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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 06:45

   

  Reprise d'un article publié le 30 mars dernier

Libye : Nicolas Sarkozy n’a fait sur ce dossier aucune erreur.  Il a su prendre les bonnes décisions en temps utile, convaincre ses principaux partenaires (sauf une Angela Merkel totalement dépassée !) et l’ONU d’intervenir. Le massacre a été évité, et les forces démocratiques soutenues dans leur lutte contre une dictature particulièrement hideuse.  Ces forces ainsi soutenues, ont pu desserrer l’étau et  progressent sur le chemin de leur libération. Pourtant il semble que vu l’état de leurs forces  elles ne pourront pas vaincre sans une aide plus directe et plus complète.  Si la situation n’évolue pas suffisamment dans les semaines qui viennent, la France devrait convaincre ses partenaires d’aller plus loin dans les sanctions contre le régime de Kadhafi  et surtout dans l’aide à apporter aux « rebelles », avec notamment la fourniture d’armements. 

Chiffres : Une série de chiffres encourageants ont récemment été publiés, qui tendent à montrer que la politique économique et sociale du gouvernement porte ses fruits. C’est sur le front du chômage d’abord que les bons résultats s’affichent.  On a  eu  la confirmation que la France s’était remise à créer des emplois (plus de 100.000 en 2010) et que le chômage avait baissé pendant cette période, passant de 9,6% de la population active fin 2009, à 9,2% à fin 2010.  Cette amélioration s’est poursuivie début 2011, avec la baisse du chômage en janvier et en février, notamment pour les jeunes. Autre bonne nouvelle, la croissance dont les chiffres du 4ème trimestre 2010 ont été revus à la hausse. La construction de logement neufs a été relancée en 2010 et devrait atteindre des records en 2011, la consommation des ménages a fortement rebondi en février et la bourse qui s’était effondrée retrouve une bonne tendance…Enfin, il semble que le déficit de l’année 2010, qui devrait être annoncé prochainement, ait été sensiblement inférieur aux objectifs.                        

Cantonales : La défaite de la majorité est évidente. Ce n’est pas la nier que de faire observer qu’elle est sans doute un peu moins large qu’on ne le craignait et que la victoire des socialistes est peut-être un peu moins importante que ceux-ci ne l’espéraient. Le Front National progresse et s’impose dans le champ politique, ce qui n’est pas une bonne nouvelle ! Plus de la moitié des Français le considèrent aujourd’hui comme un parti comme un autre,  extrémiste certainement et qu’ils ne soutiennent pas (c’est heureux !), mais ne le perçoivent sans doute pas comme un parti dangereux pour la République, surtout à l’occasion d’élections cantonales ! D’ailleurs les tentatives de « front républicain » ont échoué d’un côté comme de l’autre et le Front National a gagné plus de 10% au deuxième tour, qu’il soit opposé à un candidat de droite ou à un candidat de gauche.  Il n’est pas absurde de penser que la « dramatisation » de la montée relative du Front National, lui profite, ce qui explique que  les socialistes aient tout intérêt à le faire, d’autant que cela contribue en outre à resserrer  leurs rangs. Voir que  d’autres, à droite ou au centre, s’engouffrent dans ce piège est plus surprenant. C’est par une politique économique et  sociale juste et qui répondra aux attentes de nos concitoyens les plus vulnérables,  c’est par un refus attentif des discriminations,  c’est par une politique qui favorise la  cohésion sociale et lutte contre les communautarismes, que l’on s’opposera le plus efficacement au Front National et non par des proclamations, ou   une alliance, même conjoncturelle, avec les socialistes. Ces appels à voter les uns pour les autres, outre qu’ils sont peu suivis, viennent  donner force aux arguments  du  Front   National, sur la « complicité des élites de  l’UMPS ».

 

Débat laïcité : Ce débat a été annoncé, il doit donc, quoiqu’on pense de son utilité ou de son opportunité,  se tenir et se tenir de la manière la plus républicaine, la plus sereine et la plus ouverte possible. Certains, à gauche ou à droite,   qui se disent favorables à la liberté de discussion, ennemis des communautarismes,  mais  affirment craindre les conséquences pour la cohésion nationale de ce débat, remettent  jour après jour de l’huile sur le feu, en exigeant sa suppression, ou en stigmatisant par avance et violemment, ceux qui doivent le mener. On peut se demander s’ils  ont vraiment pour objectif principal ou unique la paix civile, la cohésion et l’harmonie sociale ?

 

Droitisation : On entend évoquer parfois,  la « droitisation » du gouvernement, celui résultant du remaniement du 14 novembre dernier.  Je  pense que cela traduit une volonté polémique sans fondement, ou une soumission paresseuse au conformisme médiatique. Qu’il y ait une droitisation de l’UMP, c’est à peu près certain et c’est très regrettable. En revanche, le gouvernement ne me semble pas mener une politique plus droitière, qu’il y a 8 ou 10 mois…La mise en musique du triste discours de Grenoble, c’était l’ancien gouvernement Fillon, pas le nouveau, qui, vis-à-vis des Roms me paraît avoir une politique plus humaine et plus apaisée. Ce nouveau gouvernement a renoncé (fortement influencé c’est vrai par les centristes) à la déchéance de nationalité pour certains Français « récents », qui était une proposition ridicule de l’ancien gouvernement. Cela, avec l’abandon du ministère de l’identité nationale me paraît aller davantage dans le sens du recentrage que de la droitisation.  Même chose pour le bouclier fiscal, symbole même de l’injustice sociale, que le  précédent gouvernement Fillon, et ses membres, refusaient de remettre en cause et que le nouveau  gouvernement a supprimé. Et l’étude d’une réforme de la dépendance, ne me semble pas, là encore,  aller dans le sens d’une droitisation…Je peux me tromper et je n’hésiterai pas à le reconnaître, si on m’apporte des arguments convaincants, mais pour l’instant je continue à penser que parler de « droitisation du gouvernement », n’est pas exact, et injustement polémique.

 

Sondages : Les sondages électoraux réalisés aujourd’hui n’ont aucune signification. Le dernier, BVA,  indique, le même jour une progression de 2 points de la popularité du Président ( 32%) et  une baisse de 8 points (17%) de son score au premier tour. Je crois que le Président a raison de n’en tenir aucun compte et de poursuivre avec calme, le chemin qu’il s’est tracé : mettre en œuvre une politique extérieure ambitieuse et utile, poursuivre sur la voie des réformes nécessaires, obtenir des résultats dans les deux domaines que sont l’emploi et la sécurité des Français et calmer une majorité fébrile et  trop occupée  à des disputes mesquines,  résultant d’ambitions pour le moins prématurées  L’été devrait être meilleur que le printemps !

 

Marc d’Héré

 

PS: Déficit un résultat remarquable: Le déficit public de la France "sera de 7% pour l'ensemble de 2010", inférieur à la précédente prévision du gouvernement de 7,7% du produit intérieur brut, a annoncé aujourd'hui la ministre de l'Economie Christine Lagarde sur Radio Classique.

 

Je rappelle que ce que je publie, sous ma signature, n’engage que moi. Aucune confusion ne doit être faite entre ce que j'écris, et ce que peut penser ou proposer par ailleurs quelque mouvement politique que ce soit.

 

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 05:50

 

Stéphane Rozès, politologue, président de la société de conseil Cap et enseignant à HEC et Sciences Po, analyse pour "La Tribune", les enjeux des élections cantonales, un an avant la présidentielle de 2012. Publié le 27 03 2011.

 

Quels seront les thèmes de l'élection présidentielle de 2012 ?

Premièrement, la dimension spirituelle du futur président, sa capacité à incarner la fonction présidentielle et, ensuite, l'articulation dans son projet temporel entre la question sociale et la question nationale. Chacun se demande comment le pays doit et peut se réformer pour se déployer dans la mondialisation et quelle est sa place dans ce mouvement, dans le commun national dont le président est la figure.

Quels sont les enjeux pour les candidats ?

Nicolas Sarkozy doit renouer avec le pays alors qu'il connaît une crise de leadership inégalée pour un président sortant. Il oscille entre une ligne sociale-républicaine, inspirée par Henri Guaino et qui nécessiterait qu'il se représidentialise au travers d'un 'récit commun' et la ligne actuelle identitaire-nationale, inspirée par Patrick Buisson [conseiller de Nicolas Sarkozy, ancien journaliste à "Minute",  "Valeurs actuelles" ou à la télévision, sur LCI et Histoire, Ndlr], qui vise à faire rupture en infléchissant le logiciel républicain avec un travail sur les origines.

Marine Le Pen commence à transformer le FN de parti protestataire en alternative politique. Elle perpétue des thèses xénophobes en pointant les musulmans et derrière les immigrés, au nom de la République et de la laïcité,elle articule la question sociale et nationale avec la fermeture des frontières censée éviter les délocalisations dans un sens et les flux migratoires qui concurrencent le salariat de l'autre. Quant à la gauche, le pays attend son candidat car, sur le fond, à part l'anti-sarkozysme, le flou domine. Mais pour tous, ces cantonales sont déjà un laboratoire de la présidentielle.

Nicolas Sarkozy déploie-t-il avec le refus du "front républicain" une ligne de conduite claire ?

Oui. La ligne nationale-identitaire vise à déplacer dans les représentations le débat : des questions économiques et sociales, plus favorables à un candidat comme Strauss-Kahn aux questions culturelles comme l'identité et la laïcité .. et à déplacer le débat gauche/droite à droite/extrême-droite. Du discours de Grenoble, qui établit un lien entre immigration et insécurité et ancienneté de la nationalité pour juger des délinquants, en passant par le débat de l'UMP liant laïcité et Islam et par le refus du "Front Républicain" qui renvoie dos à dos la Gauche et le FN, la logique d'opinion et les faits électoraux actuels amènent Marine Le Pen au second tour. Car Sarkozy récupère l'électorat FN en 2007 en lui donnant une place positive au sein de la Nation ("travail-mérite-pouvoir d'achat"). Faire un lien immigration - insécurité ou pointer le mauvais musulmans renforce le FN. Mais cette orientation ouvre le champ des possibles à Nicolas Sarkozy.

L'analyse est qu'en campagne le (la) candidat(e) socialiste ambigu(ë) sur la République et la laïcité, car porté comme aujourd'hui par un tropisme multiculturaliste et de droit à la différence, se coupera des catégories populaires et ne passera pas le second tour. Les droites gaullistes, humanistes et démo-chrétiennes et les principaux ténors de la majorité (hormis Jean-François Copé) sont, pour des raisons de valeurs, hostiles à cette orientation qui à terme préfigure un scénario à l'italienne, une alliance UMP-FN devenant tacitement ou explicitement nécessaire et possible. Ils comprennent également qu'en cas de duel Sarkozy/Le Pen en 2012, le pays contraint de voter Sarkozy pour des raisons républicaines s'en libèrera en votant majoritairement à gauche aux législatives.

La personnalité du candidat socialiste joue-t-elle ?

Oui. Nicolas Sarkozy n'est pas un doctrinaire. Il va voir comment le candidat socialiste se positionne sur la réforme et la République pour choisir définitivement sa stratégie. A l'issue du second tour il va regarder déjà comment se sont comportés les électorats en présence de son orientation identitaire-nationale avec la fin du Front Républicain.

Propos recueillis par Isabelle Moreau - 27/03/2011, La tribune.fr

 

 

Voir sur ce blog: mise au point:  :  http://marcdhere.over-blog.com/article-mise-au-point-70197861.html

 

 

 

 

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Published by Stephane Rozès, pour la tribune.fr, interrogé par Isabelle Moreau - dans Réflexion politique
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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 17:46

 

Cet article a été publié sur ce blog en avril 2007, avant l'élection de Nicolas Sarkozy, et avant la crise mondiale. J'aurais bien peu de choses à y changer, aujourd'hui...

