Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.
Pas facile, dites-vous, de réformer dans le marasme de la crise ! Mais, en France, vaches maigres ou grasses, ce n'est jamais le bon moment... Ces jours-ci, après l'hôpital qui tangue, l'université est aux soins palliatifs. J'en vois qui regrettent la pente plus tranquille du déclin !
Cet effondrement des facs est un cas d'école. Venu de loin, il était prévisible et son pronostic, ressassé. A force de naviguer sur le lac de l'incurie nationale, le rafiot universitaire pique du nez. Sous nos yeux, les premiers naufragés boivent la tasse : les étudiants, avec leur année perdue, leur pécule et leur bourse engloutis. Sur leurs radeaux, chercheurs et profs-les bons qu'on n'entend pas et les excités qui pérorent-disputent à l'infini. La réputation de l'alma mater, elle, coule à pic. Les docteurs « tant mieux » disent qu'il n'y a pas le feu au lac, que les vacances approchent, que le naufrage dérange les baigneurs...
« C'est plus compliqué. » Ainsi, depuis des lustres, cloue-t-on le bec des victimes : étudiants, futurs chômeurs, parents, contribuables. Certes, tout est compliqué parce tout l'est devenu par indolence et illusions. Nous n'avons sous les yeux que le dernier spasme d'une interminable défaite : la nécessité, enfin imposée, de l'autonomie des universités a dessiné un paysage inégal. Il y en a de bonnes et studieuses et d'autres bancales et agitées. Normal !
Alors, quoi de neuf ? Quel pouvoir pour les présidents élus ? Quel statut pour les intouchables-chercheurs et enseignants ? Sur une mécanique rouillée tombent les controverses et la panne ! Car la polémique s'envenime, puis les querelles, puis les frondes corporatistes, puis la greffe politicienne, puis les assemblées manipulées, puis les casseurs et bloqueurs et, pour finir, la pétaudière... Elle ne sévit pas partout, mais elle nuit à tous.
Sous les controverses byzantines monte une évidence incontournable : la maladie avérée de notre système d'enseignement, grand corps malade. C'est lui qui, en détraquant le primaire, a pourri le secondaire en lui expédiant un lourd contingent de semi-illettrés, avant que le secondaire flageolant se couronne lui-même d'un bac dévalué. Comment veut-on que cette cascade de tromperies n'expédie pas dans les universités, et d'abord celles des lettres et sciences humaines, un flux exorbitant d'étudiants inaptes à l'enseignement supérieur ? Ils guigneront des titres illusoires pour des professions sans emploi. Et, bac +3 ou 4, échoueront en employés subalternes. Comment veut-on qu'une mythologie égalitariste qui nie la sélection par le mérite n'aboutisse à ces flux d'étudiants tantôt dissuadés de poursuivre, tantôt payés par la fausse monnaie de « diplômes assignats » ? Les entreprises s'en détournent. La concurrence internationale leur distribue ses bonnets d'âne.
D'autant que, depuis longtemps, la nécessité élitaire a inventé ses antidotes. De même que de bons collèges privés fleurissent, ici ou là, aux dépens d'un cycle secondaire public délabré, de même des filières dites fort justement sélectives taillent des croupières aux universités. Vous pensez à la filière restreinte des grandes écoles, hypersélectives, qui donnent, à l'Etat et au privé, une élite performante. Mais pensez aussi aux filières croissantes des multiples écoles de commerce de bon niveau, des instituts universitaires de technologie, bons pourvoyeurs d'emplois, des BTS, et j'en passe... Ainsi, en leur faveur, les bons bacheliers abandonnent-ils peu à peu une université négligée par des pouvoirs indolents, résignés à cette ségrégation.
Une seconde évidence, c'est que nos grands clercs ne sont pas exempts de responsabilités. Quelques-uns gardent encore les kystes idéologiques de la grande illusion marxiste : l'autonomie va, disent-ils, « privatiser », « mercantiliser » l'enseignement. On va sacrifier « La princesse de Clèves » et la culture humaniste aux « exigences matérialistes » de l'emploi...
D'autres, moins bigots, préfèrent s'esbigner devant les excités et soutenir le clanisme corporatiste qui refuse l'évaluation des chercheurs, « symptôme, disent-ils, de méfiance néfaste à la performance »... Beaucoup défendent avec complaisance une institution « dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure » (Marc Bloch). Ils lèvent les bras au ciel face aux « casses » de petites minorités cagoulées, qui, partant du blocage, rêvassent au grand soir... Combien de présidents d'université, élus par leurs pairs, se sont-ils, par idéologie ou couardise, montrés indignes de leurs nouveaux pouvoirs ? Combien, parmi eux, de pyromanes et de pompiers enfumés ?
Ce coup d'assommoir aura du moins le mérite d'ouvrir les yeux de la Nation. Le goût et la nécessité d'un vrai savoir reprendront le dessus. Grâce à l'autonomie, les bonnes universités disputeront aux grandes écoles l'excellence. Les autres dépériront ou ne se sauveront qu'en se réformant. Cette réforme subie ne sera pas la plus aimable.
Claude Imbert
Le Point du 20 05 09