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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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30 novembre 2010 2 30 /11 /novembre /2010 13:37

 

 

De Romain Pigenel, sur l’excellent site  « Variae » 

 Voir à l’adresse: http://www.variae.com/royal-flush/

 

 

Celles et ceux qui ont un jour travaillé avec ou milité pour Ségolène Royal vous le diront : sa principale caractéristique, c’est l’imprévisibilité. Une imprévisibilité au sens radical du terme : être capable d’alterner sans raison apparente le pire et le meilleur, de sentir des bons coups comme de les faire tourner au vinaigre, de faire, sans connotation négative, n’importe quoi – c’est-à-dire d’agir en dépit des convenances, des ça ne se fait pas et des attendus. Comme par exemple : se battre à mort pour la tête du parti socialiste ; puis retisser bout par bout une relation « apaisée » avec son actuelle direction, au point de s’inviter dans un pacte :pack grand-guignolesque ; donner tous les gages de loyauté possibles à la première secrétaire ; tout cela pour, enfin, la désavouer brutalement, alors que cette dernière vient de réaffirmer l’accord des « grands candidats » pour la primaire socialiste, en annonçant sa propre candidature. 

 

C’est ce qu’on appelle faire événement. Y a-t-il eu beaucoup d’épisodes récents de la vie du parti socialiste qui ont donné lieu à une « alerte info SFR », reçue par les abonnés de l’opérateur téléphonique ? Détail parmi d’autres qui en dit long sur la capacité d’impact médiatique de la présidente du Poitou-Charentes. Dans la dramaturgie des (pré)primaires socialistes, Ségolène Royal apporte sa contribution toute particulière.

 

Ce n’est pas une simple candidature de plus ; c’est, en vrac, l’acte 2 et la revanche de 2007 ; la suite du sanglant congrès de Reims ; tout un cortège d’histoires et de souvenirs, depuis le pas de deux avec Bayrou jusqu’aux excuses envers l’Afrique, en passant par le frigidaire et les  menaces de poursuite en justice ontre le parti socialiste. Un cortège bigarré, alternant épisodes scabreux, rocambolesques et historiques, qui stimule forcément plus la machine politico-médiatique que les affrontements d’appareil autour de textes programmatiques sur l’égalité réelle. Ségolène Royal, en bien comme en mal, est un des quelques responsables politiques, avec Nicolas Sarkozy, dont la vie et les actes trouvent un écho dans tout le spectre de la presse et des médias, des titres people aux revues savantes ; son entrée dans la danse, après le remaniement ministériel, marque tacitement le début des choses sérieuses pour 2012.

 

Mais la nature événementielle de cette déclaration de candidature ne se résume ni ne se réduit à des questions d’audimat et d’impact médiatique, dont on jugera plus précisément dans les prochaines semaines. Elle tient aussi et d’abord au sens qu’elle a, et aux effets qu’on peut prévoir, à gauche et dans le camp socialiste en particulier.

Quelles étaient la situation et les dynamiques à l’œuvre jusqu’à présent ? Premièrement, une opposition entre gauche de gouvernement (PS, Europe Écologie–Les Verts) et gauche populiste, « fromage qui pue » incarnée par un Mélenchon mettant même mal à l’aise ses alliés communistes. Deuxièmement, un différentiel entre nouvelles formations jeunes et/ou rénovées (Europe Écologie–Les Verts, voire Parti de Gauche) et partis plus anciens (dont le PS). Troisièmement, un clivage, plus interne au PS, entre Cassandre rigoristes – Hollande, Valls, Moscovici, Collomb – et néokeynésiens rétifs à la contrainte – Hamon et les défenseurs du texte Égalité réelle. Quatrièmement, et toujours au sein du PS, un hiatus commode entre « grands candidats » putatifs, s’efforçant de calmer le jeu et de garder le contrôle sur les primaires, et outsiders plus pressés d’en découdre. De ces lignes de partage découlait la situation incertaine que l’on connaît, avec une gauche hésitant sur l’attitude à adopter face à la droite dure, et un PS s’endormant dans un faux rythme et des débats sans issue (calendrier électoral, dispute transformateurs vs. réalistes nécessité ou non d’attendre l’homme providentiel du FMI).

 

La sortie du bois de Ségolène Royal vient chambouler ce paysage ronronnant pour une raison très simple : la proposition et le positionnement politiques qu’elle représente ne se laissent pas contenir dans les clivages mentionnés ci-dessus. Issue du cœur de l’establishment politique – l’ENA et la mitterrandie – elle a cependant régulièrement été taxée de populisme depuis 2006, pour des idées que reniait même alors Mélenchon – les jurys populaires – ou des formulations douteuses récurrentes dans son discours, comme l’opposition entre peuple et « sachants ». Hiérarque socialiste de longue date, elle n’en a pas moins incarné la possible rénovation du PS lors de son dernier congrès, et a même mis en œuvre le dépassement de ce dernier avec le mouvement Désirs d’Avenir.

Prudente dans ses positions budgétaires et économiques lors de la dernière présidentielle – l’idée d’un redéploiement de l’appareil d’État comme condition de toute politique de réforme, la prise en compte de la dette, la défense du marché comme milieu naturel– elle est également capable de parler avec une crédibilité certaine pour « les petites gens » et contre le « système ». Quant au quatrième clivage, entre types de candidatures, elle le fait voler en éclat par sa déclaration ; ni actuelle patronne du PS, ni ex-premier secrétaire peinant à refaire surface ; ni sauveur d’outre-Atlantique, ni « Obama de la Bresse » ; pas vraiment en position de force au sein de l’appareil socialiste, mais néanmoins dernière candidate à la présidentielle. Autant d’ambigüités qui singularisent cette entrée en lice, qui pourrait bien sérieusement rebattre les cartes, quelle que soit son issue finale.

