Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Recherche

5 mai 2010 3 05 /05 /mai /2010 11:45

 

Dossier de la Présidence de la République

 

I- Présentation

 

 

Trois ans après l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence de la République française, l'heure n'est pas au bilan. Face à la crise dont les effets perdurent, le temps demeure résolument à l'action. Le président de la République a été élu pour cinq ans par les Français. Ce n'est qu'au terme de ces cinq années qu'un bilan complet pourra être tiré. Il reste encore près de deux ans de travail au gouvernement et à la majorité pour tenir tous les engagements pris en 2007.

 

Cependant, après trois années de travail au service des Français, il est utile de détailler, pour chacun des objectifs principaux de l'action du chef de l'État, les réformes engagées, les résultats obtenus, ceux qu'il reste à obtenir et les nouveaux chantiers à venir.

 

Les Français ont élu Nicolas Sarkozy sur la base d'un programme clair, complet et précis. Pour le chef de l'État, il fallait « tout dire aux Français avant, pour pouvoir tout faire après ». Ce projet de Nicolas Sarkozy s'appuyait sur un diagnostic approfondi des difficultés, des injustices mais aussi des espoirs de la société française. Au terme d'une élection présidentielle marquée par une participation sans équivalent, ce projet a reçu le soutien d'une majorité très nette de nos compatriotes.

 

Jusqu'à ce que la crise financière éclate à l'été 2008, toute l'énergie du gouvernement et de la majorité a été tournée vers la mise en œuvre des priorités inscrites dans le projet présidentiel: restaurer l'autorité, réhabiliter le travail et replacer la justice au cœur du modèle français. Ce respect de la parole donnée aux Français constitue une rupture très profonde avec les pratiques antérieures: Nicolas Sarkozy est toujours resté fidèle à ses engagements de campagne.

 

Au second semestre 2008, face à la récession la plus grave que le monde et la France aient connue, l'ordre des priorités a dû être modifié. Naturellement, face aux périls qui nous menaçaient, la priorité a été donnée à la lutte contre la crise et à la limitation de ses effets les plus néfastes pour nos concitoyens. L'action du chef de l'État a d'abord consisté à engager l'État dans un soutien massif, sans précédent et indispensable à l'économie française.

 

Sur l'initiative de Nicolas Sarkozy, la France a, ensuite, pris la tête d'une vaste mobilisation européenne et internationale au sein du G20. Il était impératif de coordonner les efforts de relance pour consolider la perspective d'un retour de la croissance. Et il était tout aussi crucial de progresser, enfin, vers une véritable régulation du capitalisme financier.

 

À ce jour encore, sortir notre pays de la crise demeure la priorité absolue de l'action du Président. Pour autant, aucune des réformes annoncées n'a été différée. Dans la crise et malgré elle, les engagements de Nicolas Sarkozy ont continué à être mis en œuvre.

 

Dans la crise, les valeurs de travail, d'autorité, de responsabilité sont demeurées les valeurs essentielles du gouvernement. Dans la crise, certaines réformes ont même été accélérées, notamment les plus nécessaires à l'attractivité de notre territoire et à la préparation de l'avenir. Car c'est lorsque les temps sont les plus durs, qu'il faut travailler le plus ardemment au rebond à venir.

 

Il ne saurait être question ici de manifester la moindre autosatisfaction. La crise n'est pas terminée. Qui pourrait s'estimer satisfait alors que le chômage ne recule pas encore? Qui pourrait songer à relâcher les efforts, lorsque les conséquences de la crise fragilisent des pans entiers de notre protection sociale comme les retraites? Qui pourrait imaginer revenir au monde d'avant, lorsque les déficits publics creusés par les pertes de recettes menacent de faillite des pays voisins et amis? Partout, le travail à accomplir reste immense.

 

Mais il ne saurait être question non plus d'ignorer le chemin parcouru depuis trois ans, d'oublier les nombreuses réformes déjà accomplies ou de négliger les progrès déjà obtenus. Ignorer que la France a déjà changé, ce ne serait pas rendre justice aux Français des efforts importants qu'ils ont déjà faits.

Or, la justice est plus que jamais au cœur de l'action du président de la République. C'est elle qui guidera demain les réformes indispensables qui restent à accomplir, à l'instar de la réforme des retraites. C'est la justice, enfin, qui appelle désormais une mobilisation totale du gouvernement, de la majorité et des pouvoirs publics, pour mettre à la disposition des Français, dans les mois à venir, les résultats attendus et partager avec eux le fruit des efforts patiemment engagés depuis trois ans.

 

........

 

Présidence de la République

 

 

 

Repost 0
Published by Présidence de la République - dans Réflexion politique
commenter cet article
28 avril 2010 3 28 /04 /avril /2010 05:46

 

 Claude Imbert dans Le Point du 22 avril...

 

 

Les voyageurs victimes du volcan islandais et de ses cendres comme les vaccinés de la grippe A font grimper la polémique contre l'empire de la précaution. Je n'y ajouterai pas mon grain de sel. A elle seule, la réaction de l'Etat à la tragédie de Xynthia est plus convaincante. Le pouvoir y aura, de prime abord, imposé aux victimes des mesures insupportables. Après quoi il dut en rabattre, invoquer un « malentendu », et consentir en fait une volte-face.

La péripétie invite à méditer deux vices de l'actuelle gouvernance : une démesure du principe de précaution. Et la précipitation exécutive d'une présidence bien réactive mais outrecuidante.

 

Le prompt engagement de l'Etat quant au sort des habitants de zones inondables fut de bon aloi. Et de même, celui de dédommager sans mégoter les occupants de demeures déclarées vulnérables et dont ils accepteraient la destruction. Mais l'intention, d'abord proclamée, de détruire aussi des maisons que leurs occupants désirent conserver est, elle, très contestable.

 

Sans discuter le bien ou le mal-fondé du zonage des expropriations projetées, la soumission du droit de propriété à l'oukase éventuel de destruction est inquiétante. Là, on respire à plein l'emprise funeste du fameux principe de précaution : il dévoie le devoir légitime de prévention. La prévention tend à se prémunir d'avance contre des risques identifiés. Tandis que le principe de précaution envisage à l'aveugle une masse indéfinie de risques potentiels. Depuis que l'idéologie du progrès est en perdition et que l'écologie pourfend les OGM, les antennes-relais, la pollution automobile et le nucléaire, ces risques envahissent l'imaginaire. A quand le principe d'angoisse ?

 

Voici un Etat qui prétend imposer à des occupants rétifs de vider des lieux qu'il avait les moyens - il n'en manque pas - de déclarer inconstructibles, fût-ce contre l'avis de communes prodigues en délivrances de permis. Les préfets ont, dit-il, multiplié les mises en garde, mais l'Etat ne s'est point résolu à interdire.

Ce qui le fait passer d'un excès à l'autre, c'est une catastrophe sans précédent historique : la conjugaison d'une dépression atlantique avec un épisode de grandes marées et d'un régime de vents violents. Soit un déferlement que les grandes tempêtes de 1877 et 1940 n'avaient pas égalé.

 

Et c'est tourneboulé par cette extraordinaire infortune que l'Etat prétend expédier ses bulldozers contre des risques éventuels épargnés par un si long passé. Dans sa reculade, l'Etat assure désormais que chaque destruction, envisagée mais contestée, dépendra des tribunaux et de leurs divers recours. Un moindre mal ! Sachons, en tout cas, que le ministère de l'Ecologie tient en France pour menacés, sinon de submersion du moins d'inondation maritime ou fluviale... plus de 500 000 habitants. Il y a de quoi faire !...

 

Avant de les inquiéter, que l'Etat songe d'abord à réformer les digues, qu'il admette qu'on peut désormais construire en terre inondable, comme aux Pays-Bas, en Floride ou à Venise. Dans le monde, la surcote annoncée du niveau des mers n'a nulle part vidé un littoral surpeuplé. Et les risques sismiques n'ont fait émigrer de leurs pénates ni les Japonais ni les Californiens installés sur des failles redoutables.

