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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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15 février 2011 2 15 /02 /février /2011 20:00

 

Par Claude Allègre

Le POINT.FR du 14 février

L'évaluation comparative des systèmes éducatifs des divers pays du monde donne tous les ans aux médias une occasion de se lamenter sur le déclin de notre système éducatif. Les cassandres des "Ya-ka" s'en donnent alors à coeur joie. Les anciens ministres n'ont qu'à bien se tenir ! Ayant passé trois ans de ma vie comme ministre à m'occuper d'un système éducatif dans lequel j'ai baigné depuis mon enfance, je ne suis peut-être pas le moins mal placé pour faire quelques commentaires. 

La véritable égalité, c'est la diversité

Bien sûr qu'au niveau du bac les exigences doivent être les mêmes partout (c'est moi qui ai rétabli en mon temps les mêmes épreuves nationales pour le bac), mais le chemin pour y parvenir doit être diversifié et presque personnalisé tant les disparités des situations, du milieu familial et social sont grandes. Tout l'art de la pédagogie est précisément d'amener à un même niveau tous les élèves en suivant des chemins divers.

La véritable égalité, c'est la diversité. C'est admettre qu'il n'y a pas de disciplines nobles (mathématiques, latin) par rapport à des disciplines prétendument secondaires (sciences naturelles, histoire, musique...). Le but de l'enseignement, c'est de donner un socle de connaissances (cher à mon ami Luc Ferry, vilipendé sans raison) et, plus encore, la possibilité que chacun s'épanouisse et révèle son propre talent ; car les talents véritables sont plus nombreux qu'on le croit.

L'autre tare, conséquence de la première, est la centralisation administrative. L'Armée rouge, à laquelle on comparait volontiers l'Éducation nationale en raison de sa masse, s'est déconcentrée depuis belle lurette ! L'Éducation nationale, elle, reste gérée par le "mammouth" de la Rue de Grenelle. Il faut la décentraliser : recrutements des enseignants au niveau de capes académiques, gestion des carrières, modulation du nombre d'élèves par classe en fonction des difficultés, gestion des absences de professeurs, etc., tout doit être renvoyé au niveau des recteurs. Quand on décentralise, on améliore le système, comme l'ont montré les mesures de déconcentration dans les mouvements et les affectations des enseignants qui permettent aujourd'hui des rentrées paisibles. C'est pour moi la mesure prioritaire.

Examen d'entrée en sixième                            

Seconde priorité. Il faut évacuer le syndrome de l'échec et instaurer des contrôles rigoureux. Celui qui ne sait pas lire ne doit pas pouvoir accéder au collège, quelle que soit son origine sociale ! Lorsqu'on parle d'examen rigoureux, on nous rétorque : "Que va-t-on faire de ceux qui échouent ?" J'ai répondu pendant des années : "Que fait-on de ceux qui ne savent pas nager ? Les jette-t-on dans le grand bain ?"

Le refus de cette évidence marque une attitude affligeante : celle de l'intériorisation de l'échec. Ce qui est prioritaire, ce sont ceux qui échouent ! Je crois pour ma part que la première préoccupation serait au contraire de veiller à ce que le plus grand nombre d'élèves réussissent, quelle que soit leur origine, et que le niveau soit le plus élevé possible !

Or c'est le contrôle rigoureux qui détermine la nature de l'enseignement et son niveau (voyez les concours des grandes écoles ou de médecine !). Il faut donc rétablir un examen d'entrée en sixième pour la lecture et le calcul. Du même coup, on va modifier l'esprit de tout l'enseignement primaire, qui se polarisera sur ces objectifs devenus prioritaires, et on va libérer d'un grand poids l'enseignement du collège ! Mais, symétriquement, il faut rétablir la possibilité de l'apprentissage dès 14 ans comme c'était le cas autrefois. Ceux qui ne veulent pas apprendre de manière scolaire pourraient, au lieu de perturber les classes ou de traîner dans les rues, s'orienter avantageusement vers une professionnalisation précoce avec bien sûr une gratification financière à la clé. Il y a là 400 000 emplois potentiels !

