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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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25 février 2011 5 25 /02 /février /2011 21:09

 

Entretien de Cyrille Lachevre avec Christine Lagarde dans le Figaro du 16 février

 

 

Christine Lagarde explique les enjeux concrets de la réunion qu'elle préside ces deux prochains jours et dont l'organisation aurait coûté 2,7 millions d'euros à la France.

 

 

LE FIGARO. - La crise étant derrière nous, le G20 -créé en plein cœur de la tourmente financière- est-il encore utile?

Christine LAGARDE. - Ce que nous voulons, justement, c'est éviter que l'on ne se retrouve dans une situation de crise systémique mettant des pays en péril. N'oublions pas que les événements de 2008 nous ont placés au bord du précipice. D'où la nécessité de s'attaquer, ­encore aujourd'hui, aux causes structurelles des déséquilibres, de définir le cadre d'une croissance forte, durable et équilibrée. Alors c'est vrai, le G20 est dans sa phase de consolidation. Nous devons réussir, cette année sous l'impulsion de la présidence française, à le rendre représentatif et efficace. En faire une instance dans laquelle tout le monde se reconnaît, et qui arrive à agir -comme cela a été le cas avec la régulation financière. Sinon, le G20 redeviendra ce qu'il était autrefois : un club sympathique où on débat entre gens bien élevés.

Réforme du système monétaire, des marchés des matières premières, gouvernance internationale… Ces sujets semblent loin de la vie quotidienne des citoyens. Comment leur faire comprendre l'importance de ces enjeux?

Tout cela a l'air technique, sophis­tiqué et réservé aux éminences ­grises; mais en réalité, si nous voulons éviter les déséquilibres et les excès, c'est justement pour eux que nous travaillons. Un exemple: doit-on laisser les cours des céréales prendre tout d'un coup 70% parce qu'une rumeur indique que la production va baisser de 3%? Même si l'impact du prix de la farine sur le prix de la baguette n'est pas énorme, cela entraîne inévitablement de l'inflation. Sans compter l'impact sur les producteurs. Comment un paysan qui ne connaît pas le prix de sa récolte peut-il vivre ou investir? Tous les pays ne sont pas d'accord avec la lutte que nous voulons mener contre la volatilité des prix; c'est normal, chacun étant dans la posture de défendre ses propres ­intérêts. À nous de les convaincre.

Paris veut convaincre ses partenaires de définir des indicateurs économiques communs. Lesquels et pourquoi?

Les négociations commencent et il n'y a pas d'accord à ce stade. J'aimerais que nous tombions d'accord sur des indicateurs de balance courante au sens large -commerciale, services et paiements- ainsi que des indicateurs de finances publiques ou encore de taux d'épargne et d'investissement. La logique est très simple: un excédent de balance commerciale, par exemple, signifie qu'un pays vend beaucoup de produits à un autre, qui est en déficit. L'un et l'autre sont donc liés et personne n'a intérêt à ce que les écarts soient excessifs, au risque de pénaliser la croissance globale. Nous devons fixer des indicateurs communs puis, dans un deuxième temps, quantifier leur limite idéale. Ça ne sera pas facile, mais c'est indispensable pour corriger les futurs déséquilibres avant qu'ils ne provoquent une nouvelle crise systé­mique.

Les exportateurs souffrent de la volatilité des monnaies, qui pénalise leur compétitivité. Ne faudrait-il pas faire un lien entre les questions commerciales et monétaires, entre l'OMC et le FMI?

Effectivement. Et d'ailleurs, quand les instances de l'OMC se posent la question de savoir si tel ou tel pays fait preuve de protectionnisme commercial, elles regardent si ce n'est pas lié à un problème de taux de change. Les statuts de l'OMC et du FMI prévoient explicitement une telle démarche, mais cela n'a jamais été mis en œuvre, même si Pascal Lamy, le directeur de l'OMC, l'avait évoqué lors du G20 en Corée. Il semblerait qu'aucun pays n'ose trop s'avancer sur ce terrain.

La régulation des échanges commerciaux qui relève de l'OMC fonctionne-t-elle mieux que la surveillance internationale des monnaies?

Oui et pour la raison que la régulation des échanges est assortie de sanctions. L'OMC a ses propres mécanismes de résolution des conflits alors qu'il n'existe pas d'équivalent en matière de taux de change. Le FMI a une fonction de surveillance, il distribue des aides financières aux pays en difficulté, mais il ne dispose pas de chambre d'arbitrage, contrairement à l'OMC, qui peut ­arbitrer les différends.

La force de conviction, c'est votre rôle, en tant que présidente de séance?

Un travail important a été réalisé en amont pour aplanir les désaccords sur les différents sujets. ­Présider un G20, c'est beaucoup plus de tension que lorsque l'on est juste participant. L'idée est qu'à la fin du week-end aucun pays ne soit montré du doigt et que nous ayons des bases de travail so­lides pour le G20 des chefs d'État, qui se tient au mois de novembre à ­Cannes.

Combien va coûter la tenue de ce G20 Finances à Paris?

Tout compris, il revient à 2,7 millions d'euros, pris pour moitié sur le budget du ministère et pour moitié sur celui de la Banque de France. L'essentiel des dépenses, ce sont les frais de mise en place de structures pour pouvoir accueillir délégations et journalistes du monde entier. La sécurité et le gardiennage ont aussi un coût non négligeable.

  Christine Lagarde dans Le Figaro

 

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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 18:32

 

L'ancien ministre socialiste des Affaires Etrangères,  Hubert Védrine, interrogé par Marianne Enault pour le JDD.fr...

 

 

La France est-elle isolée sur la scène internationale?
Non, parce que la scène internationale, ça ne veut rien dire. Ça dépend de quel point de vue on se place. Le monde n'est pas unifié. On sait bien que les Asiatiques s'en fichent de tout ça, comme une grande partie du monde.

 

Le bras de fer entre Paris et la Commission européenne a tout de même fait couler beaucoup d'encre…
La politique du gouvernement français par rapport aux Roms a beaucoup choqué en Europe, même s'il y a beaucoup d'hypocrisie dans les réactions et les propos absurdes et inqualifiables comme ceux de Madame Reding [la commissaire à la Justice, ndlr]. Tout le monde a bien compris qu'il s'agissait de provocations purement électorales. C'est une instrumentalisation délibérée.

 

Dans quel but?
Le président essaie de récupérer des voix du Front national avant 2012 parce qu'il a peur du premier tour. Il a cru que c'était aussi l'occasion pour lui de démontrer que la gauche est angélique et incapable sur ces questions de sécurité. Je ne sais pas si le premier calcul va fonctionner mais le second n'a pas fonctionné car la gauche a été prudente.

 

 

Quelles peuvent être les conséquences de cette politique sur son image?
Ce n'est pas bon pour lui, même s'il a des capacités de rebondissement multiples. Pour l'image de la France, je ne pense pas que ça change grand chose car la France en a vu d'autres. L'image de la France, ce n'est pas que l'image de son président. Mais c'est gênant pour le président parce qu'il a besoin de tous ses atouts au moment où il va prendre la présidence du G20, qui est importante pour la France et qui est importante pour lui.

