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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 11:35


La majorité présidentielle, qui conserve l’Alsace, gagne la Réunion et la Guyane, (présidant ainsi 3 régions en 2010 contre 2 précédemment) et obtient davantage d’élus qu’en 2004,  évite la déroute qu’un Parti socialiste triomphaliste lui prédisait au soir du  premier tour, tout en subissant un important revers.

 

Le dépouillement à peine achevé, on se tourne évidemment vers la prochaine élection présidentielle, en cherchant à distinguer si les résultats de cette élection locale, qu’une forte abstention ne rendent pas forcément très significatifs, compromettent  la réélection annoncée de Nicolas Sarkozy. Cela ne sera vraisemblablement pas le cas, si Nicolas Sarkozy sait distinguer le message des Français, s’il sait y répondre en retrouvant ou en remettant l’accent sur  les fondamentaux de sa campagne de 2007.  

 

Nicolas Sarkozy était parvenu, pendant sa campagne présidentielle, à rassembler, autour de valeurs et  d'un ambitieux  projet de réformes,  à la fois la droite traditionnelle et une grande partie des couches populaires jusque là  plutôt favorables à la gauche et au front national. C'est ce rassemblement qui a permis la victoire.

 

Conformément à ses promesses de campagne (pas toujours bien entendues),  la politique qu'il a mise en oeuvre depuis deux ans, comme nous l'avons  montré, (voir notamment un article sur ce blog, "Sarkozy ne mène pas une politique de droite")  est dans une large mesure une politique de centre gauche, qui provoque la déception ou l'incompréhension d'une partie de la droite traditionnelle.   L’importance des réformes,  l’ouverture généreusement pratiquée, des mesures sociales comme le RSA,  la politique en faveur de l'environnement, le plan banlieues  ou la réforme des collectivités locales sont mal comprises par cette droite qui n'a pas vu changer le monde et la société. Et puis le style du Président, jugé trop réactif et  insuffisamment présidentiel,  la surprend ou  la choque.

 

Quand aux forces populaires, durement frappées par  la crise, elles ne voient pas se concrétiser les espérances que la campagne de Nicolas Sarkozy avaient éveillées en elles, et rendant le Président responsable de leurs difficultés et de leurs souffrances, sans voir qu’elles sont dues en réalité à une situation extraordinairement et mondialement difficile, elles adoptent,  et on peut les comprendre, une attitude de retrait ou  d’opposition.

 

C'est  à cette  situation délicate que la majorité est confrontée,  situation qui  se traduit, tout naturellement, par des difficultés électorales. Mais cette situation est provisoire ou peut l'être si la réaction de Nicolas Sarkozy est juste.

 

 Globalement le Président doit garder le cap,  poursuivre  sa politique de relance pour sortir au plus vite de la crise, sa politique de réforme destinée à moderniser la France  et à la rendre plus apte à bénéficier des effets de la reprise lorsque celle-ci sera suffisante, sa politique d’ouverture pour une démocratie apaisée et élargie.  


Vis-à-vis de la droite traditionnelle, s’il sait (ce qu’il a déjà entrepris) modifier son  comportement et  son  style, limiter ses interventions pour  se concentrer davantage sur son rôle international et sa responsabilité de garant de la cohésion nationale, il peut retrouver leur soutien. Surtout si cette attitude est complétée par   quelques ajustements politiques mineurs, et des nominations ministérielles bien ciblées pour faire taire les impatiences et les  oppositions internes.  Les électeurs appartenant à la  droite traditionnelle se retrouveront alors sans difficultés derrière lui lors de l’élection présidentielle, où ils ne voudront certainement  pas voir élire le candidat ou la candidate d'une gauche sans projet et qui se radicalise.

Les classes populaires, qui devraient commencer à  constater dès le second semestre de cette année que le chômage  et l'insécurité diminuent, que les effets de la crise s'éloignent et que l'avenir devient moins inquiétant, pourront alors progressivement retrouver confiance dans l'action de Nicolas Sarkozy, et redevenir en 2012,  plus réceptif à son projet présidentiel.   

 

En fait, il y a quatre conditions que doit remplir Nicolas Sarkozy, et son gouvernement,  pour avoir toutes les chances d’obtenir le succès.

 

-          Accroître encore les efforts entrepris dans les deux secteurs essentiels que sont  la lutte contre le chômage et l'insécurité: des progrès  importants et reconnus dans ces deux domaines sont la condition sine qua non du succès. Aujourd'hui on peut penser que c'est tout à fait réalisable.

-          Poursuivre les réformes essentielles, notamment celle sur les retraites, sur la prise en charge de la dépendance, sur les collectivités locales,  en donnant cohérence à son action réformatrice par des efforts soutenus d’explication.

-          Poursuivre et amplifier la politique d’actions concrètes en faveur de la jeunesse et de l'environnement: les jeunes et les écologistes ne sont pas destinés à rester forcément dans le camp d'une gauche qui, dans la réalité, ne les comprend pas et n'agit ni dans le sens de  leur intérêt  ni  dans celui  de leurs attentes à moyen et long terme.

-           Revenir, sur sa seule faute politique: le bouclier fiscal. S'il ne revient pas, d’une manière ou d’une autre, sur cette mesure, sa politique sociale (pourtant réelle) restera entachée de l’accusation d'être inégalitaire et de vouloir favoriser "les riches". C'est absurde pour une mesure  ni injuste, ni coûteuse,  mais l'opposition a su imposer cette idée. Nicolas Sarkozy doit revenir sur cette mesure,   ce qui permettra à sa politique sociale d'avoir alors une chance d'être  comprise et approuvée.

 

Si ces quatre conditions sont remplies, les chances seront grandes de voir la situation politique actuelle se modifier, et l'élection présidentielle pourra  se présenter sous les meilleurs auspices, permettant de poursuivre pendant cinq années encore la politique de modernisation de la France et de "réforme juste" au bénéfice des Français,  qui est celle de Nicolas Sarkozy.


Cette politique qu'avec La Gauche Moderne nous approuvons et nous soutenons clairement.
 

Marc d'Héré

 

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19 mars 2010 5 19 /03 /mars /2010 18:11


Si la majorité parvient dimanche à conserver l'Alsace, à emporter la Réunion et  la Guyane voire une autre région métropolitaine et si  elle obtient plus de conseillers régionaux  qu'elle n'en avait obtenus en 2004, elle aura évité la déroute qu'un PS triomphaliste lui prédit et même la défaite. Mais rien n'est assuré.

Quoiqu'il en soit, ces élections seront  globalement défavorables à la majorité, mais l'important sera "l'après élection",  c'est à dire la manière dont Nicolas Sarkozy y répondra.

 

La situation  doit être analysée, non seulement en termes politiques, mais aussi en termes sociologiques.  

 

 Nicolas Sarkozy avait réussi pendant la campagne de 2007, à rassembler, autour d'un projet ambitieux de réformes,  à la fois la droite traditionnelle et une grande partie des couches populaires jusque là  plutôt favorables à la gauche et au front national. C'est ce rassemblement  qui a permis sa victoire.

 Conformément à ses promesses de campagne (pas toujours bien entendues),  la politique qu'il a mise en oeuvre depuis deux ans, comme nous l'avons  montré, (voir notamment un article sur ce blog, "Sarkozy ne mène pas une politique de droite" )  est une politique de centre gauche, qui provoque la déception ou l'incompréhension d'une partie de la droite traditionnelle, notamment la droite "chiraquienne"  archaïque...
L'ouverture, des mesures sociales comme le RSA,  la politique en faveur de l'environnement, le plan banlieues  ou la réforme des collectivités locales sont mal comprises par cette droite qui n'a pas vu changer le monde et la société. Le style du Président, jugé insuffisamment "présidentiel" surprend ou  choque.

Quand aux forces populaires elles sont  durement frappées par  la crise et adoptent donc, on peut le comprendre, une attitude de retrait ou d'opposition.

C'est  à cette  situation délicate que nous sommes confrontés et elle se traduit, tout naturellement, par des difficultés électorales. Mais cette situation est provisoire ou peut l'être si la réaction de Nicolas Sarkozy est juste.  


