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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 18:51

 

 

Par Youssef El Tounsi...

 

Moins de deux mois à peine, après le début de « la révolution du jasmin », les tunisiens sont inquiets, certains se disent même désabusés. En feuilletant  la presse désormais libre, en consultant internet, en écoutant mes amis restés au pays, je suis étonné de constater une inversion progressive de l’état d’esprit des tunisiens. Chaque jour, nombre d’entre eux, pourtant élevés dans la culture du silence et de l’économie de la parole, me confortent dans l’idée que l’euphorie décrite par les occidentaux, ne correspond pas à la réalité.

 

Les tunisiens disent que leur situation économique se détériore très rapidement, qu’à la dictature succède une certaine anarchie et que  la liberté laisse de plus en plus de place à l’insécurité. Anciens bénalistes ? Partisans du RCD aujourd’hui dissout ? Classe moyenne perturbée par les suites d’un mouvement révolutionnaire ? Toujours est-il que l’on entend avec surprise de nombreux tunisiens regretter le temps  « d’avant », qui assurait tranquillité et stabilité.

 

Les plus démunis ne paraissent pas plus optimistes. Certains continuent sporadiquement à se soulever dans l’ouest du pays, comme si rien ne s’était passé. D’autres, découragés, profitant du relâchement des contrôles des autorités maritimes, fuient le pays par milliers pour l’île de Lampedusa… 

 

Que se passe-t-il ?

 

La police de BEN ALI que l’on disait si nombreuse et si efficace avant la révolution a disparu. Elle n’assume plus sa mission de maintien de l’ordre dans le pays. Fragilisée, discréditée, elle laisse à l’armée le soin d’y pourvoir. Respectée par le peuple, celle-ci s’y emploie avec la meilleure volonté du monde, mais dans la limite de ses possibilités et de ses compétences et pour des actions ponctuelles.

 

La police se terre, toute initiative, toute intervention si légitime soit-elle, pouvant inéluctablement conduire le fonctionnaire zélé à se faire accuser, par le contrevenant, d’avoir servi BEN ALI et par sa hiérarchie, d’avoir  attiré l’attention sur le service dont il dépend.

 

Les 150 000 policiers de BEN ALI ne sont en réalité que 48 000, au grand dam du nouveau Ministre de l’Intérieur qui a invité les forces de l’ordre à réintégrer leurs casernes. Depuis sa récente nomination, cet ancien Procureur Général est allé à la télévision, informer la population, dans un arabe dialectal, inusité chez les responsables politiques depuis la fin de l’ère BOURGUIBA, des nombreux actes d’indiscipline, du tumulte et des soulèvements, qui existaient au sein de son ministère. Il a expliqué que lui-même avait été victime d’une attaque en règle de la part d’une horde d’individus, alors qu’il se trouvait dans son bureau avec le général Rachid AMMAR. Il a ajouté que l’un et l’autre n’avaient dû  leur salut qu’à une fuite précipitée, excluant par la même toute assistance de la part des fonctionnaires de police. Il s’en est suivi des arrestations, des révocations et des mises à la retraite de nombreux responsables de la police.

 

Du Ministre de l’intérieur aux gardiens de la paix, des hauts responsables, membres ou non du gouvernement transitoire, aux « élus » de l’ancien régime, tous ceux qui peuvent être soupçonnés d’avoir participé de près ou de loin au régime de BEN ALI, c'est-à-dire beaucoup de monde, tentent de se faire oublier, ou de donner des gages, au peuple qui les observe, en critiquant avec la plus grande sévérité l’ancien régime et leurs serviteurs, dont ils ont été,  affirment-ils avec un excès de sincérité, l’une des victimes.

 

La police absente, l’espace public est abandonné à qui veut le prendre. On voit des groupes déambuler dans les rues à l’affût d’un mauvais coup. Font-ils partie de ces délinquants sortis en nombre des prisons au moment des émeutes ? S’agit-il d’anciens membres du parti unique en déshérence ou  de désœuvrés  à la recherche d’une opportunité ? Peut-être un peu tout cela. Toujours est-il qu’a la nuit tombée, les tunisois s’enferment chez eux à double tour, comme aux pires heures de la répression coloniale.              