 

Car on ne voit pas comment la lente hâte avec laquelle se dessinaient les événements au sein du PS pourrait ne pas s’en trouver perturbée. Les primaires ne se limitent plus à un tour de chauffe entre candidatures de témoignage ; les appels à l’unité et au travail de fond tombent à plat ; le pacte qui avait fait tant jaser n’est plus la saine entente de tous les poids lourds socialistes, mais se trouve rabaissé à la continuation de l’accord « carpes et lapins » du congrès de Reims ; enfin et surtout, les postures d’attente et de temporisation deviennent fort complexes à tenir, au risque de perdre rapidement beaucoup de terrain. En mal comme en bien, en somme, Royal vient avec ce coup de poker de donner un brutal coup d’accélérateur à la partie de 2012. Faites vos jeux !

 

Romain Pigenel

 Sur le site Variae : http://www.variae.com/royal-flush/

 

 

 

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26 octobre 2010 2 26 /10 /octobre /2010 17:49

 

 

….Certainement pas le Président. Martine Aubry représenterait l’adversaire idéale de Nicolas Sarkozy à l’élection  présidentielle, où  on voit mal comment elle pourrait l’emporter.

 

Martine Aubry manque de crédibilité. Deux éléments, dont elle ne parviendra pas à se défaire, la plombent : les 35 heures qu’elle a imposées, et continué à défendre, même après qu’une  majorité des Français ait été convaincu de leur nocivité. Elle restera la « dame des 35 heures » ! Et puis la manière indigne dont elle a pris le pouvoir au PS, avec les tricheries et les fraudes, dans sa propre fédération, celle du Nord, sans lesquelles Ségolène Royal aurait été élue première secrétaire. On en parle moins, mais ce n’est pas oublié et, dans une campagne, elle  ne manquerait pas de voir ressurgir cette faute contre l’éthique,  particulièrement inadmissible et impardonnable pour la fille d’un Jacques Delors, unanimement respecté.

 

Elle manque aussi de crédibilité car son discours est tout sauf clair. Sur les retraites, elle a changé plusieurs fois de langage, et de position. Le  socialiste Malek Boutih a déclaré : « Martine Aubry a un problème avec la vérité politique…Il n’y a qu’à voir la manière dont elle a slalomé sur le dossier des retraites ». Il avait déjà déclaré au mois de juin dernier : « Jacques Delors a souhaité ne pas prendre le pouvoir pour ne pas mentir. Sa fille, elle, ment en permanence pour avoir le pouvoir. »   Et le 10 octobre, c'est le député socialiste Jean-Marie Leguen, proche de Dominique Strauss-Kahn qui déclare que la radicalisation du mouvement contre la réforme des retraites, "ne serait pas forcément rendre service aux salariés, ni au mouvement social", au moment même où Martine Aubry se radicalise. Il est vrai que le FMI, présidé par ce même DSK, a établi un rapport soulignant que la meilleure solution pour une réforme des retraites est de repousser l'âge légal de 2 ans. Ce que Martine Aubry refuse absolument, après l'avoir plus ou moins admis!.  

  

Manque de crédibilité encore pour une première secrétaire incapable de trancher, de choisir, ou de faire choisir son parti sur les sujets de fond. Le PS d’Aubry n’a aucun projet, ni l’ombre d’un programme, et lorsqu’il prétend, par la voix de sa première secrétaire,  revenir, au cas où il reprendrait le pouvoir, sur l’âge légal de départ à la retraite à  62 ans, près de 65% des Français n’y croient pas ! Seule avancée de Martine Aubry cette fameuse et fumeuse société du « care » qu’elle nous annonce et qui laisse abasourdis ses camarades,  sceptiques ou franchement rigolards les Français, ceux du moins qui comprennent ce qu’elle a voulu dire !

 

Manque de crédibilité encore du fait des oppositions qu’elle provoque dans son parti, de la part des « réalistes » ou des sociaux démocrates sincères, à commencer par François Hollande,  qui la voient jour après jour se rapprocher de l’extrême gauche, et se cantonner, par manque d’idées,  dans un « anti sarkozysme » systématique et parfois injurieux. Et elle a le talent de faire revivre une opposition qui avait quasiment disparue, quand, par manque de courage, elle a refusé de débattre des retraites à la télévision, laissant Ségolène Royal y aller à sa place, faire un show remarquable et s’affirmer de nouveau comme sa grande rivale!  Même chose hier où elle laisse Ségolène Royal intervenir sur la politique étrangère du PS et se payer le luxe de demander l'unité du parti. Derrière qui?...   

  

Enfin, Martine Aubry manque totalement du charisme nécessaire pour une campagne aussi personnalisée que la campagne présidentielle. Susciter l’enthousiasme est nécessaire si l’on veut pouvoir mobiliser ses partisans et empiéter  sur le terrain de l’adversaire. Malgré ses faiblesses, malgré ses foucades, malgré sa solitude, Ségolène Royal est parvenue à réaliser un score honorable en 2007, car elle a su susciter l’enthousiasme !  Qui pourrait s’enthousiasmer pour Martine Aubry ?

 

 

 Article de Marc d’Héré

 

Sur le même blog:  "Où va la gauche"    http://marcdhere.over-blog.com/article-ou-va-la-gauche-58112237.html

 

 

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 11:58

 

Article actualisé...

 

….Certainement pas le Président. Martine Aubry représenterait l’adversaire idéale de Nicolas Sarkozy à l’élection  présidentielle, où  on voit mal comment elle pourrait l’emporter.

 

Martine Aubry manque de crédibilité. Deux éléments, dont elle ne parviendra pas à se défaire, la plombent : les 35 heures qu’elle a imposées, et continué à défendre, même après qu’une  majorité des Français ait été convaincu de leur nocivité. Elle restera la « dame des 35 heures » ! Et puis la manière indigne dont elle a pris le pouvoir au PS, avec les tricheries et les fraudes, dans sa propre fédération, celle du Nord, sans lesquelles Ségolène Royal aurait été élue première secrétaire. On en parle moins, mais ce n’est pas oublié et, dans une campagne, elle  ne manquerait pas de voir ressurgir cette faute contre l’éthique,  particulièrement inadmissible et impardonnable pour la fille d’un Jacques Delors, unanimement respecté.

