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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 06:41

 

Gilbert Veyret, m'avait adressé ce texte juste avant le deuxième tour des régionales. Je n'avais pu le publier. Il reste cependant d'actualité, aussi je vous le propose aujourd'hui.

 

Chantecler était une sorte de démiurge dans la basse-cour qu’il avait réussi à convaincre que son chant matinal était seul responsable du lever du soleil quotidien.

S’en était-il persuadé lui-même ou abusait-il de la crédulité des autres volatiles ? En tous cas son prestige et son autorité disparurent lorsqu’il apparut que les saisons, les intempéries, les éclipses étaient seules responsables des variations de ce phénomène naturel et que notre pauvre coq avait beau s’époumoner, il n’y pouvait rien !

On aura reconnu la pièce d’Edmond Rostand, Chantecler, jouée pour la première fois il y a cent ans. Aura-t-on aussi perçu dans cette fable, la description du désenchantement d’une majorité de citoyens, à l’égard de l’action politique ?

 Les 53% d’abstentions, lors du premier tour des élections régionales de 2010 n’en sont qu’une des récentes manifestations.

 La démocratie n’est pas sortie toute armée de l’imagination du siècle des Lumières et du rationalisme.

Elle s’est progressivement substituée à des monarchies de droit divin censées incarner la volonté divine. Elle a été concurrencée par des dictatures qui avaient imposé une mythification de la volonté du peuple « volk » ou du prolétariat.

En concurrence directe et violente, avec ces mythologies, les démocraties, sous leurs différentes formes, n’ont pas pu échapper à une certaine dose de pensée magique. Il n’y a pas vraiment de pouvoir possible, sans la magie et l’illusion du verbe, rendant plus supportable un quotidien plutôt terne. Mais l’éloquence se perd et les citoyens ont cessé de s’illusionner sur la possibilité de lendemains qui chantent.

Lorsque le discours ne suffit plus, on l’inscrit désormais dans la loi. On ne fait que déplacer ainsi les frustrations et aggraver le sentiment d’impuissance. Inscrire le principe de précaution dans la Constitution, faute de savoir se prémunir contre les risques divers, décréter le droit opposable au logement, faute de pouvoir construire suffisamment de logements sociaux, augmenter systématiquement les peines planchers, après chaque fait divers choquant, sans parvenir à réduire les causes de la délinquance, ne peut pas faire illusion très longtemps. La politique ne peut pas tout[1]. Ses représentants, généralement lucides, voire cyniques en privé, devraient cesser d’entretenir l’illusion qu’en les choisissant on s’affranchira de l’adversité et des lois de la pesanteur.

Il faut des circonstances historiques tragiques pour que la magie du verbe ait quelques chances de produire une mobilisation victorieuse des esprits et modifier le cours de l’histoire. Encore faut-il savoir en user judicieusement.

Quand le général De Gaulle proclame le 18 juin 1940 «  Croyez moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire », il n’y a pas de forfanterie et aucune certitude de la victoire. Mais un mythe est né ; il sera durablement mobilisateur.

En revanche la phrase de Paul Reynaud, peu avant l’effondrement de l’armée française, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » est une rodomontade ridicule.

Nous ne pousserons pas l’impertinence jusqu’à citer des déclarations récentes qui se rapprochent plus du style de la deuxième citation que de la première !

 Ces références ne valent évidemment rien, sorties de leur contexte historique. On ne combat pas les fonds spéculatifs comme des panzers divisions, même si le langage politique aime les métaphores guerrières… ou sportives[2]. On ne réforme pas les retraites comme on instaure une nouvelle république. Pourtant les mêmes formules définitives, les mêmes anathèmes sont censés transformer le plomb en or, la crise économique en euphorie perpétuelle.

 Si « le rire c’est du mécanique plaqué sur du vivant »[3]. Les Français devraient, pour le moins sourire de ce décalage entre leur réalité quotidienne mouvante, incertaine et les reflexes mécaniques, on pourrait presque dire Pavloviens du discours politique ambiant, fait de certitudes apparentes et d’arrogance, d’effets d’annonces non suivis d’effets.

