rigueur ? Si tel est le cas, il faut le dire et le justifier. Car, une fois de plus, après la correction imposée d'une trajectoire insoutenable, le partage salaires-profits est stable depuis deux décennies.

 

2 - Les dividendes net distribués par les sociétés non financières étaient bien en 1982 (année dont on a vu en quoi elle était exceptionnelle) égaux à 3,2 % de leur valeur ajoutée et sont depuis remontés jusqu'à 8 % en 2007. Mais ladite valeur ajoutée ne doit pas être confondue avec le PIB, dont elle ne représente que la moitié. Il faut être cohérent : rapportée au PIB, la distribution de dividendes est en fait passée de 1,6 % à 4 %, soit une variation du même ordre de grandeur que les ressources manquant au financement des retraites.

En gros, il faudrait supprimer la notion même de dividendes, donc de rémunération du capital, donc de capitalisme, pour financer les retraites. On rencontrerait sans doute quelques autres obstacles sur un chemin aussi enchanteur.

 

Je ne puis soupçonner tant de bons esprits, tellement attachés au bien public, d'incompétence. Ils savent ce qu'ils font et pourquoi ils travestissent les chiffres ou leur interprétation. La vérité économique leur importe peu, puisque leur thèse est politique.


Jean Peyrelevade, économiste.

 

 

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Published by Jean Peyrelevade, dans Le Monde - dans Economie et social
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commentaires

Marc d'Here 18/05/2010 19:00


Le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, a critiqué mardi le système de retraite à la carte, l'une des propositions de réforme du PS. "Quand vous allez au restaurant, la carte coûte
beaucoup plus cher que le menu", a déclaré Bertrand à la presse dans les couloirs de l'Assemblée nationale.

"La retraite à la carte, c'est la proposition de ceux qui n'ont pas d'idées, qui n'ont pas de courage en matière de retraites", a-t-il poursuivi. En outre, "la retraite à la carte, cela veut dire
que ceux qui ont beaucoup d'argent sont toujours capables d'organiser leur retraite et ceux qui ont les revenus les plus modestes doivent compter sur le système de retraite".

Pour le PS, "c'est très commode, c'est retraite à la carte pour ne pas s'engager sur la durée d'activité", a-t-il critiqué. L'UMP, au contraire, proposera "des garanties générales, des règles
générales pour tous les Français", a-t-il affirmé. Bertrand a réitéré son opposition à une remise en cause du bouclier fiscal pour financer les retraites. "S'il y a une cotisation spécifique qui
est mise en place, elle ne rentrera pas dans le bouclier fiscal mais ce n'est pas pour autant qu'il faut remettre en cause le bouclier fiscal".

Le projet du Parti socialiste sur les retraites est discuté mardi soir par la direction du parti, en bureau national. Parmi les grandes lignes, figurent le maintien de l'âge légal de départ à la
retraite à 60 ans et la retraite choisie, à la carte.

AFP


sergiozz 03/05/2010 17:04


Quand on fournit de fausses déclarations à la FED, on peut très bien raconter n'importe quoi sur les retraites.


Marc d'Here 03/05/2010 18:34



Ah Bon! Que tout cela est intéressant!!



sergiozz 03/05/2010 12:02


Peut-on faire confiance à ce personnage ?!

Nommé en 1981 directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy et conseiller économique du Premier ministre, il géra les nationalisations, tout en professant son opposition à celles-ci.
Depuis 2004, il est associé gérant dans la banque d'affaires Leonardo, et demeure administrateur de plusieurs sociétés françaises de premier plan.
En janvier 2006, Jean Peyrelevade a été condamné dans le cadre de l'Affaire Executive Life à une peine de 500.000 $, 5 ans de mise à l'épreuve et 3 ans d'interdiction d'entrée sur le territoire
américain pour avoir fourni à la FED de fausses déclarations1. M. Peyrelevade avait « plaidé coupable » dans l'affaire.
Il a soutenu François Bayrou lors de l'élection présidentielle française de 2007,... !!!!!


Marc d'Here 03/05/2010 15:07



Et alors?



sergiozz 02/05/2010 21:24


"Il faut être cohérent : rapportée au PIB, la distribution de dividendes est en fait passée de 1,6 % à 4 %, soit une variation du même ordre de grandeur que les ressources manquant au financement
des retraites. "

Peyrelevade avoue donc qu'on peut trouver des ressources en distribuant moins de dividendes. Ensuite, il conclue que Mélenchon et consorts ne veulent prendre de l'argent que sur les dividendes.
Conclusion hative. Quand on voit qu'en une quinzaine d'années, l'augmentation des revenus du haut de l'échelle salariale implique une échelle de salaires allant jusqu'à 400 fois le SMIC contre 40
fois il y a une quinzaines d'années. Donc, les hauts revenus peuvent cotiser plus pour les retraites.


Marc d'Here 02/05/2010 22:01



!!!!!



Elie Arié 01/05/2010 15:52


« La répartition de la valeur ajoutée des sociétés non financières est, en ce qui concerne la part des salaires, stable depuis vingt ans »

Si la part des salaires dans la valeur ajoutée a cessé de baisser en France, c’est grâce aux salaires les plus élevés et la transformation de revenus du capital en salaires.

Voir:

http://tinyurl.com/yd3cl7p


Marc d'Here 01/05/2010 23:52



Hum! Hum! Bien rapide comme conclusion!