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A l'hôpital, les 35 heures restent un handicap



L'analyse de Marc Landré, journaliste, chargé des questions sociales au «Figaro économie». Le Figaro du 26 12 08

Il s'appelait Ilyes et avait 3 ans, 3 mois et 5 jours. Admis mercredi matin pour une angine à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul à Paris, le petit garçon est décédé en début de soirée et se retrouve au cœur d'une polémique. À l'origine de ce drame, une erreur humaine - non de diagnostic mais d'administration de médicament - qui s'est révélée fatale. L'infirmière de garde du service pédiatrique s'est trompée de médicament. Au lieu d'administrer une perfusion de glucose pour le réhydrater, elle a injecté à l'enfant du chlorure de magnésium, produit a priori inoffensif et utilisé en cas de diarrhée.


Au drame humain que représente la mort tragique d'un jeune enfant, de surcroît le soir de Noël, s'ajoute une polémique politique. Le père du jeune Ilyes accuse le personnel de l'hôpital de ne pas avoir réagi à temps. Pour les syndicats hospitaliers, le responsable de cette tragédie a un nom : les sous-effectifs, et donc la désorganisation qui va avec. Patrick Pelloux, le président du syndicat de médecins urgentistes Amuf, a même réclamé la démission de Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, responsable à ses yeux de cette «affaire» en refusant d'augmenter le nombre de postes à l'hôpital.


Derrière les critiques - récurrentes - des syndicats plane la grande ombre des 35 heures, mis en place à l'hôpital en 2001 dans des conditions hasardeuses. Même Martine Aubry a dû reconnaître que la réduction du temps de travail dans le secteur hospitalier n'avait pas été un franc succès. Beaucoup de spécialistes vont plus loin que l'ancienne ministre du Travail et affirment que la mise en place de cette loi a été - et est encore parfois - une catastrophe. Le manque d'effectifs liés à la prise de jours de RTT a fortement compliqué au début la gestion des services et la prévision des plannings de garde. Les infirmières et les aides soignantes étaient, faute de renfort, obligées d'enchaîner des journées de douze, voire quatorze heures d'affilée et de multiplier les heures supplémentaires. Il suffisait d'une collègue souffrante, d'un congé maternité non immédiatement remplacé ou d'une épidémie bénigne de gastro-entérite pour désorganiser tout un service.


Les médecins n'étaient pas en reste. Ils étaient eux aussi régulièrement contraints de concentrer sur une période très courte leurs obligations de service et de jongler avec les patients. La possibilité qui a été donnée aux plus âgés d'entre eux de cumuler leurs 20 jours de RTT par an pour partir en retraite anticipée n'a rien arrangé.


Ils sont d'ailleurs encore nombreux aujourd'hui à enchaîner les services et ne prendre que peu de repos pour pouvoir en bénéficier. Cette intensification de la charge de travail, voulue ou non, s'est donc pendant longtemps faite au détriment de la qualité des soins. Stress, fatigue, inattention, énervement, déprime et surmenage étaient légion dans le corps hospitalier et pouvaient conduire à faire de mauvais diagnostics, à prendre de mauvaises décisions.


Depuis 2005, les choses se sont un peu arrangées. Les 45 000 postes d'infirmières et aides-soignants promis, ainsi que les 3 500 de médecins, ont été pourvus. Et c'est aujourd'hui plus la non-réorganisation des services - qui aurait dû intervenir après la mise en place de la réduction du temps de travail - que les 35 heures elles-mêmes qui est souvent source de dysfonctionnements.


Il reste que les 35 heures à l'hôpital constituent une bombe à retardement pour le budget des hôpitaux, au regard du nombre de jours de RTT et d'heures supplémentaires accumulés et non payés depuis des années.


Le vrai problème de l'hôpital réside en fait dans le manque d'attrait de certaines spécialités (gériatrie, psychiatrie…), 35 heures ou pas. Les postes existent mais ne sont pas pourvus, faute de candidats. Résultat, ces services ne tournent pas par manque de personnel et sont donc enclins à des dérapages. Certaines spécialités (pédiatrie…) n'ont à l'inverse pas de problème et sélectionnent sur liste d'attente leur personnel.


Les Français sont aussi en partie responsables du dysfonctionnement de l'hôpital en se rendant, pour un oui ou pour un non, aux urgences du coup complètement saturées. Et non, comme son nom l'indique, en cas de seule urgence.

Marc Landré
Le Figaro du 26 12

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E
Cette affaire n'a strictement aucun rapport avec la suite de l'article: il a été prouvé que l'infirmière avait eu un horaire et une charge de travail tout à fait normaux au moment de son erreur.<br /> <br /> Les erreurs aux conséquences dramatiques relèvent de la théorie des trous de gruyère: il faut que les trous d'une série de tranches de gruyère soient alignés pour qu'une erreur puisse les traverser tous sans être arrêtée à temps.<br /> <br /> Dans ce cas particulier, il a été prouvé qu'il y avait eu, successivement:<br /> <br /> -erreur de livraison: l'hôpital n'avait jamais commandé de chlorure de magnésium,<br /> -quelqu'un avait rangé ce flacon au milieu des flacons de glucosé,<br /> -les flacons sont identiques (formes, couleurs)et seule la lecture de l'étiquette permet de distinguer leur contenu,<br /> -et, en bout de chaîne, l'infirmière qui se trompe de flacon et porte le chapeau pour tout le monde.<br /> <br /> C'est seule la politique consistant à corriger systématiquement les petites erreurs (qui sont très fréquentes et statistiquement significatives, donc possibles à analyser) qui permet d'éviter les grosses erreurs, qui sont très rares et donnent l'impression qu'il s'agit d'une fatalité imparable.
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H
Juste pour vous signaler ce lien vers un article très intéressante dans le magazine américain Newsweek cette semaine sur le thème : pourquoi la France s'en sort mieux que les autres et fait figure de modèle anti-crise en Europe. <br /> "The Last Model Standing Is France"<br /> For better or worse, French-style intervention is gaining the upper hand as other economic models lose credibility.<br /> http://www.newsweek.com/id/178822<br /> <br /> Bonne lecture.
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M
<br /> Merci...à bientôt<br /> <br /> <br />