Prévenir, soit ! Mais protéger la France comme un jardin d'enfants, non ! Elle compte encore quelques adultes.

 

Dans cette affaire comme en d'autres, l'Etat aura exhibé les défauts du circuit court que l'Elysée imprime à sa gouvernance. Il consiste, sous la charge émotionnelle, à imposer depuis le sommet des solutions tranchantes et péremptoires. On approuvera certes les décisions rapides qui évitent les atermoiements d'une concertation bavarde. Mais la juste mesure existe qui n'évite pas d'associer les rouages compétents de la machine publique, quitte, du sommet, à en fouetter le zèle.

 

En Charente-Maritime et en Vendée, il aura fallu la rébellion d'élus locaux - ainsi de Ségolène Royal ou du député UMP Jean-Louis Léonard - pour discipliner les déboulés du sommet. On imagine que si deux ministres, qui ne sont pas manchots - Dominique Bussereau et Jean-Louis Borloo -, avaient pu faire peser d'emblée leur expérience, on eût évité couacs et volte-face. Le circuit court de l'Elysée a pour limite le court-circuit qui détraque toute la mécanique.

 

Ce n'est déplorer ni l'autorité ni l'énergie de l'Elysée que de délivrer le Prince et ses conseillers d'une impulsivité nocive. De Gaulle, icône de l'autorité, remuait mais respectait ses ministres, préfets et diplomates. Peu encombré de l'accessoire, il ne se mêlait que de l'essentiel. Depuis juin 1940, il savait que rien de grand ne se fait sans risque. Et que... sous la menace d'une crue de la Seine, l'Elysée lui-même est en zone inondable !

 

Claude Imbert, Le Point

 

 

 

Repost 0
Published by Claude Imbert, Le Point - dans Réflexion politique
commenter cet article
22 avril 2010 4 22 /04 /avril /2010 20:11

 

Nouvelle publication,

 

 

Tout en subissant un important revers la  majorité présidentielle, qui conserve l’Alsace, gagne la Réunion et la Guyane, (présidant ainsi 3 régions en 2010 contre 2 précédemment) et obtient davantage d’élus qu’en 2004,  évite la déroute qu’un Parti socialiste triomphaliste lui prédisait au soir du  premier tour.

 

Le dépouillement à peine achevé, on se tourne évidemment vers la prochaine élection présidentielle, en cherchant à distinguer si les résultats de cette élection locale, qu’une forte abstention ne rendent pas forcément très significatifs, compromettent  la réélection annoncée de Nicolas Sarkozy. Cela ne sera vraisemblablement pas le cas, si Nicolas Sarkozy sait distinguer le message des Français, s’il sait y répondre en retrouvant ou en remettant l’accent sur  les fondamentaux de sa campagne de 2007.  

 

Nicolas Sarkozy était parvenu, pendant sa campagne présidentielle, à rassembler, autour de valeurs et  d'un ambitieux  projet de réformes,  à la fois la droite traditionnelle et une grande partie des couches populaires jusque là  plutôt favorables à la gauche et au front national. C'est ce rassemblement qui a permis la victoire.

 

Conformément à ses promesses de campagne (pas toujours bien entendues),  la politique qu'il a mise en oeuvre depuis deux ans, comme nous l'avons  montré, (voir notamment un article sur ce blog, "Sarkozy ne mène pas une politique de droite")  est dans une large mesure une politique de centre gauche, qui provoque la déception ou l'incompréhension d'une partie de la droite traditionnelle.   L’importance des réformes,  l’ouverture généreusement pratiquée, des mesures sociales comme le RSA,  la politique en faveur de l'environnement, le plan banlieues  ou la réforme des collectivités locales sont mal comprises par cette droite qui n'a pas vu changer le monde et la société. Et puis le style du Président, jugé trop réactif et  insuffisamment présidentiel,  la surprend ou  la choque.

 

Quand aux forces populaires, durement frappées par  la crise, elles ne voient pas se concrétiser les espérances que la campagne de Nicolas Sarkozy avaient éveillées en elles, et rendant le Président responsable de leurs difficultés et de leurs souffrances, sans voir qu’elles sont dues en réalité à une situation extraordinairement et mondialement difficile, elles adoptent,  et on peut les comprendre, une attitude de retrait ou  d’opposition.

 

C'est  à cette  situation délicate que la majorité est confrontée,  situation qui  se traduit, tout naturellement, par des difficultés électorales. Mais cette situation est provisoire ou peut l'être si la réaction de Nicolas Sarkozy est juste.

 

 Globalement le Président doit garder le cap,  poursuivre  sa politique de relance pour sortir au plus vite de la crise, sa politique de réforme destinée à moderniser la France  et à la rendre plus apte à bénéficier des effets de la reprise lorsque celle-ci sera suffisante, sa politique d’ouverture pour une démocratie apaisée et élargie.  


Vis-à-vis de la droite traditionnelle, s’il sait (ce qu’il a déjà entrepris) modifier son  comportement et  son  style, limiter ses interventions pour  se concentrer davantage sur son rôle international et sa responsabilité de garant de la cohésion nationale, il peut retrouver leur soutien. Surtout si cette attitude est complétée par   quelques ajustements politiques mineurs, et des nominations ministérielles bien ciblées pour faire taire les impatiences et les  oppositions internes.  Les électeurs appartenant à la  droite traditionnelle se retrouveront alors sans difficultés derrière lui lors de l’élection présidentielle, où ils ne voudront certainement  pas voir élire le candidat ou la candidate d'une gauche sans projet et qui se radicalise.

Les classes populaires, qui devraient commencer à  constater dès le second semestre de cette année que le chômage  et l'insécurité diminuent, que les effets de la crise s'éloignent et que l'avenir devient moins inquiétant, pourront alors progressivement retrouver confiance dans l'action de Nicolas Sarkozy, et redevenir en 2012,  plus réceptives à son projet présidentiel.   

 

En fait, il y a quatre conditions que doit remplir Nicolas Sarkozy, et son gouvernement,  pour avoir toutes les chances d’obtenir le succès.

 

-          Accroître encore les efforts entrepris dans les deux secteurs essentiels que sont  la lutte contre le chômage et l'insécurité: des progrès  importants et reconnus dans ces deux domaines sont la condition sine qua non du succès. Aujourd'hui on peut penser que c'est tout à fait réalisable.

-          Poursuivre les réformes importantes, notamment celle sur les retraites, sur la prise en charge de la dépendance, sur les collectivités locales,  en donnant cohérence à son action réformatrice par des efforts soutenus d’explication.

-          Poursuivre et amplifier la politique d’actions concrètes en faveur de la jeunesse et de l'environnement: les jeunes et les écologistes ne sont pas destinés à rester forcément dans le camp d'une gauche qui, dans la réalité, ne les comprend pas et n'agit ni dans le sens de  leur intérêt  ni  dans celui  de leurs attentes à moyen et long terme.

-           Revenir, sur sa seule faute politique: le bouclier fiscal. S'il ne revient pas, d’une manière ou d’une autre, sur cette mesure, sa politique sociale (pourtant réelle) restera entachée de l’accusation d'être inégalitaire et de vouloir favoriser "les riches". C'est absurde pour une mesure  ni injuste, ni coûteuse,  mais l'opposition a su imposer cette idée. Nicolas Sarkozy doit revenir sur cette mesure,   ce qui permettra à sa politique sociale d'avoir alors une chance d'être  comprise et approuvée.

 

Si ces quatre conditions sont remplies, les chances seront grandes de voir la situation politique actuelle se modifier, et l'élection présidentielle pourra  se présenter sous les meilleurs auspices, permettant de poursuivre pendant cinq années encore la politique de modernisation de la France et de "réforme juste" au bénéfice des Français,  qui est celle de Nicolas Sarkozy.


Cette politique qu'avec La Gauche Moderne nous approuvons et nous soutenons clairement.
 