En dehors de quelques ajustements politiques mineurs, d'une modification (déjà entreprise) de son comportement,  de concessions marginales à faire à la droite chiraquienne (notamment en terme de postes ministériels, par exemple pour Baroin !),  Nicolas Sarkozy doit poursuivre sa politique de réformes et de sortie de crise, sa politique de centre gauche: les droites traditionnelles se retrouveront de toutes façons derrière lui lors de l' élection présidentielle, où elles ne voudront pas faire élire le candidat d'une gauche sans projet et qui se radicalise.

Les classes populaires, qui devraient constater dès le second semestre de cette année que le chômage  et l'insécurité diminuent, que les effets de la crise s'éloignent et que l'avenir devient moins inquiétant, pourront alors progressivement retrouver confiance dans l'action de Nicolas Sarkozy, et s'intéresser à nouveau, en 2012, à son projet présidentiel.   

 

 Il y a quatre conditions que doit remplir Nicolas Sarkozy, et son gouvernement,  pour obtenir le succès:

Réussir dans la lutte contre le chômage et l'insécurité: le succès évident, constaté et  reconnu dans ces deux domaines est la condition sine qua non. Aujourd'hui on peut penser que c'est réalisable.

Poursuivre la politique d'ouverture, et donner cohérence à son action réformatrice

Poursuivre et amplifier sa politique en faveur de la jeunesse et de l'environnement: les jeunes et les écologistes ne sont pas destinés à rester forcément dans le camp d'une gauche qui, dans la réalité, ne les comprend pas et n'agit pas dans le sens de  leur intérêt  et de leurs attentes à moyen et long terme.

Revenir, d'une manière ou d'une autre, mais de manière compréhensible par tous, sur sa seule faute politique: le bouclier fiscal . S'il ne revient pas sur cette mesure, sa politique sociale (pourtant réelle) restera entachée du soupçon d'être inégalitaire et de vouloir favoriser "les riches". C'est absurde pour une mesure qui ne coûte que 500 millions d'euros, mais l'opposition a su imposer cette idée. Sarkozy doit revenir sur cette mesure qui permettra à sa politique sociale d'avoir alors une chance d'être  comprise et approuvée.

 

Si ces quatre conditions sont remplies, les chances seront grandes de voir la situation politique actuelle se modifier, et l'élection présidentielle pourra  se présenter sous les meilleurs auspices, permettant de poursuivre pendant cinq années encore la politique de modernisation de la France et de "réforme juste" au bénéfice des Français,  qui est celle de Nicolas Sarkozy.


Cette politique qu'avec La Gauche Moderne nous approuvons et nous soutenons.
 

Marc d'Héré

 

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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 10:13


PLUS BELLE LA GAUCHE - Pour une Gauche Moderne

de Marc d'Héré et Gilles Casanova
préface de Jean-Marie BOCKEL

http://livre.fnac.com/a2795919/Marc-d-Here-Plus-belle-la-gauche?PID=1&Fr=0&To=0&Mu=-13&Nu=1&from=1&Mn=-1&Ra=-1

 

 

 

Qui l’eût cru ? La chute du Mur de Berlin n’emporta pas seulement les dogmes communistes. Tous ceux qui pensaient que le socialisme était possible dans la liberté, ceux qui proposaient la Rupture, autour de François Mitterrand au congrès d’Épinay en 1971, et bien d’autres encore plus à gauche, furent atteints.

Comment aurait il pu en être autrement, lorsque l’on vit qu’il n’y avait jamais rien eu du tout. Ni Socialisme autoritaire à réformer ou révolutionner, ni « Socialisme réellement existant » avec des défauts et des qualités, mais que la révolution d’Octobre, contrairement à ce qui avait été imaginé n’avait rien bâti de suffisamment solide pour pouvoir  résister au temps.

La gauche est orpheline. Le grand débat entre Réforme et Révolution qui irrigua les années 60 et 70, supposait qu’il y avait derrière l’une et l’autre voie pour y parvenir un « quelque chose » à découvrir. Las ! Les analyses brillantes de Marx en économie, son œuvre philosophique de talent, ont fait penser que sa proposition politique pourrait avoir une réalité. Il n’en était rien. Mais il était probablement bien difficile à son époque de comprendre la dynamique des sociétés humaines comme la sociologie, la psychologie, la psychanalyse nous l’ont appris au cours du XXème siècle

Les tentatives faites sur la base de cette proposition politique n’ont rien produit de viable. Il faut donc en trouver une autre. De timides débuts ont vu dans les années 60 et 70 apparaître un « courant autogestionnaire » qui posait la question de la finalité et pas seulement des moyens pour y aller. Sa disparition montre que le temps n’était pas mûr pour prendre ainsi le problème.

Aujourd’hui un capitalisme neuf et renforcé par la chute du Mur a unifié le monde. Sa crise massive nous montre que les défauts consubstantiels à ce mode de production existent toujours. Mais cette constatation ne remet pas en cause le système lui-même, même si elle doit nous encourager   à mettre toujours plus  en avant une perspective sociale.

Pour une gauche, qui est au fond l’héritière du libéralisme politique dont la Révolution Française fut le grand vecteur, la nécessite d’être plus performant économiquement pour être plus juste socialement apparaît comme une nécessité. Repenser une proposition sociale à la lumière des transformations apportées par la révolution des sciences et des techniques est vital.

Et c’est l’Homme qui est au cœur de tout projet social, son épanouissement qui passe par sa responsabilisation plus que par l’égalitarisme. Le gouvernement des Hommes est bien autre chose que la  gestion des Choses. C’est ce que nous a clairement montré le siècle passé.

Dans cette remise en question des dogmes, l’action prime sur la nostalgie. Responsables de La Gauche Moderne, nous confirmons ici notre choix de soutenir la politique d’ouverture choisie par Nicolas Sarkozy, parce qu’il a su proposer des réformes indispensables à notre pays et prendre, dans la crise, les bonnes initiatives. Mais notre objectif reste d’être un laboratoire d’idées et une source de propositions pour la gauche.

 

Gilles Casanova et Marc d’Héré

 

Rejoignez sur Face Book le groupe « Plus belle la gauche » : http://www.facebook.com/profile.php?id=608654742#!/group.php?v=info&ref=ts&gid=347700007950


 

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 12:01

par La Gauche Moderne


Nous vivons une époque de vastes bouleversements. La gauche, qui, partout, sous des formes différentes, connaît une crise qui en France prend une forme particulièrement violente, est en grand besoin de se réorienter, de mettre le cap sur de nouveaux horizons, de se réapproprier l’avenir. Car tout est à réinventer. On a dit la politique ensevelie sous la dictature de l’économie, mais elle refait surface avec force. On a annoncé une fin de l’histoire qui nous aurait ôté notre pouvoir mais le volontarisme retrouve sa raison d’être.

Pour participer à une réflexion d’ensemble, nécessaire non pas simplement pour juguler la crise que nous traversons, mais pour affronter la crise globale de civilisation que nous voyons à l’œuvre, la Gauche Moderne s’inscrit au jour le jour dans une démarche de proposition et de réflexion.


Avec cette ambition, nous avons tenu le 22 et 23 janvier un grand weekend politique.

Pour nous situer vis-à-vis des grands enjeux de notre temps, nous avons entamé une série de discussions avec des individualités qui osent penser hors de clous, qui assument un discours en marge des vulgates en tout genre.

En recevant le vendredi 22 janvier Henri Guaino, pour une conférence-débat à l’Assemblée Nationale, sur le thème : « Quelle politique de relance pour donner un nouvel élan à la France ? », La Gauche Moderne voulait examiner l’ordre des priorités à l’heure ou médias et financiers ne parlent plus que dette et réduction des déficits publics.


En matinée le lendemain, réunie en Conseil National, La Gauche Moderne a adopté un texte sous la forme d’une « Lettre ouverte à la majorité présidentielle», dans laquelle elle définit ses grandes orientations. Sur la crise et ses répercussions, sur le système financier qui l’a permise, sur notre modèle social à préserver en le réformant pour qu’il conserve son humanité. La «
lettre ouverte » donne des indications pour se diriger vers une France revigorée soucieuse de justice sociale.


