Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.

Publicité

Quand les socialistes réinventent l'eau tiède

La chronique d’Yves de Kerdrel, Le Figaro du 18 décembre 2007.

 

«Méfiez-vous des gens qui parlent de renouveau, écrivait Montesquieu, c’est qu’ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu’ils ne savent pas produire avec des idées.» On ne saurait mieux résumer le travail dit de «renouveau» entamé par le Parti socialiste ce week-end. Un travail initié avec le thème de l’économie de marché.

Au moment où les particuliers chinois placent toute leur épargne à la Bourse de Shanghaï, où l’Europe centrale montre chaque jour à quel point elle a su apporter une réponse appropriée aux défis de son insertion dans le monde libéral, et où seuls Cuba et la Corée du Nord restent au ban de l’économie de marché qui a accompagné la mondialisation, c’est assez sympathique de voir quelques éléphants socialistes se pencher sur la question. Le rapport réalisé notamment par Harlem Désir, et qui est davantage rempli de fautes d’orthographe que d’idées percutantes, constitue un morceau d’anthologie.

D’abord parce qu’à trop embrasser, il étreint bien mal des sujets comme le marché, la place de l’État, la régulation, le partage de la création de richesse, mais surtout les conditions de cette création de richesse. Et les deux seuls sujets sur lesquels il montre une certaine cohérence sont ceux qui concernent le développement durable et la nécessité d’une «forme de mondialisation solidaire». Ce qui ressort du même coup, c’est le vide de la pensée socialiste concernant la mondialisation et l’économie de marché. Le rapport ne veut pas assumer ces deux notions, à la différence de ce qu’ont fait les travaillistes britanniques, les sociaux-démocrates allemands, les socialistes espagnols et même la plus grande partie de la gauche italienne. Du même coup, cette trentaine de feuillets ressemble à un long filet d’eau tiède, à côté duquel même la prose de Lionel Jospin paraissait plus claire.

Le deuxième point curieux de ce rapport s’attache à la manière dont doivent être réparties les richesses créées par l’économie de marché. Redistribution, répartition, réduction des inégalités font partie de la logorrhée socialiste et du fonds de commerce traditionnel de la gauche. Mais ces mots auraient plus de poids dans ce rapport s’il était expliqué comment on optimise la création de richesse, de manière à pouvoir ensuite effectuer cette éventuelle grande redistribution au banquet de l’État, dans la tradition des accords Matignon ou Grenelle. Et à la lecture des quatre pistes, gentillettes et archaïques, formulées pour relancer la croissance, les édiles de la Rue de Solferino risquent de tomber de haut lorsqu’ils prendront connaissance des conclusions de la commission Attali.

Le troisième point frappant de cette réflexion, c’est qu’elle est censée marquer la première étape du renouveau de la pensée socialiste en France. Si tel est le cas, le parti a encore beaucoup de travail à faire, à moins qu’il abandonne cette idée de «renouveau». Surtout on comprend mieux désormais, à la lecture de ce catalogue de bonnes intentions, pourquoi les éléments les plus éminents de la gauche ont préféré rejoindre la majorité, et avec elle une vision plus réaliste de la mondialisation et de l’économie de marché.

Il reste que tout au long de ce rapport revient la lancinante question de la place de l’État dans l’économie. Depuis que Lionel Jospin a affirmé, en pleine affaire Michelin, «l’État ne peut pas tout», les socialistes sont gênés aux entournures. Ils voudraient voir l’État intervenir davantage. Mais où ? Comment ? Quand ? Et selon quelles modalités alors que Bruxelles et les lois de la gravitation universelle poussent dans un sens contraire ?

Le simple fait qu’un parti qui a rassemblé autour de sa candidate 47% des voix à la dernière élection présidentielle se pose cette question avec une telle acuité est troublant. Cela prouve que le gouvernement actuel a encore un travail de pédagogie énorme à mener. Car la France, on a tendance à l’oublier, est le pays occidental où l’État est hélas le plus présent. Plus de 54% de la richesse nationale est absorbée par la dépense publique. Ce qui représente environ 1 000 milliards d’euros par an. Et si nous revenions à des étiages plus en phase avec nos compétiteurs, notamment l’Allemagne, l’État pourrait dégager 150 milliards d’euros d’économies par an, soit trois fois le montant de l’impôt sur le revenu.

