Lundi 30 novembre 2009

Poursuite du débat sur l'identité nationale...Une réflexion de Gilbert Veyret
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« Quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité, à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourmente et m’interroge ?  Les forces contradictoires d’hier et d’aujourd’hui, accrochées les unes aux autres, ne cessent d’engendrer, d’être une histoire profonde sur laquelle la France dérive. Ces forces seront encore là demain sur lesquelles tout se construit, tout, à l’occasion, peut se détruire, sans que l’on en devine toujours les vraies raisons et moins encore l’heure exacte »
écrivait F. Braudel en introduction à ses ouvrages sur « L’identité de la France ». Car cet historien ne voulait pas « qu’on s’amuse avec l’identité », mais il se demandait, en citant T. Zeldin, si «  le changement le plus radical survenu en France n’était pas la perte, pour les Français, du contrôle de leur destin »

Après avoir affirmé, en début de mandat, qu’il voulait conduire une véritable « politique de civilisation » Nicolas Sarkozy semble se demander, à mi mandat, qui sommes-nous réellement pour pouvoir relever un tel défi ?

 

Une géologie de strates superposées ou agglomérées au cours des siècles ?

L’opposition politique et la majorité des observateurs lui ont reproché d’avoir lié cette interrogation, teintée d’une humilité, à laquelle il ne nous avait pas habitués, avec le thème de l’immigration habituellement utilisé pour rallier le vote de ceux qui  en ont peur.

Ces arrière-pensées supposées ont évidemment vicié le débat à l’origine, chacun étant prié de se positionner selon son camp pour ou contre un débat qui se résumerait grossièrement en «  Trouvez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ?»

Il faut donc prendre le risque du simplisme pour éviter de sombrer dans le manichéisme.

L’identité nationale est bien évidemment le résultat, toujours très temporaire, de ses apports successifs.

Pendant des siècles, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’immigrés mais d’envahisseurs.


Citons, seulement quelques exemples : Vikings et Normands, Germains et Francs, qui nous ont d’ailleurs fourni notre appellation, Romains nous ont tous envahis, pillés, et finalement enrichis. Je sais bien qu’Astérix est considéré comme un héro de la résistance, défenseur de nos valeurs, face à l’envahisseur Romain. Mais qui peut nier que notre héritage Gallo-Romain, doit beaucoup à ces derniers
[1].


Les Arabes ont, sans doute, été bloqués trop tôt, à l’issue de cette bataille de Poitiers tant célébrée, pour nous faire bénéficier de tous les apports culturels et économiques qui ont permis l’âge d’or Andalous.

Quand l’Etat et la nation sont devenus assez forts pour dissuader ou repousser les envahisseurs, ce sont des groupes ou des familles qui ont choisi de venir résider en France, avec leur culture propre, leurs techniques, leur esprit d’entreprise. Ils y étaient souvent poussés par l’oppression politique ou la misère économique qu’ils subissaient dans leur pays d’origine. Ils avaient, le plus souvent, à cœur de prouver, de se prouver qu’ils étaient capables de réussir dans un contexte plus favorable. Et le plus souvent ils devenaient français.


En sens inverse, notre pays s’est sensiblement appauvri, au profit des Flandres, lorsque la « Révocation de l’Edit de Nantes » a chassé un grand nombre de protestants français.

Quelle est cette alchimie qui a permis à toutes ces strates successives, ces péripéties glorieuses, piteuses, tragiques, familières de composer ce pays chaque fois un peu différent, « divers jusqu’à l’absurde » disait Braudel ?  Le creuset est-il brisé ?


L’Etat y a toujours joué un très grand rôle, avec cette volonté de dégager un plus grand commun dénominateur, notamment à travers l’éducation nationale, réussissant à gommer l’essentiel des différences d’origines géographiques, de religions, de classes sociales, pour en faire des patriotes français capables, le cas échéant, de mourir pour leur pays, même s’ils y avaient été accueillis de fraiche date et pas toujours très bien.

Un fond commun de racines judéo-chrétiennes, de philosophie grecque, de droit romain a abouti à cet apogée du siècle des Lumières et sa philosophie des Droits de l’Homme à laquelle tous les immigrés ont longtemps adhéré, explicitement ou implicitement.