Revaloriser les salaires

Le troisième chantier est celui des enseignants. Ils ne sont pas les propriétaires de l'enseignement, mais ils en sont les indispensables maîtres d'oeuvre. Sans eux, rien n'est possible. Il faut redonner aux enseignants la place éminente qu'ils ont perdue dans la société. Alors qu'il est devenu plus difficile, le métier d'enseignant est aujourd'hui dévalorisé. Aussi ne faut-il pas s'étonner que la profession se féminise à outrance.

Le métier d'enseignant est devenu une activité qui permet d'élever ses enfants et d'avoir avec eux beaucoup de vacances et du temps pour s'occuper de leurs devoirs. Or, s'il faut lutter pour avoir plus de femmes à l'Assemblée nationale ou dans les conseils d'administration des entreprises, quitte à recourir à des quotas, il faut symétriquement instaurer des quotas pour que, dans l'Éducation nationale, 40 % des enseignants soient des hommes. C'est indispensable pour l'équilibre de l'éducation donnée à notre jeunesse. En même temps, et c'est une conséquence de la déplorable inégalité homme-femme, le métier d'enseignant s'est aussi dévalorisé sur le plan salarial. Il faut donc revaloriser les traitements, en tenant compte du dévouement et du mérite des professeurs, qui sont souvent immenses.

Cela dit, les enseignants doivent eux-mêmes participer à la reconquête de leur prestige. J'ai été, bien sûr, un peu malheureux de la teneur des banderoles brandies contre moi lors des manifestations - qu'avais-je fait pour mériter tant d'injures ? Mais j'ai été encore plus choqué lorsque les enseignants ont organisé des autodafés autour du livre que Luc Ferry avait écrit à leur intention pour expliciter sa vision de l'enseignement. Un enseignant qui brûle des livres n'est plus un enseignant !

Reprendre la formation

Certains professeurs refusent aujourd'hui d'appliquer les directives ministérielles, confondant ainsi politique et engagement professionnel ! Comment voulez-vous que des enseignants qui ne respectent ni l'État ni leur ministre soient respectés par les élèves, les parents d'élèves et plus généralement par la société ? Bien sûr, ces comportements ne représentent que 20 % des enseignants, mais c'est cette "couleur" qui imprègne tout.

La formation des enseignants est à reprendre, pour la professionnaliser, vérifier les vocations et revaloriser l'éthique. Si elle est faite au niveau de la maîtrise universitaire, la formation doit être organisée entièrement en alternance dès la première année de maîtrise dans des masters spécialisés. Dans la gestion des carrières, il faut également introduire la diversité. Ceux qui décident d'enseigner dans les quartiers difficiles et qui font bien leur travail doivent avoir des plans de carrière accélérés et des horaires allégés.

Pour tout cela, il faut mettre en place une évaluation rigoureuse et juste des enseignants associant inspection, chefs d'établissement et parents d'élèves. Il faut que les promotions dépendent du talent pédagogique et pas du militantisme syndical. Comment des professeurs pourraient-ils enseigner le besoin de justice à leurs élèves s'ils ont l'impression eux-mêmes d'être victimes d'une injustice organisée ?

Une vraie révolution

Certains de ceux qui liront ces lignes se diront peut-être "mais pourquoi n'a-t-il pas mis en oeuvre ce programme lorsqu'il était ministre ?" La réponse est simple. J'ai essayé, je n'ai pas pu : un Parti et des députés socialistes liés aux syndicats d'enseignants qui freinaient des quatre fers chaque initiative ; des erreurs de communication et de stratégie de ma part que je ne nie pas, mais qui n'étaient pas essentielles ; une surestimation du pouvoir des parents d'élèves ou du soutien du Premier ministre, tous deux pourtant favorables à mes réformes. Des intrigues de cour ont eu raison de moi comme de bien d'autres avant et après moi !

Pourquoi les suggestions que je fais aujourd'hui et qui pourraient débloquer le système en deux ou trois ans pourraient-elles avoir une chance de voir le jour ? D'abord parce que Jean-Pierre Raffarin, en retenant le salaire des jours de travail perdus du fait des grèves, a mis fin aux joyeux happenings syndicaux à répétition. Ensuite, parce qu'il semble que les plus hautes autorités de l'État soient désormais prêtes à soutenir le ministre de l'Éducation contre les protestations chroniques et les grèves désormais sporadiques. Ce qui est une véritable innovation politique ! Et si, par chance, l'imagination s'en mêlait, ce pourrait être une vraie révolution.

