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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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7 octobre 2008 2 07 /10 /octobre /2008 20:02

Propos recueillis par Anne Jouan
 Le Figaro du 02/10/2008 |
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INTERVIEW - Dans un entretien au «Figaro», Jacques Lesourne, coauteur d'un livre sur la recherche, porte un jugement critique sur le système français.

Mieux rémunérer les meilleurs chercheurs, quitte à réduire leurs effectifs dans le public pour améliorer l'attractivité des carrières de recherche. C'est la proposition - qui risque de ne pas plaire à tout le monde - de Jacques Lesourne, membre de l'académie des technologies et président du comité de direction de Futuris (le think-tank sur le système français de recherche de l'Association nationale de la recherche et de la technologie, l'ANRT). Avec Denis Randet, délégué général de l'ANRT, il vient de publier un ouvrage  sur le sujet (1) qui compare quatre grands pays, l'Allemagne, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud. Les deux auteurs déplorent, entre autres, que la dépense de recherche des entreprises françaises stagne depuis des années, en proportion du PIB, au niveau de 1,2 %. Soit un niveau très inférieur à l'objectif européen de 2 % énoncé en 2002.

LE FIGARO. - Qu'est-ce qui ne va pas aujourd'hui dans la recherche française ?
Jacques LESOURNE. - D'abord, il n'existe pas de pilotage des grands choix politiques français. Pour Iter, par exemple, il n'y a pas eu de débat. Or bon nombre de scientifiques disent qu'ils ne savent pas si la fusion nucléaire produira de l'énergie un jour. Autre problème, notre université ne marche pas très bien : il en existe quelques excellentes (à Orsay, Toulouse ou Strasbourg par exemple) et d'autres plus petites qui n'ont pas en recherche la taille critique ou des équipes suffisamment aguerries, sauf quand elles ont la chance d'avoir des individualités brillantes. Dernier point, notre système a vieilli même s'il y a de bonnes choses dans les organismes de recherche. Les relations public-privé (au sens large puisque j'y inclus EDF) constituent une vieille cassure bien française, or il est important que l'argent mais également les chercheurs circulent bien entre les deux.

Y a-t-il trop de chercheurs en France ?
Notre problème est le suivant : certes, la taille du secteur public, compte tenu de la diversité de ses objectifs (physique fondamentale, nucléaire, espace, etc.), doit être maintenue. Certains pensent qu'il faut augmenter le recrutement des chercheurs publics en raison notamment des départs à la retraite. Mais si l'on veut que les chercheurs soient mieux payés, si l'on souhaite garder les meilleurs chez nous voire attirer les meilleurs de l'étranger, il n'est pas possible d'augmenter leur nombre dans le secteur public. Et je pense qu'il y a environ 10 % de chercheurs en trop dans le public. Par ailleurs, l'idée que l'on est chercheur à vie est néfaste. Certes, c'est le cas de certains mais il s'agit de grandes personnalités scientifiques. Il faut admettre qu'il existe aussi des gens qui ne peuvent pas chercher toute leur vie. Ceux-là ne sont plus à la pointe, ne publient plus. Il ne faut pas faire avec les chercheurs ce que l'on fait avec les fonctionnaires du ministère des Finances ! Certains perdent la foi, s'ennuient, font des travaux dans des secteurs marginaux. En résumé, ils s'encroûtent.

Faudrait-il alors les payer au mérite ?
C'est une question importante. Il faudrait en tout cas une plus grande différenciation des rémunérations en fonction de la qualité des travaux réalisés pour que les meilleurs puissent rester en France. Ceci permettrait d'augmenter les salaires afin que la France offre des rémunérations équivalentes à celles pratiquées à l'international. Rémunérer au mérite, ne veut pas dire que l'on va distribuer des primes en fonction du nombre de publications. Les chercheurs ne sont pas des ouvriers dont on compte à la fin de la journée le nombre de pièces réalisées par poste de travail ! Mais il n'est pas normal qu'un chercheur qui n'a pas publié depuis trente ans gagne pratiquement la même chose qu'un confrère qui publie chaque année. Certains sont des fruits secs qui se retrouvent avec la même rémunération que des chercheurs mondialement connus. C'est inadmissible.