 

Une identité fortement marquée de manichéisme guerrier

Ce patriotisme naturel apparaît de façon théâtrale dans « La grande illusion » de Jean Renoir.(1937)

Le capitaine de Boëldieu, a beaucoup plus d’affinités culturelles, de goûts communs avec son geôlier, aristocrate Allemand; qu’avec ses camarades de captivité, le lieutenant Maréchal, d’origine prolétaire et le lieutenant Rosenthal, juif. Pourtant, il sacrifiera sa vie pour permettre l’évasion des deux autres, au désespoir de l’officier allemand, obligé d’abattre celui avec qui il aurait eu, en d’autres temps, tant de plaisir à partager un souper ou une partie de chasse.


Pendant cette première guerre mondiale, ce choix était simple, évident et tragique. La défense de la patrie avant tout autre clivage. La gratuité de cet héroïsme apparaît aujourd’hui bien vaine, après le spectacle de H. Kohl et F. Mitterrand se tenant par la main devant le mémorial de la bataille de Verdun, puis de A. Merkel défilant sur les Champs Elysées avec N. Sarkozy pour célébrer l’armistice du 11 novembre.

Ces chanceliers et présidents auront beaucoup fait pour saper un des fondements, historiquement daté, des identités nationales de nos deux pays, pendant des siècles. L’histoire leur reconnaitra ce mérite, même s’ils doivent maintenant  peiner un peu pour retrouver ou plutôt bricoler de nouveaux marqueurs de nos identités.

Une guerre plus tard, Missak. Manouchian et les résistants étrangers de « l’affiche rouge » se battaient  surtout pour la défense de la liberté et d’une certaine vision de l’homme, en se faisant tuer pour la France, dont ils n’étaient pas encore citoyens.


Les tirailleurs Algériens ou Sénégalais que l’on voie dans le film « Indigènes » sont dans une situation beaucoup plus ambiguë, puisqu’ils se battent pour leur puissance coloniale, mais aussi des valeurs de civilisation dont on leur a fait croire qu’ils en étaient partie prenante et que l’on a dédaignés sitôt la guerre gagnée.

 Une bonne part des luttes de la décolonisation et des rancœurs, encore actuelles, proviennent de ce malentendu et cette humiliation qui a profondément déchiré ce pacte républicain.


Citoyens et gouvernants ne semblent plus savoir ce qui fonde aujourd’hui ce pacte républicain. On ne saurait reprocher au gouvernement d’avoir la sincérité, la naïveté ou l’hypocrisie de se poser et de nous poser la question
[2], même si l’authenticité n’est pas un trait dominant chez les responsables politiques, spécialement à la veille de consultations électorales qu’ils jugent importantes.

 

Quels marqueurs de substitution ?

Le questionnaire, envoyé dans les préfectures, par le « ministère de l’immigration, l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », selon cet étrange intitulé fourre-tout, propose à la discussion toute une série de valeurs et de symboles. Nous n’avons pas la place de les examiner l’une après l’autre, mais on ne peut qu’être surpris par leur hétérogénéité. 


Comment mesurer des valeurs communes entre la République, la liberté et l’égalité hommes/femmes  ou l’entreprise, si ce n’est pour nous dire que l’identité est un conglomérat de valeurs très composites dans lesquelles chacun ou chaque communauté peut y mettre ce qui correspond à son propre paradigme.

Prenons seulement quelques symboles cités comme Marianne qui évoque plus pour moi les charmes éphémères d’actrices en vogue, à une certaine époque, exposés opportunément dans les salles des mariages des mairies. Personnellement, je serais plus sensible au bonnet Phrygien, symbole révolutionnaire rappelant la coiffe portée par les esclaves affranchis Grecs et Romains. Mais je n’engagerai surtout pas de guerre de religion autour de ces ornements de la République !


Je peux imaginer le contexte dans lequel a été composée « La Marseillaise ». Cet hymne guerrier  devait donner du cœur à l’ouvrage aux jeunes troupes appelées à affronter cette large coalition, comportant notamment des Français émigrés, à Jemmapes ou Valmy ; comme à d’autres époques un coup de rhum aidait à sortir des tranchées. Mais, peut-on encore chanter aujourd’hui, sans frémir, cet appel raciste au meurtre pour qu’un « sang impur abreuve nos sillons » A qui appartiendrait ce sang impur ? Aux Autrichiens, aux Allemands ? La justice a condamné les propos violents de rappeurs pour moins que cela ! Faut-il évoquer « ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes » à l’ouverture de matchs qui, rappelons le, consistent seulement à faire entrer un ballon entre des poteaux, plus souvent que l’équipe adverse !
[3]

Il est vrai que le football est devenu la « métaphorisation de l’appartenance à une collectivité, ville ou nation, par le biais de l’équipe qui l’incarne »[4]  Le football, comme prolongation de la guerre par d’autres moyens, avec les violences et les manifestations de racisme qu’il entraîne, dans et en dehors des stades, est bien une perversion de ce besoin identitaire, exprimé par des populations qui souffrent de la dilution.des liens sociaux.[5]

 

Identité nationale : acceptation de déterminismes historiques ou volonté de défendre des intérêts communs et de poursuivre des buts collectifs ?