Marc d'Héré

Repost 0
Published by Marc d'Here - dans Réflexion politique
commenter cet article
21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 08:42

 

"Le Monde" se montrait admiratif devant une déclaration de Martine Aubry évoquant les principes de ce qu'elle appelait la société du "care", qui serait un des éléments "nouveaux" de sa conception de la société...société du soin, de l'attention à porter aux autres et à chacun, société  plus humaine...

 

Sans reprendre cette expression anglo saxonne, Gilles Casanova et moi, avons déjà, dans notre ouvrage "Plus belle la gauche-Pour une gauche moderne", consacré un développement à ce principe que nous mettons, avec d'autres,  au coeur de notre conception de la société...

 

 

......L’homme n’est pas seulement un calculateur agi par l’utilitarisme, par le profit qu’il espère retirer d’une action ou d’une initiative. Il est aussi, et plus qu’on ne le croit, agi par des émotions, des intuitions, des espérances, par la recherche de la beauté, il est au fond d’abord en quête de sens. Les besoins dont il cherche la satisfaction ne sont pas seulement matériels mais aussi culturels, spirituels et relationnels. Nous savons tous que  le bien être, pour ne pas évoquer le bonheur, dépend davantage de la profondeur et de l’authenticité des relations entre les personnes que de l’accumulation des choses, qu’il  n’est pas proportionnel à la richesse. Une autre dimension existe, qui peut amener l’homme à voir au delà de son intérêt à court terme, à s’ouvrir à l’autre, à aller à sa rencontre, à l’aider, à construire des formes diverses de coopération et de solidarité. Jean-Baptiste de Foucauld, constate, à ce sujet, dans un livre  d’une très grande profondeur[1] que « pour une bonne part de notre existence, peut-être pour la totalité, nous n’existons que par et pour les autres. » La société que nous voulons aider à se construire, ne peut être régie seulement par la loi, même nécessaire, même acceptée et légitime. Elle doit reposer sur un élargissement de la sociabilité, car ses membres ne sont pas seulement liés entre eux par des accords juridiques ou des relations d’intérêt, ils le sont aussi – ou doivent l’être davantage – par des rapports non codifiés de confiance et de réciprocité, tout ce qui, fondé sur la prise en compte de l’autre et les devoirs qui doivent répondre aux droits que chacun possède, vient humaniser et donner chair à la démocratie[2]. Alors qu’autour de nous, la marchandisation s’étend de plus en plus, des biens aux services, des objets aux éléments constitutifs de l’individu – la culture, la santé, la procréation elle-même – une place doit être faite à des relations fondées sur l’entraide et  la gratuité. Dans notre société où la technologie envahissante, le repli sur soi et l’isolement que provoquent la précarité ou le chômage, tendent à éroder les relations interpersonnelles, la reconstruction d’un lien social, d’un vouloir et d’un savoir vivre ensemble, s’affirme comme une nécessité. Elle passe par la responsabilité vis-à-vis d’autrui, par une réhabilitation de la notion de partage qui fonde toute communauté humaine. Elle passe par la diversification de lieux de coopération et d’échanges, la reconquête d’un temps qui échappe à l’économie et au travail contraint, la multiplication des occasions permettant aux individus de manifester et d’exercer leur générosité ; par l’institution d’un service civique volontaire ouvert à  tous les jeunes, qui seraient fortement incités à y consacrer une année ; elle passe  par le développement aussi de cette économie alternative, sociale et solidaire, animée par le souci de l’intérêt général et le principe du « non profit ».  Elle passe finalement par la capacité de nos institutions et de notre société à articuler intérêt individuel et préoccupation collective, la réalisation de l’un par la recherche de l’autre. C’est vers cette éthique sociale, éthique de la gratuité ou du don, mise en œuvre de ce qu’on a pu appeler fraternité, que nous voulons tendre. Elle vient prolonger et donner sens aux valeurs et principes d’action que nous avons exprimés plus haut.

 

Même au cœur de la crise, nous refusons le scepticisme qui fait le fond d’une pensée qui se prétend libre – le pessimisme et la critique sont souvent, en France, considérés comme une manifestation d’intelligence – cette ambiance exagérément négative, faite de catastrophisme répandu à souhait par les médias, et d’absence de perspective concrète qui freinent toute volonté de construire.

Sans verser dans un optimisme trompeur et semeur d’illusions, nous voulons sortir de cette « société de défiance » où « l’emporte un sentiment de peur et d’impuissance » décrite par les enquêtes d’opinion et qui, sans raison immédiate, touche la France, plus que tous les autres pays européens[3]. Les citoyens qui sont conscients que des transformations sont nécessaires et qui ne refusent pas le changement par principe, craignent l’insécurité qu’il peut entraîner parce que rien n’est dit ou fait pour les informer de ce qu’ils peuvent en attendre. Ils se replient sur l’existant – même peu satisfaisant – parce qu’ils ignorent ce que leur apportera le changement. Ne croyons pas que nos concitoyens se détournent de la politique parce qu’ils n’éprouvent plus d’intérêt pour les idées ou les projets politiques. Ils s’en détournent parce qu’il n’y a plus d’idées fortes auxquelles ils puissent croire, ni de projets novateurs auxquels ils puissent adhérer, ni de leviers de pouvoirs qu’ils voient agir de manière efficace. C’est lorsqu’on ne leur propose aucune perspective que les peuples se crispent sur leurs acquis, c’est lorsqu’ils peuvent adhérer à une vision de l’avenir et partager une espérance, qu’ils s’impliquent et deviennent moteurs. Celui qui attend trop souvent qu’on le prenne en charge et qui réagit par la récrimination et la revendication, retrouvera le désir de construire lorsqu’il en attendra son développement et son épanouissement[4].

Marc d'Héré et Gilles Casanova

"Plus belle la gauche- Pour une gauche Moderne"



[1] « Les 3 cultures du développement humain », Odile Jacob, février 2002

[2] Dans un esprit  proche, Jacques Julliard écrit dans « le choix de Pascal » : « une démocratie qui ne serait pas une reconnaissance de l’homme par l’homme, avec ce que cela suppose de liens entre les individus et je dirais presque de communion, ne serait pas la démocratie. »

[3] Le pessimisme avec lequel un grand nombre de jeunes envisagent leur avenir est particulièrement préoccupant.

[4] « La décadence d’une société commence quand l’homme se demande : que va-t-il arriver ? Au lieu de se demander : que puis-je faire ? » Denis de Rougemont, L’avenir est notre affaire.

Repost 0
Published by Marc d'Here - dans Réflexion politique
commenter cet article
19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 12:29

 

Le livre de réflexion politique  Plus belle la gauche - Pour une Gauche Moderne,   publié par Marc d’Héré et Gilles Casanova, est en librairie.

 

Vous pouvez aussi le commander à la FNAC

http://livre.fnac.com/a2795919/Marc-d-Here-Plus-belle-la-gauche?PID=104367

 

 

Ci-dessous, la préface de Jean-Marie Bockel. 

 

 

 

Deux dirigeants de notre parti, Marc d’Héré, un compagnon qui était déjà à mes côtés dans le courant « Gauche Moderne » du Parti Socialiste et Gilles Casanova, qui m’a rejoint au moment de la fondation du parti de La Gauche Moderne, viennent d’entreprendre un travail remarquable pour fixer sur le papier nos idées et notre doctrine. Qu’ils en soient ici vivement remerciés.

 


En effet, au-delà du social libéralisme, une philosophie pour l’action qui a séduit tous ceux qui suivent notre parcours, ceux qui s’intéressent à nos idées, ou sont simplement sensibles au mouvement des idées nouvelles, seront heureux de disposer d’un ouvrage qui leur donnera, écrit noir sur blanc, les thèmes et les positions dont nous pensons qu’ils sont propres à convaincre. Ce premier ouvrage, qui rassemble nos thèses, c’est : « Plus Belle la Gauche - Pour une Gauche Moderne », que vous avez entre les mains.