Le doctorat est-il encore un diplôme international ?
Bien sûr ! Mais l'on sait pertinemment qu'une thèse obtenue à Harvard ne vaut pas la même chose qu'une thèse soutenue dans une université du fond de l'Arkansas ! Par ailleurs, il serait temps d'admettre qu'il n'est plus souhaitable que toutes les universités délivrent le doctorat. Certaines devraient s'arrêter à la licence. L'université ne doit pas chercher à former exclusivement des bac + 5 ou des bac + 8, elle doit également avoir pour mission de bien s'occuper des étudiants qui vont s'arrêter à bac + 3.

Tous les chercheurs doivent-ils faire de la recherche fondamentale ?
Trop de gens en France s'abritent sous cette bannière. Or, la recherche fondamentale ne peut être que le lot d'une élite brillante capable de penser elle-même les problèmes. La liberté totale est faite pour les étoiles, pas pour les moins bons. La majorité des chercheurs est là pour faire des travaux plus orientés car quand on dépense l'argent du contribuable, il faut être en mesure de fournir des réponses. Travailler dans le public ne signifie pas bénéficier d'un chèque en blanc. Si ces chercheurs sont des «génies», alors oui, qu'eux et leurs équipes fassent de la recherche fondamentale en toute liberté. Mais s'il s'agit de gens qui s'éteignent en cours de route, il faut qu'ils aient d'autres débouchés.

(1) «La Recherche et l'Innovation en France» (Odile Jacob).

Jacques Lesourne interrogé par Anne Jouan, Le Figaro du 02 10 08

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3 octobre 2008 5 03 /10 /octobre /2008 13:33
...Par Marc Landré, Le Figaro 02 10...


La Cour des comptes dénonce l'inadaptation et l'opacité du système.

Les sages de la rue Cambon n'ont encore une fois pas dérogé à leur réputation. Leur rapport sur «la formation professionnelle tout au long de la vie» est un brûlot tombant à point nommé, le lendemain même de l'ouverture par les partenaires sociaux d'une négociation sur l'avenir de la formation professionnelle.

Leur constat est sans appel : le système est «inadapté aux besoins des individus et des entreprises». Pis, il est «à la fois inéquitable, inefficace et coûteux», selon le premier président de la Cour, Philippe Séguin. «Moins vous êtes formés, moins vous avez de chances de bénéficier d'une formation»,abonde Marie-Thérèse Cornette, présidente de la 5e chambre. Pour la Cour des comptes, la formation doit donc «cibler ceux qui en ont le plus besoin» (salariés peu qualifiés, chômeurs…). D'où l'appel à une «discrimination positive» en la matière.

Et pourtant, de l'argent, il y en a. Les sommes consacrées chaque année à la formation professionnelle ne représentent pas moins de 34 milliards d'euros. Soit 2 % du PIB, l'équivalent peu ou prou du budget de la mission «Défense nationale». Mais ces fonds sont mal utilisés, mal répartis, non mutualisés. Pour les magistrats de la Cour, il est donc indispensable de «clarifier les modalités de collecte et en assurer une meilleure répartition». Il faut aussi «revoir les modalités de contrôle et d'évaluation».

 

Financer les priorités locales

 

Les recommandations de la Cour des comptes sont tout sauf consensuelles. En résumé, elle propose d'exploser le système actuel. Elle suggère de centraliser la collecte des fonds issus des entreprises auprès des Urssaf, qui seraient le «collecteur quasiment universel des cotisations assises sur la masse salariale».

Les organismes collecteurs - les OPCA tant décriées notamment du fait de leurs frais de gestion - seraient recentrés sur leurs seules missions de conseil. Elle prône également la suppression de l'obligation de financement d'une partie de la formation, ce que refusent certains partenaires sociaux. La Cour propose également de créer des «fonds régionaux pour la formation tout au long de la vie» qui auraient vocation à financer des actions de formation en réponse aux priorités locales. La définition des objectifs nationaux serait, quant à elle, confiée à un «Conseil national de la formation tout au long de la vie» renforcé. Des «programmes régionaux pour la formation tout au long de la vie» seraient institués pour leur déclinaison au niveau local. «Pour rendre le système efficace, il faut parvenir à une mutualisation des fonds collectés et la région est le bon niveau pour le faire», conclut Antoine Durrleman, le conseiller-maître qui a piloté les investigations.


Marc Landré
Le Figaro 02 10

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18 juin 2008 3 18 /06 /juin /2008 10:24
...par Jean-Louis Caccomo...