 Ce vieux débat entre Barrès, pour qui le nationalisme est l’acceptation d’un déterminisme et Renan pour qui la nation ce « plébiscite de tous les jours » est un projet collectif composé des « sacrifices que l’on a faits et ceux que l’on est disposé à faire encore »  n’est pas vraiment dépassé, même si ce n’est plus le marqueur qui a longtemps distingué la droite de la gauche en France.


Le corporatisme, les revendications catégorielles, les diverses formes de communautarisme qui paralysent si souvent l’action publique, ne seraient que la sanction de l’absence d’un projet collectif, admis par le plus grand nombre. Chacun reconnaît aisément que : « Le respect de la diversité, loin de consister en une négation des identités, doit constamment veiller à vérifier avec vigilance qu’aucune d’entre elles ne devienne meurtrière ou simplement dominatrice » Jean Daniel  Nouvel Obs.26/11

 

On semble pourtant ne plus parvenir à rétablir un équilibre entre un nivellement gommant toutes nos différences, au nom d’un idéal républicain uniforme et abstrait et une implosion entre de multiples communautés juxtaposées, voire antagonistes.


Cette difficulté à formuler un projet de société, adopté par les diverses composantes de la nation, catégories sociales, Français, de souche ou fraichement immigrés, viendrait-elle de notre vieillissement collectif qui paralyserait les choix politiques, comme il rigidifie les articulations et les artères ?

« Ce cher et vieux pays » invoqué par le Général De Gaulle qui avait encore quelques obstacles à lui faire franchir, serait-il bloqué par l’arthrose ou les successeurs du Général manqueraient ils d’imagination et de volonté politique ?

 « La période où l’esprit est encore actif est la plus belle époque, la jeunesse d’un peuple. Alors les individus sont tous poussés à défendre leur patrie, à faire valoir les buts de leur peuple. Lorsque, tout cela une fois accomplie, apparaît l’habitude de la vie. Et de même que l’homme meurt dans l’habitude de la vie, de même l’Esprit d’un peuple meurt dans la jouissance de lui-même….  Il se peut que renonçant à certains aspects de son but, le peuple ait trouvé son contentement dans un monde de moindre envergure. Si même son imagination s’est élancée au dessus de ce monde limité, il a renoncé à ces buts parce que la réalité ne s’y prêtait pas et il s’est limité à des tâches réalisables. Il vit désormais dans la satisfaction du but accompli ; il tombe dans la routine où il n’y a plus de place pour la vitalité et avance vers sa mort  naturelle….. Il reste certes remuant, mais cette agitation n’est plus que celle des intérêts privés ; elle ne concerne plus l’intérêt même du peuple. »

 Hegel «  la raison dans l’Histoire »[6]


Nous disposons, depuis le 9 mai 1950, date de la déclaration de Robert Schuman et début de la construction européenne, d’un projet collectif qui transcende nos nations et nous a, d’ores et déjà, apporté plus d’un demi siècle de paix, une liberté et une prospérité économique que nous sommes même parvenus à faire, en partie, partager aux peuples qui avaient vécu sous le joug communiste, après avoir subi le nazisme.

 Cet édifice européen, à la fois complexe et fragile, ne semble plus constituer un projet collectif mobilisateur pour nos concitoyens. Ils auraient même de plus en plus tendance à opposer une volonté nationale chimérique à cette nébuleuse européenne dans laquelle ils redoutent que nos intérêts personnels ou nationaux soient trop dilués.


C’est pourtant bien à la taille européenne que nous avons quelques chances de pouvoir affronter plus efficacement le défi écologique, par de nouvelles formes de développement, de meilleures régulations économiques, une meilleure approche du co développement mondial et des flux migratoires.

