Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.
Il serait bien triste de n’écrire que pour se plaindre. L’époque est suffisamment morose. Les ondes sont bombardées de ces auditeurs qui exposent leurs problèmes personnels, qui crient leurs revendications ou qui se plaignent sans cesse. Et la misère quotidienne de s’étaler dans les émissions de téléréalité, devenant un spectacle médiatique de plus en plus anxiogène.
Et ne croyez pas que votre serviteur n’ait pas de problèmes ; ceux qui me connaissent bien savent que le sort ne m’a pas épargné. Bien-sûr, il ne s’agit pas d’accepter bêtement notre sort et encore moins d’accepter l’inacceptable. Mais il faut se garder de s’engager dans des combats perdus d’avance et de scier la branche fragile sur laquelle nous nous agitons (alors que certains parlent de bloquer à nouveau les campus universitaires).
Dans une précédente chronique, je déplorais les manifestations des lycéens alors que j’étais chagriné par les contre-performances de mes étudiants de première année d’économie. L’année dernière, ces mêmes étudiants étaient encore au lycée. Déjà (ou encore), il y avait des manifestations et des blocages pour protester contre la politique du gouvernement. Pourtant, les taux de réussite au baccalauréat ont atteint des records alors que les lycéens ont manqué plusieurs semaines de cours. Cette année, mon examen d’économie générale durait deux heures. La plupart des étudiants ont rendu leur copie au bout d’heure. Il est vrai que les questions étaient faciles. Du moins, c’est ce que je croyais ! Car, le niveau des copies fut désastreux. Pas de contenu. Quant à la forme, on ne pouvait distinguer la copie de son brouillon. Les étudiants peinent à écrire une phrase sans faute ; ils ont encore plus de difficulté pour formuler un raisonnement cohérent et argumenté.
J’ai eu l’occasion de le leur dire car je leur dois la franchise (et j'ai envie de les voir réussir), en les invitant à redresser la barre au second semestre. Le pire n’est jamais sûr quand on sait réagir. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ces lycéens en colère qui interpellent le ministre ou le président et impressionnent les médias. C’est vrai qu’ils sont impressionnants dans la rue ; mais ils le sont beaucoup moins aux examens.
Cette fois-ci, je veux féliciter mes étudiants de master professionnel de l’IAE. Comme mes collègues, je prends plaisir à enseigner à ces étudiants. Ils sont sérieux et s’impliquent activement dans les cours, déclenchant des échanges argumentés et intéressants. Il est frappant de voir comment, d’une année à l’autre, d’une promotion à l’autre, le même cours peut être ennuyeux et pénible ou, au contraire, vivant et passionnant. C’est ce qui rend ce métier imprévisible. C’est ce qui fait que j’ai le trac à chaque rentrée universitaire.
Si la qualité de l’intervenant compte pour beaucoup, la qualité de l’auditoire est toute aussi essentielle. Ce constat souligne encore fois l’importance du recrutement des étudiants (et donc la question cruciale de l’orientation et de la sélection). Si le recrutement est mauvais, même le meilleur des enseignants aura de grandes difficultés à faire passer son message. L’œuvre la plus sublime de Mozart ne sera nullement apprécié par un public sourd ou réfractaire à la musique. Dans le langage populaire, le dicton recommande de ne pas donner du caviar aux cochons ! On peut donc faire toutes les réformes de l’enseignement supérieur que l’on veut car tout se défend sur le papier ; mais tant que l’on n’affrontera pas franchement la question de l’orientation et de la sélection à l’université, on parlera dans le vide.
Quand le professeur est motivé et passionné (et qu’il maîtrise sa discipline) et quand les étudiants sont attentifs et réceptifs, alors la rencontre est magique. Tant que j’aurais l’occasion de vivre de tels instants, je continuerai à exercer ce métier avec toute l’énergie que m’insuffle la passion de la science économique.
Jean-Louis Caccomo