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A nouveau ressurgit le débat récurrent qui consiste à montrer du doigt l’entreprise capitaliste dont la seule motivation est de faire du profit pour le plus grand bonheur des actionnaires assoiffés du sang des prolétaires. On redécouvre sans cesse l’essentiel et l’évidence : l’objectif de l’entreprise est en effet de créer des richesses, ce qui implique d’être rentable.
C’est un débat déjà engagé au XIX siècle alors que Zola décrit – sans le décrier pour autant - le monde de la finance dans l’Argent. C’est un débat que l’on a connu dans les années 80 alors que l’on disait les français réconciliés avec l’entreprise et que la « gauche-caviar » au pouvoir célébrait le culte de l’argent. Et il aura suffit de nouvelles délocalisations et des difficultés de Renault, le tout sur fond de crise du système bancaire américain, pour relancer le refrain convenu de la loi du profit qui détruit l’homme…
Pourtant, une récente enquête annuelle de la Banque mondiale montre que de plus en plus de pays veulent faciliter la vie des entreprises, notamment en s’engageant dans des politiques franches d’assouplissement réglementaire à côté desquelles les réformettes à la française font figure de pâle homéopathie. Or l’homéopathie n’a guère d’effet contre un cancer généralisé.
Car c’est bien un cancer généralisé qui met à terre notre économie depuis trois décennies. A force de faire peser le fardeau sur les entreprises à travers des réglementations nouvelles et toujours plus complexes, des prélèvements supplémentaires et des contraintes institutionnelles de plus en plus lourdes, comment peut-on encore s’étonner du mouvement de délocalisation ? D’ailleurs, aux USA, des réglementations quelque peu aberrantes ne sont pas pour rien dans l’actuelle crise bancaire américaine, notamment l’obligation d’accorder des prêts à des ménages dont la solvabilité est douteuse, sous le prétexte de ne pas pratiquer de discrimination. En France, on croit encore que l’on peut faire « payer le capital » alors que cette terminologie montre à quel point nous sommes enfermés dans une grille de lecture marxiste dont la pertinence scientifique est nulle. Tout ce qui pèse sur le capital se retournera contre l’investissement, et tout ce qui accroit les difficultés de l’investissement amoindrira nos capacités de croissance et de compétitivité. Et ce sont bien les ménages qui seront les seules victimes en dernier ressort de cette politique qui consiste soi-disant à faire payer les patrons.
Le résultat de cette hystérie antiéconomique persistante est bien connu. Les petites entreprises meurent peu à peu d’asphyxie, croulant sous le poids des charges, tandis que les grandes entreprises redéployent leurs activités dans les pays qui ont décidé d’offrir un environnement plus favorable à l’activité économique. Le monde est vaste tandis que l’hexagone rétrécit.
Les entreprises sont plutôt en situation de subir ce phénomène – plutôt que de le désirer - car elles n’ont pas d’autres choix que de s’adapter ou de disparaître, au contraire de l’Etat qui peut se permettre de dépenser plus sans évaluer l’efficacité de sa dépense.
Avant d’accuser les entreprises dans un discours populiste aux accents démagogiques faciles, les responsables politiques feraient mieux d’intégrer une fois pour toutes cette réalité, notamment en balayant devant leur propre porte car il n’y a rien de plus dangereux pour l’économie d’un pays qu’un Etat qui ne contrôle plus ses finances.
Jean-Louis Caccomo