Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Recherche

13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 08:43
...Extrait d'un aricle de Jacques Charmelot dans "Questions d'Europe" N° 127....


Nouvelle doctrine de l'action des Etats-Unis dans le monde, le " smart power ", le pouvoir de l'intelligence, annoncée par l'administration du président Barack Obama, est une rupture fondamentale avec l'unilatéralisme belliqueux de George W. Bush. Pour l'Europe, il s'agit d'une occasion nouvelle d'agir et de coopérer avec le pays qui demeure l'acteur prépondérant des relations internationales, notamment dans la région la plus instable du Monde -et si voisine- : le Proche Orient. La conférence annuelle sur la sécurité à Munich des 6-8 février a été la première occasion pour les Américains de présenter leur nouvelle vision, et pour les Européens d'y répondre. En avril, un sommet de l'OTAN sera la date clef de la reconstruction du lien transatlantique. 
 
 
.......Pour faire face à un monde où les crises s'accumulent, a expliqué Mme Clinton, " nous devons avoir recours à ce qui a été appelé 'le pouvoir de l'intelligence', l'ensemble des outils à notre disposition : diplomatiques, économiques, militaires, politiques, légaux, et culturels — il faut choisir le bon outil, ou la bonne combinaison d'outils, la mieux adaptée à chaque situation ". 
Après les huit années de la présidence de George W. Bush, inspirées par un mélange de certitudes messianiques, d'arrogance morale, et de recours démesuré à la force, Hillary Clinton a ainsi confirmé un changement radical dans la gestion par les Etats-Unis des affaires du monde. Le défi pour les instances de Bruxelles, et pour les capitales des Etats membres de l'Union européenne, est de mesurer la portée de cette révolution, de comprendre ce qu'est le " smart power ", et d'adapter immédiatement leurs stratégies à cette volte-face américaine.

1 - " Hard ", " Soft ", ou " Smart " : le choix des armes 
 
....Le New Yorker, un hebdomadaire prestigieux, qui a mené depuis 2001, une campagne courageuse contre les mensonges et les excès de l'équipe du président Bush, a vu dans le " smart power " la synthèse de deux approches qui sont en concurrence depuis que les Etats-Unis sont devenus un acteur mondial. D'un côté, le " hard power ", c'est-à-dire le pouvoir contraignant des canons. Les Etats-Unis dont les dépenses militaires annuelles dépassent de loin la somme des budgets militaires de tous les autres pays du monde en est, bien sûr, le champion. Le dicton : " Might is right ", " le plus fort a tous les droits ", résume cette vision. De l'autre côté, le " soft power ", l'art de la persuasion et de la démonstration. Il part du principe que la réussite des Etats-Unis doit servir d'exemple aux autres nations du monde, et que Washington peut les influencer en les aidant à parvenir au même stade de développement politique et économique. L'incitation remplace alors la contrainte dans un effort pour faire évoluer l'ensemble des sociétés vers un niveau de prospérité et de stabilité qui garantisse les intérêts et la sécurité des Etats-Unis. L'aide économique, la propagation de la culture américaine, sont les outils privilégiés du " soft power ", prolongement politique du rêve américain. La conquête du monde se fait par les films, la musique, ou le système éducatif. Pour les tenants de cette approche, Hollywood et Harvard sont plus influents que le Pentagone.
Pour le New Yorker, ni le " hard power", ni le " soft power", n'ont jusqu'ici donné les résultats espérés, et les marier dans le " smart power " semble être une bonne idée.

Le recours par Hillary Clinton à cette formule intervient à un moment où les Etats-Unis se dressent sur les ruines de leurs récentes aventures. La dernière expérience américaine d'usage de la force, l'invasion de l'Irak en mars 2003, s'est finalement soldée par un échec. Prévue comme une campagne courte, propre à éliminer un dictateur et ses armes de destruction massives, elle s'est transformée en une occupation violente, chaotique, et terriblement coûteuse pour les Etats-Unis. Outre les pertes humaines, elle a ponctionné quelques 600 milliards $ du Trésor américain, et les projections des économistes parlent d'une addition finale de plus de 2 000 milliards. La guerre en Irak a également fait perdre à l'Amérique son autorité morale, notamment au Proche-Orient, où son rôle d'arbitre et protecteur, a toujours été considéré comme nécessaire au règlement des conflits et à la stabilisation de cette zone où pétrole et religion se mélangent dans un cocktail explosif.
 
..... Dans un éditorial publié par le grand quotidien de langue anglaise, l'International Herald Tribune, en date du 17-18 janvier, il a reconnu que le " smart power " était une combinaison plus sûre, et peut être même une martingale gagnante, réunissant la force des armes et celle des principes. " Soyons intelligent ", a-t-il lancé dans cet éditorial. " L'administration du président Obama devra être capable de générer du soft power et le soutenir par du hard power dans le cadre d'une stratégie intelligente ", a encore écrit Joseph Nye.
Pour les Européens, et les Français en particulier, la traduction même de l'expression " smart power " devrait retenir un moment la curiosité. Dans l'usage américain de la langue anglaise, le mot " smart " revêt des nuances qui vont au delà de la pure intelligence. " Smart " est un qualificatif adapté à une solution ingénieuse ou astucieuse ; il est utilisé pour décrire des personnages rusés ou, tout simplement, débrouillards. Il allie le savoir, l'expérience et l'habileté. Connaissant bien le poids des mots, Hillary Clinton, sous la houlette d'un Président unique dans l'histoire des Etats-Unis et d'une équipe de la Maison Blanche formée des esprits les plus brillants, a donc évité à dessein d'utiliser le mot anglais " intelligent ", et a choisi d'être " smart ". Pour elle, ce choix devrait rendre à l'Amérique l'aura qu'elle a perdue : " Je suis convaincue, a-t-elle déclaré, que le monde ressent l'absence d'une autorité américaine forte, et qu'il en a besoin ".

2 - La jeune mère du " Smart Power ", Suzanne Nossel 
 
.....
Le " smart power " a été théorisé en 2004 par une femme, Suzanne Nossel, dans un article de la revue américaine de référence sur les questions internationales : Foreign Policy. Avec un peu d'emphase, le New Yoker a comparé la publication de cette doctrine à un autre document signé d'un anonyme M. X dans la même revue en 1947 et qui devait jeter les bases de la stratégie d'endiguement du communisme jusqu'à la chute de l'Empire soviétique.
Suzanne Nossel a débuté sa vie professionnelle dans la diplomatie et a notamment participé à la mise en place des accords qui ont mis fin au régime d'apartheid en Afrique du sud..... Elle est aujourd'hui l'un des responsables de l'organisation Human Rights Watch, qui défend les Droits de l'Homme dans le monde.
  
Comme beaucoup de réflexions des intellectuels libéraux américains, celle de Suzanne Nossel a été ignorée à l'époque par les grands médias, aux Etats-Unis et en Europe. Elle ressurgit aujourd'hui avec le poids d'une véritable méthode, choisie pour remettre de l'ordre dans un monde qui a perdu ses repères depuis le choc du 11 septembre 2001, et la réaction erratique de l'administration Bush.
Dans son exposé de 2004, tout simplement intitulé " Smart power ", Suzanne Nossel, proposait de revenir à un modèle classique de l'action des Etats-Unis dans le monde : " l'internationalisme libéral ". " Le point central de cette doctrine est que les régimes démocratiques et les économies de marché ne se font pas la guerre ", écrivait-elle alors. .....Dans un contexte donc peu propice aux propos de raison et de bon sens, Suzanne Nossel écrivait : " Washington doit prendre les commandes d'une dynamique internationale pour promouvoir toute une série d'objectifs : l'autodétermination, les droits de l'Homme, l'état de droit, la libertés des échanges, l'aide au développement économique, l'isolement et l'élimination des dictatures et des arsenaux d'armes de destruction de masse ". Et, alors que l'occupation de l'Irak passait le cap de sa première année, et que l'opinion publique américaine se réjouissait encore de la puissance de sa machine militaire, elle ajoutait : " Dans cet effort la diplomatie, l'aide internationale, le commerce, et la diffusion des valeurs américaines ont un rôle aussi important que la puissance militaire ".
......
3 - Le " smart power " face au monde et à l'Europe  
 
L'administration de Barack Obama, qui a pris les commandes de l'Amérique le 20 janvier 2009, hérite d'une situation catastrophique.
Aux Etats-Unis, comme en Europe, la crise financière fait des ravages dans tous les secteurs de l'économie : le tarissement du crédit a contraint des milliers d'entreprises à fermer, les rangs des chômeurs grossissent de jour en jour, la demande dans l'ensemble du monde diminue et ralentit les échanges commerciaux, les tendances protectionnistes refont leur apparition, tout comme la nervosité sociale. Dans le même temps, les conflits dans les zones historiquement instables comme le Moyen Orient, l'Afrique, ou le sous-continent indien nucléarisé s'amplifient, et les ressources humaines ou financières pour les contenir font cruellement défaut.
Le réengagement américain aussi indispensable soit-il est également compromis par la perte abyssale de crédibilité des Etats-Unis. Après huit années de règne du président Bush, la méfiance à l'égard d'un pays que l'histoire a placé au centre du processus décisionnel mondial est à son niveau le plus haut. Et cette méfiance se traduit dans les zones les plus troublées de la planète en une haine tenace dont les groupes extrémistes se servent pour alimenter des fantasmes de destruction du géant américain.
Les citoyens américains, que l'on dit -à tort- si fermés au monde, s'en rendent bien compte. Un sondage de juin 2008 de l'institut de recherche Pew a révélé que plus de 70% des Américains avaient conscience de l'image négative de leur pays dans le reste du monde et que près de 60% considéraient que cette mauvaise réputation pouvait engendrer de sérieux périls. Nous sommes loin de l'époque où le président des Etats-Unis se demandait avec un feinte naïveté : " pourquoi nous détestent-ils ? ", et qu'il répondait avec aplomb que les ennemis de l'Amérique lui enviaient simplement son art de vivre.
Bien consciente de la complexité des défis, Hillary Clinton a expliqué devant le Sénat que l'époque de la rhétorique martiale, des grandes croisades, était révolue : " Il va y avoir des milliers d'actions distinctes mais toutes stratégiquement liées entre elles et coordonnées pour défendre la sécurité et la prospérité des Etats-Unis ", a-t-elle annoncé. Et avant même de mettre les pieds dans l'austère bâtiment du Département d'Etat, sur les rives du Potomac à Washington, elle a trouvé les mots justes pour calmer les frustrations de générations de diplomates mis à l'écart par le militarisme de Bush : " Avec le pouvoir de l'intelligence, la diplomatie sera à l'avant-garde de la politique étrangère ", des Etats-Unis, a-t-elle promis.
Ce message central est accompagné de signes qui confirment la rupture nette avec la période de l'unilatéralisme agressif des années de la présidence Bush.