Afin d’approfondir la réflexion, La Gauche Moderne a tenu l’après-midi un colloque sur le thème : « les gauches dans la crise ». Pour évoquer la double crise, celle de l’économie mondiale, et celle spécifique des gauches européennes et françaises en particulier, étaient réunis des personnalités prestigieuses venues parfois d’horizons éloignés.

A côté des invités étrangers – la député italienne Linda Lanzillotta (ancienne Ministre des Collectivités locales du gouvernement Prodi), le ministre travailliste britannique Stuart Bell et Saïd Sadi, député d’Alger qui dirige le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie –, étaient présentes des personnalités françaises tels qu’André Bercoff, président du Press-Club de France, Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, Stéphane Rozès, président du Conseil Analyse-Prospective, Philippe Cohen, Rédacteur en Chef de Marianne 2, et l’ancien leader de la liste du Parti communiste aux élections européennes, Philippe Herzog, président de Confrontations Europe. Avec eux, pour débattre, Gilles Casanova, Marc d’Héré et Emmanuel Dupuy ont développé les réflexions de La Gauche Moderne.
L’ensemble du débat fera prochainement l’objet d’une publication.

 

Article rédigé par l'équipe de rédaction de la Newsletter La Gauche Moderne


Vous trouverez sur ce blog:

la lettre ouverte à la majorité présidentielle:
http://marcdhere.over-blog.com/article-lettre-ouverte-de-la-gauche-moderne-a-la-majorite-presidentielle-43570019.html

et l'intervention de marc d'Héré lors du colloque:
la crise de la gauche: http://marcdhere.over-blog.com/article-la-crise-de-la-gauche-46076719.html

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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 09:24


Le 23 janvier dernier La Gauche Moderne organisait un colloque sur "les gauches face à la crise".  Ci-dessous, le verbatim de mon intervention.

Je suis désolé de ne pas rester dans le même registre, parce que les interventions précédentes sur la situation de pays étrangers et cette vision de géopolitiques étaient très intéressantes. Je  vais pour ma part nous ramener  à la France et à la crise de la  gauche en France.

 

     On s’est un peu étonné que la  crise financière internationale n’ait pas profité à la gauche, elle qui a toujours condamné la finance internationale et qui voyait d'une certaine manière justifier ses craintes et ses critiques. Je crois qu’il y a en fait deux raisons essentielles à cela.
 

La première vient d’une erreur d’analyse.  On a prétendu que cette crise était une crise du libéralisme et que dans ces conditions il aurait été normal de faire appel à la gauche, à ses idées et ses propositions pour y répondre. Or je ne crois pas qu’il se soit agi  d’une crise du libéralisme, mais plutôt du développement d’une forme d’ultralibéralisme sans règle, alors que le libéralisme, lui, a toujours appelé des règles.  Parce que ce n’était pas une crise du libéralisme, ce n’était donc pas dans les proclamations anti libérales de la gauche que l’on pouvait trouver les solutions.  C’est la première raison qui explique que la crise n’ait pas, finalement, profité à la gauche socialiste.


La deuxième raison c’est que pour répondre à cette crise il fallait bien évidemment apporter des solutions nouvelles et que la gauche, en France, et particulièrement le Parti Socialiste, n’en proposent pas. Et c’est là-dessus que je voudrais insister.

 

     Je  reprendrais d’abord ce que disait tout à l’heure Jean-Hervé Lorenzi, quand il prétendait  que parler de « modernes » ou d’ « archaïques », cela n’avait pas grand intérêt.. Je pense en réalité que cela a du sens.  La pensée de la gauche française aujourd'hui est une pensée archaïque dans la mesure où, si  elle pouvait être valable il y a 30 ans, cette pensée n’a pas suivi l’évolution du monde et de la société. Ce n’est pas le fait d’être ancienne qui la rend archaïque mais le fait qu’elle soit restée  figée, alors que le monde qui  se transformait si rapidement, exigeait des analyses et des solutions nouvelles.    Ce qui rend moderne la pensée de la Gauche Moderne, ce n’est pas le fait qu’elle soit récente ou nouvelle, mais c’est qu’elle sait  s’adapter au monde qui change. Ce que n’a pas fait, je crois et je vais vous donner quelques exemples, le Parti socialiste qui est  resté accroché à ses dogmes.

 

Premier dogme, celui de l’omnipotence de l’Etat. Il n’est pas question de nier l’importance de l’Etat, notamment en tant qu’investisseur en tant que celui qui montre l’avenir. Mais on est à un moment où – du fait de la mondialisation,  des changements dans  la société devenue plus individualiste,  de la nécessité d’intervenir de manière beaucoup plus rapide, beaucoup plus réactive dans l’économie, etc…- cette conception de l’Etat omniscient, omnipotent et interventionniste n’est plus acceptable, plus opérationnelle.


Autre dogme, celui de la dépense publique et donc de l’accroissement de la fiscalité d’une manière ou d’une autre. Je crois là aussi que la modernité, c’est l’inverse, c'est-à-dire la limitation des dépenses publiques, des dépenses publiques improductives, pour limiter la pression fiscale permettant de  libérer les énergies et pour  retrouver des marges de manœuvre budgétaires et notamment des marges de manœuvre sur le plan social.

C’est aussi un dogme de mettre en avant la priorité de  la redistribution en oubliant qu’avant de redistribuer il faut produire et il y a tout un aspect de soutien à la production qui est  oublié ou nié par le Parti Socialiste.


C’est aussi, Linda nous en parlait tout à l’heure,  le maintien des avantages acquis, cette volonté de conservation, de refus de remettre en cause, d’adapter,  alors que l’on est dans un monde où l’on a besoin au contraire de réformes de structures, de davantage d’autonomie, où l’on a besoin, face à cet égalitarisme qui fait partie aussi des dogmes de la gauche, de répondre au contraire par des interventions ciblées, par ce que l’on a appelé –malheureusement le mot est horrible - la discrimination positive. A l’inverse de cette espèce d’égalitarisme de grande masse il faut au contraire faire plus pour ceux qui partent avec moins, intervenir de manière ciblée pour permettre à ceux qui partent avec des handicaps au départ, de les rattraper.  Quand une inégalité existe à l’origine, l’égalité de traitement est une manière de prolonger cette inégalité, alors qu’une forme d’inégalité compensatrice peut l’atténuer…

 

Donc, la gauche est restée accrochée à tous ces dogmes, il y en a d’autre comme un certain angélisme sur la sécurité etc.…, et elle  le reconnaît d’ailleurs puisque tous les responsables de gauche vous diront : «  la gauche doit se rénover » « la rénovation du Parti Socialiste est urgente ». Donc c’est une chose certaine avec laquelle ils sont d’accord : le Parti Socialiste doit se rénover.

Mais, c’est mon sentiment, il est dans l’incapacité de le faire. Non pas qu’il ne sache pas ce qu’il faudrait faire. Mais il ne pourra pas le faire. Et c’est en cela que la situation de la gauche, de la gauche institutionnelle, m’apparaît particulièrement désespérée. Les socialistes ne  pourront  pas se rénover pour plusieurs raisons.

 

S’ils veulent se rénover, ce n’est évidement pas pour aller vers d’avantage de radicalité, vers les altermondialistes ou la gauche extrême. Le Parti Socialiste est un parti de gouvernement, il se veut un parti de gouvernement, donc s’il allait vers une rénovation ce ne pourrait être que pour aller vers le sérieux, le réalisme, disons vers le réformisme…Et ce chemin ils ne pourront pas le prendre.

 

 D’abord du fait de leurs alliances. Ni le parti communiste ni  la gauche radicale n’accepteront d’aller vers le réformisme. Or, pour les socialistes, l’ alliance avec ces forces, au moins au second tour des élections, est une nécessité absolue  qu’ils ne voudront pas remettre en cause, car cela leur ferait perdre toute chance d’arriver au pouvoir !.

