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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 08:46

Par Claude Imbert, Le Point du 08 01 10
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Le cinéma, ces jours-ci, fait sa révolution de la 3D.
Suivons son exemple ! Avec quelle troisième dimension ? Eh bien, parbleu, avec la dimension-monde. Notre monde globalisé s'invite, à tout propos, désormais dans la politique, l'économie, l'écologie nationales. Le déferlement, en quelques heures, sur l'ensemble du globe, de la catastrophe financière partie de l'immobilier américain, les différends Nord-Sud sur le réchauffement climatique, le face-à-face Occident-Chine et, chez nous, l'obstination à imposer notre taxe carbone par ambition d'exemplarité, autant d'événements, planétaires ou nationaux, qui nous invitent à changer de lunettes. Ce sont en réalité notre présent et notre avenir qu'il faut apprendre à mesurer, à évaluer sous cette nouvelle optique.


Adopter la dimension-monde,
c'est idéalement plaider à notre faible mesure pour l'accès progressif à une gouvernance mondiale. Mais ne rêvons pas ! Le G20, édifié à la hâte, nous aura bien épargné d'extrême justesse le krach financier. Mais Copenhague, peu reluisant dans ses conclusions, aura dessillé les yeux des rêveurs sur les limites d'un consensus international, je serais tenté de dire, quel qu'il soit.


Avant de courtiser l'impossible, le réalisme impose d'abord de réfléchir à ce que devient, avec cet « entrisme » du monde, l'immédiat habitacle de notre collectivité : la Nation. Elle ne sera plus ce qu'elle était. Mais c'est toujours la Nation qui régit notre vie collective, qui assure notre sécurité extérieure, notre protection sociale. C'est par elle que nous abordons l'avenir. Si oublieux que l'on soit de son passé, c'est son édifice séculaire qui nous donne un toit collectif. Et, pour espérer, son ciel par-dessus le toit...


Autant dire qu'il n'est pas absurde de prétendre « interroger » la Nation. J'ai déjà dit que balancer, tout à trac, sur le bon peuple la question de l'« identité nationale » n'était pas de bon aloi. Ni le mot ni la chose n'étaient opportuns. On pouvait, sans être grand clerc, deviner que le bon peuple négligerait de se colleter à des concepts ineffables pour sauter à pieds joints sur l'immigration. Là où ses impressions, sentiments, troubles et fantasmes déboulent d'emblée. Alors, sans surprise, vinrent ces cris d'orfraie de la bien-pensance publique. Et ce conseil d'esbigne, curieusement délivré par la caste intellectuelle, celui de contourner le souci national comme le vase du poète : « N'y touchez pas, il est brisé... »


En vérité, la grande affaire de la Nation - et l'immigration en son beau milieu - mériterait d'être abordée avec courage, clarté et vision. Il y faudrait une méditation, une préparation, une pédagogie patiente, une sérénité pour le coup nationales. Je ne les vois guère vraisemblables. Il faudrait que le pouvoir, prenant enfin de l'altitude et s'éloignant du subalterne, propose aux citoyens de France un horizon. Où la Nation, assumant sa juste mesure, chercherait une juste vocation. Un rameau d'idéal où cristalliser à nouveau des espérances perdues. La Nation respire par son passé, mais ne survit que par ses songeries d'avenir.


Ce que notre Nation a sous les yeux dans ce chambardement du monde,
ce n'est donc pas la perspective prochaine d'un ordre mondial. C'est un nouveau rapport de forces, un rapport de forces politique, démographique, économique entre nations. C'est cette grande lueur venue d'Orient, celle de la Chine au destin énigmatique. C'est la gestation confuse d'un nouveau monde islamique où fermente, loin du noyau proche-oriental, et en Afrique blanche et noire, en Asie, le prurit islamiste. C'est l'énigme d'un Occident qui ne sait où ni comment répondre à une guerre que des fous de Dieu lui ont déclarée.


Le plus difficile, disait Tocqueville, c'est de comprendre ce que l'on a sous les yeux. Ce que notre Nation a chez elle sous les yeux, c'est un pays encore écartelé entre des idéologies malades. Celles d'un capitalisme déréglé par l'outrance de ses délires inégalitaires ; celles d'un socialisme condamné par l'outrance de ses prétentions égalitaires. La France renâcle toujours à se réformer, pénalisée par une durée moyenne de travail unique au monde, des conflits sociaux endémiques, un régime de retraites périmé par les longévités accrues, un régime de sécurité sociale intenable dans l'équation actuelle, une addiction à l'assistance en tous genres qu'assure un endettement à tout va... Et, pour préparer l'avenir, une Ecole livrée à tous les vents de l'indiscipline qui aura naufragé la formation jadis sacrée du « caractère ».

Et pourtant encore, ici et là, résistent une certaine sagesse, une certaine lucidité populaires avec l'attente confuse d'un sursaut...


Chaussez donc les lunettes 3D ! Et vous verrez que la dimension-monde n'efface pas la Nation. Elle met les nations au pied de son mur. Les unes vogueront de plus belle. Les autres s'oublieront avant que le monde les oublie.


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Published by Claude Imbert, Le Point - dans Réflexion politique
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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 16:38


Mesdames et messieurs,


Je voudrais d'abord remercier Eric Besson de me donner l'occasion de m'exprimer à nouveau pour conclure ce rendez-vous. Je veux penser qu'il le fait par amitié. Je veux lui dire en tout cas que moi, j'en ai beaucoup pour lui et que si j'ai un conseil à lui donner en ce début d'année, c'est d'oublier immédiatement la résolution qu'il a évoquée et qui consisterait à suivre les avis des médias. C'est la meilleure façon, naturellement, d'échouer en 2010, mon cher Eric, et ce n'est évidemment pas ce que je te souhaite.

Il y a un an presque jour pour jour, en pleine tourmente financière, j'avais eu l'occasion de conclure ici le même rendez-vous en disant que "rien ne devrait plus jamais être comme avant".


L’année qui vient de s’écouler n’a en rien affaibli cette conviction. Mais je voudrais tout de même y porter quelques nuances.


Si rien ne devrait être comme avant, ce n’est pas parce qu’un autre monde différent se serait imposé par la force des événements: c’est parce que cet autre monde, nous avons commencé à le bâtir pas à pas, et il faut être lucides et constater comme vous l'avez fait au cours de ce rendez-vous que les forces de l’habitude restent prégnantes et que la bataille est loin d'être remportée.


Si rien ne devrait plus être comme avant, ce n’est pas parce que je crois que le capitalisme va spontanément se métamorphoser : c’est parce que nous voulons le réorienter.

Naturellement, tout cela ne peut pas se faire en un jour.

Naturellement, le ressort fondamental du capitalisme, c’est la compétition, et il serait naïf, je veux même dire contre-productif, d’imaginer un monde sans concurrence et sans rivalités.

L’année dernière, nous étions à la même époque dans une sorte d’état de commotion. Nous réagissions à l’imprévu. Nous luttions pour éviter que l’onde de choc ne provoque l’effondrement du système financier.


Un an après, j'ai envie de dire que tout reste à faire, et notamment il s'agit prioritairement de panser nos plaies en termes de chômage et en termes d’exclusion. Parce que la principale conséquence de cette crise financière, c'est d'abord d'avoir créé du chômage et de l'exclusion.

Mais cela ne nous interdit pas de reconnaître le chemin parcouru. J'ai entendu tout au long de ces derniers jours les commentateurs parler à propos des discours du Gouvernement, du président de la République sur la gestion de cette crise d'"autosatisfaction". Mais ce n'est pas de l'autosatisfaction que d'énoncer des faits. Y a-t-il eu une intervention coordonnée des Etats ou pas ? Est-ce que cette intervention coordonnée des Etats a réussi ? Est-ce que la France a été l'un des pays à l'origine de cette réaction coordonnée des Etats ? Ce sont des faits, ce n'est pas de l'autosatisfaction, et la vérité, c'est que grâce à la coordination des Etats, grâce à leur réactivité, le spectre d'une spirale dévastatrice a été chassé.


Cette crise a non seulement été d’une ampleur inédite, mais elle a été la première à affecter le système économique mondial né grosso modo il y a une vingtaine d’années, et dont la caractéristique, manifestement insoutenable sur le long terme, est de combiner des marchés globalisés avec une gouvernance qui est fragmentée.


À présent, notre priorité doit être, comme vous l'avez souligné, de conjurer l’économie de bulle et d’éviter à tout prix le retour au "business as usual".

La spéculation financière et immobilière repartant de plus belle; la finance reprenant sa position hégémonique sur la production; le court terme redevenant le seul horizon; la coopération internationale se délitant comme un château de cartes…

Si tout ceci revient, alors tout ceci alimentera la prochaine crise, mais je voudrais dire que la prochaine crise serait plus grave que celle que nous venons de traverser ; elle le serait parce que l'endettement des pays développés et parce que la structure de bilan des banques centrales sont devenues telles que tout nouveau sauvetage en haute mer devient matériellement impossible, au moins pour quelques années.


Nous ne disposerons donc plus pendant quelques années de parade efficace pour lutter contre les bulles spéculatives.

Alors, nous avons d'autant plus le devoir de prévenir le mal. Les crises économiques de l'histoire du capitalisme ont souvent en commun d’être fondées sur la croyance en un nouveau paradigme.

C’est le mythe récurrent de la "nouvelle économie".

Un mythe qui finit par aveugler certains acteurs.

Un mythe qui leur fait croire qu’ils sont déliés des équilibres traditionnels qui sont ceux d’une économie saine.

C'est ce mythe qui explique les grandes crises consécutives aux engouements spéculatifs de tous ordres : la tulipe au XVIIe siècle, le chemin de fer au XIXe, les matières premières ou les start-up de l’Internet au XXe. Je me souviens toujours d'un ami qui avait créé un des premiers offreurs d'accès à Internet en France et que je félicitais pour cette réussite exceptionnelle, et qui me disait : "je suis quand même un peu inquiet parce que ma capitalisation boursière est supérieure à celle de Renault". Naturellement, depuis, tout cela a disparu.

Résister aux tentations du laisser faire, résister à la fascination des modes et des mythes, c’est une responsabilité de tous, et c’est une responsabilité de tous les instants.


Je pense que s'il y a un vrai point positif à tirer de la gestion de cette crise, c'est cette volonté de résistance, qui me paraît aujourd'hui se dessiner assez largement parmi les acteurs de l'économie. Au fond, on peut dire qu'une éthique et une philosophie politique du capitalisme mondialisé commencent à émerger.

Et je ne veux pas dissocier cette éthique et cette philosophie politique des valeurs gaullistes qui fondent mon engagement personnel : ce refus du fatalisme, qui est l’antichambre du déclin; cette conception du progrès humain qui ne se perd pas dans la course au profit; cette synthèse entre l'efficacité économique et la justice sociale, dans laquelle l’Etat joue un rôle d’arbitre, d'arbitre entre les impératifs du long terme et les pulsion du court terme… Je pense que tous ces principes retrouvent leur actualité.


Le Général de Gaulle aimait à railler les "poisons et les délices" qui ont conduit la IVe République à sa perte.

Eh bien, le capitalisme a ses poisons et ses délices. Et nous devons poursuivre nos efforts pour les conjurer.

Je pense que nous ne sommes en réalité qu’au pied d’un Everest de mauvaises habitudes.

Tout reste à faire pour construire un capitalisme nouveau, et un capitalisme qui, en tout cas selon moi, devrait présenter trois vertus.


D’abord, un capitalisme aux acteurs responsables.

Il est aberrant que nous en soyons arrivés, en matière financière, à dissocier le couple en principe indissociable de toute démocratie, liberté-responsabilité.

La responsabilité, la transparence, l’éthique, ce ne sont pas des mots nouveaux dans la théorie économique. Ce sont simplement des mots oubliés !
Et notre devoir, c’est de les réhabiliter.

En matière de bonus et de rémunérations des opérateurs de marché, le G20 a repris une large partie des propositions françaises.

Ces rémunérations seront désormais mieux encadrées; les bonus garantis seront interdits; et une partie substantielle de ces rémunérations sera différée et versée sous forme d’actions afin que seule la prise de risque, qui crée véritablement de la valeur, soit rétribuée.

Alors je sais bien que les économistes nous expliquent toute la journée que tout cela n'a aucune importance, que c'est marginal et que ce n'est que symbolique, mais les symboles, en politique, cela a aussi beaucoup d'importance.

Et parfois les symboles peuvent faire plus pour faire bouger les choses que les théories économiques elles-mêmes.


En matière de lutte contre les paradis fiscaux, rien n’a été fait pendant des décennies.

