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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 08:34

 

Je vais suivre et commenter en direct les trois journées qui viennent.

 

Je ferais des points réguliers, vous pourrez donc vous reporter, durant ces trois jours plusieurs fois à cet « article » qui évoluera constamment, et faire des commentaires qui  permettront d’enregistrer, à chaud, vos réactions, vos analyses et vos témoignages…

 

Viendront sans doute s’intercaler durant ces trois journées d’autres articles classiques, qui n’empêcheront pas de revenir à celui-ci. Espérons que tout cela ne créera pas un trop grand désordre, pour les lecteurs.

 

LUNDI 18 octobre.

 

Point à 10 heures.

François Fillon a été déterminé et calme hier soir sur TF1. Le projet sera démocratiquement voté et mis en application. Il a rappelé à François Chérèque – qui ne sait comment sortir d’un mouvement dans lequel il s’est sottement laissé embringuer-  que sa porte était toujours ouverte, celui-ci voudra-t-il saisir cette occasion de dialogue ?

Les raffineries reconduisent la grève ce mati. Léger renforcement de la grève à la SNCF

Plusieurs points de blocages nouveaux, et des opérations escargots de la part de quelques routiers radicaux, CFDT souvent…

Qu’ils en profitent bien aujourd’hui, car le gouvernement voudra certainement éviter toute provocation avant la manifestation « baroud d’honneur » de demain.  Mais je doute que cette radicalisation contribue à renforcer le mouvement à  le rendre plus populaire, et à crédibiliser cette centrale en perdition !

 

 

 

 

Il n’y a pas que les retraites. Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale passe à un sujet déterminant : début de l’examen du budget 2011, qui prévoit une forte baisse des dépenses publiques de fonctionnement et des niches fiscales.

 

 

A suivre…A suivre…Prochain Point vers 12 heures 30

 

Point à 12 heures 30.

Les blocages commencent à prendre un peu d’ampleur, avec quelques gênes pour l’économie. Il est compréhensible que le gouvernement veuille éviter toute provocation et n’intervienne pas trop. Pourtant, il serait souhaitable qu’une ou deux opérations de déblocage, dans la soirée ou demain matin, montre à ceux qui en douteraient, qu’il a la situation en mains. On devrait aussi entendre un peu plus Jean-Louis Borloo qui est ministre de l’énergie et dont la prudence bien connue ne devrait pas conduire à l’effacement.

Les blocages de lycées ont repris lundi,  et ont donné parfois lieu à des violences. Devant le lycée Joliot-Curie de Nanterre, après le blocage du lycée par 300 élèves, le secteur a été le théâtre de scènes de vandalisme: voitures renversées et incendiées, un camion de pompiers a été la cible de jets de pierre, le mobilier urbain alentour, abribus, cabines téléphoniques, a été détruit et les débris étaient utilisés par des jeunes comme projectiles sur des policiers et gendarmes. Violences et dégradations à Evry,  à Lyon, aussi, par des groupes de lycéens. Comme le disent les socialistes « nous sommes fiers de l’esprit de responsabilité des jeunes et  des lycéens » !

Le sabotage organisé de Marseille et de sa région se poursuit.

A suivre…A suivre…Prochain point vers 15 heures

 

 

Point à 16 heures.

La CGT avait annoncé un « renforcement » des grèves à la SNCF aujourd’hui. Résultat : 12,6% de grévistes, il n’y en a jamais eu aussi peu depuis longtemps (15,5% vendredi dernier !).

Ca se radicalise dans les raffineries, mais un dépôt pétrolier débloqué à Brest. C’est bien. Le gouvernement laisse agir les grévistes, mais se manifeste par quelques déblocages.

On fait état d’un sondage qui montrerait que le soutien aux manifestants serait toujours aussi important. Je n’en suis pas certain, si autour de 70% des sondés ont de la sympathie pour le mouvement, seuls 52%,  si j’ai bien lu, leur apportent leur soutien…Et les agissements, (blocages, gêne et violence)  des grévistes ne devraient pas faire croître ce nombre. Le calme et la sérénité du gouvernement n’en est que plus remarquée.

Du fait de l’obstruction socialiste, le projet de loi ne sera sans doute voté que jeudi ou vendredi au Sénat. Une occasion de plus de faire grève et de manifester pour les syndicats. La prendront-ils ? Intéressant à suivre.

 

… A suivre…A suivre…Prochain point vers 19 heures.

 

  

Point à 19 heures.

Dans le 93 devant plusieurs lycées bloqués, violences et dégradations. Les lycéens, répondant aux appels de la gauche et de certains syndicats,  descendent dans la rue.  Ils sont exaspérés, puisque les syndicats leur disent mensongèrement que le gouvernement refuse de « bouger », alors ils  se livrent à des dégradations, des destructions et des violences.  Si cette interprétation était la bonne, la responsabilité syndicale serait donc doublement engagée dans cette violence. Les images télévisées en tous cas,  montrent bien le sens de  la « responsabilité »  des jeunes lycéens vantée par les socialistes.  196 jeunes et casseurs ont été  interpellés à la mi-journée.

Les grèves et les manifestations devraient être, en toute logique, très, très importantes demain, ou alors c’est la Bérézina pour Thibault et Chérèque. Les grèves devraient être dans tous les secteurs les plus suivies depuis début septembre, et  on peut penser qu’il y aura nettement  plus d’1,2 millions de manifestants (chiffres officiels du gouvernement pour le  12 octobre)…Un million serait très médiocre et moins du million marquerait un grave échec.

Cela dit dans les informations qui nous sont données cela n’apparaît pas encore vraiment. Les prévisions de grève dans l’éducation, la RATP et la SNCF sont ridiculement basses. Il semble y avoir une quarantaine de préavis de grève dans les transports urbains de province contre environ 80 les autres jours. Restera bien sûr pour camoufler une éventuelle défaite (mais je n’y crois pas, c’est impossible), les blocages en tous genres,  et la venue massive dans les cortèges des étudiants, lycéens, collégiens et casseurs.

Le CAC 40 termine en hausse. Il est depuis plusieurs jours au dessus de 3.800 points.

                           

A suivre…A suivre…Prochain point demain matin 10 heures

 

 

 

MARDI 19 0CTOBRE

 

Point à 10 heures.

Un collège a été incendié au Mans, cette nuit. "Le collège est entièrement brûlé. L'hypothèse la plus probable est une origine criminelle", a déclaré Jean-Claude Boulard, maire (PS) du Mans.
Les grilles d'accès à l'établissement étaient bloquées par des poubelles et des chariots de supermarché à l'arrivée des secours. L'incendie est survenu dans un contexte de tension sociale et de violences autour du projet gouvernemental de réforme des retraites.

 

Un dépôt de carburant ré ouvert, dans l’Hérault.

 

En cette journée de « grandes grèves », à la RATP le trafic est quasiment normal et  la SNCF, il est légèrement meilleur que la veille. On n’a pas encore les chiffres de grévistes, mais ils ne seront sans doute pas très élevés. Reste pour les syndicats les manifestations qui devraient être très importantes (et sans violences !) pour limiter leur échec. Elles devraient largement dépasser le million de manifestants…Ce serait logique.

 

Europe : la commissaire européenne Viviane Reding, renonce, évidemment, à lancer une procédure d’infraction contre la France. Elle aurait mieux fait de s’abstenir de lancer cette stupide et malveillante attaque contre nous.

 

A suivre…A suivre…Prochain point vers 12 heures 30.  

 

  

Point à 12 heures 30

 

Nouveaux incidents,  nouveaux chahuts, des lycéens.  Mais aussi nouvelles dégradations, nouvelles violences, notamment à Nanterre et à Lyon de la part de ceux que les médias appellent des « casseurs » et qui sont tout simplement des « manifestants ».  Ceux et celles qui ont appelé les adolescents à descendre dans la rue portent une lourde responsabilité.

Poursuite des blocages, ici ou là.

 

Grèves : les chiffres qui parviennent sont faibles et en baisse par rapport aux journées de grève nationale passées :

10, 2 % à la poste. 10% à l’éducation nationale,  30% à la SNCF, 9% à la RATP,  tous chiffres nettement plus bas que pour les autres journées de grève nationale.

 

Grosse mobilisation à Toulouse : 35.000 manifestants ce qui représente le record des mois de septembre et octobre : les étudiants et lycéens ont bien aidé les syndicats, mais il faut reconnaître que c’est une bonne mobilisation.

 

Nicolas Sarkozy  annonce que des mesures seront prises pour répondre aux blocages, notamment des raffineries et limiter les débordements. Il en appelle au sang froid et  à la « responsabilité ».

 

A suivre…A suivre…Prochain point vers 15 heures.

 

 

Point à 15 heures.

Chiffres de grévistes toujours en baisse : 15% à France Telecom, 11,6% pour les fonctionnaires d’Etat.