 


Car si nous avons fondé un nouveau parti, la Gauche Moderne, c’est que nous avons la volonté, l’ambition, de refonder la Gauche. C’est que nous souhaitons que la gauche française soit un jour à la hauteur de toutes les gauches européennes.

 


Marc et Gilles présentent une esquisse complète de notre projet. Ils abordent les principaux thèmes : la mondialisation assumée et réorientée, la croissance, à mettre au service du développement humain, le capitalisme, qui doit être régulé, l’Europe dynamique, protectrice et solidaire, la modernisation de l’Etat et des services publics, l’éducation, la santé et la protection sociale. S’ils disent combien l’initiative, la concurrence, la flexibilité sont des socles de l’économie, ils redisent également combien l’intervention de l’Etat est nécessaire et combien c’est l’emploi qui doit être l’axe cardinal de notre politique.

 


Le Parti que nous avons fondé va enrichir ce travail, approfondir sa réflexion et sa capacité d’être force de proposition, se déployer sur le terrain et auprès des Français. Nos positions seront développées, précisées, argumentées.

 

La Gauche Moderne veut démontrer qu’elle a toute sa place dans la définition d’une politique pour la France et pour les Français. Elle va dire à ceux-ci, comme aux responsables de la majorité, que, oui, les réformes doivent être poursuivies, que, oui, il faut insister sur leur cohérence, et que la marque de fabrique de La Gauche Moderne, c’est « la réforme juste », qui exige plus d’attention à l’emploi, plus de solidarité et pour tout dire, plus de justice sociale.

 

Jean-Marie BOCKEL

Président de La Gauche Moderne

Repost 0
Published by Jean-Marie Bockel, Marc d'Here et Gilles Casanova - dans Réflexion politique
commenter cet article
11 avril 2010 7 11 /04 /avril /2010 09:58

Le Monde du 10 04 2010…

Alain Juppé est entré en campagne. Pas contre Nicolas Sarkozy qui, assure-t-il, "reste le candidat naturel de la droite en 2012" mais en alternative, si d'aventure le président de la République décidait de ne pas se représenter. Dans l'entretien qu'il accorde au Monde, trois semaines après l'échec de la droite aux élections régionales, le maire de Bordeaux se démarque de "la rupture" que M. Sarkozy a voulu incarner. Face au "pessimisme" des Français, il appelle au "rassemblement", défend l'idée d'une grande réforme fiscale et revendique l'héritage "gaullo-chiraquien".

Qu'arrive-t-il à Nicolas Sarkozy ?

 Après la sarkofolie, la sarkophobie ! Une partie du désamour est incontestablement liée au style, mais il faut relativiser les mouvements d'opinion. Il y a deux mois, Barack Obama était au fond du trou, il a fait voter la réforme de l'assurance-maladie et repris la main. Tout cela va et vient. Plus profondément, la crise économique, que personne n'avait prévue, a complètement changé lregard de l'opinion publique sur l'action de Nicolas Sarkozy. C'est en grande partie injuste, car il a bien géré la crise.

Alors, d'où vient l'erreur ?

Peut-être du rythme des réformes. On ne peut pas tout faire en même temps, en bousculant trop d'habitudes à la fois, et en coalisant trop de mécontentements.

C'est cela qui s'est manifesté dans les urnes, lors des élections régionales. La réforme des collectivités territoriales dans son calendrier et ses modalités nous a coûté cher. Elle a permis à l'opposition socialiste de mener une campagne forcenée qui a marqué l'opinion. On a sous-estimé le pouvoir d'influence que représentent 600 000 élus.

 

Faut-il abandonner la réforme ?

Non, maintenant qu'elle est lancée, autant aller jusqu'au bout. Elle a des aspects positifs, notamment sur le rapprochement possible entre le citoyen et le futur conseiller territorial

 

Comprenez-vous le recul de Nicolas Sarkozy sur la taxe carbone ?

Quand quelque chose n'est pas compris, mieux vaut se donner le temps de rectifier le tir. Mais on ne peut pas se contenter de dire qu'on va attendre que les Européens se mettent d'accord sur une taxe carbone aux frontières. D'autres pays, comme la Suède, ont verdi leur fiscalité sans souffrir d'une perte de compétitivité

 

Le sénateur UMP Alain Lambert affirme que Nicolas Sarkozy ne doit pas se représenter en 2012, parce qu'"il n'est pas en situation" de faire gagner la droite. Est-ce aussi votre avis ?

Non, le candidat naturel de la droite en 2012, c'est Nicolas Sarkozy. Mais s'il advenait qu'il décide de ne pas se représenter, l'UMP devra organiser des primaires. Dans ce cas, j'envisagerai de concourir.

 

Donc, vous êtes porteur d'une offre alternative ?

Soyons modestes. Le quotidien Sud-Ouest a récemment commandé un sondage : 34 % des Français pensent que je ferais un bon président de la République, 65 % sont d'un avis contraire. Mais, après tout, on peut penser que pour quelqu'un qui n'est pas très présent dans le débat national, cela constitue une bonne base de départ. Je vais préciser mon offre autour de deux ou trois sujets qui me tiennent à coeur.

D'abord, le pessimisme des Français. Nous sommes le peuple le plus pessimiste d'Europe, alors que nous avons un très haut niveau de vie, des atouts formidables, un sentiment de vie agréable dans les villes.

Mais il y a la peur de la mondialisation, une perte de confiance des citoyens dans leurs élus, des Français les uns envers les autres. J'ai trouvé détestable tout ce qui était de nature à monter les communautés les unes contre les autres, à l'occasion du débat sur l'identité nationale. Nous avons besoin de rassemblement, de réconciliation, de recherche du consensus pour essayer de progresser.

 

Vous n'adhérez pas à l'idée d'une loi d'interdiction générale de la burqa, comme le plaide Jean-François Copé ?

Non. Soyons clairs ! Cette pratique, qui n'est pas une prescription religieuse mais une habitude importée de certaines zones géographiques, est contraire aux valeurs de la République. Mais une loi générale risque de donner le sentiment d'une stigmatisation de l'islam. Le premier ministre a choisi la bonne démarche en demandant l'avis du Conseil d'Etat sur les mesures qui s'imposent. On devrait suivre cet avis.

 

L'idée de rassemblement est à la mode. Des socialistes comme Manuel Valls appellent à un pacte national sur les retraites. Vous y croyez ?

Oui, parce que le constat est consensuel et qu'on sait sur quels paramètres jouer : la durée de cotisation, l'âge réel de départ à la retraite, le tout en intégrant la pénibilité. Quand on est au pied du mur et qu'on doit assumer ses responsabilités, il n'y a pas trente-six solutions. Le lapsus de Martine Aubry lorsqu'elle a évoqué l'âge de la retraite n'en était, à mon avis, pas un.

 

Quelles réformes préconisez-vous pour lutter contre le mal-être français ? Un paradoxe me frappe : nous avons le système de protection sociale le plus sophistiqué du monde, et pourtant la pauvreté et la précarité augmentent, ainsi que le sentiment d'injustice. Cela nous oblige à prendre à bras-le-corps la question du logement, notamment pour les travailleurs pauvres, et à remettre à plat tout notre système fiscal, pour le rendre efficace et plus juste. Il faut s'interroger sur le rapprochement entre l'impôt sur le revenu et la CSG, la retenue à la source, la modulation de l'impôt sur les sociétés, la TVA qui n'est pas l'impôt abominable décrit par certains. Elle est neutre sur le plan de l'investissement, taxe les textiles chinois que nous importons, mais épargne les Airbus que nous vendons à l'étranger. TVA sociale, TVA verte, il ne faut rien s'interdire dans la réflexion.

Est-ce votre récent travail au côté de Michel Rocard qui vous conduit à proposer, comme les socialistes, une grande réforme fiscale ?

Je discute beaucoup avec lui, et, sur certains sujets, c'est vrai, nous nous retrouvons. Si je ne suis pas "de gauche", c'est notamment que, du temps de ma jeunesse universitaire, je ne supportais pas l'arrogance des intellectuels de gauche.

