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Il est incontestable que l’économie mondiale est secouée par une grave crise financière qui va mettre fin à un cycle de croissance qui a porté l’économie mondiale durant ces deux dernières décennies. C’est un problème difficile pour notre pays qui n’a pas bénéficié d’un même cycle de croissance long alors même qu’il va subir de plein fouet le ralentissement annoncé.
Est-ce pour autant la fin du capitalisme ? Ce genre de prophétie, relayée par l’intelligentsia antilibérale, n’a guère de sens dans la mesure où l’économie s’impose à l’homme et qu’il n’existe pas trente-six façons de faire l’économie. Mais dans notre pays pétri de collectivisme, l’hystérie antilibérale, qui n’a jamais cessé, ressurgit de plus belle, ragaillardie par les malheurs de la finance internationale. Pourtant, la force de l’économie de marché est de sortir renforcée de ses propres crises et seule l’économie de marché peut connaitre des crises puisque les autres n’existent pas.
L’économie est toujours fondée sur l’accumulation et la valorisation du capital (technique, humain et financier). Tel est le sens profond du capitalisme (l’aptitude à accumuler un capital, c’est-à-dire se constituer un actif susceptible de générer des revenus dans le futur). Mais ce processus d’accumulation est un processus évolutif et incertain, marqué par des phases de croissance et des phases de crises, bien loin des phénomènes d’équilibre tels qu’ils sont modélisés par la théorie néoclassique.
Il est des phases où l’assainissement des circuits (techniques, humains et financiers) est nécessaire. Car l’homme ne se remet en cause que dans les moments de crise. Il n’en demeure pas moins que la croissance économique est impensable sans l’existence d’un système bancaire et financier dont la fonction d’intermédiation (transformer l’épargne des ménages en investissement pour les entreprises) demeure indispensable même si elle comporte une part de risque fondamentalement irréductible. Dans les pays où ces maillons sont absents, la croissance est nulle. Mais dans les pays où la croissance économique fut forte et persistante, la finance a tendance à s’emballer en donnant naissance à des phénomènes de bulles qui sont étroitement liés à la dynamique de croissance de l’économie elle-même. Même s’il est nécessaire que banquiers et financiers se recentrent sur leur métier de base, personne ne peut prévenir les phénomènes de bulles.
Car comment prévenir des phénomènes fondamentalement chaotiques et imprévisibles ? Croire que l’on peut s’en remettre à des autorités publiques qui auraient la faculté de supprimer le risque inhérent à la vie économique et de connaitre l’avenir est une illusion ? D’ailleurs l’état des finances publiques dans la plupart des pays ne plaide pas en faveur des gouvernements en ce domaine. Comment les responsables politiques pourraient-ils avoir la prétention de réguler un système aussi complexe que la finance internationale alors qu’ils ne maîtrisent même pas les finances publiques de leur propre pays ?
Cela ne doit pas nous conduire à avoir une attitude fataliste par rapport aux crises. Si les économistes s’échinent à affiner la connaissance de la dynamique économique, c’est dans l’espoir d’avoir des outils nous permettant d’accompagner la croissance et d’amortir les crises. Les Banques Centrales ont acquis une expérience – une sagesse ? - qu’elles n’avaient pas en 1929 qui leur permet de coordonner leurs actions. Dans les moments de grave crise, pour éviter que la crise devienne systémique et ne se propage à l’ensemble de l’économie réelle, les autorités monétaires ont la responsabilité de réagir. A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. A condition que le pompier ne devienne pas l’incendiaire.
Il faut donc rester humble en ce domaine : car toute la question réside dans l’attitude à adopter. Venir systématiquement au secours des banques privées pour colmater les brèches et corriger des comportements induits par une réglementation iconoclaste, c’est créer un aléa moral dangereux : les banques seront d’autant plus incitées à prendre des risques démesurés qu’elles savent qu’elles pourront compter sur un sauveteur en dernier ressort. C’est d’ailleurs l’argument principal du sénat américain pour s’opposer au plan de sauvetage proposé par le président Bush [1]. C’est un peu comme ces dictateurs qui se permettent de martyriser leur population en déclenchant des guerres car ils savent qu’ils pourront compter sur la générosité et le dévouement des associations humanitaires qui viendront se porter au secours des populations. Est-ce une raison pour ne rien faire ?
Puisqu’elle est inévitable, l’intervention publique doit envoyer un signal fort tout en étant l’occasion de rappeler que le métier de la finance repose sur la confiance (faire crédit, c’est faire confiance), et que la confiance suppose elle-même une éthique autant qu’une compétence.
Jean-Louis Caccomo
http://cozop.com/chroniques_en_liberte
[1] L’attitude du président américain est instructive. Dans un premier temps, il a décidé de laisser faire le marché. Mais force est de constater que le marché était enfermé dans une logique de panique collective (les fameuses bulles) qui appelait une intervention extérieure, ce qui a conduit l’administration américaine à prendre une initiative nécessaire pour renverser les anticipations.