......Pour l'Europe, l'avènement d'une nouvelle doctrine à Washington est une chance à saisir rapidement. Comme l'expliquait dans son article de 2004 Suzanne Nossel : " en liant les crises d'aujourd'hui à la vision ancienne des Européens d'une sécurité collective, l'internationalisme libéral peut tirer avantage de l'engagement de l'Europe en faveur de l'aide humanitaire, de la reconstruction post-conflit, de l'instauration de l'état de droit, et du développement économique " ; " L'internationalisme libéral se réjouit d'une Europe unifiée, et permet de conjuguer l'engagement vers des objectifs communs et la volonté de partager les tâches ".
Pour elle, " le pouvoir de l'intelligence signifie avoir conscience que l'engagement des Etats-Unis n'est pas toujours la meilleure méthode : les intérêts des Etats-Unis sont mieux défendus en impliquant d'autres forces au service des objectifs des Etats-Unis, à travers des alliances, les institutions internationales, une diplomatie prudente, et la puissance des valeurs ".
Hillary Clinton a fait écho aux réflexions de Suzanne Nossel, et s'est posé dans sa présentation en forme de programme, devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, comme déterminée à adopter une gestion plus collégiale des défis du monde : " Les périls contemporains ne peuvent pas être affrontés seuls. Le pouvoir de l'intelligence nécessite de prendre en considération aussi bien nos amis que nos ennemis, pour renforcer les alliances anciennes et pour en forger de nouvelles " ; " Notre relation de confiance avec l'Europe sera encore approfondie ", a-t-elle ajouté, et " des désaccords avec des amis même les plus proches sont inévitables mais sur la plupart des fronts nous n'avons pas de plus sûrs alliés ".


4 - Première mise à l'épreuve du " smart power " : Gaza
 
La nouvelle doctrine américaine a été immédiatement mise à l'épreuve de fin décembre 2008 à mi janvier 2009 par le déchaînement de violences dans la bande de Gaza. Les bombardements israéliens et les affrontements entre l'armée israélienne et les combattants de l'organisation palestinienne du Hamas, y ont fait des milliers de victimes. Cette minuscule bande de terre, qui abrite 1,5 million d'habitants coincés entre la Méditerranée et Israël, a été lourdement pilonnée et beaucoup d'experts estiment que les chances d'un règlement politique rapide sont restées enterrées sous les décombres.
Hillary Clinton avait prévenu, dans son intervention au Sénat, que le conflit israélo-palestinien serait en tête des préoccupations de la diplomatie américaine, comme il l'est depuis 1948 : " Tout en concentrant nos efforts en Irak, au Pakistan, et en Afghanistan, nous devons également nous tourner vers le pouvoir de l'intelligence au Moyen Orient pour assurer la sécurité d'Israël et les aspirations politiques et économiques légitimes des Palestiniens ", avait-elle déclaré.
Elle avait également énuméré les crises qui s'étaient emballées dans les dernières semaines du règne de M. Bush : " la période de 70 jours qui ont suivi l'élection présidentielle nous a apporté des preuves nouvelles de l'urgence qu'il y a à affronter les défis du monde ", a t-elle dit. Et elle a cité en premier lieu les violences à Gaza, qui ont explosé en plein interrègne de l'exécutif américain, dans le vide laissé par l'impuissance d'un président sur le départ, et la réserve obligatoire d'un président pas encore installé.
Le point de départ factuel de ce nouvel épisode brutal dans un face à face qui dure depuis 60 ans, au-delà du débat sur les justifications avancées par les deux parties, est une attaque israélienne, le 4 novembre, sur un tunnel utilisé par les Palestiniens pour faire entrer dans Gaza des biens de consommation et des armes, en provenance d'Egypte. Six Palestiniens ont été tués dans cette opération. Dès le lendemain, les combattants du Hamas ont tiré plusieurs dizaines de roquettes et d'obus de mortier contre le sud d'Israël. Cet échange a marqué le début de la fin pour une trêve négociée par l'Egypte, entrée en vigueur mi-juin. Et les hostilités ont débuté le 27 décembre, pour s'achever sur un fragile cessez-le-feu, annoncé séparément par les protagonistes, les 18 et 19 janvier. 

L'Europe pour sa part, d'abord sous présidence française puis sous celle de la République tchèque, a montré les limites de son influence dans une région où les Etats-Unis restent l'acteur extérieur dominant. Un sommet organisé le 18 janvier par l'Egypte a réuni cinq dirigeants européens dans la station balnéaire de Charm el Cheikh, et a pu tout au plus saluer l'instauration d'une trêve, mais sans s'approprier la paternité d'une cessation des hostilités.
Une instance collégiale, le Quartet, établi en 2002 et qui réunit les Etats-Unis, l'ONU, la Russie, et l'Union européenne, a été inopérante au cours de cette éruption de violence. Tout comme l'envoyé spécial européen pour le Moyen Orient, l'ancien Premier ministre britannique Tony Blair, grand appui de George W. Bush pendant ses deux mandats à la Maison Blanche.
 
Il a fallu attendre que le nouveau locataire de la Maison Banche prenne ses fonctions pour que les protagonistes d'un conflit, qui risquait de déstabiliser la région, ne soient plus laissés à eux-mêmes.
Le nouveau président américain a immédiatement appelé les responsables régionaux, notamment le président palestinien Mahmoud Abbas, mis en difficulté par l'offensive israélienne. Hamas est certes un rival de poids pour Mahmoud Abbas, mais il ne pouvait pas ouvertement approuver sa mise au pas brutale par l'armée israélienne. Barack Obama a également dépêché sur le terrain un émissaire, George Mitchell, à la réputation de négociateur habile et tenace. Il est connu pour avoir négocié pendant trois ans l'accord de paix qui a mis fin à la guerre en Irlande en 1998. Il a également rédigé pour le président Clinton un rapport sur le conflit israélo palestinien, rendu public en 2001, qui soulignait la nécessité pour les Palestiniens de renoncer au terrorisme mais exigeait également l'arrêt de l'établissement de colonies juives en Cisjordanie.
George Mitchell est parti dans la région avec un mandat limité, a prévenu le président Obama. Il est allé " écouter " le point de vue de toutes les parties. Cet objectif est d'autant plus réduit, que les positions des acteurs israéliens ou palestiniens du conflit sont parfaitement connues des Américains. Il s'agissait donc pour les Etats-Unis d'envoyer un signal clair d'une nouvelle implication dans la recherche d'une solution. D'un retour de la diplomatie dans le face-à-face entre les Israéliens et les Palestiniens. D'une mesure d'attente avant que ne se mette en place la nouvelle équipe gouvernementale israélienne, après les élections du 10 février. 
Puis Barack. Obama, orfèvre du " smart power ", a fait ce que les peuples de la région attendaient d'un président américain depuis longtemps. Il s'est adressé à eux directement dans un entretien, le premier à une télévision étrangère, à la chaîne al Arabiya, basé à Dubaï. Il leur a livré un message de paix. " Mon devoir est d'assurer aux Musulmans que les Etats-Unis ne sont pas leur ennemi ", a-t-il déclaré ; " Au monde musulman, ce que nous allons offrir est la main de l'amitié ".
Il a également prôné un nouveau partenariat avec le monde arabe et le monde musulman, fondé sur le respect mutuel. Il a rappelé l'importance de la sécurité d'Israël, pour les Etats-Unis, mais il a également appelé l'Etat hébreu à faire des " sacrifices " si les conditions le permettent et si un partenariat sérieux peut être établi avec la partie opposée :  " Il est temps de revenir à la table des négociations ", a déclaré le président américain ; " Cela va être difficile, et cela va prendre du temps ", a-t-il assuré ; " Mais si nous engageons un processus sérieux, je suis sûr que les Etats-Unis, en oeuvrant avec l'Union européenne, la Russie, et les tous les pays arabes de la région, je suis sûr que nous pouvons faire des progrès importants ".
" Un ton nouveau est apparu dans la diplomatie américaine au Moyen Orient ", a commenté le lendemain le Financial Times, le quotidien de référence au Royaume-Uni : " Il était temps "......  