 

Elle manque aussi de crédibilité car son discours est tout sauf clair. Sur les retraites, elle a changé plusieurs fois de langage, et de position. Le  socialiste Malek Boutih a déclaré : « Martine Aubry a un problème avec la vérité politique…Il n’y a qu’à voir la manière dont elle a slalomé sur le dossier des retraites ». Il avait déjà déclaré au mois de juin dernier : « Jacques Delors a souhaité ne pas prendre le pouvoir pour ne pas mentir. Sa fille, elle, ment en permanence pour avoir le pouvoir. »   Et le 10 octobre, c'est le député socialiste Jean-Marie Leguen, proche de Dominique Strauss-Kahn qui déclare que la radicalisation du mouvement contre la réforme des retraites, "ne serait pas forcément rendre service aux salariés, ni au mouvement social", au moment même où Martine Aubry se radicalise. Il est vrai que le FMI, présidé par ce même DSK, a établi un rapport soulignant que la meilleure solution pour une réforme des retraites est de repousser l'âge légal de 2 ans. Ce que Martine Aubry refuse absolument, après l'avoir plus ou moins admis!.  

  

Manque de crédibilité encore pour une première secrétaire incapable de trancher, de choisir, ou de faire choisir son parti sur les sujets de fond. Le PS d’Aubry n’a aucun projet, ni l’ombre d’un programme, et lorsqu’il prétend, par la voix de sa première secrétaire,  revenir, au cas où il reprendrait le pouvoir, sur l’âge légal de départ à la retraite à  62 ans, près de 65% des Français n’y croient pas ! Seule avancée de Martine Aubry cette fameuse et fumeuse société du « care » qu’elle nous annonce et qui laisse abasourdis ses camarades,  sceptiques ou franchement rigolards les Français, ceux du moins qui comprennent ce qu’elle a voulu dire !

 

Manque de crédibilité encore du fait des oppositions qu’elle provoque dans son parti, de la part des « réalistes » ou des sociaux démocrates sincères, à commencer par François Hollande,  qui la voient jour après jour se rapprocher de l’extrême gauche, et se cantonner, par manque d’idées,  dans un « anti sarkozysme » systématique et parfois injurieux. Et elle a le talent de faire revivre une opposition qui avait quasiment disparue, quand, par manque de courage, elle a refusé de débattre des retraites à la télévision, laissant Ségolène Royal y aller à sa place, faire un show remarquable et s’affirmer de nouveau comme sa grande rivale!  Même chose hier où elle laisse Ségolène Royal intervenir sur la politique étrangère du PS et se payer le luxe de demander l'unité du parti. Derrière qui?...   

  

Enfin, Martine Aubry manque totalement du charisme nécessaire pour une campagne aussi personnalisée que la campagne présidentielle. Susciter l’enthousiasme est nécessaire si l’on veut pouvoir mobiliser ses partisans et empiéter  sur le terrain de l’adversaire. Malgré ses faiblesses, malgré ses foucades, malgré sa solitude, Ségolène Royal est parvenue à réaliser un score honorable en 2007, car elle a su susciter l’enthousiasme !  Qui pourrait s’enthousiasmer pour Martine Aubry ?

 

 

 Article de Marc d’Héré

 

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 08:01

 

Claude Imbert, Le Point du 30 09 2010...

 

Grèves, défilés : l'exception française fait des siennes ! En Europe, en Occident, les malveillants ricanent et nos amis soupirent. L'étouffement par la rue du pouvoir des urnes les sidère. Et de même sa logique perverse : la rue qui vote avec ses pieds prétend les comptabiliser. D'où cette évaluation bouffonne, du simple au triple, des processionnaires. La crispation populaire sur le régime des retraites, ce refus atavique d'une réforme que toute l'Europe a ralliée, ce déni des réalités du monde nouveau préfacent-ils l'embellie d'une gauche française unique en son genre ? J'y entends plutôt le requiem pathétique d'une exception passée qui rechigne à passer.

 

En tête du défilé, Martine Aubry, Cécile Duflot, Marie-George Buffet affichaient, coude à coude, le cliché d'une gauche impossible où socialistes, Verts et communistes réchaufferaient le ragoût de feu le Programme commun. Une chimère, évidemment ! Bonne encore pour caresser la conquête du pouvoir. Bonne, ces temps-ci, devant les pas de clerc et foucades de la droite, pour exploiter la sarkophobie ambiante. Et après, pour quoi faire ? Enterrer la réforme des retraites ? Allons donc... Tandis que tendre son rouge tablier pour y cueillir la colère populaire, pardi, pourquoi pas ? Au pouvoir, s'il échoit, on avisera...

 

Qui peut croire que le socialisme français, seul en Europe, pourrait défier la sanction arithmétique d'un régime condamné par la longévité des retraités ? Et, au-delà, comment braver les contingences du monde tel qu'il est devenu ? Aucun socialiste n'y songe, et DSK moins que personne. Le spectre d'une faillite nationale dissuaderait quiconque voudrait emplir à nouveau le panier percé de l'Etat-mamma. Martine Aubry ménage de son mieux, et tout à la fois, l'illusion électoraliste et la réalité qu'elle connaît. Mais, mariant l'eau et le feu, elle navigue dans la vapeur. Seul DSK, le verni, plane sur le mutisme que le FMI lui impose sur la scène nationale : son silence, du moins, n'insulte pas l'avenir...

 

 

Quoi que suggère l'actuelle convulsion française, le socialisme, ces temps-ci, n'est pas à la fête. L'Europe vire à droite. Et, plus fâcheux, à l'extrême droite. L'époque n'est que trop propice aux séductions, à proprement parler " réactionnaires ". Mais on devrait méditer aussi le déclin plus paradoxal de la gauche un peu partout en Occident, alors même que le capitalisme pâtit de ses délires financiers.

Un intellectuel de gauche italien, Raffaele Simone, trouve à ce déclin une ampleur historique (1). Il voit la gauche durablement plombée par les ruines de l'idéologie d'inspiration marxiste et incapable de " se hisser à la hauteur des temps ". Il n'insiste guère sur la poussée mondialiste des peuples pauvres et de ses nouveaux molosses, dont l'essor menace le statut défensif des avantages sociaux glanés par la gauche en Occident. La gauche y redécouvre des prolétaires, mais ce ne sont plus les siens : ils envahissent d'ores et déjà les marchés du monde. Là contre, grèves et défilés ne sont que coups d'épée dans l'eau.