 

Côté manifestations, grâce au grand nombre de lycéens participants, le nombre de manifestants atteint 480.000 à midi, pour plus de 500.000 le 12 octobre. C’est donc assez fort, sans doute inférieur à ce qu’espéraient les syndicats, mais représente, pour l’instant, un beau baroud d’honneur.

 

Record à Bordeaux, mais pas à Marseille malgré une participation accrue des lycéens et de  très jeunes. Dans la manifestation parisienne, les observateurs note une présence beaucoup plus importante que la dernière fois de lycéens et de collégiens même, disait une journaliste de BFM TV. Quelques heurts signalés entre jeunes…

 

Une réunion à 16 heures à Matignon pour aborder les blocages inadmissibles et  les questions d’approvisionnement en carburant.

 

A suivre…A suivre…Nouveau point vers 17 ou 18 heures

 

 

Point à 17 heures 30.

A EDF 15% seulement de grévistes, alors que les journées précédentes, ce nombre avait atteint 17, 18 et 21%.

La CGC demande de suspendre les actions.  Il était temps ! Elle a trop longtemps  cédé à l’intersyndicale. Cela devrait inspirer la CFDT, qui agit depuis le début de cette contestation de manière incompréhensible.

Dans la manifestation parisienne, Ségolène Royal, revenue de Venise, côtoyait (ou marquait) son amie chère Martine Aubry. Malgré ce renfort, et malgré un afflux considérable d’adolescents, il n’y a eu que 67.000 manifestants, à Paris, très loin du record de 89.000 du 12 octobre. La démobilisation syndicale est très nette.

 

Le Premier ministre a rappelé tout à l’heure à l’Assemblée Nationale deux principes de notre démocratie, que certains syndicats ou partis politiques ont tendance à oublier ou à contester.

Le  Parlement a dans sa responsabilité le vote des lois et  c’est ce qu’il fera, démocratiquement,  dans les jours à venir, pour le projet de réforme des retraites.

La Constitution garantit le droit de grève et de manifestation, mais pas celui de blocage de l’économie du pays, ni la violence. C’est pourquoi, les dépôts de carburant seront débloqués.

 

Le dépôt de Bassens a été débloqué, dans le calme.

 

A suivre…A suivre…Prochain point vers 20 heures.   

 

 

Point à 20 heures.

1, 1 million de manifestants aujourd’hui c’est moins que le 12 octobre et c’est exactement le même nombre que le 7 septembre, mais avec un afflux considérable d’adolescents alors qu’il n’y en avait pas le 7 septembre. En un moins et demi la mobilisation stagne, et plus précisément celle des adultes diminue. Dans le même temps le nombre de grévistes est quasiment divisé par deux !  Seule la violence augmente,  ainsi que  les blocages.

A l’évidence le mouvement s’effrite et s’ils s’obstinent, les syndicats vont vers l’échec.

 

Comment Chérèque a-t-il pu s’enferrer à ce point ? Va-t-il se ressaisir ou se lancer dans la fuite en avant de nouvelles manifestations ?

A suivre…A suivre…Prochain point, demain mercredi 20 vers 10 heures 

  

MERCREDI 20 OCTOBRE

 

Point à 10 heures 30.

 

La mobilisation des salariés a été nettement en baisse hier. De plus en plus les adultes salariés et responsables sont remplacés dans les manifestations par des adolescents, manipulés par l’extrême gauche et certains socialistes, et infiltrés par les casseurs. Les actions, ultra minoritaires, de blocage, menées par des extrémistes qui débordent les syndicats, remplacent les manifestations légitimes d’opposition.

Les syndicats sont à la fois lâchés  par certains et débordés par d’autres. La CFDT , entrainée par un Chérèque inconscient, se trouve dans une situation impossible !

 

Quelques dépôts de carburants libérés dans le calme. C’est trop peu. Je comprends la volonté du gouvernement d’éviter tout incident et ce qui pourrait être ressenti comme de la provocation, mais il faut sans doute aller plus vite et plus fort.

 Début d’évolution dans les sentiments des Français, comme le montre un sondage BVA du 16 octobre.

59% restent favorables à ce que les syndicats poursuivent leur mouvement contre le projet de loi sur les retraites après le vote du Sénat cette semaine, 40% y sont opposés. Lentement cela se rééquilibre. Les sondages qui seront faits à compter d’aujourd’hui devraient confirmer cette évolution raisonnable et positive.

 68%, (- 3 points par rapport à septembre) jugent que la politique économique du gouvernement est mauvaise, 31% (+ 5 points) sont d'un avis inverse.

A suivre...
 

 

Point à 13 heures.

Malgré l’obstruction antidémocratique des socialistes, le débat continue au Sénat, et la loi, sans doute encore amendée, sera votée.

 

 Déclaration du Président de la République en Conseil des Ministres.

Je mènerai à son terme la réforme des retraites car mon devoir en tant que chef de l'Etat est de garantir aux Français qu'eux-mêmes et leurs enfants pourront compter sur leur retraite et que le niveau des pensions sera maintenu.

Cette réforme, j'ai voulu qu'elle soit la plus juste possible. Avec le gouvernement, j'ai donc été attentif à toutes les propositions, notamment celles des partenaires sociaux, qui permettaient de progresser dans cette voie sans mettre en péril l'équilibre de nos retraites. Ainsi, ceux qui ont commencé leur vie professionnelle très jeunes ou qui ont eu des travaux pénibles pourront continuer à prendre leur retraite à 60 ans, voire avant. Des protections spécifiques sont prévues pour la retraite des mères de famille et de nouveaux prélèvements de solidarité, sur le capital et les plus hauts revenus, participeront au financement de la réforme.

C'est une réforme difficile, j'en suis le premier conscient. Et il est normal que dans une démocratie chacun puisse exprimer son inquiétude ou son opposition. Mais certaines limites ne doivent pas être franchies et mon devoir est de garantir le respect de l'ordre républicain au service de tous les Français.

Pour des millions de nos concitoyens, les transports constituent une question vitale. Il s'agit là d'une liberté fondamentale. Ces derniers jours beaucoup de Français ont vu leur vie quotidienne perturbée par des problèmes d'approvisionnement qui ont touché une partie des stations services. J'ai donné hier des instructions pour débloquer la totalité des dépôts de carburants afin de rétablir au plus tôt une situation normale. Le désordre qui a été provoqué par ces blocages produit de nombreuses injustices. D'abord à l'égard de la majorité des Français qui souhaitent pouvoir continuer à travailler et à circuler librement. Ensuite, s'il n'y est pas mis un terme rapidement, ces désordres qui cherchent à créer la paralysie du pays pourraient avoir des conséquences en termes d'emploi en détériorant le déroulement normal de l'activité économique. J'ajoute enfin que ces désordres pénalisent à la fois les plus vulnérables des Français et ceux dont la responsabilité est d'assurer les missions de sécurité et de santé, au service du bien commun.

J'en appelle à la responsabilité de chacun.


...A suivre...
 

 

 

Marc d'Héré

 

Voir sur le même blog:

Et maintenant...Que vont-ils faire?  http://marcdhere.over-blog.com/article-et-maintenant-que-vont-ils-faire-59278625.html 

 

 

 

 

 

 

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10 juin 2010 4 10 /06 /juin /2010 16:14

 

Extraits du livre « Plus belle la gauche – Pour une gauche moderne » de Marc d’Héré et Gilles Casanova

 

 

Il est vain d’opposer l’exigence de liberté à celle d’égalité, car, « la liberté n’a de sens que lorsqu’elle est associée à l’égalité [1]». Donner toute sa place à la liberté, interdit évidemment d’en refuser l’exercice à d’autres. Vouloir la liberté, c’est la vouloir pour tous, ce qui passe par la recherche de l’égalité ou de l’équité, ou, selon la belle expression de Monique Canto-Sperber « par la construction de libertés égales ».

 

De quelle égalité parlons-nous ? Certainement pas de l’égalité radicale des situations. Difficilement réalisable, elle n’est pas davantage souhaitable. L’inégalité est une réalité biologique comme une constante de nos sociétés, et, reconnaissons le, elle est aussi un de ses moteurs. Le nivellement, conséquence de l’égalitarisme, déviation et « maladie infantile » de l’égalité, est contre productif, ne pouvant se faire évidemment que vers le bas et ne poussant pas à progresser.

 

Cette constatation ne contredit pas notre volonté de voir se réduire les inégalités, car autant une société de « l’égalité parfaite » serait une société immobile et déjà « morte », autant les inégalités excessives déchirent les sociétés et peuvent les faire mourir.

 

Au-delà d’un certain niveau d’inégalités, il n’y a plus de monde commun, disait Orwell. Il y a des inégalités inacceptables, il peut y en avoir de légitimes ou de tolérables, notamment celles résultant de l’effort, du travail, ou du talent. Si toute inégalité n’est pas une injustice, la suppression des inégalités injustifiées et la réduction des inégalités excessives constituent des exigences.