 

 

Nicolas Sarkozy doit-il renoncer au bouclier fiscal ?

Je lui conseille de l'adapter. Il semble qu'il en ait l'intention, puisqu'il vient d'annoncer "un prélèvement spécifique sur une catégorie de la population". Attendons de voir ce que cela signifie précisément. En tout cas, ce que je ne digère pas, c'est le triomphe de la cupidité. C'est indécent de voir les bonus, les "retraites chapeau", toutes ces rémunérations extravagantes qui se chiffrent par millions d'euros et que rien ne justifie, alors qu'on explique par ailleurs qu'il n'est pas possible d'augmenter les bas salaires de 20 euros.

Ma proposition : une tranche d'impôt sur le revenu de 50 %, qui s'applique non pas comme d'habitude aux classes moyennes mais aux très hauts revenus.

Peut-être faut-il aussi s'interroger sur l'ISF (impôt de solidarité sur la fortune), et envisager une exonération de la résidence principale. Les bénéficiaires du bouclier fiscal ne sont que 20 000, mais on compte 500 000 redevables de l'ISF. Parmi eux, des cadres qui ont acheté leur logement à Paris, il y a quinze ans. Je reconnais que le sujet est casse-gueule. On a perdu les élections en 1988 après avoir supprimé l'impôt sur les grandes fortunes et celles de 1997 après avoir supprimé le plafonnement de l'ISF.

 

Vous avez annoncé la création d'un "think tank". Avec qui allez-vous mener votre réflexion ?

Des élus, des économistes, des syndicalistes, des représentants d'entreprise, des militants associatifs, s'ils l'acceptent, en essayant autant que possible de transcender les étiquettes politiques. Lorsqu'on arrive à un tel désamour à l'égard des politiques, à un tel doute face à leur capacité d'action, mieux vaut rechercher, autant que possible, le consensus. J'en parle en connaissance de cause.

 

Vous faites allusion à votre période "droit dans mes bottes" ?

Dans certaines circonstances, il vaut mieux apparaître droit dans ses bottes que mou dans ses baskets !

 

Pourquoi ne travaillez-vous pas plus directement au sein de l'UMP ? Son fonctionnement vous déplaît ?

L'objectif de l'UMP, lors de sa création en 2002, était de constituer un pôle majoritaire pour sortir de cette bagarre incessante entre le RPR et l'UDF, qui a amené aux défaites de 1981 et 1988. Cette stratégie reste la bonne, mais le parti souffre d'un déficit de débat, de diversité, d'anticipation. Il faut que l'UMP évolue, revienne vers sa philosophie première, un rassemblement de sensibilités différentes qui puissent s'exprimer librement. Je suis pour la reconnaissance des sensibilités. J'ai peut-être commis une erreur en 2004, lorsque j'en ai été le président, en n'allant pas plus loin dans la reconnaissance des courants.

 

Si M. Sarkozy ne se représente pas, vous risquez de vous retrouver en compétition avec François Fillon, Jean-François Copé, Dominique de Villepin...

J'ai un avantage et un inconvénient : dix ans de plus qu'eux. L'expérience peut servir. Nicolas Sarkozy avait été élu par effet de contraste face à un président que l'on disait roupillant et en bout de course. Aujourd'hui, retournement de tendance, on entend "Vive Chirac, lui, au moins, ne bousculait pas".

 

Vous revendiquez pleinement l'héritage de Jacques Chirac ?

Je me sens la fibre gaullo-chiraquienne. Mon gaullisme, c'est une pensée politique qui allie patriotisme et humanisme. Chirac y a ajouté un certain pragmatisme, une connaissance de la France profonde, du terroir, de la ruralité. On a une histoire, un passé, une culture. Même dans notre société de l'instantanéité absolue, de l'inconstance, il y a des tendances profondes qu'il faut sentir. Je ne crois pas à la rupture. Je n'y ai jamais cru.

 

La fibre gaullo-chiraquienne est également mise en avant par Dominique de Villepin. Qu'est-ce qui vous différencie ?

Je ne suis pas anti-Sarkozy. J'ai de l'amitié pour lui. Je me considère dans la majorité, mais avec ma liberté de parole.

 

Propos recueillis par Françoise Fressoz et Sophie Landrin, pour Le Monde

 

Repost 0
Published by Françoise Fressoz et Sophie Landrin intérrogent Alain Juppé pour Le Monde - dans Réflexion politique
commenter cet article
9 avril 2010 5 09 /04 /avril /2010 12:55

 Deux textes, un de Janvier 2008, qui reste actuel et un plus récent... 

 

 

 

I- L'USURPATEUR

 

Par Max Gallo, Le point du 17 janvier 2008 ..

 

L'usurpateur : Nicolas Sarkozy, pour la noblesse d'Etat, les ducs et pairs des partis politiques et leurs affidés ambitieux, est bien cet intrus, ce Buonaparte à peine français qui scandalise. S'il ne s'agissait que de l'opposition entre partis de gouvernement, on se féliciterait d'un débat qui est l'essence même de la démocratie.

 

Mais cette Sainte-Alliance, de Chirac à Bayrou, de Villepin à Mme Royal, et les spadassins qu'ils emploient, manifeste tant de hargne et de démesure qu'il faut s'interroger sur cette haine qui vise l'homme au-delà de sa politique. C'était déjà le cas pendant la campagne présidentielle. On a parlé de « folie », on a suggéré que ce « néoconservateur américain » n'avait qu'un passeport français, manière de dire qu'il n'était en rien, sinon par ce document administratif, enraciné dans notre pays. Et il est vrai qu'il n'a pas de souche dans le Massif central : ni la Corrèze ni l'Auvergne. Il n'a pas humé le cognac du côté de Jarnac. Et il ne peut se faire filmer dans son village lorrain ou béarnais. Il vient de Hongrie et de Salonique, presque apatride selon certains. Comme Blum, Mandel, Mendès France : et un ministre algérien ne s'est pas gêné pour le dire.

 

Ces hommes politiques-là, et il en va de même pour Buonaparte et de Gaulle, ont suscité la même haine : bouche pincée et sarcasmes. Ce n'est pas seulement leur action qu'on conteste-ce qui est toujours nécessaire-mais leur « être ».

 

Il faut lire ces quelques lignes d'un... enseignant de philosophie pour s'en convaincre. Sarkozy y est qualifié de « bouffon morbide » . « La petite, vraiment petite taille de bouffon saute aux yeux... Badinguet lui-même avec ses dents pourries et son maintien d'arsouille ferait presque illusion rétrospective auprès de ce gnome paré d'un jean qui l'engonce, d'une veste sport façon Rotary Club, et qui lève la main du geste fatigué d'un jet-setteur fêtard surpris à l'aube par les paparazzi » ( Politis n° 981/982).

Et ce « danseur de corde » , ce « bonimenteur » , « escamoteur » , « rompu à tous les arts grotesques de la charlatanerie » , « coprédateur » , cet « exhibitionniste » sort du Fouquet's !

Un humoriste suggère que le pays se divise entre « résistants » et « collabos » ! On n'ose pas encore dire que Sarkozy c'est le fascisme, mais il est déjà qualifié de disciple de Maurras ( ! ) ou de version française de Berlusconi.

Que ce soit Mitterrand qui ait invité Berlusconi à créer en France une chaîne de télévision, et que ce soit Sarkozy qui propose la suppression de la publicité à la télévision publique, comme la gauche le demandait dans les années 90, a peu d'importance !