 

Notre visionnaire italien insiste sur le désarroi de la gauche à quitter la " lutte des classes ", à trouver de nouvelles marques dans nos sociétés contemporaines infantilisées par l'Etat-providence. Celles que Tocqueville pressentit. Il voit ces sociétés dominées par le culte souverain de la consommation, la dévalorisation du travail au profit du loisir, du festif, du virtuel. Il les peint soumises " à la tyrannie des corps, à un égoïsme arrogant, jeuniste, branché... où tout s'accélère, le succès, l'argent, les amours ". Cette société où le consommateur remplace le citoyen favorise, dit-il, une droite nouvelle, consommatrice, médiatique, méfiante envers les pauvres et les immigrés, flirtant avec le populisme, bref bien accoutrée pour l'ambiance générale de l'époque. Une droite qui n'hésite pas à s'approprier, contre la crise, l'étatisme défensif de la gauche. Raffaele Simone croit la gauche européenne en passe de rater le grand projet européen." Trop aveugle, dit-il,sur les dommages de l'immigration de masse, trop peu fidèle à l'idéal laïque devant l'islam radical, trop aveugle sur les violences urbaines et l'insécurité. " Comme sur les nécessités cruciales d'un enseignement performant...

 

J'ignore si cette perspective éclaire, autant qu'il le croit, le proche avenir. Le fait est qu'elle pointe, pour l'heure, les misères de la gauche française, plus encombrée que d'autres par l'antique fatras idéologique. L'intérêt national, en tout cas, voudrait que ses vieilles oeillères ne précipitent pas la Nation dans une impasse catastrophique. L'alternance démocratique mérite une gauche rénovée. Dieu merci, elle se cherche. Chez elle, les archaïques, étourdis par la colère populaire, protestent qu'" on ne change pas de peuple ". Certes ! Mais on ne change pas de monde non plus !

Claude Imbert, Le Point
1. " Le monstre doux. L'Occident vire-t-il à droite ? ", de Raffaele Simone (Gallimard).
 
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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 11:20

 

Nicolas Baverez, Le Point du 27 05...

 

 

Le PS a retrouvé depuis le scrutin régional des électeurs et une stratégie fondée sur l'alliance avec les écologistes en lieu et place des communistes ; il lui reste, pour aborder 2012, à choisir un leader et à définir un projet politique. Or sa ligne commence à se dessiner. Le 27 avril, le conseil national a adopté un nouveau modèle économique, social et écologique établi sur une production plus sobre en ressources, une garantie d'accès aux biens communs (éducation, santé et culture), un partage de la valeur ajoutée favorable au travail par la limitation des écarts de salaires, une révolution fiscale assise sur la hausse des prélèvements sur le capital et les hauts revenus, enfin la mise en place d'« écluses sociales ou environnementales » dans le commerce international.

Martine Aubry a placé ce modèle alternatif sous le signe d'une « offensive de civilisation » se fixant pour objectif l'émergence d'une « société du soin ». Enfin, les propositions pour la retraite universelle et personnalisée publiées le 18 mai préconisent le maintien de la retraite à 60 ans, l'institution d'une retraite à la carte et la prise en compte de la pénibilité, le tout au prix de 45 milliards d'euros de prélèvements supplémentaires d'ici à 2025.

 

Ces propositions soulignent l'absence de crédibilité du PS pour gouverner la France. Elles visent de fait moins à définir un modèle alternatif de développement qu'à réaliser l'unité de la gauche. D'où la dérive vers l'utopie et des slogans aussi généreux que flous : le « réformisme radical » ; « produire mieux et utile plutôt que produire plus » ; substitution du « juste échange » au libre-échange ; « ajouter de la vie aux années et pas seulement des années à la vie » ; « capacité de chacun d'être consom'acteur ».

L'improbable synthèse entre sociaux-démocrates et gauche radicale n'a été obtenue qu'autour d'une politique des bons sentiments qui culmine dans la société du soin, fondée sur un principe de compassion universelle. Elle repose sur le déni du réel, faisant l'impasse sur les problèmes cruciaux de la maîtrise des dépenses et des dettes publiques, de l'effondrement de la compétitivité et de la lutte contre le chômage de masse.

Surtout, ce pseudo-modèle novateur se réduit à la réhabilitation des vieilles recettes qui ont échoué depuis un quart de siècle : l'étatisme avec le contrôle des salaires, l'ouverture de nouveaux droits sociaux universels à réparation ou la résurrection des emplois jeunes ; le dirigisme avec la création d'un pôle public d'investissement industriel ; le protectionnisme avec les taxes sociales et environnementales aux frontières ; le fiscalisme avec un déluge d'impôts supplémentaires dont les conséquences seraient dévastatrices pour la compétitivité et l'emploi dans un pays où les prélèvements atteignent le niveau record de 47 % du PIB et qui connaît un chômage structurel de masse depuis les années 70.

 

Le projet socialiste, en prétendant répondre aux défis du XXIe siècle avec les idées de 1981, ignore les changements du monde, notamment le basculement du capitalisme vers l'Asie et l'essor des pays émergents. La recherche de nouveaux modes de production s'effectue indépendamment des crises de la mondialisation et de l'Europe.

Aucune conséquence n'est tirée de la dégradation de la situation de la France, sinon de nouvelles dépenses de redistribution en dépit du surendettement. Le réinvestissement dans les services publics tourne le dos aux études de l'OCDE ou de la Cour des comptes qui soulignent l'effondrement des performances de l'éducation nationale ou du système de santé en démontrant qu'il ne s'agit pas d'un problème de moyens.

Les réflexions sur les retraites évacuent l'évolution démographique et les 32 milliards de déficits qui ruinent le principe de la répartition et qui relèveraient de « discours anxiogènes ».