Nous refusons la persistance des inégalités entre les hommes et les femmes, celles s’appuyant sur une origine sociale ou ethnique, celles liées à une orientation sexuelle ou une façon de vivre sa vie privée, celles encore résultant d’une situation privilégiée prédéterminée. Nous refusons les inégalités héritées, bien différentes de celles résultant d’un travail, ou d’une prise de risques.

Nous refusons l’idée d’inégalités dont on ne pourrait pas sortir. La gauche française se satisfait de l’existence d’une inégalité de fait au sein de la société en refusant de remettre à plat, dans une perspective de progrès équitable pour tous, les avantages que les salariés du secteur public possèdent sur ceux du privé, en terme d’emploi, de conditions de travail, de retraites, de revenus même pour certaines catégories.

Comment se prétendre les défenseurs de l’égalité quand, pour des besoins électoralistes, on fait de la perpétuation de ces inégalités, un objectif politique !

 

L’égalité à laquelle nous aspirons, au-delà de l’égalité de droits et qu’une défense cohérente de la liberté exige, est l’égalité des chances ou, mieux encore, celle que le sociologue Éric Maurin appelle « l’égalité des possibles ». C’est la possibilité, quelle que soit son origine, sa situation, son handicap éventuel, de s’insérer dans la vie sociale ou professionnelle, d’accéder aux biens collectifs – éducation, culture, emploi, santé – et de pouvoir en tirer un même profit. C’est l’égalité dans les opportunités offertes à chacun, et régulièrement renouvelées, d’utiliser au mieux sa capacité d’autonomie, ses talents et sa volonté.

 

De même que notre conception d’une liberté pour agir dépasse la liberté formelle, notre conception de l’égalité nous sépare de l’égalité de principe qui sert d’horizon abstrait à nombre de politiques sociales traditionnelles. Est-ce l’égalité que de vouloir la même école et les mêmes moyens pour tous, alors que l’on sait que les possesseurs d’un patrimoine culturel et vivant dans un environnement privilégié seront ainsi avantagés ? Est-ce égalitaire de laisser chaque individu dans la même situation face à l’emploi quand un jeune d’origine immigrée a trois fois moins de chances d’être embauché qu’un Français « de souche » ? Est-ce égalitaire d’attribuer, pour aider à élever leurs enfants, davantage aux familles aisées qu’aux familles défavorisées, avec des allocations familiales également réparties, ajoutées à un quotient familial qui avantage les hauts revenus? N’est-il pas plus conforme au concept d’égalité, à la nécessité de l’équité, de construire des dispositifs qui aident concrètement certains individus à combler leur retard ?

L’égalité formelle – curieusement baptisée républicaine par certains de ses défenseurs – pensée à travers le prisme de l’uniformité, est en elle même porteuse d’inégalités et vouloir traiter de la même manière des situations différentes est porteur d’injustice. C’est Louis Maurin, animateur de l’Observatoire des inégalités qui déclare « dans la pratique, l’égalité formelle proclamée par le droit est souvent un paravent qui laisse prospérer les inégalités réelles, compte tenu des avantages dont bénéficient certains. »

 

On ne peut poser le principe d’égalité en faisant comme si il n’y avait pas de différences au départ entre les individus, et que tous, passant dans le même moule, devaient en retirer le même profit. Quand une inégalité existe à l’origine, l’égalité de traitement est une manière de prolonger cette inégalité, alors qu’une forme d’inégalité compensatrice peut l’atténuer[2]. Il faut donner plus à ceux qui partent avec moins si l’on veut que tous aient des chances comparables de réussite et d’épanouissement. C’est le moyen de lutter contre l’exclusion sociale. C’est aussi la juste signification de la solidarité et la condition réelle de sa mise en œuvre.

 

Enfin, alors que la gauche traditionnelle ne se propose (d’ailleurs sans y parvenir) que de corriger par la redistribution les inégalités de l’organisation sociale, nous proposons d’intervenir en amont et de faire en sorte que la production de ces inégalités ne survienne pas, ou soit limitée.

Plutôt que de consacrer tous nos efforts à la redistribution, à aider ceux qui ne peuvent obtenir des revenus suffisants ou des situations acceptables, mieux vaut agir pour les en rendre capables, mieux vaut donner aux moins favorisés les moyens d’échapper à un destin qui bien souvent apparaît tracé dès les premières années de la vie. Il ne suffit pas d’agir par une redistribution financière quand bien d’autres inégalités que celles de revenus existent – inégalités d’accès à la culture, inégalité devant la santé, ou même l’espérance de vie.

Plutôt que de recourir à la correction ou à la compensation des injustices et des inégalités mieux vaut développer une logique d’incitation et de prévention, fondée sur la capacité donnée au plus grand nombre de prendre sa vie en main…  

 

 Agir en ce sens, c’est limiter les occasions qui peuvent favoriser la naissance des inégalités : c’est à l’école, et certainement avant, c’est dans les politiques du logement et celles de l’emploi, dans le rapport à la justice, dans la politique d’insertion et la lutte contre les discriminations, dans l’accès à la culture que cette action s’impose. C’est aussi mettre en œuvre des actions incitatives, qui poussent les individus à agir et à prendre des initiatives plutôt que de se borner à réclamer et attendre des allocations et des indemnités. Plutôt que de privilégier l’assistance aux plus faibles et aux plus démunis nous voulons diminuer les raisons qui poussent à avoir besoin d’assistance.

….

Marc d’Héré et Gilles Casanova

 

Extrait de « Plus belle la gauche - Pour une gauche moderne »



[1] François de Singly

[2] « Pour ma part, je crois que ce qui s’oppose le plus à l’inégalité n’est pas l’égalité mais la différence » Michel Foucault, entretien avec Roger-Pol Droit, 1975.

 

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26 mai 2010 3 26 /05 /mai /2010 11:16

 

Par Diane Le Béguec,  La Gauche Moderne,  Paris...

 

 

 

La Fédération de Paris de La Gauche Moderne

Et les Jeunes Gauche Moderne vous convient à un Café politique avec

 

 

Elisabeth LEVY et Eric ZEMMOUR,

 

 

Le réel est-il soluble dans le « politiquement correct » ?

 

 

 A 19h, mercredi 2 juin   à l’Apostrophe,  23, rue de la Grange aux Belles 75010 Paris

 

 


     Depuis plusieurs années une inquiétude va grandissante : dans quel monde sommes-nous embarqués si les vérités officielles et les opinions médiatiques ne sont plus discutables, si l’on ne peut plus parler de rien que de ce qui est uniformément admis ?

  

A l'inverse des régimes totalitaires, la démocratie s’alimente et vit de sa propre critique. Quelle version étrange, dès lors, que celle que nous offririons à présent : celle d'un régime, vidé de son principe actif, où quelques dogmes édictés par un nouveau parti de l’Ordre ne seraient plus susceptibles d’être remis en question sans risque d’être « mis au ban des intellectuels » ainsi que le fut Régis DEBRAY il y a quelques années ou menacé d’action en justice comme le fut Eric ZEMMOUR il y a peu ? 

 

 Sans doute n'y a-t-il là, pour une part, qu'une permanence de l'histoire. L'esprit d'inquisition et la tentation de la Censure ne disparaissent pas si facilement. Ils prennent de nouveaux visages, voilà tout. Et notre régime est suffisamment fort pour ne pas en être ébranlé. En réalité, il n’y aurait même là rien de bien surprenant, ni même de gravissime, si, d'une autre part,  ces phénomènes ne prenaient une forme désormais plus inquiétante. Car ce n’est plus simplement le discours, l’opinion, qui sont stigmatisés, mais les faits eux-mêmes. Ce fichu réel, cette maudite réalité, malheureusement, n’ont pas toujours le tact et l’élégance requis… Lâchons le mot : il ne sont pas toujours « politiquement corrects »!

  

 Certes, il est des difficultés que l’on préférerait ignorer, des situations fâcheuses, des problèmes propres à exciter les passions. La tentation de les nier a toujours été grande : il est incontestatblement plus facile de ne pas savoir.   Mais cette hantise d'un monde imparfait, conduit certains, en plus de refuser le réel, à jeter l’anathème sur ceux qui auraient l'outrecuidance de le rappeler à la conscience collective.  C'est ainsi que la polémique récente autour de la personne d’Eric ZEMMOUR a rappelé l’actualité terrifiante de ce qui n’était pour beaucoup qu’une interrogation lancinante : le réel est-il soluble dans le politiquement correct ? Jusqu'où peut-on décrire la réalité lorsque cette dernière se refuse à être ce que l'on aimerait qu'elle soit ? Par exemple, des victimes de la société qui auraient l'élégance de rester des victimes. Des coupables qui auraient l'obligence de rester des coupables. Mais à quel monde orwellien sommes-nous condamnés si nous devons sans cesse, au minimum euphémiser les réalités dérangeantes, quand ce n'est effacer les preuves, maquiller le réel qui se dérobent à nos interprations faciles et, surtout, confortables ?

