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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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2 mai 2010 7 02 /05 /mai /2010 15:41

 

Bernard-Henri Levy, Le Point du 29 04 2010...

 

 

Michel Onfray se plaint d'être critiqué sans être lu ?

Eh bien, donc, je l'ai lu.

 

Je l'ai fait en m'efforçant, autant qu'il est possible, de laisser de côté les camaraderies anciennes, les amitiés communes ainsi que, mais cela allait de soi, le fait que nous soyons, tous deux, publiés par le même éditeur.

 

Et la vérité oblige à dire que je suis sorti de cette lecture plus consterné encore que ne le laissaient présager les quelques comptes rendus dont, comme tout le monde, j'avais pu avoir connaissance.

Non que je sois de ceux pour qui l'« idole » Freud doive être intouchable : de Foucault à Deleuze, Guattari et d'autres, beaucoup s'y sont frottés et, sans être d'accord avec eux, je n'ai jamais nié qu'ils aient fait avancer le débat.

 

Ce n'est pas davantage le ressentiment antifreudien, voire la colère, voire même la haine, qui, comme je l'ai lu ici ou là, créent, pour moi, le malaise dans ce « Crépuscule d'une idole » : on fait de grands livres avec la colère ! et qu'un auteur contemporain mêle ses propres affects à ceux d'un glorieux aîné, qu'il se mesure à lui, qu'il règle ses comptes avec son oeuvre dans un pamphlet qui, dans la chaleur de l'affrontement, apporte des arguments ou des éclairages nouveaux, cela est, en soi, plutôt sain - et Onfray l'a d'ailleurs fait, souvent, ailleurs, et avec un vrai talent.

 

Non.

Ce qui gêne dans ce « Crépuscule », c'est qu'il est, soudain, banal, réducteur, puéril, pédant, parfois à la limite du ridicule, inspiré par des hypothèses complotistes aussi abracadabrantes que périlleuses et assumant, ce qui est peut-être le plus grave, ce fameux « point de vue du valet de chambre » dont nul n'ignore, depuis Hegel, qu'il est rarement le meilleur pour juger d'un grand homme ou, mieux encore, d'une grande oeuvre...

 

Banal: j'en prends pour seul exemple la petite série de livres (Gérard Zwang, Pierre Debray-Ritzen, René Pommier) auxquels Onfray a d'ailleurs l'honnêteté de rendre hommage, à côté d'autres, en fin de volume et qui défendaient déjà la thèse d'un Freud corrupteur des moeurs et fourrier de décadence.

 

Réducteur : il faut avoir le coeur bien accroché pour supporter, sans rire ou sans effroi, l'interprétation quasi policière que fait Onfray du beau principe nietzschéen qu'il connaît pourtant mieux que personne et selon lequel une philosophie est toujours une biographie cryptée ou déguisée (en gros : si Freud invente le complexe d'OEdipe, c'est pour dissimuler, p. 111, ses pensées ulcérées à l'endroit de son gentil papa et pour recycler, p. 505, ses non moins vilaines pulsions en direction de sa maman).

 

Puéril : le regret (p. 477) de ne pas avoir trouvé, dans « les six mille pages » des oeuvres complètes, cette « franche critique du capitalisme » qui eût comblé d'aise le fondateur de l'Université populaire de Caen.

 

Pédant : les pages (73-76) où il se demande, gravement, quelles dettes inavouables le fondateur de la psychanalyse aurait contractées, mais sans vouloir le reconnaître, auprès d'Antiphon d'Athènes, d'Artemidore, d'Empédocle ou de l'Aristophane du « Banquet » de Platon.

 

Ridicule : c'est la page où, après de douteuses considérations sur son probable recours à l'onanisme, puis une non moins curieuse plongée dans les registres d'hôtel, « luxueux pour la plupart » (p. 162), où le Viennois aurait abrité, pendant des années, ses amours coupables avec sa belle-soeur, Onfray, emporté par son élan de brigadier des moeurs, finit par le soupçonner d'avoir engrossé ladite belle-soeur alors parvenue à un âge où ce genre de bonheur n'arrive, sauf dans la Bible, que fort rarement.

 

Le complot : c'est, comme dans « Da Vinci Code » (mais la psychanalyse, selon Onfray, n'est-elle pas l'équivalent d'une religion ?), l'image fantasmée de gigantesques « containers » d'archives enterrés, en particulier, dans les caves de la bibliothèque du Congrès de Washington et au seuil desquels veilleraient des milices de templiers freudiens aussi cupides, féroces, rusés, que leur maître vénéré.

 

L'oeil du valet de chambre, enfin : c'est la méthode, toujours bizarre, qui consiste à partir des supposées petites faiblesses de l'homme (son habitude, p. 169, de choisir lui-même, allez savoir pourquoi ! le nom de baptême de ses enfants « en rapport avec sa mythologie personnelle »), de ses non moins supposés travers (désir de gloire, cyclothymie, arythmies cardiaques, tabagisme, humeur vacillante, petites performances sexuelles, peur des trains - je n'invente rien, ce catalogue de « tares » se trouve aux pages 102 et 157 du livre), éventuellement de ses erreurs (telle dédicace à Mussolini, connue depuis toujours mais qu'Onfray semble découvrir et qui, tirée de son contexte, le plonge dans un état de grande frénésie) pour conclure à la non-validité de la théorie dans son ensemble : le sommet est, d'ailleurs, atteint quand, à la toute fin (p. 522), il s'appuie carrément sur le livre de Paula Fichtl, c'est-à-dire sur les souvenirs de la propre femme de chambre, pendant cinquante ans, de la famille Freud puis de Freud lui-même, pour dénoncer les accointances avec le fascisme autrichien de l'auteur de « Moïse et le monothéisme ».

 

Tout cela est navrant.

J'ai peine, en tous les sens du terme, à retrouver dans ce tissu de platitudes, plus sottes que méchantes, l'auteur des quelques livres - entre autres, « Le ventre des philosophes » - qui m'avaient, il y a vingt ans, paru si prometteurs.

 

La psychanalyse, qui en a vu d'autres, s'en remettra. Michel Onfray, j'en suis moins sûr.

 

 

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Published by Bernard-Henri LEVY - dans Culture - loisirs -Médias
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commentaires

Elie Arié 02/05/2010 21:32


Sarkozy au même Michel Onfray: "Je ne connais rien de plus absurde que la phrase: "Connais-toi toi-même"

http://tinyurl.com/2qkemo


Marc d'Here 03/05/2010 08:23



??????!!!!!!



ascensi 02/05/2010 18:55


Rectifié le Onfray ! Il faut dire que ça flingue dur dans le milieu des penseurs, que ce soit à plusieurs générations d'intervalle (Onfray contre Freud)ou entre amis de la même génération (Levy
contre Onfray). J'attends impatiemment les futurs tontons-flingueurs de Levy (ce qui ne manque jamais) pour lui faire payer le fait d'avoir flingué Onfray. Tout cela est distrayant en tout cas...
Il y a évidemment un peu de politique là-dessous (dans les obsessions d'Onfray comme dans la réactivité de Levy). Ps : je me trouve être davantage un lecteur du second que du premier, même si c'est
avec une pointe de honte que je dois l'admettre (Onfray est plus à la mode et mieux considéré).