 

Pour restaurer sa légitimité face aux mutations du monde contemporain, la gauche, ou sa  composante la plus moderniste,  doit incarner une ambition collective en s’affirmant  force de propositions et initiatrice  d’actions adaptées aux nouveaux enjeux. Elle doit pour cela se rénover profondément dans ses idées comme dans ses projets, sans craindre de remettre en cause certaines modalités d’action  qui avec le temps ont été  considérées comme des principes intangibles, alors qu’elles  n’étaient  en réalité que des moyens pour atteindre des buts, qui eux  demeurent constants.

 

Nos  valeurs convergent avec celles des premiers  socialistes, les buts ou les objectifs ont peu varié,  mais    les moyens politiques à utiliser pour les atteindre, par définition liés à un moment de l’histoire, à une situation et  un environnement donnés,  peuvent et doivent  changer pour rester efficaces.

 

La  pensée traditionnelle  de gauche  considère  comme des idéaux ou des objectifs, et donc comme intouchables,  des concepts qui n’étaient que   des moyens définis dans les années quarante, comme la gestion étatique des services publics,  l’interventionnisme   de l’Etat, le statut de la fonction publique,  les mesures strictement égalitaires  ou le recours à  l’assistance.  Elle a,  pour cette raison, hésité à   les remettre en cause, ou l’a fait  avec un sentiment de culpabilité qui retarde  ou interdit les politiques nouvelles indispensables. Lorsque  Tony Blair écrivait   :    « nous avons confondu les fins et les moyens, tolérant qu’un ensemble d’outils économiques éclipsent les buts qu’ils étaient censés servir », il touchait un point central de la critique qui peut être apportée à l’action de  la gauche et dessinait en creux l’objectif d’une nécessaire modernisation. Admettre le découplage entre les fins et les moyens, et en comprendre la nécessité  permet de se libérer du carcan de dogmes pesants, de se doter d’une liberté d’action sur les plans économiques et politiques, de se retrouver en phase avec l’évolution du monde et de la société.  Nous devons repartir des objectifs fondamentaux qui sont ceux de la gauche et trouver, pour les concrétiser,  les moyens de notre temps.

 

 

L’alliance entre le libéralisme et la justice sociale est souvent considérée  comme contre nature, et le libéralisme économique, notamment, parait  incompatible avec les objectifs de la gauche.  Nous voulons mettre  au contraire en évidence que cette  alliance  est possible, qu’elle est même sans doute nécessaire à la réalisation dans le monde d’aujourd’hui des finalités et des valeurs de la gauche.

Depuis trente ans, l’anti-libéralisme est devenu, en France,  la pensée uniforme  à gauche comme à droite. Il s’agit pour nous de lutter contre cette « trouble évidence »  et de montrer à quel point cette intégration des idées libérales au socialisme peut le renouveler et lui apporter une efficacité nouvelle

Tout au long de son histoire, d’ailleurs,  le socialisme s’est enrichi de nombre  d’idées venant du libéralisme, de la même manière que le libéralisme s’est d’une certaine manière   socialisé.

 

Le libéralisme a reconnu les risques de l’injustice sociale engendrée par une liberté trop absolue, les dangers que la libre initiative sans contrôle ou la concurrence non régulée  pouvait faire courir à la cohésion sociale. Le socialisme moderne a su accepter le marché et la propriété, de la même manière qu’il est devenu plus soucieux de l’autonomie des individus et du rôle essentiel  qui peut être celui des pouvoirs intermédiaires. Socialisme et libéralisme peuvent cheminer de concert et s’épauler dans la recherche du progrès social. C’est  leur combinaison qui  donnera une modernité et une capacité créatrice nouvelle à ces deux concepts anciens.   

Socialistes et libéraux, nous ne pouvons continuer à  soutenir les principes d’un socialisme émollient qui confond justice sociale et assistance, qui ne comprend la régulation que globale et émanant de l’Etat,  qui veut limiter  le  recours à l’initiative et à la prise de responsabilité  parce qu’il  en craint les abus. 

L’expérience nous permet d’affirmer au contraire  que c’est la liberté de la personne, l’engagement individuel et  collectif, qui ouvrent la voie au progrès et à  de nouvelles formes de justice sociale. L’initiative et la concurrence favorisent l’innovation et  sont, pour une société, des facteurs de dynamisme.

La  compétitivité économique n’est pas l’antithèse de la cohésion sociale, elle peut même la favoriser.  L’abandon d’une  réglementation centralisée des rapports sociaux et économiques au profit du  contrat et de la négociation entre partenaires responsables, peut permettre de  reformer ce lien social qu’un Etat interventionniste tend à dissoudre. L’aide gagne en  efficacité, y compris pour ceux qui en bénéficient, si au lieu d’être   apportée de manière globale et automatique, elle est  ciblée et adaptée aux publics, aux individus qui en ont besoin et se présente comme un tremplin. 

 

Le refus des principes dépassés du socialisme, ne nous situe pas pour autant dans le camp des thuriféraires du capitalisme,  l’ensemble de nos propositions a même   pour objet de lutter contre  la dureté et l’injustice qu’il provoque.  Avec Lucien Jaume nous pensons qu’on ne peut assimiler le  libéralisme - et encore moins le socialisme  libéral - à un capitalisme débridé, comme les tenants du politiquement correct, de droite ou de gauche,  ont tendance à le faire ou à un ultra libéralisme synonyme d’absence de règles et de loi du plus fort.

Le libéralisme économique lui-même  qui repose sur l’échange, la concurrence égale, l’édiction de  normes permettant le fonctionnement libre et juste   du marché  a trop souvent été purement et simplement  assimilé au capitalisme, à sa  logique de puissance, d’accumulation ilimitée de richesses et  de destruction de l’échange, de concentrations tendant au monopole, à ses excès. Vouloir  bénéficier du dynamisme qu’il apporte, utiliser sa force motrice,  ne nous empêche pas d’agir pour limiter sa brutalité ainsi que  son emprise – et celle de l’argent – sur la société. 

 

Notre vision est celle d’un humanisme actif qui, faisant appel à la responsabilité de chacun, ouvre un large champ d’autonomie et d’épanouissement personnel,  d’initiatives sociales  et d’actions transformatrices. Elle exprime  une confiance en l’homme et en  ses facultés d’initiative, une confiance  dans la capacité d’une société libre à affronter le présent et à s’engager, de manière plus dynamique sur la voie du futur.

 

Marc d’Héré  

 



 

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4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 21:21

 

Alain Duhamel, Le Point du 20 01... 

 

 

Jean-Pierre Chevènement s'est toujours fait une certaine idée de la France : une République glorieuse et souveraine, laïque et socialiste, dirigiste et industrialiste.

Au soir de sa vie politique, il médite sur le destin contrarié de cette patrie en péril ainsi que sur le bilan du rôle qu'il a joué lui-même durant plus de quatre décennies au service d'un projet inassouvi. Cela nous vaut un beau livre, de loin le meilleur qu'ait jamais écrit son orgueilleux auteur, un livre dense et sincère, original et informé, notamment à propos de l'Allemagne (1).

On y retrouve la grande intelligence et l'ardent sectarisme, la vraie culture et l'immuable bonne conscience, la cohérence et la myopie d'un homme politique de premier plan. Le rêve français de Jean-Pierre Chevènement est ainsi le miroir de son auteur.

 

L'ancien ministre revisite avec précision et exigence un itinéraire personnel et l'empreinte qu'ont laissée ses idées. Lui qui a puissamment contribué à placer le Parti socialiste dans les mains de François Mitterrand, qui a été la plume officielle des projets du PS de 1972et 1979, qui a occupé les postes ministériels les plus marquants, aboutit à cette conclusion véridique et désenchantée : il n'a pu empêcher le Parti socialiste au pouvoir de basculer irrésistiblement vers le social-libéralisme.

Malgré ses combats tumultueux, ses démissions fracassantes, ses ruptures rageuses, il n'a pu infléchir une trajectoire de la gauche qui a épousé la trajectoire de la France.

 

Tout cela ne serait que l'honorable récit d'un " cocu magnifique " si Jean-Pierre Chevènement ne consacrait l'essentiel de sa réflexion au destin de la France durant ce quasi-demi-siècle. C'est le meilleur du livre. On le voit, on le vit luttant en vain contre le pari pascalien de François Mitterrand " La France est notre patrie, l'Europe est notre avenir ".

Et pourtant, ce nationaliste de gauche qui ne conçoit pas que patriotisme et fédéralisme européens soient compatibles ne préconise pas la sortie de l'euro et suspend aujourd'hui l'avenir de la France à une Europe européenne inspirée par Paris et Berlin. Ce rationnel impérieux avoue ainsi une logique buissonnière.

 

Un utile contrepoint à ces réflexions plus stimulantes que convaincantes peut se trouver dans la lecture du livre de Jean-Pierre Rioux, l'un de nos bons historiens, " Les centristes, de Mirabeau à Bayrou "(2). C'est un essai brillant, enlevé (presque trop), sur une famille politique qui, depuis plus de deux siècles, est constamment caricaturée et sous-estimée mais se console en gouvernant ou en influençant bien plus que Jean-Pierre Chevènement n'a jamais pu le faire.

 

 

1. " La France est-elle finie ? ", Fayard, 315p., 19E.

2. Fayard, 314p., 18,50E.

 

 

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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 13:58

 

Je propose,  sous ce titre, une série de trois articles consacrés à la nécessaire affirmation de La Gauche Moderne, dans la période qui vient.  

 

Aujourd’hui, le 2ème article :  pour la réforme juste

 

 

 

  II- Pour la réforme juste

 

Où en est la gauche aujourd’hui en France ?  Plus précisément, où en sont les gauches ?

 

L’extrême gauche, morcelée, éclatée en multiples factions est dominées par deux  partis rivaux, le NPA de Besancenot et le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon qui aspire dans son orbite un Parti communiste moribond. Quelles que soient les différences et les oppositions entre ces différentes organisations, toutes se caractérisent par la violence et l’outrance de leur discours, par une obsession anti capitaliste et anti libérale, par la  radicalité et l’irréalisme absolu de leurs propositions.

 

Coupé de ses homologues européens, le Parti socialiste, est un parti divisé et  sur le déclin,  fort encore de ses bastions locaux mais qui  perd progressivement de son importance  au niveau national.  Désorienté par  une évolution du monde et de nos sociétés qu’il n’a pas voulu ou su  analyser, campé dans une opposition dogmatique à tout ce qui peut de près ou de loin s’apparenter au libéralisme, refusant toute réforme, arque bouté  sur les dogmes que  sont l’assistance, la préservation des  droits acquis, l’augmentation continue des dépenses de fonctionnement  de l’Etat et donc des impôts, la méfiance confinant à l’hostilité vis-à-vis de entrepreneurs, il se montre incapable de bâtir un projet réaliste novateur et répondant aux besoins comme  aux attentes de nos compatriotes.  

 

Quelques satellites morts comme le PRG et le MDC, tournent encore par effet d' hystérésis,  autour de cet astre mourant.

 

Doit-on se résigner  à cette situation ? Pense-t-on que  la gauche doive se limiter à n’offrir que le visage de la radicalité utopiste, ou celui de l’immobilisme archaïque ?  Ailleurs en Europe, on voit bien  qu’une autre gauche peut exister et parfois remporter des succès.

 

Et, en effet, la   gauche c’est aussi autre chose. C’est l’équité, la responsabilité, l’initiative,  c’est la complémentarité reconnue entre les droits et les devoirs. C’est la recherche de la justice sociale,  rendue possible par l’efficacité économique et les réformes de structure. C’est la lutte contre le chômage  basée, non sur la préservation   à toute force des emplois dépassés mais sur l’innovation, sur la souplesse donnée aux entreprises  et  sur  la formation et la protection des salariés.  C’est une pression fiscale qui, restant globalement au même niveau, sera  rééquilibrée,  par une taxation plus forte des revenus du patrimoine et une diminution des charges pesant sur les entreprises et les salariés. C’est une possibilité de sortir des 35 heures pour accroître le pouvoir d’achat des salariés  et la production des entreprises.  C’est une réponse à apporter à l’injustice dont sont victimes les classes moyennes, « trop pauvres pour vivre vraiment à l’aise et trop riches pour bénéficier des aides ». C’est un Etat modernisé et qui verra réduire ses dépenses de fonctionnement, tout en affirmant son autorité,  et des services publics plus autonomes pour un meilleur service, notamment en direction des plus fragiles et des plus vulnérables.