Tous les trois ans, l’O.C.D.E. procède à une évaluation des performances des systèmes éducatifs des principaux pays développés et des nouveaux pays en émergence [1]. Dans son dernier classement publié en décembre 2007, le recul déjà observé dans les précédentes études est confirmé. Alors qu’il était tabou d’en parler dans les années précédentes, sous peine de passer pour un traitre qui oserait critiquer le meilleur système du monde, le classement de l’O.C.D.E a fait l’objet de commentaires et de débats plus ouverts qui témoignent d’une prise de conscience salutaire. Mais si le malade est enfin conscient de sa maladie, encore faut-il qu’il accepte le remède et surtout, qu’il ne se trompe pas de remède.

Car les faits sont têtus : le niveau des adolescents se détériore dans toutes les matières fondamentales (maîtrise de l’écriture, de la lecture, baisse du niveau en mathématiques et sciences). Or, une grande partie de ces collégiens seront amenés à devenir quelques années plus tard des étudiants. Si les lacunes constatées ne sont pas comblées au lycée, elles conditionneront fortement les choix d’orientation de filières dans le supérieur. Dans certaines filières qui nécessitent une maîtrise indispensable de certains acquis de base, ces lacunes devront alors faire l’objet d’un rattrapage dans le supérieur provoquant un allongement de la durée des études que certains interprètent ensuite comme une élévation du niveau alors qu’elle est une forme d’inflation. Car la planche à diplômes est une forme de planche à billets... Mais cela explique en tout cas la quasi-absence d’étudiants dans les filières scientifiques et techniques compensée par la présence massive d’étudiants étrangers.

 Si l’O.C.D.E. procède à ce genre d’études comparatives, c’est parce que les économistes ont montré que la croissance économique et le développement ne dépendent ni de la possession de ressources naturelles (le Japon est pauvre en matières premières) ou de la quantité d’argent injecté dans le système (l’Algérie croule sous les pétrodollars accumulés), mais du capital humain, c’est-à-dire de la quantité et de la qualité de la population active. En France, l’école est d'abord une affaire politique : les programmes et les carrières des enseignants y sont tenus par des syndicats très puissants qui n’acceptent aucune remise en question de leur monopole. Et c’est sans doute ce caractère éminemment politique qui rend toute réforme impossible. Car pour y changer quelque chose, il faut obtenir le consensus, il faut l’accord de tous les acteurs (parents, enseignants, syndicats…etc.). Et comme un pareil consensus est aussi improbable qu’introuvable dans un système centralisé, alors on ne touche à rien.

 Selon un titre publié dans la presse nationale, « l’école française a échoué à gommer les inégalités sociales » [2]. Voilà qui résume bien le malentendu et toute la dérive de notre système de formation. Car ce simple commentaire est révélateur des présupposés idéologiques qui structurent la conception et les fondements de l’éducation nationale à la française. Car est-ce bien là le premier rôle de l’école ? Le système éducatif a vocation à former au minimum des futurs citoyens respectueux, respectables et responsables et, au mieux, à fournir les compétences multiples et variées dont aura besoin la société dans le futur, notamment en donnant à chaque enfant la possibilité de trouver sa voie et de réaliser ses talents potentiels. Plutôt que d’égaliser tout le monde en fonction d’un niveau moyen qui serait extérieur à chaque élève, il faut au contraire donner la possibilité à chacun des élèves d’exploiter son propre potentiel et d’atteindre ses propres limites. C’est déjà un objectif éminemment complexe que l’on ne saurait confier à une organisation centralisée et planifiée sauf si l’on veut transformer les êtres humains en de dociles moutons écervelés.

Il se trouve que la société aura probablement toujours besoin de boulangers, de maçons, d’hôteliers, d’avocats, de coiffeurs, d’écrivains, de scientifiques, de chirurgiens, d’enseignants, d’artistes, de chauffeur de taxis ou de pilotes d’avions et tant d’autres nouveaux métiers qu’il reste à imaginer. Or dans une société où peut s’épanouir et co-exister une telle variété de métiers et de professions, l’inégalité sociale – mais je préfère parler de « diversité », fruit de la liberté - est inévitable. Faut-il alors s’en plaindre ? Non dans la mesure où cette inégalité n’est pas le résultat d’un découpage a priori de la société humaine en castes étanches qui interdirait toute mobilité individuelle et tout espoir d’évolution personnelle.