Aujourd’hui – ce sont aussi des faits et pas de l'autosatisfaction -, personne ne peut nier qu'on a réussi à faire bouger les lignes en allant suffisamment loin pour qu’il soit désormais difficile aux récalcitrants de revenir en arrière.

Des dizaines d’accords d’échange d’informations ont été signés.

De nombreux pays sont passés de la «liste noire» à la «liste grise», ou de la "liste grise" à la "liste blanche", et ont décidé de mettre fin au secret bancaire.

Première historique: le G20 a décidé que des sanctions pourront être adoptées à partir de mars 2010 contre les Etats qui violeraient les règles internationales.
Quant aux banques françaises, elles ont décidé spontanément – presque spontanément -qu’elles se retireraient totalement des paradis fiscaux identifiés par la communauté internationale.


Les banques, par ailleurs, vont voir leur régulation renouvelée.
Les moyens de supervision seront renforcés. Nous sommes en train de le faire en France en créant une autorité unique de contrôle des banques et des assurances.

Nous allons doter ces superviseurs de nouveaux pouvoirs, comme nous l’avons fait en matière de bonus, pour leur permettre de sanctionner les politiques de rémunération qui conduisent à des prises de risque inconsidérées.
Nous exigerons des banques qu’elles se dotent des capitaux propres suffisants pour couvrir leurs risques.


Je pense que c’est une exigence économique mais que c’est surtout un impératif d’ordre éthique: les banques doivent assumer les conséquences des risques qu’elles prennent !

Il n’est plus question que les gains des bons jours soient pour les seuls actionnaires, et les pertes des mauvais jours soient à la charge de la collectivité !
Mais, je pense mesdames et messieurs que ces mesures de régulation, pour impérieuses qu’elles soient, ne sont pas en elles-mêmes suffisantes.


C’est la raison pour laquelle nous avons pris l’initiative de renforcer nos systèmes de protection des épargnants, en finançant ce renforcement par une taxe assise sur les bonus distribués aux opérateurs de marché. Le Royaume-Uni a pris une initiative analogue.

Et au plan international, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, d’Angela Merkel et de Gordon Brown, une réflexion a été engagée pour mettre en place les instruments qui permettront de faire en sorte que le secteur financier compense les coûts engendrés par la spéculation.


La deuxième vertu, selon moi, du nouveau capitalisme, c’est sa régulation collective.

En 1933, la Conférence de Londres a été un échec.

Elle n'a pas permis pas d’enrayer la crise des années 30.

Elle porte au fond une très lourde responsabilité dans les années noires qui s’en sont suivies. Parce que c’est bien l’incapacité des nations à s’entendre face à la crise qui a précipité le monde, d'abord dans la récession, puis, dans le chaos.
L’histoire ne doit pas se répéter !

Nous ne devons pas retomber dans la routine des égoïsmes nationaux.

Il faut donc créer une nouvelle règle du jeu mondial, fondée sur la coordination des politiques économiques.

Il est impensable que la croissance du monde s’alimente sainement de l’excès de consommation des uns et de l’excès d’épargne des autres !

Il n’est pas possible que la prospérité repose durablement sur des déficits abyssaux des uns et les excédents de balances des paiements des autres !


Donc, mieux se coordonner c'est un impératif absolu dans au moins trois domaines.

D'abord en matière de commerce international, où nous devons tout faire pour éviter la montée des protectionnismes.

Derrière des justifications apparemment légitimes, se cache la spirale des mesures de rétorsion et des dévaluations compétitives.

Et, nous savons bien qu'à ce compte-là, la seule gagnante, c’est la ruine. Je pense que nous devons méditer l’exemple, l'expérience, des années 30 !

Il faut donc poursuivre les efforts menés dans le cadre de l’OMC pour limiter les barrières protectionnistes et développer les accords de libre-échange.

Il faut aussi coordonner les stratégies nationales d’assainissement des finances publiques.


Nous voyons bien que le risque est réel de voir certains pays aller trop loin dans les déficits.

Et comment peut-on espérer répondre durablement à une crise de l’endettement privé en portant l’endettement public à des niveaux excessifs ? Je pense que ce n’est pas possible.

Et puis, si l’on veut se coordonner, il faut faire en sorte que les parités monétaires reflètent davantage les fondamentaux économiques.

Je l’ai dit il y a quelques jours à Pékin : de telles distorsions perturbent l’allocation des ressources et la division du travail au niveau mondial.

Elles créent du chômage. Et elles finiront par nourrir le populisme et la démagogie.

C’est la raison pour laquelle la régulation du marché des changes aurait vocation, de mon point de vue, à être intégrée à l’agenda du G20.


Enfin, la meilleure façon de renforcer la coordination des politiques économiques, c’est encore de raffermir les enceintes qui en ont la charge - et dont nous savons bien que certaines d'entre elles sont totalement inadaptées parce qu'elles remontent à l'après-guerre, c'est-à-dire à un monde qui n'a plus grand-chose à voir avec celui dans lequel nous vivons.

L’économie mondialisée ne peut pas se passer d’une instance de décision politique digne de ce nom.


Alors que l’inadaptation du G8 à la mondialisation est criante depuis des années, le G20 est resté très longtemps embryonnaire.

Jamais cette instance n’a vraiment assumé son rôle de coopération et de régulation.

En novembre 2008, la France a obtenu que, pour la première fois de son histoire, le G20 se réunisse au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement.
Puis en avril 2009, le G20 de Londres a posé les premières fondations d’un nouvel ordre économique et financier mondial, notamment en renforçant les moyens des institutions multilatérales.

Le Fonds monétaire international aura désormais de vrais pouvoirs d’évaluation et de régulation. Il représentera mieux les pays émergents. Et la Banque mondiale, Madame la Directrice Générale, sera réformée selon les mêmes principes.

Enfin, le sommet de Pittsburgh a validé des mesures concrètes, et confirmé la volonté de la communauté internationale de rester soudée.

2010 va être une année de transition: le Canada pour le G8, et la Corée du Sud pour le G20 vont co-présider des sommets conjoints.


Et c’est à la France que reviendra l’honneur de conduire le processus de rapprochement des instances, avec un sommet unique sous notre présidence en 2011.


Je crois que d’une façon plus générale, nous avons le devoir de tracer les contours d’une démocratie mondiale. Il faut repenser les modes de décision au niveau international.

Je me souviens d'ailleurs qu'il y a quelques années, le Premier ministre, Michel Rocard avait prononcé à New York une conférence sur ce sujet, passionnante, à laquelle il avait eu la gentillesse de me convier. Je ne sais pas s'il s'en souvient, mais comme souvent Michel Rocard a raison longtemps à l'avance. Je pense que c'était au début des années 90.

L’économie s’est en effet mondialisée, mais la politique est restée l’apanage des Nations.

A nous de réfléchir au meilleur moyen de favoriser des politiques globales, non seulement volontaristes, mais aussi respectueuses des peuples et des Etats.

Et je pense que l’issue du sommet de Copenhague ne peut que nous inciter à méditer sur ce sujet, et à faire preuve d'imagination.


Enfin le capitalisme de demain reposera, mesdames et messieurs, comme toujours, sur l’investissement, sur l’innovation. Bref, sur le goût de l’avenir.
Jusqu’à présent, la place démesurée accordée à la spéculation financière et à des activités non directement productives qui concentrent les richesses, n’est pas saine. Et en réaction à cette dérive, un nombre croissant d’utopistes et d’idéologues s’élèvent pour appeler à une économie dépourvue de croissance économique, voire en "décroissance".

C’est une vision que je ne peux pas partager.

Je la trouve illusoire, je la trouve rétrograde et pour tout dire, je la trouve défaitiste.


Ce que je crois, c’est qu’un nouveau capitalisme fondé sur une éthique du progrès est possible.

Franchement, en quoi le progrès technique d’aujourd’hui serait-il moins susceptible d’être mis au service du développement humain que celui d’hier ?
Nous avons les ressources, l’intelligence pour ne pas compromettre le sort de nos enfants par des excès au présent. Nous sommes, je le crois, suffisamment responsables pour comprendre qu’il faut consentir des efforts pour préparer un avenir dont je me refuse à penser qu’il puisse être nécessairement sombre.


C’est d'ailleurs ce que nous faisons avec les dépenses d'avenir que nous avons initiées en France, et dont nous avions confié la réflexion à Michel Rocard et à Alain Juppé. Nous avons fait le choix d’investir 35 milliards d’euros dans l'enseignement supérieur, dans la recherche, dans les projets d'avenir en matière de recherche industrielle, comme la voiture ou l'avion du futur.

On a tenu sur cet emprunt national bien des propos erronés.

Cet emprunt, c’est principalement la constitution d’actifs, d'actifs qui ne dégraderont pas le bilan patrimonial de l’Etat ; c’est un soutien aux forces vives de notre économie, c'est-à-dire à celles qui préparent la compétitivité de demain ; c’est une sélection extrêmement rigoureuse de projets ; c’est donc tout sauf une entorse à notre stratégie de maîtrise des finances publiques, à laquelle je suis particulièrement attaché.

Ce goût de l’avenir, c’est évidemment à 27 qu'en Europe nous devons l'avoir.

Dans ce nouveau monde qui se dessine, je ne consentirai jamais à voir l’Union européenne jouer les seconds rôles.


Au regard des principaux paramètres qui fondent la force d’une civilisation - la démocratie, la richesse, l’éducation et la formation, la cohésion sociale, les technologies, les infrastructures - j’ai la conviction que l’Europe peut être l’un des espaces les plus prospères et les plus influents du monde de demain.

Alors, certes, la montée en puissance du continent asiatique et indien constitue une césure historique qui bouscule notre "vieille Europe". Mais le dynamisme flamboyant de ces continents est appelé à s’équilibrer au fur et à mesure que leurs sociétés civiles s’enrichiront.


Mais dans l’immédiat, il est absolument capital que l’Union européenne, qui est enfin débarrassée de ses débats institutionnels, initie une vraie véritable politique de croissance.

Il faut qu’elle affiche clairement ses priorités.

Ses priorités, selon moi, c'est d'abord aider ses Etats membres à faire les réformes et les investissements qui s’imposent.

Favoriser la recherche et l’innovation en Europe, face au dynamisme des autres parties du monde.

Accompagner l’industrie automobile, en particulier vers le défi de la voiture électrique.

Faciliter l’adaptation des industries vitales comme la chimie ou l’électronique.

Le nouveau Président du Conseil européen Herman Van Rompuy a convoqué pour le 11 février un sommet extraordinaire pour élever le potentiel de croissance de l’Europe et pour financer son modèle social. Et la présidence espagnole de l’Union européenne, sous l'autorité de José Luis Zapatero, a fait de ces objectifs l’une de ses priorités.


Donc tous les éléments sont réunis pour que ce premier semestre 2010 soit l'occasion de mettre enfin sur les voies, une politique économique européenne, cohérente, qui permette aux Européens d'avancer et d'avancer de concert, puisque les compétences économiques sont partagées naturellement entre l’Europe et les Etats membres.

C'est à Bruxelles qu'il revient d’adapter le cadre réglementaire des entreprises aux nouveaux défis mondiaux ; c'est à Bruxelles qu'il revient de revoir toutes ses politiques communes (politique industrielle, politique énergétique, environnementale, commerciale, politique de change) pour qu’elles aient en ligne de mire cette nouvelle croissance et qu'elle puisse nous donner l'occasion de rassurer les citoyens face à tous les dumpings sociaux, fiscaux et environnementaux.


Et puis, aux Etats membres revient de se coordonner pour poursuivre les réformes structurelles, pour élever les taux d’emploi des jeunes, des femmes, des seniors ; pour rendre la fiscalité plus favorable à la création de richesses ; pour donner la priorité à la formation, à la recherche et à l’enseignement supérieur ; pour préparer un retour crédible à des finances publiques et à un endettement qui soient soutenables.


Voilà, ensemble, nous avons le devoir de mettre sur pied ce véritable gouvernement économique européen. Voilà, il y a des mots, comme ça, qu'on ne pouvait pas prononcer il y a quelques années, et que petit à petit, même s'ils suscitent encore des réactions, je ne sais pas des Gallois, mais en tout cas certainement des Anglais, qu'il faut que nous répétions inlassablement, parce que nous avons besoin d'un gouvernement économique européen, sans lequel aucune coordination des politiques, ni aucune réassurance des chocs internes ou externes de la zone euro ne peut exister.


Voilà, mesdames et messieurs, les réflexions que je voulais partager avec vous.
Contre toute attente, et loin de tous les scénarios qui nous annonçaient la fin de l’Histoire, la vérité c'est que cette crise a montré qu'on entrait de nouveau dans l’ère du politique.