 

Insécurité, délations, dénonciations, désengagement, conduisent à une situation délétère généralisée qui sévit dans pratiquement tous les ministères, occupés par leurs propres employés, qui demandent des augmentations de salaires et par des gens venant de l’extérieur, qui viennent réclamer une place dans le nirvana de la fonction publique, qui fait aussi rêver les tunisiens sans emploi.

 

Dans les entreprises publiques en particulier, mais aussi dans certaines entreprises privées, les responsables sont mis à la porte par des membres du personnel qui règlent ainsi  de vieux comptes. On assiste à une valse des responsables nommés par l’ancien régime, mais aussi de ceux qui l’ont été par l’actuel, lorsque les nouveaux nommés n’ont toujours pas l’heur de plaire à ceux qu’ils sont chargés de diriger. Tout ceci dans une totale indifférence des pouvoirs publics dont les responsables se contentent d’entériner « ce que veut le peuple », s’évitant ainsi d’être eux-mêmes victimes de son ire.

 

Ainsi, les gouverneurs sitôt nommés sont démis de leurs fonctions sans trop que l’on sache pourquoi. De nombreux postes se trouvent sans titulaire. Le motif clé de la sanction est d’avoir fait partie de l’ancien régime, ce qui est une condition aisément remplie par n’importe quel fonctionnaire.

 

Seules les femmes, pourtant majoritaires dans le pays ne semblent pas avoir voix au chapitre. Leurs protestations réitérées devant l’absence de toute présence du sexe faible parmi les 24 gouverneurs récemment nommés, comme d’ailleurs dans la quasi-totalité des nominations intervenues dans la haute administration et dans les entreprises nationales, n’ont eu aucun écho. Il est vrai que l’exemple a été donné au moment de la formation du gouvernement d’union nationale qui ne compte que trois femmes, pour des ministères ou des secrétariats d’Etat d’une importance tellement relative, qu’aucun tunisien ne serait capable de les citer. 

         

Les grèves comme les rumeurs de grève sont incessantes, les arrêts de travail sont imprévisibles, ils ne font jamais l’objet d’un préavis. Grèves tournantes et surtout sit in ont la faveur des tunisiens.

 

Justifiées ou non, elles accroissent le sentiment de pagaïe généralisée que les tunisiens ne connaissaient pas jusqu’alors.

 

La grève déclenchée dans un dépôt d’essence, même après avoir été démentie, conduit à des files d’attente aussi interminables qu’inattendues devant les stations services.

 

Les employés municipaux dont on sait aujourd’hui qu’ils avaient pour nombre d’entre eux un statut précaire, sont en grève pour être titularisés. A Tunis les rues ne sont plus balayées, les ordures ne sont plus ramassées, des montagnes de détritus s’entassent sur les trottoirs. 

 

Ces mouvements sociaux risquent de se généraliser, les travailleurs tunisiens ayant compris que la situation était propice aux revendications, même les moins légitimes.

 

La grève d’une des agences de Tunis Air est à cet égard significative. On raconte que le personnel ayant  décidé de faire un sit in devant ses bureaux pour solliciter une augmentation de 350 Dinars, le responsable de l’agence a pris sur lui de solliciter le concours de l’armée pour régler ce conflit. Il a présenté au jeune lieutenant arrivé sur place avec quelques hommes, les fiches de paie des manifestants, dont les montants correspondaient en moyenne à une solde d’officier. L’agence fut alors évacuée sur le champ manu militari.

 

Des individus extérieurs tentent de profiter de l’aubaine que leur procure ces mouvements.

 

La grève à CARREFOUR situé près de Tunis, qui est le centre commercial le plus important de Tunisie, est l’exemple même de cette situation de tumulte qui règne dans les entreprises. Son personnel a choisi de solliciter une augmentation de salaires  en faisant un sit in devant le magasin. Aux mille employés en grève sont venus se mêler des groupes incontrôlés qui avaient la ferme intention d’investir le centre commercial. Il a fallu l’intervention de l’armée et des tirs de sommation pour empêcher le pillage qui se préparait. Les responsables ont alors décidé de fermer provisoirement le magasin.      

 

A GAMMARTH, banlieue de Tunis, devant les revendications de son personnel jugées démesurées, la direction de l’hôtel REGENCY, a également préféré fermer provisoirement l’établissement.  