  

Au delà des mots, la question est essentielle. Car dans un monde où les réelles difficultés sont niées, quel peut-être le rôle du Politique ? Quel responsable peut se projeter sérieusement dans l’avenir et proposer des perspectives crédibles, s’il n’est pas à même de se représenter clairement le présent, dans toute ses dimensions, qu’elles plaisent, ou non ?

 

 Pour aborder ces questions décisives, La Gauche Moderne a invité deux contempteurs infatigables du politiquement correct : Elisabeth LEVY, la sémillante tôlière de Causeur, et Eric ZEMMOUR, le réprouvé de la bien-pensance.

 

      Donner la parole à ces hurluberlus de la scène médiatique ne signifie pas que nous partagions l’ensemble de leurs convictions, ni même qu’ils soient toujours d’accord entre eux. Mais ne serions-nous en accord avec aucune des idées qu’ils défendent, que nous serions encore fiers d’offrir une tribune aux idées qui heurtent la doxa universelle et peuvent nous réveiller de son sommeil dogmatique.

 

En prenant le risque d’organiser un échange de vues qui s’annonce vif,  nous entendons, à La Gauche Moderne, réaffirmer haut et fort notre volonté de ne pas être engoncés dans un carcan, asphyxiés par un prêchi-prêcha, tenus en laisse et sommés en tout et pour tout, en bon clones du politiquement béat, de nous positionner au garde-à-vous ! Nous serons juste là pour discuter. Discuter pour penser. Penser, pour agir.

 

Diane Le Béguec

 

 

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25 mai 2010 2 25 /05 /mai /2010 13:48

 

Alain de Vulpian m'adresse périodiquement ces notes, émanant de l'association "Société révée" qui mettent en évidence quelques tendances qu'ils pensent déceler, à partir de signaux faibles...

 

 

L’Exposition Universelle de Shanghai, Confucius et la démocratie représentative.

 

Accumulation de signaux :

 

-          L’Exposition vient d’ouvrir. Elle est énorme. Le pavillon chinois surpasse tous les autres. Mais ce n’est pas seulement du nationalisme écrasant. Comme les Jeux Olympiques de Pékin et comme la communication autour de l’exposition, le pavillon chinois célèbre la puissance et la pérennité de la civilisation chinoise, la Chine éternelle plutôt que la Chine communiste. Telle est l’image de la Chine que les autorités chinoises proposent à leur peuple et au monde.

 

-          Tu Weiming, à Harvard, attire l’attention depuis plusieurs années sur le renouveau, parmi les universitaires et les intellectuels, du confucianisme en Chine et dans l’ensemble de l’Asie du Sud Est.

 

-          En 2007, je suis sorti du China-Europa Forum avec l’idée que beaucoup des Chinois rencontrés se sentaient en harmonie avec l’idée que la Chine se modernisait mais à sa façon et pas à l’occidentale (occidental = communiste, droits de l’homme, démocratie représentative).

 

-          Alors que la confucianisme était rejeté et condamné par le régime aux temps de la Révolution Culturelle, Daniel A.Bell (un social scientist canadien qui enseigne actuellement à l’Université Tsinghua de Pékin) décrit une double évolution. D’une part, un regain d’intérêt parmi les universitaires et au sein de la société civile chinoise pour les classiques confucéens se produit spontanément. D’autre part, les autorités et le parti communiste, notamment ses couches jeunes (dans la quarantaine ou la cinquantaine), encouragent ce mouvement, par exemple, en approuvant la sortie d’un film sur Confucius. 

 

Un scénario s’esquisse qui verrait se former un processus de modernisation original nourri par la tradition chinoise. Daniel A.Bell, dans un article publié par Le Monde des 2 et 3 mai et dans son livre  (China’s New Confucianism :Politics and Everyday Life for a Changing Society, Princeton Univ. Press 2008) montre que le confucianisme peut ouvrir des perspectives progressistes et humanistes de réforme politique en Chine et ailleurs. Le confucianisme ne s’oppose pas aux mœurs libérales. Les réformateurs confucéens sont favorables à une plus grande liberté d’expression. Mais ils mettent en cause le recours à la compétition électorale partisane comme mécanisme de désignation des plus hauts dirigeants du pays. Les dirigeants ainsi élus ont pour vocation de servir les intérêts de la communauté de leurs électeurs et, au mieux, de l’ensemble de leur nation. Or, les dirigeants politiques des grands pays prennent des décisions qui affectent le reste du monde et doivent prendre en compte les intérêts de la planète. Le système politique le plus avisé serait celui qui sélectionnerait, pour les postes dirigeants, les membres de la communauté les plus vertueux et les mieux qualifiés.

 

Cette analyse apporte une contribution intéressante à notre réflexion sur l’évolution de la démocratie.

 

 

 

 

 

Marée noire dans le Golfe du Mexique.

 

Une plate-forme pétrolière branchée sur un forage du fond marin à 1500m de profondeur a explosé et coulé. 800.000 litres de pétrole s’écoulent chaque jour dans la mer et menacent les côtes de la Floride, de la Louisiane, du Mississippi et de l’Alabama. Après quinze jours, les moyens de colmater la fuite n’ont pas encore été trouvés. Barak Obama a évoqué une catastrophe environnementale unique et potentiellement sans précédent. On lui fait grief d’avoir autorisé les forages à grande profondeur pour réduire la dépendance énergétique des Etats-Unis.

 

Peut-on envisager que cet accident dissuade d’entreprendre, pour de longues années, de tels forages comme l’accident nucléaire de Three Mile Island avait stoppé le développement de l’industrie électro-nucléaire aux Etats-Unis ?

 

Une nouvelle ère de l’humanité.

 

La succession de crises que nous vivons frappe les esprits. La marée noire et la menace d’une nouvelle crise majeure du système financier et économique surviennent après beaucoup d’autres crises : le dérèglement des climats, le tsunami de l’Océan indien, l’ouragan Katrina, la crise financière et économique de 2008, la grippe H1N1, Haïti et autres tremblements de terre, la tempête Xynthia et les inondations de Charente et de Vendée et j’en oublie… Cette accumulation a peut-être un sens. Elle alimente une idée qui émerge périodiquement depuis le milieu du siècle précédent : nous vivons une période charnière, le basculement d’une ère de la vie humaine sur la terre vers une autre et chacun va devoir se débrouiller dans la transition et participer à l’émergence d’un futur différent.

Alfred  Korzybski parlait de Manhood of humanity, Pierre Teilhard de Chardin annonçait le point oméga, le New Age et Marilyn Fergussson voyaient venir L’Ere du Verseau, Frans de Waal pense que nous sommes entrés dans L’Ere de l’empathie….

 

Des dirigeants prennent conscience (suite).

 

Grande Bretagne : Paul Polman, « Chief Executive » depuis janvier 2009 de la multinationale Unilever, est parti publiquement en guerre contre la « Shareholder Value ». Pour marquer la distance qu’il veut prendre avec la recherche à tout prix du profit à court terme, il refuse de donner aux analystes financiers des prévisions de résultats. Après sa première incartade, l’action Unilever a perdu 6 ₤. Depuis, elle en a regagné 7. « Les actionnaires qui sont partis, dit-il, sont des spéculateurs. Ceux qui sont restés pensent au long terme. Comme moi ».

 

Etats-Unis : Jack Welsch, ancien « Chief Executive » de General Electric, fut le champion et le gourou de la « Shareholder Value ». Depuis, il a changé d’avis : « On s’aperçoit maintenant que l’idée est stupide », a-t-il brutalement déclaré au Financial Times.

 

France : Pascal Jouxtel observe, dans sa vie de consultant, des dirigeants tenant des propos qui auraient été impensables il y a seulement deux ans. Exemples : acceptation d’une perte réelle de contrôle ( laissez venir les innovations du terrain ; c’est à vous, postiers sur le terrain, de réinventer votre métier). Réhabilitation du tâtonnement (tâtonner dans toutes les directions, essayer tout ce qu’on peut et on verra ce qui marche). Innovation radicale : il va falloir se réinventer complètement, notre travail actuel pourra se faire avec deux fois moins de personnel et, si l’on ne veut pas licencier, il faut inventer autre chose (nos produits et nos méthodes de production actuels ne seront plus acceptables).

 

Société révée

10 05 10

 

 

 

 

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18 mai 2010 2 18 /05 /mai /2010 16:53

 

Par André Bercoff, dans Le Monde daté du 6 mai 2010

 

 

Aujourd'hui, notre pays est occupé doucement, gentiment, insidieusement, par le camp du Bien. La police de la pensée correcte triomphe sur tous les étals médiatico-politiques. Au fur et à mesure des abandons de tout excès polémique, de toute pensée critique, de toute idée non formatée par les utopies droits-de-l'hommistes du côté de la gauche et de l'arnaque financière et publicitaire côté droite, la France se recroqueville. S'emmerde. Se couche. Râle et s'endort en faisant des rêves de star.

