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Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.

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La crise, la Chine et nous...

Par Gilbert Veyret

3.000 milliards d’actifs volatils, 1.300 millions de chinois

 

 

et moi et moi et moi !


La mondialisation et ses conséquences sociales sont de parfaites illustrations de l’effet papillon. Un dérèglement mineur survenu dans une région du monde ou une décision économique locale de portée apparemment limitée, auraient ainsi des conséquences amplifiées, généralisées et parfois tragiques dans des régions fort éloignées sur des populations qui ignoraient tout des phénomènes dont ils subissent les effets.

 

Le grand public commence ainsi à découvrir par quels effets improbables de contagion, la jeune mariée Wolof ou la fiancée Bretonne auront du mal à se faire offrir les bijoux nécessaires à son mariage ou sa bague de fiançailles, parce que les achats d’or par les Chinois qui voulaient contrebalancer leurs avoirs en dollars, jugés excessifs, en ont fait flamber le cours.

Il finit par comprendre, sans pour autant l’admettre, qu’une grand-mère française, soucieuse d’ouvrir une assurance vie au nom de ses petits-enfants, ayant fait confiance à sa banque qui a eu elle-même recours à une compagnie d’assurance réputée du Royaume Uni, reçoive un jour un avis de sa banque lui signalant qu’une partie de ses économies avaient été malencontreusement placée sur des fonds Madof et qu’il ne fallait pas en espérer le moindre remboursement.

Pas d’excuses à attendre, c’est un fait malencontreux. Parfois on gagne, parfois on perd ; c’est comme ça dans tous les jeux de hasard !

Des familles indiennes devront renoncer aux aliments sucrés, base de leur nourriture, parce que l’utilisation intensive de l’éthanol pour la production de carburants au Mexique et au Brésil a provoqué  une spéculation et une flambée du prix du sucre  de plus de 45% depuis le début de l’année.

Le gouvernement indien, déjà en manque de recettes fiscales, a même dû renoncer aux droits de douane sur les importations de sucre pour éviter des révoltes urbaines. Les bas prix actuel du pétrole réduisent le recours à l’éthanol, et inverseront, sans doute, prochainement les cours du sucre.

Combien se seront enrichis entre temps, sur ces allers/ retours spéculatifs, sans avoir jamais vu une canne à sucre ou une betterave ? Combien d’Indiens pauvres auront dû renoncer ou réduire cet aliment de base, devenu inaccessible ?

 Faut-il chercher un bouc émissaire ? Les banquiers cupides et aveugles ou le péril jaune ? Cela  présenterait quelque intérêt si nous étions dans un univers un peu manichéen, reposant sur des règles morales, aux termes desquelles le bon est récompensé et le méchant puni. Une sorte de morale de western en quelque sorte.

Mais la réalité échappe à toutes ces sortes de classifications ou de jugements moraux. C’est une fuite en avant, désespérée et folle, dans laquelle chacun espère toujours pouvoir retarder les échéances et la catastrophe annoncée ou en faire supporter les conséquences par d’autres.

C’est un peu l’histoire de tous ceux qui subissent une addiction, à l’alcool, à la drogue, au jeu.

On a créé, développé, titrisé, démultiplié des produits financiers euphorisants qui ont permis d’offrir des taux de rentabilités qui dépassent très largement la croissance de la production et les gains de productivité.  On a permis à des salariés modestes dont on a su freiner les hausses de salaires, de se procurer quand même la maison et la voiture de leurs rêves. On a favorisé le laxisme politique grâce à l’abondance d’une épargne internationale qui dispensait les Etats de prendre les mesures indispensables d’assainissement de leurs finances publiques et le rééquilibrage de leur commerce extérieur. On était reconnaissant aux banques centrales de ne plus jouer leur rôle de régulateur de la masse monétaire, mais d’alimenter abondamment la spéculation mondiale de sa drogue nécessaire.

A. Greenspan était un héros du capitalisme triomphant et J.C.Trichet un petit comptable étriqué !

On était bardés de statistiques qui montraient que les échanges réels de biens et services ne représentaient plus que 3 à 5 % des transactions financières, presque exclusivement spéculatives. Que des private equities ou Fonds souverains pouvaient se jeter sur une proie, entreprise ou monnaie d’un pays, au besoin avec des fonds empruntés, avec l’efficacité prédatrice de sauterelles sur un champ cultivé.

 Il fallut attendre l’effondrement de ce système qui n’était plus fiduciaire mais purement virtuel pour mesurer à quel point cette euphorie artificielle ne reposait sur aucun fondement solide.