 

Nicolas Sarkozy n'est resté qu'une seule journée à New York à l'occasion du sommet de l'ONU et a rencontré seulement deux chefs d'Etat, dont le roi du Maroc. Cela traduit-il une certaine fragilité?
Ça n'a aucune importance. L'Assemblée générale [de l'ONU] dure huit jours, les chefs d'Etat vont et viennent. Souvent, ça ne sert absolument à rien. Tout ça, c'est du cinéma. En revanche, il a fait une vraie boulette en affirmant quelque chose qu'Angela Merkel a immédiatement démenti [sur les Roms, ndlr]. Il est évident que la relation franco-allemande ne fonctionne pas bien.

 

Selon l'Elysée, Nicolas Sarkozy aurait d'ailleurs proposé à Angela Merkel lundi à New York des gérer certains des dossiers prioritaires du G20…
Dans le G20, les Européens auront plus d'influence s'ils sont d'accord entre eux. Or, cela commence par un accord France-Allemagne. Que l'Allemagne pilote des choses, cela va donc de soi. Mais le problème, c'est que ça affaiblit un peu la démarche si on donne l'impression que c'est une sorte de rattrapage après un incident. Mais ça va se gommer un peu avec le temps.

 

 

Quels sont les enjeux de cette présidence du G20?
Ils sont à la fois importants et difficiles à cerner. Le G20 est un groupe informel. Il n'y a pas de moyens sûrs de vérifier qu'on a atteint les objectifs. Ça se joue en termes de crédibilité politique, de jugement mutuel, d'ambiance. On ne peut pas évaluer ça de façon technique. La présidence du G20 sera jugée comme bonne si les partenaires du G20 disent que la présidence française a été bonne, efficace, utile. Il faut voir ensuite ce qui convainc ou pas les opinions publiques mais on ne peut pas le savoir à l'avance.

 

Quelles sont les conditions d'un succès pour Nicolas Sarkozy?
On peut imaginer que dans cet exercice, il sera bon. Il a été bon quand il présidait l'Union européenne en 2008. Il aura l'énergie, l'inventivité, etc. Je ne pense pas que son image soit trop atteinte et que ça puisse l'empêcher de mener cette présidence à bien. En même temps, c'est très compliqué, parce que les objectifs sont très ambitieux. Mais il peut tout à fait aboutir à ce qu'on dise qu'il a fait la meilleure présidence possible

 

Le chef de l'Etat a relancé lundi l'idée d'une taxe sur les transactions financières. Qu'en pensez-vous?
C'est une très bonne idée française, ancienne, plutôt de gauche. Je suis très content que Sarkozy reprenne ce thème. C'est de meilleure inspiration que les sujets qu'il a mis en avant ces dernières semaines. Pour un président français, c'est presque impossible de ne pas fixer cet objectif.

 

Mais peut-elle être vraiment mise en place?
Ça consiste à affronter des obstacles géants. La dérégulation a dominé l'histoire économique depuis trente ans. Le système financier mondial a réussi à faire sauter à peu près toutes les règles de précaution, tous les contrôles. Il est extrêmement difficile de faire rentrer le génie dans la bouteille. Sa réalisation suppose un bras de fer géantissime et je ne sais pas du tout s'il peut obtenir quoi que ce soit.

 

Certains voient dans le G20 une gouvernance "excluante". Qu'en pensez-vous?
C'est une critique purement formelle et théorique qui part d'une vision complètement abstraite du monde. Si ce n'est pas débattu dans le G20, ça ne sera évidemment pas débattu aux Nations unies. C'est une illusion de professeur de droit international, ça n'existe pas. Si ce n'est pas le G20, ça sera les Etats-Unis tous seuls ou bien le G2, Etats-Unis et Chine. Les membres actuels du G20 représentent 85% du PNB mondial. Il y a une représentativité gigantesque. Alors évidemment, il n'y a pas le Mali, le Pérou ou le Laos…

 

Nicolas Sarkozy a dit lundi que la France était le deuxième donneur mondial d'aide publique au développement. Mais ces chiffres recouvrent essentiellement des remboursements de dette et non une aide réelle…
Vous croyez que les autres ne font pas pareil? Le monde s'est développé depuis dix ou quinze ans. Entre 300 ou 400 millions de paysans pauvres sont sortis de l'extrême pauvreté. Ils n'en sont pas sortis grâce à l'aide mais parce que leur pays, notamment la Chine et l'Inde se sont développés. D'un côté des gens, il y a des gens qui débattent de la situation économique mondiale et de l'autre, des réunions de l'ONU, où il n'y a aucun économiste, qui parlent de l'aide au développement comme si c'était la panacée. La meilleure réponse à la pauvreté, c'est l'enrichissement et non l'aide. On accorde une importance exagérée à l'aide publique au développement, sans la relier à la croissance économique.

 

Le sommet de l'ONU sur les "Objectifs du millénaire" (OMD) est donc inutile?
Il faut bien que l'ONU se fixe des rendez-vous. Personnellement, je n'ai jamais encouragé l'opinion à prendre ça au pied de la lettre. J'étais ministre à l'époque où les OMD ont été lancés, en 2000, et j'avais dit que c'était une lettre au Père Noël. C'est bien que ce rendez-vous oblige les pays à vérifier leurs chiffres, à faire des efforts, etc. Mais ce n'est pas ça qui fait que tel pays se développe et que d'autres stagnent. C'est un rendez-vous utile mais ça ne règle pas les problèmes.

 

Hubert Védrine, interrogé par Marianne Enault, le JDD.fr

mardi 21 septembre

 

 

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 13:41

 

Les affaires militaires ne sont pas ma spécialité, l’article qui suit relève donc davantage d’impressions et de lectures un peu superficielles, que d’une étude approfondie. C’est pourquoi, je verrais avec plaisir des lecteurs, plus au fait que moi de ces questions, utiliser la rubrique « commentaires » pour donner  leur avis et proposer leur analyse de la situation en Afghanistan, et de la politique qu’il conviendrait d’y mener

 

  

La guerre en Afghanistan est une guerre  juste, la France a eu raison d'y participer et Nicolas  Sarkozy a eu raison, il y a près de  deux ans, d’augmenter les forces françaises engagées.  

 

Pourtant, aujourd’hui, la politique menée par les Etats-Unis paraît rendre la situation de plus en plus difficile. Indécis et quelque peu démagogue, le Président américain qui évoque un retrait pour l’année prochaine (comment mieux faire naître la défiance et l’inquiétude ?) peine à imposer une stratégie, peut-être même à en concevoir une. Les américains privilégient la stratégie   militaire, mais la crainte de pertes trop élevées les conduit à un  relativement faible engagement et des bombardements approximatifs qui se traduisent par la multiplication des bavures et des morts de civils afghans.

 

Plus que d’actions militaires lourdes, sans doute serait-il nécessaire, en complément ou en priorité,  d’apporter une aide économique, sociale, sanitaire aux populations. C’est sans doute davantage par la construction de routes ou d’hôpitaux, par des aides directes à l’agriculture,  par la diffusion de l’éducation et de la formation, que par des opérations militaires (certes nécessaires),  que cette guerre contre l’obscurantisme et la tyrannie peut être gagnée. C’est aussi en apportant cette aide directement aux populations concernées, sans passer par le truchement d’un gouvernement corrompu et incompétent, ou pire encore en versant, en pure perte, des millions de dollars à des « seigneurs de la guerre » ! 

 

La France doit dire clairement les choses  et poser comme condition à son maintien en Afghanistan, un immédiat changement de politique.