 

Le PS s'est installé dans le déni d'une histoire dont il refuse le caractère tragique et d'une économie ouverte dont il récuse les risques. En campant dans un univers virtuel, il se coupe de l'action politique. En témoigne son repli hexagonal qui le sépare de la gauche européenne. La social-démocratie suédoise est méconnue, qui a concilié compétitivité et haut niveau de protection sociale.

Une chape de plomb s'abat sur les tournants vers la rigueur opérés par les gouvernements Papandréou en Grèce (réduction du déficit de 10 points de PIB en cinq ans) ou Zapatero en Espagne (coupes de 65 milliards d'euros des dépenses incluant la diminution de 5 % de la rémunération des fonctionnaires et le gel des retraites). Au total, s'il devait être appliqué, le programme du PS promet bien à Dominique Strauss-Kahn de diriger la France, mais en tant que directeur général du FMI.

 

Sous une unité factice, le PS reste traversé par la lutte entre la gauche cynique et démagogue de Guy Mollet et de François Mitterrand, désormais incarnée par Martine Aubry, et la gauche sociale-démocrate et responsable de Jean Jaurès, Léon Blum et Pierre Mendès France, ralliée à Dominique Strauss-Kahn. L'actuelle direction du PS décline tous les préceptes de la vieille gauche, aussi radicale dans ses principes qu'opportuniste dans sa pratique : primauté absolue accordée à la conquête du pouvoir et mépris pour la cohérence qu'impose son exercice ; prise du parti à gauche puis du pouvoir au centre ; culte de l'ambiguïté et refus des choix requis pour gouverner ; double discours entre les promesses nationales et les engagements européens. C'est précisément contre le mensonge habillé d'abstractions théoriques que Jaurès a cherché à ancrer le réformisme. Jaurès qui expliquait que « le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques ». 

 

Nicolas Baverez,

Le Point

 

 

 

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23 avril 2010 5 23 /04 /avril /2010 16:26

 

lefigaro.fr du 20 04...

 

 

Le rapport de la Convention nationale emmenée par Pierre Moscovici détaille le projet socialiste en matière de fiscalité, d'industrie ou encore d'environnement.

Mercredi soir en bureau national, les socialistes vont débattre du rapport de Pierre Moscovici sur le «nouveau modèle économique, social et écologique». À mi-chemin entre la déclaration de principes et le programme du PS pour 2012, ce texte représente la première étape dans la préparation du projet de la gauche

 

V oici les principales propositions de ce rapport :

Industrie

Le rapport affirme son attachement à une «industrie forte» et insiste sur la nécessité «de repenser notre stratégie industrielle». Pour cela, «la France doit se doter d'un pôle public d'investissement industriel», écrivent les auteurs, qui doit être «financé massivement, mobilisable rapidement, adossé à la Caisse des dépôts et Consignations, à la Banque de France, à la Banque postale et à Oséo (établissement public chargé de soutenir l'innovation et la croissance des PME, NDLR)». Le PS veut dans le même temps «développer sa politique industrielle en liaison étroite avec les collectivités locales» et appelle de ses vœux la création de l'équivalent américain d'un «Small business Act», c'est-à-dire la possibilité de réserver certains marchés publics aux entreprises de petites tailles.

Le rapport préconise aussi de s'appuyer sur les sites industriels existants en évitant leur fermeture et en facilitant leur reconversion. Le groupe de travail emmenée par Pierre Moscovici veut ainsi «augmenter le coût des licenciements économiques dans les entreprises florissantes et instaurer une obligation de remboursement préalable des aides publiques reçues moins de cinq ans avant toute ouverture des procédures de licenciements ou de fermeture de sites».

 

Travail

La convention nationale du parti demande l'instauration d'une sécurité sociale professionnelle. Celle-ci devra être «financée par une majoration des cotisations sociales des entreprises employant un quota trop élevé de travailleurs précaires et par une révision des exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires». Le texte pose aussi la question du partage des richesses et propose que «les salaires soient compris dans une échelle de l'ordre de 1 à 20 au sein des entreprises qui ont une participation publique dans leur capital».

 

Finance

Le texte plaide pour «une finance au service de l'économie réelle», ce qui passe par «une réforme d'ensemble du système financier». «Pour y parvenir, les produits dérivés devront être limités, la régulation du secteur bancaire devra être renforcée ; les organes de contrôle et de supervision étoffés» recommandent les auteurs. Ils voudraient aussi créer à l'échelle européenne «une agence publique de notation sous l'égide de l'Eurogroupe».

 

Europe

Au niveau européen, le PS demande un «véritable gouvernement économique européen». Le texte préconise que le rôle politique de l'Eurogroupe soit renforcé «face à la Banque centrale européenne (BCE) pour assurer une gestion plus démocratique de l'euro plus favorable à la croissance et à l'emploi» et que l'UE se dote d'un «Fonds Monétaire européen». Pour lutter contre le «dumping social et environnemental», les auteurs demandent la mise en place d' «écluses» qui favoriseront «les productions respectueuses des normes» en la matière.

 

Agriculture

Pour Pierre Moscovici et son équipe, «la juste rémunération des agriculteurs est un préalable à l'agriculture durable et une condition du maintien de l'activité agricole sur l'ensemble de nos territoires». Le rapport conseille aussi de s'appuyer sur la «contractualisation entre agriculteurs et consommateurs», selon laquelle des acheteurs se fourniraient régulièrement chez un groupe d'agriculteurs donné pour stabiliser les revenus de ces derniers. Cette «contractualisation» permettra de «relocaliser nos productions», plus près des consommateurs français.

 

Environnement

Les auteurs comptent s'appuyer principalement sur la fiscalité pour favoriser une production «économe en ressources naturelles épuisables». Le rapport propose ainsi de «généraliser le principe de l'éco-conditionnalité au plus grand nombre de financements ou de soutiens publics». Cette règle conditionnerait notamment «les allègements de charges pour les entreprises». Dans le même esprit, les auteurs recommandent la création d'une «TVA éco-modulable, (qui) pourra faire l'objet de baisses ciblées en fonction de critères environnementaux».