 

La tournure prise par les évènements est telle, qu’elle a conduit le secrétaire général de l’UGTT, syndicat unique et très puissant, pourtant peu complaisant, à demander aux travailleurs tunisiens, dans une allocution télévisée, de modérer leurs revendications.

 

Dans le secteur public, fonction publique et entreprises nationales, la tendance est à la plus grande bienveillance pour satisfaire les revendications. Augmentation de salaires, primes,  titularisations, sont généreusement accordées par le gouvernement de transition, sans aucune discussion et sans même se préoccuper de savoir si le budget de l’Etat sera en mesure de faire face à ces dépenses, jugées pourtant excessives par les experts.

 

Le gouvernement ajoute encore aux dépenses, des mesures sociales manifestement hors de proportion avec le budget de l’Etat tunisien. Si l’allocation unique de 500 Dinars (environ 255 €) accordée aux étudiants du 3e cycle, « dont la situation sociale le justifie, » est budgétairement acceptable, il n’en va pas de même pour l’indemnité mensuelle de 150 Dinars (76,50 €) ou de 250 Dinars (127, 5 €)  selon les sources, qu’il est prévu d’allouer aux personnes à la recherche d’un emploi. Compte tenu du taux de chômage très élevé et du fait même que le SMIG tunisien est de 260 Dinars (132 €) pour 48 heures de travail hebdomadaire, cette mesure inciterait immanquablement les travailleurs tunisiens à percevoir cette indemnité, plutôt qu’à partir travailler chaque matin.    

 

Cette désorganisation quasi généralisée de l’administration, de l’économie et des finances de l’Etat, avec une saison touristique très compromise, risque, au moins sur le court terme, sans pouvoir encore parler de chaos, de fausser les élections et de rendre difficile la tâche des futurs gouvernants de la Tunisie.

 

La mise à bas du régime de dictature, instauré par le Président Ben Ali, suffira-t-elle à satisfaire les uns et les autres ? Il est certainement trop tôt pour le dire. Personne ne sait de quoi après-demain sera fait. C’est le prix de toute révolution.

   

                                                                                 Youssef El TOUNSI    

 

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12 février 2011 6 12 /02 /février /2011 09:38

 

Claude Imbert, Le Point du 10 02... 

 

 

L'éviction des despotes ne peut qu'enchanter des hommes libres. C'est nous montrer dignes des libertés conquises par nos aïeux que de saluer leur avènement chez de moins chanceux que nous. De partager l'émotion historique considérable de cette première brèche dans l'univers emmuré arabo-musulman. Et de comprendre, comme notre propre histoire l'enseigne, que la révolte peut conduire ou non à la révolution. Et la révolution mener ou non à la démocratie.

 

En Tunisie, en Egypte, la révolte brise un mur et, dans son éboulis, découvre l'étroite lumière de la liberté. Ce fut d'abord une révolte morale contre la misère pour des millions de pauvres hères encaqués dans l'échec arabe. Une révolte contre la souffrance de jeunesses sans travail et qui voient s'envoler, avec la crise, les prix de leur maigre ordinaire de blé et de riz. Cette révolte, en explosant, déboulonne en Tunisie, ébranle en Egypte des despotes incrustés au pouvoir depuis des décennies.

Voici qu'en hurlant leur colère les foules découvrent l'usage de libertés interdites. Voici que leurs cris courent les ondes, enflamment le Net et ses réseaux. Et que l'alchimie de la révolte marie la soif du mieux-être à celle des libertés. Avec le fol espoir que les libertés empliront aussi les marmites...

Alors, révolte ou révolution ? Eh bien, révolution ! Et même si le changement de régime est incertain à Tunis, improbable au Caire ! Révolution, car la foule a vaincu sa peur. Car, dans l'exaltation médiatisée de ses conquêtes, la foule est devenue " le " peuple. Car la révolte, dans son éruption, aura démenti le " théorème " qui veut qu'en pays musulman il n'y ait d'alternative aux vieux potentats que dans un pouvoir islamisé. Car, ce coup-ci, la voix des mosquées n'a pas inspiré, orienté, manigancé la révolte populaire.

