Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.
Je voudrais vous dire le plaisir que j’ai à me retrouver parmi vous.
Ce plaisir est doublé de celui de vous recevoir dans ma belle ville de Mulhouse.
Nous avons tenu, il y a trois mois, la réunion fondatrice du cycle qui nous conduit vers notre 1er Congrès. « Comprendre, rassembler, agir », était le thème de ces premières rencontres.
Après avoir fixé le cadre global dans lequel s’exprime notre vision des choses, nous avons voulu tenir, aujourd’hui, une rencontre sur un thème décisif pour une formation de gauche, sur un sujet crucial pour la vie quotidienne de nos concitoyens : le progrès social.
Nous sommes conscients du caractère fondamental, dans notre société de l’école et de la formation. Nous accordons aux questions internationales une importance majeure, dans le monde plein de potentialités mais aussi de risques dans lequel nous vivons. Comment pourrais-je considérer comme mineures les questions de défense et de sécurité, mes fonctions gouvernementales, comme mes fonctions de maire, m’en rappellent, chaque jour, l’ardente actualité.
Mais, vous le savez, la question, qui aujourd’hui conditionne notre capacité à agir correctement, dans tous ces domaines, c’est la question économique. Nous avons symboliquement choisi de la lier directement à la question sociale. Car il n’est pas de politique sociale qui ne se fonde sur une politique économique qui la permette.
C’est pourquoi nous avons voulu annoncer clairement la couleur de notre projet, en intitulant notre réunion : La Réforme économique, condition du progrès social.
Parce que nous ne voulons pas nous payer de mots. Parce que nous nous battons pour gagner, pas pour critiquer ou témoigner. Nous nous battons pour rendre l’espoir que le temps des avancées sociales n’est pas derrière nous, mais qu’il est possible de concevoir, même dans la période que nous vivons, une politique dont la finalité soit le progrès social pour tous.
Pour ces raisons, précisément, nous disons, il faut d’abord réaliser les réformes de structure dont notre économie a besoin, les faire dans la transparence, dans la justice, pour être en mesure de partager les richesses, qui seront alors crées. Et relancer un nouveau cycle de progrès social.
Cette idée est au cœur du logiciel du parti que nous construisons ensemble.
Depuis notre rencontre de juin, pendant ces trois mois d’été, qui ne sont pas les plus faciles pour faire de la politique, notre organisation s’est renforcée, développée, affirmée.
Dans de nombreuses Régions, de nouvelles Coordinations se sont mises en place. La Gauche Moderne va installer, la semaine prochaine, 15 coordinations régionales :
· Alsace ;
· Aquitaine ;
· Bretagne ;
· Bourgogne ;
· Centre ;
· Franche Comté ;
· Haute Normandie ;
· Ile de France ;
· Languedoc - Roussillon ;
· Lorraine ;
· Nord - Pas de Calais ;
· Provence Alpes Cote d’Azur ;
· Rhône - Alpes ;
· Midi - Pyrénées.
Et dans les deux semaines qui vont suivre ces rencontres, Ce sont 25 Fédérations Départementales qui vont mettre en place leurs bureaux.
C’est la preuve que notre existence correspond à une demande de plus en plus grande. Des citoyens, qui viennent de la gauche, comprennent notre projet de la réforme juste. Ils entendent notre message, ils comprennent notre action.
Dans le même temps, cet été, le Parti socialiste a montré une image désolante, désolante pour lui, mais pas seulement… Pour la démocratie en général, ce spectacle n’est pas la bonne image à donner de la politique. La politique, c’est avant tout le souci de l’intérêt général. Mais comme il est Incapable de proposer la moindre perspective, ce parti - qui dit être « La Gauche » - voit ses dirigeants s’affronter, sans fin, dans de dérisoires querelles de pouvoir et d’appareil, sans aucun contenu politique.
Je voudrais m’arrêter un instant sur cette décomposition, qui dure maintenant depuis bien longtemps, et dont on ne voit pas quand elle touchera le fond. Comment les principaux dirigeants de la gauche en sont ils arrivée là ? Il n’y a pas de mystère.