 

Deuxième raison, plus  importante encore, c’est que l’espace du réformisme est aujourd’hui occupé par Sarkozy. Si  le Parti Socialiste voulait aller vers ce réformisme, alors il lui faudrait dire qu’il faut alléger l’Etat, qu’il faut l’autonomie des universités, qu’il faut réformer les retraites dans le sens où  nous voulons le faire, il devrait dire qu’il faut d’avantage de sécurité... L’ensemble des mesures qu’ils pourraient préconiser sont, grosso modo, celles prises par Sarkozy. Ils n’ont pas d’espace. Celui-ci  est presque entièrement  occupé par Nicolas Sarkozy.  Donc ils n’ont pas la possibilité d’aller dans ce sens, sauf à dire, comme nous, qu’effectivement on adopte cette manière de voir mais qu’en contrepartie on n’est pas dans l’opposition à Sarkozy. Il n’y a pas de place si on veut à la fois prôner une politique réformiste et être dans l’opposition brutale et fondamentale à Sarkozy. Alors, comme ils voudront conserver cette posture d’opposition frontale, ils seront dans l’incapacité d’aller vers la modernisation.  

 

Croire à la rénovation du PS  est illusoire. C’est pourquoi la gauche institutionnelle  ne sortira pas de la crise profonde qui est la sienne.   Nous en sommes persuadés, c’est  en réalité autour de La Gauche Moderne et sur la base de ses valeurs, de ses analyses,  de sa vision de l’avenir et de ses propositions que la rénovation de la gauche aura une chance de se faire…C’est dire à quel point est grande notre responsabilité.

Marc d'Héré

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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 09:12



Le livre de réflexion politique 
Plus belle la gauche - Pour une Gauche Moderne,   publié par Marc d’Héré et Gilles Casanova, sera prochainement en librairie.

 

Vous pouvez d’ores et déjà le commander à la FNAC

http://livre.fnac.com/a2795919/Marc-d-Here-Plus-belle-la-gauche?PID=104367

ou, mieux encore, m’adresser un mail.

 

 

Ci-dessous, la préface de Jean-Marie Bockel. 

 

 

 

Deux dirigeants de notre parti, Marc d’Héré, un compagnon qui était déjà à mes côtés dans le courant « Gauche Moderne » du Parti Socialiste et Gilles Casanova, qui m’a rejoint au moment de la fondation du parti de La Gauche Moderne, viennent d’entreprendre un travail remarquable pour fixer sur le papier nos idées et notre doctrine. Qu’ils en soient ici vivement remerciés.

 


En effet, au-delà du social libéralisme, une philosophie pour l’action qui a séduit tous ceux qui suivent notre parcours, ceux qui s’intéressent à nos idées, ou sont simplement sensibles au mouvement des idées nouvelles, seront heureux de disposer d’un ouvrage qui leur donnera, écrit noir sur blanc, les thèmes et les positions dont nous pensons qu’ils sont propres à convaincre. Ce premier ouvrage, qui rassemble nos thèses, c’est : « Plus Belle la Gauche - Pour une Gauche Moderne », que vous avez entre les mains.

 


Car si nous avons fondé un nouveau parti, la Gauche Moderne, c’est que nous avons la volonté, l’ambition, de refonder la Gauche. C’est que nous souhaitons que la gauche française soit un jour à la hauteur de toutes les gauches européennes.

 


Marc et Gilles présentent une esquisse complète de notre projet. Ils abordent les principaux thèmes : la mondialisation assumée et réorientée, la croissance, à mettre au service du développement humain, le capitalisme, qui doit être régulé, l’Europe dynamique, protectrice et solidaire, la modernisation de l’Etat et des services publics, l’éducation, la santé et la protection sociale. S’ils disent combien l’initiative, la concurrence, la flexibilité sont des socles de l’économie, ils redisent également combien l’intervention de l’Etat est nécessaire et combien c’est l’emploi qui doit être l’axe cardinal de notre politique.

 


Le Parti que nous avons fondé va enrichir ce travail, approfondir sa réflexion et sa capacité d’être force de proposition, se déployer sur le terrain et auprès des Français. Nos positions seront développées, précisées, argumentées.

 

La Gauche Moderne veut démontrer qu’elle a toute sa place dans la définition d’une politique pour la France et pour les Français. Elle va dire à ceux-ci, comme aux responsables de la majorité, que, oui, les réformes doivent être poursuivies, que, oui, il faut insister sur leur cohérence, et que la marque de fabrique de La Gauche Moderne, c’est « la réforme juste », qui exige plus d’attention à l’emploi, plus de solidarité et pour tout dire, plus de justice sociale.

 

Jean-Marie BOCKEL

Président de La Gauche Moderne


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8 février 2010 1 08 /02 /février /2010 19:52

Reprise d'un texte de Raymond Boudon
...


Pour bien des acteurs et des commentateurs politiques la recherche de l’égalité paraît représenter un objectif politique d’une valeur inconditionnelle, voire l’objectif politique ultime. Mais qu’en pense le premier concerné, à savoir le public ?


Égalité des conditions

Certains postulent que toute société doit tendre vers l’égalisation des conditions et que les inégalités sont toujours un mal. Mais le public exige-t-il une égalisation des conditions ? Les études dont on dispose suggèrent plutôt que, pour le public, une bonne politique économique et sociale est celle qui favorise la croissance et assure un filet de protection sociale efficace. Quant à la réduction des inégalités globales, elle n’est guère l’objet d’une demande de sa part. Car il voit bien qu’elles sont d’origines diverses et qu’il est par suite impossible d’apprécier le degré auquel, considérées en bloc, elles sont légitimes.

Le public accepte en effet selon les enquêtes que les rémunérations soient indexées sur le mérite, les compétences ou l’importance des services rendus. Quant aux limites au-delà desquelles ces inégalités seraient perçues comme excessives, elles sont indécises. Ne sont pas non plus perçues comme injustes les inégalités qui résultent du libre choix des individus. Les rémunérations des vedettes du sport ou du spectacle sont ressenties comme excessives plutôt que comme injustes, leur succès résultant de l’agrégation de choix individuels non contraints.

Le principe d’équité veut que, à contributions identiques, les rétributions soient identiques. Mais le bon sens refuse de considérer comme injuste que deux personnes exécutant les mêmes tâches soient rémunérées différemment du fait qu’elles appartiennent à des entreprises ou à des régions dont l’état de santé économique n’est pas le même. Le public ne considère pas non plus comme injustes des différences de rémunérations concernant des activités non comparables. Ainsi, il est difficile de déterminer si un chirurgien doit être plus ou moins rémunéré qu’un chef d’entreprise. Il ne considère pas comme injustes des inégalités dont on ne peut déterminer si elles sont fonctionnelles ou non.

Il considère en revanche comme injustes les inégalités qu’il perçoit comme des privilèges. Il admet fort mal qu’un responsable profite de sa situation pour s’attribuer des avantages illégitimes ou qu’un chef d’entreprise se fasse octroyer par son conseil un « parachute doré », surtout lorsque celui-ci « sanctionne » une mauvaise gestion. Il voit bien que certains régimes spéciaux de retraite recouvrent d’authentiques privilèges sous le voile pudique des « droits acquis ». Il désapprouve que les acteurs politiques utilisent leur pouvoir pour s’attribuer des avantages injustifiés. Il voit bien que, contrairement à ce qu’affirme un poncif facile, la sobriété affichée par les gouvernants des démocraties du Nord de l’Europe, ne s’explique pas par l’influence du protestantisme, mais par le fait que la démocratie y est plus avancée qu’en France. Sauf à supposer qu’ils aient des gènes culturels différents, on ne voit pas en effet pourquoi les exigences des Français en matière d’équité seraient inférieures à celles des Norvégiens ou des Allemands.

Égalité des chances

Cette forme de l’égalité est perçue comme une exigence des sociétés démocratiques. Il est normal qu’il en soit ainsi, car, à la différence des inégalités dites « de résultat », l’inégalité des chances est contradictoire avec les valeurs fondamentales des sociétés démocratiques. Sur ce chapitre, l’inégalité des chances scolaires – le fait que le niveau scolaire atteint par un individu soit lié, au sens statistique, à son origine sociale – a été l’objet d’une attention particulière.

Une deuxième raison de l’attention accordée à l’inégalité des chances scolaires est qu’elle s’est révélée très résistante aux médications. L’enseignement compensatoire n’a pas produit les résultats escomptés. L’extension du tronc commun, qui a donné naissance à l’« école unique » en France ou à la Gesamtschule en Allemagne, a engendré d’innombrables effets pervers : dégradation générale de l’efficacité du système d’éducation et du climat de l’école, échecs scolaires nombreux, morosité des enseignants, ratés dans la transmission du savoir. Les espoirs mis dans la réforme des méthodes pédagogiques ont été, eux aussi, largement déçus.