Faute de savoir dépasser nos frontières nationales, ce débat sur notre identité, entre tenants d’un républicanisme pur et dur ou d’un communautarisme tempéré, nos dispute sur le nombre acceptable d’immigrés en situation régulière ou pas, ressemblera, de plus en plus, aux fameux débats sur le sexe des anges, quand l’empire romain d’orient s’effondrait.

Gilbert Veyret

 



[1] Le rejet du projet de Constitution européenne par la France en 2005  semblait largement inspiré par les valeurs défendues par ce petit Gaulois sympathique !

[2] Je laisse à chaque lecteur le soin de choisir le mot qui lui convient  en fonction de ses propres choix politiques !

[3] On devrait  plutôt choisir le grand air de la «Damnation de Faust » de Berlioz. C’est moins pompier et moins belliqueux.

[4]  M. Crépon et M de Launay « Libération » 19/11/2009

[5] Cela ne m’empêche pas, à l’occasion, d’apprécier la finesse d’un jeu collectif ou le brio d’exploits individuels, mais de manière purement ludique.

[6] Qu’on me pardonne cette  citation trop longue, mais Hegel me semble avoir mieux répondu que d’autres au questionnement  d’’Eric Besson, même s’il n’a pas pu intégrer la perspective d’élections régionales en France !

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Samedi 28 novembre 2009

AFP et Le Point.fr
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Le président français Nicolas Sarkozy a proposé vendredi à Port-of-Spain que les pays riches fournissent un "premier engagement financier" de 10 milliards de dollars (6,6 milliardsd'euros) aux plus vulnérables pour les aider à réduire leurs émissions de CO2.


Le chef de l'Etat s'exprimait, à huis-clos, au sommet du Commonwealth à Trinidad-et-Tobago, largement consacré au réchauffement climatique, à 10 jours de l'ouverture de la conférence de l'ONU sur le climat à Copenhague (7 au 18 décembre).


C'est la première fois qu'un président français est invité à un sommet de cette assemblée composée de 53 pays, essentiellement d'anciennes colonies de l'ex-empire britannique.

"L'accord de Copenhague doit être juste. Il doit prévoir des actions concrètes pour aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables", a affirmé M. Sarkozy.

"Pour cela, nous devons adopter à Copenhague un premier engagement financier sur 2010, 2011 et 2012 de 10 milliards de dollars par an", a-t-il ajouté.


Selon le président, "un mécanisme ambitieux devra également être adopté pour assurer les financements nécessaires aux pays en développement après 2012".

M. Sarkozy a l'intention de soumettre cette proposition à Copenhague, où il se rendra les 17 et 18 décembre.


La France se place ainsi dans la fourchette haute de ce que propose l'Union européenne (entre 5 et 7 milliards d'euros, sans clé de répartition à ce jour entre les pays membres).

Le Premier ministre Gordon Brown a aussi proposé vendredi, sur son site internet, de lancer un fonds de 10 milliards de dollars pour aider les pays les moins avancés, sans préciser sur quelle durée.

Il a toutefois précisé que son pays était prêt à participer à hauteur de 1,3 milliard de dollars (880 millions d'euros), sur trois ans.


Ce projet de financement entre dans le cadre du "fast start" (fonds d'urgence) que les Vingt-sept veulent mettre en place au profit des pays les plus vulnérables, sans avoir à attendre l'entrée en vigueur de l'accord de Copenhague, au 1er janvier 2013.


M. Sarkozy a également proposé qu'éviter la déforestation soit "une priorité reconnue à Copenhague" parce qu'"éviter la déforestation est l'un des moyens les moins coûteux et les plus efficaces pour réduire les émissions mondiales de CO2", a-t-il fait valoir.

La déforestation est responsable de près d'un cinquième des émissions de gaz à effet de serre.

"Je propose que nous adoptions ensemble l'objectif de réduire de moitié la déforestation d'ici à 2020 et d'y mettre un terme d'ici à 2030. Et nous devons commencer sans attendre", a-t-il dit.


Le président Sarkozy a réaffirmé ce qu'il avait dit jeudi à Manaus aux dirigeants des pays amazoniens: que 20% du financement international des trois prochaines années au profit des pays les plus vulnérables soient consacrés à la protection de la forêt.


Autre proposition réaffirmée devant le Commonwealth par M. Sarkozy: la création d'une organisation mondiale de l'environnement et du développement durable.


