Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.
Par Alain MINC, Le Parisien du 15 12 08,
propos recueillis par Frédérique Jourdaa...
Où en sommes-nous avec la crise aujourd’hui ?
Alain Minc. Nous sommes passés à un millimètre du désastre, pendant la semaine où le système financier mondial a failli sauter complètement. Si au lendemain du 12 octobre lorsque le plan de l’Eurogroupe a été présenté à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, les bourses du monde entier avaient mal réagi, le système se serait effondré comme un château de cartes. Nous avons donc troqué le risque de plonger dans l’inconnu pour une récession de type classique assez semblable aux crises que nous avons vécues depuis 1945 tous les dix ou quinze ans.
Et maintenant ?
Il va y avoir un moment difficile, mais maîtrisable, moins grave qu’en 1993. Sans doute ferons-nous entre -1 et -1,5 % de croissance sur le PIB avec une montée incontournable du chômage. Mais notre niveau de vie a augmenté de 6% depuis l’an 2000. Si on perd collectivement un quart de ce qu’on a gagné depuis l’an 2000, ce n’est pas non plus la fin du monde. Mais il faut aussi relativiser. On va s’en sortir compte tenu de ce qui a été fait. Toute la batterie des instruments a été déclenchée. Les taux d’intérêt sont bas, les banques centrales émettent de la monnaie, les gouvernements font des plans de relance de grande ampleur, nonobstant les déficits budgétaires préexistants.
Mais ces 6% ne sont pas répartis équitablement…
Précisément, il y a une partie de la France qui est complètement hors crise, en particulier ceux qui sont sous statut. Si vous êtes fonctionnaire, si votre épargne est rémunérée à 4% à la Banque Postale, vous êtes hors crise. En revanche, il y a une partie de la population qui paie cher et c’est celle-la qu’il faut à tout prix protéger.
Partout en Europe, la colère des classes moyennes monte. C’est bien le révélateur d’un dysfonctionnement ?
On ne peut pas comparer la révolte en Grèce des classes moyennes, contre u Etat inefficace et corrompu et la colère ou le malheur de ceux qui sont en train de porter le prix principal de la crise économique dans l’ensemble des pays occidentaux. Toutefois, je ne crois pas à un grand mouvement social. Quand le chômage augmente, les revendications salariales sont limitées. En revanche quand l’économie redémarre, les individus se préoccupent à juste titre de leur part dans la croissance qui revient. Il n’y aura pas à mon avis d’embrasement.
Pourtant la crise descend sur le terrain social et les PME commencent aussi à souffrir de la crise bancaire…
Nous ne sommes pas complètement sortis de l’irrationnel. Il y a eu un vrai problème de liquidité bancaire, mais la situation est à nouveau sous contrôle. Il y aura des problèmes spécifiques, mais le système bancaire est en train de comprendre qu’il ne peut pas imposer deux sacrifices successifs à la société : la crise liée aux excès des banques et aujourd’hui des restrictions de crédit trop fortes. Ce serait inacceptable.
Pourquoi soutenez-vous la réforme de l’audiovisuel dont on vous attribue la paternité ?
Je suis pour cette réforme. Il y a deux modèles de télévision en Europe. Celle d’Europe du Nord plutôt de meilleure qualité où le secteur public ‘est pas financé par la pub, et celle d’Europe du Sud, de très mauvaise qualité et financée par la pub. Notre intérêt en termes culturels c’est que notre secteur public se rapproche du secteur public d’Europe du Nord. Pour le financement, il est plus sûr d’avoir une taxe sur les opérateurs de téléphonie que d’avoir des recettes publicitaires qui s’effondrent en ce moment.
Mais le principe de la nomination par le président de la République du dirigeant de France Télévisions est rejeté par la majorité…
Arrêtez cette histoire. Critiquer la nomination du président par le pouvoir exécutif est une hypocrisie absolue. Si ce mode de nomination avait prévalu il y a quatre ans, jamais Jacques Chirac n’aurait pu assumer politiquement la nomination à cette fonction du « coauteur » de sa femme (NDLR : Patrick de Carolis). Seul un organisme anonyme et aveugle peut prendre ce genre de décision. Si vous pensez que Nicolas Sarkozy donnera raison par une nomination partisane à ceux qui voient dans cette procédure une mesure liberticide, vous vous mettez le doigt dans l’œil. Le jour où Carolis partira, le nom de son successeur sera incontestable. Ne sous-estimez pas le président de la République.
Propos recueillis par Frédérique Jourdaa.