 
Conclusion - Pour l'Europe, un besoin d'intelligence
 
Dans ce nouveau contexte, l'Europe doit prendre rapidement la mesure de la révolution, dans les idées et dans les faits, qui s'opère aux Etats-Unis. Elle doit trouver une réponse qui fasse d'elle un partenaire à part entière et non pas un embarras, voire un obstacle.
L'Europe et ses Etats membres souffrent depuis toujours de la difficulté de se mettre d'accord dans les domaines de l'action internationale. Ils ont même du mal à formuler des stratégies unitaires et à parler d'une seule voie. La cacophonie peut être dangereuse, comme en a témoigné les attaques de Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l'aide humanitaire, qui, à Gaza, a dénoncé le Hamas comme un mouvement terroriste et l'a rendu responsable des victimes civiles de 22 jours de bombardements israéliens. L'intelligence dicte qu'avant l'ouverture d'une nouvelle phase diplomatique, la porte ne se referme pas sur un acteur incontournable.
La conférence sur la sécurité de Munich des 6-8 février a été l'occasion pour les responsables américains de présenter à leurs partenaires européens le nouveau visage de leur diplomatie. Ils auront tout loisir d'articuler de manière concrète la théorie du " pouvoir de l'intelligence ", et de proposer un retour ambitieux de l'internationalisme libéral. Ils pourront ouvrir leur boîte à outils, et demanderont certainement aux Européens d'en faire autant. Il s'agit d'un sérieux défi lancé à l'Union européenne, et elle ne doit pas arriver les mains vides. Nous devons être capables de faire des offres de coopération à la hauteur de la volonté de dialogue affichée par la nouvelle direction américaine.
Toutefois, le vrai rendez-vous entre l'Amérique et l'Europe se tiendra en avril à Strasbourg et à Kehl, à l'occasion du sommet de l'Otan et du 60ème anniversaire de l'organisation atlantique. Il sera l'occasion du premier déplacement en Europe de Barack Obama. C'est alors que seront énoncées les modalités de la relance de la coopération transatlantique.
La France et l'Allemagne ont déjà fait un effort de clarification et le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont signé une lettre commune publiée dans Le Monde et la Süddeutsche Zeitung le 5 février. " Aucun pays n'est aujourd'hui capable de résoudre seul les problèmes du monde ", écrivent les deux dirigeants, satisfaits sans doute que la conviction contraire du président Bush soit dorénavant une idée du passé.   
Faisant écho au changement de ton à Washington, et à l'avènement d'un nouvel internationalisme, ils ont reconnu la nécessité " de revoir la manière dont nous abordons les nouvelles menaces, nos partenariats et nos structures ".
Puis ils ont posé la vraie question, le dilemme présenté à l'Europe par une Amérique qui dorénavant l'appelle, et lui demande de prendre sa place : " La présidence de Barack Obama est d'ores et déjà marquée par des accents nouveaux en matière de politique étrangère et de sécurité. Nombreux sont les Européens qui attendent beaucoup de ce changement. Barack Obama en attend certainement autant de nous ".
Pour que le renouveau de la diplomatie américaine ne soit pas un vain exercice, il est donc urgent que l'Europe fasse elle aussi preuve d'intelligence, et inventent les outils efficaces de construction d'un nouvel ordre mondial. 

Jacques Charmelot  

Repost 0
Published by Jacques Charmelot - dans Relations internationales
commenter cet article
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 12:31


Par André Glucksmann, Le Monde du 06 01 09, daté du 07 01 09...



De
vant un conflit, l'opinion se divise entre les inconditionnels qui ont décidé une fois pour toutes qui a tort et qui a raison, et les circonspects qui jugent en fonction des circonstances telle ou telle action comme opportune ou inopportune, quitte à retenir, s'il y a lieu, leur jugement jusqu'à plus ample informé. L'affrontement à Gaza, aussi sanglant et terrible soit-il, laisse poindre pourtant une lueur d'espoir que les images chocs recouvrent trop souvent. Pour la première fois dans le conflit du Proche-orient, le fanatisme des inconditionnels paraît minoritaire.
La discussion chez les Israéliens (est-ce le moment ? Jusqu'où ? Jusqu'à quand ?) roule comme à l'habitude dans une démocratie. La surprise est qu'un semblable débat partage à micros ouverts les Palestiniens et leurs soutiens, à tel point que, même après le déclenchement des opérations punitives israéliennes,
Mahmoud Abbas, chef de l'Autorité palestinienne, trouva le courage d'imputer au Hamas, en rupture de trêve, la responsabilité initiale du malheur des civils à Gaza. Les réactions de l'opinion publique mondiale – médias, diplomates, autorités morales et politiques – semblent malheureusement en retard sur l'évolution des esprits directement concernés. Force est de relever le mot qui fait florès et bétonne une inconditionnalité du troisième type, laquelle condamne urbi et orbi l'action de Jérusalem comme "disproportionnée".

Un consensus universel et immédiat sous-titre les images de Gaza sous les bombes : Israël disproportionne. A l'occasion, reportages et commentaires en rajoutent : "massacres", "guerre totale". Par bonheur, on évite à ce jour le vocable "génocide". Le souvenir du "génocide de Jénine" (60 morts), partout rabâché à la va-vite et depuis déconsidéré, paralyserait-il encore l'excès de l'excès ? Néanmoins la condamnation, a priori, inconditionnelle, de l'outrance juive régule le flot des réflexions.


Consultez le premier dictionnaire venu : "est disproportionné ce qui est hors de proportion" soit parce que la proportion n'existe pas, soit parce qu'elle se trouve rompue, transgressée. C'est la deuxième acception qui est retenue pour fustiger les représailles israéliennes jugées excessives, incongrues, disconvenantes, dépassant les bornes et les normes. Sous-entendu : il existerait un état normal du conflit Israël-Hamas que le bellicisme de Tsahal déséquilibre, comme si le conflit n'était pas, comme tout conflit sérieux, disproportionné dès l'origine.


Quelle serait la juste proportion qu'il lui faudrait respecter pour qu'Israël mérite la faveur des opinions ? L'armée israélienne devrait-elle ne pas user de sa suprématie technique et se borner à utiliser les mêmes armes que le Hamas, c'est-à-dire la guerre des roquettes imprécises, celle des pierres, voire à son libre gré la stratégie des attentats-suicides, des bombes humaines et du ciblage délibéré des populations civiles ? Ou, mieux, conviendrait-il qu'Israël patiente sagement jusqu'à ce que le Hamas, par la grâce de l'Iran et de la Syrie, "équilibre" sa puissance de feu ? A moins qu'il ne faille mettre à niveau non seulement les moyens militaires, mais les fins poursuivies. Puisque le Hamas – à l'encontre de l'Autorité palestinienne – s'obstine à ne pas reconnaître le droit d'exister de l'Etat hébreu et rêve de l'annihilation de ses citoyens, voudrait-on qu'Israël imite tant de radicalité et procède à une gigantesque purification ethnique ? Désire-t-on vraiment qu'Israël en miroir se "proportionne" aux désirs exterminateurs du Hamas ? Dès qu'on creuse les sous-entendus du bien-pensant reproche de "réaction disproportionnée", on découvre combien Pascal a raison et "qui veut faire l'ange, fait la bête". Chaque conflit, en sommeil ou en ébullition, est par nature "disproportionné". Si les adversaires s'entendaient sur l'usage de leurs moyens et sur les buts revendiqués, ils ne seraient plus adversaires. Qui dit conflit, dit mésentente, donc effort de chaque camp pour jouer de ses avantages et exploiter les faiblesses de l'autre. Tsahal ne s'en prive pas qui "profite" de sa supériorité technique pour cibler ses objectifs. Et le Hamas non plus qui utilise la population de Gaza en bouclier humain sans souscrire aux scrupules moraux et aux impératifs diplomatiques de son adversaire.


On ne peut travailler pour la paix au Proche-Orient qu'à la condition d'échapper aux tentations de l'inconditionnalité, lesquelles hantent non seulement les fanatiques jusqu'au-boutistes, mais aussi les âmes angéliques qui fantasment une sacro-sainte "proportion" propre à équilibrer providentiellement les conflits meurtriers. Au Proche-Orient, on ne se bat pas seulement pour faire respecter une règle du jeu, mais pour l'établir. On peut à juste titre discuter librement de l'opportunité de telle ou telle initiative militaire ou diplomatique, sans toutefois supposer le problème résolu d'avance par la main invisible de la bonne conscience mondiale. Il n'est pas disproportionné de vouloir survivre.


André Glucksmann
est philosophe
Le Monde daté du 07 01 09 

Repost 0
Published by André Glucksmann, Le Monde - dans Relations internationales
commenter cet article
7 janvier 2009 3 07 /01 /janvier /2009 08:46

Par Jean Guisnel Le Point.fr du 07 01 09
(EXTRAITS)


En terminant mardi soir en Égypte, à Charm el-Cheikh sur la mer Rouge, son marathon de deux jours et six étapes au Proche-Orient pour tenter de contribuer à une solution au conflit qui sévit à Gaza entre Palestiniens et Israéliens, Nicolas Sarkozy s'est félicité de l'avancée proposée par le président Hosni Moubarak. Le président égyptien a en effet invité le Premier ministre israélien Ehoud Olmert à venir discuter de la "sécurité des frontières", terme assez vague illustrant un problème essentiel aux yeux de ce dernier : le "couloir de Philadelphie".

Cette zone d'une quinzaine de kilomètres qui s'étend de part et d'autre de la frontière séparant l'Égypte de Gaza est truffée de tunnels par lesquels transitent les armes et les munitions destinées au Hamas, y compris les missiles Katiucha et Grad livrés par les régimes amis, dont l'Iran. Jusqu'à présent, Le Caire avait fermé les yeux. Mais il semble bien décidé à changer son fusil d'épaule. Dans l'entourage présidentiel, on indique que l'éventualité de ce geste avait été évoquée dès lundi soir entre Nicolas Sarkozy et le Premier ministre israélien Ehoud Olmert, ce dernier ayant répondu - expliquent les Français - que dans une telle hypothèse il ordonnerait un cessez-le-feu et annoncerait le principe d'un retrait.



Mercredi matin, les Israéliens ont seulement fait savoir qu'ils envisageaient d'ouvrir un couloir humanitaire permettant de faire entrer des secours à Gaza. Après une avancée israélienne significative, que l'on attend toujours, le plan franco-égyptien conduirait le locataire de l'Élysée, en tant de président pour un mois du Conseil de sécurité de l'ONU, à demander qu'aucune résolution ne soit votée tant que les parties négocient.....
 
...Nicolas Sarkozy entend mettre à profit ses bonnes relations avec le président syrien Bachar al-Assad, qui a, lui, le contact avec le Hamas et héberge à Damas son dirigeant Khaled Mechaal. Or il faut parler au Hamas, si on veut qu'il stoppe ses tirs de roquettes. Mais rien n'est simple : la communauté palestinienne elle-même est déchirée, tandis que Bachar al-Assad et Hosni Moubarak ne se parlent pas ! Et qui fait le lien entre ces deux hommes indispensables ? Nicolas Sarkozy ! Lequel s'est félicité mardi devant les militaires français de la Finul (Force intérimaire des Nations unies au Liban), d'avoir invité le président syrien en France en juillet dernier, malgré les critiques.