 

Nicolas Sarkozy devrait pouvoir entraîner sur cette position nombre de pays, européens ou d’autres continents, engagés en Afghanistan,  et c’est collectivement qu’ils pourraient faire part de leurs exigences à Obama et à l’OTAN

 

 En rompant avec la politique d’effacement et  de renoncement  de la période Chiraco/villepiniste,  la France a depuis 3 ans suffisamment montré sa loyauté envers ses alliés et son implication dans la lutte contre le terrorisme, pour avoir le doit  de se permettre cette attitude exigeante et ferme. On comprendrait de moins en moins bien, dans notre pays, une poursuite de l’engagement de la France dans les conditions d’aujourd’hui, en se soumettant, sans les remettre en question,  à la stratégie discutable d’un Barack Obama et d’une administration américaine qui semblent dépassés.

 

Marc d’Héré  

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 16:49

 

 

Bernard-henri Levy, dans le Point du 03 06...

 

Colloque, à Londres, sur la politique étrangère d’Obama et les supposés « cadeaux » qu’elle ferait à ses ennemis. Ma thèse ? Un florilège de citations de Sun Tzu, ce général chinois de l’époque des Royaumes combattants resté dans les annales à cause d’un génial manuel de stratégie militaire destiné au roi Helu. « Soumettre l’ennemi si possible sans combattre » (l’Iran d’Ahmadinejad)... Ou : « La guerre est semblable au feu ; celui qui ne veut pas déposer les armes périra consumé par ses armes » (le retrait programmé du corps expéditionnaire en Irak). Ou : « Lorsque l’ennemi est un, divise-le » (le fameux discours du Caire introduisant le fer de la bonne division entre la majorité de ceux qui se reconnaissent dans un islam modéré et la minorité - à ce jour - des fascislamistes avérés)... Ou :« La règle est que le général qui triomphe est celui qui est le mieux informé » (qu’avait d’autre en tête le 44e président des Etats-Unis quand il entreprit, dès les premiers jours de son mandat, de remettre un peu d’ordre dans les agences de renseignement américaines ?). Ou encore : « Traite bien tes prisonniers, nourris-les comme si c’étaient tes propres soldats » (Guantanamo, Abou Ghraib...).

 

Je sais que le cas Obama est déjà très compliqué : métis, Kenya, Hawaii, un peu d’Islam, Indonésie... Mais je crois, tout de même, qu’on ne comprend rien ni au personnage ni à sa conduite des « affaires du dehors » si l’on n’y adjoint cette dimension, cette complexité, supplémentaires : le plus chinois des présidents américains.

 

 

« Des juifs contre Israël », titre Libération de ce matin à propos de cet autre colloque que j’ouvre demain, dimanche, à Tel-Aviv et qui, sous l’égide conjointe du journal Haaretz et de l’ambassade de France en Israël, entend mener la réflexion sur l’idéal démocratique commun à nos deux pays - et à propos, aussi, de l’appel de JCall que j’ai signé avec d’autres et qui affirme, en particulier, que la solidarité de principe et, en son principe, inconditionnelle avec ce que Theodor Herzl baptisa l’Etat des juifs ne peut aller sans liberté de parole face aux éventuels errements de tel ou tel de ses gouvernants.

Ce titre de Libé est absurde, bien sûr. Totalement et malencontreusement absurde. Car ce n’est pas « contre », mais « pour » Israël que se sont mobilisés les signataires de cet appel. Il y a là Alain Finkielkraut, infatigable pourfendeur de la réprobation d’Israël. Il y a là celui, Elie Barnavi, qui fut l’un des plus brillants ambassadeurs en Europe du peu suspect Ariel Sharon ainsi qu’un des plus illustres pionniers - Avi Primor - de la très sioniste agence juive. Il y a là un homme, votre serviteur, qui tint, à l’été 2007, dès le premier jour de la guerre voulue et déclenchée par les iranosaures du Hezbollah, à venir partager, sur la ligne de front nord, le quotidien des citoyens israéliens bombardés.

Ils affirment, ces signataires, deux choses simples. Que l’inconditionnalité sans le dialogue ce n’est ni la démocratie ni, encore moins, le sionisme. Et puis qu’il y a des situations où, pour reprendre le titre d’un livre fameux d’Amos Oz, il faut aider les peuples à divorcer : non pas, bien entendu, leur « imposer » quoi que ce soit ; encore moins (j’ai passé ma vie à lutter contre cela) imaginer je ne sais quel « boycott » ; mais proposer des ambassadeurs, des facilitateurs de paix, des médiateurs de bonne volonté - les Etats-Unis d’Obama justement, ou la France de cet autre ami d’Israël qu’est Nicolas Sarkozy, ou l’Europe.

 

Les contraintes du bouclage font que j’apprends, depuis Tel-Aviv, et une fois ce bloc-notes écrit, la calamiteuse opération d’arraisonnement menée par des unités de Tsahal contre les six bateaux partis de Turquie et qui prétendaient forcer le blocus de Gaza. Je n’ai, à l’heure où j’écris, et comme tout le monde, que très peu d’informations sur ce qui s’est réellement passé.

 

Et je suis sûr que l’on ne tardera pas à apprendre que cette « flottille humanitaire » n’avait d’humanitaire que le nom ; que l’on jouait sur les signes, les symboles, bref, le coup médiatique bien plus que sur la misère d’un peuple ; et que la branche turque des Frères musulmans, voire tel parti de gouvernement en Turquie, à l’origine de cette provocation avaient de bonnes raisons de refuser, comme cela a été proposé, de faire escale au port israélien d’Ashdod afin que soit vérifié le contenu réel des cales des navires.

N’empêche. Je suis sûr, également, que le Tsahal que je connais, le Tsahal économe en vies humaines et adepte de la pureté des armes, cette armée non seulement ultra-sophistiquée mais profondément démocratique dont j’ai salué maintes fois la conduite en temps de guerre, avait d’autres moyens d’agir qu’en déclenchant ce bain de sang.

Et aurais-je eu une hésitation, une seule, quant à l’opportunité d’une vigilance redoublée des amis d’Israël, me serait-il resté un doute, un seul, quant à l’importance de ce JCall et de la disjonction qu’il permet d’opérer entre le soutien sans faille à Israël et la critique, nécessaire, des mauvaises actions d’un mauvais gouvernement, que cette initiative à la fois sotte, irresponsable, criminelle et, pour Israël lui-même, désastreuse, aurait fini de régler la question.

 

Deuil. Chagrin. Colère, aussi, face à cette tentation que je connais bien chez certains dirigeants d’Israël et qui consiste à se croire seuls au monde, de toute façon réprouvés et d’agir en conséquence. L’autisme n’est pas une politique. Ni, encore moins, une stratégie. Il convient que cela soit dit. Et avec force.

 

Bernard-Henri Levy

Le Point

 

 

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 20:37

 

 

Communiqué de presse LGM : 25ème Sommet Franco-africain.

A l’occasion du 25ème Sommet franco-africain, La Gauche Moderne dit trois fois oui à l’Afrique :

 

• Oui à la nouvelle relation franco-africaine partenariale et décomplexée.

 

• Oui au combat pour imposer l’Afrique au Conseil de sécurité des Nations-Unies.

 

• Oui pour que l’Union européenne se mobilise pour aider la croissance économique de l’Afrique (aujourd’hui de 4,5% l’an) car c’est la croissance qui sera, comme elle l’est en Asie, le véritable moteur du développement.

 

Au cinquantième anniversaire des indépendances, la France et l’Europe doivent marquer solennellement leur engagement pour l’Afrique.