 

Est-ce la fin de l'épouvantail islamiste ? Pas encore ! Ben Ali et Moubarak ont combattu, emprisonné, exilé les militants de l'intégrisme. La Tunisie et l'Egypte sont de ces despotismes que l'Occident préfère à l'hypothétique régression de masses islamisées. On rappelle avec raison comment nos naïfs droits-de-l'hommistes ont, chez nous, célébré l'éviction du chah sans voir que, sous leurs yeux, Khomeyni et ses barbus ne faisaient qu'une bouchée des gentils démocrates de la première heure...

En Tunisie occidentalisée, éduquée, laïcisée, avec les femmes les plus libérées du monde arabe, nation sans autres ressources qu'un peuple doué et industrieux, le réveil de l'islam, de son culte, de ses voiles et de ses prêches ne charrie, pour le moment, aucune revendication intégriste. La Tunisie peut ainsi espérer une transition prédémocratique. Peut-être comme l'Espagne, immunisée par les horreurs de sa guerre civile, sut la ménager, jadis, à la mort du Caudillo. Par chance, l'islam tunisien pourra, dans les forces nouvelles, compter avec un camp laïque vigoureux. Alors, croisons les doigts !

 

Hélas, on ne peut considérer du même oeil le sort d'une Egypte misérable avec le ballant décisif de ses 80 millions d'habitants. L'assistance américaine, les revenus du canal de Suez et un tourisme vulnérable hissent, à grand peine, la tête du pays hors de l'eau. En Egypte, un collectif militaire tient toutes les rênes depuis quarante ans. L'armée est partout. Grand propriétaire foncier, principal agent économique, le pouvoir militaire assume, certes, sa paix avec Israël, mais entretient un nationalisme volontiers antisioniste. Il réprime peu les avanies que le fanatisme ordinaire réserve aux 7 millions de coptes.

Pour l'heure, la seule grande opposition constituée, c'est celle des Frères musulmans, tenue en lisière, éliminée par le truquage électoral. Même si leur discours public s'écarte du prône intégriste, nul ne peut prédire leur sort dans une transition acrobatique. Ils n'ont pas hésité, dans l'émeute, à réveiller le populisme xénophobe. Bref, l'incertitude existe. Elle n'est pas obscène.

 

Seuls nos cabris droits-de-l'hommistes connaissent déjà l'avenir... Ils fustigent la réserve des pouvoirs occidentaux. Il faudrait, disent-ils, se prosterner d'avance devant l'avenir radieux de la déesse Révolution. Notre prudence ferait de nous des couards, des relaps...

Fadaises ! Rien n'interdit, bien sûr, d'espérer la naissance, un jour, d'une démocratie halal. D'une démocratie licite qu'un islam à la turque accepterait de voir pousser sur des terres jusqu'ici stériles. Le monde arabe compte 100 millions de jeunes, de 15 à 29 ans, travaillés par le chômage, Internet et l'image enviée du décollage asiatique. Leur révolution culturelle, la réforme qu'elle imposera à l'islam demeurent la meilleure chance d'une vraie révolution politique. C'est eux qu'il faut aider. Et sans passer, d'emblée, les bornes qui séparent l'espérance de l'illusion.

 

Claude Imbert, Le Point

 

 

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7 février 2011 1 07 /02 /février /2011 14:17

 

 De Gil Mihaeli. A lire sur l'excellent site  Causeur.fr que je vous conseille vivement ...

 

Le 03 février...

 

 

Un million de personnes sur la place de la Libération au Caire. C’est énorme. Mais ce million représente-t-il le peuple égyptien ? Si l’on ajoute aux manifestants du Caire ceux qui défilent contre Moubarak (seul dénominateur commun de la contestation) à Suez, Alexandrie et d’autres villes, même en arrivant à deux millions de protestataires actifs de pour tout le pays, ceux-ci peuvent-ils être considérés comme les porte-parole de plus de 80 millions d’Egyptiens qui, eux, restent à la maison ?