Ce retour du politique, je pense qu'il nous place devant nos responsabilités. Nos responsabilités nationales, nos responsabilités européennes et nos responsabilités mondiales.


En l’absence d’une prise de conscience internationale partagée, nous courons tous le risque de subir les conséquences gravissimes d’une mondialisation totalement dépourvue de repères.

Mais en revanche, si comme vous l'avez fait durant 48 heures, grâce à l'initiative heureuse d'Eric Besson, la lucidité et le courage des hommes de bien l’emportent, alors je pense que nous avons le pouvoir de bâtir un monde plus équilibré et un monde plus juste.

François Fillon

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5 janvier 2010 2 05 /01 /janvier /2010 17:54

Un colloque organisé le 23 janvier par La Gauche Moderne
...


Le samedi 23 janvier, La Gauche Moderne tiendra un colloque, sur le thème : « les gauches dans la crise ».

 

 

 

Pour participer à nos débats :

 

 

·        André Bercoff, Président du Press-Club de France,

·        Stéphane Rozes, Président du Conseil-Analyse-Prospective,

·        Saïd Saadi, Président du Rassemblement pour le Culture et la Démocratie, député d’Alger,

·        Jean-Vincent Placé, Vice-Président de la Région Ile-de-France, Secrétaire national adjoint des Verts,

·        Philippe Cohen, Rédacteur en Chef de Marianne 2,

·        Linda Lanzillotta, ancien Ministre des collectivités locales du Gouvernement Prodi, Présidente du Think Tank Glocus,

·        Philippe Herzog, Président de l'association « Confrontations Europe », ancien député européen,

·        Stuart Bell, député travailliste et membre du Gouvernement britannique

·        Jean-Hervé Lorenzi, Président du Cercle des Economistes.

 

La crise que nous traversons aurait dû permettre à la gauche de retrouver massivement l’électorat populaire et les faveurs de l’opinion. Or il n’en est rien ! Au contraire : la gauche semble impuissante à se saisir de cette opportunité pour défendre une alternative crédible et séduisante. Dans les pays ou elle avait échappé à la crise idéologique qui l’a touchée en France, elle se trouve en difficulté aussi. Face à la vacuité très sonore de la gauche traditionnelle française, à son déficit de formulation d’alternatives crédibles, la nécessité d’un débat s’impose. La Gauche Moderne relève le défi !

 

Que nous dévoile cette tempête sur l’état des gauches aujourd’hui ? La crise ne nous oblige-t-elle pas à proposer une offre idéologique nouvelle ? Comment rompre avec le néolibéralisme d’hier et inventer le libéralisme social de demain ?

 

La crise nous impose un ultimatum : pour sortir de l’ornière, il est urgent de penser !

 

 

Colloque « les gauches dans la crise ».

 Samedi 23 janvier 2010, de 14h 30 à 18h 30Maison de la Chimie, 28 Rue Saint-Dominique 75007 Paris. 

La Gauche Moderne 
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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 15:28


Par JEAN LEONETTI Vice-président du groupe UMP à l’Assemblée
, dans Libération du 09 12...


Alors que les indices statistiques s’améliorent et que le pire semble être derrière nous, rien ne serait plus erroné que de croire que la crise n’aura été qu’une parenthèse bientôt refermée et sans conséquences durables. Certes notre pays, grâce à ses amortisseurs sociaux et à son épargne, a mieux encaissé le choc que beaucoup d’autres mais si tout devait recommencer comme avant, les mêmes causes risqueraient de produire les mêmes effets et rien ne protégerait notre pays d’un séisme économique d’une plus grande ampleur dans les mois ou les années à venir.


Nous ne devons pas nous tromper sur la nature de la crise financière, économique et sociale actuelle : c’est aussi une crise intellectuelle et morale qui s’inscrit dans un contexte d’épuisement des modèles économiques qui ont dominé le monde et qui avaient en commun de promettre le progrès, la domination de l’homme sur la nature et l’amélioration indéfinie de la condition humaine. Le marxisme est mort en 1989 avec la chute du mur de Berlin. Le capitalisme financier dominé par la spéculation a été ébranlé par la faillite de Lehman Brothers.
On peut espérer réguler le capitalisme sur le plan international pour lui donner un visage plus humain et éviter les dérives qui nous ont amenés à la catastrophe récente. Mais il nous faut aller plus loin et sortir de l’économie de rente et de spéculation.
Sinon, l’écart entre les pays pauvres et les pays riches ne va cesser de se creuser, le capitalisme le plus sauvage venant s’implanter dans des territoires de grande pauvreté, créant des inégalités insupportables et sur le terrain de la misère pousseront les totalitarismes et les fanatismes qui seront source de conflit pour l’avenir.
Sinon, nous ne pourrons pas relever le défi écologique: si l’Inde et la Chine consomment autant que les Etats-Unis, nos ressources seront rapidement épuisées et nos équilibres climatiques rompus.
Sinon, les citoyens des pays développés, confrontés aux délocalisations, aux dumpings, au chômage, à la pression excessive de la compétitivité, exigeront plus de protection et le protectionnisme reviendra avec la guerre économique et la guerre commerciale.


Quel est l’avenir de la France dans l’Europe dans ce contexte angoissant ? Peut-on imaginer un nouveau modèle de société, une France d’après-crise en rupture avec les erreurs du passé capable d’offrir un modèle nouveau de développement et de démocratie ? Pour ce faire, il faut d’abord accepter le fait que nous sommes dans une période de profonde et durable mutation, comme il en existe peu dans l’histoire. Au XVIe siècle, de grandes découvertes dans le domaine des sciences et de la culture sont venues bouleverser les mœurs issues du Moyen Age, elles annonçaient le siècle des Lumières. Cela s’appelait la Renaissance ! Au XVIIIe siècle, l’augmentation des inégalités, la faillite de l’Etat ont abouti à la Révolution. Comment nommerons-nous demain ce qui se déroule sous nos yeux ?


Certains voudront résister à cette évolution, d’autres l’accompagneront mollement en proposant des mesures ponctuelles destinées à atténuer les effets d’une situation subie, d’autres enfin chercheront vainement dans le passé de quoi résoudre les problèmes de l’avenir. Notre devoir est d’anticiper cette mutation. Un nouvel ordre économique mondial doit se mettre en place et affecter des dépenses d’avenir qui permettront à la France de demain d’être en avance dans les domaines de l’énergie, du développement durable, des biotechnologies ou des transports.


Il nous faut prendre aussi conscience que les habitudes et les modes de pensée évoluent plus rapidement que l’organisation de notre société et nos institutions déjà en partie dépassées. Il nous faut un mode de vie différent : l’habitat, les déplacements, les communications, les loisirs, la culture et l’éducation doivent sortir des schémas anciens. Il nous faut repenser nos villes, nos territoires, et réactualiser nos valeurs pour privilégier la réussite collective sur la compétition individuelle. Notre système démocratique a besoin d’un nouveau souffle pour être à la fois plus apaisé, plus exigeant et plus représentatif. Et comme nous y incite le rapport Stiglitz, dont la France a pris l’initiative, pour changer nos comportements nous devons changer la mesure de nos performances et nos représentations collectives.


Un monde nouveau est à construire, moins consommateur de temps et d’énergie, plus respectueux de l’humain et donc plus efficace car générateur d’espoir. Nous ne sortons pas de la crise, nous changeons d’époque, les pays qui ne le voient pas le feront payer très cher aux générations futures. Soyons réalistes, imaginons la France de demain. Le moment est venu de reparler de la politique de civilisation et de nous donner des moyens à la hauteur de cette ambition.

Jean Leonetti

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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 13:38

Rappel d'un texte déjà publié...


Par Jacques Marseille, Le Point du 10 09 09
...


Il faut lire Daniel Cohen (1).
Rares sont en effet les économistes qui possèdent à ce point l’art de la pédagogie et de la synthèse. Faire comprendre Adam Smith, Malthus, Ricardo, Marx, Jean-Baptiste Say, Schumpeter, Kondratiev ou Keynes en quelques lignes accessibles à tous n’est pas à la portée du premier venu. Mais il faut aussi lire Daniel Cohen, proche de la gauche, président du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et signataire de la liste des économistes ayant soutenu Ségolène Royal pour l’élection présidentielle de 2007. On prend ainsi la mesure des inquiétudes nourries et diffusées par nos élites face à la crise économique et au devenir du monde.


La thèse développée dans « La prospérité du vice »
témoigne d’une vision de l’histoire économique occidentale fort pessimiste. « Le principal risque du XXIe siècle, peut-on lire dès les premières lignes, tient moins à la confrontation des cultures ou des religions qu’à celui d’une répétition, au niveau planétaire, de l’histoire de l’Occident lui-même... L’Europe a fini dans la barbarie de la Seconde Guerre mondiale le bref espace de temps au cours duquel, à compter du XVIe siècle, elle fut l’épicentre de l’histoire humaine. Qui peut jurer que l’Asie échappera aujourd’hui à ce destin tragique ? »


« Destin tragique », tel serait en résumé l’histoire de l’Occident depuis la formidable expansion portugaise du XVe siècle et la découverte des Amériques au XVIe siècle. Uniquement guidée par le calcul de ses intérêts, fondant sa révolution industrielle sur la traite des esclaves africains, noyée dans les « eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la formule de Marx à l’égard de la bourgeoisie, se nourrissant de l’accroissement des inégalités et de la misère des classes populaires, jalouse de ses frontières et épuisée par les querelles entre Etats-nations, l’Europe aurait fini sa course dans le suicide collectif des deux guerres mondiales. Un risque qui, selon Daniel Cohen, pourrait se répéter dans la mesure où « ni la richesse ni même l’éducation ne rendent meilleur un homme qui est mauvais » . Certes, on pourrait penser que l’actualité donne du crédit à cette vision «inquiète » sinon sinistre de l’histoire de l’Occident.
Si les hommes sont aujourd’hui incomparablement plus riches qu’il y a trente ou cinquante ans, ils ne sont pas plus heureux. Les massacres de Yougoslavie et du Rwanda, les conflits qui surgissent aux quatre coins du monde comme la violence des attentats terroristes ont douché les espoirs de paix universelle provoqués par la chute du mur de Berlin. Le krach financier de 2007-2008 réveille le spectre de 1929. L’entrée de la Chine et de l’Inde dans le monde industriel renforce la menace du krach écologique.


Cette vision tragique de l’histoire de l’Occident
ne correspond pas tout à fait à la réalité. Comme l’ont montré les recherches historiques, la thèse qui assigne aux traites négrières et à la colonisation un rôle important dans la révolution industrielle occidentale est difficilement défendable. Au XVIIIe siècle, les bénéfices moyens annuels de la traite ne dépassent pas 2,6 % pour les Hollandais, 4 % à 6 % pour les Nantais et 10 % pour les Anglais, soit moins que d’autres placements.
Comme l’a bien aussi montré David Landes, dont l’ouvrage « Richesse et pauvreté des nations » (Albin Michel, 2000) inspire fortement la première partie de « La prospérité du vice », l’Europe de l’Ouest a été le premier moteur du développement et de la modernité, et cela s’est fait dans le sens du « bien », même si la puissance intellectuelle a souvent été employée de manière abusive à des fins destructrices et mauvaises.


La monstrueuse tuerie de 1914-1918,
qui défie encore la raison, doit moins aux tensions économiques qui étaient en voie d’apaisement qu’à l’acceptation par les élites et l’opinion que la guerre était « inévitable ». La crise de 1929 doit beaucoup plus aux conséquences dramatiques de cette guerre sur les économies et les sociétés de l’Europe occidentale qu’à la cupidité des marchés financiers américains.
Enfin, la Seconde Guerre mondiale échappe largement à la rationalité économique et s’explique moins par l’effondrement du commerce international que par les conséquences du traité de Versailles, l’humiliation infligée au peuple allemand et sa fusion dans un « mythe du chef » perçu comme la personnification de la nation et le noble champion de l’intérêt national (voir Ian Kershaw). Autant de révisions historiques qui nous invitent à ne pas attribuer aux « vices » du capitalisme occidental la responsabilité de tous nos « malheurs ». Que nous ont finalement proposé les expériences « socialistes »? La fierté d’une histoire acceptée et la vision (optimiste) de ses acquis sont sans doute aujourd’hui le meilleur des antidépresseurs.

