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LE FIGARO ÉCONOMIE. Le débat s'enflamme sur le financement du RSA. Craignez-vous la discussion à l'Assemblée ?
Éric WOERTH. Non. J'observe d'abord qu'il n'y a plus débat sur le RSA en lui-même, ni sur l'encouragement au temps partiel ou sur le risque que les pauvres paient pour les «pauvres», ce qui était inacceptable. Nous avons eu des mois et des mois de discussions. J'ai accepté que cela coûte plus cher que je ne l'espérais initialement et Martin Hirsch fait aussi un pas de son côté. Mais c'est une réforme que nous ne finançons pas en fausse monnaie, en laissant filer les déficits. Il faut assumer le RSA dans son ensemble le projet et son financement et l'expliquer sans relâche. C'est un investissement social, économique et politique, une réforme en profondeur qui a besoin d'un consensus social. La clé du RSA, ce n'est pas le financement, c'est la mise en œuvre : il faut que tout le monde s'y implique encore plus que dans la conception.
Vous vous dites ouvert au débat sur des pistes alternatives . Lesquelles ?
Bien sûr, nous sommes ouverts, mais pas question de financer à crédit et ce ne sera pas facile de faire mieux que ce que nous avons proposé. Nous voulons revaloriser le travail, il n'était donc pas question de le taxer davantage. Notre deuxième priorité, c'est la compétitivité : nous n'allions donc pas non plus augmenter les impôts sur les entreprises. Nous verrons ce que proposent les parlementaires, mais nous avons étudié beaucoup de choses. Toucher aux allégements de charges ? On ne peut pas décider de les baisser brutalement, ce serait une hausse du coût du travail qui se traduirait en pertes d'emplois. Taxer les stock-options ? C'est fait depuis l'an dernier ! L'idée d'une franchise n'est pas opérationnelle car les revenus du capital font l'objet d'un prélèvement à la source. Il faudrait un fichier financier, véritable usine à gaz. Quant à placer la taxe hors bouclier, c'est non, là aussi. Il faut assumer le bouclier fiscal, qui est un engagement fort que personne ne doit payer plus en impôts et contributions que 50 % de ses revenus. Ce bouclier renforce le lien entre le contribuable et la nation, nous n'allons pas commencer à le bricoler. Mais l'impact du bouclier ne doit pas être caricaturé : il n'empêchera pas les hauts revenus de contribuer beaucoup plus que les classes moyennes au produit du prélèvement. Le vrai sujet, ce n'est pas qu'il y ait déjà des gens dont les impôts sont plafonnés à 50 % de leurs revenus, mais qu'il y ait des contribuables qui puissent en toute légalité exploiter les niches fiscales pour se soustraire totalement à l'impôt sur le revenu. C'est pourquoi, à l'exception des monuments historiques, toutes les niches fiscales qui ne sont pas plafonnées le seront désormais.
Ne pouvait-on tailler plus dans les dépenses ?
Nous sommes en train de faire un effort incroyable sur la dépense publique. RSA mis à part, nous aurons les mêmes dépenses d'intervention et de masse salariale en 2009 qu'en 2008. Faire plus, cela signifierait par exemple ne pas revaloriser les retraites. C'est une politique de rigueur dont nous ne voulons pas. Ce que nous voulons, c'est infléchir fortement mais durablement la dépense publique. Notre politique, c'est tout le contraire de l'augmentation des prélèvements obligatoires, c'est l'accélération des réformes ! D'ailleurs, les mesures mises en œuvre depuis notre arrivée représentent 12 milliards de baisse de prélèvements.
Eric Woerth
interrogé par Le Figaro (11 09 08)