 

Oui il y a une autre façon d’être de gauche et d’agir à gauche. En  France aujourd’hui, c’est  La Gauche Moderne qui  représente cette autre voix de gauche, cette autre voie pour la gauche.  

 

Alors que le Parti socialiste, qui prétend vouloir la justice sociale, a abandonné toute idée de réforme qui en est pourtant la condition,   la Gauche Moderne, elle, parce que la France a besoin de réforme et que les Français ont besoin de justice,   a clairement choisi « la  réforme juste »  

 

Cette belle idée, cette ligne directrice de gauche,  doit  pouvoir s’exprimer fortement, dans tous les débats, et nous nous y attacherons.  Elle doit  aussi être présente   dans  toutes les   élections, des cantonales à la présidentielle.  Là encore, nous ferons en sorte de répondre présents…

 

Marc d’Héré

 

 

….A suivre….Troisième et dernier article le 20 janvier

 

Voir le premier article de cette série de 3: http://marcdhere.over-blog.com/article-la-gauche-moderne-une-nouvelle-voie-et-une-nouvelle-voix-pour-la-gauche-64410826.html 

 

Et toujours sur ce blog: "Bockel je ne serai  pas un sénateur en pré retraite": http://marcdhere.over-blog.com/article-bockel-je-ne-serai-pas-un-senateur-en-preretraite-63052177.html 

 

 

 

 

 

 

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11 janvier 2011 2 11 /01 /janvier /2011 09:34

 

Larges extraits du discours, prononcé le 10 01 2011, à Matignon...

 

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs,

 

Samedi deux Français sont morts, après avoir été pris en otages au Niger. C’est un drame et je pense aux parents des deux jeunes réunis dans la perspective du mariage de l’un d’entre eux. Je pense à la jeune fiancée nigérienne. Le terrorisme a brisé leur vie.

Et pourtant, comme l’a dit le Président de la République hier, cela ne saurait entamer notre détermination à lutter contre ce fléau. La faiblesse n’est pas une solution, bien au contraire, l’irrésolution ne peut qu’accentuer la pression à l’égard de notre démocratie et de nos compatriotes à l’étranger. Chaque fois que nous sommes confrontés à des prises d’otages, je veux vous dire que nous pesons avec beaucoup de gravité les avantages et les risques d’une opération de sauvetage...

 

 Mais cela doit nous rappeler à notre devoir de vigilance. Les Français en zone sahélienne doivent redoubler de prudence. Le Quai d’Orsay reprendra fermement la diffusion des consignes indispensables. Alain Juppé est à Niamey pour faire le point avec les autorités nigériennes et pour rencontrer la communauté française...

 

 Je sais que l’émotion est forte, mais je me félicite de voir que les élus et les observateurs font preuve d’une grande responsabilité et d’un sens élevé de l’intérêt national.

 

Mesdames et messieurs, voilà donc la quatrième édition des vœux que je vous présente en tant que Premier ministre, et j’ai été sensible aux propos de votre présidente qui laissent à croire que rien ne change pour que tout change. En tout cas, je ne crois pas avoir changé et je n’ai pas l’intention de le faire.

 

Il y a un quinquennat de mission auquel je me suis toujours senti lié et dont j’assume, sous l’autorité de Nicolas Sarkozy, les succès et les épreuves...

La stabilité du pouvoir exécutif, ça n’est peut-être pas très «décoiffant», mais c’est un atout qui permet d’être concentré sur nos objectifs : la reprise économique et la sécurisation de la zone euro, la cohésion sociale et la réduction des déficits, la réforme de la dépendance, celle de la justice et la réforme fiscale qui sera présentée en mai au Conseil des ministres et débattue au parlement en juin prochain.

 

Notre devoir est d’arriver en 2012 avec un bilan aussi solide que possible. Un bilan d’abord économique avec une croissance retrouvée et libérée des turbulences de la crise. Un bilan social ensuite, avec un taux de chômage en baisse progressive, un régime de retraites consolidé, un système plus complet de prise en charge de la dépendance. Un bilan financier marqué par des déficits réduits de près de moitié en 2012 par rapport à 2009. Un bilan diplomatique avec un rayonnement international renforcé par notre présidence du G20. Et enfin, un bilan culturel marqué par une France désormais accoutumée à l’idée que la réforme continue est vitale à son progrès.

 

Et à cet égard, je veux dire que je crois sincèrement que la légitimité du changement a davantage progressé dans notre pays en l’espace de quatre ans qu’au cours des vingt dernières années. On peut être pour ou contre les réformes que nous avons réalisées, mais personne ne peut nier que nous avons fait sauter des verrous psychologiques et que nous avons réintroduit du mouvement dans la société française. L’augmentation de l’âge de départ à la retraite, l’autonomie des universités, le service minimum obligatoire, la démocratisation de la représentativité syndicale sont autant d’avancées qui sont venues bousculer de très vieux mythes.

 

Eh bien, ce mouvement ne sera pas stoppé. Et je veux vous dire, avec le Président de la République que nous voulons faire de l’année 2011 une année utile pour la France. Qu’est ce qu’une année utile ? C’est une année qui continue d’entretenir l’énergie de la réforme qui caractérise ce quinquennat. A l’approche des échéances électorales, tout gouvernement est tenté de ralentir le rythme. Eh bien, nous faisons au contraire le pari de rester dans l’action ; pari risqué, allez-vous me dire, pari pourtant nécessaire, parce que je crois qu’il serait fou de nous croire en situation de donner du temps au temps, mais aussi parce que l’opinion française est souvent beaucoup plus cruelle pour ceux qui choisissent la prudence, que pour ceux qui choisissent l’audace.

 

Une année utile, c’est aussi une année pour consolider notre action. J’ai eu l’occasion de dire que nous n’avions pas à rougir de ce qui a été fait depuis 2007...

 

C’est sur la base de ce bilan que nous développerons une vision cohérente de l’avenir.

 

Et si je parle de cohérence, c’est parce que les grands défis français transcendent les échéances électorales : le défi de la compétitivité, le défi du désendettement, le défi du vieillissement, le défi du développement durable, le défi de l’identité de la France, le défi de l’Europe politique. Tous ces sujets, nous avons commencé à les traiter, mais il faut de la durée et de la ténacité pour aller au bout de nos réponses.

 

Pour cela, nous serons partiellement aidés par l’opposition, puisque 2011 s’annonce comme une année des programmes politiques. Les Français vont enfin pouvoir juger des propositions des uns et des autres. La critique du Président de la République et du Gouvernement ne suffira plus, le temps de la comparaison, et – je l’espère – du débat de fond, va pouvoir commencer. Continuer de réformer, consolider le bilan, tracer des perspectives, voilà ce que nous appelons avec le Président de le République une année utile. A contrario, l’année inutile, ce serait une année de piétinement et de reculade, ce serait une année qui serait dominée par l’attentisme et par l’électoralisme ; en un mot, ce serait une année contraire à ce que nous sommes et à ce que nous savons faire. C’est-à-dire agir et oser, mais aussi dire la vérité sur les risques qu’il nous faut juguler.

 

A cet égard, chacun voit bien que l’année 2011 va réclamer une très grande maîtrise politique. Sur le plan européen, l’exigence de maîtrise est évidente. Avec l’Allemagne, la France a un rôle éminent à jouer pour sécuriser l’euro et l’Europe. Ça signifie trois choses : renforcer l’union politique en structurant la gouvernance de l’Union ; accentuer nos efforts sur l’investissement, notamment en réorientant les programmes européens de recherche pour maximiser leur effet sur l’industrie ; et enfin, imposer sur le plan budgétaire une trajectoire vertueuse à tous les Etats européens.

L’instabilité des marchés financiers suscite des controverses sur l’euro ; controverses auxquelles je veux répondre, parce que je suis inquiet du scepticisme qui entoure l’Union européenne. Et n’ayant pas voté pour le traité de Maastricht, je crois ne pas être suspecté, ne pas pouvoir être suspecté de dogmatisme en la matière.

 

Cette crise n’est pas la crise de l’euro, c’est avant tout la crise de pays qui ont été affaiblis par la récession économique qui a révélé et qui a amplifié les lacunes de leurs modèles de croissance. Dans la plupart des Etats européens, les ajustements sont devenus inévitables et nous ne devons pas laisser croire qu’ils ne seraient pas intervenus si ces pays n’avaient pas appartenu à la zone euro. Pour tout dire, cette crise ne remet en cause ni la pertinence de l’euro, ni les bienfaits apportés par plus de dix années de stabilité des changes... La volonté des pays membres de la zone euro est forte. L’ampleur des mesures qui ont été adoptées ces derniers mois ou qui sont en cours d’adoption le prouve. L’euro, c’est un projet irrévocable, et les difficultés que nous rencontrons, je veux leur voir, au moins, un mérite : celui de relancer le principe d’une direction politique renforcée de l’Union européenne et d’une plus grande intégration des pays qui en partagent la même monnaie.

 

Sur le plan national, la maîtrise politique sera là aussi de mise pour accompagner la reprise. Pour l’année 2010, la croissance française devrait être proche de 1,6%. Nos prévisions sont donc vérifiées. Pour 2011, selon l’Insee, la croissance de la zone euro devrait se modérer d’ici juin sous l’effet du ralentissement des débouchés à l’exportation et de la mise en œuvre des mesures de redressement des finances publiques. Pour l’heure, en l’absence d’une aggravation de la crise des dettes souveraines en 2011, l’objectif d’une croissance de notre économie de 2% continue d’être à notre portée. En novembre, la production industrielle a progressé de 2,3 % et la consommation des produits manufacturés est en hausse de 2,8 %. Le climat des affaires, tel qu’il est mesuré par l'Insee, a poursuivi en décembre sa progression notamment dans l'industrie, où l'indice dépasse désormais sa moyenne de long terme.

 

L'ensemble des indicateurs montre que la croissance de l'économie française s'est accélérée au quatrième trimestre, et que cette tendance favorable devrait se poursuivre en 2011.

Cet objectif de croissance exigera un pilotage très serré : d’un côté, nous allons nourrir le développement de notre économie avec la suppression de la taxe professionnelle, qui va permettre d’injecter 4,3 milliards d’euros dans les entreprises en 2011, et avec les investissements d’avenir, qui vont donner lieu cette année à l’engagement de 15 à 20 milliards d’euros, et de l’autre, nous respecterons scrupuleusement nos engagements en matière de réduction des déficits.

 

Parce qu’il n’est pas envisageable d’augmenter notre pression fiscale, qui est déjà l’une des plus élevées de tous les pays européens, nous menons la plus sévère politique de limitation des dépenses publiques jamais réalisée depuis 20 ans dans notre pays : gel en valeur des moyens des ministères, des transferts aux collectivités territoriales ; réduction des dépenses de fonctionnement et d’intervention des administrations de 10% en 3 ans, dont 5% cette année ; poursuite du non remplacement d’un départ à la retraite sur deux dans la Fonction publique de l’Etat, dont je voudrais indiquer que les effectifs passent cette année sous la barre des deux millions et reviennent à leur niveau du début des années 90 ; réduction des niches fiscales, avec dix milliards d’euros d’économies dès 2011 ; monopole fiscal des lois de finances, afin de mettre fin à la multiplication intempestive et permanente des dispositions fiscales dans tous les projets de loi. C’est une sorte de révolution pour les finances publiques françaises. Grâce à ces efforts, alors que nous avons atteint un déficit en 2010 de 7,7 du PIB, nous reviendrons à 6 en 2011, à 4,6 en 2012, et à 3% en 2013.