Enfin, M. Sarkozy a lancé "un appel à tous les chefs d'Etat et de gouvernement à venir en personne au sommet de Copenhague. Seuls les leaders pourront prendre les décisions majeures qui s'imposent pour conclure l'accord le 18 décembre", a-t-il plaidé.

AFP et Lepoint.fr

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Jeudi 26 novembre 2009

Par Valérie Pécresse et  Luc Chatel dans Le Monde du 18 novembre...


L’école républicaine ne serait rien sans ses maîtres. Ce sont eux qui, chaque jour, font vivre notre idéal commun d’émancipation des individus par le savoir et d’effacement des inégalités par l’éducation. Nos maîtres et nos professeurs ont marqué nos mémoires comme ils ont imprimé leur empreinte dans notre histoire.
Mais la nation doit plus à ses professeurs que sa reconnaissance. Elle a envers eux une obligation morale plus profonde encore : elle doit veiller à ce qu’ils disposent de tous les atouts pour enseigner dans les meilleures conditions.


Or les élèves de la décennie 2010 ne sont plus les mêmes que ceux des années 1970. Notre société a changé, nos codes, nos repères et nos ambitions aussi. Car les portes du secondaire et du supérieur se sont ouvertes à des élèves qui, jusqu’ici, achevaient très jeunes leur scolarité. Au bout de ce phénomène historique, il y a une véritable démocratisation de notre école. Mais il y a aussi des conditions d’exercice du métier plus difficiles pour nos enseignants. Souvent, ils doivent donner confiance et envie à des élèves qui ne voient pas toujours l’école comme une chance.


Les professeurs sont donc loin d’avoir la tâche facile. Nous nous devons de les y préparer : comment pouvons-nous accepter qu’un jeune enseignant à peine recruté fasse son premier cours à la rentrée sans jamais avoir bénéficié du moindre contact préalable avec une classe ? Cela n’est pas acceptable.


C’est pourquoi la mastérisation est d’abord une chance pour les enseignants et leurs élèves. Jusqu’ici, un nouveau professeur se formait en deux ans : la première année, il préparait le concours ; la seconde, il débutait devant une classe tout en suivant en parallèle des enseignements pédagogiques. L’apprentissage disciplinaire et la formation professionnelle restaient ainsi cloisonnés. Pourtant, si elles sont bien distinctes, elles ne peuvent rester étanches : enseigner, ce n’est pas seulement savoir, c’est aussi savoir transmettre. Cela s’apprend, au contact des élèves, bien sûr, mais aussi de collègues plus expérimentés.

Mais pour cela, il faut du temps. C’est pourquoi l’entrée dans le métier de professeur se fera en trois ans et sera progressive : pendant leurs deux années de master, les étudiants prépareront le concours, mais effectueront également des stages. Ils commenceront par observer leur tuteur, avant d’assurer eux-mêmes des cours sous le regard de celui-ci, puis seuls quand le moment sera venu.


Peu à peu, ils affineront leur pratique et deviendront ainsi de plus en plus autonomes. Leur formation disciplinaire se nourrira de l’expérience acquise dans les classes. Quant aux enseignements de nature pédagogique, ils seront désormais ancrés dans la réalité du terrain. En somme, nos professeurs seront désormais prêts à aborder leur première année d’enseignement dans les meilleures conditions. Pour eux comme pour nos élèves, cela changera tout.


La mastérisation sera aussi une chance pour nos étudiants. Se destiner aux métiers de l’enseignement, c’est relever un défi mais aussi prendre un risque : celui d’échouer à des concours très sélectifs et au bout, de n’obtenir aucun diplôme correspondant à leur niveau d’études. Par passion pour leur futur métier, nombreux sont les jeunes qui sont prêts à le courir. Mais lorsqu’ils échouent, ils sont désemparés. Quant à ceux qui les réussissent, ils vivent parfois comme un choc la découverte de la réalité des classes.


C’est pourquoi cette entrée progressive dans le métier bénéficiera d’abord aux étudiants. Nous pensons en particulier à ceux qui échouent : s’ils apprennent tôt les résultats des épreuves d’admissibilité, ils pourront suivre de nouveaux enseignements et préparer leur insertion professionnelle.


Notre souci, c’est donc d’élaborer dans la concertation de nouveaux masters, qui ouvrent aux étudiants d’autres débouchés que le professorat. Cela n’a rien d’impossible : une formation généraliste de qualité pour nos futurs professeurs des écoles ou un haut niveau disciplinaire pour nos professeurs du secondaire en puissance donnent de vrais atouts. Encore faut-il préparer les étudiants à les mettre en valeur dans d’autres situations que l’enseignement. C’est aussi l’objet de la mastérisation.