Parmi les facteurs responsables de l’inégalité des chances scolaires, certains apparaissent sous tous les horizons. Les enquêtes ont démontré que certaines « valeurs » varient avec l’origine sociale. Ainsi, on a plus fréquemment une attitude fataliste devant la vie au fur et à mesure qu’on descend dans l’échelle sociale. Cela a un effet sur l’inégalité des chances scolaires. D’autres ont insisté sur le fait que les apprentissages cognitifs effectués au sein de la famille facilitent les apprentissages scolaires.
Les économistes ont insisté sur la variation avec l'origine sociale des coûts d'opportunité et des coûts directs résultant de la prolongation des études. Les sociologues ont insisté sur l’effet dit « des groupes de référence ». Cette notion traduit un mécanisme psychologique facilement observable et compréhensible : un adolescent issu d’une famille favorisée tend, comme ses parents, à considérer la perspective d’occuper un emploi de niveau moyen comme un échec, l’adolescent issu d’une famille défavorisée comme une réussite. A niveau de réussite scolaire égal, le second tend donc à avoir des ambitions sociales plus faibles.

En raison de l’incertitude sur l’importance relative de ces facteurs, une réponse consiste à en privilégier tel ou tel par facilité ou pour des raisons idéologiques. Quand on ne sait pas où l’on a perdu ses clés, pourquoi ne pas les rechercher auprès du réverbère ? C’est ainsi qu’il faut analyser la vogue de la théorie de la « reproduction » hier et du « pédagogisme » aujourd’hui. Ce sont en effet ces théories fumeuses qui ont surtout retenu l’attention de nombre d’enseignants et de politiques des années 1960 à la fin du XXe siècle : selon la première, l’école véhiculerait une culture, celle de la « classe dominante », facilitant la « reproduction » de cette dernière. Selon la seconde, une pédagogie d’inspiration rousseauiste permettrait d’atténuer l’inégalité des chances scolaires. On doit à ces théories : la méthode de lecture globale, la grammaire « structurale », les mathématiques « modernes » ou l’idée que l’école moderne doit être un « lieu de vie » plutôt que de transmission du savoir. Par voie de conséquence, on leur doit aussi : l’explosion des échecs scolaires, la régression régulière de la France dans les évaluations internationales des performances scolaires, les taux remarquables de chômage des jeunes et finalement la morosité particulière dont, selon les enquêtes, témoigne la jeunesse française.

Or on peut montrer que le mécanisme des « groupes de référence » contribue bien davantage à expliquer l’inégalité des chances scolaires que les autres, notamment que les « valeurs » caractérisant les différentes catégories sociales ou que les acquis cognitifs transmis par la famille à l’enfant. Si on parvenait à l’éliminer, on réduirait l’inégalité des chances de manière très sensible. En revanche, on la réduirait faiblement en essayant de compenser les différences d’aptitude à l’école résultant de différences dans les apprentissages cognitifs au sein de la famille.

Cette théorie, que j’ai défendue dans mon Inégalité des chances (Hachette, 2007 [1973]), explique correctement l’ensemble des données connues et notamment la résistance de la relation entre origine sociale et niveau scolaire. Elle permet de comprendre pourquoi les enseignements dits de « compensation » ont eu des effets décevants et pourquoi il ne faut rien attendre du « pédagogisme ». Une étude de V. Müller-Benedict parue dans la prestigieuse Kölner Zeitschrift für Soziologie (déc. 2007, 615-38) vient à nouveau de valider cette théorie dans le cas de l’Allemagne à partir de données de l’enquête PISA.

Loin d’inviter à la résignation et à l’inaction, cette théorie suggère que, pour obtenir une réduction de l’inégalité des chances, il faut
1) renforcer dans les faits la fonction essentielle de l’école, c’est-à-dire la fonction de transmission des savoirs ;
2)
renforcer l’évaluation des élèves, ainsi que
3) la liaison entre les résultats de l’évaluation et l’orientation. En outre, les incertitudes relatives à l’évolution de la demande en matière de compétences jointes à l’hétérogénéité croissante de la population scolarisée invitent à
4) stimuler la différenciation du système scolaire en étendant au maximum l’autonomie des établissements scolaires.
Bref, elle invite à mettre fin à une fiction qui s’est révélée porteuse d’effets redoutables, celle de l’égalité « républicaine » des établissements. L’abolition de la carte scolaire représente une pièce importante de ce dispositif d’ensemble. Celui-ci permettrait non seulement de réduire l’inégalité des chances scolaires, mais d’augmenter les chances que chacun trouve sa voie, d’atténuer l’échec scolaire et le chômage des jeunes, et de favoriser l’intégration des jeunes de toutes origines.

Une politique de ce genre est en effet susceptible d’entraîner une atténuation de l’inégalité des chances, non seulement scolaires, mais sociales. Les États-Unis ont réussi à créer une vaste classe moyenne noire en trois décennies (1960-1990). Cet effet résulte sans doute de la mise en place de la politique des droits civiques, mais celle-ci a porté ses effets grâce à l’autonomie des établissements d’enseignement américains et à la très grande diversification qui en résulte, ainsi qu’à la latitude consentie au citoyen d’inscrire ses enfants à l’école de son choix.

Égalité et solidarité

La croissance des Trente Glorieuses n’est plus. La population des nations européennes vieillit. Les dépenses de santé et d’éducation augmentent inexorablement. Les démocraties modernes, dont la France, sont donc confrontées au problème de la définition d’une politique de redistribution rationnelle, capable de satisfaire, en fonction de ces paramètres, le double principe de l’équité et de l’efficacité.

Un exemple révèle que ce double principe est effectivement une condition nécessaire et suffisante du consensus. À l’issue de discussions et de conflits prolongés, un consensus très général s’est établi il y a quelque temps déjà sur l’idée que l’impôt sur le revenu est une bonne chose, et qu’il doit être modérément progressif. La raison de ce consensus est que cette institution satisfait au double principe de l’équité et de l’efficacité.

En effet, les sociétés modernes sont grossièrement composées de trois classes sociales : les riches, qui disposent d’un surplus significatif ; la classe moyenne, qui ne dispose que d’un surplus limité ; les pauvres. La cohésion et la paix sociale, le principe de la dignité de tous impliquent que les pauvres soient subventionnés. Par qui ? Au premier chef par la classe moyenne, en raison de son importance numérique. Mais celle-ci n’accepterait pas d’assumer sa part si les riches ne consentaient pas à participer à la solidarité à un niveau plus élevé. Il résulte de ces raisons que l’impôt doit être progressif. D’un autre côté, il doit être modérément progressif sous peine d’entraîner des effets pervers nuisibles à la collectivité et violant ainsi le principe d’efficacité.

Le consensus qu’on observe ici s’est donc bien formé sur la base du double principe de l’équité et de l’efficacité. Une fois suffisamment informé, le citoyen quelconque, quelle que soit la classe à laquelle il appartient, a toutes chances d’accepter l’idée d’un impôt sur le revenu modérément progressif. Sans doute certains s’opposent-ils à ce consensus, sous l’effet de leurs intérêts, de leurs préjugés ou de leurs passions et quelques économistes recommandent-ils de revenir à un impôt proportionnel, voire d’abolir l’impôt sur le revenu. Mais c’est qu’ils ignorent les exigences du principe d’équité.

Le double principe de l’équité et de l’efficacité représente un guide indispensable en un temps où bien des décisions et commentaires politiques donnent l’impression de témoigner d’une « pertes des repères intellectuels ». Pour évoquer deux exemples entre mille : en vertu du principe d’équité, le citoyen quelconque estimerait certainement que les droits de propriété doivent être considérés comme étant à un plus haut degré intangibles s’agissant des richesses accumulées sous l’effet du mérite et de la compétence que des richesses acquises par héritage. Il recommanderait donc de préférer l’impôt sur les successions à l’impôt sur la fortune pour financer les dépenses publiques.
C’est pour satisfaire à cette exigence du principe d’équité que les démocraties avancées ont toutes renoncé à l’impôt sur la fortune.
Le citoyen quelconque estimerait aussi qu’il est profondément contraire au principe d’équité de boucler les fins de mois de l’Etat aux dépens de générations futures incapables d’accorder leur consentement. L’exception française sur ces deux points provient de ce que les acteurs politiques et les intellectuels français perçoivent facilement leurs concitoyens comme inspirés dans leurs jugements politiques par l’envie, l’égoïsme et la myopie plutôt que par des considérations d’équité et d’efficacité. Un point de vue aussi faux que désobligeant.

