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Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.

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Principes d'une gauche sociale libérale

Monique Canto-Sperber   a publié récemment aux éditions Hachette littérature « le libéralisme et la gauche ». Vous trouverez ci-dessous quelques courts extraits d’un paragraphe intitulé : « à quoi ressemblerait une gauche sociale libérale ? »

 

Une pensée sociale libérale …considère que sur toutes les questions qui ne portent pas tort à autrui ou à la société, le jugement de l’individu est souverain, son autonomie est totale, nul n’a le pouvoir d’intervenir sur ses préférences, ses opinions, ses intérêts. En même temps, la gauche libérale souligne l’importance qu’il y a à garantir à chaque individu les moyens sociaux et matériels de forger un projet de vie et une représentation de l’avenir. Elle insiste aussi sur l’importance de l’éducation comme le seul moyen qui permette à chacun d’enrichir ses idées, d’être conscient de ses intérêts, de délibérer sur eux, voire de les soumettre à la critique.

 

Une politique sociale libérale souligne également la fécondité des données sociales dans la constitution de l’autonomie de chacun. Aussi grande que soit la valeur reconnue à l’individualité, chaque individu trouve dans l’entreprise collective des moyens d’action et de réflexion accrus. C’est le cas pour l’action dans des associations ou des mouvements sociaux, où la participation est volontaire, fondée sur l’activité professionnelle, les engagements privés ou les intérêts. C’est le cas aussi pour la délibération commune… [ ] La pratique du débat public contribue à améliorer l’intelligence d’un problème et l’évaluation des solutions.

 

Une vision sociale libérale rappelle enfin combien l’exigence d’un monde culturel riche et différencié, où plusieurs cultures, modes de vie, choix d’existence, sont représentés, est une source de perfectionnement pour les capacités de critique et de choix que chacun entretient à l’égard de sa propre vie. Cette exigence entraîne deux conséquences pratiques.

 

 D’abord la nécessité de s’assurer que la diversité de cultures ou de modes de vie est suffisamment préservée… [ ] Rien ne rend plus difficile l’exercice de sa propre liberté de jugement et d’action que le fait de vivre dans un monde culturel appauvri, où règne l’uniformité en matière d’informations, de jugements et de divertissements. Tocqueville dénonçait la tyrannie de l’opinion publique, mais toute homogénéité trop grande de l’offre culturelle, prise en un sens large, peut fournir le terreau où se nourrissent des hégémonies politiques. Des pressions considérables s’exerçant sur le fonctionnement des grands médias contribuent aujourd’hui à installer cette uniformité. La pensée libérale y voit un danger extrême pour les libertés. [ ]

 

Une autre conséquence pratique est liée au fait que le moyen le meilleur et le plus naturel d’assurer l’évaluation des opinions, des intérêts, des modes de vie et des préférences, est incontestablement le marché. C’est un lieu d’échange, un instrument critique, et la condition la plus adéquate pour dénoncer les fausses valeurs, les archaïsmes, les privilèges.  D’une certaine façon, le marché est la meilleure épreuve de vérité.

Mais cela ne signifie aucunement que tous les biens doivent être soumis au fonctionnement du marché, en particulier les biens qui, comme l’éducation, la santé, voire la diversité culturelle elle-même, sont autant de conditions qui permettent aux individus de participer au marché. Lorsque des personnes sont au départ dépourvues de ces biens, il est inévitable que le marché exerce à leur endroit une effroyable domination. Il est donc essentiel que les personnes puissent  accéder à ces biens selon des modalités qui ne relèvent pas seulement du secteur marchand. D’un autre côté, il n’est pas moins nécessaire de pouvoir évaluer, comme le permettrait le marché, l’action des organismes qui permettent l’accès à ces biens - le système éducatif, ou le système de santé – afin de mettre à l’épreuve leur efficacité. Souvent,  l’efficacité dépend du fait que le marché intervienne pour évaluer et apprécier ces pratiques. Plus généralement, dans les cas où c’est nécessaire, la gauche libérale ne doit pas exclure d’utiliser les ressources du marché, tout en se préservant de ses abus (par la rédaction de cahiers des charges – exigeant en particulier l’égalité de traitement de tous les usagers – et par la mise en place d’instances de contrôle, visant à éviter le situations de contrainte ou de domination que celui-ci peut entraîner).

 

Le social-libéralisme insiste sur la nécessité d’un lieu politique fortement constitué et symboliquement enraciné. Cette exigence a vu le jour progressivement, au rebours de deux orientations initiales du libéralisme : la méfiance à l’égard du politique et le scepticisme sur la capacité de la réforme politique à réaliser la réforme sociale. Mais le libéralisme a aussi montré comment il est possible de penser l’Etat, ou la communauté des citoyens, comme l’incarnation de règles universelles, pourvoyeur de garanties et défenseur de l’intérêt public. Notre monde abrite des interactions si nombreuses, la concurrence des intérêts et le choc des opinions y sont tels, qu’un lieu de légitimité politique transcendant par rapport aux conflits des opinions et des intérêts est plus que jamais nécesaire…

 

Monique Canto-Sperber

« le libéralisme et la gauche » ( extraits)

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