C’est pourquoi cette réforme est aussi une chance pour nos universités. Depuis toujours, celles-ci sont le lieu où les maîtres forment des maîtres. Il était paradoxal de les écarter de la préparation de nos futurs enseignants. Car c’est là, au contact de la recherche et d’enseignants-chercheurs expérimentés que nos étudiants pourront le mieux apprendre leur métier : qu’elle soit disciplinaire ou plus diversifiée, la qualité de leur formation s’en ressentira.


Car la pratique de la recherche aiguise l’autonomie intellectuelle et l’imagination conceptuelle. C’est le meilleur des atouts pour adapter sa manière d’enseigner aux évolutions des savoirs, de la société et des élèves, sans pour autant transiger sur les exigences de niveau. Dans la vie professionnelle, une telle aisance intellectuelle est un talent exceptionnel. C’est dans nos universités qu’il se cultive. La mastérisation accroîtra donc encore leur rayonnement : dans le cadre rénové de l’autonomie, elles pourront ainsi affiner encore leurs stratégies d’insertion professionnelle.


En somme, la réforme de la formation des maîtres est bien plus qu’une réforme scolaire et universitaire. C’est le coeur de la revalorisation du métier d’enseignant. C’est aussi le pari du savoir et de l’intelligence comme remède à la crise. Et c’est une chance pour la nation entière. Ensemble, nous devons la saisir, pour offrir aux générations d’élèves du XXIe siècle ces enseignants qui, comme ils l’ont fait pour nous, sauront en toutes circonstances leur donner confiance dans l’école, dans leur avenir et dans leurs propres chances. Il n’est rien de plus important.


Valérie
Pécresse est ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche ;

Luc Chatel est ministre de l’éducation nationale.

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Mercredi 25 novembre 2009


Plus belle la Gauche.  Pour une gauche moderne

 

Un livre de réflexion politique de Marc d’Héré et Gilles Casanova ( Editions de Passy). Disponible en librairie en mars prochain,  sur Internet et à La Gauche Moderne dès février.

 

La révolution technologique et la mondialisation des échanges ont profondément transformé notre environnement, nos modes de consommation, nos conditions de vie. Une société à dominante industrielle composée de grandes masses homogènes a laissé place à  une société  fragmentée, où les attentes   s’individualisent,    où la concurrence s’exacerbe,  où les liens sociaux se distendent.   Cette  mutation mal appréhendée, l’affaiblissement des repères traditionnels, la perte d’énergie de la démocratie, la persistance d’inégalités injustifiables,  sont la source d’un malaise collectif  que la crise économique mondiale est venue aggraver. Le sentiment d’abattement, la morosité, le retrait civique, ou à l’inverse la violence,  qui en résultent,  nous contraignent  à chercher des solutions qui ne peuvent être celles d’hier.

 

La gauche aurait dû, mieux que d’autres, proposer les voies de ce changement nécessaire.  Mais, les socialistes français se cantonnent  dans la diabolisation d’un capitalisme jugé définitivement « mauvais », le refus de toute modernisation qualifiée de régression ultra libérale  associé à un illusoire discours de résistance à la mondialisation. Figés dans le respect des vaches sacrées que sont les avantages catégoriels et les situations acquises, ils  ne peuvent offrir de perspective. Révolutionnaires il y a 40 ans quand la gauche européenne était sociale démocrate, les socialistes français se sont – avec remords et regrets - convertis à une social-démocratie dépassée à l’heure où leurs homologues sont devenus sociaux libéraux. Toujours en retard d’une guerre et d’une idée, en regardant l’avenir dans le rétroviseur ils ne font que ressusciter le fantôme de l’économie administrée.

 

Face à cette gauche archaïque et nostalgique, une autre gauche est possible, une gauche moderne qui ait la lucidité et le courage de dire que le progrès social dépend du succès économique et des réformes de structure d’une société qui doit sortir de l’immobilisme. Une gauche qui recherche  l’équilibre entre les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat, entre le « libéral » et  le « social », deux concepts que l’on veut arbitrairement opposer, quand s’impose leur complémentarité.