Claude Allègre

Lepoint.fr

 

 

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Published by Claude Allègre, Lepoint.fr - dans Education - recherche
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commentaires

Marc d'Here 27/06/2011 07:59


Nicolas Sarkozy a déclaré jeudi qu'il fallait passer du "collège unique" au "collège pour tous", en plaidant pour "la personnalisation des parcours scolaires" et la multiplication des "passerelles"
entre l'enseignement général et l'enseignement professionnel...


Marc d'Here 23/06/2011 15:45


Nicolas Sarkozy a déclaré jeudi qu'il fallait passer du "collège unique" au "collège pour tous", en plaidant pour "la personnalisation des parcours scolaires" et la multiplication des "passerelles"
entre l'enseignement général et l'enseignement professionnel.


Marc d'Here 23/06/2011 08:35


Après la fermeture de classes et l'absentéisme scolaire, l'Elysée souhaiterait s'attaquer à l'obligation de temps de service des enseignants dans les collèges et lycées, selon les informations du
buzz politique. Cela reviendrait à augmenter leurs quotas d'heures de présence devant les élèves, qui est actuellement de 18 heures par semaine. Un conseiller du président a ainsi évoqué deux heurs
de de plus de présence sur une semaine pour "améliorer le confort d'apprentissage pour les élèves". Ce surcroît de travail vaudrait une hausse de rémunération et serait un moyen pour continuer à
diminuer de façon lente et indolore, le nombre de postes dans l'Education.

JDD


plus que 445 jours 17/02/2011 21:51


"Il y avait déjà un nombre trop important d'enfants sortant du primaire sans savoir suffisamment bien lire et écrire."

Vous parlez de quelle époque, il faut être précis.

"Même du temps de la gauche, où les effectifs d'enseignants étaient plus nombreux, ce problème existait et sans doute plus gravement encore."

Sans doute, donc vous n'êtes pas sûr !

"La diminution du nombre d'enseignants n'a donc rien à voir avec ça. "

Votre raisonnement est tout à fait cartésien ... non, c'est de l'humour ! Moi, je cite une source sérieuse (OCDE) qui montre que le taux d'encadrement en primaire est très faible en France, je peux
sortir les chiffres. Même si le nombre d'enseignants n'est pas le seul facteur, c'en est un. Ensuite, il faut relativiser. On nous bassine avec le niveau soi disant faible de nos enfants, mais
lorsqu'ils se présentent dans les écoles de kiné ou de vétérinaire en Belgique par ex, ils sortent les permiers dans les concours. C'est d'ailleurs pour cela qu'ils ont instauré des quotas de
français. C'est comme le discours sur le temps de travail, on culpabilise les français avec les 35 h alors que les allemands bossent 32 h par semaine. De même, nos petits français bossent à l'école
beaucoup plus que certains voisins européens.


plus que 445 jours 17/02/2011 13:43


"Mes jeunes interlocuteurs sont souvent étonnés d'apprendre qu'il a existé un examen d'entrée en sixième, tant le passage automatique paraît aller de soi aujourd'hui."

Merci de me rappeler de quelle époque date le décret d'application de cette mesure. ça serait très amusant !


Jean-Pierre 17/02/2011 11:16


N'en déplaise à notre commentateur « calendrier », j'ai lu, pour ma part, les propos d'Allègre avec beaucoup d'intérêt. Mes jeunes interlocuteurs sont souvent étonnés d'apprendre qu'il a existé un
examen d'entrée en sixième, tant le passage automatique paraît aller de soi aujourd'hui. Mais Allègre à raison, au moins sur ce point. Un examen d'entrée en 6e permettait et permettrait aujourd'hui
de faire (refaire) le point sur les connaissances des élèves à ce moment précis.


