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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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22 mars 2009 7 22 /03 /mars /2009 09:14


entretien avec Régis Bigot ( EXTRAITS)

jeudi, 5 mars 2009

 

 

Le Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie

(Crédoc) publie début mars un rapport sur les classes moyennes. Pour Régis

Bigot, directeur adjoint du département des conditions de vie, auteur de l’étude,

les classes moyennes, dont les revenus stagnent, vivent sous le poids des

dépenses contraintes.

 

 

 

Qui sont les classes moyennes ?

Définir les classes moyennes n’est jamais très simple. Les sociologues ont plutôt tendance à retenir comme critère la profession catégorie sociale ; les économistes penchent plutôt pour utiliser la répartition des revenus. C’est cette option que nous avons retenue, il nous semble d’ailleurs que c’est celle qui est de plus en plus souvent utilisée.

 

Une fois qu’on a choisi le critère, reste à déterminer les seuils à partir desquels on délimite

l’appartenance aux classes moyennes. Pour construire notre typologie, nous avons étudié en

détail la distribution des revenus en France, tout en essayant de tenir compte des représentations que les Français se font de la stratification sociale....

 

La réalité est que la moitié de la population vit avec moins de 1510 € par mois après avoir payé ses impôts, pour une personne. Cela donne une idée de la manière dont se répartissent les revenus en France. L’autre chiffre intéressant à avoir en tête est que 50% de la population gagne entre 1100 € et 2600 € par mois avant impôt. C’est cette fourchette que nous avons retenue pour définir les classes moyennes. Et comme ce n’est pas la même chose de gagner 1100 € et 2600 €, nous avons créé une distinction entre les classes moyennes inférieures et les classes moyennes supérieures (au seuil de 1750 €). Dans cette typologie, 30% de la population gagne moins que les classes moyennes et 20% gagne plus.

 

Les classes moyennes s’appauvrissent-elles ?

Non. On parle parfois d’une paupérisation ou d’un déclin des classes moyennes en France, c’est exagéré. Depuis les années 1970, le revenu des classes moyennes a progressé un peu chaque année. Les classes moyennes sont même aujourd’hui un peu plus nombreuses qu’elles ne l’étaient au début des années 1980 : elles représentent 52% de la population, contre 48% il y a 25 ans. L’augmentation n’est pas spectaculaire, mais elle contraste avec ce qu’on observe en Grande-Bretagne ou en Allemagne, où les classes moyennes ont effectivement décliné durant la même période.

 

D’où vient alors ce sentiment ?

Ce qui se passe, c’est que le niveau de vie des classes moyennes augmente très lentement.

Ainsi, entre 1998 et 2006, le revenu mensuel médian a progressé de 24 € chaque année seulement, passant de 1320 à 1510 €. La moitié de la population gagne cette somme, je le rappelle. Par contre, en haut de l’échelle des revenus, les 600 000 personnes les plus riches, qui gagnaient 8 500€ par mois il y a dix ans, gagnent aujourd’hui 10 800 € par mois,

ce qui correspond à une augmentation du revenu mensuel de 287 € chaque année. 14%

d’augmentation en huit ans pour le revenu médian, 27% pour les hauts revenus : les classes

moyennes ont l’impression de vivre dans une société à deux vitesses.

 

Les chiffres récents publiés par le ministère de l’économie au sujet de l’impôt de solidarité sur la fortune corroborent ces résultats : en haut de l’échelle sociale, les revenus et le patrimoine

augmentent plus rapidement. Le nombre de foyers fiscaux assujettis à l’ISF a progressé de 7% en 2008 : 565 000 ménages disposent aujourd’hui d’un patrimoine supérieur à 770 000 €.

Le malaise vient en partie de ce décalage avec les hauts revenus. Les inégalités ont toujours

existé, mais avant, les classes moyennes vivaient avec l’espoir d’une ascension sociale. D’ailleurs, dans les années 1960, il fallait environ 12 années pour que les classes moyennes atteignent le niveau de vie des catégories aisées. Aujourd’hui, 35 années sont nécessaires, et encore, si tout se passe bien et qu’on ne rencontre aucun "incident" dans son parcours professionnel. Au fond, les classes moyennes font du surplace et elles ont l’impression, comparativement aux plus riches, qu’elles reculent. L’autre raison du malaise tient à l’augmentation des frais liés au logement, à l’eau, au gaz, à l’électricité, aux assurances... ce que l’on appelle les dépenses contraintes ou pré-engagées. Ce sont ces charges auxquelles on doit faire face chaque mois sans possibilité de les reporter ou d’arbitrer à court terme. Or, depuis les années 1980, ces dépenses contraintes augmentent continuellement, et plus rapidement que le revenu des classes moyennes. La pression croissante des dépenses contraintes est particulièrement forte chez les catégories modestes : elles représentaient 21% du budget des classes moyennes inférieures en 1979, contre 38% aujourd’hui.  Chez les hauts revenus, elles n’ont progressé que de 7 points (27% aujourd’hui).