Semble enfin accomplie la castration de ce peuple français qui, jadis, prenait des bastilles et, il y a encore quelques décennies, faisait mine de défiler pour changer la vie. L'alibi de la crise a bien travaillé : tous à la niche. Et à la censure. Désormais, il est interdit de ne pas interdire. Ne fumez plus : cancer du poumon. Ne buvez plus : cirrhose du foie. Ne baisez plus : sida et autres maladies sexuellement transmissibles (MST). Ne mangez plus : pesticides et OGM. Ne sortez plus : attentats. Ne parlez plus des juifs : vous serez condamné pour antisémitisme. Ne caricaturez plus Mahomet : vous serez incendié avant d'être égorgé. N'osez plus une plaisanterie sur les gays : l'homophobie vous guette. Ne racontez pas une histoire sur les Blacks : vous serez vitupéré raciste à part entière. En revanche, vous pouvez vous en donner à coeur joie sur la pédophilie de l'Eglise. Plus besoin de procureur : les ciseaux travaillent dans les têtes.

Identité : mot obscène pour le choeur des vierges de la différence reine et du minoritaire roi ; mot à proscrire pour les pleureuses de l'angélisme compassionnel qui consiste à trouver des excuses, des explications et des alibis pour quiconque psalmodie que la France est une "garce à niquer" ou autre amabilité du même acabit.

Etre francopositif est devenu, aux yeux de certains, aussi grave qu'être séropositif. Les bonnes âmes de l'antiracisme, considéré comme fonds de commerce, vous proposeront immédiatement un régime à base de fortes amendes, d'une série d'électrochocs et d'excuses publiques, avec fouet et lapidation en cas de récidive. Oser évoquer un rôle "positif" de la présence française outremer, notamment en Afrique du Nord, vous conduira au moins aux travaux forcés, sinon au peloton d'exécution.

Il s'agit une fois pour toutes d'arrêter cette démarche imbécile qui consiste à désigner l'Occident des Lumières comme l'épicentre de tous les péchés du monde. Ce qui s'est passé, ce qui se passe au Congo et au Nigeria, au Darfour et au Zimbabwe, en Iran et en Syrie, n'a rien à voir aujourd'hui avec l'Occident, mais bien avec la spécificité d'un certain nombre de dictatures que le boboïsme frileux ne saurait voir.

Dans cette société placée sous le règne de la distraction et du renoncement, tout est fait pour nous plonger indéfiniment dans le sommeil hébété des taupes qui ne veulent plus voir que des ébats people, ne plus entendre que des brèves de comptoir complotistes, ne plus dire que ce que leur dicte l'angélisme des notables de la gauche correcte et de la droite congelée.

Cependant que progressent les menaces intégristes et totalitaires, nos démocraties s'abandonnent à un masochisme culpabilisé où victimes et bourreaux s'échangent perversement leurs oripeaux, et ce au moment même où se juxtaposent les folies d'un marché sans contrôle et les pulsions mortifères d'un fanatisme sans fin. Il serait temps que la France se réveille...


André Bercoff est écrivain, journaliste.

 

 

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 19:49

 

Alain de Vulpian m'adresse périodiquement ces notes, émanant de l'association "Société révée" qui mettent en évidence quelques tendances qu'ils pensent déceler, à partir de signaux faibles...

 

 

Jean Paul Delevoye et la société française malade.

 

J.P. Delevoye, Médiateur de la république, a animé le petit déjeuner du Club des Vigilants le 28 avril dernier en le centrant sur le « Malaise dans la société ». Il avait diffusé, il y a quelques mois, un rapport très remarqué sur la société française malade.

 

Sa posture quasi médicale est un signal faible. Il est très significatif que ce personnage officiel mette l’accent sur les souffrances, les pathologies, la maladie. Qu’il en esquisse le diagnostic. Qu’il les perçoive comme émanant d’une « évolution comportementale » et d’une variété de processus (par exemple, la conflictualité monte ; une société de citoyens qui s’est transformée en société de consommateurs ; on ne nourrit plus d’espérance ; d’une société rurale et religieuse à une société industrielle aspirant au confort matériel puis à une société consumériste, centrée sur la frustration des envies ; une société où les enfants ne sont plus confrontés à une autorité mais baignent dans l’affection et deviennent addictes aux jeux électroniques, etc.). Il évoque des remèdes possibles (supprimer la dichotomie actifs/inactifs, recentrer le pouvoir politique sur des perspectives à moyen et long termes, développer le tutorat, le soin, l’attention humaine). Sa posture n’est ni idéologique ni partisane ; elle tend à être pragmatique et thérapeutique. Elle tranche radicalement et heureusement avec la posture dominante de la classe politique.

 

Mais le diagnostic que porte Delevoye est insuffisant ou faux. Et ceci est un autre Signal Faible. La perspective qu’il adopte est biaisée. Il est nostalgique de la société d’avant. De plus, il ne semble pas conscient du fait qu’il ne parle pas de la société moderne mais de certaines des pathologies de cette société. Il nous parle en fait de la frange qui est et se sent rejetée, qui est probablement en croissance mais qui englobe sans doute moins de 20% de la population et dont on ne peut comprendre la situation et les possibilités de réintégration qu’en la replaçant dans le cadre de l’ensemble du système en évolution.

Il pense que « le chacun pour soi » remplace la volonté de vivre ensemble alors que cette posture n’est caractéristique que d’une petite minorité au sein d’une population où émergent et foisonnent de nouveaux vivre ensemble.

 

L’idée émane de son propos que la société française est plus malade que les autres sociétés européennes ou nord américaines, ce qui est probablement faux. Une analyse fine des souffrances et des pathologies de ces différentes sociétés modernes mettrait en lumière des similitudes et des différences qui seraient très éclairantes.

 

Le savoir que notre société produit sur elle-même est insuffisant pour orienter l’action politique.

 

 

Un scénario de type années 1920-1930 ?

 

Un scénario catastrophique du type de celui qui s’est développé en Europe au cours des années 1920/1930 nous menace-t-il ? Rien n’est encore clair.

 

Les années 1920/1930. Le traitement inhumain du prolétariat par le capitalisme de l’époque avait tendu les relations industrielles et poussé le prolétariat à la révolution. La crise et le chômage avaient mobilisé les masses. Les idéologies s’étaient exacerbées. Une chasse aux boucs émissaires s’était organisée prenant pour cibles les juifs, les franc-maçons, les communistes, les ennemis de la nation, etc. Communisme et fascisme avaient prospéré et installé des régimes totalitaires dans une bonne partie de l’Europe. Il a fallu passer par cinq ans d’une guerre mondiale atroce pour atteindre un pallier d’équilibre : les Trente Glorieuses.

 

Un premier symptôme alarmant : une génération sacrifiée. Un rapport de l’OCDE publié le 14 avril sonne l’alerte. Dans la plupart des pays de l’OCDE, l’entrée dans la vie active était difficile pour de nombreux jeunes. La crise aggrave la situation. Premières victimes de la crise, les jeunes vont voir leur situation se détériorer pendant plusieurs années encore. Quatre millions de jeunes ont rejoint les rangs des chômeurs pendant la crise. On compte parmi eux 18,8% de chômeurs fin 2009 contre 8,6% pour l’ensemble de la population dans les pays de l’OCDE.

Les auteurs du rapport sont d’autant plus inquiets du fait que des expériences antérieurs montrent que l’échec sur le marché du travail est souvent difficile à rattraper et peut les exposer à une stigmatisation de longue durée. En effet, lorsque la reprise surviendra, les employeurs peuvent être tentés d’embaucher des jeunes fraîchement diplômés à la place de diplômés pris au piége du chômage depuis longtemps.

Le risque d’explosion devient alors important.

 

Un deuxième symptôme alarmant : aujourd’hui, en Europe, la chasse aux boucs émissaires est ouverte. L’agressivité monte à l’égard de minorités qu’on accuse d’être à l’origine de nos malheurs. Les musulmans sont la cible en Europe de l’Ouest. Les juifs, les Rom et les homosexuels en Europe de l’Est. Succès électoraux de Geert Wilders en Hollande, du Fidesz Party (antisémite) et du Jobbik Party (ouvertement néo-Nazi) en Hongrie, du Front National en France, de la ligue du Nord en Italie. En Grande Bretagne, les partis engagés dans la campagne électorale ménagent les réactions anti-immigrants du public. Une opinion publique se forme à l’appui de l’interdiction du voile intégral dans plusieurs pays (Belgique, France, …). Une votation interdit la construction de minarets en Suisse.

 

La bifurcation attendue vers une société plus harmonieuse peut encore se produire pacifiquement. En Europe et en Amérique, le capitalisme de casino est violemment rejeté par les opinions publiques mais il est possible que, sans révolution ni drame, d’autres formes de capitalisme soient en instance d’émergence. Les modes de management de « la grande entreprise » induisent des souffrances parmi les personnels qui nourrissent des protestations croissantes mais beaucoup d’entreprises qui en prennent conscience sont à la recherche de nouveaux systèmes d’animation et de pilotage. Les financiers, les spéculateurs, parfois les gouvernements, sont rendus responsables de nos malheurs mais le climat n’est pas à la révolution. Des explosions émotionnelles, des révoltes de travailleurs licenciés se produisent ici et là, mais les relations industrielles ne sont pas désastreuses et les statistiques montrent qu’en Europe et en Amérique du Nord les grèves sont relativement peu nombreuses. La bifurcation nécessaire peut se produire pacifiquement.