Jacques Marseille, Le Point 10 09 09
 

1. Daniel Cohen, « La prospérité du vice » (Albin Michel, 2009, 19 E ).

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 11:30

L'inquiétude des Français ne s'accompagne pas d'une volonté de remise en cause du système politique. Analyse de Pascal Perrineau,  directeur du Cevipof, Le Figaro du 02 12 09

 

 

 

La crise économique et financière qui a éclaté à l'été 2008 est la crise la plus importante que le capitalisme ait connue depuis celle de 1929. Les effets politiques de cette dernière furent délétères : Hitler arriva au pouvoir en 1933, une vague autoritaire s'étendit sur l'Europe et la démocratie libérale fut sur la défensive, particulièrement en France, avant de céder elle aussi la place à la dictature. Quatre-vingts ans plus tard, c'est souvent au prisme de la crise de 1929 qu'est pensée la question des effets politiques de la crise.


Dans de très nombreuses réactions d'acteurs politiques et d'intellectuels, on insiste sur le caractère menaçant des effets politiques de la crise. Le 16 septembre 2008, l'homme d'affaires Georges Pébereau précise dans un article du journal Le Monde : «… nous sommes dans une période prérévolutionnaire ». L'ancien premier ministre Dominique de Villepin reprend cette antienne en avril 2009 en déclarant qu'il «existe un risque révolutionnaire en France ». Olivier Besancenot prophétise le 1er septembre 2009 sur RMC : «Il faudra que ça pète. » Dans un discours du 29 janvier 2009, le président de la République parle des risques d'un «nouveau totalitarisme». Un même type d'approche est repris par les analystes quel que soit leur bord.
À titre d'exemple, Nicolas Baverez, le 16 août 2009, déclare : «La déstabilisation des classes moyennes par le chômage de masse peut mettre en péril la démocratie.» Même si l'on avance que «l'Histoire ne repasse pas les plats», il y a de manière omniprésente la référence aux années 1930 et aux perturbations politiques majeures qu'elles ont connues. Au regard de la France de ces années-là, la situation politique actuelle est pourtant bien différente.

 

Situation très contrastée

 

À l'époque, les partis extrêmes du PCF aux ligues fascisantes comptaient presque un million d'adhérents. Qu'en est-il aujourd'hui ? La crise n'a déclenché aucune dynamique militante. Les formations extrémistes restent très faibles : le Front national compte quelques dizaines de milliers d'adhérents, quant au Nouveau Parti anticapitaliste, avec 9 000 adhérents, il ne fait pas recette. Bien qu'active dans l'animation de certains mouvements sociaux, l'extrême gauche est loin d'avoir les moyens de son «grand soir».


La situation dans les urnes est également très contrastée. La crise de 1929 avait nourri en son sein une poussée électorale des extrémismes en France et ailleurs. Aujourd'hui le message envoyé par les urnes semble être beaucoup plus modéré. Si l'on prend comme référence les élections européennes de juin 2009 dans les vingt-sept pays de l'Union et avec la prudence qu'implique une participation faible (40,6 % des inscrits), la plupart des majorités de droite modérée au pouvoir ont été sinon plébiscitées du moins soutenues (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas). Dans l'Hexagone, on a pu constater une progression de l'extrême gauche (de 3,3 % en 2004 à 6,1 % en 2009) mais aussi un déclin de l'extrême droite (de 9,8 % en 2004 à 6,3 % en 2009). Dans l'ensemble, les forces extrémistes ne représentent qu'un modeste poids d'environ 12,5 % équivalent à celui de 2004.

 

 


Dans un récent sondage Ifop-Valeurs actuelles du 2 novembre 2009 sur les intentions de vote pour une élection présidentielle, le rapport de forces est le suivant : Nicolas Sarkozy 28 %, Martine Aubry 20 %, François Bayrou 14 %, Marine Le Pen 11 %, Olivier Besancenot 9 %, Dominique de Villepin 8 %, Cécile Duflot 5 %, Marie-George Buffet 3 %, Nathalie Artaud 1 %, Nicolas Dupont-Aignan 1 %.
Le président sortant arrive largement en tête du 1er tour, les droites rassemblent 48 %, les gauches 38 % et le centre 14 %. Les effets de radicalisation ne sont pas majeurs : l'extrême gauche est en légère hausse (7,1 % en 2007), l'extrême droite est stable (10,7 % en 2007). La première atteint ses meilleurs niveaux chez les jeunes (17 %) et les professions intermédiaires (13 %) particulièrement du secteur public, l'extrême droite gardant un haut niveau d'influence dans la population ouvrière (24 %) et le secteur privé.


Pour l'instant on n'a pas l'impression d'un «arc de forces démocratiques» qui craque sous le poids de la crise. Mais les effets dissolvants de celle-ci n'ont peut-être pas fait toute leur œuvre.


Dernier exutoire de la crise : la rue. Dans les années 1930, nombre de manifestations, qu'elles soient à l'initiative de l'extrême gauche ou de l'extrême droite, dégénéraient. Les morts se comptaient par dizaines, les blessés par milliers. La violence politique était bien portée : le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, expliquait en 1931 que «les barricades portent la lutte de classe à son niveau le plus élevé ». L'extrême droite n'était pas en reste sur le terrain de la glorification de la violence et Charles Maurras expliquait doctement que sa «violence tend à fonder la sécurité intérieure de (sa) patrie ».

 

Recherche d'alternatives

 

En 2008-2009, nous sommes très loin d'un tel encensement de la violence politique. Certes, aux confins de l'ultragauche, réapparaît une certaine fascination pour une violence parée à nouveau de vertus rédemptrices. Ce courant très minoritaire s'est livré à de véritables saccages à deux reprises, en avril 2009 à Strasbourg dans le cadre de manifestations contre l'Otan puis en octobre à Poitiers lors de la réunion d'un collectif anticarcéral. Cette violence aux confins du terrain sociétal et du terrain politique est le symptôme d'une délinquance qui charrie son lot de malaises liés à la crise et qui est sensible dans le fait, par exemple, qu'après deux années de tendance baissière, les statistiques de la délinquance ont enregistré en août 2009 une forte poussée des vols avec violence sur les douze derniers mois.

 


La crise a des effets perturbateurs mais elle n'a aucun impact  radicalisation politique massive. En cela, nous sommes loin du scénario de 1929 et des années qui suivirent. Et pourtant, la France a un potentiel protestataire non négligeable. Dans une enquête internationale réalisée dans vingt-sept pays, un an après le déclenchement de la crise financière, la France est : le pays où la minorité demandeuse d'un autre système que celui du capitalisme de libre-échange est la plus forte : 43 % de nos concitoyens pensent qu'un tel système «est dans l'erreur et que l'on a besoin d'un autre système», ils ne sont que 29 % en Italie et en Espagne, 19 % en Grande-Bretagne, 13 % aux États-Unis et 9 % en Allemagne.

C'est en France, cette fois-ci derrière le Brésil et le Chili, que la demande d'intervention croissante du gouvernement dans la régulation des entreprises est la plus forte : 76 % contre 73 % en Espagne, 70 % en Italie, 56 % en Grande-Bretagne, 45 % en Allemagne et 43 % aux États-Unis. Cette demande interventionniste va même en France jusqu'à une demande majoritaire de contrôle plus étroit des grandes industries par le gouvernement : 57 % contre 53 % en Italie, 45 % en Espagne, 40 % en Grande-Bretagne, 31 % en Allemagne et 24 % aux États-Unis.
Cette demande de contrôle s'enracine dans un pessimisme français particulier à la fois vis-à-vis de la crise, mais aussi vis-à-vis de la mondialisation et de l'Europe. 64 % des Français pensent en novembre 2009 que «le pire de la crise reste encore à venir » (Sofres). Parmi les grands pays d'Europe (Eurobaromètre n° 71 de septembre 2009), l'opinion française est une des plus négatives sur l'état de l'économie nationale (87 % des Français considèrent que la situation de l'économie française est très ou plutôt mauvaise contre 78 % en moyenne dans l'Union européenne), 73 % pensent que la mondialisation constitue une menace pour l'emploi et les entreprises en France (contre 42 %) et 51 % que l'Union européenne ne nous aide plutôt pas ou pas du tout à nous protéger des effets négatifs de la mondialisation (contre 36 % dans l'ensemble de l'Union).

Nombre de Français ne sont pas contents du monde tel qu'il va et sont à la recherche d'alternatives. Mais contrairement aux années 1930, cette recherche d'alternatives se fait sans remettre en cause le système politique.
La protestation sourd mais s'inscrit dans une demande de réforme du système économique et social qui n'a rien à voir avec la recherche de «lendemains qui chantent», caractéristique des années 1930 et qui avait débouché sur la lugubre musique du totalitarisme.

Pascal Perrineau
Directeur du Cevipof

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 05:34

Poursuite du débat sur l'identité nationale...Une réflexion de Gilbert Veyret
...


« Quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité, à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourmente et m’interroge ?  Les forces contradictoires d’hier et d’aujourd’hui, accrochées les unes aux autres, ne cessent d’engendrer, d’être une histoire profonde sur laquelle la France dérive. Ces forces seront encore là demain sur lesquelles tout se construit, tout, à l’occasion, peut se détruire, sans que l’on en devine toujours les vraies raisons et moins encore l’heure exacte »
écrivait F. Braudel en introduction à ses ouvrages sur « L’identité de la France ». Car cet historien ne voulait pas « qu’on s’amuse avec l’identité », mais il se demandait, en citant T. Zeldin, si «  le changement le plus radical survenu en France n’était pas la perte, pour les Français, du contrôle de leur destin »

Après avoir affirmé, en début de mandat, qu’il voulait conduire une véritable « politique de civilisation » Nicolas Sarkozy semble se demander, à mi mandat, qui sommes-nous réellement pour pouvoir relever un tel défi ?

 

Une géologie de strates superposées ou agglomérées au cours des siècles ?

L’opposition politique et la majorité des observateurs lui ont reproché d’avoir lié cette interrogation, teintée d’une humilité, à laquelle il ne nous avait pas habitués, avec le thème de l’immigration habituellement utilisé pour rallier le vote de ceux qui  en ont peur.

Ces arrière-pensées supposées ont évidemment vicié le débat à l’origine, chacun étant prié de se positionner selon son camp pour ou contre un débat qui se résumerait grossièrement en «  Trouvez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ?»

Il faut donc prendre le risque du simplisme pour éviter de sombrer dans le manichéisme.

L’identité nationale est bien évidemment le résultat, toujours très temporaire, de ses apports successifs.

Pendant des siècles, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’immigrés mais d’envahisseurs.


Citons, seulement quelques exemples : Vikings et Normands, Germains et Francs, qui nous ont d’ailleurs fourni notre appellation, Romains nous ont tous envahis, pillés, et finalement enrichis. Je sais bien qu’Astérix est considéré comme un héro de la résistance, défenseur de nos valeurs, face à l’envahisseur Romain. Mais qui peut nier que notre héritage Gallo-Romain, doit beaucoup à ces derniers
[1].


Les Arabes ont, sans doute, été bloqués trop tôt, à l’issue de cette bataille de Poitiers tant célébrée, pour nous faire bénéficier de tous les apports culturels et économiques qui ont permis l’âge d’or Andalous.

Quand l’Etat et la nation sont devenus assez forts pour dissuader ou repousser les envahisseurs, ce sont des groupes ou des familles qui ont choisi de venir résider en France, avec leur culture propre, leurs techniques, leur esprit d’entreprise. Ils y étaient souvent poussés par l’oppression politique ou la misère économique qu’ils subissaient dans leur pays d’origine. Ils avaient, le plus souvent, à cœur de prouver, de se prouver qu’ils étaient capables de réussir dans un contexte plus favorable. Et le plus souvent ils devenaient français.


En sens inverse, notre pays s’est sensiblement appauvri, au profit des Flandres, lorsque la « Révocation de l’Edit de Nantes » a chassé un grand nombre de protestants français.

Quelle est cette alchimie qui a permis à toutes ces strates successives, ces péripéties glorieuses, piteuses, tragiques, familières de composer ce pays chaque fois un peu différent, « divers jusqu’à l’absurde » disait Braudel ?  Le creuset est-il brisé ?


L’Etat y a toujours joué un très grand rôle, avec cette volonté de dégager un plus grand commun dénominateur, notamment à travers l’éducation nationale, réussissant à gommer l’essentiel des différences d’origines géographiques, de religions, de classes sociales, pour en faire des patriotes français capables, le cas échéant, de mourir pour leur pays, même s’ils y avaient été accueillis de fraiche date et pas toujours très bien.

Un fond commun de racines judéo-chrétiennes, de philosophie grecque, de droit romain a abouti à cet apogée du siècle des Lumières et sa philosophie des Droits de l’Homme à laquelle tous les immigrés ont longtemps adhéré, explicitement ou implicitement.