 

Sur le plan social, maîtrise politique encore, car nous voyons bien que notre cohésion peut se déliter sous le coup des insatisfactions, en particulier des insatisfactions nées de la crise, ou au contraire, s’affermir aux premières lueurs de la croissance. Tout au long de la récession, je constate que notre pacte a tenu le choc, mais en même temps, chacun sent bien que des fêlures le fragilisent. L’emploi, et notamment l’emploi des jeunes, demeure notre principal défi. Les partenaires sociaux sont invités à nous faire des propositions. Ils y travaillent et nous pourrons, en concertation avec eux, proposer des nouvelles mesures dans les semaines à venir. Les formations politiques ont, elles aussi, un rôle de proposition. Et comme l’a souligné le Président de la République, "il n’y a aucun sujet tabou !"

 

J’ai noté avec intérêt les déclarations des uns et des autres sur les 35 heures. La France à un problème de compétitivité et elle a un problème de financement de son pacte social ; il est donc parfaitement légitime de s’interroger sur les conditions de l’activité, elle qui constitue le principal instrument de création de richesse nationale. On ne pourra pas à moyen terme défendre nos industries, maintenir notre pacte social, réduire nos déficits sans être encore plus productif. .. Toute réflexion sur la durée légale du travail doit donc s’inscrire dans le cadre d’une analyse plus globale sur la convergence européenne.

 

Dans ce débat sur les 35 heures, il faut regarder les choses sans dogmatisme et sans excès. Il faut prendre en compte l’ensemble des paramètres qui ne se résument pas à la seule durée d’activité, mais aussi à la qualité de l’activité, il faut écouter les entrepreneurs, il faut écouter les syndicats de salariés, parce que ce sont eux qui sont au cœur de l’organisation du travail, et enfin, il faut mesurer les évolutions que nous avons introduites depuis 2003 et s’appuyer sur elles pour aller éventuellement plus loin.

Je veux rappeler que la loi de 2008 a tout renvoyé aux accords d'entreprise... Les accords d'entreprise peuvent tout faire, dans le respect des durées maximales – 48 heures par semaine ou 44 heures sur 12 semaines – fixer le nombre d'heures supplémentaires, les mécanismes de modulation et les mécanismes d'aménagement du temps de travail sur l'année. Donc les assouplissements existent, et les possibilités d’aménagement ne demandent qu’à être utilisées.

 

Alors pourquoi ne le sont-elles pas suffisamment ? D’abord, parce que des compromis ont été rudement négociés sur le terrain et que chacun craint de bousculer les équilibres. Ensuite, parce que les allégements de charges permettent aux entreprises de tenir debout malgré les RTT...   

Je veux donc dire aux entreprises qu’il est hors de question de remettre en cause ces allégements qui sont un élément clé de notre compétitivité. Enfin, si les assouplissements ne sont pas pleinement utilisés, c’est peut-être aussi parce que la récession a figé les positions.
Avec le retour de la croissance, il y aura à nouveau du «grain à moudre», et on peut penser que des négociations dans les entreprises vont se réenclencher. Et si tel n’était pas le cas, je veux dire, avec beaucoup de force, que c’est au niveau de l’entreprise, et non de façon directive et unilatérale, qu’il faudra imaginer des solutions nouvelles pour mieux organiser le temps de travail en renforçant la liberté conventionnelle et en modernisant les dispositions du Code du travail.

L’autre débat qui a suscité de vifs commentaires est celui de l’emploi à vie des fonctionnaires. Que la Fonction publique ait besoin d’être modernisée est certain. Mais il ne faut pas radicaliser des oppositions factices ! Et il ne faut pas laisser entendre que l’Etat distribuerait des rentes à vie. Nous avons une Fonction publique de carrière, recrutée par concours, qui fait l’armature d’un Etat impartial, avec une culture du service public et une compétence que beaucoup de gouvernements étrangers nous envient. Ça ne doit évidemment pas nous empêcher de développer de la souplesse pour la gestion des administrations, avec l’intervention de contractuels, et d’ailleurs, nous le faisons...

 

A côté de l’emploi, la question de l’unité républicaine nous renvoie une fois de plus vers des socles fondamentaux auxquels je crois profondément, l’Education, la politique de la ville, la sécurité, l’immigration, l’assimilation, dont la loi sur la Burqa constitue l’un des instruments.
 

Enfin, sur le plan politique, l’approche des échéances nationales peut être, soit, une source de revivification démocratique ou bien de crispation idéologique. Ça sera sans doute les deux. Là encore, nous devrons faire preuve de maîtrise, en évitant de sombrer dans des affrontements inutiles ou brutaux. Et dans cet esprit, les élections cantonales ne devront pas être, plus que de raison, détournées de leurs enjeux locaux.

 

Bref, l’année 2011 sera sensible, et il reviendra au Gouvernement de gérer les affaires de la France avec beaucoup de sang froid. Ça sera d’autant plus nécessaire que nous serons soumis à une surchauffe préélectorale qui n’est jamais la meilleure des inspiratrices. L’approche des élections est toujours propice à un émiettement du pays qui voit les intérêts corporatistes se réveiller et être sollicités. Nous devrons défendre l’intérêt général, assurer la cohérence de la politique nationale et résister aux élans de la démagogie. Il va falloir répondre à la radicalisation de nos adversaires.

D’un côté, il y aura la gauche qui va accentuer ses critiques afin de conforter sa base la plus militante, et en cela, je crains que les primaires socialistes ne soient pas vraiment une source de modération. De l’autre côté, il y aura l’extrême droite qui va tenter une percée à l’instar de ce qui s’est passé dans plusieurs Etats européens. J’ai eu l’occasion de rappeler que le Front National ne doit pas seulement être combattu sur le plan des principes, mais bien sur l’inconséquence de son projet économique et social. Son mélange d’ultra protectionnisme, d’ultra libéralisme et d’ultra étatisme est tout simplement incohérent. Entre ces deux radicalités, le Gouvernement et la majorité devront opposer une ligne politique sérieuse, mais aussi donner encore plus de sens à leur action.

 

2011 doit être une année de ressourcement intellectuel et politique. C’est un travail que nous devrons mener au gouvernement, mais surtout au sein de tous les partis de la majorité présidentielle qui ont vocation à développer ensemble une stratégie pour 2012. Je ferai tout pour coordonner et pour unifier les initiatives de la majorité, parce que si la diversité a sa légitimité, elle a aussi ses limites politiques. Conformément à ce que le Président de la République a annoncé, nous devrons être à l’automne prochain en mesure de cristalliser nos choix et de rassembler nos forces.

 

 

Mesdames et messieurs, les années passent, mais les difficultés de la presse doivent encore et toujours être surmontées. Dans le monde, plusieurs de vos confrères étrangers subissent la loi du silence. En Afghanistan, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier sont toujours retenus en otages. Nous avons tous été scandalisés par l’accusation d’espionnage portée contre eux, eux qui ne faisaient en Afghanistan que leur devoir d’informer. Je pense à leurs familles, je pense à leurs proches, et je mesure la douleur d’une si longue séparation. Je veux leur dire que nous déployons tous nos efforts vis-à-vis de tous les contacts que nous avons pu solliciter et nouer, et que nous ne les oublions pas. Comme nous ne relâchons pas nos efforts pour nos otages détenus au Mali et en Somalie.

 

En France, la presse écrite a subi le choc de la crise. Elle est aussi confrontée à des problèmes de distribution qui l’affaiblissent financièrement. Mon gouvernement a pris cette question à bras le corps en accompagnant la réforme du système de distribution, sur la base du rapport remis par Bruno Mettling. Il faut que cette réforme de la distribution entre en vigueur pour permettre à la presse de réduire ses coûts, parce que la solidité des entreprises de presse est le meilleur gage de la liberté des journalistes. Les aides de l’Etat, qui vous sont précieuses, ne créeront jamais autant de dynamisme dans la presse que des journaux qui se vendent à des lecteurs nombreux et fidèles, qu’ils préfèrent la version papier ou la version Internet.

 

Alors permettez-moi, au moment de vous présenter mes vœux, de vous souhaiter d’abord de gagner des lecteurs, des auditeurs, des téléspectateurs, des internautes ! Et ce souhait aura d’autant plus de chance d’être assouvi que nous aurons ensemble mis une distance vis-à-vis de certains réflexes qui dominent notre vie publique. Le réflexe de l'instantané avec la recherche du coup permanent et de l’émotion brute. Je crois que notre société est en quête de valeurs solides, d’explications, d’inscription dans la durée. Le réflexe du scepticisme auquel notre tempérament national nous incline. Je sais bien que les optimistes et les pessimistes sont également nécessaires à la société – les uns inventent l’avion et les autres le parachute – mais ceci étant, les Français gagneraient à être fiers d’eux-mêmes, à être fiers de leur travail, à être fiers de leurs inventeurs, à être fiers de leurs industries. Reste enfin le réflexe de l'outrance. Il y a un paradoxe, plus les idéologies meurtrières et binaires s’effacent, plus notre débat public prend parfois des allures simplificatrices et brutales. Il y a eu tout au long de l'année 2010 quelques indices inquiétants d'une vie politique où le soupçon permanent et l'insulte facile prenaient le dessus sur une forme de retenue, pourtant appréciée des Français. J’ai vu qu’un débat s’était noué autour de l’idée d’indignation ; rien ne serait en effet moins français que l’apathie et l’indifférence. Mais l’indignation pour l’indignation, ça n’est pas un mode de pensée.

 

La complexité du monde actuel réclame d’abord de la lucidité, de l’exigence intellectuelle, parce que tout ne s’écrit pas en noir et blanc, mais elle réclame aussi et surtout des actes.
En cette année pré-électorale, est-ce qu’on peut souhaiter le sens de la nuance au détriment de la violence ? Est-il possible de parier sur la quête d'une vérité équilibrée, qui prétend construire plutôt que détruire ? Peut-on espérer que la difficile tâche d’agir pour la France ne soit pas étouffée par le penchant bien plus facile de tout contester ? C’est en tout cas le vœu que je formule pour notre démocratie.

 

En cette nouvelle année, je vous adresse chaleureusement et sincèrement des voeux de bonheur et des vœux de santé. Que chacun d’entre-vous puisse éprouver des moments de passion professionnelle, mais aussi toutes ces joies personnelles qui donnent à la vie tout son sens. Et par votre intermédiaire, j’adresse aux Français un message de respect, parce que si notre pays a tenu le choc de la crise, c’est d’abord grâce à eux, et un message de confiance, parce que je veux leur dire que nous avons beaucoup d’atouts pour saisir la croissance. Voilà, je vous souhaite à toutes et à tous une bonne année 2011. Et j’essaierais, Madame la Présidente, de faire en sorte que l’Association de la Presse de Matignon se sente confortée dans son rôle.

 

François Fillon

 

 

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Additif du 14 01:

 

Le déficit budgétaire de l'Etat français s'est établi à 148,8 milliards d'euros en 2010, soit un milliard de moins que prévu, ce qui "conforte" la prévision d'un déficit public à 7,7% du produit intérieur brut, a annoncé aujourd'hui le ministre du Budget, François Baroin, dans un communiqué.

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 13:15

 

Je propose,  sous ce titre, une série de trois articles consacrés à la nécessaire affirmation de La Gauche Moderne, dans la période qui vient.  

 

Aujourd’hui :

 

I- Le choix du changement

 

La Gauche Moderne  parti de centre gauche, fondé à l’initiative de  Jean-Marie  Bockel, s’est engagé dans le soutien à Nicolas Sarkozy, parce que celui-ci apparaissait comme le seul apte à réformer la France.

Dans un monde profondément transformé par la révolution technologique, la globalisation économique et financière, et l’émergence de nouvelles puissances, dans des sociétés gagnées par une montée de  l’individualisme et d’exigences nouvelles, le changement était devenu une urgente nécessité. Et ce l’était particulièrement pour notre pays, qui malgré d’exceptionnels atouts géographiques, économiques, culturels, humains, se trouvait menacé, du fait de l’immobilisme  des 20 dernières années, d’être relégué au bord du chemin par des nations qui avaient mieux compris l’évolution du monde et mieux su s’y adapter.