 

Mutadis mutandis, c’est la question que se posait la France cet automne: les trois millions de manifestants contre la loi sur les retraites représentaient-ils une majorité des salariés de ce pays ? La gauche répondait par l’affirmative, la droite, tout aussi mécaniquement, disait le contraire : bien malin qui sait où était la vérité…

 

Où est le peuple ? En Tunisie, on n’a pas eu à se poser ce genre de question parce que personne ne contestait le fait que la minorité qui battait le pavé portait les revendications d’une majorité passive. Mais en Egypte, les derniers développements rendent cette interrogation essentielle. En effet, à la surprise générale, il est apparu hier que certains Egyptiens ne souhaitaient pas le départ de Hosni Moubarak. Manipulés ? Payés ? Vendus, mouchards, policiers en civil, comme on l’affirme ici avec autorité ? Peut-être, qui sait ? A-t-on pris la peine de vérifier les identités et motivations de chacun de ceux qui campaient jusqu’à hier après-midi sur la place Tahrir ?

 

En tout cas, l’entrée en scène des « pro-Moubarak » a brouillé l’image du deus ex machina des intrigues révolutionnaires, plus connu sous le nom de « Peuple ». Y a-t-il rupture ou solidarité entre la base déshéritée et l’avant-garde éclairée ? Certains reportages font état de pauvres, de « petits », de mangeurs de foul et de pain baladi, qui ne veulent pas de cette révolution portée par des diplômés et des petit-bourgeois capables d’écrire des slogans en français et anglais.

L’irruption, sur le terrain et sur nos écrans, de ces quelques dizaines de millions d’Egyptiens qui ne regardent pas CNN et ne lisent ni Libération, ni le Guardian, ni même Al Ahram vu qu’ils ne savent pas lire, devrait nous faire sortir de l’univers du western pour nous entraîner dans les imprévisibles méandres du réel. « Le peuple uni ne sera jamais vaincu », promet le slogan des révolutions latinos. Mais que se passe-t-il quand le peuple affronte le peuple ? Faut-il compter le nombre de têtes à chaque cortège ? L’expérience française de cet exercice de comptabilité devrait nous décourager.

 

S’il y a un vrai peuple et un faux, il faut qu’un personnage protège le premier et démasque le second. Ainsi, la neutralité de l’Armée, qui pas plus tard qu’avant-hier fraternisait avec le peuple, le vrai, devient-elle suspecte. Soudain, les bonnes âmes occidentales attendent d’elle qu’elle tire sur le peuple, enfin vous voyez ce que je veux dire, sur les collabos, l’anti-peuple – la populace ?

 

Où est donc le peuple ? De quel côté des barricades ? Dans la pièce nommée « Révolution », cet acteur a un rôle très précis à jouer et son nom est généralement orné d’une guirlande de lieux communs et métaphores rituelles. Le peuple est grand, le peuple s’éveille, le peuple a soif de liberté, le peuple a la mémoire longue, le peuple brise ses chaines, le peuple « fait trembler les tyrans et basculer l’Histoire » – il paraît que Laurent Joffrin en a encore un stock sous le coude pour ses prochains éditos. Quand les choses sont si compliquées, il est rassurant d’avoir des idées simples.

 

 

 

Gil Mihaeli, Causeur.fr

 

 

Remarque: Il n'y a jamais eu 3 millions de manifestants en France pendant la contestation du projet des retraites. Plusieurs études indépendantes et indubitables ont montré que les syndicats multipliaient par trois les chiffres réels,

 

Marc d'Héré

 

 

 

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 08:50

 

Communiqué de La Gauche Moderne...

 

 

Communiqué LGM
Dimanche 16 janvier 2011

Des élections au plus vite en Tunisie !

En provoquant la chute du régime du président Ben Ali et de son clan désormais en fuite, les Tunisiens ont pris courageusement leur destin en main et ouvrent par là même de nouvelles perspectives démocratiques pour toute la jeunesse maghrébine.
 

Le prix payé est cependant lourd et ces jours de liesse populaire ont été tristement endeuillées par les violences commises par les hommes du système de sécurité instaurés par le régime et désormais livrés à eux-mêmes.
I

l y a néanmoins urgence et les défis sont immenses pour la Tunisie, pilier de prospérité en Afrique : Coprésidence de l’Union pour la Méditerranée ; négociation de son statut avancé avec l’Union européenne ; maintien de la Banque africaine de développement sur son territoire ; poursuite de la politique d’investissements étrangers…
 

La Gauche Moderne se réjouit ainsi de la tenue prochaine d’élections présidentielles qu’elle souhaite transparente, pluraliste afin de doter le pays d’institutions stables, viables et incontestables.
 

