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Le non Irlandais au traité de Lisbonne, résulte, comme ce fût le cas en France il y a trois ans, d’une alliance baroque et conjoncturelle entre l’extrême droite et l’extrême gauche, auxquels se sont joints des citoyens inquiets, désabusés ou voulant manifester leur opposition à leurs dirigeants. Ce vote est une mauvaise nouvelle pour l’Europe car il lui interdit (au moins pour l’instant) d’adopter des règles de fonctionnement plus démocratiques et plus efficaces lui donnant notamment la capacité de jouer un plus grand rôle sur la scène internationale, de prendre davantage de décisions et de mener des politiques communes. Pourtant, la victoire du non en Irlande ne doit pas être assimilée à une catastrophe et elle ne conduit vraisemblablement pas l’Europe dans l’impasse. Trois remarques à ce sujet.
D’abord il faut observer que si le rejet Irlandais nous impose d’en rester pour l’instant aux règles fixées par le traité de Nice (œuvre commune de Jospin et Chirac !) il ne remet pas en cause l’essentiel. L’espace européen de libre échange existe toujours, le grand marché fonctionne, l’Euro n’est pas remis en cause, les politiques communes existantes ne disparaissent pas. Si l’acceptation du traité de Lisbonne aurait rendue plus démocratique, plus coordonnée et sans doute plus solidaire, l’Europe économique, son rejet ne la remet pas en cause. L’Europe libérale continue et c’est tout de même l’essentiel.
Ensuite, il serait inconcevable que le rejet du traité par un des plus petits pays de l’Union Européenne, interdise définitivement son application. L’Irlande ne peut disposer d’un droit de veto. Il faut, dans un premier temps, que les ratifications continuent dans les autres pays et la Grande-Bretagne vient de donner à ce sujet un signal positif. Une fois le traité ratifié par 26 pays, des négociations pourront s’engager avec l’Irlande, visant, au prix de quelques concessions symboliques ou de pure forme, à la faire revenir sur son vote, ou à lui faire accepter d’adopter, une « mise en congé » provisoire ou une « situation particulière » au sein des membres de l’Union. Cela exigera un peu d’imagination juridique et surtout une unité sans faille et une même volonté d’union de la part des 26. Le rôle de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France sera essentiel dans cette phase.
Et j’en arrive à ma troisième remarque, qui concerne particulièrement le rôle de la France. Nicolas Sarkozy a joué un rôle positif et déterminant dans la proposition puis l’élaboration et la signature du traité « simplifié » de Lisbonne. Les hasards du calendrier font qu’il lui appartient de permettre à l’Europe de réagir face à cet échec de dernière minute. La France se trouve présider l’Europe pour les 6 mois qui viennent. Elle doit, pour compenser cet échec institutionnel, faire de sa présidence un succès de l’action concrète, permettre des avancées importantes et visibles de l’Europe sur les sujets qui font partie de ses priorités : défense européenne, Union pour la Méditerranée, politique concertée d’immigration, politique de l’énergie, de l’innovation, du développement durable, politique agricole commune, mais aussi recherche d’une réponse européenne à l’augmentation des prix du pétrole, qui touche durement tous les européens. La présidence française, placée sous le signe de « l’Europe protection » doit montrer aux peuples Européens, y compris et particulièrement aux Irlandais, que l’Europe peut faire de grandes avancées sur des sujets concrets qui concernent très directement la vie des citoyens, leur bien-être et leur développement. Ce sera la meilleure façon et la plus utile, de répondre à ce vote de défiance et au risque de « blocage » qui inquiète les Européens.
En relançant, dès le mois de juillet, une nouvelle phase dans la construction de l’Europe, la France peut fortement contribuer à préparer l’avenir. Une grande responsabilité repose sur les épaules du Président et de son gouvernement. Ils devraient pouvoir compter sur le soutien de l’ensemble des forces politiques françaises, celles au moins qui veulent le succès de l’Europe.
Marc d’Héré