Ce changement nécessaire,  la gauche s’avère incapable de l’imaginer ou de le vouloir. Archaïque et nostalgique le parti socialiste se cantonne dans la  diabolisation du capitalisme, le refus de toute modernisation, immédiatement qualifiée de régression ultra libérale, et dans l’opposition systématique et brutale à toutes mesures proposées ou prises par le gouvernement.  Le parti socialiste a choisi l’immobilisme, la réforme a changé de camp.

 

C’est pourquoi, La Gauche Moderne, s’éloignant, à regret, de la gauche institutionnelle, a rejoint la majorité présidentielle pour accompagner et soutenir la politique de changement voulue par le Président de la République.

 

 Plus de trois ans après, où en est  La Gauche Moderne, où en sommes-nous ?

 

Sans trop m’avancer je crois pouvoir dire que  notre  choix se trouve justifié. Nicolas Sarkozy a inspiré et mené une politique de changement qui a transcendé les frontières politiques traditionnelles et qui ne peut, malgré ce qu’en disent des commentateurs peu attentifs à la réalité ou peu concernés par la vérité,  être qualifiée de droitière.

 

 Certes, on savait que réformer la France en profondeur, et  lui redonner sa compétitivité ne serait pas facile.  Il y a eu d’abord - différence avec le reste de l’Europe - les difficultés attendues, comme le   refus de la moindre coopération de la part du Parti socialiste, et l’opposition de tous les corporatismes défenseurs de l’immobilisme.  S’y est ajoutée, l’attitude souvent rétive d’une majorité pas toujours prête au changement.

Et puis, le  rythme et l’intensité des réformes n’ont sans doute   pas été suffisants lors de la première année du quinquennat,  celle où tout est d’ordinaire plus facile. Et cela a été d’autant plus regrettable que dès septembre 2008, la crise mondiale nous a atteints.  En limitant les moyens disponibles,  elle a exigé un changement de politique, qui n’a pas permis de réaliser l’ensemble des engagements de campagne, ni  de procéder, avec la force nécessaire, à toutes  les réformes envisagées.

 

On se retrouve donc, même si les choses vont encore un peu avancer durant la dernière année, avec des réformes parfois incomplètes, marquant une « rupture » certaine mais  que l’on peut trouver insuffisante.

 

Pourtant, beaucoup a été fait et le bilan provisoire de ce quinquennat s’avère positif.

 

La réponse de Nicolas Sarkozy  à la crise a été efficace, d’abord en parvenant à   mobiliser les pays européens pour soutenir le secteur bancaire au bord de l’effondrement, procéder à une relance budgétaire coordonnée puis en  s’engageant, au sein d’un G20 qu’il a  contribué à revitaliser, dans une action destinée à moraliser et réguler le capitalisme financier. 

Sur le plan intérieur, le Président   a, fort justement, centré sa réponse à la crise  sur la relance rapide et massive de l’investissement utile et du développement des entreprises… Dans le même temps, les mesures sociales et de soutien à l’activité ont permis de limiter la progression du chômage ainsi que des pertes de revenus qui y sont liées. L’ensemble de ces mesures et la rapidité de leur mise en œuvre,   ont  réussi à faire sortir la France de la crise, plus vite et dans de meilleures conditions que la plupart des pays comparables.

 

Pendant ces trois années, des réformes importantes ont été réalisées.  

La démocratie a progressé, avec l’accroissement des pouvoirs du Parlement et de  l’opposition et un nouveau rôle accordé au Conseil Constitutionnel.

L’Etat a été modernisé. Tout en veillant à préserver son rôle et son autorité, une politique de réorganisation et  d’allégement de son  coût a été entreprise ainsi qu’une réforme importante du fonctionnement des collectivités locales.

La politique d’autonomie des universités, qui permet à chaque établissement d’être maître de son budget et plus autonome dans ses décisions,  et qui s’accompagne d’un  plan de rénovation des campus de 5 milliards d’Euros, et du  soutien à la recherche et à l’innovation avec le  « crédit d’impôt-recherche »  est capitale et s’y ajoute la réforme partielle de l’école, qui permet de mieux accompagner et soutenir les plus faibles.

Pour l’emploi, la réunion de l’ANPE et l’UNEDIC dans un "pôle emploi" unique,  la création d’un Fonds d’Investissement Social, comme l’assouplissement de plusieurs modalités du contrat de travail sont des  mesures qui montrent leur utilité.

La méthode de rénovation sociale, assise sur la ratification des négociations entre acteurs sociaux comme la loi sur la représentativité syndicale, permettent de conforter la légitimité des partenaires sociaux et de soumettre les accords d’entreprise à une réelle validation; la défiscalisation des heures supplémentaires, la décision d’augmenter fortement le minimum vieillesse, l’allocation d’adulte handicapé, le minimum retraite pour les agriculteurs ont permis le soutien du pouvoir d’achat ; la suppression de droits de succession pour 95% des Français, l’instauration du RSA, (et  son extension, sous conditions, aux  moins de 25 ans) qui permet de cumuler revenu d’activité et revenu de solidarité afin d’encourager la reprise d’un emploi, même à temps partiel, et   son financement par une taxe sur le capital,  représentent des mesures sociales essentielles.

S’y ajoute, évidemment, la réforme du système des retraites –venant après celle des régimes spéciaux-  qui permet, en faisant tomber le tabou des 60 ans,  de sauver provisoirement le système par répartition en assurant un financement qui en  limite le déficit.

On peut citer aussi, le service minimum dans les transports et pour l’accueil à l’école qui autorisent un fonctionnement plus régulier du service public et limitent les gênes et  les coûts causés par les grèves ; la création du statut d'auto entrepreneur;  la santé avec la réforme de l’hôpital, les Agences Régionales de Santé (ARS) et les plans de santé publique (Altzheimer et cancer);  la refonte des  cartes judiciaire et militaire ; la politique de création de logements sociaux (il s’en est construit 160.000 en 2009, chiffre jamais atteint en une année) et les facilités accordées pour l’accès à la propriété ;  la plus grande maîtrise de l’immigration,  et la lutte réactivée contre l’immigration clandestine;  la  loi Hadopi qui limite les chargements illégaux sur Internet, la loi contre le port du voile intégral   et  la suppression de la publicité à la télévision publique, qui lui permet de se libérer des contraintes commerciales…  

Et aussi, le « Grenelle de l’environnement » qui a permis d’exprimer et de matérialiser un certain nombre de principes inscrivant la dimension écologique dans notre vision de la politique, et le lancement de mesures de long terme favorables à l’environnement.

 

Comme on le voit, ce bilan  n’est pas mince,  pourtant nous n’approuvons pas tout.

 

Nous regrettons d’abord que le Président n’ait pas suffisamment exposé sa vision de l’avenir, montré l’objectif qu’il se fixait et  les   chemins à emprunter pour y parvenir. Les réformes ont été nombreuses, utiles, fortes, mais ne s’en distinguaient ni la ligne directrice, ni la cohérence.

Nous pouvons, ensuite,  exprimer des réticences voire des oppositions sur certains points, notamment sur la fiscalité : nous nous serions bien passés du bouclier fiscal (qui aurait pu rester au niveau où l’avait placé le précédent gouvernement)  et nous aurions souhaité que l’on fasse participer davantage les plus aisés à l’effort commun. Cette politique  fiscale a  contribué à répandre  dans l’opinion, un sentiment d’injustice, pas vraiment justifié, contre lequel il est très difficile de lutter. Une mesure comme   la nomination des présidents de chaînes publiques par le Président et non par le CSA ne nous semble pas non plus judicieuse, pas plus que l’extension des motifs de déchéance de la nationalité, totalement inutile.

 

Au bout du compte c’est un jugement positif que nous pouvons porter sur ces trois années et nous pouvons être fiers et heureux d’avoir contribué à la réalisation de ce bilan.

 

Qu’en sera-t-il de l’avenir ?  Quelle sera l’action du nouveau gouvernement Fillon, recentré sur le noyau traditionnel de l’UMP qui n’est pas le plus progressiste, appuyé sur un parti dont le nouveau dirigeant est clairement un homme de droite ? Quelle sera la marge de manœuvre du Président durant ces 16 prochains mois, et quel sera le projet qu’il présentera aux Français à l’élection présidentielle ?

Sans remettre en cause le préjugé favorable que le passé nous permet de ressentir,  nous verrons bien et nous jugerons très librement.

En tout état de cause, il faut que La Gauche Moderne, plus qu’elle ne l’a fait jusqu’à présent, fasse entendre sa voix, dans tous les débats, dans toutes les élections, et même qu’en toute liberté, et sans le moindre complexe, elle montre la voie, une autre voie pour la gauche...

 

Marc d’Héré

 

 A suivre…jeudi 13 janvier… 

 

 

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4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 19:39

 

Article publié sur le blog LGM 92...

 

L’égalité est une valeur essentielle à gauche, alors que la droite conservatrice parle volontiers des « inégalités naturelles » et considère que respecter la hiérarchie, souvent jugée elle aussi « naturelle », est nécessaire. Malgré tout, personne ne s’affirme explicitement contre l’égalité. Mais Nozick, philosophe américain proche des libertariens, par exemple, affirme que les inégalités produites par un processus légitime le sont également. Le problème, évidemment, est de définir ce qu’est un processus légitime.

 

Pourtant, même à gauche, personne ne préconise l’égalité complète, en tout, d’ailleurs impossible à réaliser. (La seule tentative qui a eu une certaine durée est celle des kibboutzim israéliens, qui ont pratiquement disparu, du moins sous leur forme originelle)

 

Il y a quelques années, au cours d’une enquête par questionnaire sur les représentations de l’économie, on a posé la question : « Si on décidait que chacun devrait gagner exactement la même chose, en répartissant de façon égalitaire la somme des revenus actuels, à combien se monterait ce salaire commun ? » Il s’agissait, assez maladroitement, il faut le reconnaître, de connaître les idées qu’on peut avoir du revenu moyen. 

 

Ce qui a été tout à fait exceptionnel, aucune des personnes à qui a question a été posée n’a accepté d’y répondre, tous disant qu’une telle mesure serait absurde et injuste. Deux arguments revenaient constamment : ce serait injuste, car certaines professions sont plus utiles, plus difficiles ou plus pénibles que d’autres, demandent des formations plus longues, et d’autre part que dans ces conditions on n’aurait aucune motivation pour bien travailler. En d’autres termes, les inégalités de revenus sont à la fois justifiées et source de motivations positives.

 

Sous l’influence de Rawls, on invoque de plus en plus souvent la notion d’équité (fairness), considérée comme plus juste que l’égalité. Elle suscite de fortes hostilités à gauche, où on craint qu’elle ne serve à justifier des inégalités jugées inadmissibles. Mais en pratique, non seulement elle est admise, mais elle est mise en œuvre. La progressivité de l’impôt sur le revenu n’est pas égalitaire, mais on peut la juger équitable. Il en va de même des cotisations sociales. L’équité peut servir à se rapprocher de l’égalité.

 

La mise en œuvre de l’équité se heurte toutefois à une difficulté redoutable : contrairement à l’égalité, elle est indéterminée, et on peut s’en faire des idées très différentes. Quelle serait une distribution « équitable » des revenus ? Sur quels critères fonder les différences ? La question est rarement posée, mais il est évident que la distribution actuelle n’est que très partiellement fondée sur des cirières d’efficacité et encore moins de justice, mais par des traditions et des rapports de force sur le marché du travail. (Est-ce là des exemples de « processus légitimes » de Nozick ?)

L’habitude peut amener à l’estimer pour l’essentiel équitable, bien que les revenus des dirigeants de grandes entreprises soient jugés scandaleusement élevés, et ceux des plus pauvres absolument insuffisants. Mais on ne se demande guère ce que serait une distribution juste des revenus. Il est probable qu’on serait loin du consensus.

