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Interview de Jean-Marie Bockel dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA)...
Le 23 11
DNA: Un commentaire sur la très courte victoire, la nuit dernière, de Martine Aubry comme premier secrétaire du PS ?
Jean-Marie Bockel : C'est le pire des scénarios. Je ne vois pas réunies les conditions d'une rénovation en profondeur du PS, qui serait le préalable à une crédibilité retrouvée. Le parti est profondément déchiré. Martine Aubry est très mal élue et si le vote devait s'inverser au profit de Ségolène Royal, celle-ci serait un leader sans majorité. Dans les deux cas de figure, ils sont tous responsables de ce qui leur arrive. Je prédisais déjà, quand j'étais encore au PS, cette incapacité à se rénover, à se détacher de la gauche de la gauche, à réinventer une doctrine en phase avec le monde d'aujourd'hui, à faire preuve de réactivité face à la crise. Ils paient leur manque d'audace, leurs vieux calculs tactiques - par exemple les 35 h de Martine Aubry qui n'avaient pour but que de redonner un vernis de gauche au gouvernement Jospin -, leur cynisme vis-à-! vis des adhérents dont ils ont toujours sous-évalué la capacité à évoluer.
- Vous pensez que le mal dont souffre le PS peut être mortel ?
- Je ne vois pas comment le nouveau leadership pourra empêcher le PS de devenir une espèce de SFIO implantée dans un certain nombre de villes ou de régions mais pas crédible pour gérer le pays et qui va, sinon éclater, du moins peu à peu se déliter. Oui un parti peut disparaître. Le risque de mort n'est pas immédiat parce que le syndicat d'intérêts communs continuera pendant un certain temps, mais le PS abordera les prochaines échéances nationales dans les pires conditions.
- C'est tout bénéfice pour Gauche Moderne...
- Je ne m'en réjouis pas. Il n'est pas bon pour la démocratie qu'il n'y ait pas d'opposition responsable et crédible. Lorsqu'une opposition est sûre d'elle, porte une pensée politique et incarne un avenir possible, elle sait dire "oui" de temps en temps, faire l'union sacrée avec les gouvernants face à une cri! se comme celle que nous traversons. Le PS n'est même plus capable de ça.
- Avouez qu'à une semaine de votre congrès, c'est quand même du pain bénit pour vous.
- Disons que c'est une circonstance encore plus favorable à l'émergence de notre mouvement que ce que je pouvais imaginer, il y a un an et demi, quand j'ai été chassé du PS pour cause d'acceptation de l'ouverture. Les conditions sont réunies pour que Gauche Moderne trouve sa place dans le paysage politique français. L'ouverture politique, élément fondateur de GM, apparaît comme une vraie démarche stratégique, symbolisant la volonté du président de moderniser la France en bougeant les lignes. Il incarne la réforme juste et n'est à aucun moment retombé dans les ornières d'une droite conservatrice. Pour un nombre important de gens de gauche qui n'attendent plus rien du PS, l'idée qu'il y a une possibilité d'être partie prenante d'une démarche de réforme a progressé. Par ailleurs, la diabolisation, la caricature du! style de Nicolas Sarkozy fonctionne de moins en moins bien parce qu'il a endossé les habits de l'homme d'État ; la France est de retour sur la scène internationale. Enfin, Gauche Moderne est devenu un vrai parti politique, structuré dans toute la France, qui a un corps de doctrine et qui est capable d'émettre des propositions. Il y a une place pour une aile gauche de la majorité et pas simplement pour une fédération des centres. Nous sommes le seul parti à porter la pensée politique des gauches européennes adaptée à la réalité française.
- Vous ne risquez pas de passer, au mieux pour une annexe de l'UMP, au pire pour un conglomérat de déçus du PS ?
Ni l'un ni l'autre. Nous sommes contre la petite phrase qui tue, juste pour dire qu'on est de gauche. Mais si on a des critiques à émettre, on le fera, en essayant de rester constructifs. Nous sommes, par rapport à l'UMP, un allié libre. Le jour où je ne serai plus d'accord avec la politique du gouvernement, je ne restera! i pas dans la majorité. Tant que je suis d'accord, je suis un allié loyal. En 2012, nous pourrons certes être un réceptacle de déçus de la gauche qui pensent que c'est notre majorité qui réforme. Ma valeur ajoutée par rapport à d'autres ministres et personnalités d'ouverture sera alors d'avoir créé un parti politique. Mais si on n'était que des déçus du PS, ce ne serait pas constructif, productif. On serait aigris, négatifs. Je veux entraîner des gens de gauche, provoquer une véritable adhésion. Elle sera d'autant plus forte, utile, perceptible, crédible qu'elle s'inscrira dans une formation politique de poids.
- Ce poids, comment le mesurerez-vous ?
- Nous avons vocation à être présents aux élections. Aux municipales, alors que nous existions à peine, nous avons présenté quelques têtes de listes, avec des succès variables. Aux européennes, on sera présent, pas avec des listes GM, mais on aura des personnalités sur les listes de la majorité. Aux régionales par contre! , on aura le choix entre la présence de candidats éligibles sur des listes de la majorité unie, la présentation de listes avec d'autres alliés de la majorité dans le cadre de primaires entre plusieurs listes, ou des listes GM dans des régions où nous sommes suffisamment implantés. Pourquoi pas en Alsace ou en Ile de France ? Il faudra simplement vérifier qu'on a une chance raisonnable d'avoir des élus. On ne prendra pas le risque de faire perdre la majorité. On ne veut pas nuire à notre camp. On verra où on en sera dans un an, si on a gagné notre pari de développer Gauche Moderne.
- Vous serez tête de liste ?
- Non. Je n'ai pas vocation à être le leader de la droite en Alsace. C'est à elle de dégager son leadership.
- Dernière question, dans une interview à La Croix, vous semblez regretter que « les chances pour le PS de constituer une alternative en 2012 semblent s'éloigner ».
- Non, non ! En tant qu'homme de gauche, je regrette que le PS n'ait pas engagé la! mutation que Nicolas Sarkozy est en train de faire. Mais je ne souhaiterais pas que le PS, tel qu'il est aujourd'hui, soit l'alternative en 2012. Au contraire, je ne regrette pas que les chances de Nicolas Sarkozy de poursuivre les réformes au-delà de 2012 soient consolidées. Je souhaite qu'il puisse continuer un travail que cinq ans ne suffiront pas à parfaire.
Propos recueillis par Claude Keiflin
© Dernières Nouvelles d'Alsace - 23.11.2008