 

La pression sur les classes moyennes n’est pas seulement financière. Elle tient aussi à la précarité professionnelle croissante qu’on observe depuis la fin des années 1970. Durant toutes ces années, le chômage s’est développé, les postes à temps partiel se sont multipliés, de même que les emplois à durée déterminée. La dégradation du marché de l’emploi, qui touche en premier lieu les catégories modestes, épargne les hauts revenus mais fragilise les classes moyennes. Aujourd’hui, une partie importante des classes moyennes  l’impression d’être sur un siège éjectable. Et elle s’inquiète encore plus pour les générations qui suivent : 76% des Français ont l’impression que leurs enfants auront un niveau de vie inférieur au leur.

 

Vous ne pensez pas que les politiques publiques ont joué un rôle ?

En partie, mais elles ne sont pas seules responsables. L’écart des revenus entre les classes

moyennes et le haut de l’échelle n’est pas décrété par l’Etat, même si ce dernier emploie

plusieurs millions de personnes. La divergence des revenus est d’abord le résultat du système de rémunération au sein des entreprises. C’est aussi la conséquence de la liberté de chacun de créer et de faire fructifier sa propre entreprise. Je ne dis pas qu’il faut entraver la liberté

d’entreprendre, il faut au contraire favoriser l’éclosion des talents individuels, créateurs de

richesse. Mais la contrepartie de cette liberté, il faut bien le reconnaître, c’est le développement des inégalités.

 

C’est là que l’Etat peut intervenir pour empêcher que le fossé entre les plus riches et les classes moyennes ne se creuse trop profondément. En veillant à ne pas décourager les initiatives individuelles, l’Etat peut néanmoins introduire des règles de redistribution des richesses. Les instruments à sa disposition sont nombreux : impôts, aides sociales, dépenses publiques, réglementation sociale, etc. En jouant sur ces leviers, l’Etat peut laisser les inégalités se développer ou il peut au contraire les limiter.

 

Quand on diminue les droits de successions, on renforce le risque d’une concentration du

patrimoine entre les familles les plus riches ; lorsqu’on diminue le seuil maximal d’imposition, on

laisse le champ libre à l’envolée des hauts revenus ; lorsqu’on diminue l’impôt sur le revenu, on

réduit le mécanisme de redistribution entre les riches et les pauvres..

 

Les mesures envisagées par le président de la République pour amortir les effets de la

crise sont-elles en mesure de répondre aux attentes des couches moyennes ?

Elles y répondent en apparence : la plupart des gens, individuellement, sont toujours contents de payer moins d’impôt. Et une partie des classes moyennes serait effectivement concernée par la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu. Mais une partie seulement.

Rappelons que seuls la moitié des Français paient l’impôt sur le revenu (54% exactement en

2007). En définitive, les classes moyennes inférieures bénéficieront moins de cette mesure que les classes moyennes supérieures.

 

Surtout, diminuer l’impôt sur le revenu conduit à limiter l’efficacité de cet instrument fiscal, qui

est l’un des rares à redistribuer les cartes entre les riches et les pauvres. En effet, alors que

certains impôts sont forfaitaires (la redevance audiovisuelle par exemple) ou proportionnels (la

TVA ou la CSG), l’impôt sur le revenu est progressif : on paie proportionnellement plus d’impôt

lorsqu’on est aisé. Force est de constater que les politiques modifient souvent l’impôt sur le

revenu, car c’est un impôt impopulaire : les contribuables font eux-mêmes le chèque à

l’administration fiscale, contrairement à d’autres taxes qui passent plus inaperçues, comme la

TVA ou la CSG.

Pour compenser les pertes fiscales liées à la suppression de la première tranche de l’impôt, on

aurait pu imaginer une augmentation d’impôt payée par les plus riches, dont on constate

l’envolée des revenus depuis une dizaine d’années. Car le risque d’une réduction de l’impôt sur le revenu non compensée, c’est la diminution corrélative des services publics financés par cet impôt. Diminuer l’impôt sur le revenu, c’est retirer de l’argent à l’éducation, à la santé, à la justice, etc. Or, ces services d’intérêt général contribuent en grande partie à garantir l’égalité des chances.

 

Régis Bigot

Propos recueillis par Pascale Delhaye

 

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Published by Régis Bigot - dans Société
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commentaires

marc d'Héré 22/03/2009 19:10

On peut, à partir de ce texte, se poser la question: quel est le niveau d'inégalité acceptable (puisque personne ne demande l'égalité totale de situation ou de revenu)...?En fonction de cette réponse faut-il, aujourd'hui, plus ou moins de redistribution et vers qui?

L'essentiel n'est-il pas, l'égalité des chances ou "des possibles"?

Et puis une remarque sur une affirmation de l'auteur: "...diminuer l'impôt sur le revenu c'est retirer de l'argent à l'éducation, à la santé, à la justice"...Où a-t-il pris cela? Croit-il que les autres impôts ne bénéficient pas aux services publics? Et puis plus largement, croit-il, que seuls des moyens supplémentaires apportent un mieux?

Il me semble que c'est une remarque idéologique, qui ne correspond en rien à la réalité. Dommage!