Un autre partenaire est entré dans la danse : la Turquie. Le chef de l'État français compte sur l'un des principaux clients de l'industrie de défense israélienne pour faire pression sur le gouvernement israélien afin, selon un mot qui lui est prêté, "de faire cesser le massacre". Nicolas Sarkozy est pressé. Il sait que dans cette affaire, tout le monde prend des risques, et d'abord Hosni Moubarak..... Il demandera donc qu'Israël fasse des gestes clairs en faveur des Gazaouis, dont la réouverture des passages permettant aux habitants de l'enclave d'en sortir. ....


Le président français se plaît à noter que la presse arabe le félicite pour son esprit d'équilibre, et entend bien continuer à jouer les Monsieur-bons-offices. Il est plus que jamais déterminé à mouiller sa chemise : "Quand on est un homme d'État digne de ce nom, on ne reste pas devant son poste de télévision en regardant les gens s'entretuer !"....

Jean Guisnel  Le Point .fr   (EXTRAITS)
Repost 0
17 décembre 2008 3 17 /12 /décembre /2008 16:10



Editorial de Claude Imbert, Le Point du 11 12 08
...



Vécu en Inde comme un autre 11 Septembre,
le massacre de Bombay dispense de fortes leçons. D'abord que le fanatisme, s'il infecte une vaste religion, devient une très longue maladie. Il confirme ensuite la prétention missionnaire de l'islamisme. Enfin, il montre les progrès stratégiques du djihad, la guerre sainte : elle ébranle désormais des Etats fiévreux-l'Afghanistan, le Pakistan et l'Iran-qui accroissent sa dangerosité.

 


Les religions, qui aident à vivre, sont aussi les plus grandes massacreuses de l'Histoire.
Les trois religions d'un même Dieu unique-la juive, la chrétienne, l'islamique-n'ont cessé de déchaîner contre l'« infidèle » (l'autre) une agressivité fratricide. Entre chrétiens-catholiques contre protestants-, les carnages ont décimé notre propre passé. Au sein même de l'Islam, le conflit récurrent entre chiites et sunnites continue d'ensanglanter le Proche et le Moyen-Orient.


C'est une évidence qu'on ne peut ni ne doit confondre l'islam de centaines de millions de fidèles pacifiques avec sa déviance terroriste. Mais c'en est une autre que dans le vivier islamique s'opère le recrutement de soldats égarés.

En Europe, la guerre intestine de l'Irlande chrétienne vient à peine de s'apaiser. Dans la Bosnie de l'après-titisme, tous les combattants ne portaient pas le ceinturon germanique du Gott mit uns (Dieu avec nous), mais la même certitude armait leurs bras.

La déviance terroriste donne sa caution divine à des conflits très humains. Elle sacralise la lutte des musulmans contre les hindouistes dans la péninsule indienne. Elle confie l'étendard du Prophète aux Palestiniens radicaux du Hamas. Elle fermente sur les misères. En Indonésie, en Afrique, elle épouse des clivages ethniques que l'ère coloniale a maintenus ou durcis. Un peu partout, elle revigore l'hydre aux mille têtes d'Al-Qaeda dans son aversion de l'Occident, de ses pompes et de ses oeuvres.

 


Au fil des temps, la prétention messianique du terrorisme islamiste ne se dément pas.
Pourtant, ni le coup de tonnerre qui ébranla à New York les tours du Grand Satan ni les attentats meurtriers de Madrid et de Londres n'ont fait peser sur l'Occident le sentiment d'une menace cohérente, pressante, durable. Au contraire, les Etats islamiques ont peu à peu récusé ou combattu, avec de plus en plus de fermeté, le terrorisme. Pour Al-Qaeda, un échec avéré !

Sans se décourager, la mouvance terroriste se concentre désormais sur trois sites.


Le premier est l'Afghanistan, berceau d'Al-Qaeda, temple mythique et mystique du djihad. Elle y réveille, avec les talibans, l'espoir d'attirer l'Occident dans un enlisement sans fin.


Le deuxième est le Pakistan. L'attentat de Bombay exacerbe l'hostilité endémique avec l'Inde. L'opération tactique, menée cette fois par un commando très militaire, était d'envergure : elle visait à précipiter les troupes pakistanaises à la frontière indienne pour dégager de leurs pressions les zones-refuges de la frontière afghane. Ali Zardari, nouveau président d'un Pakistan malade, fiévreux et fragile, peut-il éradiquer de ses services très spéciaux, véritable Etat dans l'Etat, les puissantes factions liées au terrorisme ? On en doute. La Libye, enfin « retournée », nous a « déballé » le double jeu pakistanais et les secrets technologiques livrés en son temps par le Pakistan nucléaire. Aujourd'hui, un Pakistan moderniste engage la partie contre un terrorisme modernisé. Les dés roulent dans l'ombre...


Le troisième site est l'Iran. Son président a dit un jour à Kofi Annan que, « si les Etats-Unis avaient gagné la dernière guerre mondiale, l'Iran remporterait la prochaine ». Une de ces rodomontades qui déconsidèrent, en Iran même, Ahmadinejad. Hélas, il n'est pas seul dans sa théocratie pour afficher, avec l'acquisition d'un potentiel nucléaire, sa confiance dans une renaissance islamiste sous direction perse.

 


Le foyer israélo-palestinien continue de jeter ses brandons sur le ressentiment arabe.
Mais le vortex de la nébuleuse terroriste se concentre désormais dans un triangle de cauchemar : Kaboul, Islamabad, Téhéran. Or l'Afghanistan est en guerre larvée ; le Pakistan est doté de la bombe nucléaire ; l'Iran y aspire. Comment les diplomates et stratèges d'un Occident enfoncé dans sa crise économique saisiront-ils ce triangle ? Il est incandescent. Pour Obama, c'est l'épreuve du feu !

Claude Imbert
Le Point 11 12 08

Repost 0
Published by Claude Imbert. Le Point - dans Relations internationales
commenter cet article
23 septembre 2008 2 23 /09 /septembre /2008 21:24

Le Figaro 23/09/2008.

 

François Géré, directeur de recherche à Paris-III, président de l'Institut français d'analyse stratégique et membre du comité des sciences humaines de l'OTAN, prône une forme d'engagement différent en Afghanistan, articulée notamment autour de l'Organisation de coopération de Shanghaï.


La France, aux côtés de ses alliés, a renforcé sa présence militaire en Afghanistan. Or loin d'être une simple mission de reconstruction, il s'avère qu'une partie des opérations relève aussi de la guerre de contre-insurrection. Humanitaire contre «guerre sale» ? Finissons-en avec les fantasmes français de guerres coloniales vieilles d'un demi-siècle. Évitons d'employer trop vite des termes démagogiques comme «bourbier». Considérons la réalité de la contre-insurrection dans ce pays et à ce moment. Elle repose sur un subtil dosage entre actions militaires ponctuelles et engagement en profondeur au cœur de la population, l'ensemble devant être adapté à l'âge de l'information.

Gagner en Afghanistan est possible, sous réserve de clarifier les raisons de notre présence fondées sur un principe de désengagement au plus tôt, car nous n'entendons pas occuper l'Afghanistan. Point n'est besoin de dates contraignantes, exploitables par l'ennemi. L'échelonnement du retrait sera fonction du bien-être croissant de la population lié à la stabilité politique et à la restauration d'une économie satisfaisant les besoins de tous. Demeurer temporairement en Afghanistan se justifie donc par cinq raisons.

Il est juste de ne pas abandonner ce pays, ses populations, à l'anarchie, à la loi du plus violent, de donner aux Afghans, dans leur diversité, le choix de leurs croyances, de leur mode de vie. Il est également souhaitable à nos yeux de ne pas abandonner ce pays aux groupuscules terroristes étrangers qui en font un camp d'entraînement et la zone d'épandage d'une idéologie salafiste violente et sectaire que récusent les Afghans, foncièrement attachés à l'islam coutumier qui est le leur. Rester présente aussi le mérite de stabiliser une zone centrale aux enjeux considérables, la drogue mais aussi le risque de trafics nucléaires très préoccupants. Cela évite encore que la déstabilisation ne se propage vers les zones proches du Moyen-Orient, très instable en raison de la situation irakienne non résolue et de la crise iranienne, elle-même en cours de développement. Ce choix, enfin, revient à maintenir la cohésion des alliés, des partenaires, la crédibilité de l'Alliance et de l'Union européenne qui, par-delà des nuances, sont désormais solidaires et qu'un échec affecterait gravement.

Comment y parvenir ? Il convient d'abord de clarifier les objectifs politiques, tant pour les opinions publiques occidentales que pour les Afghans eux-mêmes. Éradiquer le terrorisme pour éviter qu'à partir de ses sanctuaires il ne frappe les pays occidentaux n'est pas un argument suffisant, quelle qu'en soit la valeur. Il ne peut guère motiver et convaincre les Afghans qui voient la question terroriste sous un angle totalement différent. L'objectif majeur doit être d'aider pendant quelques temps la société civile afghane à se donner des équilibres politiques et économiques, en bonne entente avec ses voisins. La suppression du terrorisme en découlera naturellement.

Cela suppose en deuxième lieu une manœuvre diplomatique plus innovante et plus hardie que celle pratiquée à ce jour. Sachant qu'aujourd'hui le Pakistan constitue le maillon faible sur lequel il importe de concentrer les efforts, des démarches d'accompagnement seront nécessaires, en direction des pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghaï. Celle-ci regroupe autour de la Chine et de la Russie les pays d'Asie centrale bornant le nord de l'Afghanistan. À cela doit s'ajouter un dialogue de sécurité avec l'Iran, comme cela avait été envisagé mi-juin dernier dans le «paquet» proposé à Téhéran. Ce soutien est indispensable, pour couper les voies du trafic de drogue.