3.000 milliards de $ se seraient ainsi, sinon volatilisés du moins n’ont-ils plus que la valeur résiduelle que des marchés  erratiques leur accorde un jour.

 L’économie réelle reposait en grande partie sur ce qu’elle croyait être de la création nette de valeur et qui s’est avéré moins que de la roupie de sansonnet, assortie d’une montagne de dettes que la plupart des acteurs économiques n’avaient pas le sentiment d’avoir souscrites.

 

Certains tireront mieux leur épingle du jeu, dés qu’ils auront pu dépasser la phase de crise  économique, éventuellement sociale qu’ils subissent eux-mêmes, sans trop de dégâts politiques.

Le classement économique des nations, des firmes, le poids des diverses institutions sortira certainement chamboulé de ce maelstrom.

La Chine est probablement le pays le mieux placé pour ramasser la mise quand d’autres joueurs  mondiaux auront dû constater que leurs pertes sont trop lourdes pour pouvoir se refaire.

Ce pays présente l’avantage incontestable, certes pas en termes de droits de l’homme, de cumuler les facilités que lui procurent les deux systèmes les plus cyniques connus.

-La dictature communiste qui permet d’écarter toute forme de contestation, tout contre pouvoir, toute revendication qui ne serait pas conforme aux intérêts de l’Etat et du Parti.

-Le capitalisme le plus libéral qui fait de la recherche du profit le but de l’activité économique, sans se montrer trop regardant sur les moyens d’y parvenir ni sur la situation des victimes de cette guerre  économique[1]

Ils savent, mieux que les occidentaux, prendre la mesure du temps, ne pas céder à la précipitation, relativiser l’histoire, tout en sachant désormais parfaitement utiliser les instruments de décision en temps réels. La maîtrise du jeu de Go s’avérera sûrement plus utile pour bâtir une stratégie de long terme que les pseudos modèles de mathématiques financières de nos apprentis sorciers des salles de marché.

 Quiconque a fréquenté une fois dans sa vie un banquier sait que la position du créancier est nettement plus favorable que celle du débiteur. La fable de la cigale et la fourmi se termine à peu près toujours de la même manière.

C’est la position qu’a su se créer la Chine, pays traditionnellement d’épargne où les occasions de consommation étaient assez rares jusqu’à ce jour, vis-à-vis des Etats-Unis où l’Etat comme les particuliers ont, depuis longtemps l’habitude de vivre à crédit.

Les Etats-Unis ont su mettre à profit la valeur de monnaie de réserve du dollar pour attirer des capitaux plus sensibles à la solidité de cette monnaie qu’aux taux d’intérêt offerts. Dans le même temps ils ont refusé de soutenir le cours du dollar et l’ont laissé flotter pour favoriser leurs exportateurs, sans parvenir pour autant à rééquilibrer leur balance commerciale. Cela leur a, en partie, valu ces années d’euphorie économique qu’ils ont su partager avec le reste du monde industrialisé et les pays émergents.

 On mesure aujourd’hui à quelle point cette euphorie était artificielle et aussi provisoire que celle que peut procurer l’alcool ou certaines drogues !

Tous nos dogmes, idées reçues et critères d’efficacité économique sont ainsi remis en question ; aucune position dominante ne peut être considérée comme durablement acquise. Les Etats-Unis qui ont encore creusé leurs déficits ont de plus en plus besoin d’apports de capitaux extérieurs. Leurs créanciers, détenteurs de pétro dollars ou Chinois, sont de plus en plus inquiets du risque d’effritement du dollar et donc de la valeur de leurs créances. Ils ne vont pas scier la branche sur laquelle ils ont déposé leurs économies, mais ils n’ont aucune raison de se ranger aux injonctions de leurs débiteurs. L’administration américaine voudrait une réévaluation du yuan, au moment où les Chinois eux-mêmes éprouvent de sérieuses difficultés à maintenir leurs exportations. Ils auront plutôt tendance à aider leurs exportateurs, réduire leurs placements en valeurs américaines pour investir à domicile et maintenir un taux de croissance minimum. Ils espèrent ainsi éviter d’avoir à recourir à des mesures répressives, trop voyantes, pour maintenir leur ordre social et politique. Mais c’est là, sans doute, leur point faible. Leur fragilité politique pourrait bien apparaître en même temps que leur domination économique.

Peut-on vraiment reprocher aux Chinois  d’utiliser leur monnaie comme une arme commerciale, leçon qu’ils ont apprise des américains ?  Peut-on les critiquer d’exercer un certain chantage sur leurs débiteurs, alors qu’ils ont vu les Etats-Unis et les institutions qui appliquent la même doctrine économique, FMI ou Banque Mondiale, user du même effet de domination sur des nations endettées. Le « real politic » et le cynisme ne sont pas l’apanage des puissances capitalistes !