Le citoyen quelconque accepterait aussi que l’on renonce à la politique compassionnelle d’assistance aux déshérités au profit d’une politique rationnelle conforme au double principe de l’équité et de l’efficacité. Autant il est indispensable d’apporter de l’aide au citoyen en difficulté, autant il est négatif pour la collectivité et pour lui-même d’en faire un assisté.
C’est pourquoi on observe dans toutes les démocraties, en Scandinavie, en Allemagne avec les mesures dites Hartz IV, au Royaume-Uni avec le nouveau New Deal de Tony Blair ou aux Etats-Unis avec le workfare de Clinton, une évolution tendant à substituer une politique rationnelle de solidarité à une politique compassionnelle, en l’occurrence à réformer le système d'allocations chômage en durcissant les conditions d'indemnisation. Les commentaires négatifs sur ces réformes se sont progressivement éteints parce qu’elles ont été perçues comme substituant à une politique d’assistance une politique à la fois plus respectueuse de la dignité humaine et fondée sur une représentation du citoyen quelconque comme sensible au double principe de l’équité et de l’efficacité. Parmi les démocraties avancées, la France a été de nouveau la dernière à mesurer l’inefficacité et l’iniquité des politiques compassionnelles.

Égalité des droits

Les sociétés modernes sont caractérisées par une demande de plus en plus pressante de la part du public, à savoir que chacun soit traité comme ayant une dignité égale et par suite comme étant habilité à jouir des mêmes droits : des mêmes libertés. C’est pourquoi la liberté a la préséance sur l’égalité dans la devise républicaine.

La notion de dignité humaine définit un programme permanent dont le contenu s’approfondit avec le temps. Il est aujourd’hui aussi actif que jamais. De nouveaux droits sont constamment revendiqués et créés. On parle même de « droits non opposables » dont l’application ne peut être exigée devant les tribunaux. Malgré cela, ils sont spontanément qualifiés de « droits », car on a le sentiment qu’ils ont vocation à devenir opposables à plus ou moins brève échéance. Ces bégaiements sont inévitables : la notion de dignité humaine étant intrinsèquement floue, son contenu est par la force des choses évolutif. D’où l’apparition d’interprétations utopiques. Ces bégaiements sont soumis à un processus de sélection qui s’opère sous le contrôle de l’opinion. Bien des utopies d’hier ont pris force de loi, dès lors que les circonstances s’y sont prêtées.

Ces bégaiements peuvent aussi donner lieu à des dérives, comme lorsque le droit du citoyen à être protégé par l’autorité publique s’est trouvé bafoué sous l’effet, non d’un sympathique angélisme, mais de l’idéologie profondément destructrice du lien social qui veut que le délinquant soit une victime de la société. Son influence a été telle qu’elle avait réussi à installer en France un droit tacite à l’impunité, heureusement rejeté aujourd’hui.

Sur la question de l’égalité des droits comme sur les autres questions soulevées par la notion d’égalité, le double principe de l’équité et de l’efficacité est un guide sûr. Il permet d’échapper à l’idéologie et à la confusion intellectuelle : confusion -pas seulement due à la racine commune des deux mots- entre l’égalité et l’équité ; confusion entre l’impérieuse égalité des droits, la désirable égalité des chances et l’utopique égalité des conditions.

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6 février 2010 6 06 /02 /février /2010 21:36

Claude Imbert
, Le Point du 04 02
...


L'adversaire principal de Nicolas Sarkozy n'est ni Villepin ni Martine Aubry, c'est, en lui-même, cette énergie survoltée, cette démesure, ce « trop » qui lui vaut à la mimandat une défaveur persistante de l'opinion. Elle déprécie à l'excès les résultats dont sa présidence peut être créditée. La forme, chez lui, nuit au fond. 


Il n'y a rien d'illégitime à ce qu'il ait exploité, dans l'hyperprésidence, les atouts exécutifs de notre monarchie républicaine
. Rien d'illégitime à ce qu'il en ait fait l'instrument d'une « rupture » nécessaire. Sa faute fut d'avoir soumis à la « rupture » l'instrument lui-même, d'avoir infligé au modèle présidentiel un traitement à quoi l'opinion rechigne par atavisme plus culturel que politique.
Egotisme euphorique : il aura, pour son avènement, exhibé sans retenue ses péripéties conjugales. Puis des séjours intimes et tape-à-l'oeil, impropres à préserver l'aura de dignité et de sérénité du rôle. Sarkozy a depuis reboutonné le costume, mais il paie son débraillé initial. D'avoir ensuite trop chahuté le gouvernail présidentiel en aura desservi la fonction. D'avoir chéri une impossible proximité populaire aura privé le pouvoir des vertus d'autorité et de respect public que génère une certaine distance. D'avoir couru à tous les créneaux de toutes les réformes - les unes fondamentales, les autres subalternes - aura brouillé l'entendement puis l'adhésion populaire.

Banalisé comme la météo dans les journaux télévisés du 20 Heures, Sarkozy est de plus en plus entendu et de moins en moins écouté : manquent un cap et une cohérence lisibles. Le visionnaire se perd dans l'affairement du court terme et de l'anecdote, jusqu'au fait divers. C'est, pour finir, ce tempo trépidant qui, étouffant toute pondération, aura exposé le pouvoir à une séquelle d'insolites aveuglements suivis de reculs en rase campagne : promotion éclair de Jean Sarkozy ; affaire Proglio ; taxe carbone instituée, dit-il, « pour l'exemple » mais mal ficelée et retoquée par le Conseil constitutionnel. Et que dire de Clearstream ? Aussi convaincu soitil - il n'est pas le seul ! - que la détestation déclarée de Villepin ait pu exploiter contre lui des faux listings bancaires, Sarkozy, depuis son empyrée présidentiel, aurait dû laisser courir la justice et s'abstenir de propos imprudents. Ils n'auront qu'exhaussé Villepin dans une notoriété, voire une commisération inutiles. Sans compter, bien sûr, que ce pancrace sommital ne profite qu'à l'opposition. 


Il serait, cela dit, injuste de juger le bilan de la mi-mandat avec ces seuls critères.
Et de s'associer à l'exécration hystérique dont le président se trouve, ici ou là, harcelé. La crise financière aura démontré que l'énergie, la rapidité, la vista de Sarkozy avaient, dans une circonstance critique, bien servi la nation. Plus généralement - et c'est l'essentiel ! -, Sarkozy aura réveillé et fait bouger la France. On dira que bien des réformes entreprises sont inachevées. Oui, mais elles ont ouvert des portes jusqu'ici verrouillées : l'autonomie des universités, la réforme de l'implantation judiciaire, la rationalisation de l'hôpital et de la carte militaire, la fusion de l'ANPE et des Assedic ont enfoncé un coin dans des bastilles intouchables. L'institution du RSA en place du RMI, l'abrogation de la taxe professionnelle pesant sur les entreprises, la réduction d'impôt sur les heures supplémentaires pour corriger la désastreuse loi des 35 heures, l'assouplissement du travail le dimanche, la réforme de la représentativité syndicale, la réforme constitutionnelle sont tantôt accomplis, tantôt seulement ébauchés. Du moins rompent-ils tous avec la dictature du statu quo. L'Expansion chiffre à 38 % le nombre des promesses tenues à mi-mandat, ce qui n'est pas un si mauvais score, compte tenu de la crise. Et bien sûr d'une résistance populaire toujours droguée à l'assistanat d'Etat. 