Troisièmement, il serait pertinent d'«afghaniser» la sécurité du pays, en créant des forces entraînées non pas selon les procédés de l'armée américaine ou la doctrine de l'OTAN, mais conformément au savoir et à l'expérience des combattants afghans eux-mêmes. Il suffit de fournir les armes et les technologies. Le guerrier afghan saura comment en tirer parti. Il nous semblerait également judicieux de clarifier les missions de chacun et de créer une réelle coordination stratégique unique, en lieu et place de trois opérations avec trois mandats différents. Tout aussi important : mettre l'argent là où il sera efficace. Non point collecter des dons internationaux allant s'évanouir dans les trous noirs d'une économie encore sans fondements. L'argent sera donné sur le terrain à des organismes éprouvés, à des responsables locaux connus, disposés à coopérer en fournissant le renseignement crucial. Enfin, reste à mener des opérations de contre-guérilla et de stabilisation adaptées à la société de l'information. En gagnant la bataille médiatique qu'un ennemi intelligent a engagée en direction de nos opinions, mais qu'il est loin de bien connaître. Il commettra des erreurs dans ses messages. À nous de créer une contre-communication efficace, tant sur le terrain que dans nos propres pays. L'Afghanistan constitue une épreuve redoutable pour l'OTAN, pour un monde occidental secoué par la crise et en proie au doute.

François Géré

Le Figaro du 23 09 08

Repost 0
Published by François Géré, Le Figaro - dans Relations internationales
commenter cet article
26 août 2008 2 26 /08 /août /2008 07:21
Par Marc Vignaud, Le Point.fr 25 08...



L'heure est à la remise en cause. Critiqué par les socialistes pour sa stratégie uniquement militaire en Afghanistan, le gouvernement a pris les devants. Bernard Kouchner, qui doit être entendu mardi à l'Assemblée, avec Hervé Morin, sur la politique de la France en Afghanistan, a reconnu que l'action militaire des forces internationales "est nécessaire" mais "ne suffira pas" en Afghanistan. "Il nous faut l'afghanisation", a estimé le ministre des Affaires étrangères sur France Inter, refusant toutefois de parler de bourbier pour qualifier la situation dans le pays.

"Nous défendons là-bas l'essentiel de la démocratie (...) Nous nous efforçons de consolider, et les armes afghanes qui ont déjà 75.0000 hommes, et la démocratie balbutiante", a-t-il insisté en justifiant de fait l'envoi de renforts sur le terrain décidé en avril dernier par Nicolas Sarkozy. Paris a déployé quelque 3.000 soldats en Afghanistan.

Le Parti socialiste a réclamé une redéfinition de cette mission, alors que le Parti communiste, l'extrême gauche et l'extrême droite réclament le retrait du contingent français. Une proposition d'ores et déjà écartée par le président de la République. La prolongation de la mission militaire française sera soumise à un vote au Parlement lors d'une session extraordinaire qui débutera le 22 septembre, huit jours après l'embuscade qui a tué 10 soldats français.

Marc Vignaud
Le Point.fr
Repost 0
Published by Marc Vignaud. Le Point - dans Relations internationales
commenter cet article
18 août 2008 1 18 /08 /août /2008 15:52

Dans une tribune au « Figaro» , le chef de l'Etat affirme qu'il convoquera un Conseil européen extraordinaire si l'accord de cessez-le-feu n'est pas appliqué rapidement.


Le Figaro du 18 08 08  (Extraits)

Le moment viendra où l'enchaînement des faits et des responsabilités pourra être établi de façon incontestable et impartiale : les semaines de provocations et d'escarmouches le long de la ligne qui sépare l'Ossétie du Sud du reste de la Géorgie ; l'intervention militaire irréfléchie de la Géorgie à l'intérieur de la province rebelle dans la nuit du 7 au 8 août ; la réponse brutale et disproportionnée des troupes russes refoulant la petite armée géorgienne d'Ossétie du Sud, la délogeant d'Abkhazie  l'autre province séparatiste où elle avait repris pied en 2006  , avant d'investir une partie du reste du territoire géorgien.

Face au déchaînement de la violence, l'urgence était ailleurs......
  La première priorité était d'obtenir un cessez-le-feu, pour que prennent fin les souffrances des populations et les destructions. Encore fallait-il créer les conditions pour le faire accepter à la fois par les Russes et par les Géorgiens. Contre l'avis de beaucoup qui nous promettaient l'échec, nous avons ainsi décidé, avec Bernard Kouchner, de nous rendre à Moscou et à Tbilissi dès le 12 août, munis de propositions pour convaincre les Russes qu'il était plus que temps de faire taire les armes et les Géorgiens qu'ils avaient plus encore à perdre à la poursuite de la guerre. Les longs entretiens que nous avons eus avec Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine dans la journée au Kremlin puis avec Mikhaïl Saakachvili dans la nuit à Tbilissi ont finalement permis d'arracher l'accord des deux parties à un plan de sortie de crise en six points.

Ce plan ne réglait pas tout. Ce n'était d'ailleurs pas son objet. Mais il a consacré l'accord des parties au cessez-le-feu. Sa signature par les présidents Medvedev et Saakachvili, et par moi-même au nom de l'Union européenne, permet le retrait des forces russes sur leurs positions d'avant le déclenchement des hostilités, conformément aux assurances que le président Medvedev m'a données.

Ce retrait doit être effectué sans délai. Ce point n'est pas négociable à mes yeux. Il doit concerner toutes les forces russes qui sont entrées en Géorgie depuis le 7 août. Si cette clause de l'accord de cessez-le-feu n'était pas appliquée rapidement et totalement, je serais amené à convoquer un Conseil européen extraordinaire pour décider des conséquences à en tirer.

Au-delà du retrait, beaucoup reste à faire pour stabiliser durablement la situation. Une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU devra consolider les premiers acquis en leur donnant une force juridique universelle. Un dispositif international devra être mis sur pied pour séparer les parties et vérifier qu'elles s'acquittent de leurs engagements. La communauté internationale devra se mobiliser pour venir en aide aux populations déplacées ou réfugiées .......

 La Russie doit se convaincre qu'elle sera d'autant plus entendue et respectée qu'elle apportera une contribution responsable et constructive au règlement des problèmes de notre temps.

Mais il est d'ores et déjà un enseignement que l'on peut tirer de cette crise : l'Union européenne a répondu présent. L'Europe s'est mise en première ligne dès le début des hostilités pour résoudre ce nouveau conflit sur le sol européen........  Dans cette première phase du règlement de la présente crise, l'engagement de l'Europe a été décisif : c'est l'Union, à travers la France, qui a ouvert un espace pour la diplomatie en proposant rapidement des termes raisonnables pour un cessez-le-feu, rendant ainsi exorbitant pour les deux parties le coût politique d'une poursuite de la guerre........  En préférant l'action et la négociation à l'incantation et à la simple dénonciation, l'Europe a pu rétablir un rapport de forces positif avec la Russie et se faire entendre d'elle......
Un deuxième enseignement mérite d'être relevé : si le traité de Lisbonne en cours de ratification était déjà en application, l'Union européenne aurait été dotée des institutions dont elle a besoin pour faire face à une crise internatio­nale : un président stable du Conseil européen agissant en concertation étroite avec les chefs d'État et de gouvernement de l'Union les plus concernés ; un haut représentant doté d'un véritable service diplomatique européen et de moyens financiers considérables pour assurer, en liaison avec les États membres, la mise en œuvre des décisions prises.

Ainsi, je reste convaincu que la mission première de l'Europe est de protéger les Européens. C'est bien ce que nous avons fait en mettant tout en œuvre pour réduire ce nouveau conflit dont les conséquences pourraient être catastrophiques s'il se révélait être annonciateur d'une nouvelle guerre froide.


Nicolas Sarkozy
Lire la tribune en totalité sur Le Figaro du 18 08 08

Repost 0
Published by Nicolas Sarkozy, Tribune dans Le Figaro - dans Relations internationales
commenter cet article
15 juillet 2008 2 15 /07 /juillet /2008 14:58


Revue de presse (extraits)

 

Nathalie Schuck. Le Parisien 14 07 08

Les 43 dirigeants européens et du Sud invités à Paris, hier, ont donné naissance à l'Union pour la Méditerranée. Pour la première fois, Israël et la Syrie se sont assis à la même table. L'ambition de Sarkozy : faire de l'UPM un tremplin vers la paix.

DANS LA COUR DE L'ELYSEE, les berlines du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, et du président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, se garent côte à côte. Les deux dirigeants rejoignent Nicolas Sarkozy pour poser mains serrées devant les caméras du monde entier….

 

….Nous n'avons jamais été aussi proches d'arriver à un accord », sourit Olmert en couvant du regard le « Docteur » Abbas. Le processus de paix israélo-palestinien est pourtant embourbé depuis des mois. Emu, le Premier ministre israélien confie que c'est un des plus beaux jours de sa vie. Hier, son avenir politique s'est pourtant assombri avec de nouvelles révélations de corruption. Jovial, Abbas tresse une couronne de louanges à son « grand ami » Sarkozy. Le président français, qui avait déjà réconcilié la veille le Liban et la Syrie, boit du petit-lait et se voit déjà en médiateur de « paix ». Un mot qu'il prononce quinze fois en... six minutes.

….Ravi, le président se laisse aller à des confidences sur ce sommet « historique ». « L'UPM, c'est la paix ! Vous vous rendez compte ce que ça représente pour le président Bachar al-Assad, pour Abdelaziz Bouteflika d'être à la même table que le Premier ministre israélien ? »…..

 


Jean-Claude Kiefer. Les Dernières Nouvelles d’Alsace. 14 07 (résumé Nouvel Obs)

"Évidemment, en assistant à une naissance, il est impossible de prédire l'avenir de l'enfant. Les optimistes diront que la construction européenne, garante de la paix sur notre continent, a timidement commencé à la fin de la Seconde Guerre mondiale autour de quelques projets communs. Les pessimistes souligneront que nos nouveaux partenaires sont - pour la plupart d'entre eux - loin d'être des démocrates et que dans leurs pays tout peut basculer d'un jour à l'autre. Néanmoins, l'aventure mérite d'être tentée.

