Un mouvement politique ouvert, Libéral et Social, Réformiste et réaliste.
Etre libéral est aujourd’hui une tare, une infamie, une maladie mentale. La gauche antilibérale exulte tandis que les penchants interventionnistes de la droite jacobine s’expriment désormais sans tabou. J’admets que des conjonctures exceptionnelles appellent des mesures exceptionnelles. De plus, le libéralisme n’exclut pas l’intervention de l’Etat. Adam Smith consacre un tome entier de « La Richesse des Nations » à l’action publique et l’économie sociale, montrant que le marché ne peut s’épanouir sans la fourniture d’un environnement de biens et services publics qui ont la propriété de générer des externalités positives. L’économie de marché fondée sur la liberté et la responsabilité individuelle implique qu’un Etat de droit qui soit fort et efficace, notamment dans les domaines de compétences qui sont les siens, ne serait-ce que pour rappeler aux acteurs de l’économie que la liberté n’implique pas seulement des droits mais aussi des devoirs.
Mais la crise a bon dos. Aucun système ne peut fonctionner si l’homme perd le sens des valeurs morales. Ce n’est pas le capitalisme qu’il faut moraliser, c’est l’homme moderne lui-même qui a trop vite oublié que la liberté n’est pas l’absence de contrainte, qu’il n’y a pas de droits sans devoirs, que l’on ne peut consommer des richesses sans participer à leur production et reproduction, que l’endettement est une fuite en avant s’il ne donne pas lieu à un investissement, donc une production de richesse future.
La crise que nous vivons n’est pas une crise du capitalisme mais une crise des valeurs sans le respect desquelles aucun système économique ne peut fonctionner. Le socialisme , c’est sans doute séduisant sur le papier car qui n’est pas tenté par la promesse d’un monde sans inégalités et sans pauvreté ? Cependant, sans morale, il devient dans la pratique un véritable racket à grande échelle au profit d’une nomenklatura qui s’autoproclame gardienne de l’intérêt général.
L’économie ne se réduit pas à des chiffres ou des flux financiers. La finance et le commerce reposent sur la confiance en l’autre, d’où peuvent naitre les relations d’échange sans lesquelles aucune prospérité n’est possible. Mais cette société de confiance a progressivement disparu sous l’effet d’une fuite en avant consistant à confondre la liberté avec la satisfaction immédiate des pulsions consuméristes. On consomme pour avoir, pour posséder en oubliant que personne ne peut s’épanouir dans la consommation. Etre ou avoir, telle est la question !
L’accomplissement de soi passe souvent par la réalisation de quelque chose, par la création de quelque chose, autrement dit par la mise en œuvre de ses potentialités. C’est toujours une dimension (et une définition) du travail. On produit de la richesse, qu’elle soit culturelle, artistique ou matérielle, tout dépend des talents, des choix et des aspirations de chacun.
Or, on a cultivé, notamment chez les jeunes, le désir d’avoir et de posséder (consommation) avant la volonté de faire, de créer et de produire (production). On veut tous être riche, mais on ne veut guère travailler. La chasse aux salaires élevés et autres stock-options est-elle vraiment l’expression d’une indignation légitime face aux inégalités ou la manifestation plus douteuse de l’envie et de la jalousie sur laquelle surfent toujours les démagogues et les populistes ?
Sous prétexte de relancer l’économie au bord de la crise, on parle encore de relancer la consommation alors que l’endettement de notre économie atteint des niveaux insupportables en termes de charges financières. A-t-on réellement tiré toutes les leçons de cette crise que l’on impute trop facilement au libéralisme que personne ne s’efforce de définir ? La philosophie libérale, qui nous vient de l’époque des Lumières, avant d’être une apologie aveugle du marché, est d’abord justement un ensemble de valeurs morales fondées sur l’équilibre toujours délicat mais indispensable entre les droits et les devoirs, entre l’effort et la récompense, entre revenu et rendement, entre salaires et productivité. La société moderne a précisément voulu tourner le dos à toutes ses contraintes. Pour peu que ces équilibres ne soient plus respectés, à force de multiplier des droits en exonérant les devoirs correspondants, à force de distribuer du revenu sans contrepartie en termes de production de richesse, les bulles nous éclatent toujours à la figure.
Il est certain que les gouvernements ne peuvent pas rester sans rien faire devant la situation actuelle. Cependant, il faut veiller à ne pas renforcer les causes du mal. C’est donc l’interventionnisme lui-même qu’il faut repenser car la crise mondiale n’éclate pas nécessairement du fait d’une absence de gouvernance mondiale ou de la dérégulation, mais de l’accumulation dans tous les pays de réglementations inadaptées aux enjeux de l’économie moderne. Loin d’être une « jungle libérale », le monde moderne est de plus en plus réglementé. Chacune des réglementations considérées isolément a sans doute des intentions louables et des motivations légitimes (protéger la santé des consommateurs, protéger l’environnement, respecter des normes de qualité…), mais l’accumulation des réglementations se traduit par une charge financière qui pèse en dernière instance sur les entreprises.
Avant même que la crise financière éclate, la France avait déjà un problème structurel de croissance molle (qui dure depuis bientôt trente ans) ce qui a conduit le candidat Sarkozy à axer sa campagne sur le thème du pouvoir d’achat. Mais il ne saurait y avoir de pouvoir d’achat sans la restauration d’un « pouvoir de produire », sinon le revenu distribué ne sera qu’une forme de « monnaie de singe » pareille à ce qu’ont été les fameux « subprimes » américains.
La crise bancaire a éclaté aux USA où la Réserve Fédérale a pratiqué pendant des années une politique de taux d’intérêt bas qui a nourrit l’endettement des ménages et des collectivités publiques sous le prétexte de maintenir la consommation considérée comme « moteur de la croissance ». C’est une fuite en avant qui n’est pas soutenable. Les moteurs de la croissance sont bien plus profonds, bien moins matériels et bien plus spirituels ou culturels, reposant grandement sur la volonté d’entreprendre, la confiance en l’avenir, l’éducation, l’aptitude à utiliser les connaissances pour contribuer à créer des richesses. L’économie ne commande pas nécessairement de produire plus, mais surtout de produire mieux et différemment, en prenant en compte les nouvelles contraintes qui sont toujours le nerf de l’innovation.
Alors peut-on venir en aide au système bancaire en appelant une baisse des taux d’intérêt pour relancer la consommation au risque de repartir dans une même fuite en avant ? Je n’ai pas de réponse toute faite. Ce sont des questions que j’expose ici. Car la crise interpelle aussi nécessairement les économistes qui doivent repenser leur discipline. Un peu comme ces traders fous qui étaient des ingénieurs et virtuoses de la technique mathématique sans aucune culture économique et qui se sont trouvés dépassés par leur propre aveuglement, fondé sur une très haute opinion d’eux-mêmes (ils sortent tous des plus grandes écoles où on leur enseigne qu’ils sont les élites économiques), les nouveaux économistes, qui sont désormais des mathématiciens qui appliquent des modèles à l’économie sans trop savoir ce qu’est vraiment l’économie, devraient redécouvrir les valeurs morales qui sont le fondement des sciences humaines en général, des sciences économiques en particulier.
Jean-Louis Caccomo