 A force de s’échiner à gommer l’inégalité sociale en tant que telle, notre système éducatif finit par détruire les compétences et les métiers, en jetant sur le marché du travail une armée de jeunes sans qualification et sans motivation. Au lieu d’être inégaux dans la richesse et la croissance économique, ils seront égaux dans la pénurie et la stagnation, rendus totalement vulnérables et dépendant de la générosité publique.

 

[1] Organisation de Coopération et de Développement Economiques

[2] le quotidien Libération du 27 août 2007.

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 20:40
par Claude Imbert, le Point du 05 juin 2008...
 

Vous pensiez, vous, que Sarkozy réformerait sur un chemin de roses ? Qu’en fermant une caserne, une école, un tribunal, un hôpital, un guichet public on n’échauderait personne ? Allons donc ! Le fer de la réforme mord un pays plus abîmé qu’il ne croit. Vingt-cinq longues années ont, en France, mutilé le volume et la valeur du travail, sacralisé l’assistance, libéré la triche, gonflé des déficits publics que Bruxelles coiffe du bonnet d’âne. La Nation, pleurant les effets dont elle aura chéri les causes, enregistre quelques modestes répits-chômage, croissance-dans la maussaderie générale. Mais elle aperçoit une classe moyenne à la ramasse et, jusque dans nos rues, une pauvreté rampante. Enfin, comble d’infortune, une crise financière venue d’ailleurs et un choc pétrolier achèvent de lui donner le bourdon.

Dans cette mêlasse, le pouvoir n’a pas tort de multiplier les fronts de réformes, de presser l’une quand l’autre patine. Leur ubiquité sature les oppositions, met dans l’ombre quelques pertes de face. Mais sur les grands chantiers sensibles, éclairés a giorno, il faut bien que l’intérêt national assène à découvert des évidences qu’aucun pouvoir de droite ou de gauche ne devrait esquiver. C’est le cas du régime des retraites où le rapport mathématique profile la faillite. Ce devrait être le cas sur l’effilochage des 35 heures où la désastreuse singularité française excite encore les résistances syndicales. Ce sera plus difficile pour le mastodonte du mal français qu’est l’Enseignement.

Non que l’échec n’y soit tout autant avéré. L’évidence, ici, tient à cette équation : des moyens en hausse pour moins d’élèves et moins de résultats. Concluez que, par sa nature même, le système est condamné et qu’on suralimente en vain un mastodonte flageolant. Les cornacs successifs du mammouth le savent. Claude Allègre a dit le premier la déchéance d’un « machin » qui fait le triple malheur d’enseignants découragés, d’écoliers du primaire dont un sur quatre ne saura lire ou écrire et de parents accablés.

Prisonnier de sa masse à la soviétique, issu, il y a cinquante ans, du « quaternaire » de l’illusion marxiste, ce mammouth déjà fossile ne supporterait pas une idéale mais brutale démolition. Ses mauvais bergers syndicaux continuent de le faire végéter sous le double régime du « toujours plus » et de l’utopie. Le « toujours plus », c’est l’illusion habituelle et dilatoire des systèmes condamnés : éviter le traitement de choc en gavant le malade de la manne d’Etat. Une doléance qui, diffusée dans la puérilité des manifs, fait croire aux potaches qu’avec plus de profs on saurait lire plus vite, que le bac pour tous en serait assuré... Foutaises !

Quant à l’utopie égalitariste qui aura enfanté le monstre, et son pédagogisme jargonnesque, elle n’a qu’une vertu, celle d’édifier les naïfs sur le plus criant des effets pervers : l’égalitarisme produit à foison l’inégalité, celle de l’argent et de la naissance substituée à l’inégalité du mérite et du talent. Des rejetons de familles aisées ou solides s’en tirent, les autres dérapent. De même le mythe égalitariste du « bac pour tous » et de diplômes universitaires bradés aura doré comme jamais le gratin des grandes écoles, cuisiné, lui, sous intense sélection, mais dans un étroit milieu social.