Depuis la chute du Mur de Berlin, les dirigeants de la gauche française, n’ont pas pris la mesure des temps nouveaux dans lesquels nous sommes entrés. Parce qu’ils ont refusé d’y réfléchir sans tabou, ils se sont progressivement, d’année en année, trouvés de plus en plus désorientés. Ils ont perdu leurs repères, faute d’en avoir construit d’autres. Mais ce qui est pire, c’est qu’ils entrainent dans leur paralysie combien de militants, de sympathisants et d’électeurs qui seraient prêts à s’engager pour une vraie perspective de gauche, dynamique, renouvelée et revivifiée.
Pour ouvrir une perspective, à gauche, il faut accepter de prendre le temps de la réflexion, et ne pas considérer que la reprise des vieilles recettes va mécaniquement apporter la solution à des problèmes, dont la marque est la nouveauté. Il faut qu’ils se sortent de l’esprit l’idée que, comme l’essuie-glace, le suffrage universel reviendra nécessairement vers la gauche, et qu’à ce moment là, le Parti socialiste aura les mains libres pour appliquer n’importe quelle politique. Non ça n’arrivera plus !
Il faut bien voir que les mécanismes qui avaient assuré la prospérité et le progrès social pendant quarante ans ont disparu. en Europe occidentale parmi les mouvements qui se rattachent à la tradition de la gauche, deux attitudes opposées ont été prises,: la nostalgie a saisi les uns et l’esprit de réforme a conquis les autres.
La gauche française, loin de faire une évaluation lucide de la réalité, a quasi unanimement fait le choix de la nostalgie. Cette politique n’a connu aucun succès. Pire, elle a contribué à scinder le monde du travail entre deux extrêmes, d’un côté quelques uns bénéficient de rentes de situation indépendamment de la pertinence ou l’efficience réelle de leur activité, et de l’autre côté, un grand nombre, dans des conditions précaires, même lorsqu’ils sont très diplômés, doivent chaque jour faire la preuve de leur rentabilité, pour un revenu trop bas.
Non seulement le résultat est dramatique pour la société, mais c’est cette même politique qui place les partis de gauche à la remorque de la surenchère de courants extrêmes, qui refusent avec véhémence toute modernisation. Leur progression est inexorable, tant que leur fonds de commerce est alimenté le déni de réalité du PS. Si on refuse de voir le reel, alors on ouvre la porte à des revendications absurdes comme l’interdiction des licenciements, pourquoi pas l’interdiction aussi de l’échec industriel, des crises économique, ou des incertitudes de la vie… À regarder l’avenir dans le rétroviseur on ne fait que ressusciter un fantôme, celui de l’économie administrée.
Une majorité des partis de gauche en Europe, ont procédé tout autrement. Ils ont choisi la voie de la réforme. Loin de se fonder sur l’idée que la richesse serait une sorte de gâteau dont la taille serait donnée une fois pour toutes, et pour lequel le grand problème de la société serait de le partager, ils sont partis de l’idée que plus il y aurait à partager, mieux se ferait ce partage. Ils ont rejeté l’idée de travailler moins pour travailler tous, qui a eu dans notre pays des résultats négatifs sur le pouvoir d’achat, et inefficaces sur l’emploi. Ils ont développé d’autres horizons.
Certains, en France aussi, dans des clubs, des fondations, des think-tank, à gauche, ont produit des idées, des analyses, des suggestions innovantes. Mais jamais aucun dirigeant socialiste, ni individuellement ni collectivement, n’a fait preuve de l’audace nécessaire, ne s’est appuyé sur ces travaux, pour en faire des propositions politiques.
Pour nous, qui nous sommes battus longtemps à l’intérieur de cette gauche pour lui faire comprendre qu’il fallait changer, le moment est arrivé ou il fallait rompre.
Nous avons pris la mesure de la situation de la France ces dernières années. Malgré de formidables atouts, la France était menacée de se trouver reléguée au bord du chemin. A cause, notamment, du caractère archaïque de ses relations sociales et de son marché du travail.
Le choix était simple. Face à la perspective d’une protestation sans proposition, qui conduit les socialistes à brandir, comme des vaches sacrées, des avantages catégoriels et des situations acquises. Face à la seule ambition de maintenir quelques années de plus, au prix de conflits sans fin, des dispositifs dépassés qui ne préparent en rien l’avenir, nous avons trouvé le courage de dire que le progrès social est d’abord assis sur les succès économiques, et donc la réforme des structures de notre société.
