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Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.

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Chronique de la pensée multiple


Par Valery Giscard d’Estaing

Le Point du 30 10 08

 


Dépression et récession
 

Dans une conférence célèbre, prononcée en 1953, l'économiste Milton Friedman soulignait la distinction entre deux types de crise : les dépressions occasionnelles, telle celle des années 30, et les récessions périodiques, que les économies de marché connaissent depuis deux siècles et qu'elles continueront de connaître. La difficulté actuelle tient à ce que nous rencontrons aujourd'hui ces deux types de crises, déclenchées de manière quasi simultanée, quoique indépendantes : la crise bancaire provoquée par la spéculation qui s'est greffée sur l'abondance des liquidités en dollars, et la crise périodique, qui se traduit par le fort ralentissement de l'activité économique mondiale. Ces deux crises sont distinctes et appellent des traitements différents.

La crise bancaire est de type spéculatif. Elle trouve son origine dans l'offre sur le marché de nouveaux « produits » d'investissement à rendement élevé, mais à risques sous-évalués ou camouflés. Ces « produits » ont été élaborés à New York et à Londres, d'où la très forte secousse des banques américaines et britanniques. Ils ont été diffusés dans une proportion moindre dans les banques de la zone euro.
Néanmoins, la confiance a été ébranlée partout. Les banques ont cessé de se prêter entre elles, d'où une crise des liquidités, qui entraîne le resserrement du crédit aux personnes et aux entreprises. Les mesures prises dans la zone euro, sous l'impulsion de la France, paraissent adaptées à la crise et éloignent les périls, à condition de veiller à ne pas réalimenter les circuits spéculatifs. Mais la confiance ne se rétablira que progressivement, et les profits des banques, amoindris des gains spéculatifs, apporteront un flux continu d'informations décevantes sur le marché.



Le pétrole dans la tourmente
 

Un autre secteur gangrené par la spéculation financière est celui du pétrole : ce ne sont évidemment pas les évolutions de la demande et de l'offre de produits pétroliers qui peuvent expliquer la chute des cours de moitié en trois mois. La banque Goldman Sachs pronostiquait, en juin, une envolée des cours pouvant dépasser 200 dollars le baril. Or nous en sommes aujourd'hui à moins de 70 ! La rapidité de cette évolution démontre que c'est la spéculation financière, c'est-à-dire l'action d'opérateurs n'ayant pas l'intention d'acheter ou de vendre du pétrole, mais seulement de tirer un profit monétaire de l'anticipation de l'évolution des cours, qui est responsable de cette envolée et de cette décrue. Cette spéculation s'est dégonflée parallèlement à la disparition des liquidités à bon marché qui l'alimentaient. Mais la leçon doit être retenue : la spéculation financière, notamment celle des hedge funds (les fonds à risques), s'est infiltrée dans tout le dispositif économique.



Un ajustement cyclique
 

La deuxième crise, celle du ralentissement de l'activité économique mondiale, est engagée depuis le premier trimestre de 2008. Elle poursuit son cheminement sur son plan incliné. Elle traduit le caractère cyclique des grands ajustements entre l'offre et la demande, la consommation et l'investissement, la dépense et l'épargne. L'impulsion est venue des Etats-Unis, amplifiée par la hausse du prix du pétrole et des matières premières, mais l'Europe elle-même et les économies émergentes étaient acculées à connaître une évolution analogue, marquée par une consommation stagnante et des exportations plus difficiles. Cette crise est la plus grave des deux, car elle ne se limite pas au secteur bancaire, mais atteint les valeurs réelles de la consommation et de l'investissement, c'est-à-dire du niveau de vie et de l'emploi. C'est elle qui pèse d'un poids très lourd sur les marchés boursiers. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les mesures prises en faveur des banques n'apportent qu'une amélioration temporaire de la tendance boursière.
Ce sont les anticipations du niveau de l'activité économique, et les résultats des entreprises, qui détermineront les niveaux futurs des cours des marchés financiers. Notons qu'une forte correction, de l'ordre de 30 %, a déjà été effectuée.



Vrai et faux remèdes
 

Face à cette crise cyclique, les expériences du passé et les recherches économiques ont permis d'identifier les faux remèdes et ceux qui aggravent le mal : la relance de la consommation, qui bénéficie d'abord aux importations, et les grands chantiers de travaux, dont les effets de levier sont faibles. A l'inverse, tout doit être entrepris pour stimuler l'investissement dans les entreprises, grandes et petites, en matière de productivité et d'avancées technologiques. Les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy, notamment l'exonération de la taxe professionnelle pour tous les investissements des entreprises réalisés entre aujourd'hui et le 31 décembre 2009, vont exactement dans le sens souhaitable.

En rangeant des papiers dans mon bureau dont on devait repeindre les murs, j'ai retrouvé une citation que j'avais notée pendant les obsèques du cardinal Marty dans la cathédrale de brique rose d'Albi :

« Lorsque souffle la tempête,

ce qui sauve l'arbre,

ce ne sont pas les feuilles ou les fruits,

ce sont les racines. »

Valery Giscard d'Estaing
dans Le Point du 30 octobre

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