 

En   répondant,  ici et maintenant,  aux questions que la vie pose aux gens,  en redonnant   confiance dans l’avenir, La Gauche Moderne veut encourager chacun à réagir face aux difficultés, à s’affirmer acteur responsable d’une société de croissance et de justice où tous pourront se voir donner leur  chance, une  « société des possibles »

 

Parce qu’elle pense qu’autour de cette vision et de  ces idées peuvent  se retrouver de nombreux militants et citoyens de sensibilité de gauche, elle a  l’ambition de s’affirmer  comme  un acteur essentiel de la rénovation de la gauche.

 Parce qu’elle estime que seul  Nicolas Sarkozy a la volonté et la capacité d’affronter les conservatismes,  et de mettre en œuvre les changements nécessaires, elle accompagne sa démarche et  agit activement au sein de  la majorité présidentielle.

 

Ce sont les valeurs, les  objectifs, les combats et les propositions de La  Gauche Moderne, que les auteurs,  qui y sont engagés aux côtés de Jean-Marie Bockel  après de longues années militantes au sein de partis de gauche traditionnels,  veulent mettre en évidence dans cette réflexion politique.


Marc d’Héré et Gilles Casanova   

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Mardi 24 novembre 2009

Par Elie Arié...publié sur Marianne 2
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L'objectif d’une démocratie sanitaire est d’allier :
- Les exigences de l’égalité dont seul l’Etat peut être le garant (surtout en France, pour des raisons historiques) mais dont l’action est souvent perçue comme technocratique si elle ne s’appuie pas sur les demandes des usagers ;
- et celles de la démocratie, qui aboutit souvent à des inégalités (notamment géographiques) et à des injustices lorsqu’elle est fonctionne sur le mode autogestionnaire (les demandes des minorités n’étant pas toujours prises en compte).

Près de 70 ans après l’Allemagne, la France a mis en place, en 1945, un système de couverture maladie  par solidarité. Mais il en existe 2 types très différents, nommés « bismarckien » et « beveridgien », du nom de leurs concepteurs, qui s’opposent point par point : critères d’ouvertures des droits, mode de financement, gestionnaires responsables. En effet, le premier n’avait pour ambition initiale que de couvrir les seuls salariés, le deuxième de couvrir l’ensemble de la population.

La France a choisi en 1945 un système bismarckien
, mais, à mesure qu’il s’est progressivement étendu, en un demi - siècle, il en est venu à couvrir l’ensemble de la population :
•    en s’étendant aux autres professions, aux étudiants, aux chômeurs, aux RMI- stes,
•    en diminuant le nombre d’heures travaillées nécessaires à l’ouverture des droits,
•    en élargissant les critères de rattachement à un ayant - droit ( concubinage, PACS, partage du domicile principal depuis plus de 12 mois même sans aucun lien familial)
•    la dernière étape, parachevant la généralisation de la couverture à toute la population, étant la création de la Couverture Maladie Universelle(CMU), en 1999, destinée à tous ceux qui ne pouvaient encore y prétendre à aucun titre, et, cette fois, sur le seul critère de la résidence, elle s’est retrouvée dans un système aujourd’hui bancal, dans lequel l’ouverture des droits est liée à l’exercice d’une profession, ou au rattachement à un ayant-droit, mais à la résidence pour les bénéficiaires de la CMU ; le financement est assuré à 60% par des cotisations patronales et syndicales sur le coût du travail, mais  à 40% par la CSG (censée également taxer les revenus du capital, mais dont de trop nombreuses exonérations font qu’elle provient à 90% de ceux du travail), et
la gestion est assurée, sous tutelle de l’Etat, par les syndicats des  salariés et des employeurs.

On voit bien qu’on ne saurait rester longtemps dans ce système hybride, dont, en réalité, la Direction de l‘Assurance-Maladie ne participe qu’à la gestion de 20% du budget (délégation, par l’Etat, de son pouvoir de négociation – mais pas de signature- des honoraires des médecins) , les 80% restants (hôpitaux, prix des médicaments, etc.) ne dépendant que du Ministère de la Santé ; nous avons tous les inconvénients d’un système nationalisé sans ses avantages.