 

Une identité fortement marquée de manichéisme guerrier

Ce patriotisme naturel apparaît de façon théâtrale dans « La grande illusion » de Jean Renoir.(1937)

Le capitaine de Boëldieu, a beaucoup plus d’affinités culturelles, de goûts communs avec son geôlier, aristocrate Allemand; qu’avec ses camarades de captivité, le lieutenant Maréchal, d’origine prolétaire et le lieutenant Rosenthal, juif. Pourtant, il sacrifiera sa vie pour permettre l’évasion des deux autres, au désespoir de l’officier allemand, obligé d’abattre celui avec qui il aurait eu, en d’autres temps, tant de plaisir à partager un souper ou une partie de chasse.


Pendant cette première guerre mondiale, ce choix était simple, évident et tragique. La défense de la patrie avant tout autre clivage. La gratuité de cet héroïsme apparaît aujourd’hui bien vaine, après le spectacle de H. Kohl et F. Mitterrand se tenant par la main devant le mémorial de la bataille de Verdun, puis de A. Merkel défilant sur les Champs Elysées avec N. Sarkozy pour célébrer l’armistice du 11 novembre.

Ces chanceliers et présidents auront beaucoup fait pour saper un des fondements, historiquement daté, des identités nationales de nos deux pays, pendant des siècles. L’histoire leur reconnaitra ce mérite, même s’ils doivent maintenant  peiner un peu pour retrouver ou plutôt bricoler de nouveaux marqueurs de nos identités.

Une guerre plus tard, Missak. Manouchian et les résistants étrangers de « l’affiche rouge » se battaient  surtout pour la défense de la liberté et d’une certaine vision de l’homme, en se faisant tuer pour la France, dont ils n’étaient pas encore citoyens.


Les tirailleurs Algériens ou Sénégalais que l’on voie dans le film « Indigènes » sont dans une situation beaucoup plus ambiguë, puisqu’ils se battent pour leur puissance coloniale, mais aussi des valeurs de civilisation dont on leur a fait croire qu’ils en étaient partie prenante et que l’on a dédaignés sitôt la guerre gagnée.

 Une bonne part des luttes de la décolonisation et des rancœurs, encore actuelles, proviennent de ce malentendu et cette humiliation qui a profondément déchiré ce pacte républicain.


Citoyens et gouvernants ne semblent plus savoir ce qui fonde aujourd’hui ce pacte républicain. On ne saurait reprocher au gouvernement d’avoir la sincérité, la naïveté ou l’hypocrisie de se poser et de nous poser la question
[2], même si l’authenticité n’est pas un trait dominant chez les responsables politiques, spécialement à la veille de consultations électorales qu’ils jugent importantes.

 

Quels marqueurs de substitution ?

Le questionnaire, envoyé dans les préfectures, par le « ministère de l’immigration, l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », selon cet étrange intitulé fourre-tout, propose à la discussion toute une série de valeurs et de symboles. Nous n’avons pas la place de les examiner l’une après l’autre, mais on ne peut qu’être surpris par leur hétérogénéité. 


Comment mesurer des valeurs communes entre la République, la liberté et l’égalité hommes/femmes  ou l’entreprise, si ce n’est pour nous dire que l’identité est un conglomérat de valeurs très composites dans lesquelles chacun ou chaque communauté peut y mettre ce qui correspond à son propre paradigme.

Prenons seulement quelques symboles cités comme Marianne qui évoque plus pour moi les charmes éphémères d’actrices en vogue, à une certaine époque, exposés opportunément dans les salles des mariages des mairies. Personnellement, je serais plus sensible au bonnet Phrygien, symbole révolutionnaire rappelant la coiffe portée par les esclaves affranchis Grecs et Romains. Mais je n’engagerai surtout pas de guerre de religion autour de ces ornements de la République !


Je peux imaginer le contexte dans lequel a été composée « La Marseillaise ». Cet hymne guerrier  devait donner du cœur à l’ouvrage aux jeunes troupes appelées à affronter cette large coalition, comportant notamment des Français émigrés, à Jemmapes ou Valmy ; comme à d’autres époques un coup de rhum aidait à sortir des tranchées. Mais, peut-on encore chanter aujourd’hui, sans frémir, cet appel raciste au meurtre pour qu’un « sang impur abreuve nos sillons » A qui appartiendrait ce sang impur ? Aux Autrichiens, aux Allemands ? La justice a condamné les propos violents de rappeurs pour moins que cela ! Faut-il évoquer « ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes » à l’ouverture de matchs qui, rappelons le, consistent seulement à faire entrer un ballon entre des poteaux, plus souvent que l’équipe adverse !
[3]

Il est vrai que le football est devenu la « métaphorisation de l’appartenance à une collectivité, ville ou nation, par le biais de l’équipe qui l’incarne »[4]  Le football, comme prolongation de la guerre par d’autres moyens, avec les violences et les manifestations de racisme qu’il entraîne, dans et en dehors des stades, est bien une perversion de ce besoin identitaire, exprimé par des populations qui souffrent de la dilution.des liens sociaux.[5]

 

Identité nationale : acceptation de déterminismes historiques ou volonté de défendre des intérêts communs et de poursuivre des buts collectifs ?

 Ce vieux débat entre Barrès, pour qui le nationalisme est l’acceptation d’un déterminisme et Renan pour qui la nation ce « plébiscite de tous les jours » est un projet collectif composé des « sacrifices que l’on a faits et ceux que l’on est disposé à faire encore »  n’est pas vraiment dépassé, même si ce n’est plus le marqueur qui a longtemps distingué la droite de la gauche en France.


Le corporatisme, les revendications catégorielles, les diverses formes de communautarisme qui paralysent si souvent l’action publique, ne seraient que la sanction de l’absence d’un projet collectif, admis par le plus grand nombre. Chacun reconnaît aisément que : « Le respect de la diversité, loin de consister en une négation des identités, doit constamment veiller à vérifier avec vigilance qu’aucune d’entre elles ne devienne meurtrière ou simplement dominatrice » Jean Daniel  Nouvel Obs.26/11

 

On semble pourtant ne plus parvenir à rétablir un équilibre entre un nivellement gommant toutes nos différences, au nom d’un idéal républicain uniforme et abstrait et une implosion entre de multiples communautés juxtaposées, voire antagonistes.


Cette difficulté à formuler un projet de société, adopté par les diverses composantes de la nation, catégories sociales, Français, de souche ou fraichement immigrés, viendrait-elle de notre vieillissement collectif qui paralyserait les choix politiques, comme il rigidifie les articulations et les artères ?

« Ce cher et vieux pays » invoqué par le Général De Gaulle qui avait encore quelques obstacles à lui faire franchir, serait-il bloqué par l’arthrose ou les successeurs du Général manqueraient ils d’imagination et de volonté politique ?

 « La période où l’esprit est encore actif est la plus belle époque, la jeunesse d’un peuple. Alors les individus sont tous poussés à défendre leur patrie, à faire valoir les buts de leur peuple. Lorsque, tout cela une fois accomplie, apparaît l’habitude de la vie. Et de même que l’homme meurt dans l’habitude de la vie, de même l’Esprit d’un peuple meurt dans la jouissance de lui-même….  Il se peut que renonçant à certains aspects de son but, le peuple ait trouvé son contentement dans un monde de moindre envergure. Si même son imagination s’est élancée au dessus de ce monde limité, il a renoncé à ces buts parce que la réalité ne s’y prêtait pas et il s’est limité à des tâches réalisables. Il vit désormais dans la satisfaction du but accompli ; il tombe dans la routine où il n’y a plus de place pour la vitalité et avance vers sa mort  naturelle….. Il reste certes remuant, mais cette agitation n’est plus que celle des intérêts privés ; elle ne concerne plus l’intérêt même du peuple. »

 Hegel «  la raison dans l’Histoire »[6]


Nous disposons, depuis le 9 mai 1950, date de la déclaration de Robert Schuman et début de la construction européenne, d’un projet collectif qui transcende nos nations et nous a, d’ores et déjà, apporté plus d’un demi siècle de paix, une liberté et une prospérité économique que nous sommes même parvenus à faire, en partie, partager aux peuples qui avaient vécu sous le joug communiste, après avoir subi le nazisme.

 Cet édifice européen, à la fois complexe et fragile, ne semble plus constituer un projet collectif mobilisateur pour nos concitoyens. Ils auraient même de plus en plus tendance à opposer une volonté nationale chimérique à cette nébuleuse européenne dans laquelle ils redoutent que nos intérêts personnels ou nationaux soient trop dilués.


C’est pourtant bien à la taille européenne que nous avons quelques chances de pouvoir affronter plus efficacement le défi écologique, par de nouvelles formes de développement, de meilleures régulations économiques, une meilleure approche du co développement mondial et des flux migratoires.

Faute de savoir dépasser nos frontières nationales, ce débat sur notre identité, entre tenants d’un républicanisme pur et dur ou d’un communautarisme tempéré, nos dispute sur le nombre acceptable d’immigrés en situation régulière ou pas, ressemblera, de plus en plus, aux fameux débats sur le sexe des anges, quand l’empire romain d’orient s’effondrait.

Gilbert Veyret

 



[1] Le rejet du projet de Constitution européenne par la France en 2005  semblait largement inspiré par les valeurs défendues par ce petit Gaulois sympathique !

[2] Je laisse à chaque lecteur le soin de choisir le mot qui lui convient  en fonction de ses propres choix politiques !

[3] On devrait  plutôt choisir le grand air de la «Damnation de Faust » de Berlioz. C’est moins pompier et moins belliqueux.

[4]  M. Crépon et M de Launay « Libération » 19/11/2009

[5] Cela ne m’empêche pas, à l’occasion, d’apprécier la finesse d’un jeu collectif ou le brio d’exploits individuels, mais de manière purement ludique.

[6] Qu’on me pardonne cette  citation trop longue, mais Hegel me semble avoir mieux répondu que d’autres au questionnement  d’’Eric Besson, même s’il n’a pas pu intégrer la perspective d’élections régionales en France !

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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 08:58


Plus belle la Gauche.  Pour une gauche moderne

 

Un livre de réflexion politique de Marc d’Héré et Gilles Casanova ( Editions de Passy). Disponible en librairie en mars prochain,  sur Internet et à La Gauche Moderne dès février.

 

La révolution technologique et la mondialisation des échanges ont profondément transformé notre environnement, nos modes de consommation, nos conditions de vie. Une société à dominante industrielle composée de grandes masses homogènes a laissé place à  une société  fragmentée, où les attentes   s’individualisent,    où la concurrence s’exacerbe,  où les liens sociaux se distendent.   Cette  mutation mal appréhendée, l’affaiblissement des repères traditionnels, la perte d’énergie de la démocratie, la persistance d’inégalités injustifiables,  sont la source d’un malaise collectif  que la crise économique mondiale est venue aggraver. Le sentiment d’abattement, la morosité, le retrait civique, ou à l’inverse la violence,  qui en résultent,  nous contraignent  à chercher des solutions qui ne peuvent être celles d’hier.

 

La gauche aurait dû, mieux que d’autres, proposer les voies de ce changement nécessaire.  Mais, les socialistes français se cantonnent  dans la diabolisation d’un capitalisme jugé définitivement « mauvais », le refus de toute modernisation qualifiée de régression ultra libérale  associé à un illusoire discours de résistance à la mondialisation. Figés dans le respect des vaches sacrées que sont les avantages catégoriels et les situations acquises, ils  ne peuvent offrir de perspective. Révolutionnaires il y a 40 ans quand la gauche européenne était sociale démocrate, les socialistes français se sont – avec remords et regrets - convertis à une social-démocratie dépassée à l’heure où leurs homologues sont devenus sociaux libéraux. Toujours en retard d’une guerre et d’une idée, en regardant l’avenir dans le rétroviseur ils ne font que ressusciter le fantôme de l’économie administrée.

 

Face à cette gauche archaïque et nostalgique, une autre gauche est possible, une gauche moderne qui ait la lucidité et le courage de dire que le progrès social dépend du succès économique et des réformes de structure d’une société qui doit sortir de l’immobilisme. Une gauche qui recherche  l’équilibre entre les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat, entre le « libéral » et  le « social », deux concepts que l’on veut arbitrairement opposer, quand s’impose leur complémentarité.

 

En   répondant,  ici et maintenant,  aux questions que la vie pose aux gens,  en redonnant   confiance dans l’avenir, La Gauche Moderne veut encourager chacun à réagir face aux difficultés, à s’affirmer acteur responsable d’une société de croissance et de justice où tous pourront se voir donner leur  chance, une  « société des possibles »

 

Parce qu’elle pense qu’autour de cette vision et de  ces idées peuvent  se retrouver de nombreux militants et citoyens de sensibilité de gauche, elle a  l’ambition de s’affirmer  comme  un acteur essentiel de la rénovation de la gauche.