Pour l'Europe, à condition qu'elle la porte vraiment, elle sera sans risques puisqu'un échec ne signifiera rien d'autre que le retour à la situation actuelle faite de relations plus ou moins chaleureuses avec l'une ou l'autre capitale arabe. Un succès sera prometteur pour tous en prouvant que les riverains de la Méditerranée peuvent prendre leur destin en mains, sous moins de tutelle américaine. Une perspective qui ne plaît pas aux plus atlantistes des Européens..."



Chantal Didier . L’est Républicain 14 07

"La paix par l'économie et le commerce. Ce qui a permis la réconciliation entre Français et Allemands peut-il ouvrir la voie au dialogue entre Israël et les pays arabes ? Les discours lors du sommet de l'Union pour la Méditerranée ont souvent évoqué "le rêve" ; à tout le moins est-ce le pari de Nicolas Sarkozy. Et un premier pas a été franchi, hier, puisque Israéliens, Syriens, Libanais, Algériens siégeaient à la même table (...) En concurrence avec Paris pour le leadership de l'Europe, l'Allemagne a tenté de diluer l'initiative française en voulant la réduire à une relance du processus de Barcelone. Reste que le rassemblement des 43, hier à Paris, qui a fait oublier la bouderie de Kadhafi, constitue un succès pour Nicolas Sarkozy. Même s'il est désormais attendu aux actes."

 

Yves Thréard. Le Figaro, 15 07 08

….La France des Champs-Élysées offrait un autre visage. Généreux, tourné vers l'autre, porteur d'universalité. Sous le ciel bleu de Paris, elle célébrait la paix, le dialogue entre les peuples, l'espoir. Soufflait un vent d'universalité. Ce qui n'est pas le moins singulier un jour de fête nationale.

Parmi les troupes d'abord. C'est un contingent de 145 Casques bleus, originaires de 25 pays différents, qui a ouvert la revue. Suivi par des soldats français œuvrant au Liban. Dans les airs, survolaient des avions et des hélicoptères venus de toute l'Europe. En clôture, la descente de sept parachutistes déployant les drapeaux français, de l'ONU et de l'Union européenne fut majestueuse.

Dans la tribune officielle ensuite. Plus de quarante chefs d'État ou de gouvernement étrangers étaient présents. Avec des cohabitations que d'aucuns auraient jugées improbables jusque-là. L'Israélien Ehoud Olmert, le Palestinien Mahmoud Abbas, le Syrien Bachar el-Assad, le Libanais Michel Sleimane, assis à quelques mètres les uns des autres. Sous le regard du secrétaire général des Nations unies, le Coréen Ban Ki-moon, invité d'honneur de la cérémonie.

Universalité dans les témoignages enfin. Avec la lecture de la Déclaration universelle des droits de l'homme par Kad Merad, comédien d'origine algérienne. Plus tard, à l'Élysée, le chef de l'État remettra la Légion d'honneur à Ingrid Betancourt, citoyenne franco-colombienne. Et appellera à la libération du Franco-Israélien Gilad Schalit, retenu à Gaza depuis deux ans. Autant d'exemples de la France de la diversité et de l'ouverture sur le monde….

Repost 0
Published by Divers Presse - dans Relations internationales
commenter cet article
30 juin 2008 1 30 /06 /juin /2008 16:11

La chronique d'Alexandre Adler du 28 juin.

Le Figaro.


On sait que les conseillers néoconservateurs de George W. Bush avaient lancé, au lendemain de l'entrée des Américains à Bagdad, un mot d'ordre sans précédent : «le nouveau Moyen-Orient». Cet Orient-là, qui n'était que la combinaison des idées fausses de quelques intellectuels américains et des habiletés du dissident chiite irakien, Ahmed Chalabi, ne pouvait que demeurer mort-né. La victoire électorale du Hamas, en Palestine, allait lui infliger le coup de grâce décisif que, déjà, l'anarchie et la guerre de religion en Irak avaient largement préparé. Mais la vieille taupe de l'Histoire, si chère à Hegel, n'a pas chômé : un nouvel Orient émerge.

Pour le comprendre, il faut tout d'abord remonter à 1918, lorsque les identités nationales, dans l'Orient musulman, se sont recomposées autour d'un concept ethnolinguistique cher à l'Europe. Désormais, il y aurait, selon le vœu du célèbre poète kémaliste, Gökalp, des Turcs ne parlant que turc, des Iraniens, tous persanophones et des Arabes dont la seule langue serait l'arabe. Certes, la réalité humaine demeura toujours un peu différente. Chiites dominant le bazar de Téhéran et la vieille aristocratie militaire ainsi que tout le nord-ouest du pays , les Azéris d'Iran sont, pour l'instant, demeurés fidèles à une identité iranienne, malgré leur culture turque et les efforts de Staline, en 1945, pour les rattacher à l'Azerbaïdjan soviétique.

Quant aux Kurdes, divisés entre une majorité vivant en Turquie et de substantielles communautés en Iran et en Irak, ils n'ont jamais pu instaurer leur propre État-nation et ont presque renoncé à le faire demain, tant leur symbiose, avec l'environnement turc en particulier, est maintenant poussée. Mais il n'empêche que, pour l'essentiel, des nationalismes laïques avaient relativisé la vieille identité transnationale musulmane au profit d'une modernité calquée sur celle de l'Europe.

Or, le modèle vient de se rompre. Saddam Hussein, en effet, avait incarné en Irak une forme caricaturale, parfois monstrueuse, de nationalisme arabe qui, non seulement s'était aliéné toutes les minorités linguistiques, mais en était venu, dès le début des années 1980, à mener une guerre larvée permanente contre la majorité chiite et arabophone des Irakiens.

À force de les traiter comme une force supplétive du régime de Téhéran, les chiites d'Irak ont fini, notamment à partir de 1992, par se tourner franchement vers leurs frères iraniens, auxquels les lient de toute manière les nombreux mariages dynastiques entre ayatollahs de Nadjaf en Irak et de Qom en Iran. Le résultat est aujourd'hui spectaculaire alors que se profile un retrait des États-Unis : le nouvel Irak, dominé par les chiites, devient l'allié, voire le protégé, de l'Iran. Quant aux leaders du Hezbollah libanais, ils se considèrent comme des citoyens iraniens à part entière, et réciproquement. Ce brutal arasement de la frontière arabo-persane au profit de l'identité chiite ne pouvait qu'entraîner une réaction inverse : en Syrie, la majorité arabe et sunnite allait se retourner elle aussi contre l'alliance stratégique du régime de Damas avec l'Iran. Deux solutions étaient possibles : les Frères musulmans, et autres forces intégristes, regardaient évidemment vers l'Arabie saoudite et vers le soutien à la guerre insurrectionnelle de la minorité sunnite en Irak. Mais il existait une seconde solution, bien meilleure à tous égards : la carte turque.

 

Tout le nord de la Syrie, en effet, où domine l'école théologique hanafite, regarde culturellement vers la Turquie depuis quatre siècles. C'est une économie turque en pleine expansion qui assure, dès aujourd'hui, la toute relative prospérité du nord du pays, autour d'Alep, grâce à ses camions et à ses marchandises à bon marché venues toutes des bazars d'Anatolie. Autrement dit, un autre bloc du nationalisme arabe vient de basculer, symétriquement et contradictoirement à l'Irak, vers le monde turc, en reconstituant un élément majeur de l'espace ottoman. Il faut aussi rappeler que la Turquie des janissaires cryptochiites et des grandes confréries soufies ne professent pas du tout un sunnisme dogmatique et intégral.

La minorité alaouite, qui dirige la Syrie, a de nombreux points d'appui et de correspondance avec la géographie religieuse de la Turquie moderne, et son armée pratique, dans les grandes lignes, le même laïcisme de combat que celui de l'armée turque. Et c'est ici que les capacités encore largement sous-estimées de la diplomatie turque ont fait merveille.

Loin de répudier son alliance israélienne au profit de ses nouveaux rapports avec Damas, les Turcs ont eu le génie de pousser les deux ennemis à la réconciliation sous leur égide. Voici pourquoi Bachar al-Assad a pu changer son fusil d'épaule et se retrouvera sur la tribune du 14 Juillet, succès véritable de la diplomatie française.

Mais est-il cohérent, dans ces conditions, de poursuivre une politique d'isolement de la Turquie, alors qu'Ankara vient une fois de plus de montrer la contribution capitale qu'elle peut apporter aux immenses problèmes de la région ?

Alexandre Adler
Le Figaro

Repost 0
Published by Alexandre Adler. Le Figaro - dans Relations internationales
commenter cet article
23 juin 2008 1 23 /06 /juin /2008 14:58

Verbatim . Le Monde.fr du 23 06 08...

Monsieur le Président de l'Etat d'Israël, Madame la Présidente de la Knesset, Monsieur le Premier Ministre, Monsieur le Chef de l'Opposition, Madame la Présidente de la Cour Suprême, Mesdames et Messieurs les membres de la Knesset,

Il y a entre Israël et la France une amitié profonde qui a résisté depuis 60 ans à toutes les turbulences de l'Histoire. Cette amitié, elle n'est pas due seulement à la vitalité de la communauté juive de France et à vitalité de la communauté francophone d'Israël qui forment comme un pont entre nos deux pays.

Elle est due aussi à quelque chose de plus profond, à la manière dont le judaïsme a influencé, nourri, enrichi la culture française, à l'inspiration que les Pères fondateurs d'Israël ont puisée dans les valeurs de l'universalisme français. Elle est due aux liens étroits économiques, scientifiques, techniques, intellectuels, mais aussi tout simplement humains que nos deux peuples ont naturellement tissés ensemble.