On voit donc que le passage d’un système réservé aux seuls salariés à un système généralisé à toute la population pose le problème de la légitimité des syndicats de salariés et d’employeurs non seulement à cogérer le système, mais à détenir le monopole de la représentativité des usagers ; l’argument avancé d'une relation «évidente» entre Travail et Santé n’est qu’un prétexte : personne ne nie la relation entre travail et Education, personne ne propose que l’ Education Nationale soit cogérée par les syndicats de salariés et le MEDEF, ou que les syndicats de salariés y représentent les parents des élèves.
Enfin, depuis que, avec la CMU,  la couverture maladie a été généralisée à l’ensemble de la population, ce qui pose le problème de l’utilité du maintien des différents régimes professionnels (les 3 principaux étant ceux des Travailleurs Salariés, des Agriculteurs, et des Travailleurs indépendants, auxquels s’ajoutent une kyrielle de petits régimes qui ont tenu à conserver leur autonomie : des employés du port autonome de Bordeaux, des danseurs de l’Opéra, etc.) qui offrent des prestations comparables pour des cotisations comparables, avec une multiplicité d’emplois de gestion devenus inutiles (vérifier l’existence de droits que tout le monde a, et, dans les hôpitaux, déterminer à quel régime il faut adresser la facture) : question fondamentale, question politiquement taboue.

Il faudra tôt ou tard choisir entre 2 modèles :
•    soit aller jusqu’au bout de la logique de la nationalisation (système « beveridgien ») sur le modèle  québecois;
•    soit un Gouvernement uniquement responsable de l’égalité des Français devant le système de soins et ses grandes orientations
•    et, dans les deux hypothèses, une gestion plus ou moins décentralisée à 4 ou 5 grandes régions sanitaires (mais pas davantage, aucune politique de santé n’étant possible à une échelle trop réduite).

Voici comment j’imagine un système idéal :

-    L’État doit fixer le cadre d’action : il a un rôle de régulation, il définit les critères de répartition de l’offre de soins, de réduction des inégalités, les programmes de santé publique, les priorités de santé. C’est aussi l’Etat qui doit définir avec le Parlement le « panier de soins » qu’il entend couvrir –c’est-à-dire les soins qui doivent être pris en charge par la collectivité. Il fait voter par le Parlement l’Objectif national de dépenses de l’Assurance-maladie (Ondam) sur la base du programme défini par les Conférences régionales, puis nationales, de santé, et en fait respecter le montant qui ne peut être dépassé dans des circonstances exceptionnelles (épidémie imprévue, etc.) que dans les limites d’un vote d’un collectif budgétaire ;

-    Le Parlement : Depuis 1996, le Parlement fixe le budget annuel de l’assurance-maladie. Ce principe est juste : c’est aux représentants du peuple de fixer le volume des dépenses de santé par rapport aux autres postes de dépenses collectives. Mais il faut aller au-delà et dépasser la seule logique budgétaire. Il appartient au Parlement de se prononcer préalablement sur les priorités de santé et de fixer les programmes pluriannuels dans les grands domaines de la maladie, de la prévention, du dépistage. Les Français ont droit à un débat démocratique sur les choix effectués et les priorités de la nation en ce domaine.

-    Les Agences régionales de Santé veillent au respect local de ces règles et passent des contrats pluriannuels avec les hôpitaux, les cliniques, et les médecins de ville. Il y a là une source de cohérence et de prise en charge globale des patients, qu’ils soient soignés chez eux ou à l’hôpital, qui ont de plus en plus besoin de soins continus avec une bonne coordination des soignants : les réseaux de soins doivent être développés, avec l’appui des Agences.Ce qui me paraît tout aussi essentiel, c’est qu’une telle déconcentration implique au maximum les professionnels et les usagers. C’est pourquoi à côté des Agences Régionales de Santé, les élus, les professionnels et les représentants des usagers doivent jouer un rôle important dans la définition des priorités régionales, l’Etat, expression de l’intérêt général, conservant la fonction de régulation et d’arbitrage dans les décisions.

-     La Sécurité sociale a la charge de gérer les fonds mis à sa disposition, de négocier avec les établissements de santé et les professionnels le contenu et la mise en œuvre du panier de soins, au meilleur coût, en fonction de la réalité des priorités de santé de terrain retenues (il faut soigneusement éviter le terme de « besoins », ceux-ci correspondant à une demande illimitée, donc insolvable). Elle établit des objectifs de qualité et d’activité avec les offreurs afin d’améliorer leurs performances et leurs coûts, tout en respectant les engagements au service des patients. Elle s’engage de son côté dans l’unification de ses modes de gestion et des règles de remboursement, afin de simplifier les procédures et de réduire les coûts de gestion.

Elie Arié
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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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