Est-il tout à fait anormal que les B.R.I.C. (Brésil, Russie, Inde, Chine), auxquels on pourrait ajouter le Mexique, l’Afrique du Sud et la Corée du Sud mettent en doute la solidité du dollar et prétendent lui substituer un cocktail de monnaies, notamment de pays émergents qui représenteront une part plus importante des échanges mondiaux quand ceux-ci auront été purgés de leurs transactions purement spéculatives ?

 Les pays de la zone Euro ont pu avoir la même tentation, mais ne l’afficheront pas ouvertement, au moment où l’économie américaine vacille et où la chute du dollar empêcherait toute reprise  économique à moyen terme.

 

Une donnée nouvelle et déterminante pourrait bien empêcher tout retour à cet ordre économique qui a conduit à ce désordre social. Le « business as usual » qui a régné, sans concurrence, depuis la fin de la guerre froide pourrait être battu en brèche par ceux là même, consommateurs, épargnants qui en ont été longtemps le véritable moteur.

La machine à fabriquer des désirs, véritable moteur de la consommation et de la croissance s’est enrayée.  Beaucoup n’ont jamais pu ou ne peuvent plus se les offrir. Ils sont de plus en plus nombreux à avoir peur de la précarité et choisissent d’épargner plutôt que de vivre à tempérament.

La plupart ont découvert que ces artefacts n’étaient que des illusions et qu’on pouvait très bien vivre en s’en passant. C’est même, pour certains, une forme de libération qui leur donne en plus une bonne conscience écologique.

C’est aussi embêtant pour les vendeurs de Hummer ou Porsche Cayenne que pour les fabricants chinois de polos à crocodiles d’imitation qui ne visent évidemment pas les mêmes publics, mais vendent tous une illusion de statut social.

Les uns et les autres devront revoir leur modèle de développement, ne plus prendre les consommateurs ou les épargnants pour des gogo et s’appuyer sur des valeurs un peu plus durables, plus solidaires, moins dictées par des critères de rentabilité immédiate.

Faute de pouvoir encore savoir ce qu’ils veulent vraiment ces citoyens/consommateurs/acteurs économiques pourraient bien exprimer ce qu’ils ne veulent plus, déjouant ainsi toutes les prévisions des experts, les plans marketing et les stratégies politiques.

La crise aura eu le grand mérite de suggérer ce nouvel horizon qui est encore très brumeux et souvent occulté par nos querelles d’experts, qui raisonnent encore à partir de leurs paradigmes dépassés et par des politiques, plus obnubilés par les prochaines échéances électorales que visionnaires.

 

Gilbert Veyret



[1] Ne soyons pas trop sévères, puisque la Chine annonce la mise en place d’un système d’assurances sociales pour 2012. Le communisme/Maoïste n’aura guère plus de 150 ans de retard pour instaurer un système de prévoyance sociale que Bismarck avait créé en Allemagne, au début de la révolution industrielle !

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G
La présence de nombreux dispensaires de soins gratuits n'était pas équivalente à un système de couverture universelle qui était probablement impossible dans un si vaste pays
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E
Tous les régimes communistes assuraient un système de soins gratuit.<br /> <br /> La qualité et le niveau de ces soins, fonction -entre autres- du niveau de développement de chaque pays - c'est un autre débat (qui ne se pose pas que dans les régimes communistes, d'ailleurs...).
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E
La note en bas de page sur "les 150 ans de retrd de la Chine en matière de couveture maladie" est totalement fausse.<br /> <br /> Jusqu'aux années 1980, les Chinois bénéficiaient de soins médicaux gratuits sous la période d'économie planifiée. Les unités de travail, appelées "danwei", fournissaient tout.<br /> <br /> (Les danwei répondaient à tous les besoins, notamment aux besoins quotidiens d'éducation, de transport,de logement, de soins et de bons pour achat de nourriture rationnée en cas de pénurie). <br /> <br /> C'est le passage à une économie que je ne sais pas sous quel terme exacte qualifier (capitaliste? libérale? de marché?, mais pas planifiée, qui a ruiné la plupart des danwei sans les remplacer par autre chose pour la majorité de la population.
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M
<br /> Tu as peut-être raison...<br /> <br /> Mais es-tu sûr de ne pas être victime  de la propagnade, en général totalement mensongère, de tous les régimes communistes ?...<br /> <br /> <br />