 

Jean-Marie BOCKEL, 1er juin 2010

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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 09:50

Bernard-Henri Levy
, Le Point du 1er octobre 2009
...


Retour en Afghanistan avec un groupe de journalistes emmenés par le ministre de la Défense, Hervé Morin. Vision limitée puisque ne concernant que les vallées de Surobi et de Kapisa. Mais observations, néanmoins, précieuses car en rupture avec ce que l'on entend presque partout.


Première étape, Tora, fortin posé dans la caillasse, à 20 kilomètres de Kaboul. Accueil par le colonel intello Benoît Durieux, patron du régiment et auteur d'un excellent « Relire "De la guerre" de Clausewitz ». Mouvement vers Surobi, où nous attend l'assemblée des malek , des sages de la région, pour l'inauguration d'une petite école de garçons. Et échange de discours sur le thème de l'alliance franco-afghane face à la poussée des talibans. Le nombre de blindés mobilisés pour le déplacement, l'extrême nervosité des hommes, ainsi que le vol en rase-mottes, parfois à 10 mètres du sol, de l'hélicoptère Caracal qui nous a conduits ici de bon matin, ne laissent pas de doute quant au sérieux de la menace. Mais pas de doute non plus sur le fait que la stratégie des militaires repose sur une idée simple et qui n'a pas grand-chose à voir avec la caricature donnée dans les médias : montrer qu'on est, certes, là pour faire la guerre mais que cette guerre a, aussi, pour enjeu la sécurité, la paix, l'accès aux soins et au savoir d'une population dont la coalition est l'alliée.


Fort Rocco, au coeur de la vallée d'Uzbeen, 10 kilomètres en amont du point où ont trouvé la mort, en août 2008, les dix légionnaires du RPIMA. C'est un autre fort de western, encore plus isolé, entouré par les montagnes. Les 159 hommes du capitaine Vacina y logent dans des tentes renforcées de contreplaqué en prévision de l'hiver. A peine s'y sont-ils installés, raconte Vacina, qu'arrivent les élections, le pilonnage taliban des bureaux de vote, la riposte des forces régulières afghanes appuyées par les légionnaires-et l'incroyable spectacle, alors, des paysans qui viennent voter dans le fracas des bombes et de la mitraille. Force d'occupation, vraiment ? Néocolonialisme, disent les idiots utiles de l'islamo-progressisme ? Les armées, comme les peuples, ont un inconscient. Et je ne nie pas que la tentation puisse exister. Mais ce que j'observe là c'est, pour l'instant, ceci : une force militaire qui vient pour, littéralement, permettre aux gens de voter et qui est donc là, non moins littéralement, en renfort d'un processus démocratique.


Tagab, au coeur de la vallée de Kapisa, plus au nord, où je retrouve le colonel Chanson qui se souvient de m'avoir, il y a quinze ans, jeune Casque bleu à Sarajevo, bloqué l'accès au mont Igman. Même configuration qu'à Rocco. Même paysage de montagnes avec, en contrebas, une vallée verdoyante mais infestée de groupes armés. Le fort a été bombardé hier. Deux jours plus tôt, une attaque plus dure a provoqué une sortie. Et Chanson de raconter la montée vers la position adverse ; l'occupation des deux crêtes ; l'accrochage de la colonne, au retour, par une unité djihadiste ; le combat, très dur ; et la déroute, enfin, des assaillants. Bilan de l'opération, demandons-nous ? Nombre exact des victimes ? Justement... Il sourit... « Je suis, et resterai, le seul, ici, à le savoir. Car voici un autre principe. Chaque taliban tué égale un nouveau taliban qui naît. Chaque victoire claironnée provoque, mécaniquement, humiliation et vendetta. En sorte que gagner ne doit plus signifier tuer mais rester, juste rester-être juste le dernier à rester sur le terrain et le montrer. »


Nijrab, 18 kilomètres au nord, toujours dans la Kapisa. C'est là, dans ce quatrième fort, qu'est stationné le 3e bataillon de l'armée nationale afghane commandé par le colonel Khalili. Je me souviens comment, dans mon « Rapport afghan » de 2002 commandé par Jacques Chirac, ma première recommandation était : aider à la constitution d'une armée nationale afghane et lui laisser, dès que possible, la responsabilité d'isoler, puis de défaire, les néofascistes talibans. Eh bien, c'est ce qui est en train de se passer si j'en crois les explications de Khalili. C'est à lui que revient l'initiative des sorties. C'est lui qui décide, ou non, de requérir le renfort du bataillon français. Et c'est sous son commandement que sont placés les fameux « conseillers » américains dont me parlait, un peu plus tôt, le colonel américain Scaparotti. De nouveau, le contraire du cliché. De nouveau, l'inverse de l'image convenue d'une guerre franco-américaine dont les Afghans ne seraient que les figurants.


Bagram, enfin. La base américaine de Bagram. La terrible prison secrète, impossible à approcher, à 200 mètres de l'endroit où je me trouve. Et les 42 hommes du détachement français Harfang chargés, cette fois, des deux drones SIDM, pilotés depuis le sol par des navigants formés sur Mirage et fournissant aux troupes toutes informations susceptibles de réduire la part d'aléa des opérations. Image d'une guerre « technique » fondée sur une extrême économie de moyens. Conflit de « basse intensité » dont chacun est bien conscient que l'issue ne peut être seulement militaire. Et tendance au « zéro mort », tant pour l'adversaire que pour les soldats de la coalition elle-même. Je n'ai pas tout vu, naturellement. Mais ce que j'ai vu, c'est ceci. Une guerre moche, comme toutes les guerres ; mais une guerre juste ; moins mal engagée qu'on ne le dit ; et que les démocrates afghans peuvent, avec leurs alliés, gagner.

Bernard-Henri Levy, dans Le Point du 1er octobre 2009

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4 avril 2009 6 04 /04 /avril /2009 17:43


Trois fois oui, car trois articles qui soutiennent le choix de la France
Un article, nouveau, de Jean-Marie Bockel, et deux articles déjà publiés…

 

L’Alliance atlantique : un choix social-démocrate - par Jean-Marie Bockel

DNA. jeudi 2 avril 2009

 


« Le sommet de Strasbourg-Kehl, organisé pour la première fois en commun entre la France et l’Allemagne, est celui de toutes les ambitions : la transformation de l’OTAN, de ses missions et de son périmètre d’action, la définition d’un nouveau concept stratégique, la poursuite de l’élargissement à de nouveaux Etats européens en quête de sécurité collective.
 
Il vient ainsi confirmer que les avancées significatives obtenues en matière d’Europe de la défense durant la présidence française de l’Union européenne justifient que la France soit davantage impliquée dans les prises de décisions qui engagent ses hommes sur les théâtres d’opération.
 
L’Alliance de 1966, année de sortie du commandement militaire -par souci d’équilibre stratégique-, décision voulue par le général de Gaulle, n’a plus grand-chose à voir avec le contexte de 2009. L’OTAN a beaucoup changé depuis la fin de la Guerre froide. Les forces permanentes ont disparu.
 
L’Alliance s’est élargie aux pays d’Europe de l’Est. Elle mène des opérations de gestion de crise hors de l’espace euro-atlantique.
 

 
Jusqu’ici, les Français, qui ont toujours eu tendance à assimiler l’OTAN aux Etats-Unis, ont surtout considéré l’Alliance au gré des réchauffements ou refroidissements entre les deux nations. Dès lors, nul étonnement que cette question ait été au coeur des débats parlementaires qui ont structuré la Ve République, témoignant que la question reste au coeur du clivage entre conservatisme et progressisme.
 