Faire le choix d’une croissance plus riche en progrès social. Faire le choix de la réforme et de la modernisation du pays, dans la justice, dans un gagnant-gagnant général pour tous les acteurs de la société française, c’est la voie qu’a choisi La Gauche Moderne.
C’est parce que se sera installé entre les partenaires sociaux une logique de gain réciproque, que pourra être rééquilibré le partage de la richesse créée. C’est par le haut et non par le bas que le monde du travail sortira des années difficiles, qu’il a vécu, et vit encore. C’est dans cette objectif que nous développons notre action, car, au fond, est ce que ce n’est pas cela être de gauche ?
Une réforme profonde des relations sociales, et des systèmes de solidarité nationale à tous les niveaux. C’est là, la garantie d’une croissance qui devra permettre la redistribution tout en étant une croissance durable.
Parce qu’être de gauche aujourd’hui, c’est combattre pour la mise sur pied d’un nouveau contrat social, un nouveau consensus entre les acteurs de la société française, autour de la cohésion sociale et du développement durable. Seul ce nouveau pacte permettra de remettre en marche la machine du progrès social. En garantissant aux entrepreneurs le meilleur retour possible pour leurs investissements, dans une société compétitive, dynamique et ouverte. En accordant, en contrepartie, la sécurisation des parcours professionnels et sociaux, et la sécurisation des parcours de vie des citoyens, dans une société apaisée.
Pour que notre pays valorise ses atouts dans la mondialisation, il doit investir ses forces dans l’économie de la connaissance, dans l’innovation, et pas essayer de se battre pour avoir la main d’œuvre la moins chère du monde, ni d’Europe, ce serait peine perdue.
Il faut faire le choix de la connaissance, il faut faire le choix de l’audace. Mais pour développer l’innovation, il est indispensable de mettre fin à toutes ces rigidités qui rendent souvent impossible la prise de risque, hors du cadre des grandes entreprises. Or nous savons qu’elles ne sont plus le cadre privilégié de l’innovation.
Assurer à l’économie le dynamisme maximum, en mettant fin à des formes juridiques et administratives anciennes régissant l’emploi salarié, maximiser les résultats de l’investissement par la flexibilité du marché du travail, c’est la proposition gagnant-gagnant que le monde du travail peut faire aux entrepreneurs en échange d’une assurance pour chaque salarié d’une formation continue au cours de toute sa carrière, et de la garantie du maintien d’un revenu et d’une protection sociale globale de bon niveau, lorsque des évolutions économiques, industrielles ou technologiques, le conduisent à changer d’emploi ou de métier.
Pour briser ces rigidités, il faut installer un rapport de confiance entre les partenaires sociaux. C’est donc bel et bien repenser l’ensemble des rapports entres ces partenaires qu’il faut envisager comme horizon.
Il faut aussi intégrer dans ce mécanisme de la construction de la confiance tous les dispositifs, comme le retour à l’emploi, l’insertion professionnelle, qui sont, avec d’autres, de nature à mettre tous les acteurs sociaux dans le coup.
En France, à la différence d’autres pays européens, c’est, traditionnellement au politique qu’a été délégué ce rôle de garant des relations sociales. Il doit pleinement assumer ce rôle d’initiateur et d’innovateur.
Protéger les individus et non les métiers, voilà ce qui correspond à notre époque. Parce que les métiers changent vite, et que la plupart des salariés vont avoir plusieurs métiers dans leur carrière, et plusieurs employeurs. C’est ce qui a été présente ces dernières années sous le nom de flexi-sécurité. Et lorsque cette démarche a été menée avec volonté et intelligence, elle a abouti à des progrès sociaux. L'Europe du nord en montre des exemples remarquables. Au printemps 2007, par exemple, 25% des salariés scandinaves suivaient une formation, pour 7% en France. On voit bien qu’il ne s’agit pas d’une lente progression pour les rejoindre, mais de concevoir différemment les choses. D’entrer dans une nouvelle ère.......
.......Deuxième partie à venir
Jean-Marie Bockel