 

Toutes les inégalités ne sont pas également acceptables. On peut considérer comme sans gravité, et même peut-être souhaitable comme motivation, que certains puissent manger du caviar à chaque repas, alors qu’il est totalement inaccessible pour d’autres, d’ailleurs largement majoritaires. Cette inégalité n’est pas de même nature que celle qui existe entre ceux qui mangent à leur faim, même modestement, et ceux qui n’en ont pas les moyens. L’une est acceptable, l’autre pas.

 

Dans certains domaines, l’égalité sans réserve est indispensable : l’égalité devant la loi doit être une exigence absolue de toute société démocratique. Plus spécifiquement, chacun devrait avoir la même possibilité de se soigner. Certes, nous ne sommes pas égaux face à la maladie, soit à cause de prédispositions contre lesquelles on ne peut rien actuellement, soit à cause de différences dans les conditions de vie qui devraient être atténuées, indépendamment même de leurs conséquences sur la santé.

Mais l’accès aux soins devrait être égal pour tous. Il en va de même pour l’éducation. Mais dans ce dernier cas, il serait peut-être « équitable » de ne pas donner la même éducation aux enfants de familles riches et cultivées et à ceux de milieux très modestes.

 

EGALITE DES CHANCES

Plutôt que de réclamer l’égalité des revenus ou des statuts, ou l’équité, certains revendiquent l’égalité des chances : chacun devrait, en fonction de ses aptitudes ou de ses capacités, accéder à la place qui lui revient dans le système social, indépendamment de son origine, ce qui est loin d’être le cas actuellement.

 

Elle suppose une inégalité des conditions, des places dans le système social, inégalité qu’elle ne remet pas en cause. Il s’agit seulement (mais ce n’est certes pas négligeable) d’assurer une mobilité sociale suffisante et que les capacités de chacun soient utilisées au mieux. Mais si elle était parfaite, les classes inférieures, caractérisées alors par des capacités insuffisantes, risqueraient de n’avoir plus de leader capable de les défendre et d’exprimer leurs revendications (C’était la thèse d’un essai de politique-fiction des années 60, The Rise of Meritocracy de Michaël Young). Ce n’est justifiable que si les inégalités sont elles-mêmes admises comme parfaitement justifiées, ce qui peut d’ailleurs désespérer ceux qui seraient en bas de l’échelle.

 

Si on estime les inégalités actuelles, au moins en partie, injustifiées, on peut critiquer l’égalité des chances qui aura tendance à les reproduire. Elle aura donc une fonction de maintien et de la reproduction  du système social. Mais en fait la mobilité sociale est loin d’être parfaite et les inégalités ne sont pas stables. Il n’y a donc aucun risque, actuellement, à réclamer une véritable égalité des chances, à condition que cela ne détourne pas d’une éventuelle critique de la stratification sociale actuelle.

 

C’est sur l’école qu’on compte pour assurer l’égalité des chances. Elle est supposée compenser les handicaps familiaux et sociaux en donnant le même enseignement à tous. Manifestement, ce n’est pas suffisant. La mobilité sociale est faible. Etait-ce mieux autrefois, sous le Troisième République, comme on le dit parfois. Il est vrai que les instituteurs de cette époque, au moins certains d’entre eux, ne les idéalisons pas, considéraient comme une de leurs missions de repérer les élèves brillants mais de famille pauvre et leur obtenaient des bourses qui leur permettaient d’aller au-delà du certificat d’études. On opposait alors les « boursiers » aux « héritiers ».

Mais aujourd’hui le problème se pose en termes différents, avec l’enseignement obligatoire jusqu’à 16 ans et le Collège unique. Mais la mobilité sociale ne s’est pas améliorée. L’égalité des chances n’est pas plus réelle. Faut-il mettre en cause l’unité de l’enseignement ?

 

 

 

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29 décembre 2010 3 29 /12 /décembre /2010 18:11

 

Je publie à nouveau  de larges extraits de ce discours qui marquait la première réaction publique de Nicolas Sarkozy à la crise qui déferlait sur le monde. On pourra juger 26 mois plus tard, à quel point il était lucide et fixait clairement ce qui serait la réponse de la France à cette crise.

 

Les coupes sont indiquées par des pointillés… 

 

……..Une crise de confiance sans précédent ébranle l'économie mondiale. De grandes institutions financières sont menacées, des millions de petits épargnants dans le monde qui ont placé leurs économies à la Bourse voient jour après jour fondre leur patrimoine, des millions de retraités qui ont cotisé à des fonds de pension craignent pour leurs retraites, des millions de foyers modestes sont mis en difficulté par la hausse des prix.
Comme partout dans le monde, les Français ont peur pour leurs économies, pour leur emploi, pour leur pouvoir d'achat……. …..Il faut vaincre cette peur….. On ne la vaincra pas, on ne rétablira pas la confiance en mentant mais en disant la vérité.
La vérité, les Français la veulent, ils sont prêts à l'entendre………. Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise n'est pas finie, que ses conséquences seront durables, que la France est trop engagée dans l'économie mondiale pour que l'on puisse penser un instant qu'elle pourrait être à l'abri des évènements qui sont en train de bouleverser le monde. Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que la crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d'achat.

Dire la vérité aux Français, c'est leur dire d'abord la vérité sur la crise financière. Parce que cette crise, sans équivalent depuis les années 30, marque la fin d'un monde qui s'était construit sur la chute du Mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Il avait été porté par un grand rêve de liberté et de prospérité.
La génération qui avait vaincu le communisme avait rêvé d'un monde, où la Démocratie et le marché résoudraient tous les problèmes de l'humanité. Elle avait rêvé d'une mondialisation heureuse qui vaincrait la pauvreté et la guerre.
Ce rêve a commencé à devenir réalité : les frontières se sont ouvertes, des millions d'hommes ont été arrachés à la misère, mais le rêve s'est brisé sur le retour des fondamentalismes religieux, des nationalismes, des revendications identitaires, sur le terrorisme, les dumpings, les délocalisations, les dérives de la finance globale, les risques écologiques, l'épuisement annoncé des ressources naturelles, les émeutes de la faim.
Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir.
L'idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L'idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle.
Pendant plusieurs décennies on a créé les conditions dans lesquelles l'industrie se trouvait soumise à la logique de la rentabilité financière à court terme. On a caché les risques toujours plus grands qu'on était obligé de prendre pour obtenir des rendements de plus en plus exorbitants. On a mis en place des systèmes de rémunération qui poussaient les opérateurs à prendre de plus en plus de risques inconsidérés. On a fait semblant de croire qu'en mutualisant les risques on les faisait disparaître. On a laissé les banques spéculer sur les marchés au lieu de faire leur métier qui est de mobiliser l'épargne au profit du développement économique et d'analyser le risque du crédit. On a financé le spéculateur plutôt que l'entrepreneur…….
…….C'était une folie dont le prix se paie aujourd'hui !
Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre cinq milliards d'Euro à sa banque sans que personne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l'immobilier, des matières premières et des produits agricoles.

 
Mais ce système, il faut le dire parce que c'est la vérité, ce n'est pas l'économie de marché, ce n'est pas le capitalisme.
L'économie de marché c'est le marché régulé, le marché mis au service du développement, au service de la société, au service de tous. Ce n'est pas la loi de la jungle, ce n'est pas des profits exorbitants pour quelques-uns et des sacrifices pour tous les autres. L'économie de marché c'est la concurrence qui réduit les prix, qui élimine les rentes et qui profite à tous les consommateurs.
Le capitalisme ce n'est pas le court terme, c'est la longue durée, l'accumulation du capital, la croissance à long terme.
Le capitalisme ce n'est pas la primauté donnée au spéculateur. C'est la primauté donnée à l'entrepreneur, la récompense du travail, de l'effort, de l'initiative.
Le capitalisme ce n'est pas la dilution de la propriété, l'irresponsabilité généralisée. Le capitalisme c'est la propriété privée, la responsabilité individuelle, l'engagement personnel, c'est une éthique, une morale, des institutions. Le capitalisme c'est ce qui a permis l'essor extraordinaire de la civilisation occidentale depuis sept siècles.


La crise financière n'est pas la crise du capitalisme. C'est la crise d'un système qui s'est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme, qui a trahi l'esprit du capitalisme.
Je veux le dire aux Français: l'anticapitalisme n'offre aucune solution à la crise actuelle. Renouer avec le collectivisme qui a provoqué dans le passé tant de désastres serait une erreur historique.
Mais ne rien faire, ne rien changer, se contenter de mettre toutes les pertes à la charge du contribuable et faire comme s'il ne s'était rien passé serait aussi une erreur historique.

Nous pouvons sortir plus forts de cette crise…… Si  nous faisons l'effort nécessaire pour nous adapter aux réalités nouvelles qui s'imposent à nous. Si nous agissons au lieu de subir.

La crise actuelle doit nous inciter à refonder le capitalisme sur une éthique de l'effort et du travail, à retrouver un équilibre entre la liberté et la règle, entre la responsabilité collective et la responsabilité individuelle. Il faut un nouvel équilibre entre l'Etat et le marché, alors que partout dans le monde les pouvoirs publics sont obligés d'intervenir pour sauver le système bancaire de l'effondrement.

Un nouveau rapport doit s'instaurer entre l'économie et la politique à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations…….. Il faut tirer les leçons de la crise pour qu'elle ne se reproduise pas. Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe, on ne peut pas prendre le risque de recommencer.

Si l'on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme financier demeure la priorité. Je n'hésite pas à dire que les modes de rémunération des dirigeants et des opérateurs doivent être encadrés. Il y a eu trop d'abus, trop de scandales. Alors ou bien les professionnels se mettent d'accord sur des pratiques acceptables, ou bien nous réglerons le problème par la loi avant la fin de l'année.

Les dirigeants ne doivent pas avoir le statut de mandataire social et bénéficier en même temps des garanties liées à un contrat de travail. Ils ne doivent pas recevoir d'actions gratuites. Leur rémunération doit être indexée sur les performances économiques réelles de l'entreprise. Ils ne doivent pas pouvoir prétendre à un parachute doré lorsqu'ils ont commis des fautes ou mis leur entreprise en difficulté. Et si les dirigeants sont intéressés au résultat, les autres salariés doivent l'être aussi. S'ils ont des stocks options, les autres salariés doivent en avoir aussi ou à défaut bénéficier d'un système d'intéressement.

 
Voilà quelques principes simples qui relèvent du bon sens et de la morale élémentaire sur lesquels je ne céderai pas. Les dirigeants perçoivent des rémunérations élevées parce qu'ils ont de lourdes responsabilités. Mais on ne peut pas vouloir être très bien payé et ne pas vouloir assumer ses responsabilités……..
……..Les responsabilités doivent être recherchées et les responsables de ce naufrage au moins sanctionnés financièrement. L'impunité serait immorale. On ne peut pas se contenter de faire payer les actionnaires, les clients et les salariés les plus modestes en exonérant les principaux responsables. Qui pourrait accepter une telle injustice ?
Il faut ensuite réglementer les banques pour réguler le système. Car les banques sont au cœur du système.
Il faut cesser d'imposer aux banques des règles de prudence qui sont d'abord une incitation à la créativité comptable plutôt qu'à une gestion rigoureuse des risques. Ce qu'il faudra dans l'avenir, c'est contrôler beaucoup mieux la façon dont elles font leur métier, la manière dont elles évaluent et dont elles gèrent leurs risques, l'efficacité de leurs contrôles internes…
Il faudra imposer aux banques de financer le développement économique plutôt que la spéculation. …………Il faudra bien aussi se poser des questions qui fâchent comme celle des paradis fiscaux, celle des conditions dans lesquelles s'effectuent les ventes à découvert qui permettent de spéculer en vendant des titres que l'on ne possède pas ou celle de la cotation en continu qui permet d'acheter et de vendre à tout moment des actifs et dont on sait le rôle qu'elle joue dans les emballements du marché et les bulles spéculatives……..