 

Car cet usurpateur ne peut avoir que de noirs desseins. Et la violence vise d'autant plus la personne-il est vulgaire, inculte, avocat et non énarque ou agrégé-qu'on n'a pas de programme à opposer au sien. Et que Tony Blair s'en vienne lui donner la main, n'est-ce pas là l'oeuvre d'un usurpateur diabolique ? Certes il a été élu-participation de 85 % et 53 % pour Sarkozy-, certes on ne peut lui reprocher aucune violation de la Constitution, aucun coup d'Etat ! Mais on découvre tout à coup que le président, sous la Ve République, est un hyper-président et qu'il gouverne. Mais le révéler vaut coup de force ! On prend tout à coup conscience que le pouvoir inéluctablement suscite des phénomènes de cour. Qu'il faut en effet critiquer. Mais ce qui est inacceptable pour les ducs, les pairs, les nobliaux, qui tous ont été courtisans, c'est l'entourage de ce Buonaparte ! Quelle vulgarité ! L'une des ministres venue d'on ne sait où ne s'habille-t-elle pas chez Dior ? Quel scandale !

 

En fait nous changeons d'époque. Le rideau de l'hypocrisie et du mensonge social qui recouvrait la France depuis le dernier tiers du XIXe siècle se déchire. Et cela gêne d'abord les élites compassionnelles. Elles dissimulent leur mode de vie et leurs revenus. Elles haïssent Sarkozy parce qu'il ose rompre avec l'hypocrisie bourgeoise, qu'il ne faut pas confondre avec la pudeur, la réserve, la discrétion, la retenue, l'humilité.

 

Ces vertus qu'il faut concilier avec la sincérité. Et ce n'est pas toujours simple.

Max Gallo, Le Point du 17 01 2008

  

 

 

II- Extrait de "Plus belle la gauche- Pour une gauche moderne" de Marc d'Héré et Gilles Casanova

 

 

.....

Ce soutien à Nicolas Sarkozy nous expose à des attaques virulentes, notamment de la part de tous ceux qui ne conçoivent que de manière outrée, voire hystérique, l’opposition au Président. Au-delà des critiques politiques, même vigoureuses, normales dans une démocratie, celui-ci est, en effet, l’objet d’attaques d’une grossièreté et d’une violence rarement atteintes en France. Peut-être faut-il remonter à Léon Blum pour retrouver vis-à-vis d’un détenteur du pouvoir, le même degré de haine et de violence verbale, portant sur son action mais aussi sur sa personne elle-même, de son aspect physique  à son comportement souvent fantasmé.

Les raisons n’en sont pas toujours très claires. L’origine étrangère du Président y participe pour une part, comme très certainement sa réussite : en France, les conservateurs ou les esprits étroits pardonnent rarement à ceux qui réussissent trop vite, et qui, ne craignant pas d’afficher cette réussite, suscitent envie et jalousie. Son activisme aussi qui bouscule les hiérarchies, les habitudes et les situations acquises, son goût pour l’autorité, sa désinvolture vis-à-vis de la pensée unique d’une gauche satisfaite, si satisfaite que le moindre changement la fait protester, peuvent aussi concourir à cette détestation.

 

Le noyau de cette haine, à partir duquel elle s’est propagée, se trouve parmi les « bobos », ces « bourgeois bohèmes » résidents des centres-villes, notamment des premiers arrondissements de Paris. Anti-libéraux attachés à leurs libertés personnelles, d’autant plus persuadés de leur bon droit qu’ils estiment que celui-ci n’exige aucun devoir en retour, ardents défenseurs des pauvres et des exploités les samedis après-midi entre République et Nation, rebelles en paroles mais conservateurs dans leur comportement, partisans de tous les changements qu’apportent les modes, mais ennemis de ceux qui remettraient en cause leur confort intellectuel et moral, faux révolutionnaires mais vrais petits-bourgeois, ils appartiennent souvent au monde des modernes « manipulateurs de symboles », intellectuels de moyenne gamme, se complaisant dans le rôle de sentinelles moralisatrices du politiquement correct  : publicitaires, journalistes, avocats, artistes auto proclamés, professeurs et étudiants investis dans les filières sans débouchés…

 

Ce rejet forcené du Président est incarné par trois aigris de la politique, engagés contre Nicolas Sarkozy, dans un combat « personnel » qui emplit leur horizon mais les conduit dans une impasse. Par ordre alphabétique et d’entrée en scène politique, il s’agit de Bayrou, Royal et de Villepin !

 

 

extrait de "Plus belle la gauche. Pour une gauche Moderne"  de Marc d'Héré et Gilles Casanova

 

 

 

 

Repost 0
Published by Max Gallo, Marc d'Héré et Gilles Casanova - dans Réflexion politique
commenter cet article
7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 06:41

 

Gilbert Veyret, m'avait adressé ce texte juste avant le deuxième tour des régionales. Je n'avais pu le publier. Il reste cependant d'actualité, aussi je vous le propose aujourd'hui.

 

Chantecler était une sorte de démiurge dans la basse-cour qu’il avait réussi à convaincre que son chant matinal était seul responsable du lever du soleil quotidien.

S’en était-il persuadé lui-même ou abusait-il de la crédulité des autres volatiles ? En tous cas son prestige et son autorité disparurent lorsqu’il apparut que les saisons, les intempéries, les éclipses étaient seules responsables des variations de ce phénomène naturel et que notre pauvre coq avait beau s’époumoner, il n’y pouvait rien !

On aura reconnu la pièce d’Edmond Rostand, Chantecler, jouée pour la première fois il y a cent ans. Aura-t-on aussi perçu dans cette fable, la description du désenchantement d’une majorité de citoyens, à l’égard de l’action politique ?

 Les 53% d’abstentions, lors du premier tour des élections régionales de 2010 n’en sont qu’une des récentes manifestations.

 La démocratie n’est pas sortie toute armée de l’imagination du siècle des Lumières et du rationalisme.

Elle s’est progressivement substituée à des monarchies de droit divin censées incarner la volonté divine. Elle a été concurrencée par des dictatures qui avaient imposé une mythification de la volonté du peuple « volk » ou du prolétariat.

En concurrence directe et violente, avec ces mythologies, les démocraties, sous leurs différentes formes, n’ont pas pu échapper à une certaine dose de pensée magique. Il n’y a pas vraiment de pouvoir possible, sans la magie et l’illusion du verbe, rendant plus supportable un quotidien plutôt terne. Mais l’éloquence se perd et les citoyens ont cessé de s’illusionner sur la possibilité de lendemains qui chantent.

Lorsque le discours ne suffit plus, on l’inscrit désormais dans la loi. On ne fait que déplacer ainsi les frustrations et aggraver le sentiment d’impuissance. Inscrire le principe de précaution dans la Constitution, faute de savoir se prémunir contre les risques divers, décréter le droit opposable au logement, faute de pouvoir construire suffisamment de logements sociaux, augmenter systématiquement les peines planchers, après chaque fait divers choquant, sans parvenir à réduire les causes de la délinquance, ne peut pas faire illusion très longtemps. La politique ne peut pas tout[1]. Ses représentants, généralement lucides, voire cyniques en privé, devraient cesser d’entretenir l’illusion qu’en les choisissant on s’affranchira de l’adversité et des lois de la pesanteur.

Il faut des circonstances historiques tragiques pour que la magie du verbe ait quelques chances de produire une mobilisation victorieuse des esprits et modifier le cours de l’histoire. Encore faut-il savoir en user judicieusement.

Quand le général De Gaulle proclame le 18 juin 1940 «  Croyez moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire », il n’y a pas de forfanterie et aucune certitude de la victoire. Mais un mythe est né ; il sera durablement mobilisateur.

En revanche la phrase de Paul Reynaud, peu avant l’effondrement de l’armée française, « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » est une rodomontade ridicule.

Nous ne pousserons pas l’impertinence jusqu’à citer des déclarations récentes qui se rapprochent plus du style de la deuxième citation que de la première !

 Ces références ne valent évidemment rien, sorties de leur contexte historique. On ne combat pas les fonds spéculatifs comme des panzers divisions, même si le langage politique aime les métaphores guerrières… ou sportives[2]. On ne réforme pas les retraites comme on instaure une nouvelle république. Pourtant les mêmes formules définitives, les mêmes anathèmes sont censés transformer le plomb en or, la crise économique en euphorie perpétuelle.