Le comité demande aussi la mise en place d'une «contribution climat-énergie efficace et englobant l'électricité» qui serait «compensée par une ‘prime pour l'environnement' plus élevée réservée aux ménages modestes et aux revenus moyens». En revanche, le texte n'aborde pas la question des OGM, qui divise le PS, et reste laconique sur le nucléaire, «inévitable à ce stade, (qui) devra s'accompagner d'un renforcement de la sûreté nucléaire».

 

Services publics

Emboîtant le pas à leur première secrétaire Martine Aubry, chantre au PS du concept de «société du bien-être», la convention nationale appelle «à consacrer davantage à l'essentiel l'éducation, la santé, la culture…- et moins à l'accessoire, à l'immédiat». Cela passe par un retour de la «confiance dans l'action publique, dans l'Etat providence» qui doit faire «contribuer tout le monde équitablement à l'effort de solidarité». Dans une optique «d'égalité», le texte recommande entre autres la mise en place d'un «bouclier de services publics» pour les territoires ruraux et périurbains.

 

Fiscalité

Le rapport prône une «révolution fiscale» qui passe par la suppression de «l'ensemble des mesures injustes de la droite (…), à commencer par le bouclier fiscal». Pour les entreprises, le PS propose notamment de moduler le taux d'impôt (IS) sur les sociétés en fonction du réinvestissement et la redistribution des bénéfices. En ce qui concerne les particuliers, pour que «la redistribution s'opère par la progressivité», le document reprend l'idée d'une fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG.

 

lefigaro.fr

 

 

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 12:59

Article de Laurent Bouvet, publié sur son blog: http://laurentbouvet.wordpress.com/


Le moins que l’on puisse dire de la campagne pour les élections régionales de mars prochain est qu’elle ne passionne pas les foules. Jusqu’ici en tout cas, il a surtout été question dans les médias nationaux – et régionaux aussi d’ailleurs – de bourdes, de bisbilles ou de pseudo-affaires. A peine le choc des titans entre Georges Frêche et Martine Aubry était-il terminé qu’Olivier Besancenot a cru bon de se faire remarquer en mettant en avant une candidate du NPA portant le voile, espérant sans doute surfer à peu de frais sur le « débat » sur l’identité nationale et la burqa. Au moins ces épisodes destinés à amuser une galerie passablement indifférente permettent-ils de faire oublier, un temps, les déchirements qui traversent désormais quotidiennement l’UMP, la « grande force unitaire » de la droite, qui totalise, et encore avec beaucoup de peine, autour de 30% des intentions de vote.

 

Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs ?


Alors que le suspens quant aux résultats de ces élections est quasi nul : le PS dominera-t-il un peu plus ou un peu moins les assemblées et les exécutifs régionaux ? Devra-t-il laisser une présidence aux écologistes ? Conquerra-t-il la Corse et l’Alsace ? Perdra-t-il le Languedoc-Roussillon ? Autant de questions fondamentales, on en convient… Le caractère de scrutin de mi-mandat et de vote sanction pour la majorité est mécaniquement atténué par la domination sans partage du PS au niveau régional depuis 2004.


Alors que les acteurs principaux de cette bataille sont souvent peu ou pas connus. En dehors de Ségolène Royal et de George Frêche peut-être, les présidents de régions ne sont pas des personnalités facilement identifiables pour leurs concitoyens. Et ce ne sont pas les ministres envoyés au front par l’UMP qui risquent de leur faire de l’ombre ! Surtout compte tenu de la qualité toute relative de leurs prestations en campagne – il y en a même dont on sent bien qu’ils auraient préféré ne pas en être.


Alors, plus sérieusement, que les préoccupations des Français sont tournées vers des questions, économiques et sociales notamment, qui sont avant tout du ressort du gouvernement même si les régions peuvent jouer un rôle ponctuel en la matière. Il est  donc bien difficile pour les socialistes de faire campagne, par exemple, sur l’idée que les régions sont un « bouclier » contre la politique du gouvernement.


L’intérêt de ces élections régionales, à mi-mandat du quinquennat sarkozien donc, est ailleurs : non tant dans la faiblesse de la majorité et le constat patent de l’échec du président de la République que dans les incertitudes et les difficultés dans lesquelles continue d’évoluer – et continuera de le faire après les élections même largement victorieuses – le PS. L’embellie sondagière due autant aux difficultés du pouvoir actuel qu’à la mobilisation vitale des socialistes dès qu’il s’agit de leur pré carré local ne doit pas faire illusion. Au-delà d’un printemps qui s’annonce rassurant, rien n’est encore fait pour le PS précisément parce que rien n’a vraiment été fait depuis 2004 lorsque cette même illusion électorale locale avait fonctionné à plein, avec les conséquences que l’on sait.


Avec plus de 25% d’intentions de vote, le PS revient simplement à un niveau « normal » de premier tour que ce soit face à la droite ou au regard de ses partenaires à gauche, écologistes en particulier. On remarquera simplement, au passage, que les commentateurs pressés ou peu attentifs qui avaient pris la poussée verte des européennes de juin 2009 pour un bouleversement tellurique de la politique française en sont pour leurs frais. Ils ont oublié qu’une élection européenne est toujours atypique, surtout quand un taux de participation historiquement faible la rend encore moins significative que les précédentes.


Bref, ce qui est vanté et vendu ici et là depuis quelques semaines comme une (bonne) nouvelle pour le PS, n’est en fait qu’une simple confirmation. Celle du statut de premier parti local de France, pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c’est le formidable réseau d’élus locaux socialistes qui constitue désormais le gros du parti si ce n’est sa totalité, et qui lui assure une présence de tous les jours auprès des Français et une connaissance intime de la société comme rarement dans son histoire. Le pire, c’est l’effet d’auto-éviction vis-à-vis de toute ambition nationale, un effet conforté un peu plus à chaque victoire aux élections locales depuis presque dix ans maintenant.