Le peuple tunisien nous est proche, il saura montrer que les idéaux républicains peuvent s’épanouir dans un pays de tradition musulmane.

 

La Gauche Moderne

 

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Rappel:

  

Invitation à un café politique organisé par la Fédération de Paris de La Gauche Moderne

 

 lundi 24 janvier 2011 à 18 heures, à l'Entrepôt (Paris 14) sur le thème :

 

"Vox Populi ou Populisme, objet politique mal identifié"

 

 

avec  Max Gallo, Membre de l'Académie Française

 

et Stéphane Rozès, politologue

  

  Le lieu :

 

l'Entrepôt , 7 / 9 rue Francis de Pressensé  75014 Paris

Métro Pernety

 

 

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11 juillet 2008 5 11 /07 /juillet /2008 08:16

Denis MacShane, l'ancien ministre britannique des Affaires européennes de Tony Blair, aujourd'hui député travailliste, incite la France à convaincre les autres membres de l'Union européenne d'accorder une plus grande attention à la rive sud de la Méditerranée.

Le Figaro du 10 07
 

Faut-il désormais réduire la géopolitique à des acronymes ? On connaissait déjà l'Otan, l'UE, l'OMC. Plus récemment, les habitués de Davos ont parlé de la montée en puissance des Bric (Brésil, Russie, Inde et Chine).

L'Europe peut aussi choisir de diriger son attention vers les MAT le Maroc, l'Algérie et la Tunisie , les trois pays du Maghreb qui en sont les plus proches géographiquement, mais aussi du fait de leur langue et de leurs intérêts communs. Il y a deux types de nonistes en Europe. Ceux qui, comme les Irlandais aujourd'hui ou les Français hier, ont dit non à l'Europe. Et ceux qui, se désignant comme de bons Européens, opposent un non à toute idée novatrice concernant l'Europe. Lorsque le président Sarkozy a proposé la création d'une Union méditerranéenne, les sages de Bruxelles et de Berlin n'ont pas manqué de rechercher dans leur dictionnaire des raisons de dire non. Comme le notait La Rochefoucauld : « Le bon naturel qui se vante d'être si sensibleest souvent étouffé par le moindre intérêt ». Pourtant, rien ne pourrait faire plus de bien à l'Europe que de s'engager de manière constructive, intelligente et durable aux côtés des trois États MAT.

Berlin et Bruxelles ont répondu avec hostilité à l'initiative du président Sarkozy. Cependant, l'Europe a besoin de ce type de coup diplomatique pour afficher son élan, son leadership et faire oublier son suivisme et sa politique étrangère, faite du plus petit dénominateur commun susceptible d'émerger des réunions du Conseil européen.

Le processus de Barcelone fut lancé en 1995. Treize ans plus tard, ses résultats sont peu tangibles à l'exception de l'accord intervenu entre le Royaume-Uni et l'Espagne au sujet de Gibraltar. Sur des thèmes aussi fondamentaux que le Moyen-Orient, Chypre, le veto de la Grèce à l'encontre de la Macédoine ou encore l'hostilité d'États de l'Union européenne, telles que la Roumanie et l'Espagne, à l'égard du Kosovo, la politique euroméditerranéenne a produit plus de communiqués de presse que de changements concrets dans les comportements et les mentalités.

À l'inverse de ce qui se produisit avec l'entrée réussie de la Mitteleuropa dans l'Union européenne et avec le décollage de la Pologne, de la Hongrie et des États baltes, Bruxelles et les dirigeants européens n'ont porté qu'une faible attention aux MAT.

Il est vrai que les trois nations du Maghreb se heurtent à des problèmes majeurs. Les difficultés que rencontre l'Algérie sont trop longues à lister. La Tunisie se rapproche sans doute le plus, dans le monde nord-africain, du modèle d'un État qui cantonne l'islam au domaine de la foi et non du politique. Des femmes y sont ministres et la Tunisie a un revenu per capita plus élevé que celui d'États dans les Balkans comme la Serbie, l'Albanie et la Macédoine, qui revendiquent pourtant leur candidature à l'entrée dans l'UE.