 Si « le rire c’est du mécanique plaqué sur du vivant »[3]. Les Français devraient, pour le moins sourire de ce décalage entre leur réalité quotidienne mouvante, incertaine et les reflexes mécaniques, on pourrait presque dire Pavloviens du discours politique ambiant, fait de certitudes apparentes et d’arrogance, d’effets d’annonces non suivis d’effets.

Mais ils ne semblent plus avoir le cœur à en rire[4]  « Les espérances collectives ont cédé la place aux inquiétudes collectives et aux émotions médiatiques. Notre société gère son angoisse par une décharge d’agressivité, là où nous attendions un regain de solidarité » écrit le Médiateur, Jean Paul Delevoye dans sa remarquable préface au rapport 2009.

Les élections régionales ne se prêtaient certes pas à ce niveau de débats. Elles ont parfois donné lieu à de sérieuses discussions locales, portant sur des choix d’équipements significatifs et structurants qui ne semblent pourtant pas avoir passionné une majorité d’électeurs. Au niveau national, leaders politiques nationaux et médias ont surtout donné l’impression qu’ils ne s’intéressaient qu’au nombre de régions que gérerait la gauche et combien resteraient à droite.

Où a-t-on pu entendre un diagnostic aussi lucide que celui de Jean Paul Delevoye, lorsqu’il écrit, « Finalement notre système, dans son ensemble se fragilise d’année en année. L’époque où le vivre ensemble se fondait sur l’existence de règles communes, sur des autorités de proximité les faisant respecter et sur des citoyens qui les connaissaient et y adhéraient semble révolue ».

 Est-ce un sujet trop sérieux pour intéresser les citoyens ? Ne risque-t-on pas de révéler ainsi que des dizaines d’années d’alternance droite/gauche, à l’issue desquelles la lumière devait chaque fois succéder aux ténèbres, n’avaient rien résolu et sensiblement réduit nos marges de manœuvre ?. La presse a brièvement rendu compte de ces propos lucides, avant de revenir à ses délices. Qui sera candidat à l’élection présidentielle de 2012 ? Par ce jeu de connivence qui fait perdre la crédibilité des uns et des autres, ils trouvent toujours des responsables politiques pour répondre que la question est un peu prématurée et y consacrent le reste de l’émission, montrant bien qu’ils ne pensent qu’à ça.

 Quelques hommes d’Etat comme W. Churchill, P. Mendès France, Michel Rocard, Raymond Barre ou Jacques Delors… ont tenu des discours plus près des réalités, plus exigeants à l’égard de citoyens responsables et pas seulement consommateurs.

Ils ont généralement obtenu un vrai succès d’estime et ont été rapidement rejetés par des électeurs plus sensibles à un langage plus facile, frisant parfois le populisme ou la démagogie. Ces électeurs ou plutôt ces abstentionnistes, n’y croient plus aujourd’hui et ne se retrouvent plus dans aucun programme .

 Vont-ils durablement se retirer d’un jeu qui ne semble plus les concerner ? Comment le trop plein apparent d’ambitions politiques pourra s’accommoder de ce vide d’aspirations politiques, de la part des citoyens ? Qui risque de profiter abusivement de cette absence de contrôle démocratique ?

 Le pire n’est jamais sûr ; le meilleur n’est pas encore vraiment apparent.

Mais, « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière » Edmond Rostand « Chantecler »

Gilbert Veyret



[1] Lionel Jospin a pourtant suscité une rancœur durable de son électorat lorsqu’il a osé ce propos raisonnable.

[2] A cet égard la gauche a sérieusement rabaissé ses ambitions en passant de la lutte finale au grand chelem !

[3] Bergson « Le rire »

[4]   Pourtant les spectacles d’humoristes ridiculisant les politiques ne désemplissent pas.

 

Repost 0
Published by Gilbert Veyret - dans Réflexion politique
commenter cet article
26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 14:34

Par Brice Couturier...

 

A quoi reconnaît-on une société totalitaire, d’après Orwell ? A sa novlangue. Au fait qu’un interdit social pèse sur le simple constat de réalités que chacun a sous les yeux. A ce que des institutions spécialisées font la chasse aux “mots interdits” et punissent ceux qui les profèrent. A ce qu’il devient prohibé de prononcer de simples évidences, dans le but de créer, chez les sujets, l’accoutumance à des phénomènes de double-conscience : je sais que c’est mauve, mais c’est vert qu’il faut dire. Il faut n’avoir jamais acheté de drogue de sa vie pour ignorer encore que la grande majorité des dealers de drogue sont noirs et maghrébins. Comme les marchands de charbon, autrefois, étaient auvergnats. Comme les Corses dominaient le milieu dans les années 1940-1960.

Pour avoir relevé ce fait, que beaucoup de non-consommateurs peuvent, eux aussi, constater de la fenêtre de leur immeuble, Eric Zemmour, dont je ne partage pas toutes les idées, risque son job de chroniqueur au Figaro. On rêve. L’un des rares à relever l’incongruité de cette situation, l’avocat général de la Cour d’Appel de Paris, Philippe Bilger écrit sur son blog : “je propose à un citoyen de bonne foi de venir assister aux audiences correctionnelles et parfois criminelles à Paris et il ne pourra que constater la validité de ce fait. […] Tous les Noirs ou les Arabes ne sont pas des trafiquants, mais beaucoup de ceux-ci sont Noirs et Arabes.” Mais le paradoxe de la situation que nous traversons veut que, la même semaine, un autre humoriste, bizarrement classé à gauche, lui, dérape de manière autrement plus grave en accusant Eric Besson d’être un sous-marin du Front National, infiltré d’abord au PS, puis à l’UMP.
Et volilà que les mêmes bonnes âmes qui accablent Zemmour, courent au secours de Guillon. Parfaite illustration de ce que Raymond Aron appelait un double standard moral. Voyons pourquoi.

“L’épigramme est l’esprit de la haine, de la haine qui hérite de toutes les mauvaises passions de l’homme, de même que l’amour concentre toutes ses bonnes qualités. […] Malgré la facilité, la vulgarité de cet esprit en France, il est toujours bien accueilli. L’article de Lucien [de Rubempré] devait mettre et mit le comble à la réputation de malice et de méchanceté de son journal.” (Balzac : Illusions Perdues, p. 428) Quand Stéphane Guillon s’en prend à Eric Besson, il le fait précisément dans cet esprit. Celui de l’épigramme. Mettre le lecteur/l’auditeur de son côté en faisant rire aux dépends de quelqu’un qui ne peut pas se défendre. Ricaner tous ensemble aux dépends de quelqu’un qui est seul et qui est censé incarner une autorité, en faisant semblant de croire qu’elle est redoutable. Même si c’est au prix de la désinformation, d’un mensonge. Comme Lucien de Rubempré, faisant rire aux dépens du “vieux beau d’Empire”, le baron du Chatelet et de son “os de seiche”, madame de Bargeton.

La gauche bobo, dont Stéphane Guillon est l’un des hérauts, est bimi : bien intentionnée, mal informée. L’humoriste croit sans doute oeuvrer à une bonne cause, en s’attaquant à un ministre qui lui semble incarner à la fois le ralliement d’une partie du centre-gauche à Nicolas Sarkozy et l’utilisation de thèmes patriotiques, potentiellement scabreux, à l’approche d’élections. La gauche bobo, qui prétend interdire le constat que les dealers sont majoritairement d’origine immigrée, voudrait interdire aussi tout débat sur l’identité nationale. Mais le paradoxe, c’est que son héraut Guillon le fait dans un style qui appartient en propre à l’extrême-droite. C’est Léon Daudet, dans l’Action Française, qui comparaît Naquet à une “araignée torve”. C’est dans Gringoire et dans Je suis Partout que les ministres du Front Populaire étaient moqués pour leur petite taille, ou la forme de leur nez…. De nombreux auteurs (Barthes, par exemple) ont relevé combien cette réduction de l’adversaire à l’animalité préparait les esprits à la négation de son humanité. Afin de s’attribuer le droit d’exterminer les gens, il est utile de les avoir au préalable retiré symboliquement de l’espèce humaine… Cette rhétorique-là est précisément celle du racisme - contre lequel l’humoriste croit combattre.