Au moment de la sortie du commandement militaire, de nombreux parlementaires socialistes et radicaux, en premier lieu François Mitterrand, Gaston Defferre, Gaston Monnerville, Pierre Mendès-France, s’érigèrent contre ce retrait, allant jusqu’à déposer en avril 1966 une motion de censure pour manifester leur désaccord avec la décision prise par le général de Gaulle. C’était assez naturel puisqu’auparavant c’est sous les gouvernements Pleven et Queuille que la SFIO avait signé l’essentiel des accords militaires intégrés. Enfin, n’est-ce pas François Mitterrand qui, devenu président de la République, engagea la France sur la voie de la réintégration ?
 
La social-démocratie européenne a toujours été à la pointe du combat pour défendre et justifier l’existence même de l’Alliance. C’est vrai partout en Europe, sauf en France, où, encore ces dernières semaines, le débat semblait figé aux présupposés et aux perceptions politiques de la « gauche de la gauche » des années 70.
 


Il faut souligner que nombre de grandes figures de l’OTAN qui furent d’abord de grands Européens, dont le Belge Paul-Henri Spaak ou l’actuel secrétaire général du Conseil européen Javier Solana, qui fut secrétaire général de l’OTAN de 1995 à 1999, furent aussi des dirigeants de premier plan des partis socialistes de leur pays, comme nombre d’autres secrétaires généraux de l’OTAN.
 
Faut-il s’étonner, dès lors, que les démocraties européennes, notamment celles qui ont connu dictatures et régimes autoritaires, à l’instar de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne, se soient reconstruites sur la base des valeurs inscrites dans le Traité de Washington ?
 
C’est en dialoguant avec des responsables socialistes européens que je me suis forgé l’intime conviction que cette décision était non seulement opportune pour la place de la France en Europe, mais indispensable pour la construction européenne elle-même. C’est dire combien c’est avec un esprit confiant que la France peut aborder ce 60e anniversaire de l’Alliance. »
 
Jean-Marie Bockel.
 
Édition du jeudi 2 avril 2009 des Dernières Nouvelles d’Alsace

 

 

Les mensonges des « Anti OTAN »

 

Bernard-Henri Levy

Le Point 18 03 09

 

 

Il n’y a décidément pas de limites à la mauvaise foi en politique. Et l’ubuesque débat sur la place de la France dans l’Otan en est une nouvelle illustration.


Il n’est pas correct, d’abord, de parler, comme on le fait partout, de « retour » de la France dans l’Alliance. Et cela parce que la France, il ne faut pas se lasser de le répéter, n’a, en réalité, jamais quitté l’Otan. Elle a quitté, en 1966, sous de Gaulle, son commandement militaire intégré. Mais elle n’a pas quitté son Conseil politique. Elle participe, depuis toujours, à la vie de 36 de ses 38 comités. Elle a des soldats sur chacun, je dis bien chacun, des théâtres (Bosnie, Kosovo, Afghanistan) où l’Alliance est engagée.
 

Il est absurde de dire ensuite qu’en reprenant sa place au Comité des plans de défense, qui est la seule instance majeure qu’elle continue de bouder et que concerne, donc, la décision de Sarkozy, la France perdra de son influence. Et cela est absurde parce qu’elle a obtenu, en échange, la tête d’un des deux centres de commandement stratégiques de l’Alliance (Norfolk) et d’un de ses trois centres régionaux (Lisbonne).

Aujourd’hui, nous ne sommes à la tête de rien. Nous envoyons nos soldats risquer leur vie sans avoir la moindre influence sur la définition de la stratégie. Demain, ce sont des généraux français qui siégeront dans le saint des saints de l’Allied Command Transformation où se conçoivent, notamment, les nouveaux systèmes d’armement. Perte d’influence, vraiment ?


Il est faux, factuellement et simplement faux, de prétendre que la France va, ce faisant, s’aligner sur « l’Empire ». Outre que les temps ont changé depuis l’époque où l’Otan pouvait être vue comme un pur instrument de la puissance américaine, outre que nombre des opérations qu’elle a menées (Kosovo, Bosnie, bombardement de Belgrade) l’ont été en terre d’Europe et à la demande de l’Europe, outre, enfin, que, dans un cas récent au moins, celui de l’association de la Géorgie et de l’Ukraine, on a vu l’Europe dire non à l’Amérique et, hélas, l’emporter, il est évident que c’est le contraire qui se produira.

C’est en étant dans l’Otan sans y être, en siégeant dans tous ses comités à l’exception de celui où se discutaient les choix essentiels, que la France laissait à d’autres la conduite du bateau où elle était embarquée ; c’est en y reprenant toute sa place, en y retrouvant la parole et en participant à ses débats qu’elle se donnera les moyens de peser, de faire prévaloir ses intérêts et d’aller contre, si besoin, les intérêts américains.

Il est non seulement faux mais scandaleux d’affoler, alors, les populations en brandissant l’épouvantail des « guerres dont nous ne voulons pas et où nous nous trouverons mécaniquement entraînés ». C’est scandaleux parce qu’à l’exception d’un cas (un pays de l’Alliance directement attaqué) la règle est celle de l’unanimité.

C’est inacceptable car, une fois l’éventuelle intervention décidée, c’est à chaque pays qu’il appartient (sur la base du volontariat) de décider ou non du nombre de soldats mis à disposition de l’opération. Et c’est se moquer du monde car, pour ne prendre que le cas de la guerre en Irak, l’appartenance sans réserve aux structures de l’Alliance n’a pas empêché l’Allemagne de s’y opposer avec autant de fermeté qu’une France supposément forte de sa souveraine « exception ».

Et quant à l’argument selon lequel, en jouant l’Otan, on sacrifierait le seul projet qui vaille et qui est celui de la défense européenne, c’est une autre plaisanterie. Car enfin il y a bien des obstacles à cette Europe de la défense. Mais il en est un au moins que la décision de Nicolas Sarkozy lèvera : c’est la suspicion dont nous étions l’objet de la part de nos partenaires et qui tenait, précisément, à ce choix de faire cavalier seul au sein de l’Otan. Peut-on faire confiance à une France juchée sur les ergots d’une indépendance nationale qui s’est si souvent traduite par des amitiés contre nature (l’Irak de Saddam, l’URSS finissante, sans parler de la trop fameuse « politique arabe » du Quai d’Orsay) ?

Veut-on d’une communauté européenne de défense qui se ferait au détriment de la communauté atlantique (et de notre solidarité de principe avec le camp des démocraties) ? C’est la question que se posent Hongrois, Polonais, Tchèques, mais aussi Allemands, Italiens ou Espagnols. C’est une question qu’ils n’auront, désormais, plus de raison de soulever. Et ce, pour le plus grand bien de la construction européenne et de son esprit.

Qu’un Jean-Marie Le Pen ne veuille pas entendre ces évidences, cela se comprend.

Qu’il soit rejoint par les « anti-impérialistes » façon Besancenot, cela est dans l’ordre. Qu’un quarteron de gaullistes, de souverainistes, de chevènementistes rallie cet axe de fortune, ce n’est pas non plus très grave.