Marc d'Here 17/02/2011 12:02



Je pense comme vous qu'Allègre a raison sur beaucoup de points. Notre ami "calendrier" est un peu "systématique".



plus que 445 jours 16/02/2011 21:25


Vous êtes bien un politique aussi. Je vous parle d'un cas concret, c'est à dire le recrutement en master 2 des professeurs sans une année de stage comme cela se faisait auparavant et vous me parlez
de corporatisme et des syndicats enseignants. De même, une étude toute récente de l'OCDE indique que le taux d'encadrement dans le primaire est un des plus faibles en France. Est-ce que ce
gouvernement en tient compte dans ses coupes sombres d'effectif ? Que nenni. Les mauvaises réformes, ce n'est pas spécifique à l'éducation nationale. On ne demande jamais l'avis des principaux
intéressés : les profs, je ne parle pas des syndicalistes professionnels. Les réformes sont pondus par des types dans les ministères qui n'ont jamais mis les pieds dans une salle de cours et par
des ministres incompétents comme le sieur Allègre. De même, on constate depuis quelques années une baisse du niveau en maths des élèves entrant en classes prépa ou en école d'ingénieur mais
personne ne dit à quoi cela est du. C'est tout simple, c'est parce qu'on a diminué le nombre d'heures de cours de maths par semaine au lycée, tout ça pour réduire le nombre de postes d'enseignants.
Donc, avant de nous pondre une nième réforme, qu'ils viennent sur le terrain tous ces bureaucrates et politiciens qui n'y connaissent rien. Pas besoin d'avoir fait autant d'études qu'Allègre pour
savoir quelles mesures doivent être prises pour qu'en sortant de primaire, les élèves sachent lire, écrire et compter parfaitement.


Marc d'Here 16/02/2011 22:27



Il y avait déjà un nombre trop important d'enfants sortant du primaire sans savoir suffisamment bien lire et écrire. Même du temps de la gauche, où les effectifs d'enseignants étaient
plus nombreux, ce problème existait et sans doute plus gravement encore. La diminution du nombre d'enseignants n'a donc rien à voir avec ça. 


Et puis je ne suis pas certain que ce soit la bonne attitude d'estimer que "tous les bureaucrates et les politiques qui s'occupent d'éducation, n'y connaissent rien"! ...Cette réaction,  est
un peu primaire et pas très constructive!



plus que 445 jours 16/02/2011 13:15


"La formation des enseignants est à reprendre, pour la professionnaliser, vérifier les vocations et revaloriser l'éthique. Si elle est faite au niveau de la maîtrise universitaire, la formation
doit être organisée entièrement en alternance dès la première année de maîtrise dans des masters spécialisés. "

L'alernance en 1ère année existait avant la dernière réforme "master 2". Avec cette réforme, les débutants capésiens se retrouvent devant des clases, sans aucune expérience, sans aucune formation
pédagogique. Alors, les réformes, c'est bien joli mais si c'est pour détruire ce qui fonctionnait à peu près bien auparavant, ce n'est pas la peine.
Sinon, la parole d'Allègre n'a aucun poids, il est aussi mauvais dans ce domaine qu'en climatologie. Qu'il reste dans son laboratoire et qu'on n'en parle plus.


Marc d'Here 16/02/2011 13:28



Vous êtes bien méprisant pour Allègre, qui a sur l'école des idées et des propositions très justes et très fortes.


L'opposition des synicats d'enseignants,  et le "non soutien"de son premier ministre de l'éoque, Jospin, archaïque et qui a toujours cédé à tous les corporatismes (ce qui ne lui a pas
profité!) ne lui a pas permis d'aller au bout de ce qu'il voulait faire.


Le gouvernement actuel est allé, un peu, dans son sens...Il peut y aller encore davantage.


Cette question de l'éducation sera au coeur de la campagne présidentielle vraisemblablement et j'espère que Nicolas Sarkozy reprendr en partie les propositions d'Allègre.



Elie Arié 16/02/2011 10:46


La réforme, ce n'est pas l'art de dire, mais de faire.

Le pouvoir des opposants, le manque de soutien des alliés, l'opposition des adversaires, le corporatisme, les intrigues, tout ce qu'évoque Allègre pour justifier son échec, c'est ce à quoi tout
responsable politique doit s'attendre dès le départ, savoir que ce sera son lot quotidien, et que c'est à sa capacité à les surmonter qu'il sera jugé.

Le côté "ah, si on m'avait aidé!" de cet article a quelque chose de pathétique.


cellobello 15/02/2011 23:54


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