 

Savoir piloter la résorption de la dette publique. Le FMI nous dit qu’en 2014 la dette publique des pays riches atteindra, en moyenne, 110% du PNB (en augmentation de près de 40 points de pourcentage par rapport à 2007) : l’un des taux les plus élevés observés en temps de paix.

Nous allons vers une explosion d’inflation et/ou des politiques d’austérité. La réduction de la dette publique sera douloureuse. Sera-t-elle supportée sans troubles majeurs par les populations ?

 

Des précédents de réductions draconiennes des dépenses publiques ont été pilotés habilement et ont porté leurs fruits (Canada, Suède, …). Des expériences grandeur nature sont en cours. En Irlande, les employés du secteur public, suivant leurs leaders syndicaux, ont réagi avec abnégation à des mesures d’austérité. La résistance semble plus forte au Portugal, en Hollande et surtout en Roumanie.

La situation grecque est alarmante. La capacité de manœuvre de la libre spéculation l’est aussi.

 

Beaucoup va dépendre des postures qu’adopteront les gouvernements : plus nationales ou plus collectives. Les signaux faibles observés en Europe sont, à cet égard, contradictoires. Les hésitations de la zone euro, les coups de frein d’Angela Merkel qui ont paru motivés par des préoccupations électorales à très court terme, font douter de notre capacité collective de pilotage. Mais, lorsque la situation devient littéralement catastrophique (j’écris ces lignes le lundi 10 mai), le jeu collectif reprend le dessus. C’est un jeu dangereux. De crise en crise, un jour la réaction pourrait être trop tardive et une nouvelle catastrophe se produire.

 

 

"Société révée"

10 mai 2010

 

  

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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 15:10

 

Brice Hortefeux, répond à un article "tendancieux" du Monde, dans le journal  daté 29 avril  2010...

 

 

Longtemps, j'ai lu Le Monde avec l'attention et le respect que l'on doit aux institutions vertueuses et rigoureuses. Je savais, en ouvrant le quotidien du soir, que j'allais y trouver une information précise, fidèle aux principes de son fondateur. De la trace laissée par Hubert Beuve-Méry, le journal avait su conserver l'essentiel: un attachement actif à la laïcité, un humanisme entier, un respect exigeant des droits des personnes.

C'est donc avec une certaine tristesse que j'ai pris connaissance, lundi 26 avril, de l'éditorial du Monde. "Stupide" et "indigne": vous ne trouvez pas de mots assez forts pour dénoncer l'action conduite par le gouvernement afin de mettre un terme au port du voile intégral en France. Et en appelant à ma propre "déchéance ministérielle", vous n'êtes pas loin de rejoindre Tariq Ramadan, qui m'accuse, lui, de "trahir les valeurs de la France".

 

Rien de moins! Venant d'un rhéteur proche des Frères musulmans, qui n'a jamais clairement condamné la lapidation, cette leçon de républicanisme est une curiosité. Je regrette que vous vous soyez embourbés aux côtés de ce prédicateur aussi habile que pernicieux. Car je n'imagine pas que vous puissiez cheminer avec ceux qui prônent l'asservissement des femmes.

 

A mon tour, je vous pose une question: où sont passés les principes du Monde ? Auriez-vous oublié que vous étiez laïcs, humanistes et respectueux des droits des personnes ? Pour le dire autrement: dans l'"affaire de Nantes", fallait-il que le ministre de l'intérieur reste silencieux ? Fallait-il que je cache ce qui se tramait derrière les déclarations de cette femme tenant une conférence de presse pour affirmer, au nom de la liberté, le droit d'être enfermée derrière un voile intégral ? Fallait-il que je taise les éléments d'information dont je disposais, tendant à montrer qu'un individu appartenant à la mouvance radicale du Tabligh vivrait avec plusieurs femmes voilées, ayant douze enfants et détournant le système d'aide sociale ? Mon silence aurait été une faute morale autant que politique.

 

Parce que la République respecte les droits des femmes, parce que la République refuse qu'elles soient emmurées, instrumentalisées, humiliées, parce que la République défend la dignité des personnes, je devais veiller à ce que l'autorité judiciaire puisse effectuer son travail. Le dossier est suffisamment grave pour que le parquet ait décidé d'ouvrir une enquête confiée à la police judiciaire.

 

Et il m'appartenait de saisir également le ministre de l'intégration, Eric Besson, pour examiner, en fonction de l'avancée de l'enquête, les conditions d'une déchéance de la nationalité française que cet individu a acquise par mariage. Car nous devons veiller au respect effectif de la loi. Lorsqu'un étranger devient français, c'est parce que la communauté nationale le reconnaît parmi les siens. C'est ce que le code civil nomme l'"assimilation". Et c'est ce même code civil qui proclame que "la polygamie est constitutive d'un défaut d'assimilation". Etre français, c'est une chance qui donne accès à des droits, mais c'est aussi un honneur qui suppose le respect de devoirs.

Je ne céderai pas aux tenants du politiquement correct qui, toujours, préfèrent ne rien dire, ne rien faire, ne rien penser, pour ne prendre aucun risque. Je suis, pour ma part, convaincu que les responsables politiques ont un devoir de transparence. Je préfère déplaire au Monde que d'empêcher, par mon silence, la manifestation de la vérité, quelle qu'elle soit.

 

Brice Hortefeux

 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 13:58

 

Par Brice Couturier...

 

Dans une rue de Nantes le 2 avril, une femme entièrement voilée (niqab), a été verbalisée par un policier. 22 euros d’amende pour “circulation dans des conditions non aisée” ; le policier a estimé que le champ de vision de la conductrice était trop réduit pour qu’elle puisse apprécier correctement les dangers qui guettent tout conducteur d’automobile. Question : que risquerais-je pour conduire ma voiture en portant un masque de Mickey (qui, lui aussi, ne laisse voir que les yeux) ? Cette femme déguisée n’a pas hésité à convoquer les média pour se plaindre publiquement de l’odieuse discrimination dont elle s’estime victime… Mal lui en a pris : elle a ainsi attiré l’attention des autorités, qui ont découvert que l’homme qui s’exhibait à ses côtés avait trois autres épouses…

Ce brave et honnête polygame collectionne ainsi le plus légalement les aides sociales (les épouses, toutes voilées, bénéficient, parmi d’autres bénéfices, de l’allocation de parent isolé…). Il appartiendrait à une “mouvance radicale du tabligh“. Autrement dit, il fait partie de ces individus qui vomissent l’Occident, son opulence et ses libertés, l’égalité des sexes et l’esprit critique, et rêvent de nous imposer la théocratie moyennâgeuse et sanguinaire, au nom de laquelle ont été assassinés récemment plusieurs dizaines de milliers d’Algériens et d’Algériennes dans des conditions de sadisme indescriptibles.

Le ministre de l’Intérieur demande qu’on réfléchisse aux moyens de le poursuivre pour escroquerie aux assurances sociales. Il souhaite aussi que cet individu, né à Alger, et qui a obtenu la nationalité française grâce à l’un de ses mariages en 1999, soit déchu de la nationalité française.

Les média que j’ai consultés se récrient généralement que ce serait impossible et d’ailleurs illégal. Ils font mine de se gausser de l’emportement du ministre, présentant la chose comme un simple coup de colère sans lendemain, ou une “opération politicienne”. Un geste spectaculaire, mais sans portée réelle, destiné à calmer son électorat - qui boude les urnes. Je crois, moi, qu’ils sont, cette fois encore, en déphasage avec la sensibilité populaire. Etant donné l’état de délabrement dans lequel se trouvent les comptes sociaux et les finances de l’Etat, une nouvelle hausse des prélèvements obligatoires (qui nous amputent déjà de 41 % de toute la richesse produite dans le pays, cette année 2010) est inévitable. Que ce soit avant ou (plus vraisemblablement) après les élections de 2012…

Combien de temps les classes moyennes, sur lesquelles pèse l’essentiel de cette ponction, vont-elles accepter de cracher au bassinet, alors qu’elles pressentent l’ampleur des détournements ? Malgré l’empressement des média à étouffer la question, des économistes commencent à tenter d’estimer le coût financier de l’immigration. Et il n’est pas mince. Même si les estimations varient, selon qu’il s’agisse des chiffres fournis par La Cour des comptes en 2004, par les professeurs Jacques Lafay et Jacques Bichot, de Gérard Pince du FMI, ou, plus récemment, de Jean-Paul Gourévitch, dans son essai, “L’immigration, ça coûte ou ça rapporte ?”, l’un des derniers livres publiés par Jacques Marseille dans sa collection “à dire vrai”, chez Larousse.