Mais que les socialistes d’une part et les amis de François Bayrou de l’autre se joignent à ce piètre concert, qu’ils tournent le dos, ce faisant, les uns à la mémoire de Mitterrand (qui s’opposa, dès 1966, à la décision du général de Gaulle), les autres à l’héritage de la démocratie chrétienne (intraitable, ce fut son honneur, sur la question totalitaire), voilà qui est plus navrant.

Anti-américanisme pavlovisé ? Opposition systématique, sans nuances, irresponsable ? Ou incapacité, une de plus, à comprendre le monde où nous sommes entrés depuis la fin de la guerre froide ? Chacun appréciera. Et adjurera, comme ici, les siens de se ressaisir.

Bernard-Henri Levy
Le Point

 

La France dans l’OTAN, le mauvais procès

par Bruno Tertrais

LE MONDE | 05.03.09 |

 

Il n’est pas illégitime de s'interroger sur le pari que s'apprête à faire la France en réintégrant les structures militaires de l'OTAN. Paris espère ainsi rétablir la confiance avec nos alliés qui nous soupçonnent de vouloir, à travers la construction de l'Europe de la défense, affaiblir l'Alliance atlantique. Nous ferions ainsi la démonstration de notre bonne volonté, et serions ainsi en bien meilleure posture pour relancer le projet militaire européen, en complémentarité avec l'OTAN.
L'argument a du mérite, d'autant plus que la convergence entre l'OTAN et l'Union européenne est devenue très forte : aujourd'hui, pas moins de vingt et un pays sont membres des deux entités. Mais c'est un fusil à un coup : la carte doit être bien jouée. Et l'on peut craindre, par ailleurs, que nos meilleurs officiers soient davantage tentés par de hautes fonctions au sein de l'OTAN que par de plus modestes postes européens. On peut, dès lors, comprendre certaines interrogations.

En revanche, l'argument qui consiste à suggérer que nous nous rangerions de ce fait sous la bannière américaine, et que nous perdrions à la fois notre liberté de manoeuvre diplomatique et notre image de puissance indépendante, n'est pas fondé. Dire que nous ne serions plus en mesure de nous opposer à la politique américaine, ou aux requêtes de participation aux aventures extérieures de Washington, n'a pas de sens. Les décisions au sein de l'Alliance se prennent par consensus, et nos alliés européens tiennent tout autant que nous au maintien de cette règle. Et chaque pays membre reste maître de sa contribution militaire aux opérations communes.

Les opposants à la réintégration oublient souvent un point essentiel : la possession par la France d'une capacité de dissuasion nucléaire indépendante, dont le statut ne serait aucunement affecté par une réintégration. Cette capacité nous permet d'affirmer que notre survie ne dépend pas d'autrui et ainsi d'être en mesure, lorsque cela est légitime, de critiquer la politique américaine. L'auteur de ces lignes n'était pas favorable à la ligne française d'opposition active à l'intervention des Etats-Unis en Irak en 2003 ; mais l'indépendance stratégique que nous confère la dissuasion nous avait permis de faire ce choix. (L'Allemagne avait d'emblée refusé de participer à l'opération, mais elle n'aurait pas pris la tête d'une opposition active à Washington.)

Il ne faut pas se tromper d'époque : si le général de Gaulle avait estimé que seul le retrait de l'organisation intégrée permettrait de recouvrer notre pleine souveraineté, c'est parce qu'il y avait, dans les années 1960, une forte présence militaire américaine en France. Or Washington n'a ni d'intention ni de raison de demander le retour de ces forces sur le territoire.


Entendre que nous prenons le risque, en réintégrant l'Alliance atlantique, de donner le sentiment de nous barricader dans un "camp occidental" laisse perplexe. Ceux qui avancent cet argument devraient aller jusqu'au bout de leur logique, et proposer de quitter l'OTAN ! Mais, surtout, cet argument ne tient pas compte d'une réalité politique : au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, ce n'est pas le statut exact de la France dans l'organisation atlantique qui compte, mais sa politique vis-à-vis des Etats-Unis et sa participation effective aux opérations communes. Quiconque a évoqué le sujet avec des responsables de mouvements islamistes afghans ou pakistanais sait que les subtilités institutionnelles de l'OTAN leur échappent. Ce qui compte pour eux est de savoir ce que fait la France en Afghanistan et si elle est, ou non, une alliée des Etats-Unis.

Au demeurant, l'Alliance atlantique n'a pas l'ambition d'être la représentante exclusive de la famille occidentale. Le traité de Washington (1949) ne comprend aucune référence à l'"Occident". Et si elle représente bien une famille de pays liés entre eux par des valeurs communes d'origine occidentale, ce n'est nullement en opposition, par exemple, au monde musulman. Faut-il rappeler que la Turquie en est membre depuis cinquante-sept ans ? Et que les trois grandes opérations de l'OTAN - Bosnie, Kosovo, Afghanistan - ont été en défense ou en soutien de populations majoritairement musulmanes ?
Enfin, dire que notre voix porterait moins parce que nous serions intégrés revient à commettre un contresens. Au sein de l'Alliance atlantique, elle porterait au contraire davantage. Nous y serions en meilleure position pour défendre nos intérêts nationaux. Et l'entrée en nombre d'officiers français au sein des commandements de l'OTAN garantirait une meilleure prise en compte de nos conceptions en matière de défense et de sécurité.
Au moment où l'Alliance s'apprête à mettre en chantier un nouveau concept stratégique, un poids accru de la France dans ses travaux serait un atout non négligeable.

 


Bruno Tertrais est maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 10:15


Bernard-Henri Levy

Le Point 18 03 09

 

 

Il n’y a décidément pas de limites à la mauvaise foi en politique. Et l’ubuesque débat sur la place de la France dans l’Otan en est une nouvelle illustration.


Il n’est pas correct, d’abord, de parler, comme on le fait partout, de « retour » de la France dans l’Alliance. Et cela parce que la France, il ne faut pas se lasser de le répéter, n’a, en réalité, jamais quitté l’Otan. Elle a quitté, en 1966, sous de Gaulle, son commandement militaire intégré. Mais elle n’a pas quitté son Conseil politique. Elle participe, depuis toujours, à la vie de 36 de ses 38 comités. Elle a des soldats sur chacun, je dis bien chacun, des théâtres (Bosnie, Kosovo, Afghanistan) où l’Alliance est engagée.
 

Il est absurde de dire ensuite qu’en reprenant sa place au Comité des plans de défense, qui est la seule instance majeure qu’elle continue de bouder et que concerne, donc, la décision de Sarkozy, la France perdra de son influence. Et cela est absurde parce qu’elle a obtenu, en échange, la tête d’un des deux centres de commandement stratégiques de l’Alliance (Norfolk) et d’un de ses trois centres régionaux (Lisbonne).

Aujourd’hui, nous ne sommes à la tête de rien. Nous envoyons nos soldats risquer leur vie sans avoir la moindre influence sur la définition de la stratégie. Demain, ce sont des généraux français qui siégeront dans le saint des saints de l’Allied Command Transformation où se conçoivent, notamment, les nouveaux systèmes d’armement. Perte d’influence, vraiment ?


Il est faux, factuellement et simplement faux, de prétendre que la France va, ce faisant, s’aligner sur « l’Empire ». Outre que les temps ont changé depuis l’époque où l’Otan pouvait être vue comme un pur instrument de la puissance américaine, outre que nombre des opérations qu’elle a menées (Kosovo, Bosnie, bombardement de Belgrade) l’ont été en terre d’Europe et à la demande de l’Europe, outre, enfin, que, dans un cas récent au moins, celui de l’association de la Géorgie et de l’Ukraine, on a vu l’Europe dire non à l’Amérique et, hélas, l’emporter, il est évident que c’est le contraire qui se produira.