Cet effet, délétère, joue à plusieurs niveaux. En renforçant, par exemple, la conviction de ceux qui n’ont rien à gagner dans un combat et, a fortiori, une victoire nationale. La légitime soif de maroquins ministériels de quelques barons locaux ne suffit pas, à l’évidence, à orienter le parti vers la reconquête du pouvoir d’Etat. Il joue aussi en limitant drastiquement le nombre et la qualité de ceux qui ont intérêt à cette mobilisation nationale en vue de 2012. La tâche échoit donc à la direction nationale du parti – dont les membres ne sont pas toujours recrutés parmi les champions du suffrage universel – et aux rares parlementaires qui ne se satisfont pas ou plus d’un ancrage local. Si bien que le PS est pris dans le paradoxe lampédusien puisqu’il se mobilise pour tout changer afin que, finalement, rien ne change.


La posture hypercritique adoptée par les socialistes à l’encontre du pouvoir actuel : être contre tout ce qui vient du gouvernement et de la majorité – bien aidés en cela par un président de la République avide de clivages en tous genres – sort elle aussi renforcée à chaque victoire locale. Elle apparaîtra une nouvelle fois, à l’issue des régionales, comme la bonne stratégie puisqu’elle est gagnante à tout coup ! Elle n’est pas pour autant porteuse d’un projet politique et d’une possibilité d’alternative à proposer aux Français afin qu’ils viennent voter le jour de la présidentielle pour le candidat issu du PS et non simplement contre l’autre. Cela peut, éventuellement, ne pas faire de différence le soir de l’élection mais cela en fait assurément une lorsqu’il s’agit de gouverner le pays pendant cinq ou dix ans.


Toute la difficulté des socialistes est là : proposer un projet mobilisateur et durable au pays qui ne soit pas un simple « non » à Sarkozy, alors même que le PS comme force politique – ses élus, leurs affidés et les quelques militants qui restent encore au parti – est dans une des situations les plus confortables de son histoire au niveau local. On est au cœur du sujet, à la fois bien au-delà des querelles qui divisent régulièrement les socialistes sur le leadership ou les alliances, et bien en deça puisqu’il faut aux présidentiables du PS, tous ensemble, d’abord trouver comment trancher le nœud gordien qui retient si solidement ce parti au niveau local pour pouvoir un jour réaliser leur ambition.

Laurent Bouvet
 http://laurentbouvet.wordpress.com/


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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 09:52

Chronique de Claude Askolovitch dans le Journal du Dimanche du 13 février
...


Philippe Lavaud, maire socialiste d’Angoulême, vient de fustiger "une certaine jeunesse dorée de l’UMP", accusée de jouer avec son image, et pour cela assimilée, texto, aux "Jeunesses hitlériennes". L’anecdote ne mériterait rien, sinon un long soupir sur la crétinerie historique d’un élu local, si elle ne percutait pas l’affaire Frêche, et rappelait que la gauche, parfois, a le verbe dérapant et l’indignation sélective.


Frêche, l’homme qui parlait trop et mal, n’est plus en odeur de sainteté socialiste pour quelques gracieusetés ambiguës. Lavaud, lui, reste rose, bien qu’envoyant Hitler à la face de ses adversaires politiques, banalisant le mal comme Frêche trivialise l’outrance. Et le PS impressionne par son silence, quand on sait sa rapidité à condamner les déviances qui l’arrangent…
Si c’est du clanisme, c’est ennuyeux. Si c’est de l’impensé idéologique, c’est encore plus dommageable. Car pour certaines gauches, la droite est forcément un peu fasciste, et le dire, ça ne mange pas de pain. C’est une atmosphère mentale qui autorise la social-démocratie à se vautrer dans l’infamie sous couvert de politique. C’est ainsi que des hommes brillants comme Cambadélis ou Huchon peuvent comparer Eric Besson aux collabos Déat et Laval; c’est ainsi que l’équilibré Lionel Jospin expliquait à l’Assemblée que la droite avait toujours été esclavagiste, et ne comprenait pas qu’on puisse s’en indigner.


C’est la bonne conscience qui est saisissante. Que le maire d’Angoulême se proclame victime et uniquement cela, montre qu’il a perdu le sens commun, incarnation caricaturale d’une gauche confite en dolorisme et en complaisance. Sauf erreur, une seule socialiste a condamné les propos de Philippe Lavaud: la députée des Deux-Sèvres Delphine Batho. Evidemment – car tout est lié –, Batho est de ces socialistes qui ne voient pas le fascisme à chaque coin de rue. Elle revendique le réel, et, ces jours-ci, à l’Assemblée, menait contre le gouvernement une bataille au nom de la sécurité, fustigeant les piètres résultats du pouvoir en matière de protection des personnes: une critique tellement plus juste que les accusations outrées sur les libertés…


On voudrait que Batho fût majoritaire chez les siens, sur la sécurité comme dans l’affaire Lavaud. Que son parti la suive et sanctionne le dérapant, ou s’excuse en son nom. Pour le principe disons. Pour le souvenir des socialistes qui subirent le fascisme il y a trois quarts de siècle, quand les semblables de Philippe Lavaud miment piteusement l’affaire Salengro, ce ministre du Front populaire, poussé au suicide par les calomnies de la presse d’extrême droite.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 08:17


Edito de Paul-Henri du Limbert, Le Figaro du 01 février...


La bataille des régionales est donc lancée, et il faut bien reconnaître qu'elle s'annonce plus facile pour le PS que pour l'UMP. Après tout, c'est bien normal. L'UMP est au pouvoir et assume une politique difficile, le PS est dans l'opposition et gère le ministère de la parole.

Dans ces conditions, partir favori ne relève pas franchement de l'exploit. À un mois et demi du scrutin, la Rue de Solferino prépare déjà son communiqué de victoire. On suppose que ses rédacteurs ne vont pas lésiner sur les superlatifs et annonceront avec force roulements de tambour que «le PS est de retour».
Élue si difficilement l'an dernier au poste de première secrétaire, Martine Aubry sera légitimée et, tout naturellement, son regard se tournera vers 2012. Pour elle, les difficultés commenceront. Et d'abord à l'intérieur du PS.