 Parce qu’elle estime que seul  Nicolas Sarkozy a la volonté et la capacité d’affronter les conservatismes,  et de mettre en œuvre les changements nécessaires, elle accompagne sa démarche et  agit activement au sein de  la majorité présidentielle.

 

Ce sont les valeurs, les  objectifs, les combats et les propositions de La  Gauche Moderne, que les auteurs,  qui y sont engagés aux côtés de Jean-Marie Bockel  après de longues années militantes au sein de partis de gauche traditionnels,  veulent mettre en évidence dans cette réflexion politique.


Marc d’Héré et Gilles Casanova   

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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 08:16


Article paru dans Le Monde du 06 novembre 09.

 (Extraits)

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui à mi-quinquennat. Dans un entretien au Monde, le premier ministre, François Fillon, dresse le bilan des réformes accomplies depuis deux ans et demi et annonce vouloir réduire les déficits à partir de 2011, parallèlement à l’Allemagne...

Votre coup de sang mardi devant le groupe UMP, était-ce contre le système Sarkozy ?

François FILLON. Ce n’était pas un coup de sang. La Ve République, ce sont des institutions très subtiles qui ne fonctionnent que si chacun est à sa place. Je m’efforce de rester à la mienne. Le débat doit avoir lieu d’abord dans l’enceinte de la majorité avant de se faire sur la place publique. Je pense être le premier ministre le plus présent auprès du Parlement et du groupe UMP. Ce n’est pas dans la presse que je dois apprendre qu’il y a une interrogation sur le volume de l’emprunt. Le président non plus.

[…]

Quel doit être selon vous le montant de l'emprunt ?

Il ne faut pas que la crédibilité française diverge de celle de l'Allemagne. Le montant sera fonction des priorités d'avenir qui seront retenues et de notre capacité d'emprunt supplémentaire. Sur ce sujet, le Trésor évoque un ordre de grandeur de 20 à 30milliards en première analyse.

Lorsque vous dites, à propos de Rama Yade, qu'il faudra tirer les conséquences de son attitude le moment venu, pensez-vous à son limogeage ?

Lorsque l'on est secrétaire d'Etat, on est sous l'autorité d'un ministre. C'est contraignant, mais c'est la règle du jeu. On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement. Les membres du gouvernement sont porteurs de l'intérêt général, pas seulement des intérêts qui s'expriment auprès de leur ministère.

La démarche des sénateurs, emmenés par Jean-Pierre Raffarin, est-elle légitime?

La méthode est contestable. Le débat sur la taxe professionnelle est difficile. Beaucoup de ceux qui demandent le report de la réforme n'ont pas trouvé la force dans le passé de l'engager. Il y a des marges de négociations au Sénat, mais le gouvernement a posé deux lignes rouges: la suppression de la taxe professionnelle devra être opérationnelle en 2010 et le barème d'imposition sera national, pour ne pas remettre en cause l'avantage donné aux entreprises.

[…]

Comment expliquer à mi-quinquennat que le président de la République soit si bas dans les sondages ?

Il faut regarder cela sur la durée. Hier le président américain perd deux élections partielles, nous, nous les avons gagnées. Le président de la République a engagé un train de réformes sans précédent, le plus important depuis 1958. Il n'est pas anormal qu'il y ait des interrogations, des critiques. C'est une telle rupture! In fine, les critiques disparaissent, lorsque les réformes sont mises en œuvre. Regardez l'université, les régimes spéciaux, le revenu de solidarité active (RSA) et même le travail du dimanche: qui oserait aujourd'hui revenir en arrière? Le bilan se fera à la fin du quinquennat, mais nous avons fait la démonstration que nous avons pu dégripper les moteurs du changement sans remettre en cause le modèle social et culturel français.

Les affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy ne remettent-elles pas en cause un style de gouvernance ?

La dignité avec laquelle les deux ont réagi renvoie leurs procureurs à la réalité de ces polémiques, c'est-à-dire peu de chose.
Tous les ministres qui ont défendu Jean Sarkozy ont-ils eu raison de tenir des propos peu amènes sur la presse? Il ne faut jamais tenir des propos peu amènes sur la presse. C'est inutile. [Rires.]

Souhaitez-vous rester à Matignon après les régionales ?

La question n'est pas de savoir ce que je souhaite. J'ai défendu que, sauf raison politique majeure, une équipe gouvernementale doit durer pour réussir. Aucune équipe soumise à des changements tous les ans, comme cela a été souvent le cas, ne peut réussir. C'est une situation qui n'existe nulle part en Europe.

[…]

Vous annoncez chaque semaine une nouvelle dépense. N'auriez-vous pas intérêt à fixer un cap plus clair et rigoureux sur la gestion des dépenses publiques ?

Du fait de la crise, nous sommes victimes d'un recul de 20% des recettes fiscales. Depuis trois ans, toutes les dépenses de l'Etat sont maintenues à zéro volume, c'est la première fois dans la Ve République et nous allons continuer. Nous avons engagé un effort de réduction de l'emploi public, qui suscite des critiques, mais qui est indispensable et générera à terme des économies importantes. Nous menons des réformes structurelles lourdes (justice, carte militaire, réforme hospitalière et collectivités locales). Enfin, nous avons une croissance des dépenses maladie réduite de moitié.

Je présenterai début 2010 au Parlement une stratégie de finances publiques qui nous donnera les moyens de descendre en dessous des 3% de déficit à l'horizon de 2014, au prix d'ajustements très importants, puisqu'il faudrait faire un effort de réduction de plus de 1% par an. L'objectif est de progresser parallèlement à l'Allemagne, qui s'est fixé comme objectif un équilibre en 2016.

Allez-vous inscrire l'équilibre dans la Constitution ?

Je crois moins à la contrainte constitutionnelle qu'à une vraie prise de conscience nationale sur les efforts à conduire. C'est ce à quoi je m'engage avec le président de la République. En 2010, nous ouvrirons le débat sur les retraites et nous prendrons des décisions. Nous poursuivrons l'effort de maîtrise des dépenses d'assurance-maladie.

Nous avons à peu près les solutions pour maîtriser les dépenses de l'Etat. Si on a un peu de croissance et que les dépenses de l'Etat n'augmentent pas, cette question peut être réglée assez vite. Et je souhaite qu'elle le soit en partenariat avec les collectivités locales, qui doivent partager cet effort.

C'est douloureux… Il faut que chacun regarde ce qui se passe dans le monde. Notre principal concurrent, c'est l'Allemagne, qui perd beaucoup moins de parts de marché au profit de l'Asie. L'industrie automobile française en 1981 avait 10% du marché mondial. Elle en a aujourd'hui 5%. Dans le même temps, l'industrie automobile allemande s'est maintenue, passant de 11% à 10%. Il est donc indispensable de conduire ces réformes pour que notre industrie soit plus compétitive.

Allez-vous prendre des initiatives franco-allemandes ?

Nous avons le projet de conduire de manière cohérente nos politiques financières et économiques. L'Allemagne a fait le choix très courageux de soutenir la croissance avec une politique de baisse d'impôts, qui valide d'une certaine façon les choix que nous avons faits d'accepter des déficits un peu plus importants pour soutenir la croissance. Il faut qu'on garantisse, à l'avenir, une meilleure convergence des politiques française et allemande.

[…]

Craignez-vous une hausse des taux d'intérêt ?

Non. Il n'y a pas de pression inflationniste. Je m'en suis entretenu mardi avec Christian Noyer, le gouverneur de la banque de France.

Allez-vous réviser à la hausse vos prévisions de croissance?

Sans doute, mais rien ne presse.

Etes-vous candidat à la Mairie de Paris ?

Je m'interdis d'avoir des projets. Cela voudrait dire que je ne suis pas complètement à la tâche qui est la mienne. Nous avons tous des désirs, notamment de vivre une vie plus normale. Mais je m'inscris en faux contre l'idée que Matignon est un enfer. Servir son pays est un privilège.

 

Propos recueillis par Françoise Fressoz, Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier

 

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 09:19


EXTRAITS DU DISCOURS DE NICOLAS SARKOZY

La Chapelle en Vercors –  Drôme- Jeudi 12 novembre 2009

 

 

Mes chers compatriotes,

 

Il y a quelques instants, en me recueillant devant le Mur des fusillés de la Chapelle en Vercors, j’ai

pensé aux 16 otages exécutés par l’occupant.

J’ai pensé à la population du plateau du Vercors prenant fait et cause pour les maquis et s’exposant

aux plus terribles représailles.

J’ai pensé aux villages bombardés, aux maisons brûlées au lance-flammes, aux maquisards massacrés,

aux civils assassinés…

Le Vercors a payé cher son engagement dans la Résistance. En soutenant les maquis, ses habitants

savaient qu’ils risquaient le pire. Mais pas un de ces hommes, pas une de ces femmes, durs à la peine,

dont une nature rude avait trempé le caractère, n’hésita.

 […]

Ils se battaient pour une cause dont ils savaient seulement

qu’elle était plus grande qu’eux et qu’elle les rattachait à une multitude d’autres hommes et d’autres

femmes poussés par la même force et dévoués à la même cause. « Ils se battaient, disait Malraux à

propos des Résistants, pour cette fierté mystérieuse dont ils ne savaient au fond qu’une chose c’est

qu’à leurs yeux la France l’avait perdue ».

Ils la lui rendirent.

Ils avaient tellement envie d’être fiers de leur pays. La France ? Elle était en eux. Chacun à sa façon,

exprimait par ses actes ce sentiment profond que la France était leur bien commun, ce qu’ils avaient de

plus précieux, ce qu’ils avaient de plus beau à transmettre à leurs enfants. Ils se sentaient comme les

maillons d’une longue chaîne qui avait commencé bien avant eux et qui continuerait bien après eux,

s’ils ne la laissaient pas mourir, non pas matériellement mais spirituellement.

[…]

 

C’est toujours au moment où l’on va les perdre que l’on mesure la signification et l’importance de ces

choses indéfinissables avec lesquelles on a tellement l’habitude de vivre que l’on a l’impression

qu’elles sont aussi naturelles que l’air que l’on respire.

Nous vivons peut-être l’un de ces moments où les repères s’effacent, où l’identité devient incertaine,

où nait le sentiment que quelque chose qui nous est essentiel pour vivre est en train de se perdre. Tout

semble concourir à l’aplatissement du monde.

Je veux le dire parce que je le pense, à force de vouloir effacer les Nations par peur du nationalisme on

a ressuscité les crispations identitaires. C’est dans la crise de l’identité nationale que renaît le

nationalisme qui remplace l’amour de la patrie par la haine des autres.

A force d’abandon nous avons fini par ne plus savoir très bien qui nous étions […]

 

Voilà pourquoi, mes chers compatriotes, nous devons parler de notre identité nationale. Ce n’est pas

dangereux, c’est nécessaire. Ce qui serait dangereux ce serait de ne pas en parler, de faire comme si

tout allait bien en se disant « A quoi bon ? ». C’est avec cette politique de l’autruche qu’on laisse le

champ libre à tous les extrémismes. C’est pourquoi j’ai voulu ce débat. C’est pourquoi j’ai voulu que

nous discutions ensemble, que nous réfléchissions ensemble. L’identité nationale ça nous concerne

tous, ça concerne tous les Français.

 

Notre conscience nationale, elle s’est forgée dans l’épreuve. Depuis la Guerre de Cent ans jusqu’aux

maquis du Vercors, de Corrèze, ou des Glières, depuis Valmy jusqu’au Chemin des Dames, depuis

Lazare Ponticelli le dernier poilu engagé à 16 ans en trichant sur son âge parce qu’il voulait dire merci

à la France qui l’avait accueilli jusqu’à ceux que Malraux, encore lui, appelait « les clochards épiques

de Leclerc », depuis les pêcheurs de l’Isle de Sein jusqu’aux Cadets de Saumur, la France a vécu

d’abord dans l’esprit et dans le coeur de ceux qui avaient le sentiment de lui devoir tant qu’ils étaient

prêts à se battre pour elle et peut-être à mourir.

Alors, qu’avaient-ils donc le sentiment de lui devoir ? Si on le leur avait demandé chacun aurait sans

doute donné sa réponse qui eût été bien différente de celle des autres. Le pêcheur de l’Isle de Sein ou

le paysan du Vercors n’aurait pas répondu la même chose que Jean Moulin ou d’Estienne d’Orves.

Tous pour tout avaient le sentiment de se battre pour la même chose. Cela, c’est l’identité nationale.