Dénoncer le système et ses derniers bigots ne suffit pas. Chacun voit que l’ébranlement d’un ordre social ancien-et d’abord celui de la famille-aura rompu la hiérarchie naturelle de l’enseignant sur l’enseigné, la prescription de l’effort et du travail. Et que, de même, la massification inéluctable de l’enseignement, la télévision, l’Internet, l’émergence d’une société permissive, 1 million d’élèves issus de l’immigration auront imposé aux enseignants des contraintes nouvelles et pénibles.

Alors, que peut faire le robuste Xavier Darcos sinon de résister à l’arrosage d’un sol stérile ? D’attendre que les réformes de l’enseignement professionnel et du primaire portent leurs fruits. De faire, en douceur, bouger le lycée. La moitié des énormes effectifs de l’école aura changé en dix ans et la vieille utopie aura perdu des plumes. Bien des enseignants, devant la ruine, virent leur cuti. Valérie Pécresse, avec l’autonomie naissante des universités, va susciter une première poussée de campus enfin honorables.

Contre le désastre-surtout celui du primaire !-d’un système à la soviétique, on ne peut aligner qu’une patiente perestroïka. Mais sa réussite est cruciale. Pour les peuples d’Occident, seule la matière grise assurera, dans le chambardement mondial, le salut tant civique qu’économique de la Nation. Il faudrait inventer le « taux national brut d’éducation » ! Cet indice-là gouvernera tous les autres.

Claude Imbert
Le Point du 5 juin

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 06:53

Par Jean-Louis Caccomo...

La réforme des universités était annoncée dans le programme du candidat Sarkozy. Qu’il cherche à tenir ses promesses est une chose bien normale et parfaitement démocratique. On ne peut pas rejeter le verdict des urnes sous le prétexte qu’il fâche une infime minorité. Pourtant, une fois élu, le président de la République avait déjà bien édulcoré le projet initial de Valérie Pécresse, notamment après avoir rencontré les principaux syndicats étudiants, dans un souci d’apaiser les esprits [1]. Mais encore faut-il avoir à faire à des esprits. Depuis quand les étudiants gèrent-ils l’université ? Les étudiants sont-ils les mieux placés pour savoir ce qui est bien pour l’université, et finalement pour eux ? Vont-ils bientôt décider eux-mêmes des contenus des cours et des notes qu’ils mettront à leurs propres copies ?

Comme beaucoup d’enfants gâtés, certains étudiants veulent toujours moins d’évaluation, moins de sélection, pas de redoublement, plus de droits, autant de sirènes démagogiques auprès desquelles des adultes responsables ne doivent pas succomber [2]. Les parents vont-ils demander à leurs enfants comment il convient de les éduquer. Etre à l’écoute (des jeunes) n’est pas être aux ordres (des jeunes). Bien-sûr, ces étudiants vont me rétorquer qu’ils sont majeurs. Sans doute sur le papier ! Mais ils sont tout de même à la charge de la collectivité nationale tandis qu’un bon nombre vit encore chez leurs parents. On est majeur quand on est autonome... mais précisément, l'autonomie, ils n'en veulent pas et ils la redoutent. Alors tant que la collectivité leur financera des études, ils devront rendre des compte aux contribuables. C’est un devoir moral avant d’être une contrainte comptable dans le sens où il y a toujours des devoirs imposés en contrepartie de droits distribués.

Les pouvoirs publics ont tout de même rencontré les syndicats étudiants, faisant toutes les concessions demandées. Il s’agissait de rassurer les syndicats en vue d’acheter la paix sociale. Finalement, le projet d’autonomie a tellement été amendé que l’autonomie des universités françaises est renvoyée aux calendes grecques. Par contre, on a quand même les blocus. C’est bien la preuve que le dialogue social à la Française ne fonctionne pas, mais qu’il a lieu de plus au mépris des urnes et des électeurs. Dans le fond, ce « dialogue » de sourd est révélateur de dérèglements plus profonds et plus inquiétants.