Cette amitié, je suis venu la renouveler solennellement au nom du peuple français et je me réjouis de voir avec quelle chaleur, avec quel élan fraternel le peuple israélien y répond. C'est pour moi une très grande émotion de prendre la parole aujourd'hui, ici, à Jérusalem, ville trois fois sainte, sainte pour les juifs, sainte pour les chrétiens, sainte pour les musulmans. Je mesure le très grand honneur que vous faites au Président de la République française de pouvoir s'adresser à votre Assemblée qui est le symbole d'une des plus authentiques démocraties du monde.

A travers vous, je m'adresse à tous les Israéliens dont les ancêtres pendant des siècles ont espéré qu'un jour il y aurait à nouveau une nation juive qui serait comme toutes les autres nations, libre enfin de choisir son destin, de décider par elle-même. Je m'adresse au peuple d'Israël qui a choisi la démocratie et la liberté, et qui ne les doit à personne d'autre qu'à lui-même, à son courage, à son énergie, à son intelligence. Je m'adresse aussi, au-delà, à tout le peuple juif, peuple si longtemps sans terre, sans institutions politiques, mais partageant la même attitude morale, la même conception de la vie, la même tradition, la même foi, la même espérance. Et que ni la violence, ni la haine n'ont pu faire renoncer aux valeurs universelles que les prophètes d'Israël ont enseignées à tous les hommes.

Aucun exil, aucune épreuve n'avait pu arracher de son cœur le souvenir de la Terre promise. Et après 19 siècles, chacun au sein de ce peuple dispersé sur toute la terre se disait encore : "je suis Juif, parce que, né d'Israël, et l'ayant perdu, je l'ai senti revivre en moi, plus vivant que moi-même". Au nom du peuple français, je veux dire mon amitié et mon respect à ce grand peuple d'Israël qui a accompli la promesse que tous les Juifs depuis la dispersion se transmettaient de génération en génération de revenir en "ce lieu où naquit le peuple juif, où se forma son caractère spirituel, religieux et national".

Il y a 60 ans des femmes et des hommes dont le caractère s'était forgé au travers des pires épreuves de la vie, proclamèrent "la fondation de l'Etat juif dans le pays d'Israël". Herzl avait dit : "si vous le voulez ce ne sera pas une légende". Ils le voulurent et la résurrection d'Israël cessa d'être une légende pour devenir une réalité.

Je veux dire mon admiration pour ces femmes et pour ces hommes d'exception qui voulaient un Etat où seraient assurées "une complète égalité des droits sociaux et politiques pour tous les citoyens, sans distinction de croyance, de race, ou de sexe", "la pleine liberté de conscience, de culte, d'éducation et de culture", "la sauvegarde et l'inviolabilité des Lieux Saints et des sanctuaires de toutes les religions".

Je veux dire mon respect pour l'idéal qui les animait. Le rêve qu'ils poursuivaient était grand, nourri par des siècles d'attente et par l'horreur qu'on lisait encore dans le regard halluciné des rescapés des camps d'extermination. Croyants ou non croyants, chacun d'entre eux ce jour là ne put sans doute s'empêcher de se remémorer la parole biblique que tous les Juifs au monde n'avaient jamais cessé d'apprendre à leurs enfants  : "Et l'Eternel dit à Moïse : Monte sur cette montagne et regarde le pays que je donne aux enfants d'Israël". Mais l'Etat d'Israël ce n'est pas seulement l'accomplissement d'une promesse qui a toujours été au cœur de l'identité juive. Ce n'est pas seulement un retour aux sources, l'expression d'une nostalgie, la tentation de ressusciter un passé révolu. C'est un Etat moderne, tourné vers l'avenir. C'est un Etat à la fois national et tourné vers l'universel.  Car c'est un Etat qui n'appartient pas seulement à ses citoyens, mais aussi à tous ceux qui dans le monde se reconnaissent comme les héritiers du judaïsme.

Au milieu du malheur, ils n'ont jamais cessé d'espérer en un monde meilleur. Pour eux, il fut d'abord la preuve que cette espérance n'était pas vaine. "Je ne revendique jamais mon origine juive que dans un cas, disait le grand historien français Marc Bloch : en face d'un antisémite".  A ceux qui doutaient de son patriotisme, ce grand savant qui mourra assassiné par la Gestapo après avoir été torturé répondait simplement, comme auraient pu le faire tant d'autres : "Mon arrière-grand-père fut soldat en 1793 ; mon père en 1870 servit dans Strasbourg assiégé, j'ai été élevé dans le culte de ces traditions patriotiques dont les israélites de l'exode alsacien furent toujours les plus fervents mainteneurs ; et la France dont certains conspireraient volontiers à m'expulser aujourd'hui et peut-être - qui sait ? - y réussiront, demeurera quoiqu'il arrive, la patrie dont je ne saurais déraciner mon cœur."

Ils sont encore des millions de Juifs aujourd'hui dans le monde qui éprouvent comme Marc Bloch, un attachement charnel à la patrie dont ils ont appris la langue, la culture, respiré l'air depuis leur enfance. Mais leur cœur ne peut pas rester insensible au destin d'Israël.

 

 

 

Parce que le destin de chaque Juif est lié au destin de tous les Juifs. Parce que le fait qu'il y ait un Etat juif dans le monde dont la réussite soit aussi éclatante est pour chacun d'eux une source de dignité et de fierté.  Parce que chacun éprouve au fond de lui le sentiment que l'Etat d'Israël est le moyen par lequel le peuple juif peut de nouveau devenir acteur de sa propre histoire au lieu de la subir.

Parce qu'en Israël le judaïsme ne se définit pas par rapport à l'antisémitisme. Parce que pour chacun c'est le foyer où il sait qu'il pourrait se réfugier si par malheur un jour il n'avait plus nulle part où aller. Parce que pour tous il est le seul endroit au monde où il est sûr que l'on n'obligera jamais les Juifs à porter une étoile jaune, où l'on n'interdira pas aux Juifs de prendre l'autobus, de fréquenter les cinémas et les théâtres, d'occuper certains emplois, qu'on ne les obligera pas à habiter des quartiers pour les Juifs, à n'aller que dans des restaurants, des magasins, des écoles pour les Juifs.

L'Etat d'Israël est une réponse à l'interrogation angoissée que la petite Anne Franck a noté dans son journal : "j'ai espéré que ce pays deviendrait ma patrie, à moi l'apatride ; je l'espère encore". C'est une réponse à la prière de Rutka, la petite juive polonaise : "je voudrais attacher des ailes à mes épaules pour m'élever très haut (…) m'envoler vers un endroit où il n'y aurait pas de ghetto".

L'Etat d'Israël appartient aussi à tous les hommes. Parce que les valeurs qui le fondent sont universelles. Ces valeurs sont des valeurs de justice et de droit. L'Etat d'Israël est une réponse à l'injustice que le peuple juif a subie si longtemps. Et cette injustice est un défi lancé à la conscience universelle.

Il n'y a aucun autre Etat dans le monde qui se soit construit sur autant de douleurs et sur autant d'espérance. Il n'y a aucun autre Etat dans le monde dont l'existence même fut dès le départ à ce point liée à l'affirmation d'un idéal de justice et d'une volonté de vivre en paix.  Il n'y a aucun autre Etat dans le monde qui lors de sa naissance suscita autant d'espoir de la part de tous ceux qui n'avaient jamais cessé d'opposer les forces de l'esprit à la barbarie. On ne peut pas penser à Israël sans penser à l'histoire du peuple juif. On ne peut pas penser à Israël sans se souvenir des pogroms, des wagons plombés, des chambres à gaz. On ne peut pas penser à Israël sans penser au Capitaine Dreyfus devant ses juges, aux femmes qui mourraient du typhus dans les camps de la mort, à tous les enfants martyrs de Yad Vashem.

Mais l'histoire du peuple juif n'est pas seulement celle de ses malheurs. Il ne s'est pas contenté de subir. Il a constamment opposé à tous ceux qui voulaient l'anéantir, la force de son caractère, la puissance de sa pensée, la profondeur de sa culture, la vitalité de sa foi. Il n'a pas laissé au monde que le souvenir de sa souffrance, il lui a donné aussi un trésor d'humanité et de savoir. Où en serait la sagesse du monde sans les prophètes d'Israël ? Où en seraient la philosophie, la physique, la littérature, l'économie, sans les penseurs, les savants, les artistes, les entrepreneurs juifs du monde entier qui ont œuvré à toutes les époques au sein de toutes les nations, de toutes les cultures, de toutes les civilisations ? Où en serait le monde sans Spinoza, sans Freud, sans Einstein ?

Israël est un pays où chacun vient greffer sur le tronc commun sa propre langue, sa propre culture, sa propre sensibilité, sa propre histoire, où chacun vient donner le meilleur de lui-même pour le bien de tous.

En 60 ans ce que vous avez accompli est prodigieux. C'est dans la diversité, la vitalité, l'ouverture de la pensée, la force de création propre au judaïsme, que se trouve le secret de votre réussite d'Israël.  Le judaïsme c'est l'esprit prophétique qui ouvre l'avenir, qui appelle le progrès, qui réclame la justice. Au milieu des difficultés de tous ordres, les fondateurs de l'Etat d'Israël se sont battus avec toute la force de leur cœur et de leurs bras pour qu'il survive. Le peuple français s'est rangé dès votre naissance à vos côtés, comme il sera toujours aux côtés de l'Etat d'Israël quand son existence sera menacée.

On en peut pas accepter que quiconque dise "il faut rayer de la carte Israël".

Aujourd'hui, et de plus en plus, cette menace a pris la forme du terrorisme. Aucun peuple ne peut vivre sous la menace du terrorisme. Le terrorisme ne s'explique pas. Le terrorisme ne se justifie pas. Le terrorisme se combat ! La France est pleinement engagée dans la lutte contre le terrorisme aux côtés de ses alliés et de ses amis. Elle sait que ce qui est en jeu, ce sont nos valeurs, notre civilisation. Oui, la France est l'amie d'Israël et elle sera toujours à ses côtés lorsque sa sécurité et son existence seront menacées. Je ne transigerai jamais avec cela. Et ceux qui appellent de manière scandaleuse à la destruction d'Israël trouveront toujours la France face à eux pour leur barrer la route.