Pour qu’un Etat-providence aussi généreux que le nôtre puisse continuer à fonctionner, il faut que la population éprouve un sentiment de solidarité, de fraternité. Lorsque des groupes font sécession sur une base ethnique et/ou religieuse, ils détruisent le sentiment d’appartenance à une communauté nationale sur lequel est fondé le pacte social. Je rappelle que, récemment, le niveau des dépenses de protection sociale (mesuré par Eurostat) en France a dépassé celui de la Suède (31 % contre 30,7 %). Sans un minimum de cohésion, des redistributions de l’ampleur de celles que nous pratiquons deviennent vite intolérables. Deux professeurs de Harvard, Edward Glaeser et Alberto Alesina l’ont démontré dans un livre formidable, “Combattre les inégalités et la pauvreté : les Etats-Unis face à l’Europe“.

Les sites musulmans que j’ai consultés sont très généralement scandalisés qu’un croyant se comporte ainsi en tricheur aux assurances sociales. Ils s’inquiètent en outre et à juste raison de l’image déplorable que quelques individus de cet acabit risquent de donner des Français de confession musulmane. Il faut cesser de croire, comme le font certains de nos média bien intentionnés mais mal informés (BiMis), qu’en punissant le comportement provocateur d’une infime minorité, on “stigmatiserait” toute une “communauté”. Au contraire, la faiblesse, la lâcheté face aux provocations, sont perçues comme autant de signes d’impuissance et de renoncement de la part de l’Etat républicain. Et l’on commence à douter de sa détermination à protéger contre des minorités tapageuses aujourd’hui, violentes demain, les populations qui vivent sous leur menace.

En furetant dans ma collection de revues, je suis tombé opportunément sur cet extrait d’une chronique de Dominique Schnapper sur France Culture du 17 septembre. Elle y réagissait aux attentats du 11 septembre. Et voilà ce qu’elle disait : “Dans l’histoire, les sociétés vieillissantes et jouisseuses, qui ont négligé leur propre raison d’être, qui n’avaient plus la volonté de défendre leur existence et leurs valeurs, ont connu des destins tragiques.” (Texte reproduit dans Commentaire, n° 96, hiver 2001-2002). Cela reste d’une furieuse actualité.

 

Brice Couturier

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 19:20

Par Elisabeth LEVY, Le Monde daté 11 01 2010
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La haine de l'autre comme unique programme : à en croire l'anthropologue
Emmanuel Todd, Nicolas Sarkozy ayant échoué sur le plan économique, "la recherche de boucs émissaires à tout prix" serait devenue "comme une seconde nature". Il le proclame haut et fort dans un entretien publié par Le Monde le week-end dernier : "Le gouvernement, à l'approche d'une échéance électorale, propose, je dirais même impose, une thématique de la nation contre l'islam." Comme citoyen, Todd est révulsé. C'est son droit et on peut au moins lui reconnaître une certaine constance : depuis 2007, il n'a cessé de pilonner le président de la République, en qui il voit le symptôme et la cause d'une maladie française qui pourtant, explique-t-il, n'existe pas, puisque Sarkozy et le dernier carré de ses électeurs en sont les ultimes survivances.

Todd détient l'un des plus jolis cerveaux du pays, formé dans les meilleures écoles britanniques. Il peut donc tenir avec brio deux discours parfaitement contradictoires – chanter l'air de "tout va bien", décréter que la France est en train de "réussir son intégration" et décrire le sarkozysme comme une "pathologie sociale" relevant "d'une analyse durkheimienne - en termes d'anomie, de désintégration religieuse – et marxiste". Comment cette pathologie a-t-elle pris dans une société en bonne santé, voilà ce que Todd, fort de ses séries statistiques et de quelques certitudes, ne nous dit pas.

Pas mal de mes amis le détestent – ce qui doit lui faire immensément plaisir. Pour ma part, je l'avoue, j'aime bien Emmanuel Todd. D'abord, c'est un copain et il peut être d'un commerce passionnant, amusant et même amical, pour peu qu'on évite ses mauvaises périodes et les sujets qui fâchent – ce qui devient, il est vrai, assez compliqué. En prime, très beau garçon, irrésistible quand il s'énerve. C'est en lisant L'Illusion économique que j'ai compris la mécanique perverse du libre-échange. Et son essai sur le déclin de la puissance américaine est bien plus démonstratif que ne le pensent ceux qui sont convaincus de l'avoir lu quand ils se sont contentés de quelques articles.


Qu'il y ait deux Todd – le savant brillant et l'idéologue énervé – n'est ni surprenant, ni choquant. Idéologue, nous le sommes tous un peu. L'ennui, c'est que c'est souvent le second qui s'exprime avec le langage et surtout avec l'autorité du premier. On interroge l'intellectuel et c'est le spécialiste de l'agit-prop qui répond. Certes, les lunettes à travers lesquelles il voit le monde sont sophistiquées. Elles observent des courbes encourageantes et annoncent le progrès inéluctable de l'humanité. Le problème, c'est que loin de le rendre clairvoyant, elles l'aveuglent en lui masquant toute la réalité qui n'entre pas dans ces merveilleuses extrapolations – c'est-à-dire une bonne partie de celle-ci et pas la plus affriolante. Todd sait faire parler un taux de fécondité comme personne mais on dirait souvent qu'il ne voit pas ce qui se passe autour de lui.


Les propositions qu'il avance dans Le Monde méritent donc d'être examinées, d'abord à cause de l'assurance inébranlable avec laquelle il les formule (le doute méthodique n'est pas trop son truc), ensuite parce que, malgré leur caractère manifestement outrancier, elles passent pour raisonnables.

Première évidence supposée : le gouvernement aurait, à l'approche des régionales, imposé la thématique de la nation contre l'islam. Outre qu'on ne voit pas très bien ce qu'il aurait eu à y gagner (il aurait plutôt intérêt à gagner les voix des musulmans qu'à les perdre), il faut vraiment être naïf ou de mauvaise foi pour affirmer que le gouvernement est en mesure d'imposer un quelconque débat. Au contraire, il semble que tout le monde ait été pris au dépourvu par les passions suscitées par l'initiative de Besson. De fait, le débat sur l'identité nationale s'est transformé, avec un petit coup de pouce des Suisses, en débat sur la place et la nature de l'islam en France. Ça ne plait pas à Emmanuel Todd qu'on se pose de telles questions. D'ailleurs, personne ne se les pose plus : "En 1994, dit-il, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d'immigrés d'origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de mœurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d'opinion le montrent : les thématiques de l'immigration, de l'islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques." Le récent sondage du Parisien dans lequel il apparaissait qu'une moitié des Français avoue des inquiétudes concernant l'islam a dû échapper à Todd. Il ne voit ni l'augmentation du nombre de femmes en burqa, ni la persistance du caïdat dans les cités, ni le fait que des Français de toutes origines peuvent légitimement être troublés quand certains de leurs concitoyens affichent leur détestation de la France. Au nom de l'islam ou de ce qu'ils prennent pour l'islam.

Peu importe, Todd en est convaincu : ces troubles et ces inquiétudes sont en chute libre. En réalité, Todd voit ce qu'il croit.

A l'appui de ses convictions, Todd brandit l'exogamie des enfants d'immigrés. "Les populations d'origine musulmane de France, dit-il, sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d'Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes." Le problème est que ce constat date de 1994, date à laquelle il écrivait Le Destin des immigrés. Depuis, ce type de statistiques étant de facto interdit aux chercheurs, on ne sait pas dans quel sens s'est déplacé le curseur. Seul un optimisme de principe permet de décréter que cette tendance à l'exogamie s'est poursuivie sur sa lancée. Todd a sans doute raison quand il dit que les Français "n'en ont rien à foutre des questions de couleur et d'origine ethnique ou religieuse". En déduire qu'ils se fichent tout autant des différences culturelles et des revendications identitaires suppose un saut franchement périlleux.


Je n'ai pas, il est vrai, la moindre statistique à opposer aux certitudes d'
Emmanuel Todd, seulement le sentiment qu'en une vingtaine d'années, l'intégration des enfants d'immigrés a reculé plutôt qu'elle ne s'est améliorée et que, chez une partie d'entre eux, la proclamation identitaire a pris le pas sur la revendication égalitaire : de la Marche des Beurs à La Marseillaise brûlée et à "la burqa, où je veux", Todd trouve que "les tensions se sont apaisées". Moi pas. Et j'avoue que je ne sais pas comment une même réalité peut donner lieu à deux perceptions si contradictoires. Mais là où l'ami Todd charrie carrément, c'est quand il explique que ces tensions (apaisées, rappelons-le) sont le produit d'une politique  machiavélienne et cynique consistant à attiser la haine des uns contre les autres pour faire passer la pilule de l'échec économique. En somme, aux difficultés existantes, Nicolas Sarkozy aurait délibérément choisi d'ajouter le malaise national – qui bien sûr n'a aucun autre fondement. La panne de l'ascenseur social que Todd analysait il y a dix ans, c'est lui ! La machine à fabriquer des Français grippée, c'est lui ! Le vote FN des anciens cocos, encore lui ! L'islam salafiste dans nos banlieues, les filles interdites de jupe dans les cités – tout ça, ce sont des inventions de Sarkozy pour effrayer le bourgeois et plus encore le petit Blanc.