Stéphane Guillon s’en prend au “physique antipathique” de Besson, à “ses yeux de fouine, son menton fuyant, un vrai profil à la Iago, idéal pour trahir.” Ayant travaillé sur ce sujet pour une très ancienne maîtrise, je peux assurer que la polémique de gauche, par tradition, ne recourt jamais à ce genre de stylistique. Elle peut être très violente dans le combat d’idées, menacer de mort l’adversaire, mais jamais, par principe, elle ne s’en prend à son apparence physique. Et je trouve dramatique qu’un tel tabou soit tombé.

Il est plus facile de s’indigner à bon compte que de s’informer. Bimi, disais-je, bien intentionné, mal informé. Accuser Eric Besson d’être un sous-marin du FN et un raciste est d’une grande injustice et manifeste une absence complète d’information. Il suffirait à Stéphane Guillon d’avoir, par exemple, pris la peine de lire le livre de réglement de comptes de Sylvie Brunel, l’ex-épouse de Besson, pour savoir à quoi s’en tenir à ce sujet.

Citations : “Nous vivons dans une ville connue pour son importante population d’origine maghrébine, ce qui lui a valu longtemps d’avoir d’avoir mauvaise réputation - Comment avez-vous pu choisir de de vous installer à Donzère ? C’est le Bronx ! nous a-t-on dit lorsque nous y avons acheté notre maison en 1989.” “Les immigrés avaient été parqués dans une cité HLM assez glauque, baptisée de façon suggestive “l’Enclos”. Eric [Besson, devenu maire] a mis un point d’honneur à le réhabiliter, refaire la crèche, créer des espaces verts et un terrain de sport tellement beau que pas un jeune n’a osé le dégrader depuis. ” “Mon Mari [Eric Besson] est considéré comme celui qui a réconcilié les communautés et pacifié la ville. Personne n’oublie qu’il est né à Marrakech et qu’il a vécu dix-huit ans au Maroc. Peu savent, en revanche, que sa grand-mère maternelle ne parlait pas français.” (Manuel de Guérilla à l’usage des femmes, p. 144, 145) A Donzère, Eric Beson a attaqué politiquement un FN qui y réalisait des scores extravagants. Et il a obtenu, lui, des résultats en ce domaine que les billets d’humoristes quotidiens sont bien incapables de produire. Quand ils n’ont pas l’effet inverse à celui qui est recherché : l’exaspération d’une population - qui ne vit pas dans les beaux quartiers, mais peut-être dans ceux où l’on vend de la drogue aux enfants - envers les humoristes matinaux ignorant les fins de mois difficiles.

L’humoriste de droite Eric Zemmour est attaqué de toutes parts pour avoir osé dire à un micro ce que tout le monde sait pour vrai et que confirme l’une des personnalités les mieux informées dans le domaine. Ceux qui s’en scandalisent devraient plutôt travailler à expliquer un phénomène qui a des causes objectives dans la réalité sociale de nos quartiers : lorsque l’accès à l’emploi est rendu impossible, il ne reste que le “bizness”. La même semaine, l’on court au secours de l’humoriste de gauche Stéphane Guillon, menacé d’une éventuelle réprimande, pour avoir lancé une accusation mensongère à un autre micro. Double standard moral. Aron parlait aussi, à propos de Sartre, d’un “moralisme à sens unique” (Polémiques, 1955), qui fait qu’on se scandalise ou s’émerveille des mêmes actes, selon qu’ils sont commis par l’adversaire ou par l’allié politiques. Et dans l’Opium des intellectuels, il explique le “double jeu de la rigueur et de l’indulgence” auquel parvient l’intellectuel aveuglé par l’esprit partisan. Qu’on en soit encore là dans ce pays 20 ans après la fin de la guerre froide est affligeant.


Brice Couturier 

Repost 0
Published by Brice Couturier - dans Réflexion politique
commenter cet article
25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 13:05


Au delà d'erreurs commises par le pouvoir, d'un comportement présidentiel qui surprend ou choque souvent, c'est sans doute la crise et ses effets qui sont la cause essentielle de l'échec de la majorité aux élections régionales.
Les Français ne voient pas se concrétiser les espérances que la campagne de Nicolas Sarkozy avaient éveillées en eux, et rendent le Président et la majorité responsables de leurs difficultés et de leurs souffrances, quand elles sont plus sûrement dûes à une situation extraordinairement difficile. Alors, ils adoptent, et on peut les comprendre, une attitude de retrait ou d'opposition.

Pour répondre au message d'inquiétude, de déception, de mécontentement que les Français lui ont envoyé, le Président a eu raison de dire que "rien ne serait pire que de changer de cap". Si des inflechissements sont possibles voire nécessaires, il lui appartient de poursuivre sa politique de relance des investissements et de soutien à l'industrie et à l'agriculture, pour sortir au plus vite de la crise et voir à nouveau baisser le chômage.  Poursuivre également sa politique destinée à modeniser la France afin de la rendre plus apte à bénéficier de la reprise lorsque celle-ci sera effective.Lancer et mettre en oeuvre les réformes essentielles qui ne peuvent attendre comme celle sur les retraites et sur la santé.  Et puis, renforcer son action en faveur de la sécurité et de la cohésion nationale, continuer sa politique d'ouverture. Ce sont les conditions du rebond.

Si l'intervention, lucide et volontaire, faite hier par le Président, en réponse au message des Français, nous convient, nous pensons également qu'il serait utile que dans les semaines qui viennent il rappelle et complète les mesures sociales qui font partie de sa politique et qui justifient, en grande partie, le soutien que nous lui apportons.

Mais, pour que cette  politique soit entendue, peut-être faudrait-il renoncer préalablement au bouclier fiscal à 50%. Cette mesure n'est pas en soi scandaleuse mais, en période de crise l'opposition a su si habilement l'utiliser et la majorité si maladroitement la défendre, que si le Président ne revient pas, d'une manière ou d'une autre, sur cette mesure, sa politique sociale (pourtant réelle et plus solidaire que ne le prétendent les opposants) restera entachée de l'accusation d'être inégalitaire et de vouloir favoriser "les riches". Quelles que soient les mesures généreuses annoncées et mises en oeuvre, elles risquent de ne pas être audibles. Si Nicolas Sarkozy consent à revenir sur cette mesure, alors sa politique sociale retrouvera une chance d'être comprise et approuvée.

La Gauche Moderne réfléchit en ce moment à une solution qu'elle proposera sans doute bientôt: suspendre pendant 3 ans le bouclier fiscal ainsi que certaines niches fiscales, et consacrer les milliards ainsi récupérés par l'Etat, au Fonds de Réserve des Retraites et à la réduction de la dette.

Dans sa déclaration d'hier, Nicolas Sarkozy a aussi insisté sur l'action qu'il veut développer pour favoriser le pacte social, la laïcité, la cohésion nationale et l'ouverture, gage d'une démocratie exemplaire. On peut regretter que certains élus UMP demandent la fin de cette politique d'ouverture, qui est le refus du clanisme et du sectarisme, dont les précédentes majorités nous ont donné un triste exemple, mais manifeste aussi la volonté de permettre
une démocratie apaisée, une République irréprochable voulue par le Président
.
En outre, la droite doit prendre conscience qu'isolée et repliée sur ses valeurs, ses propositions, ses responsables, elle n'est pas majoritaire dans notre pays. Refuser de s'ouvrir et de s'élargir, c'est pour elle la certitude de l'échec.

En apportant notre soutien à la politique du Président de la République et du gouvernement, en voulant toujours l'orienter vers plus de solidarité et de justice sociale, c'est, au contraire, la voie du succès que nous voulons ouvrir lors des prochaines échéances. 

Marc d'Héré

 


Repost 0
Published by Marc d'Here - dans Réflexion politique
commenter cet article