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13 octobre 2015 2 13 /10 /octobre /2015 06:03

Maxime Tandonnet, Le Figaro.fr

Dans un billet de blog , Alain Juppé dénonce le «nouveau politiquement correct» des «chantres du déclinisme». Pour Maxime Tandonnet, l'ancien premier ministre nie la réalité difficile des Français et ne propose aucune solution politique.

Maxime Tandonnet décrypte chaque semaine l'exercice de l'État pour FigaroVox. Découvrez également ses chroniques sur son blog.

Alain Juppé, candidat à la primaire de «la droite et du centre», largement en tête de tous les sondages de popularité, innove en cette «précampagne», plus sur la forme que sur le fond. L'utilisation de son blog pour s'exprimer marque une volonté salutaire de prendre de la hauteur face à l'arène médiatique. Les premiers mots de son message du 10 octobre sonnent juste: l'ancien premier ministre de Jacques Chirac déplore l'hystérie qui s'est emparée de la vie politique, la succession des batailles stériles et des psychodrames. Il a raison de s'élever «contre l'abaissement du débat public , la course à la vulgarité , la recherche du bon mot , ou mieux encore du gros mot qui fera la une des médias». Il ne désigne pas nommément les responsables de cette dérive. Là aussi, on ne peut qu'approuver une attitude qui vise à «dépersonnaliser» les enjeux de la vie publique en ces heures de folie narcissique.

Pourtant, la «colère» d'Alain Juppé ne se différencie pas fondamentalement de la dérive politicienne qu'il condamne. Son message se décline dans une succession de «contre» mais il manque singulièrement de «pour». D'apparence feutrée, aseptisée, son texte est pourtant imbibé de l'esprit polémique et de la posture qu'il dénonce.

En vertu de son slogan de campagne, «l'identité heureuse», l'ancien Premier ministre se donne une image généreuse, cultive les bons sentiments optimistes, prônant «l'amour du prochain , l'accueil de l'étranger , le respect de l'autre , l'attention porté au plus petit, au plus faible, au plus pauvre». Ces paroles étonnantes, à mi-chemin de l'expert socialiste et de l'homélie d'un prêtre, sont en parfaite conformité avec l'attente du microcosme médiatique et le discours sur les «valeurs» du parti au pouvoir.

Alain Juppé reprend intégralement à son compte le discours obsessionnel des animateurs, humoristes, spécialistes et autres faiseurs d'opinion, sur le «vivre ensemble» et le «devoir impérieux d'accueil». Mais les sermons font-ils une politique? Tout en s'adonnant à une démonstration de bons sentiments, il fustige «l'arrogance des bienpensants», c'est-à-dire, selon lui, de la poignée d'intellectuels présentés comme «déclinistes». Eux bienpensants? Eux qui subissent un lynchage médiatique permanent, les amalgames et les pires insultes, en tentant d'exprimer le malaise populaire?

Cette intervention d'Alain Juppé n'est pas exempte de l'agressivité qu'il dénonce. Il revient abondamment sur l'immense polémique de ces jours derniers, «relative à la France comme race blanche». Pourquoi remuer ainsi le fer dans la plaie au sujet d'une affaire qu'il qualifie pourtant de simple «sottise», dès lors qu'il prône l'apaisement et la fin des crises d'hystérie? Dix jours de déchirements stériles ne lui ont-ils pas suffi? Tout en s'adonnant à une démonstration de bons sentiments, il fustige «l'arrogance des bienpensants», c'est-à-dire, selon lui, de la poignée d'intellectuels présentés comme «déclinistes». Eux bienpensants? Eux qui subissent un lynchage médiatique permanent, les amalgames et les pires insultes, en tentant d'exprimer le malaise populaire? Reprenant à son compte une extraordinaire inversion des réalités, il les qualifie même de «politiquement corrects». Ne lui vient-il pas à l'esprit que la douleur et l'inquiétude identitaire qui se manifestent à travers cette poignée d'intellectuels, quel que soit le mépris qu'ils peuvent inspirer dans la France dite «d'en haut», méritent d'être prises en compte par un éventuel futur «président de tous les Français»?

Ainsi, Alain Juppé semble lui aussi, sombrer dans les travers de l'ensemble de la classe politique, de l'extrême droite à l'extrême gauche: l'obsession de la communication, de la posture et la fuite devant les réalités.

Il ne dit pas un mot de le souffrance d'un peuple qui compte 5 millions de chômeurs, le plus souvent des jeunes dévastés par l'exclusion. Il parle de l'accueil de l'étranger mais évite ne serait-ce qu'une allusion aux désastres des cités ghettoïsée, au triomphe des passeurs esclavagistes, aux images hallucinantes des foules de migrants en perdition qui hantent et déchirent l'Europe. Il dénonce une France «frileuse devant le monde global, barricadée dans d'illusoires frontières nationales».

A lire les propos de l'ancien ministre des Affaires étrangères, on se demande avec stupeur s'il vit bien dans le même monde que les Français. Ces derniers ont des raisons d'être préoccupés par l'avenir. Comment pourraient-ils ne pas s'inquiéter devant l'impuissance de la communauté internationale face au chaos génocidaire qui se répand au Moyen Orient, les massacre de l'Etat islamiques Daesh commis notamment envers les minorités chrétiennes et yazidies, la reprise des violences au proche-Orient, la déstabilisation du Moyen-Orient et d'une partie de l'Afrique.

Quant à la belle «union» (européenne), «construite si patiemment avec nos voisins», il est surprenant qu'Alain Juppé ferme ainsi les yeux sur les déchirements, les désastres, son impuissance à protéger les Européens qui expliquent son rejet par une grande partie de la population. Là aussi, la politique de l'autruche a ses limites. Notre temps se prête-t-il vraiment à l'optimisme, à la conscience heureuse?

Cette intervention d'Alain Juppé déçoit profondément. L'ancien Premier ministre est certes inquiet de voir le parti lepéniste potentiellement à 30% des suffrages et peut-être en passe de gagner des régions. Il n'est pas le seul. Mais ce n'est sûrement pas dans la négation de la réalité et en se noyant dans le conformisme médiatique et l'angélisme le plus banal qu'il contribuera à sortir la France de l'impasse.

Son message ressasse toujours les mêmes rengaines, les mêmes obsessions, se complaît, comme tout le monde, dans la polémique stérile et la posture, une posture béni oui-oui de bien mauvais aloi. Il ne propose rien, n'esquisse pas la moindre piste concrète, ni sur la France, ni sur l'Europe. L'ancien Premier ministre, de fait, incarne aujourd'hui l'espoir politique d'une partie du pays. Il doit se montrer à la hauteur de cette attente et se ressaisir.

Maxime Tandonnet, Le figaro.fr

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Published by Marc Lucien H.
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