Avec son nouveau roi, le Maroc a expérimenté une phase de renouveau mais, comme la Tunisie et l'Algérie, il reste incapable de rompre avec l'approche autoritaire de la politique qui ressemble à celle qui prévalait en Corée ou à Taïwan il y a 25 ans ou que connaissent certains pays d'Amérique latine aujourd'hui. Cependant, faut-il juger les pays MAT selon la même grille de lecture que celle réservée à la Suède ou à la Suisse contemporaine ?

L'Europe doit prendre pleine conscience de la pression permanente qu'exercent dans et sur ces États les forces islamistes conservatrices, réactionnaires à l'extrême, qui cherchent à détruire les droits existants et à introduire un État taliban dans lequel le fondamentalisme religieux étoufferait toute liberté.

On peut ne pas aimer l'administration Uribe en Colombie mais, mise à part l'extrême gauche, personne ne souhaiterait la voir remplacée par les assassins, les kidnappeurs et les narcotrafiquants que sont les FARC. De la même manière, si Amnesty International et Reporters sans frontières ont raison de critiquer les gouvernements au pouvoir dans les MAT, l'Europe devrait avoir l'honnêteté politique de reconnaître que l'alternative que représenterait une idéologie islamiste et djihadiste au pouvoir à Alger, Tunis ou Rabat, serait bien pire.

L'Europe serait mieux avisée de demander à l'Algérie de mieux dépenser les 100 millions de dollars de réserves de change provenant des revenus énergétiques du pays, pour développer une économie de marché plus moderne et pour recycler une partie de l'argent récolté grâce à la flambée du prix du pétrole en Europe. L'approche plus ouverte affichée par le Maroc et la Tunisie à l'égard d'Israël et leur langage plus tolérant vis-à-vis des Juifs, qui contrastent avec ceux qui sévissent au Caire et à Damas, devraient aussi recevoir des encouragements.

Enfin, la création d'une zone de libre-échange entre les pays MAT pourrait intervenir comme une ultime gratification, en lieu et place des frontières closes qui séparent l'Algérie et le Maroc et rappellent l'hostilité économique qui prévalait entre les nations européennes avant la création du marché commun. Certes, les échanges, le commerce et la création d'emplois pour les plus démunis ne permettent pas à eux seuls de résoudre les divergences politiques. Néanmoins, ils aident à alléger les tensions. Les trois pays pourraient devenir des paradis pour le tourisme européen.

La France doit convaincre ses partenaires européens de se tourner vers les MAT. Aucun premier ministre britannique, par exemple, ni même un ministre de haut rang, ne se soucie de rendre visite aux capitales du littoral sud-ouest de la Méditerranée. Les visites politiques, les échanges économiques et la reconnaissance des contraintes que subissent les gouvernements locaux face à leur population en colère et à la menace que pose l'islamisme fondamentaliste ne vont pas suffire à rapprocher les MAT de l'Europe. Mais la possibilité d'une coopération, d'un partenariat et d'un respect mutuel peut faire évoluer au mieux les esprits et les comportements.

La France a peut-être cherché à faire des MAT son domaine réservé. Elle a des liens uniques et forts avec l'Afrique du Nord. Nicolas Sarkozy, en proposant l'Union méditerranéenne, a cherché à inviter l'Europe entière à relever ce nouveau défi, celui d'aboutir, dans les prochaines décennies, à une européanisation soft des pays du bassin austral de la Méditerranée. Un pari risqué. Oui, mais l'autre option, celle des pays MAT qui ne connaîtraient ni le développement ni la démocratie, est pire. Aujourd'hui, l'Europe doit faire face à la pression de l'immigration, celle des millions d'Africains qui rêvent de venir partager notre richesse. La meilleure réponse consiste à démontrer que la création de richesses et la justice sociale peuvent naître en Afrique. Et il n'y a pas de meilleur endroit pour commencer qu'avec nos voisins africains les plus proches. Nicolas Sarkozy a dû revoir à la baisse ses ambitions sur le projet d'Union méditerranéenne. Mais la France a eu raison de se montrer ambitieuse. Les pays MAT méritent aussi le soutien de Bruxelles et des 26 autres capitales européennes.

Denis Mac Shane

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