Par Jean-Marie Bockel, dans Le Monde
Nouvelle publication.
LE MONDE | 10.01.09 |
Comme Eric Besson, Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'Etat à la
défense et aux anciens combattants, a quitté le PS pour rejoindre le
gouvernement de Nicolas Sarkozy. Mais contrairement à lui, il n'est
pas prêt à prendre sa carte de l'UMP. Explications.
Q : Nicolas Sarkozy souhaite placer l'UMP sous le signe de
l'ouverture, en intégrant notamment des ministres issus des rangs du
PS. Allez-vous, comme Eric Besson, rejoindre le parti majoritaire ?
R : Non. Je n'irai pas à l'UMP. Compte tenu de mon parcours, ma
démarche d'ouverture n'a de sens, depuis le premier jour, qu'au sein
de la Gauche moderne, le mouvement que j'ai créé. C'est un parti libre
et indépendant, qui entend incarner la gauche décomplexée au sein de
la majorité. La démarche de M. Besson est tout à fait respectable,
mais elle s'inscrit dans son propre parcours personnel et politique.
Elle permet une clarification dont on ne peut que se réjouir. Moi
j'entends incarner des Français de gauche qui ne se retrouvent plus
dans le PS actuel, déchiré entre Martine Aubry et Ségolène Royal,
complexé face à l'extrême gauche. Des déçus par la gauche qui se
refusent à diaboliser le président de la République et le
gouvernement, mais qui, pour autant, ne rejoindront jamais l'UMP. J'ai
une légitimité à leur parler, car je n'ai pas varié dans le discours
social libéral que je tenais déjà au PS.
Q : Vous n'êtes pas prêt, comme Eric Besson, à franchir le tabou de
passer du PS à l'UMP et d'accepter de prendre les rênes du ministère
le plus contesté par la gauche, celui de l'immigration et de
l'identité nationale ?
R : Je n'ai pas de difficulté à transgresser un tabou. Je l'ai fait en
acceptant l'ouverture. J'ai été en dissidence pendant dix ans au PS.
Mais la différence entre moi et Eric Besson, c'est que je ne
rejoindrai pas l'UMP. Ma crédibilité pour parler aux déçus de la
gauche, c'est de rester distinct de l'UMP, pas de m'y fondre.
Concernant la promotion de M. Besson au ministère de l'immigration,
elle ne me choque pas personnellement. Je suis maire de Mulhouse et
sensible à la problématique de l'immigration. J'ai toujours été
demandeur d'une politique d'immigration. J'ai toujours été solidaire
de M. Hortefeux. Donc, qu'il soit remplacé par un homme de gauche,
cela ne me choque pas. Je trouve ça même plutôt bien. Cela permettra
de montrer que ce n'est pas une politique camp contre camp.
Q : Accepterez-vous de faire partie de la confédération de la majorité
que Nicolas Sarkozy s'apprête à créer pour rassembler dans une maison
commune les différentes composantes de la majorité, l'UMP, les
radicaux, le Nouveau centre et les mouvements, tels que le vôtre,
issus de la gauche ?
R : Oui, je l'ai dit au président de la République. Mais à une
condition : que cette confédération permette à des formations ou
sensibilités distinctes de l'UMP d'exister réellement, notamment au
moment des échéances électorales. Cette structure nous permettra
d'avancer en amont idées et critiques.
Propos recueillis par Sophie Landrin, pour Le Monde 10 01