L'agenda 2010 se chargera de recentrer la présidence sur deux objectifs fondamentaux : les retraites et les déficits.
La réforme capitale des retraites s'appuie sur l'évidence mathématique du rapport déséquilibré des actifs et des retraités. Mais, après la volte-face de Martine Aubry, cette évidence-là sera niée par l'opposition. Et les syndicats ne se montreront pas tous enclins à l'union nationale qu'exigeraient là-dessus la réalité démographique et le sens commun. Nos grands voisins européens s'y sont ralliés. La France, en rade, y affiche encore une répugnance atavique à la réforme.
Le sort de cette réforme des retraites expédiera donc un message tonitruant à tous ceux qui, en France et en Europe, s'inquiètent de nos vertigineux déficits publics. L'enjeu convertira, espérons-le, la présidence à deux préceptes majeurs : la clarté et la gravité.

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2 février 2010 2 02 /02 /février /2010 15:16


Alain de Vulpian
m’adresse ces notes qui émanent d’une association réfléchissant aux évolutions de nos sociétés…Ils pensent distinguer à travers quelques signaux faibles, des tendances lourdes…Je reprends quelques unes de leurs observations.

 

Le basculement du système économique occidental est en cours.

 

Les crises financière, économique, climatique, épidémiologique, les réactions des gouvernants, des entreprises et de la société des gens, le sommet de Copenhague et ses à-côtés ont nourri des prises de conscience et accéléré des processus qui, pour certains d’entre eux, cheminaient depuis des années. Dans les pays très industrialisés une profusion de signaux faibles confirment que l’histoire s’accélère.

Beaucoup plus que des crises à surmonter : une révolution anthroposociologique à réussir.

 

L’idée s’installe d’une crise planétaire aux manifestations variées.

En Europe, l’intelligence émotionnelle collective tend à fusionner la préoccupation écologique et la nouvelle nécessité de réglementer la finance pour protéger la planète des catastrophes et désordres économiques et sociaux qu’elle induit.

La crise financière et économique, la crise écologique et à la limite la crise épidémiologique de la grippe A interagissent dans les têtes et se mêlent. Elles annoncent d’autres crises qui pourraient bien à leur tour fusionner avec elles.

La présence à l’esprit de la planète s’est considérablement renforcée.

 

Le remue ménage autour de la préparation de sommet de Copenhague, de sa préparation, de son déroulement et de sa conclusion met en lumière une autre fusion en train de s’opérer.

La société des gens, les blogs, les agents de changement et les ONG ont été très présents tout au long de la conférence. Avaaz.org souligne qu’à travers des milliers de veillées, de rassemblements et de manifestations, par une avalanche d’appels téléphoniques et de messages envoyés, à travers une pétition de plusieurs millions de signatures, une mobilisation sans précédent s’est organisée. Et ses revendications se sont élargies : il ne s’agissait plus seulement de préserver l’équilibre des climats, la biodiversité, les réserves de matières premières et de sources d’énergie mais aussi de contribuer à l’harmonie de l’écologie sociale planétaire (le développement harmonieux et équitable de l’économie et des populations de la planète). Jusqu’à présent les associations approchaient le problème climatique dans une perspective  essentiellement environnementale. Mais à Copenhague les écologistes et les altermondialistes se sont rapprochés et posent le problème climatique en termes plus politiques et de justice sociale.

 

La conviction s’installe qu’aucun de ces objectifs ne sera atteint sans une transformation profonde de nos modes de vie et de consommation, et l’idée pointe que celle-ci ne sera pas nécessairement une punition ; au-delà de la décroissance punitive ou de l’épanouissement frugal une croissance verte et humaniste est à notre portée qui fournirait du travail aux chômeurs et de la réussite aux entrepreneurs.

 

Quelques conversations entendues ici et là, quelques articles dans la presse laissent penser que l’idée pourrait être en train d’émerger, encore très minoritaire, que toutes les crises n’en font qu’une et que nous sommes en fait confrontés au défi de réussir une révolution anthroposociologique globale ou de construire une civilisation planétaire harmonieuse.

 

 

 

 

 

La déception de Copenhague pourrait favoriser une multiplication des initiatives bottom up.

 

56 journaux de 45 pays ont publié le 7 ou le 8 décembre un éditorial commun faisant appel aux chefs d’Etats de la planète pour que le monde s’engage sérieusement pour limiter le risque climatique.

 

Newsweek (14/12.09) fait état des résultats d’un sondage « world wide » sur le risque climatique :

-          60% des gens pensent que leur gouvernement devrait accorder une priorité plus importante au risque climatique

-          65% disent que leur gouvernement devrait prendre très rapidement des mesures radicales pour lutter contre le changement climatique

-          73% que les pays riches devraient aider les pays en développement à limiter les émissions.

 

Le sommet de Copenhague ouvert le 7 s’est terminé le 19 décembre en laissant une impression dominante en Europe de profonde déception. Il sera intéressant de voir comment cette déception va se décanter.

 

Les avancées sont réelles. Les dirigeants des pays de la terre ont reconnu la réalité du défi écologique. L’ « accord de Copenhague » rédigé par une vingtaine d’Etats est approuvé par une centaine. Il enregistre l’engagement des principaux pays émergents à réduire leurs émissions. Il prépare un jeu de normes internationales permettant la comparaison des actions de tous. Certains pensent que la mention de la limite à 2% du réchauffement planétaire implique logiquement un niveau donné de concentration de gaz à effet de serre, donc des objectifs définis. Autre point positif : l’accord améliore les propositions de financement pour les pays pauvres.

 

Mais ceci est insuffisant par rapport aux attentes des peuples d’Europe. L’accord n’est pas un traité dûment signé et engageant les signataires sur des objectifs précis. Il n’est pas certain qu’il prépare la mise en place d’une organisme international de contrôle. Les objectifs qu’il évoque sont beaucoup moins ambitieux que ceux que souhaitaient l’Europe, le Brésil ou l’Afrique du Sud. Aucune décision concrète concernant l’établissement généralisé d’une taxe carbone n’a été prise. On a beaucoup remarqué le jeu des égoïsmes nationaux (notamment Etats Unis, Chine, Inde).

L’impression domine que les dirigeants politiques et les experts réunis à Copenhague ne nous ont pas clairement installés sur la voie de répondre au défi écologique et qu’ils ont été largement inspirés par les éternels égoïsmes nationaux. Sauf cas de crise aiguë, on ne peut pas compter sur les dirigeants politiques pour faire passer les exigences planétaires avant  les intérêts nationaux ou corporatifs.

Les dirigeants de l’Europe semblent fautifs. Nettement en avance sur la voie d’une économie décarbonée, ils ont fait preuve de timidité et n’ont pas su jouer leur rôle.

Une idée chemine dans plusieurs journaux et blogs : les dirigeants se sont discrédités, c’est aux peuples d’agir. C’est aux gens (citoyens, consommateurs et travailleurs), à la société des gens et à ses réseaux, aux entreprises les plus conscientes et peut-être à certains pouvoirs locaux d’agir. Devons-nous nous attendre à un foisonnement d’initiatives bottom up ?

 

….

Des dirigeants d’entreprises de plus en plus nombreux virent leur cuti.

 

Les banques sont restés très actives tout en faisant profile bas. Les fonds de placement se sont repliés. Les uns et les autres agissent auprès des pouvoirs pour éviter des réglementations trop sévères. Mais, simultanément, de nombreux fonds de placement s’orientent vers une finance à objectifs sociaux  et/ou écologiques. 

 

La résistance des entreprises polluantes perd de sa force.

Il est vrai que leurs lobbies sont restés très actifs. Pendant la préparation du sommet de Copenhague, ils ont déployé de grands efforts.. Le piratage informatique de la correspondance privée de quelques climatologues de renom a alimenté l’Internet et la presse pendant quelques semaines avant le congrès, cherchant à mettre en doute la réalité du consensus scientifique sur le réchauffement climatique. Le chef de la délégation saoudienne a évoqué ce « climategate » en conférence et a demandé une enquête internationale indépendante sur cette affaire.

Cependant, la conviction faiblit. D’après Le Monde du 24/12 les grands pays exportateurs de pétrole réunis au sein de l’OPEP ne cachent pas leur satisfaction devant la timidité des engagements pris mais le journal souligne qu’ils préparent déjà l’après pétrole notamment en investissant massivement dans l’énergie solaire ou photovoltaïque.