…….Mais la remise en ordre du système financier ne serait pas complète si en même temps on ne cherchait pas à mettre un terme au désordre des monnaies.
La monnaie est au cœur de la crise financière comme elle est au cœur des distorsions qui affectent les échanges mondiaux……… Car le producteur français peut faire tous les gains de productivité qu'il veut, il peut à la rigueur concurrencer les bas salaires des ouvriers chinois, mais il ne peut pas compenser la sous-évaluation de la monnaie chinoise. Notre industrie aéronautique peut être aussi performante que possible, elle ne peut pas lutter contre l'avantage de compétitivité que la sous-évaluation du dollar donne aux constructeurs américains.

Je redis donc, à quel point il me paraît nécessaire que les chefs d'Etat et de gouvernement des principaux pays concernés se réunissent avant la fin de l'année pour tirer les leçons de la crise financière et coordonner leurs efforts pour rétablir la confiance. J'ai fait cette proposition en plein accord avec la chancelière allemande, Madame Merkel, avec qui je m'en suis entretenu et qui partage les mêmes préoccupations à propos de la crise financière et sur les leçons qu'il va falloir en tirer.

Je suis convaincu que le mal est profond et qu'il faut remettre à plat tout le système financier et monétaire mondial, comme on le fit à Bretton-Woods après la Seconde Guerre Mondiale, afin de créer les outils d'une régulation mondiale que la globalisation et la mondialisation des échanges rendent désormais nécessaires. On ne peut pas continuer de gérer l'économie du XXIème siècle avec les instruments de l'économie du XXème. On ne peut pas davantage penser le monde de demain avec les idées d'hier.
Quand…….. le contribuable américain s'apprête à dépenser mille milliards de dollars pour éviter la faillite généralisée, il me semble que la question de la légitimité des pouvoirs publics à intervenir dans le fonctionnement du système financier ne se pose plus !
Oui, il arrive que l'autorégulation soit insuffisante. Oui, il arrive que le marché se trompe. Oui, il arrive que la concurrence soit inefficace ou déloyale. Alors il faut bien que l'Etat intervienne, qu'il impose des règles, qu'il investisse, qu'il prenne des participations, pourvu qu'il sache se retirer quand son intervention n'est plus nécessaire.

Rien ne serait pire qu'un Etat prisonnier de dogmes, enfermé dans une doctrine qui aurait la rigidité d'une religion. Imaginons où en serait le monde si le gouvernement américain était resté sans rien faire face à la crise financière sous prétexte de respecter je ne sais quelle orthodoxie en matière de concurrence, de budget ou de monnaie ?

En ces circonstances exceptionnelles où la nécessité d'agir s'impose à tous, j'appelle l'Europe à réfléchir sur sa capacité…… à repenser ses règles, ses principes, en tirant les leçons de ce qui se passe dans le monde. Elle doit se donner les moyens d'agir quand la situation l'exige et non se condamner à subir. Si l'Europe veut préserver ses intérêts.  Si elle veut avoir son mot à dire dans la réorganisation de l'économie mondiale. Si elle veut se donner les moyens de sortir renforcée et non pas affaiblie de la crise actuelle, elle doit engager une réflexion collective sur sa doctrine de la concurrence qui n'est, à mes yeux, qu'un moyen et non une fin en soi, sur sa capacité à mobiliser des ressources pour préparer l'avenir, sur les instruments de sa politique économique, sur les objectifs assignés à la politique monétaire. Je sais que c'est difficile parce que l'Europe c'est 27 pays, mais quand le monde change, l'Europe doit changer aussi……

 …….Pour tous les Européens il est entendu que la meilleure réponse à la crise devrait être européenne. En tant que Président de l'Union, je proposerai des initiatives en ce sens dès le prochain conseil européen.

S'agissant de notre pays, je le dis aux Français qui craignent pour leurs économies déposées dans les banques et les établissements financiers : les banques françaises paraissent en mesure de surmonter les difficultés actuelles, mais si elles devaient êtres mises en difficulté par la spéculation, je n'accepterais pas qu'un seul déposant perde un seul euro parce qu'un établissement financier se révèlerait dans l'incapacité de faire face à ses engagements. Les épargnants qui ont eu confiance dans les banques, dans les compagnies d'assurance, dans les institutions financières de notre pays ne verront pas leur confiance trahie. Ils ne payeront pas pour les erreurs des dirigeants et l'imprudence des actionnaires.
C'est un engagement solennel que je prends ce soir : quoi qu'il arrive, l'Etat garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier français.

Je le dis avec la même détermination  : si les difficultés actuelles devaient entraîner une restriction du crédit qui priverait les Français et les entreprises, en particulier les PME, des moyens de financer leurs investissements ou d'assurer leur trésorerie, l'Etat interviendrait pour que ces financements puissent être assurés. Il le ferait…….. pour éviter que par un engrenage fatal l'économie privée de financements s'enfonce durablement dans la récession.

Bien que les ménages français soient en moyenne beaucoup moins endettés que dans la plupart des autres pays développés, l'accès au logement et à la propriété risquent d'être rendus plus difficile du fait de la contraction du crédit, de la hausse des taux d'intérêt et de la diminution d'une offre déjà insuffisante pour répondre aux besoins. La loi de mobilisation pour le logement sera adoptée en urgence. J'y ajouterai des mesures fortes pour que les programmes immobiliers en cours puissent être menés à bien et pour que des terrains appartenant au secteur public soient libérés pour y construire de nouveaux logements, ce qui contribuera à la baisse des prix qui avaient atteint des niveaux excessifs.
Face au ralentissement de l'activité se pose naturellement la question de la relance de notre économie. Cette relance nous l'avons engagée bien avant tous les autres avec les mesures prises il y a un an sur les heures supplémentaires, les intérêts d'emprunt immobilier, les droits de succession, le crédit d'impôt recherche, auxquels se sont ajoutées d'autres mesures importantes comme le déblocage de la participation. Ce soutien apporté à l'activité nous a permis de mieux résister à la crise.

Mais si l'activité venait à reculer fortement et durablement, je n'hésiterais pas à prendre les mesures nécessaires pour la soutenir. Aujourd'hui il faut du sang froid. Se garder de réactions précipitées mais en même temps être prêt à la réactivité.

La crise actuelle est une crise structurelle. Les changements qu'elle annonce sont profonds…….. Le monde change. Nous devons changer avec lui. Nous devons même autant que faire se peut, anticiper le changement. La crise appelle à accélérer le rythme des réformes non à le ralentir…….
……Il faut bien sûr d'abord penser aux plus vulnérables dont la vie devient trop dure et qui souffrent. C'est dans les moments de crise que la solidarité avec ceux qui sont en difficulté doit être la plus forte. C'est la raison pour laquelle, j'ai pris la décision de créer le RSA, d'augmenter le minimum vieillesse, les pensions de réversion les plus modestes et pour les titulaires de minima sociaux, dont le pouvoir d'achat n'est pas garanti contrairement aux allocations familiales et aux retraites, d'accorder une prime exceptionnelle pour compenser le retard sur l'évolution réelle des prix.

Quand on veut dire la vérité aux Français, il faut la leur dire jusqu'au bout et la vérité c'est que l'Etat ne peut pas indéfiniment financer ses dépenses courantes et ses dépenses de solidarité par l'emprunt. Il faut bien un jour payer ses dettes.

L'argent de l'Etat c'est l'argent des Français. Ils ont travaillé trop dur pour le gagner pour que l'on ait le droit de le gaspiller.
Pour retrouver des marges de manœuvre pour préparer l'avenir, les dépenses de fonctionnement de l'Etat doivent diminuer. L'année prochaine c'est un total sans précédent de 30 600 emplois qui seront supprimés dans la fonction publique. La révision générale des politiques publiques continuera à produire ses effets. La réforme de l'hôpital permettra d'améliorer l'accès aux soins et leur qualité tout en supprimant des dépenses inutiles. Les agents hospitaliers seront intéressés à l'équilibre de leur budget et partout les fonctionnaires seront associés aux gains de productivité dans la fonction publique. C'est une véritable révolution culturelle qui se met ainsi en place et qui va modifier en profondeur les comportements.
Après la remise à plat de la carte judiciaire et les restructurations militaires, il faut aller plus loin dans la réorganisation de nos administrations et de nos services publics. Nous allons engager la deuxième étape de la réforme de l'Etat dès l'année prochaine.
Le grand chantier de la réforme de nos administrations locales sera ouvert dès le mois de janvier. Le moment est venu de poser la question des échelons de collectivités locales dont le nombre et l'enchevêtrement des compétences est une source d'inefficacité et de dépenses supplémentaires. La compétitivité de notre économie est capitale. Elle ne peut supporter un poids excessif de dépenses publiques.

Mais dans la situation où se trouve l'économie je ne conduirai pas une politique d'austérité qui aggraverait la récession. Je n'accepterai pas des hausses des impôts et des taxes qui réduiraient le pouvoir d'achat des Français. Mon objectif est de rendre du pouvoir d'achat aux Français non de leur en prendre.
Je n'accepterai pas d'augmenter les charges qui pèsent sur les entreprises parce que ce serait affaiblir leur compétitivité quand, au contraire, il faudrait la renforcer. ……..La France ne s'en sortira pas en investissant moins mais en investissant plus. C'est la raison pour laquelle désormais de nouveaux investissements seront exonérés de la taxe professionnelle qui les pénalise. Une grande concertation sera organisée avec les collectivités locales pour que soit trouvée une ressource de remplacement qui ait moins d'effets nocifs sur l'économie. Mais cette réforme indispensable ne sera pas différée.

La France s'en sortira non en travaillant moins mais en travaillant plus. Tout doit être fait pour encourager le travail que depuis des décennies on s'efforce par tous les moyens de décourager.

 Avec la réforme des 35 heures, avec la détaxation des heures supplémentaires, le maintien des exonérations de charges sur les bas salaires, l'instauration du RSA, la relance à venir de la participation et de l'intéressement, c'est toujours le même but qui est poursuivi : faire en sorte que le travail coûte moins cher à l'entreprise, que le travail paye, que le travail soit libéré.
La crise doit nous inciter à aller plus loin et plus vite dans les réformes….. La loi à venir sur la participation et l'intéressement s'inscrit exactement dans cette perspective de rééquilibrage entre le capital et le travail. Ne pas donner tous les bénéfices aux dirigeants et aux actionnaires, en destiner une part plus grande à ceux qui par leur travail créent la richesse, redonner du pouvoir d'achat aux travailleurs sans alourdir les charges fixes de l'entreprise et ainsi remettre le capitalisme à l'endroit, voilà à côté du RSA l'autre révolution qu'il nous faut entreprendre.
Est-il besoin d'ajouter que dans la situation actuelle de l'économie mondiale, tout ce qui pourrait contribuer à alourdir le coût du travail serait suicidaire ?
Réduire les exonérations de charges sur les salaires ce ne serait pas reprendre un cadeau fait aux entreprises, ce serait contribuer à détruire de l'emploi au moment même où le ralentissement de la croissance fait repartir le chômage à la hausse et où la concurrence des pays à bas salaire ne cesse de s'intensifier.
Financer le RSA en taxant le travail aurait eu le même effet.

J'assume donc la décision de financer le RSA en taxant légèrement les revenus financiers qui depuis des années augmentent plus vite que les revenus du travail. C'est une décision juste et raisonnable. Elle ne remet pas en cause l'objectif de baisse globale des prélèvements, puisque les diminutions d'impôts et de charges décidées depuis 15 mois l'emportent de plus de 10 milliards sur les hausses. Et au fur et à mesure qu'un nombre croissant de ceux qui jusqu'à présent étaient piégés par l'assistance sera incité à reprendre un travail, la taxe sur les revenus de l'épargne sera diminuée.
L'autre figure du capitalisme qu'il faut réhabiliter c'est celle de l'entrepreneur. Au capitalisme financier il faut opposer le capitalisme des entrepreneurs. A côté de la valeur travail, il faut remettre l'esprit d'entreprise au cœur du système de valeur de l'économie. C'est toute la philosophie de la loi de modernisation de l'économie et ce sera l'autre priorité de la politique économique dans l'avenir.
Si nous manquons d'entrepreneurs capables d'inventer l'économie de demain, ce n'est pas parce que les Français seraient plus dépourvus que les autres d'esprit d'entreprise mais parce que tout a été fait pour empêcher les Français d'entreprendre comme tout a été fait pour les empêcher de travailler.
Opposer l'effort du travailleur à l'argent facile de la spéculation, opposer l'engagement de l'entrepreneur qui risque tout dans son entreprise à l'anonymat des marchés financiers, opposer un capitalisme de production à un capitalisme de court terme, accorder une priorité à l'industrie au moment où l'étau de la finance se desserre, voilà tout le sens de la politique économique que je veux conduire.