Ce sujet est aujourd’hui la question majeure pour la droite comme pour la gauche. Les deux doivent se poser les questions suivantes : quels services l’État doit-il assumer ? Les rend-il bien ? Au meilleur coût ? Sinon doit-il s’en décharger au profit de prestataires extérieurs ? C’est le travail que le Comité de suivi des politiques publiques placé sous la responsabilité de Claude Guéant, de Jean-Paul Faugère, le directeur de cabinet du premier ministre, et de Michel Pébereau, le président de BNP Paribas, a commencé à mener en passant déjà au peigne fin 20% de la dépense publique. Ce qui a donné lieu à 96 mesures pratiques de simplification de la vie administrative. Mais l’essentiel, c’est bien de répondre à la question : en 2008, pour avoir un pays agile et désireux de renouer avec la croissance, comment reconfigurer la place de l’État, et donc son coût. À voir les travaux rendus publics cette semaine, à droite comme à gauche, on peut constater que le renouveau et le progrès ne sont pas du côté où on les claironne.

Yves de Kerdrel

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Les Verts ont qualifié aujourd'hui de "déclaration insipide de la vieille gauche" le texte commun adopté ce jour par les dirigeants du PS, du PCF, du MRC et un représenant du PRG, sur la présidence française de l'UE....souce AFP
Répondre
M
"Tel qu'il fonctionne actuellement, le PS est sûrement la meilleure machine pour désigner le candidat qui va perdre à la présidentielle" déclaration de Thierry Mandon, vice président du Conseil général de l'Essonne, maire PS de Ris-Orangis, proche d'Arnau Montebourg...cité par Le Parisien
Répondre
M
Des dirigeants en quête de lumière et, à l’arrivée, un PS en coupure de son. Plus de treize mois après l’installation à l’Elysée de Nicolas Sarkozy, la principale force d’opposition, presque exclusivement tournée vers sa compétition interne, demeure, de l’avis même de ses leaders, plus «inaudible» que jamais. La dernière séquence politique n’a pas, loin de là, démenti la tendance : entièrement occupés à la rédaction et à la présentation de leurs contributions respectives en vue du congrès de Reims, en novembre (lire ci-contre), les ténors du parti n’ont guère brillé par la puissance de leur expression. Qu’il s’agisse de la réforme des 35 heures, de l’incendie du centre de rétention de Vincennes ou de la prochaine nomination par l’Elysée du patron de la télévision publique. Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris, résume: «Nous n’étions déjà pas très audibles. Mais avec le temps des contributions, qui se multiplient comme des petits pains, nous le sommes encore moins.» ....Libération.fr
Répondre
M
Les balles fusent déjà entre les tranchées des différentes contributions PS pour le congrès de Reims. Jack Lang, signataire de celle de Martine Aubry , a dénoncé mardi "le molletisme rampant" qui, selon lui, caractérise la direction actuelle du PS. Le Point.fr
Répondre
M
Le Parti socialiste a perdu entre 40 000 et 60 000 adhérents depuis le vote d'investiture pour l'élection présidentielle de novembre 2006, a-t-on appris vendredi 18 janvier auprès de la direction du PS.<br />  <br /> "On est entre 160 000 et 180 000" contre un peu plus de 218 000 au moment de la primaire interne qui a vu la victoire de Ségolène Royal devant Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, a expliqué à Reuters Kader Arif, secrétaire national chargé des fédérations. Ces chiffres représentent une décrue de 17 à 27 %, huit mois après la défaite présidentielle du PS, la troisième consécutive. ( source Le Monde.fr et AFP)Ce sont les déclarations du PS, tout permet de penser que la perte d'adhérents est encore beaucoup plus importante.  Par ailleurs il est clair que ce sont les "nouveaux adhérents" ,ceux qui soutenaient la démarche moderniste de Ségolène Royal, ceux qui  voulaient "rénover" le parti qui sont partis et continuent à le faire...Le PS se referme sur ses adhérents les plus vieux et les plus archaïques....La rénovation n'est pas pour demain. 
Répondre
M
Les actionnaires externes du Monde "n'ont pas donné leur accord" à la candidature d'Eric Fottorino à la présidence du directoire du groupe, a indiqué le conseil de surveillance du groupe Le Monde dans un communiqué. (Source: AFP)<br /> Bravo!<br />  
Répondre