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A quoi est due cette impopularité ? D’abord évidemment et principalement à la crise internationale qui nous atteint, et dont les effets (même s’ils sont moins douloureux en France que dans la plupart des autres pays) ne peuvent manquer de provoquer chez les Français des mécontentements, de susciter des inquiétudes, et la responsabilité en est imputée Président de la République.
Si la crise internationale est la grande responsable de cette chute de popularité, d’autres éléments viennent s’y ajouter qui compliquent encore la situation : la crise en Guadeloupe et en Martinique, les manifestations des tenants du conservatisme à commencer par les enseignants chercheurs et les étudiants, la difficulté de faire admettre des réformes importantes comme celle de l’audiovisuel, du fonctionnement du Parlement, de l’hôpital, et les critiques incessantes d’oppositions unies (aidées parfois par certains UMP !) dans un anti-sarkozysme pavlovien…
A ces motifs s’ajoute la manière de diriger du Président, toujours en première ligne et recevant ainsi tous les coups, son interventionnisme, sa propension à passer d’un sujet à un autre, ses décisions à l’emporte-pièce, sa brutalité parfois dans l’expression, qui ne rassurent pas les Français, les troublent, et ne correspondent pas à ce qu’ils ont l’habitude d’attendre d’un Président de la République, qu’ils voudraient voir prendre davantage de recul et accorder davantage d’intérêt aux questions stratégiques et aux grandes réformes qu’au détail de la vie quotidienne.
Toutes ces raisons expliquent la forte chute de Nicolas Sarkozy dans les sondages, mais, et c’est heureux, elle sont conjoncturelles, provisoires et devraient pour l’essentiel perdre de leur pertinence à la fin du printemps ou au début de l’été.
La crise d’abord, dont nous vivons sans doute le pire moment, et sa conséquence la plus grave et la plus dramatique, le chômage qui augmente à un rythme jamais vu dans notre pays. Paradoxalement, l’importance des chiffres actuels des destructions d’emplois, permet d’espérer que cela durera peu. Manifestement les entreprises profitent de la situation pour procéder à des plans sociaux massifs pour alléger leurs coûts et retrouver le plus vite possible une rentabilité. De novembre à fin avril, environ 400.000 emplois auront été supprimés. La situation, pour entrer dans la froide logique des entreprises, aura été « assainie », et à la fin du printemps on retrouvera vraisemblablement des chiffres de l’emploi plus conformes à une situation qui restera difficile mais sera devenue plus normale. On ne sera pas sorti de la crise, mais on devrait connaître des chiffres en dents de scie et le chômage atteindre un palier, avant de se remettre à décroître.
Ce phénomène se trouvera conforté par les effets du plan de relance que l’on commencera vraiment à ressentir en mai-juin, et par la consommation qui sera soutenue par une confirmation de la baisse de l’inflation, par les allègements fiscaux et les mesures décidées en faveur des familles, des personnes âgées, des jeunes. Par ailleurs le RSA entrera en application au début de l’été et les plans de relance américains et allemands, s’ils sont aussi rapidement opérationnels que le plan Français, devraient aider nos exportations.
Dans le même temps on peut penser que Nicolas Sarkozy aura progressivement modifié sa « gouvernance » pour laisser plus de place au premier ministre et prendre un peu plus de recul et que cela commencera à être perçu positivement par les Français. Enfin, on sera plus ou moins sorti des réformes difficiles et la campagne des Européennes déplacera le débat sur un terrain plus favorable au chef de l’Etat, resserrera les rangs de la majorité et au contraire divisera des oppositions qui aujourd’hui unies dans les critiques vis-à-vis du Président, se trouveront en situation de grande concurrence. La lutte entre le PS et une extrême gauche faisant renaître l’esprit du « non » de 2005 d’une part, et entre le PS, Bayrou et les verts de Cohn-Bendit de l’autre, promet de belles empoignades, qui épargneront la majorité.
Pour ces différentes raisons, on devrait retrouver à la fin du printemps ou au début de l’été une situation relativement apaisée, plus confortable pour Nicolas Sarkozy. Situation qui devrait, sauf catastrophe toujours possible, l’emmener sans trop de difficultés vers l’élection présidentielle de 2012 et un second mandat. Je sais bien que tout ne se déroulera pas sans accrocs, que des éléments viendront ça et là compliquer l’action de la majorité, que de nouvelles difficultés économiques et sociales sont probables, que des erreurs du président dans sa communication comme dans son action sont certaines, que des progrès de l’opposition sont même possibles, mais la tendance me paraît bien établie.
Nous jugerons dans quelques mois de la pertinence ou du caractère irréaliste de ces réflexions. Je ferai en tous cas, pour les lecteurs de ce blog, un point régulier, en me référant à ce texte.
Marc d’Héré