Il se trouvera bien sûr quelques rivaux pour juger qu'une victoire aux élections régionales, c'est évidemment très bien mais que ce n'est pas non plus Austerlitz.
François Hollande, qui, pour reprendre sa propre expression, a occupé le «second rôle» de premier secrétaire pendant onze ans, en a gagné deux. Il ne faut pas compter sur lui pour reconnaître le 21 mars au soir qu'une candidature Aubry s'impose à toutes les autres. Ségolène Royal, quant à elle, assure qu'elle n'a renoncé à rien. Et Dominique Strauss-Kahn,
fort de bons sondages, observe la situation depuis les rives du Potomac. Bref, rien ne permet de dire que le choc des ego et des ambitions cessera, faute de combattants, dans sept semaines.


Mais surtout, Martine Aubry et les socialistes vont devoir enfin s'atteler à un projet. Ce ne sera pas le plus facile. Depuis 2002, on les a entendus dire tout le mal qu'ils pensaient de la politique de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy, mais, s'agissant d'eux-mêmes, on n'est guère plus avancé qu'il y a huit ans.

Prônent-ils le social-réformisme, ou songent-ils à un vrai coup de barre à gauche ? Quand on entend la «dame des 35 heures», qui défend toujours mordicus la réduction du temps de travail, on a tendance à penser que le réformisme n'est pas la pensée dominante rue de Solferino.
Sa position sur les retraites en témoigne aussi. Or, s'il y a bien une réforme sur laquelle les socialistes pourraient prouver qu'ils ont mûri, c'est bien celle-là. Ils s'étaient promis de la faire quand ils étaient au pouvoir mais n'ont jamais osé. Nicolas Sarkozy la lance, ils la refusent. C'est sans doute ce que Martine Aubry appelle «la gauche décomplexée». À vrai dire, elle est plus crédible lorsqu'elle a des complexes.

Paul-Henri du Limbert
Le Figaro

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27 septembre 2009 7 27 /09 /septembre /2009 18:36

Par Elie Arié...(aussi publié sur Marianne2
)...

Après la « démocratie participative » de Ségolène Royal, supposée avoir contribué à l’élaboration de son « pacte présidentiel » de 2007, voici maintenant Martine Aubry qui part à la rencontre de « La France qu’on aime »
(pourrait-on définir quelle est « celle qu’on n’aime pas », afin de lui éviter de se déranger ?) pour l’aider à bâtir, grâce à neuf (ce n’est pas beaucoup) « forums participatifs », un « projet de civilisation » (c’est sans doute beaucoup trop). À quoi correspond cette démarche inédite, et propre au seul Parti Socialiste ?

Autrefois, les choix politiques s’opéraient, à l’intérieur du PS, par les luttes de courants, représentant des lignes politiques différentes et arbitrées par les votes des militants lors des Congrès ; aujourd’hui, le ralliement à la même logique européaniste, libérale et marchande que celle de l‘UMP a vidé ces courants de tout contenu idéologique, et les a transformés en simples écuries de présidentiables : le PS s’est trouvé dépolitisé, et réduit à ses seules fonctions de conquête du pouvoir, de sélection des leaders et de distribution des postes : les socialistologues les plus subtils seraient bien en peine de distinguer la moindre différence politique entre les différentes motions du Congrès de Reims.
La politique ayant donc abandonné le PS, celui-ci part à sa recherche auprès des non-militants (ce qui peut sembler paradoxal…) : mais que cherche-t-il exactement auprès d’eux ?

S’agit-il de prendre connaissance de leurs problèmes et de leurs préoccupations, qui auraient été ignorés (ici, les clichés démagogique et populistes vont couler à flots…) par les « technocrates coupés du monde réel et enfermés dans leurs bunkers sous les lambris dorés des salons parisiens, où ils passent leur temps dans l’univers virtuel des dossiers abscons en s’empiffrant de caviar » ? Pour cela, rien ne vaut les sondages, auxquels toutes les entreprises ont constamment recours pour adapter en permanence leurs produits aux demandes les plus fines des consommateurs, méthode bien plus fiable que celle consistant à aller écouter des gens qui réclameront (on le sait d’avance) l’ augmentation de leur pouvoir d’achat, la préservation de leurs emplois, l’amélioration des services publics et de leur qualité de vie.
S’agit-il d’aller plus loin, et d’élaborer avec eux un programme (sans même parler d’un « projet de civilisation », formule qui ne manque pas d’inquiéter, car elle pourrait témoigner de l’incapacité, justement, d’élaborer un programme tranchant de façon claire avec celui de la droite) ?

Ici, on est dans l’irréalisme total : car qui sont « ces gens » avec qui on entend construire quelque chose ? On ne le sait pas : ce seront ceux qui se seront déplacés, et qui ne représenteront qu’eux-mêmes ; on écoutera donc ceux qui voudront diminuer les impôts et ceux qui voudront les augmenter, ceux qui voudront régulariser les sans-papiers et ceux qui voudront renforcer la lutte contre l’immigration, ceux qui voudront que l’on cesse de soutenir les banques et ceux qui voudront qu’on empêche les entreprises de faire faillite, ceux qui voudront augmenter le montant des retraites et ceux qui voudront ramener l’âge de la retraite soit à 55 ans, etc… en espérant qu’on n’en entendra pas trop réclamer le rétablissement de la peine de mort ou l’interdiction de l’ IVG !

Et ensuite, que pourra-t-on faire-t-on de tout cela ? Rien du tout, bien entendu : les choix politiques continueront à être élaborés (heureusement) par la direction du parti, avec la faible marge de manœuvre que lui laissent (malheureusement) les traités de Maastricht, de Nice, d’Amsterdam et bientôt de Lisbonne, qu’il a tous approuvés.

Alors, ces opérations de marketing politique auprès de « la vraie France » (expression qui rappelle la distinction de Charles Maurras –curieuse référence idéologique- entre « la France réelle » et « la France légale ») apparaîtront-elles pour ce qu’elles sont : une mise en scène d’enfumage démocratique pour créer une dynamique purement électoraliste, puisque celle-ci ne pourra venir d’un programme vraiment socialiste impossible à élaborer.

Elie Arié
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