Pour que les choses soient claires et qu'il n'y ait pas d'ambiguïté, je veux dire que le programme nucléaire de l'Iran appelle une réaction d'une extrême fermeté de toute la communauté internationale. Israël n'est pas seul ! La France est déterminée à poursuivre avec ses partenaires une politique alliant des sanctions de plus en plus dures à l'ouverture, si Téhéran faisait le choix de respecter ses obligations internationales. Mais je le dis avec force : un Iran doté de l'arme nucléaire est inacceptable pour la France ! La France ne transigera jamais avec la sécurité d'Israël.

Mais on doit la vérité à ses amis. La vérité c'est que la sécurité d'Israël ne sera véritablement assurée que lorsqu'à ses côtés, on verra enfin un Etat palestinien indépendant, moderne, démocratique et viable. La France est l'amie du peuple palestinien. Elle veut lui dire aussi la vérité. Et la vérité c'est que nul ne peut espérer rétablir les droits du peuple palestinien en niant ceux du peuple israélien et en appelant à la destruction d'Israël. La vérité, c'est qu'il faut que ce conflit sans fin s'arrête, que cette violence cesse, que cette haine qui dresse les peuples les uns contre les autres s'éteigne. Il le faut, parce que les seuls gagnants de cet affrontement sont le fanatisme, le fondamentalisme, le racisme et l'antisémitisme. Il le faut parce qu'il y a eu trop de souffrances, trop de douleurs. Parce que Juifs et Musulmans, Israéliens et Palestiniens, tous partagent la même souffrance et la même douleur pour vos enfants. Nous savons tous qu'il ne peut y avoir d'issue que dans la compréhension et dans le respect de l'autre. Nous savons tous que l'avenir, votre avenir et celui de vos voisins, ne peut se construire que sur le pardon et non sur la vengeance.

Je suis le représentant d'un pays qui a dû pardonner à ses voisins, qui a dû se réconcilier avec ses voisins.

Comme tous les peuples, le peuple israélien a le droit de vivre en sécurité dans des frontières reconnues et garanties. Comme tous les peuples, le peuple palestinien a le droit d'avoir un Etat et d'y exercer sa souveraineté.  Comme tous les peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien vivront en paix le jour où chacun aura le sentiment que justice lui est rendue et où leurs rapports seront fondés sur le droit et non plus sur la force. Sans doute, cela demande-t-il de grands efforts à accomplir de part et d'autre. Car il ne peut y avoir de paix sous la menace du terrorisme. Il ne peut y avoir de reconnaissance mutuelle quand des  roquettes tombent tous les jours sur des victimes innocentes.

Il ne peut y avoir de paix sans l'arrêt total et immédiat de la colonisation. Une proposition existe, soutenue par de nombreux membres de votre Knesset, pour l'adoption d'une loi qui inciterait au départ les colons de Cisjordanie, moyennant compensation et relogement en Israël. Oui, il faut créer le mouvement ! Il ne peut y avoir de paix si les Palestiniens ne combattent pas eux-mêmes le terrorisme. Mais pas de paix non plus si les Palestiniens sont empêchés de circuler, et tout simplement de vivre sur leur territoire. Il ne peut y avoir de paix sans que soit résolu le problème des réfugiés palestiniens dans le respect de l'identité d'Israël. Il ne peut y avoir de paix sans la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de deux Etats et la garantie de la liberté d'accès aux Lieux Saints pour toutes les religions.

Vous êtes condamnés à vivre côte et côte.

Beaucoup de ces efforts, je le sais, seront difficiles et douloureux, moins douloureux malgré tout que le sang versé dans un affrontement sans fin.  Depuis 60 ans, des hommes et des femmes de bonne volonté comme votre Président, ont essayé de trouver le chemin de la paix et certains, comme Itzhak Rabin, l'ont payé de leur vie. Chacune de leurs initiatives, chacun de leurs gestes a permis de progresser. La paix est faite avec l'Egypte, avec la Jordanie. Israël s'est retirée du Sinaï, du Liban et de Gaza. Il n'y a pas de geste inutile en faveur de la paix, et peut-être sommes-nous tout près du but puisque désormais, de nouveau, tout le monde se parle.

Et puisque la violence semble être suspendue, depuis quelques jours, à Gaza, je veux exprimer l'espoir de la libération, le plus vite possible du soldat Gilad Shalit, retenu en otage depuis près de deux ans, comme tous les prisonniers. Je vous demande de nous faire confiance car nous voulons vous aider.

La France que tant de souvenirs lient à cette région du monde, la France qui aime et qui respecte tous les peuples du Moyen-Orient, la France veut apporter sa contribution à la paix. Elle est prête à organiser sur son sol tous les pourparlers qui pourraient y conduire, qu'il s'agisse de la négociation israélo-palestinienne, du dialogue syro-israélien ou des discussions qui devront reprendre, un jour prochain je l'espère, entre Israël et le Liban. Sur ces trois volets du processus de paix, la France est prête à apporter sa garantie, prête à mobiliser sa diplomatie, ses ressources, ses soldats comme elle le fait déjà, avec d'autres partenaires européens, au Sud Liban. C'est dans cet esprit qu'elle exercera à partir du 1er juillet la Présidence de l'Union européenne, qu'elle travaillera au rehaussement des relations entre l'Union et Israël et participera au Quartet.  Je ne suis pas venu ici vous donner des leçons. C'est aux dirigeants du peuple d'Israël et à ceux du peuple palestinien qu'il appartient de faire la paix. Mais vous, les partenaires de la paix, vous devez savoir que vous  pouvez compter sur l'Europe pour vous aider à aller vers un accord final, puis pour le mettre en œuvre.

Sécurité pour les deux Etats, compensation et relogement des réfugiés, appui à la construction d'un Etat de droit en Palestine, soutien économique et financier général à la paix et aux projets de développement, comme nous avions déjà commencé à le faire lors de la Conférence de Paris : à tous ces titres, l'Europe peut apporter une contribution décisive, vous aider, si vous le souhaitez, à faire ensemble preuve d'audace, de courage et d'imagination. C'est dans cet esprit, aussi, que la France fera tout ce qui est dans son pouvoir pour faire aboutir le projet d'Union pour la Méditerranée qu'elle a proposé à tous les peuples de l'Europe et de la Méditerranée. L'enjeu est capital puisqu'il s'agit d'offrir un destin partagé à tous ces peuples.

Le 13 juillet prochain, le Sommet de Paris pour la Méditerranée donnera peut-être l'espoir que ce qui nous sépare finira par devenir un jour moins fort que ce qui nous rassemble. Israël, comme l'Autorité palestinienne, comme le Liban, comme la Syrie y trouveront leur place aux côtés de l'Egypte, de la Jordanie et de tous les pays du Maghreb arabe. Alors, peut-être, pourrons-nous espérer qu'un jour les enfants de la Méditerranée cesseront de se haïr et de vouloir dès la naissance venger les malheurs de leurs pères. C'est dans cet esprit aussi que la France soutiendra de toutes ses forces les grands projets de développement économique régional chers au Président Shimon Péres.

Oui, nous avons besoin de la "Vallée de la Paix" ! Au Moyen-Orient se mélangent et s'affrontent depuis des millénaires des peuples qui ont donné à l'humanité tout entière ce qu'il y a de plus élevé dans la pensée, de plus beau dans la religion, de plus important dans le savoir. Tous dans leurs prières parlent d'amour, de justice et de paix. Tous aiment la vie. Tous sont les enfants d'Abraham. Tous ont la Bible en partage. Ayant bu à la même source, ayant partagé si souvent la même histoire, ils ont tout pour se comprendre et s'entendre.

Et cette terre pour laquelle ils se battent avec tant de désespoir, cette terre qui les a vus naître, cette terre où reposent leurs morts, cette terre dans laquelle s'inscrit le souvenir de leurs souffrances et de leurs joies qui se ressemblent tant, cette terre dont on pressent, en regardant ce qui a été accompli ici, en Israël, ce qu'elle pourrait donner à force d'intelligence, de travail et de courage, cette terre qui pourrait devenir un paradis pour tous et grâce à laquelle la misère pourrait être vaincue si elle n'était si souvent ruinée par la guerre, cette terre qui pourrait être si féconde si tous la travaillaient ensemble au lieu de verser sur elle le sang des innocents, cette terre devrait unir les peuples au lieu de les opposer. En allant au fond d'eux-mêmes, en s'interrogeant sur leur histoire, leurs croyances, leurs valeurs, en regardant ce monument qui va être construit à Jérusalem par deux artistes français, ce livre de la paix pour les peuples du Livre, dans la ville du Livre, un jour prochain, j'en suis sûr, les femmes et les hommes de cette terre magnifique trouveront plus de raisons de se parler pour faire la paix que de se haïr pour continuer à s'affronter.

Juifs, chrétiens ou musulmans, ils se rappelleront la parole du Prophète Isaïe : "Je ferai de Jérusalem mon allégresse. Et de mon peuple ma joie. On n'y entendra plus le bruit des pleurs et le bruit des cris. Ils bâtiront des maisons et les habiteront. Ils planteront des vignes et en mangeront les fruits. Ils ne travailleront plus en vain et ils n'auront plus des enfants pour les voir périr."

Je veux vous le dire du fond du cœur : quand on est fort on doit tendre la main. Quand on a fait le chemin que vous avez fait depuis 60 ans, on doit être les triomphateurs de la paix, on doit montrer le chemin. La France ne vous abandonnera pas sur ce chemin.

Vive l'amitié franco-israélienne qui est une profonde et sincère amitié ! Vive la paix pour Israël et pour la Palestine qui est une nécessité pour la paix du monde !

Verbatim du discours de Nicolas Sarkozy. Le Monde.fr 23 06 08

Repost 0
Published by Dicours de Nicolas Sarkozy. Rapporté par Le Monde.fr - dans Relations internationales
commenter cet article