 

[…] Pour nous Français, l’identité nationale ne saurait être une chape de plomb intellectuelle et morale

pesant sur les consciences. La France est diverse. Elle l’a toujours été. La France c’est une multitude

de petites patries, de terroirs. C’est une multitude de coutumes, de traditions, de croyances. […]

Chaque culture, chaque tradition, chaque langue a une valeur infinie.

Les laisser disparaître serait une faute. […]

 

Rien n’est plus étranger au génie de notre peuple que l’uniformité, que l’embrigadement. L’identité

nationale française, c’est une culture millénaire qui, par des voies mystérieuses, imprègne tout. Elle est

dans la pensée, dans la langue, dans l’architecture, dans l’art de vivre, dans le paysage […]

 

Dans ce vieux pays où depuis si longtemps « ceux qui croient au ciel » se disputent avec « ceux qui

n’y croient pas », il n’y a pas un seul homme, pas une seule femme qui ne reconnaisse dans les

Cathédrales une expression de ce génie français auquel il a le sentiment de participer. Le Français qui

ne croit pas en Dieu n’imagine pas la France sans le Mont Saint Michel, sans Notre Dame de Paris ou

sans la Cathédrale de Reims, ni son village sans le clocher de son église qui le surplombe depuis dix

siècles. C’est la France. Pas un libre-penseur, pas un Franc-maçon, pas un athée qui ne se sente au

fond de lui l’héritier de la Chrétienté qui a laissé tant de traces profondes dans la sensibilité française

et dans la pensée.

Regardons ce que la morale laïque des instituteurs de jadis doit à la morale chrétienne qu’on enseignait

au Catéchisme. Regardons ce que la République doit à l’Ancien Régime. Regardons comment la

République a accompli le vieux rêve Capétien d’une France une et indivisible dans un Etat dominant

les féodalités. Les rois l’ont rêvé, la République l’a réalisé. Discernons dans le débat sans cesse

recommencé entre Jacobins et Girondins, entre les centralisateurs et les décentralisateurs, la tension

multiséculaire qui depuis Hugues Capet oppose les Provinces au pouvoir central et autour de laquelle

s’est construite pas à pas l’unité française.

Derrière la diversité, derrière les oppositions, les contradictions, les conflits dans lesquels notre peuple

a trop souvent épuisé ses forces, il y a l’unité profonde de notre culture, et, j’ose le dire, de notre

civilisation.

 

Passant sans cesse de la désunion à l’union le peuple français sait au fond de lui-même que ce qui le

rassemble est plus fort que ce qui le divise.

Et on comprend l’Histoire de France quand on accepte de vibrer avec le souvenir du Sacre de Reims et

d’être ému par le récit de la fête de la Fédération.

On est pleinement Français quand on prend conscience que la France Girondine et la France Jacobine

sont les deux visages d’une même réalité nationale.

On est Français parce que l’on regarde la Chrétienté et les Lumières comme deux versants d’une

même civilisation dont on se sent l’héritier.

Mais on est Français aussi parce que l’on ne se reconnaît pas dans une race, on est Français parce que

l’on ne se laisse pas enfermer dans une origine, on est Français parce que l’on ne se laisse pas

enfermer dans une religion.

Si l’on cherchait quelles sont les principales institutions, les principaux lieux où se fabrique depuis des

siècles l’identité française, on verrait d’abord sans doute tous les lieux de la vie et du travail quotidiens

où artisans, ouvriers, agriculteurs, ingénieurs, se transmettent de générations en générations des

cultures et des savoir-faire que la science et la technique modernes enrichissent chaque jour. Ce qui se

joue dans l’industrie, dans l’agriculture, dans la ruralité, dans l’artisanat, ce n’est pas qu’économique,

c’est aussi la disparition d’une forme de civilisation, d’un héritage de valeurs, d’une culture du travail.

Mais on trouverait aussi l’Ecole, le Louvre, l’Académie française, le Collège de France, la Comédie

française… parce qu’être Français c’est croire que la raison, la science, l’art, la culture peuvent

transcender les différences et, oserai-je le dire, parce que l’on croit plus ou moins consciemment à la

toute puissance de la littérature. La littérature est un élément de l’identité nationale française. En ce

sens, le prix unique du livre, pour sauver le livre et les libraires, exprime une part profonde de notre

identité nationale au même titre que notre système si particulier d’aide à la création cinématographique

ou l’aide qui est apportée à la chanson française ou à la création audiovisuelle. C’est de l’identité

nationale française.

 

La France est une nation littéraire. Elle se parle à elle-même à travers la littérature. N’est-ce pas au

fond en entendant un vers de Racine ou de Baudelaire ou en lisant une page des Misérables que nous

nous sentons le plus Français ? Dans quel autre pays au monde un tel miracle serait-il possible ?

Nous conforterons l’identité française en apprenant à nos enfants à aimer la littérature, à aimer la

poésie, à aimer et à respecter la langue française, en ce qu’elle est capable d’exprimer de beauté,

d’intelligence, de profondeur de sentiment. Si nous voulons que demain la France continue de signifier

quelque chose pour nos enfants, nous devons être fiers de notre histoire et faire de l’apprentissage de

l’Histoire de France une priorité pour les enfants de nos écoles. C’est la raison pour laquelle, j’ai

retenu l’idée de créer un Musée de l’Histoire de France que tous les enfants des écoles iront visiter, qui

sera le Musée le plus moderne qui soit, qui ne sera pas figé dans le passé, qui sera vivant, qui

apprendra l’Histoire au nom de l’avenir.

 

Si demain nous voulons que la France continue de signifier quelque chose pour nos enfants, il nous

faut permettre à chacun d’accéder à la culture. Il nous faut réinventer, en les adaptant à notre époque,

les Maisons de la culture, le concept ne doit pas être figé, le TNP de Jean Vilar qui voulait que le

théâtre soit accessible à un public populaire, aux ouvriers des usines.

Nous avons besoin d’une politique culturelle qui soit à la hauteur de la place qu’occupe la culture

française dans la culture universelle, de ce que dans son histoire la France a été capable d’accomplir

dans le domaine des oeuvres de l’esprit. Nous avons besoin d’une politique culturelle à la hauteur des

défis de l’ère de la globalisation. La culture aujourd’hui a deux ennemis redoutables : l’utilitarisme et

la transformation en marchandises de tous les produits de l’intelligence et du travail humains. Une

politique du patrimoine s’impose. Quand on a un patrimoine comme celui de la France, on n’a pas le

droit de le laisser s’abîmer et on aide ceux qui en possèdent une parcelle à l’entretenir parce que c’est

l’intérêt de tous, parce que c’est un investissement collectif. Avec Malraux nous avons été capables

jadis d’inventer une politique du patrimoine. Il s’agit maintenant de la faire vivre. Notre culture ne

vivra que si elle est encore capable d’étonner le monde.

 

Notre langue et la vision du monde qu’elle porte ne restera vivante que si elle est utilisée par des

artistes, des savants, des ingénieurs, des entrepreneurs, que si nos lycées à l’étranger, nos universités,

nos écoles attirent les meilleurs élèves du monde entier, si nos laboratoires attirent les meilleurs

chercheurs. Si le meilleur de notre jeunesse part à l’étranger pour conquérir le monde, c’est très bien

mais c’est très mal, si le meilleur de notre jeunesse part à l’étranger pour fuir un pays sclérosé qui ne

leur laisse plus aucune chance de réaliser leurs rêves.

Si nous voulons que la France continue de signifier quelque chose pour nos enfants, nous devons

travailler à ce qu’il y ait encore demain une pensée, une science, une création artistique, une littérature

françaises.

 

En plaçant l’éducation et la culture au coeur de son identité, la France s’est forgée une prédisposition à

l’universalisme et à l’ouverture. De siècles en siècles, la France n’a cessé de se mélanger, de se

métisser, le mot ne me fait pas peur, d’assimiler et dans ce mélange, dans ce métissage, dans cette

assimilation de se transformer elle-même et de s’enrichir.

La France ne demande à personne d’oublier son histoire ou sa culture. Mais la France demande à ceux

qui veulent lier leur sort au sien de prendre aussi son histoire et sa culture en partage. La France ne se

pense pas comme une juxtaposition de communautés ou d’individus. La France n’est pas seulement

une communauté d’intérêts. Devenir Français, c’est adhérer à une forme de civilisation, à des valeurs

et à des moeurs.

La France est une terre de liberté et d’égalité.

La France est un pays d’émancipation où chacun aspire à s’élever selon ses talents, ses mérites, son

travail.

La France est un pays où la femme est libre.

 

La France est un pays où l’Eglise est séparée de l’État, où les croyances de chacun sont respectées.

Mais la France est un pays où il n’y a pas de place pour la burka, où il n’y a pas de place pour

l’asservissement de la femme, sous aucun prétexte, dans aucune condition et dans aucune

circonstance.

 

La France est un pays où il n’y a pas de place pour la confusion du spirituel et du temporel.

La France est un pays de tolérance et de respect. Mais la France demande aussi qu’on la respecte.

On ne peut pas vouloir bénéficier des droits sans se sentir obligé par les devoirs.

On ne peut pas vouloir bénéficier de la sécurité sociale sans jamais se demander ce que l’on peut faire

pour son pays.

On ne peut pas vouloir bénéficier des allocations chômage sans se sentir moralement obligé de tout

faire pour retrouver du travail parce que les allocations sont payées par le travail des autres.

On ne peut pas vouloir profiter de la gratuité des études qui est l’une des plus belles conquêtes de la

République et ne pas être assidu aux cours, ne pas témoigner de la considération pour ses professeurs

et ne pas respecter les bâtiments qui vous accueillent.

On ne peut pas vouloir tous les avantages de la République si l’on ne respecte aucune de ses lois,

aucune de ses valeurs, aucun de ses principes.

 

Mais pour faire partager un idéal, mes chers compatriotes, encore faut-il y croire soi-même.

Pour s’ouvrir aux autres, il faut avoir suffisamment confiance en soi, être sûr de ses valeurs et de son

modèle. […]

D’où vient donc, mes chers compatriotes, que la France qui avait triomphé de tant de difficultés au

cours de son histoire se soit mise à douter à ce point d’elle-même qu’elle se mette à vivre l’ouverture

non plus comme une chance mais comme une menace ?

 

D’où vient donc, mes chers compatriotes, que la République qui avait surmonté tant d’épreuves dont

elle était sortie toujours plus forte se soit mise à ce point à ne plus tenir ses promesses ?

D’où vient donc que le sentiment d’injustice au lieu de se réduire n’ait cessé à ce point de croître ?

D’où vient ce sentiment de partager de moins en moins de culture commune, d’imaginaire commun,

de morale commune ?

D’où vient ce sentiment au fond de désintégration civique et sociale?

Il vient d’une forme de renoncement. J’ose le mot.

 

En renonçant à la valeur du travail, nous avons renoncé au mérite républicain. C’est une erreur

tragique.

En renonçant à demander à l’élève de travailler pour apprendre, en renonçant à lui faire découvrir la

joie de la connaissance en récompense du long travail de la pensée.

En renonçant à exiger de l’assisté qu’il fasse tous les efforts qu’il peut pour trouver un emploi. En

choisissant la voie des 35 heures, nous avons ouvert dans la méritocratie républicaine des brèches

morales qui n’ont cessé de s’élargir. Ce fut une erreur totale. Que les choses soient claires, j’ai voulu

un débat, je ne veux pas imposer les conclusions avant qu’il y ait lieu, mais ces renoncements là, je ne

les accepterai jamais. Et c’est parce que je ne les accepte pas, que j’ai voulu qu’à l’école primaire on

revienne au savoir, que j’ai voulu instaurer le RSA plutôt que le RMI ou mettre fin aux effets délétères

des 35 heures.

En renonçant à l’autorité, en renonçant même à employer le mot, nous avons pris un risque immense.

En sapant l’autorité du maître sur l’élève, nous n’avons pas rendu service à l’élève qui en se prenant

pour l’égal du maître n’est même plus conscient de la nécessité absolue d’apprendre. On ne peut pas

prétendre forger des âmes de citoyens avec de tels principes.

En sapant l’autorité de la Police républicaine, on n’a fait qu’encourager les voyous.

En sapant l’autorité de l’État, on n’a fait qu’ouvrir le champ libre à de nouvelles féodalités et donc à

de nouvelles injustices.

En laissant croire que tout se vaut, que toutes les valeurs, que tous les comportements, que toutes les

oeuvres se valent, on a porté un coup très rude à l’idée de civilisation et même à celle de société. Car

dans une société civilisée, tous les comportements et tous les actes ne se valent pas.