Dire la vérité aux Français, c'est leur dire que nous passons d'un monde d'abondance à un monde de rareté. C'est-à-dire d'un monde où l'on utilisait les ressources naturelles comme si elles étaient inépuisables à un monde où l'épuisement à venir des ressources naturelles sera une préoccupation de tous les jours.
Dans le monde de la rareté, il va falloir payer plus cher le pétrole, le gaz, les matières premières.  Les Français devront produire autrement, consommer différemment. Ils devront apprendre à faire constamment des efforts pour économiser les ressources rares qui ne peuvent plus être gaspillées.  La pollution et le réchauffement climatique menacent l'avenir de la planète. Chacun va devoir faire des efforts, changer de comportement pour polluer moins.

 Si l'on ne veut pas que des catastrophes écologiques débouchent sur des déplacements massifs de populations et des catastrophes humaines et politiques, si l'on veut éviter la violence qu'engendrerait fatalement le manque d'eau et de terres cultivables, alors il faut que chacun assume les conséquences de ses choix, il faut que chacun supporte les coûts de ses décisions et paye le juste prix de ce qu'il consomme.

 
Dans le monde de demain le principe pollueur-payeur devra s'appliquer partout si nous ne voulons pas léguer aux générations futures un monde invivable.  S'il faut moins taxer l'investissement, moins taxer le travail, moins pénaliser l'effort et la réussite, moins taxer les produits propres, il faut en revanche davantage taxer la pollution.

 Utiliser la fiscalité pour relever le défi écologique, c'est indispensable si l'on veut inciter à un changement profond des comportements. Si dans la situation actuelle où tant de Français se trouvent confrontés à une baisse de leur pouvoir d'achat, il est exclu de renchérir les produits de grande consommation, je veux dire à quel point je crois que le système du bonus-malus est un bon système. L'expérience sur l'automobile a été particulièrement concluante avec 500 000 bonus distribués en 8 mois, déplaçant massivement la demande vers des véhicules plus écologiques. Ce système extrêmement incitatif du bonus-malus qui permet de gagner des années dans le changement des modes de consommation sera étendu à d'autres produits. Cette extension se fera dans la concertation. Elle se fera progressivement. Mais elle se fera. J'en prends l'engagement. Comme je prends l'engagement solennel que toutes les conclusions du Grenelle de l'environnement seront mises en œuvre…… Je crois à la croissance durable.

Ce que nous avons décidé de faire est très ambitieux. L'effort qui va être engagé en matière de fiscalité incitative, de règles nouvelles et d'investissement est gigantesque. C'est une véritable transformation de notre modèle économique et social et de notre cadre de vie qui va s'accomplir dans les années qui viennent.
La mise en œuvre du Grenelle de l'environnement c'est la multiplication par 4 de nos capacités de transports en commun en sites propres, la construction de 2000 kilomètres de lignes à grande vitesse supplémentaires, les autoroutes ferroviaires, les autoroutes maritimes, un milliard d'euros dans la recherche en matière de développement durable à l'horizon 2012, la rénovation de tout le parc des logements sociaux et des bâtiments publics pour les adapter aux exigences d'économie d'énergie.
Toutes ces dépenses nouvelles seront gagées sur les futures économies d'énergie et elles exerceront sur notre activité un formidable effet d'entraînement. Il ne s'agira pas cette fois-ci de sacrifier l'avenir au présent, mais au contraire de mettre notre pays dans la meilleure situation possible pour affronter l'avenir.

Nous allons développer massivement les programmes de recherche dans les nouvelles sources d'énergie, les technologies propres, les nouveaux systèmes de transport comme la voiture électrique. Le remplacement de nos centrales nucléaires par les centrales de la nouvelle génération sera accéléré. Tout sera mis en œuvre pour que le programme des infrastructures de transport collectif soit effectivement engagé le plus rapidement possible. Je veux que soit mis à l'étude un grand plan de rénovation des infrastructures des transports collectifs dans les grandes villes où la situation est devenue souvent critique. L'Etat est prêt à y jouer son rôle à côté des collectivités locales, en prenant sa part dans le financement.
Dire la vérité aux Français, c'est leur dire  que……. nous ne pouvons plus attendre pour investir dans la formation, dans la recherche, dans l'innovation. Nous ne pouvons plus attendre pour accomplir la révolution numérique.

C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que notre système de formation professionnelle soit entièrement repensé. Cette réforme de la formation professionnelle qui fait l'objet d'une négociation entre les partenaires sociaux, je veux qu'elle soit ambitieuse et surtout qu'elle soit rapidement mise en œuvre. Je veux que des décisions soient prises avant la fin de l'année.

C'est la raison pour laquelle j'ai voulu que nos universités soient autonomes et qu'une partie du capital d'EDF a été vendue pour financer la rénovation de nos campus. C'est également la raison pour laquelle nous allons donner aux universités la propriété intellectuelle de leurs découvertes et leur donner les moyens de les valoriser.
C'est la raison pour laquelle le crédit d'impôt recherche a été porté à 30%, notre appareil de recherche va être réformé et une stratégie nationale de recherche va être définie.
Les priorités budgétaires traduisent cet engagement vis-à-vis de l'enseignement et de la recherche : plus un milliard par an pour l'enseignement et plus de 800 millions par an pour la recherche.


Tous ces défis sont immenses. Mais notre pays peut les relever. J'ai confiance dans les Français. J'ai confiance dans les atouts de la France. J'ai la certitude que nos réformes en porteront leurs fruits. J'ai la certitude que par notre travail, nous saurons faire notre place dans le monde du XXIème siècle…..

Jamais depuis 1958 autant de changements n'ont été accomplis en si peu de temps. Quand la situation économique mondiale redeviendra meilleure nous en verrons tous les fruits sur l'équilibre de nos finances, sur l'emploi, sur le pouvoir d'achat et sur le bien-être de chacun.

Je suis déterminé à poursuivre la modernisation de notre économie et de notre société quelles que soient les difficultés parce que nous n'avons plus le choix parce que nous ne pouvons pas attendre…….Nous avons le choix de subir ce changement ou d'en prendre la tête. Mon choix est fait.

Françaises, Français, au milieu des difficultés nous devons précéder la marche du monde et non la suivre.        Vive la République ! Vive la France !

 

Nicolas Sarkozy

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 09:05

 

Claude Imbert, Le Point du 23 12...

 

Fatalité historique ? Les misères de la crise peuvent-elles ressusciter les ravages politiques nés de la crise des années 30 ? Le soupçon rôde avec ce regain de populisme et l'épanouissement, un peu partout, de droites nationalistes volontiers xénophobes. En vérité, le monde a beaucoup changé, et l'Histoire ne se répète pas. Mais parfois elle bégaie. Des virus inquiètent. Il faut les suivre à la trace. Non pour broyer du noir. Mais pour éviter de mauvais réveils.

" Tout va très bien, madame la marquise... " Ce tube des années 30 moquait l'optimisme des caciques devant la montée des périls. Contre l'optimisme officiel, le populisme d'aujourd'hui s'engouffre dans la fracture béante qui sépare le peuple de la classe politique (1). Son simplisme militant envahit trois chantiers de la vie publique où tout, à l'évidence, " ne va pas bien " : l'euro, l'insécurité et l'immigration.

 

Bouc émissaire de la misère publique, l'euro est devenu, pour les nouvelles droites, et contre toute réalité, l'agent docile de la crise. Celle-ci n'a pas détruit dans le monde le capitalisme, mais elle a amoché le peu qui reste, en France, de la respectabilité de l'argent. Les banques sont d'abord accusées d'avoir conduit le système au bord du gouffre. Puis d'avoir ruiné les Etats, sommés de les sauver.

 

En réalité, toutes les banques n'ont pas cédé à l'enchaînement de crédits virtuels et toxiques. Et les banques ont déjà remboursé à l'Etat leurs emprunts, ce qu'ignore l'homme de la rue. Les réformes pour freiner la dérive spéculative sont tout autant incomprises. D'autant que la finance ne donne pas le sentiment d'avoir guéri tous ses vices. Demeure, devant les yeux écarquillés des pauvres, le spectacle de pactoles financiers dominant de très haut la rigueur imposée au peuple. Que cette rigueur découle surtout, chez nous, de trois décennies de libéralités d'Etat nourries par l'emprunt, c'est encore une réalité ignorée.

 

Le désarroi s'est trouvé son bouc émissaire. Ce sera l'euro et l'Europe, l'un et l'autre protecteurs et prospecteurs d'un avenir pacifique. Autant dire qu'il reste du pain sur la planche pour nos grands partis s'ils veulent affronter ce mauvais procès. Ils doivent clarifier leur politique et, comme on dit, l'" expliquer aux nuls ". Ils doivent tenir, sur l'Europe, le cap que le couple franco-allemand maintient vaille que vaille. Faute de quoi le Front national et l'extrême gauche plaideront pour le protectionnisme national des années 30. Et pour la mort de l'Europe. Un désastre !

 

L'insécurité qui touche les faibles plus que les forts répand partout le sentiment d'une décomposition civique. Dans une société où le frein moral se relâche, où le chômage déverse ses poisons, où les zones dites, par litote, " sensibles " entretiennent non seulement l'irrespect de la loi mais chez leurs " sauvageons " l'envie de la défier, policiers et gendarmes ne sont pas à la fête. Ils affrontent, parfois dans des conditions périlleuses, une délinquance multiforme. Beaucoup se sentent découragés par les juges et, disent-ils, leur " culture de l'excuse ".

 

Pourtant, les juges appliquent, le plus souvent de leur mieux, un code conçu pour un Etat républicain vertueux. Mais les lenteurs de l'institution, des procédures défaillantes, des libérations malheureuses de récidivistes dangereux ont altéré, ici ou là, leur crédit. Il faut coûte que coûte défendre la Justice. Mais elle se défendrait mieux elle-même sans la tonalité idéologue de certains de ses syndicalistes.

 

L'immigration, enfin, devient dans toute l'Europe l'arène des droites radicalisées. Elles progressent partout, jusque dans les démocraties nordiques, jusqu'aux Pays-Bas ou en Suisse, patries de la tolérance. Ces droites populistes et xénophobes s'écartent de l'ancien nationalisme réactionnaire pour faire de la résistance à l'islamisme, voire à l'islam, leur point de ralliement. Leur doctrine, c'est le refus de l'immigration extraeuropéenne et du multiculturalisme.

 

Pour nos pouvoirs, l'affaire de l'immigration, ce sera la croix et la bannière ! Contre les séductions populaires d'une résistance, disons plus " ethnoculturelle " que raciste, les droites de gouvernement doivent défendre l'identité évolutive d'une nation ouverte à ceux qui en acceptent les lois et les moeurs. Elles doivent accepter l'islam sans l'islamisation. Pas facile ! Que nos pouvoirs cèdent au multiculturalisme, que notre vigilance laïque se relâche, que le communautarisme s'étale, sans frein, chez les apprentis sorciers de la bien-pensance, alors Marine Le Pen ramassera la mise.

De la mystérieuse " identité nationale " l'impossible débat fut enterré. Mais elle fouaille encore bien des reins et des coeurs.

 

 

 

1. Voir Brice Teinturier, " L'opinion française au crible : une défiance accentuée ",Revue civique, juillet 2010.

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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Réflexion politique
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