C’est en étant dans l’Otan sans y être, en siégeant dans tous ses comités à l’exception de celui où se discutaient les choix essentiels, que la France laissait à d’autres la conduite du bateau où elle était embarquée ; c’est en y reprenant toute sa place, en y retrouvant la parole et en participant à ses débats qu’elle se donnera les moyens de peser, de faire prévaloir ses intérêts et d’aller contre, si besoin, les intérêts américains.


Il est non seulement faux mais scandaleux d’affoler, alors, les populations en brandissant l’épouvantail des « guerres dont nous ne voulons pas et où nous nous trouverons mécaniquement entraînés ». C’est scandaleux parce qu’à l’exception d’un cas (un pays de l’Alliance directement attaqué) la règle est celle de l’unanimité.

C’est inacceptable car, une fois l’éventuelle intervention décidée, c’est à chaque pays qu’il appartient (sur la base du volontariat) de décider ou non du nombre de soldats mis à disposition de l’opération. Et c’est se moquer du monde car, pour ne prendre que le cas de la guerre en Irak, l’appartenance sans réserve aux structures de l’Alliance n’a pas empêché l’Allemagne de s’y opposer avec autant de fermeté qu’une France supposément forte de sa souveraine « exception ».


Et quant à l’argument selon lequel, en jouant l’Otan, on sacrifierait le seul projet qui vaille et qui est celui de la défense européenne, c’est une autre plaisanterie. Car enfin il y a bien des obstacles à cette Europe de la défense. Mais il en est un au moins que la décision de Nicolas Sarkozy lèvera : c’est la suspicion dont nous étions l’objet de la part de nos partenaires et qui tenait, précisément, à ce choix de faire cavalier seul au sein de l’Otan. Peut-on faire confiance à une France juchée sur les ergots d’une indépendance nationale qui s’est si souvent traduite par des amitiés contre nature (l’Irak de Saddam, l’URSS finissante, sans parler de la trop fameuse « politique arabe » du Quai d’Orsay) ?

Veut-on d’une communauté européenne de défense qui se ferait au détriment de la communauté atlantique (et de notre solidarité de principe avec le camp des démocraties) ? C’est la question que se posent Hongrois, Polonais, Tchèques, mais aussi Allemands, Italiens ou Espagnols. C’est une question qu’ils n’auront, désormais, plus de raison de soulever. Et ce, pour le plus grand bien de la construction européenne et de son esprit.


Qu’un Jean-Marie Le Pen ne veuille pas entendre ces évidences, cela se comprend.

Qu’il soit rejoint par les « anti-impérialistes » façon Besancenot, cela est dans l’ordre.

Qu’un quarteron de gaullistes, de souverainistes, de chevènementistes rallie cet axe de fortune, ce n’est pas non plus très grave.


Mais que les socialistes d’une part et les amis de François Bayrou de l’autre se joignent à ce piètre concert, qu’ils tournent le dos, ce faisant, les uns à la mémoire de Mitterrand (qui s’opposa, dès 1966, à la décision du général de Gaulle), les autres à l’héritage de la démocratie chrétienne (intraitable, ce fut son honneur, sur la question totalitaire), voilà qui est plus navrant.


Anti-américanisme pavlovisé ? Opposition systématique, sans nuances, irresponsable ? Ou incapacité, une de plus, à comprendre le monde où nous sommes entrés depuis la fin de la guerre froide ? Chacun appréciera. Et adjurera, comme ici, les siens de se ressaisir.

Bernard-Henri Levy
Le Point

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11 mars 2009 3 11 /03 /mars /2009 11:08


par Bruno Tertrais

LE MONDE | 05.03.09 |

 

Il n’est pas illégitime de s'interroger sur le pari que s'apprête à faire la France en réintégrant les structures militaires de l'OTAN. Paris espère ainsi rétablir la confiance avec nos alliés qui nous soupçonnent de vouloir, à travers la construction de l'Europe de la défense, affaiblir l'Alliance atlantique. Nous ferions ainsi la démonstration de notre bonne volonté, et serions ainsi en bien meilleure posture pour relancer le projet militaire européen, en complémentarité avec l'OTAN. 
L'argument a du mérite, d'autant plus que la convergence entre l'OTAN et l'Union européenne est devenue très forte : aujourd'hui, pas moins de vingt et un pays sont membres des deux entités. Mais c'est un fusil à un coup : la carte doit être bien jouée. Et l'on peut craindre, par ailleurs, que nos meilleurs officiers soient davantage tentés par de hautes fonctions au sein de l'OTAN que par de plus modestes postes européens. On peut, dès lors, comprendre certaines interrogations.

En revanche, l'argument qui consiste à suggérer que nous nous rangerions de ce fait sous la bannière américaine, et que nous perdrions à la fois notre liberté de manoeuvre diplomatique et notre image de puissance indépendante,  n'est pas fondé. Dire que nous ne serions plus en mesure de nous opposer à la politique américaine, ou aux requêtes de participation aux aventures extérieures de Washington, n'a pas de sens. Les décisions au sein de l'Alliance se prennent par consensus, et nos alliés européens tiennent tout autant que nous au maintien de cette règle. Et chaque pays membre reste maître de sa contribution militaire aux opérations communes.


Les opposants à la réintégration oublient souvent un point essentiel : la possession par la France d'une capacité de dissuasion nucléaire indépendante, dont le statut ne serait aucunement affecté par une réintégration. Cette capacité nous permet d'affirmer que notre survie ne dépend pas d'autrui et ainsi d'être en mesure, lorsque cela est légitime, de critiquer la politique américaine. L'auteur de ces lignes n'était pas favorable à la ligne française d'opposition active à l'intervention des Etats-Unis en Irak en 2003 ; mais l'indépendance stratégique que nous confère la dissuasion nous avait permis de faire ce choix. (L'Allemagne avait d'emblée refusé de participer à l'opération, mais elle n'aurait pas pris la tête d'une opposition active à Washington.)


UN ATOUT NON NÉGLIGEABLE

Il ne faut pas se tromper d'époque : si le général de Gaulle avait estimé que seul le retrait de l'organisation intégrée permettrait de recouvrer notre pleine souveraineté, c'est parce qu'il y avait, dans les années 1960, une forte présence militaire américaine en France. Or Washington n'a ni d'intention ni de raison de demander le retour de ces forces sur le territoire.


Entendre que nous prenons le risque, en réintégrant l'Alliance atlantique, de donner le sentiment de nous barricader dans un "camp occidental" laisse perplexe. Ceux qui avancent cet argument devraient aller jusqu'au bout de leur logique, et proposer de quitter l'OTAN ! Mais, surtout, cet argument ne tient pas compte d'une réalité politique : au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine, ce n'est pas le statut exact de la France dans l'organisation atlantique qui compte, mais sa politique vis-à-vis des Etats-Unis et sa participation effective aux opérations communes. Quiconque a évoqué le sujet avec des responsables de mouvements islamistes afghans ou pakistanais sait que les subtilités institutionnelles de l'OTAN leur échappent. Ce qui compte pour eux est de savoir ce que fait la France en Afghanistan et si elle est, ou non, une alliée des Etats-Unis.