Que reste-t-il de la République si l’on se met à considérer de la même manière le délinquant et la

victime, celui qui fait son devoir et celui que ne le fait pas, celui qui fait son travail et celui qui ne fait

rien ? Que reste-t-il de la République quand on place sur le même plan l’intérêt particulier et l’intérêt

général, le principe d’égalité et le droit à la différence ?

 

En confondant l’égalité avec l’égalitarisme, nous avons sapé l’égalité des chances, parce qu’en

donnant la même chose à tout le monde, on a renoncé à corriger les inégalités les plus criantes liées à

la naissance, à l’origine, au milieu social dans lequel on est né, au territoire ou au quartier dans lequel

on habite. Au bout du compte, l’égalitarisme a renforcé l’injustice au lieu de la réduire.

Ces renoncements là, je ne les accepterai jamais !

Pour lutter contre l’injustice, il faut donner plus à ceux qui ont moins pour compenser les handicaps du

départ. On ne répare pas l’injustice par le nivellement.

C’est pour cela que j’ai souhaité que 95% des Français puissent transmettre désormais à leurs enfants

le fruit de leur travail sans droit de succession. J’ai supprimé les droits de succession parce que je crois

au travail et parce que je crois à la famille. Ce sont les mêmes valeurs qui me font dire que nul ne doit

pouvoir, sur le territoire de la République française, se voir prélever plus de la moitié de son revenu en

impôts.

C’est pour cela aussi que j’ai voulu que les droits soient les mêmes que l’on ait plus ou moins 25 ans.

Il n’y a pas de raison que les jeunes de moins de 25 ans qui ont travaillé aient moins de droits que les

autres simplement parce qu’ils sont jeunes.

 

En confondant trop souvent la laïcité avec le refus de toutes les religions on n’a pas non plus rendu

service à la République. Car la laïcité, et je veux le dire pour être bien compris, ce n’est pas le refus de

toutes les religions. C’est le respect de toutes les croyances et la neutralité de l’État. Il y a dans le

sentiment religieux qui vient du fond des âges quelque chose de profondément respectable. Et ce que

nous avons aujourd’hui à construire c’est bien une société où chacun s’efforce de comprendre et de

respecter l’autre.

C’est pour cette raison, mes chers compatriotes, que seront expulsés tous ceux qui viendront en France

pour appeler à la violence et à la haine de l’autre. Ils n’ont rien à faire sur le territoire de la République

française.

La République est au coeur de notre identité nationale. Elle est forcément un rêve inaccompli, un idéal

inachevé.

La République, c’est la souveraineté de la Nation, c’est l’autorité, l’autorité de l’État, c’est l’égalité

des chances, c’est le mérite, c’est le travail la République, c’est la laïcité, c’est la compréhension, le

respect, la solidarité. C’est la primauté de l’intérêt général sur l’intérêt particulier.

Si l’on ne veut pas de la Nation, de l’autorité, de l’égalité des chances, du mérite, de la laïcité du

travail, alors on ne veut pas non plus de la République. […]

Si notre modèle d’intégration ne semblait plus fonctionner ce n’était pas parce qu’il y avait trop de

République mais parce qu’il n’y en avait pas assez. Ce ne sont pas nos valeurs qui sont en cause, c’est

leur oubli et, parfois même leur reniement.

On avait fini par nous faire croire que la République menaçait la démocratie. Mais quelle démocratie

serions-nous si nous devenions une société où chacun serait enfermé dans sa communauté, dans sa

bande ou dans sa tribu ?

Rien n’est moins dangereux pour la démocratie et pour la liberté que la République fut-elle une et

indivisible. Depuis deux siècles à part l’expérience sanglante de la Terreur nul totalitarisme n’a

menacé nos libertés. C’est que la culture française est irréductible au totalitarisme.

 

Il y a 20 ans tombait le Mur de la honte.

Les valeurs de la démocratie et de la République triomphaient.

Je vois bien depuis à quels excès peut conduire une démocratie d’opinion débridée je le vis tous les

jours - où les nouveaux moyens de communication s’affichent comme des zones de non-droit. C’est

vrai que c’est un problème que nous n’avons pas encore résolu et qui prend une ampleur croissante.

C’est un défi pour la démocratie, c’est un défi pour la République. Mais je veux prendre mes

responsabilités. Je préfèrerai toujours ce genre d’excès à ce que fut le totalitarisme communiste qui de

l’autre côté du rideau de fer faisait peser une chape de plomb sur toutes les consciences. Je préfère

l’excès de la démocratie d’opinion à ce que l’on a vu au XXe siècle en Europe de l’Est.

Dois-je dire aussi que je persiste et je signe s’agissant du droit à la caricature ? Je préfèrerai toujours

les excès de la caricature à l’absence de droit à la caricature qui est la marque de tous les régimes

totalitaires. Dans l’affaire des caricatures du Prophète j’ai choisi le camp de la liberté d’expression

parce que pour moi c’est cela le coeur de l’identité nationale française. Au pays de Voltaire et de

Victor Hugo chacun veut penser librement. Le besoin de liberté est en France dans l’air que l’on

respire.

 

Trop de confiance accordée à la raison, trop d’héritage venu des Lumières et de la Chrétienté nous font

un antidote absolument efficace au totalitarisme.

Ce que nous appelons notre modèle républicain est-il condamné par l’économie, par la

mondialisation ? Il est vrai que la République doit être réelle et pas seulement formelle. Quel que soit

l’attachement aux grands principes, que valent-ils face à la montée du chômage et de l’exclusion ?

Comment parler de République si au lieu de continuer à trouver sa place dans la société si les études

ne permettent pas de trouver un emploi décent, qu’est-ce qu’elle vaut la République si les sacrifices

des parents et les efforts des enfants ne débouchent que sur le chômage ou la précarité ?

Quand le modèle individualiste semblait triompher partout, quand la Finance imposait partout sa

logique spéculative, quand l’économie de rente prospérait, notre modèle républicain ancré dans notre

histoire nationale pouvait paraître condamné. Il semblait bien que les marchés financiers auraient le

dernier mot sur la politique.

 

La crise a fait, et c’est heureux, éclater le mythe, car c’est un mythe de l’uniformisation inéluctable et

de l’avènement d’une civilisation comment l’appelait-il la civilisation des nomades connectés avec le

monde entier mais sans ancrage national. Souvenez-vous, c’était il y a peu de temps que l’on nous

servait ces balivernes.

Les grandes entreprises qui n’avaient plus de nationalité, elles étaient mondiales. Comme c’est

curieux, mais quand il y a eu la crise, elles ont, ces mêmes entreprises mondiales, tout de suite trouvé à

quel État elles devaient s’adresser pour être secourues. Fantastique ! On nous a expliqué pour nous

imposer cette idée folle, que les entreprises n’avaient pas de nationalité quand cela va bien mais quand

cela va mal – j’en ai vu – elles étaient françaises, Monsieur ! Les grandes banques qui étaient

internationales quand tout allait bien se sont retrouvées parfaitement nationales lorsqu’elles étaient au

bord du gouffre. La catastrophe évitée de justesse, et c’est heureux, a fait ressurgir des vérités

essentielles. Je l’affirme, les entreprises comme les personnes ont un ancrage national. Personne n’est

de nulle part ou alors il n’est personne. On peut se sentir citoyen du monde, mais cela ne suffit pas

pour être un citoyen à part entière. Ceux qui cherchaient à théoriser l’oubli de la nationalité ne

cherchaient pas tant à effacer les frontières qui séparent les peuples qu’à se libérer de toute exigence

de solidarité.

La création de valeur pour l’actionnaire servait d’alibi à l’exonération de toute responsabilité morale et

sociale. Alors, mes chers compatriotes, ne soyons pas naïfs, le but était d’abord d’échapper à ce

premier devoir du citoyen qui s’appelle l’impôt. C’était cela la réalité.

La fin programmée des paradis fiscaux, la naissance d’une gouvernance mondiale pour lesquelles la

France a tant oeuvré, le retour de l’État dans l’économie changent la donne. Mais surtout le citoyen

revient sur le devant de la scène. Le citoyen exige des comptes. Il ne veut plus se sentir seul au monde

face à la toute puissance supposée des marchés. Il exige le citoyen d’être protégé. Il veut davantage de

solidarité, davantage de morale, davantage de démocratie, davantage de politique. Le moment est venu

de redécouvrir que l’identité nationale n’est pas un repliement sur soi mais que l’identité nationale

c’est un atout dans la compétition internationale. On n’est jamais concurrentiel en imitant les autres

mais en tirant le meilleur parti de soi-même. Voila la clé.

 

Jouer la carte de notre identité nationale, c’est refuser que la France devienne une sorte de grand fond

spéculatif cherchant sans cesse à saisir les opportunités du moment, allant et venant sans cesse d’une

mode à une autre, n’inscrivant rien dans la durée.

Je ne veux pas d’une France sans usines, sans industries, sans agriculture, sans campagne et sans

ruralité. La meilleure chance de la France est aux côtés de ses artistes, de ses entrepreneurs, de ses

savants, de ses ouvriers, de ses agriculteurs, de ses artisans, de ses ingénieurs avec leur savoir-faire qui

viennent de si loin. Ils vont ensemble enfanter le monde de demain. La France peut devenir le

laboratoire de l’avenir.

Nous mettre au clair avec nous-mêmes sur ce que nous sommes, sur ce à quoi nous aspirons, sur ce qui

nous fait vivre ensemble. Mes chers compatriotes, ce n’est pas regarder le passé mais préparer l’avenir

que de faire ce travail et j’ai beaucoup de peine pour ceux qui pensent que l’identité nationale

française est si faible qu’il ne faut même pas l’évoquer.

Demain comme hier nous n’accomplirons de grandes choses que si nous sommes fiers de notre pays,

si nous sommes prêts, chacun d’entre nous, à voir en lui une cause qui nous dépasse.

Nous avons beaucoup de leçon à apprendre des autres, beaucoup de choses à changer. Notre pays a

besoin de se réformer en profondeur. Je me suis attelé à cette tâche et que le message soit bien reçu,

rien ne m’en détournera. Mais la France n’est pas une page blanche.

 

« Cher et vieux pays » disait le Général de Gaulle.

Oui, « cher et vieux pays » qui doit se transformer.

« Cher et vieux pays » qui doit accomplir une fois de plus tant de révolutions.

Que deviendrait la France si elle ratait la révolution écologique ?

Que deviendrait son identité si le traitement de toutes nos données numériques ou la numérisation de

tous ses livres devaient entièrement nous échapper ?

Que deviendrait notre idéal hérité des Lumières si l’école devait échouer à donner à ses enfants les

moyens intellectuels et moraux d’exercer librement leur jugement face aux médias de masse et à

internet ?

Que deviendrait notre modèle d’intégration républicaine s’il ne retrouvait pas la compétitivité qui lui

permettrait d’offrir un emploi à chacun ?

Quand je regarde le drapeau français qui s’est couvert de gloire au nom de la liberté sur tous les

continents, mais quand j’entends la Marseillaise chantée avec ferveur, quand je lis les noms inscrits

sur les monuments aux morts de nos villages, quand je vois dans l’armée française qui défile

magnifiquement le 14 juillet le long travail des siècles, quand je rencontre des ouvriers dans les usines

ou quand j’entre sous la coupole de l’Académie française, je vous le dis, je me sens honoré d’être

Français. Etre Français est un honneur. Il nous appartient à tous de le mériter.

C’est de tout cela que je voudrais que nous parlions dans les mois qui viennent. Avec Eric Besson, j’ai

voulu aujourd’hui vous livrer avec sincérité le fond de ma pensée non pas pour clore la discussion

mais pour y apporter ma contribution.

 

Il vous appartient maintenant mes chers compatriotes de vous emparer de ce débat pour qu’il soit

réellement le vôtre. La France, nous en avons hérité. La France nous la transmettrons à nos enfants. La

seule question qui vaille : est-ce que nous serons à la hauteur des générations qui nous ont précédés ?

Est-ce qu’on leur laissera un pays à nul autre pareil ? Est-ce que l’on défendra nos valeurs, notre

civilisation, nos idées ou est-ce que l’on se laissera emporter par des effets de mode successifs ? Ce

débat est un débat noble. Il est fait pour les femmes et les hommes qui aiment leur pays. Ceux qui ne

veulent pas de ce débat, c’est parce qu’ils en ont peur. S’ils ont peur de l’identité nationale française,

c’est qu’ils ne la connaissent pas. Raison de plus pour ouvrir un débat qui va leur apprendre au fond ce

que c’est que l’identité nationale française.

Vive la République. Vive la France.

 

Nicolas Sarkozy

Extraits du discours du 12 novembre 2009, dans la Drôme

 

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Published by Discours de Nicolas Sarkozy (extraits) - dans Réflexion politique
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