Un grand changement s’est opéré en quelques mois. Il n’y a plus, même aux Etats Unis, de front uni des entreprises pour s’opposer à une croissance verte. The Economist (12/12) évoque le cas des « lobbyists excités et des Républicains outragés » qui s’opposent au « tsunami régulateur » qui se prépare pour souligner que l’attitude de la plupart des entreprises devient beaucoup plus nuancée. Des entreprises approuvent les réformes en préparation. La Chambre de Commerce des Etats Unis, d’après The Economist le plus vénérable des corporate lobbies,  a du modérer son opposition après que quatre firmes prééminentes (Apple, PG&E, Exelon et PNM Ressources) aient démissionné, que Nike ait démissionné du board et qu’un autre membre du board, Duke Energy, ait réduit sa contribution en signe de protestation. De son côté, Newsweek (du 14/12) publie un gros papier « A business revolution » centré sur le Communiqué sur  le Changement Climatique signé par plus de 800 dirigeants d’entreprises demandant un accord global ambitieux en direction d’une économie  décarbonée.

 

Dans les états-majors des grandes entreprises européennes des prises de conscience cheminent rapidement.

° Le discrédit de la finance et de la grande entreprise dans le corps social, le rejet des dirigeants par une partie du personnel, le stress au travail, la perte de vitalité et de résilience sont des problèmes qu’on ose mettre sur la table et qui commencent à être perçus comme stratégiques.

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° Des états majors de plus en plus nombreux réalisent qu’en s’orientant vers une économie décarbonée ils vont trouver des pistes de développement rentable. Et, dans leur sillage une partie du public semble prendre conscience qu’au-delà de la décroissance punitive et de la frugalité vertueuse une croissance verte et humaniste est à notre portée qui fournira du travail aux chômeurs et des succès commerciaux aux entrepreneurs avisés.

 

° Bon nombre de dirigeants ont réalisé au cours des derniers mois que leur entreprise, centrée sur la profitabilité à  court terme, ne s’était pas suffisamment préparée à inventer ses voies de développement d’avenir dans un contexte très différent de celui qu’on croyait permanent. Par exemple, les dirigeants de l’automobile ont du constater que la voiture électrique ou semi électrique n’était pas une idée pour plus tard mais un produit capable d’éveiller une demande immédiate, demande à laquelle ils étaient incapables de répondre faute d’avoir engagé en temps voulu les recherches et les investissements nécessaires. Certains ont également pris conscience .que le « service automobile » tel qu’il était actuellement proposé suscitait chez de nombreux automobilistes des souffrances qui s’accumulaient et qu’il aurait fallu imaginer et leur proposer depuis quelques temps déjà un service de déplacements aisés qu’on essaye maintenant de concevoir. De son côté, la SNCF a fait une découverte équivalente ; son Président, Guillaume Pepy, interviewé par  Le Monde (18/11/09), évoquait « la nouvelle vocation de la SNCF : une entreprise française de service de mobilité durable dont les ambitions sont internationales » dont le train ne serait plus qu’un élément ; il disait son « énorme regret » que la SNCF n’ait pas pris l’initiative d’exploiter le vélib.

 

° Les dirigeants se multiplient qui sont sensibles à la présence dans leur entreprise d’agents de changement et d’agents de blocage et de contestation. La recherche-action sur « Dix ans d’apprenance » a bien montré qu’ils perçoivent l’utilité des premiers et sont tentés de s’appuyer sur eux. Une idée fait réfléchir : si l’entreprise s’ouvre, des agents de blocage pourront devenir des agents de changement et inversement si l’entreprise se ferme.

 

° Des entreprises, comme des fondations ou des agences publiques s’impliquent de plus en plus souvent dans des réseaux collaboratifs. Les réseaux collaboratifs sont probablement  l’une des grandes innovations sociogénétiques de ces toutes dernières années. Après les réseaux personnels, les sociosystèmes (micro et macro), les philées et les mouvances, les ONG, les réseaux sociaux, etc. émergent les réseaux collaboratifs. Ce sont des réseaux qui se tissent entre non seulement des personnes et des réseaux mais qui impliquent aussi des organisations (entreprises, fondations, municipalités, …) et des « choses » (produits, services, énergies, objets, indicateurs de mesure, etc.).

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Published by Alain de Vulpian et amis - dans Réflexion politique
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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 10:45

Une introduction possible à un projet que pourrait présenter La Gauche Moderne
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Même au coeur de la crise, nous refusons le scepticisme  qui fait le fond d’une pensée qui se prétend libre – le pessimisme et la critique sont souvent, en France, considérés comme une manifestation d’intelligence – cette ambiance exagérément négative, faite de catastrophisme répandu à souhait par les médias, et d’absence de perspective concrète qui freinent toute volonté de construire. Sans verser dans un optimisme trompeur et semeur d’illusions, nous voulons sortir de cette « société de défiance » où « l’emporte un sentiment de peur et d’impuissance » décrite par les enquêtes d’opinion et qui, sans raison immédiate, touche la France, plus que tous les autres pays européens. Les citoyens qui sont conscients que des transformations sont nécessaires et qui ne refusent pas le changement par principe, craignent l’insécurité qu’il peut entraîner parce que rien n’est dit ou fait pour les informer de ce qu’ils peuvent en attendre. Ils se replient sur l’existant – même peu satisfaisant – parce qu’ils ignorent ce que leur apportera le changement.
Ne croyons pas que nos concitoyens se détournent de la politique parce qu’ils n’éprouvent plus d’intérêt pour les idées ou les projets politiques. Ils s’en détournent parce qu’il n’y a plus d’idées fortes auxquelles ils puissent croire, ni de projets novateurs auxquels ils puissent adhérer, ni de leviers de pouvoirs qu’ils voient agir de manière efficace.

C’est lorsqu’on ne leur propose aucune perspective que les peuples se crispent sur leurs acquis, c’est lorsqu’ils peuvent adhérer à une vision de l’avenir et partager une espérance, qu’ils s’impliquent et deviennent moteurs. Celui qui attend trop souvent qu’on le prenne en charge et qui réagit par la récrimination et la revendication, retrouvera le désir de construire lorsqu’il en attendra son développement et son épanouissement[1].


La société que nous voulons pourrait être une « société des possibles » qui donnerait à chacun des potentialités de réussite et d’épanouissement. Une société de justice, dans laquelle les destins se construiraient de manière moins irréversible qu’aujourd’hui, dans laquelle chacun d’où qu’il vienne, quels que soient son parcours et ses choix pourrait se dire qu’il a sa chance, chance de réussir sa vie professionnelle et sociale, chance de vivre pleinement sa vie d’homme ou de femme. C’est pour notre société le moyen de répondre aux dangers de délitement, de résignation ou de violence, qui la menacent. On ne pourra pas retrouver une société dynamique et motivée, tant que ses membres, notamment les plus jeunes, n’auront pas le sentiment d’avoir une chance de s’en sortir. Tant que chacun n’aura pas l’espérance de la réussite.


Chacun doit retrouver confiance en l’avenir, avoir le sentiment que la société le reconnaît, pourra lui ouvrir des portes, lui donner sa place, valoriser son travail, récompenser ses efforts et ses talents, et si l’échec survenait, lui apporter son aide pour une nouvelle chance. C’est la condition de l’amélioration du sort de chacun, c’est aussi celle du dynamisme social et du progrès collectif. C’est vouloir, à la fois, l’expression des libertés et l’exigence de justice.


L’acceptation des efforts qui accompagnent toute transformation, l’énergie nécessaire à la construction de l’avenir ne seront possibles que si un projet est proposé, une voie indiquée, un débat ouvert pour la choisir, des moyens fournis pour s’y engager. C’est ainsi que pourra se bâtir cette société, de liberté mais aussi de solidarité, rendant chacun conscient de ce que peut lui apporter l’avenir et, en conséquence, désireux et capable de devenir l’acteur responsable du changement.


Marc d'Héré

[1] « La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : que va-t-il arriver ? Au lieu de se demander : que puis-je faire ? » Denis de Rougemont, L’avenir est notre affaire.

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Published by Marc d'Here - dans Réflexion politique
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