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Contrairement à ce qui se dit beaucoup, l'essai retentissant que Jean Peyrelevade consacre à la politique économique du chef de l'Etat sous le titre : « Sarkozy : l'erreur historique » (1) ne relève pas du pamphlet mais du réquisitoire. L'ancien président du Crédit lyonnais et actuel principal conseiller de François Bayrou en matière économique n'y va certes pas par quatre chemins.
S'il reconnaît au président de la République de grandes qualités personnelles, il l'accuse sans prendre de gants de se fourvoyer sur l'essentiel. Pour Jean Peyrelevade, Nicolas Sarkozy s'attaque certes avec résolution à une multitude de blocages économiques, mais il lance une offensive désordonnée contre des objectifs secondaires au lieu de concentrer ses efforts sur les problèmes centraux. Pis : l'homme de l'Elysée se tromperait radicalement non pas de diagnostic-Peyrelevade lui concède la lucidité-mais de thérapeutique. En un mot comme en cent, Nicolas Sarkozy tomberait dans l'éternel travers français : la relance par la demande et non par l'offre. Il ne tirerait pas les conséquences du fait que la priorité des priorités est de restaurer la compétitivité des entreprises industrielles françaises et non d'augmenter le pouvoir d'achat.
Pour Jean Peyrelevade, le mal français vient de ce que, depuis des années, le pouvoir d'achat progresse plus vite que la croissance ou que la productivité. La marge des entreprises industrielles tricolores serait ainsi la plus faible d'Europe et, contrairement à une idée reçue, cela fait des années que les salariés profitent plus que les entreprises de la croissance, assure-t-il. Pour le banquier venu de la gauche, c'est l'abomination de la désolation.
Il y a de quoi exaspérer la droite et désespérer la gauche dans les thèses de Jean Peyrelevade. Le remède du docteur Peyrelevade consiste en effet à purger le malade, c'est-à-dire à ponctionner le pouvoir d'achat pour restaurer la marge des entreprises, à augmenter la fiscalité sur les particuliers pour alléger celle des entreprises, à augmenter drastiquement les cotisations de la Sécurité sociale, à diminuer autoritairement les déficits publics. Tout cela est présenté avec une parfaite clarté, en s'appuyant sur un appareil impressionnant de statistiques, d'indices et de rapports. Il s'agit donc d'une charge en règle mais pas d'un libelle. Peyrelevade n'est pas un folliculaire mais un terrible procureur. A côté de lui, Raymond Barre serait passé pour laxiste et Nicolas Baverez a l'air d'un optimiste irrépressible.
Ce qui est cependant gênant dans cet essai, c'est l'esprit de système et une certaine arrogance intellectuelle. Cela conduit Jean Peyrelevade à minimiser méthodiquement l'effet des réformes sarkoziennes, à contester toute compétence, voire tout sérieux aux hommes politiques-des amateurs-et à s'attribuer pratiquement le monopole des connaissances en macroéconomie. En somme, l'auteur ne croit qu'au gouvernement des experts, sous sa houlette intellectuelle. Il a l'orgueil d'un saint-simonien du XXIe siècle.
Alain Duhamel, dans Le Point du 04 09
1. « Sarkozy : l'erreur historique », de Jean Peyrelevade (Plon, coll. « Tribune libre », 200 pages, 18 E).