 

Premièrement, il est cocasse qu’en France certains étudiants n’aient toujours pas compris que seuls les travailleurs sont en mesure de déclarer et faire une grève dans la mesure où ils ont un travail. Quand les cheminots font grève, cela bloque le pays. Mais quand des étudiants s’arrêtent d’étudier, personne ne s’en aperçoit, surtout s’ils se sont engouffrés dans des formations qui ne correspondent à aucune demande sociale. Dans ces cas là, l’intelligence et la modestie commandent de faire profil bas. On peut nuancer ce propos en considérant que les étudiants ont en réalité un métier : c’est celui consistant à étudier. En ce sens ce sont au minimum des « pré-travailleurs » ou de futurs travailleurs en train de constituer et forger leur stock de capital humain. Les enseignants ont pour métier d'enseigner. Les premiers sont donc « de passage » à l'Université tandis que les seconds y accomplissent leur vie professionnelle. Seuls donc les seconds devraient être admis à participer à la mise au point d'une réforme universitaire, quelle qu'elle soit ! Comment les Etudiants peuvent-ils raisonnablement participer à la réforme d'une institution dans laquelle nombre d'entre eux ne passent que 2 à 5 ans en moyenne ?

En tous cas, un étudiant n’est pas encore un travailleur, et il ne le sera jamais s’il ne se donne pas la peine de choisir des filières d’enseignement supérieur qui lui apporteront une réelle qualification ? Les étudiants les plus virulents sont inscrits dans des filières qui n’offrent aucune perspective de débouchés. Autrement dit, la collectivité se paie le luxe d’entretenir des individus dont l’utilité ne saute plus aux yeux (et c’est un doux euphémisme) alors qu’elle n’en a plus les moyens aujourd’hui.

 

Deuxièmement, partout dans le monde (civilisé), l’autonomie des universités est l’expression et la garantie de la liberté de l’enseignement supérieur et la condition du progrès des sciences et des connaissances ; mais c’est une liberté dans la responsabilité, celle-là même qui effraie nos anarchistes assistés. On ne peut plus développer en France des formations parking qui condamnent les étudiants au chômage au frais du contribuable : on plume ainsi les parents pour duper les enfants ! Les universités sont libres de proposer les formations qu’elles désirent du moment que ces formations s’autofinancent. Et elles s’autofinanceront dans la mesure où les bénéficiaires directs de ces formations universitaires – les étudiants, les fondations, les collectivités locales et les entreprises - seront disposés en assumer le coût.

Ces derniers seront d’autant plus disposés à en assumer le coût qu’ils considèreront que ces formations constituent un investissement pour eux, c’est-à-dire qu’elles apportent une réelle qualification, donc un emploi et une perspective de carrière pour l’étudiant, des compétences et des perspectives de résultats pour l’entreprise ou la collectivité.

 Enfin, nous payons le prix de la démagogie et de la démission collective des adultes fascinés par un jeunisme qui est un aspect du politiquement correct ambiant (et qui conduit certains parents à être littéralement aux ordres de leurs enfants). Dans un passé encore récent, seule une minorité avait accès à l’université, ce qui n’était guère démocratique, il faut en convenir. Mais cette minorité éclairée remplissait les filières académiques qui faisaient la fierté de nos universités car c’est bien dans ces filières que se transmettaient, depuis des lustres, les savoirs les plus fondamentaux.

Aujourd’hui, le financement des études est pris en charge par le contribuable et les universités sont ouvertes à tous tandis que plus de 80 % des élèves de terminal obtiennent le baccalauréat. Or les filières académiques (en sciences physiques, sciences naturelles, droit et sciences économiques) se vident ; elles ne survivent que parce que nous « importons » des cerveaux étrangers (principalement en provenance des pays d’Asie et de l’Afrique) tandis que se multiplient des formations alibis pour accueillir ces bacheliers d’un nouveau type, qui fuient les savoirs fondamentaux jugés difficiles.

Et c’est parce que nous nous sommes trop facilement laissés aller sur cette pente de la facilité immédiate que les universités françaises sont en train de sombrer dans les abysses de tous les classements internationaux.

 

 [1] Le président Sarkozy avait rencontré les dirigeants de l’UNEF avant l’été, dans un élan d’ouverture, notamment en faisant toutes les concessions demandées par l’UNEF, ce qui revenait à vider de sa substance le projet initial de réformes des universités. Aujourd’hui, l’UNEF appelle à l’extension du conflit. Ainsi, ce syndicat ne respecte même pas sa propre parole, cherchant à récupérer un conflit manipulé et orchestré par l’extrême-gauche la plus radicale.

[2] A Perpignan, les plus virulents sont allés manifester devant les locaux du Medef et de la Maison de l'Entreprise pour chasser les patrons hors de l'université...

 

 Jean-Louis Caccomo, http://caccomo.blogspot.com/

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