Mais ils ne semblent plus avoir le cœur à en rire[4]  « Les espérances collectives ont cédé la place aux inquiétudes collectives et aux émotions médiatiques. Notre société gère son angoisse par une décharge d’agressivité, là où nous attendions un regain de solidarité » écrit le Médiateur, Jean Paul Delevoye dans sa remarquable préface au rapport 2009.

Les élections régionales ne se prêtaient certes pas à ce niveau de débats. Elles ont parfois donné lieu à de sérieuses discussions locales, portant sur des choix d’équipements significatifs et structurants qui ne semblent pourtant pas avoir passionné une majorité d’électeurs. Au niveau national, leaders politiques nationaux et médias ont surtout donné l’impression qu’ils ne s’intéressaient qu’au nombre de régions que gérerait la gauche et combien resteraient à droite.

Où a-t-on pu entendre un diagnostic aussi lucide que celui de Jean Paul Delevoye, lorsqu’il écrit, « Finalement notre système, dans son ensemble se fragilise d’année en année. L’époque où le vivre ensemble se fondait sur l’existence de règles communes, sur des autorités de proximité les faisant respecter et sur des citoyens qui les connaissaient et y adhéraient semble révolue ».

 Est-ce un sujet trop sérieux pour intéresser les citoyens ? Ne risque-t-on pas de révéler ainsi que des dizaines d’années d’alternance droite/gauche, à l’issue desquelles la lumière devait chaque fois succéder aux ténèbres, n’avaient rien résolu et sensiblement réduit nos marges de manœuvre ?. La presse a brièvement rendu compte de ces propos lucides, avant de revenir à ses délices. Qui sera candidat à l’élection présidentielle de 2012 ? Par ce jeu de connivence qui fait perdre la crédibilité des uns et des autres, ils trouvent toujours des responsables politiques pour répondre que la question est un peu prématurée et y consacrent le reste de l’émission, montrant bien qu’ils ne pensent qu’à ça.

 Quelques hommes d’Etat comme W. Churchill, P. Mendès France, Michel Rocard, Raymond Barre ou Jacques Delors… ont tenu des discours plus près des réalités, plus exigeants à l’égard de citoyens responsables et pas seulement consommateurs.

Ils ont généralement obtenu un vrai succès d’estime et ont été rapidement rejetés par des électeurs plus sensibles à un langage plus facile, frisant parfois le populisme ou la démagogie. Ces électeurs ou plutôt ces abstentionnistes, n’y croient plus aujourd’hui et ne se retrouvent plus dans aucun programme .

 Vont-ils durablement se retirer d’un jeu qui ne semble plus les concerner ? Comment le trop plein apparent d’ambitions politiques pourra s’accommoder de ce vide d’aspirations politiques, de la part des citoyens ? Qui risque de profiter abusivement de cette absence de contrôle démocratique ?

 Le pire n’est jamais sûr ; le meilleur n’est pas encore vraiment apparent.

Mais, « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière » Edmond Rostand « Chantecler »

Gilbert Veyret



[1] Lionel Jospin a pourtant suscité une rancœur durable de son électorat lorsqu’il a osé ce propos raisonnable.

[2] A cet égard la gauche a sérieusement rabaissé ses ambitions en passant de la lutte finale au grand chelem !

[3] Bergson « Le rire »

[4]   Pourtant les spectacles d’humoristes ridiculisant les politiques ne désemplissent pas.

 

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Published by Gilbert Veyret - dans Réflexion politique
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commentaires

Jacques Cosquer 07/04/2010 10:43


Voilà qui est bien vu. Cette fuite en avant dans le verbe creux sur laquelle le pays surfe depuis pas mal de décennies est achevée. La vague enfle en approchant de la plage, avant de s'effondrer.
On est sur le sable. Il va falloir à nouveau nager contre la mer avant de pouvoir un jour peut-être reprendre un peu de vitesse. Crier dans le vent ça ne fait pas avancer; ça fait du bruit,
momentanément. Rien d'autre. Mais nager demande des efforts. Et nager jusqu'à la naissance des vagues demande de la constance dans l'effort.
http://www.jiceo.fr/2010/03/22/les-elus-doivent-apprendre-a-dire-non-les-francais-doivent-apprendre-a-dire-oui/