On passera rapidement sur le caractère complotiste de l'hypothèse selon laquelle la France – comprenez Sarkozy – aurait "une stratégie de confrontation avec les pays musulmans – comme en Afghanistan ou sur l'Iran" pour des raisons ayant trait au "jeu intérieur". En somme, notre gouvernement néo-colonial s'en prendrait aux fiers Pachtounes et aux rudes Persans qui ne font de mal à personne pour intimider nos pauvres Arabes ?


Certes, on peut croire Emmanuel Todd sur parole : à long terme, les progrès de l'alphabétisation et la baisse de la fécondité auront fait triompher la raison dans les zones les plus reculées de ces deux pays tenues en coupe réglée par des barbus tendance stal et dans pas mal d'autres endroits. Fort bien. Mais tous les ploucs qui n'ont pas la chance de vivre dans l'éternité de la démographie savent qu'à long terme ils seront tous morts. Et en attendant cet heureux dénuement, ils ne trouvent pas très riant l'islam politique tel qu'il s'affiche au niveau planétaire. Ils ont certainement tort, tous ces lepénistes cryptos, actuels et futurs qui ne comprennent rien au vent de l'histoire, mais ils doivent bien avoir eux aussi leur place dans les courbes et les statistiques dans lesquelles Todd lit l'avenir ?


Ce Sarkozy est vraiment démoniaque. Saviez-vous qu'en 2005, il "a mis le feu aux banlieues" pour récupérer l'électorat frontiste – d'ailleurs, Todd ne nous dit pas ce qu'il conviendrait de faire de cet électorat, le déchoir de son droit de vote, l'encourager à revoter Le Pen pour pouvoir faire la fête ? Croit-il vraiment que des gamins et moins gamins qui ne peuvent prononcer une phrase entière sans dire "nique", "ta race", "chien" et bien d'autres gracieusetés encore et qui annoncent tous les deux paragraphes qu'ils vont "tuer un bâtard" sont si sensibles au beau langage qu'ils n'ont pas supporté la "racaille" et le "kärcher" et qu'animés par une légitime révolte devant de tels écarts, ils ont brûlé les voitures de leurs parents et l'école maternelle de leurs petits frères ?


On espérait y échapper. Pitié pas Vichy, pas lui. Mais bien sûr, il a fallu que les années 1930 pointent leur nez. Le dialogue entre l'intervieweuse et l'interviewé sur le thème "vous avez dit fascisme ?" est un morceau de choix dans le genre "je dis tout et son contraire" qui est, selon Todd, une caractéristique du sarkozysme. Réponse, en substance : ce n'est pas pareil mais ça y ressemble. Ou l'inverse. Comportements nouveaux qui renvoient au passé, comparaison n'est pas confusion, tous les oxymores disponibles sont mobilisés. "Quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu'elle a été pratiquée avant-guerre". On pourrait ajouter que quand on construit un monde fantasmagorique peuplé de bons et de méchants, on aboutit forcément à une conclusion délirante.


Précisons-le clairement : Emmanuel Todd ne dit jamais que le sarkozysme est un fascisme. Seulement, il ne peut pas ne pas y penser. Il ne nous dit pas non plus que les musulmans d'aujourd'hui sont les juifs d'hier et que l'étoile verte est en train de remplacer l'étoile jaune. Mais on ne peut pas ne pas y penser.

Alors moi aussi, je voudrais poser une question, au copain, au citoyen et au savant : quand tu mobilises cet imaginaire-là et ces références-là, es-tu certain, cher Mano, de ne pas être aveuglé par une haine qui ne te sied guère ?


Elisabeth Lévy
est journaliste, rédactrice en chef de Causeur

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Published by Elisabrth LEVY - dans Société
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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 07:44

Claude Imbert
, Le Point 23 12 09
...


Des voeux ?
Faites-en, bon dieu, allez- y de bon coeur, osez chasser les passions tristes qui couvrent ce ciel de fin d'année ! Le fameux « effet de serre », on nous en avertit, n'est pas près de s'évaporer, ni la Nation de sortir de sa mouise. Du moins l'hygiène de vie commande-t-elle de ne pas en rajouter. Elle commande de quitter cet autre « effet de serre », celui-ci personnel, mental qui échauffe nos cervelles, les abrutit d'angoisses collectives. Pour la trêve festive de fin d'année, voici donc mon voeu personnel : se protéger de la maussaderie publique par le quant-à-soi, l'intime, le jardin secret, l'amour, l'amitié, que sais-je encore... Une bonne façon d'observer l'antique précepte : ce qui ne dépend pas de nous ne doit pas envahir ce qui dépend de nous et qui suffira à nous occuper.


Peut-être bien, dites-vous, mais comment faire,puisque le bonheur individuel exige aussi le silence du malheur collectif ?
Ce malheur-là fit, c'est vrai, dans l'année qui s'achève, un tapage de tous les diables. Raison de plus pour le tenir, par un peu de comprenette, à distance. Et d'éviter ainsi d'ajouter la confusion des peurs à la réalité des soucis. Deux crises ont déferlé, nées l'une et l'autre de la démesure, vice majeur de la condition humaine. La crise financière aura démontré la folie de crédits enchaînés, d'un bout de la terre à l'autre, dans une sarabande virtuelle : démesure d'un endettement privé que relaie désormais l'endettement périlleux des Etats.
Quant à la crise écologique, conscience avivée des vulnérabilités de la planète, elle nous met sous le nez une même démesure mondiale : de même que l'endettement outrancier en vient à quitter la réalité des biens sur lesquels il spécule, de même l'activisme mondial en vient à oublier la réalité d'une Nature aux limites avérées. D'autant qu'en arrière-plan pèse cette évidence d'une autre démesure que Lévi-Strauss appelait « la saturation démographique de notre planète ».
Copenhague n'aura que confirmé l'inéluctable : la visibilité s'accroît de l'inégalité humaine des conditions. On la connaissait, bien sûr, mais les colloques des puissants s'accommodaient de son absence épaisse. Or, sur les tapis verts d'un monde pour quelques heures rassemblé, les pauvres ont joué des coudes, montré leurs plaies, leurs déserts et leurs famines. Dans cette Babel écologique, on n'a pas vu pointer l'esquisse d'une gouvernance mondiale. Tout au contraire. Mais on entendit, pour la première fois, la foule murmurante des gueux de la planète que la détresse pousse vers nos rivages. Ce sont les « sans-domicile-fixe » du monde.


Le grand dérangement planétaire instille, pour nos pays archimédiatisés, un sentiment obsessif de précarité
que l'hystérie des approximations et rumeurs se charge d'enfler. Le virus de la grippe H1N1 se joint à l'apocalyptique imprécation écologique. Et l'abus du principe de précaution nourrit, chez nous, l'impression confuse que chacun vit désormais dans une sorte d'état de siège. Ce « salmigondis-panique » de toutes les fatalités dont l'écologie agressive veut nous rendre coupables, ce harcèlement détraque le sens commun. Il décourage la sagesse élémentaire d'examiner avec sang-froid les ressorts de chaque adversité pour déterminer ce qui relève ou non de nos méfaits. Et d'accepter ce qui nous échappe, au beau milieu de quoi une fatalité, en vérité fort éternelle, qui nous veut mortels.


On s'alarmerait moins si l'on considérait que le chambardement précipité de notre monde suffit à donner le tournis
. Notre monde a plus changé en un siècle que dans les cinq ou six précédents : il a vu le moteur à explosion remplacer la millénaire traction animale, l'électricité couvrir la campagne, le nucléaire générer l'électrique, l'avion, la télé, l'Internet raccourcir la planète et une frénésie de vitesse déferler sur les travaux et les jours. Il a vu s'étioler l'Eglise, s'avilir l'école, s'effondrer leurs hiérarchies et leurs tabous. Il a vu l'abstraction envahir l'art, et le numérique coder l'image et le son. Il a vu la biologie chimique disputer à Dieu le mystère de la naissance. L'allongement de nos vies dérégler l'horloge sociale. Et une immigration, culturellement résistante, altérer le vieux paysage national.
Ce déménagement général n'est pas une tragédie : c'est souvent un progrès sur un passé que la nostalgie enjolive. Mais les secousses de la traversée donnent le mal de mer. Nous ne maîtrisons pas les aîtres nouveaux - celles de la Nation, de l'Europe, de la planète - et nous pleurons encore nos pénates perdus. C'est que nous sommes les « délocalisés » d'un temps et d'un espace révolus. Si bien que les malaises de l'identité nationale rejoignent les vertiges de l'identité personnelle. Mais quoi, un changement de monde, c'est plus qu'un changement d'époque ! Il faut s'y faire et changer de viatique. Bon courage, mille voeux, donc. Et bon voyage !

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Société
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