Au demeurant, l'Alliance atlantique n'a pas l'ambition d'être la représentante exclusive de la famille occidentale. Le traité de Washington (1949) ne comprend aucune référence à l'"Occident". Et si elle représente bien une famille de pays liés entre eux par des valeurs communes d'origine occidentale, ce n'est nullement en opposition, par exemple, au monde musulman. Faut-il rappeler que la Turquie en est membre depuis cinquante-sept ans ? Et que les trois grandes opérations de l'OTAN - Bosnie, Kosovo, Afghanistan - ont été en défense ou en soutien de populations majoritairement musulmanes ?


Enfin, dire que notre voix porterait moins parce que nous serions intégrés revient à commettre un contresens. Au sein de l'Alliance atlantique, elle porterait au contraire davantage. Nous y serions en meilleure position pour défendre nos intérêts nationaux. Et l'entrée en nombre d'officiers français au sein des commandements de l'OTAN garantirait une meilleure prise en compte de nos conceptions en matière de défense et de sécurité.
Au moment où l'Alliance s'apprête à mettre en chantier un nouveau concept stratégique, un poids accru de la France dans ses travaux serait un atout non négligeable
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Bruno Tertrais est maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

 

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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 13:08

Par Nicole Bacharan, pour Le Figaro du 11 04 08
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Nouvelle publication d'un texte tojours d'actualité....


Atlantisme ! Voilà une fois encore le grand mot lâché ! La décision française de réintégrer pleinement l'Otan s'apparenterait donc, selon nombre de commentaires, à une trahison, l'indépendance nationale serait menacée, l'esprit du général de Gaulle, que la gauche invoque avec dévotion, bafoué… Et on agite le spectre de la soumission honteuse à l'Amérique.


Outre leur démagogie évidente (en France, on croit toujours payant auprès de l'opinion de fustiger l'Amérique, mais est-ce si sûr ?), ces protestations se fondent sur un certain nombre de contrevérités, souvent doublées d'hypocrisies.


Première contrevérité : «Si la France avait fait partie de la structure militaire intégrée de l'Otan en 2003, elle se retrouverait aujourd'hui engagée en Irak.» C'est faux : l'Otan n'est pas présente en Irak. Plusieurs pays membres de l'Alliance, dont l'Allemagne, en sont absents et ont fait valoir leur opposition à la guerre. Les décisions au sein de l'Otan se prennent à l'unanimité. En conséquence, aucun État membre ne peut être contraint de participer à une intervention qu'il désapprouve.


Deuxième contrevérité : «L'Otan n'aurait plus de raison d'être depuis la fin de la guerre froide.» Une telle vision conduit à renoncer sans état d'âme à toute intervention extérieure au nom de l'Alliance qui ne s'est pourtant engagée, jusqu'à présent, que dans des opérations de maintien de la paix en liaison avec l'ONU. Cela revient aussi à dire que la Russie de Poutine et de Medvedev, de la guerre en Tchétchénie et des assassinats de journalistes, ne devrait en rien nous inquiéter. Exit toute menace à l'Est, vraiment ? Certains vont même jusqu'à affirmer que, si la Russie se durcit, c'est parce qu'elle se sent «encerclée». Par qui ? Croit-on vraiment qu'elle ait à craindre les ambitions de ses anciens satellites ? Ou que les États-Unis voudraient faire de l'Otan un outil de conquête de la Russie ?


Troisième contrevérité : «l'élargissement de l'Otan aux anciens pays de l'Est ne servirait qu'un dessein purement américain.» C'est faire bon marché de l'intérêt et de la volonté des peuples des anciennes démocraties populaires et républiques soviétiques qui désirent s'ancrer dans un ensemble démocratique, à la fois dans l'Europe et dans l'Alliance atlantique. C'est oublier qu'ils recherchent ainsi une garantie de leur souveraineté face aux éventuelles tentations de domination russe. Il est vrai que nous, Européens de l'Ouest, avons rarement raté l'occasion, dans l'histoire, de montrer que leur liberté ou leurs choix nous importaient peu.


Quatrième contrevérité : «l'Afghanistan serait un problème exclusivement américain.» La France ne serait donc pas concernée par le creuset terroriste afghan ? Serions-nous en train de nous boucher les oreilles pour ne pas entendre les terroristes eux-mêmes proclamer leur haine «des Juifs et des croisés» où qu'ils se trouvent ? Il ne s'agit pas ici d'approuver sans discuter l'envoi de nouveaux soldats français, qui vont risquer leur vie dans un conflit aussi dangereux qu'incertain. Mais toute réflexion sur ce sujet doit commencer par cette prise de conscience : les terribles menaces dont est porteuse la situation afghane concernent toutes les démocraties, France incluse.


Cinquième contrevérité : «Le plein retour de la France dans l'Otan signerait la fin de la défense européenne.» Si la France réintègre l'Otan, n'est-ce pas précisément parce qu'il n'y a pas de défense européenne ? Le général de Gaulle a quitté l'Organisation militaire intégrée de l'Otan en 1966 ; pendant ces quarante-deux ans, l'Europe n'a pas pour autant construit une défense ou une politique étrangère communes. Il n'existe actuellement qu'une juxtaposition de budgets de la défense et d'équipements nationaux redondants et souvent incompatibles entre eux. Le seul espoir de bâtir une vraie politique européenne de sécurité et de défense (Pesd) se trouve dans la concertation et non dans une concurrence vaine avec l'Otan.

Venons-en aux hypocrisies. La première, c'est d'oublier que depuis 1945, la défense et l'indépendance françaises se sont construites à l'abri du parapluie nucléaire américain. Cette protection fut bien utile à la France pour construire sa force de frappe et conduire une diplomatie indépendante.
La seconde hypocrisie, c'est aussi d'oublier que, même «au rabais», la France est restée membre de l'Alliance atlantique et n'en a jamais quitté les instances politiques. De surcroît, depuis 2003, des officiers français sont à nouveau «insérés» au sein du Shape (état-major des puissances alliées en Europe). En somme, un retour complet dans l'Otan n'est pas un changement de politique majeur, mais plutôt une clarification. Et c'est pour cela qu'elle suscite tant de hargne : toutes ces voix effarouchées veulent bien d'une alliance avec l'Amérique, mais surtout que cela ne se voit pas.


La France dans l'Otan perdra-t-elle vraiment sa liberté d'action et d'expression ? Rassurons-nous : à peine a-t-elle annoncé son retour dans l'Alliance que la France s'oppose et c'est bien dommage à la demande américaine d'ouvrir les portes de l'Otan à la Géorgie et à l'Ukraine. Et elle réclame une place de choix pour l'Europe et pour elle-même dans le commandement militaire de l'Otan, ce qui serait justice (elle a toutes les chances d'être entendue). Sont-ce vraiment des marques de vassalisation ?


Reconnaissons-le : en absence d'une Europe de la défense, qu'il serait urgent de mettre en œuvre, la seule option réaliste qui s'offre à la France est de construire un atlantisme équilibré, dans lequel l'Europe, France en tête, jouera un rôle de partenaire fiable et actif avec les grandes démocraties, dont les États-Unis. Il faut en finir avec les postures de matamore d'un autre temps et cet antiaméricanisme hypocrite. La France ne doit pas feindre de se démarquer de l'Otan. Elle doit redevenir l'un de ses leaders, et elle aura assurément plus d'influence en étant à l'intérieur. À l'évidence, dans le monde incertain d'aujourd'hui, indépendancese conjugue avec alliance.

Nicole Bacharan
Le Figaro 11 04 08

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