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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 17:14

L’instruction est la fois la meilleure arme qui puisse être fournie aux individus dans le monde changeant

d’aujourd’hui, et la meilleure garantie pour la compétitivité de nos économies, c'est-à-dire aussi la meilleure

garantie du maintien des avancées sociales dont bénéficient nos sociétés européennes et particulièrement

la nôtre. Les deux notions sont liées et on ne gagnera pas le pari de l’efficacité sans gagner aussi

celui de la justice et de l’équité.


Lieu d’apprentissage pour les jeunes, lieu où s’inscrit la possibilité d’une vraie égalité des chances pour les

diverses catégories sociales, et lieu où se construisent les chances de la nation dans la compétition économique mondiale, l’école est le creuset où notre avenir se dessine. Le caractère fondamental de sa mission

justifie pleinement qu’elle représente la priorité pour un État attaché à la réussite individuelle et collective,

tout autant qu’au développement d’une société d’égalité des chances.

Le système scolaire a dû répondre en quelques décennies à une croissance rapide du nombre d’enfants et

de jeunes scolarisés sur un temps de plus en plus long. Ce n’était pas facile, cela a été réalisé, notamment

grâce aux efforts, au dévouement et à la grande qualité de centaines de milliers d’enseignants. Mais cette

réussite reste, en elle même, insuffisante. Malgré la croissance permanente et rapide de son

budget (la France consacre plus de moyens financiers à l’école que la plupart de ses voisins), au nom d’un

« toujours plus » qui a marqué la plupart des politiques suivies, les résultats de notre enseignement ne

correspondent pas à nos attentes d’efficacité et de solidarité.

Le privilège de la naissance existe plus que jamais et les facteurs socioéconomiques et culturels pèsent

toujours davantage sur les parcours et fixent, dès les premières années, les trajectoires. La part des jeuned’origine « modeste » dans les grandes écoles qui était de plus de 20% dans les années 50 est tombée à

moins de 10 % aujourd’hui. Les 80 000 élèves qui, à l’entrée au collège ont de grandes difficultés de lecture

et d’écriture, les 150.000 jeunes qui sortent annuellement du système sans diplôme et qui vont, pour

beaucoup d’entre eux, renforcer les rangs des chômeurs, viennent surtout des familles défavorisées. Cet

échec de la formation initiale est frustrant et désespérant pour les individus, il pèse lourdement sur la

réussite collective et la cohésion sociale.


Le système d’enseignement doit prendre conscience qu’il a une obligation de résultats plus que de moyens.

L’échec scolaire marque aussi l’échec de l’école. Une rénovation du service public de l’éducation doit avoir

ce double objectif complémentaire : le rendre plus performant et plus égalitaire. En faire la condition de

l’égalité des chances, le moyen privilégié de la mobilité sociale, un élément de la réussite collective.


Les valeurs de La Gauche Moderne, équité, responsabilité, justice sociale se traduisent dans notre projet

pour l’école et pour l’éducation, comme s’y retrouve notre volonté de faire de l’école un tremplin pour

tous, une possibilité donnée au plus grand nombre de jeunes de réussir leur vie citoyenne et professionnelle.

L’école doit aider à lutter contre les avantages et les handicaps héréditaires, grâce à un système exigeant et

adapté à la diversité des situations, valorisant plusieurs parcours et recourant à une allocation appropriée,

donc différenciée, des moyens. A la diversité des situations sociales et territoriales, à la

nécessité de se rapprocher de leurs réalités, des besoins et des attentes à satisfaire pour permettre leur réussite, doivent logiquement correspondre des projets pédagogiques adaptés, des méthodes, des orientations

différenciées ; la gestion des ressources humaines, l’évaluation et la formation des enseignants doivent

aussi tenir compte des spécificités et des différences de situations, ce qui exigera autonomie des établissements, coopération des différents acteurs sociaux et locaux.

Au-delà de son rôle de transmission du savoir, et d’école de la citoyenneté, l’école doit s’intéresser au

devenir des élèves. Elle doit permettre une orientation satisfaisante, décliner une vision prospective de

l’emploi. La France doit concevoir et organiser un service public de l’éducation, capable d’assurer son développement dans le cadre de la mondialisation, et de donner à sa jeunesse les moyens de construire son

avenir. Pour qu’il soit à la hauteur de cette ambition, la France doit impérativement réformer ce service

public. Toutes les réformes de l’enseignement, même celles qui étaient cohérentes dans leurs principes, se sont

heurtées depuis des décennies à un système sclérosé et rigide dans sa forme, et à des oppositions, politiques

ou corporatistes, qui ont conduit l’État à y renoncer ou à les vider de l’apport positif que pouvait avoir leur

contenu. Il n’en est resté qu’une désorganisation de la situation antérieure, finalement préjudiciable au

fonctionnement de l’institution et à la formation des élèves.

Au-delà de la conception des réformes, c’est la méthode qu’il faut revoir.

Aussi les propositions qui suivent et qui nous apparaissent nécessaires, ne pourraient en aucun cas, être

mises en oeuvre globalement et brutalement.

Il n’y aura pas de « grand soir » de l’éducation. Il n’y aura pas de « réforme globale » de l’éducation. Tout projet de réforme doit faire l’objet de concertations, de larges débats, avec les enseignants, avec les élus, avec les associations, mais aussi avec l’ensemble des citoyens, car, tous, nous sommes concernés par l’éducation. Rien ne doit être entrepris sans un certain consensus, mais il est aussi nécessaire, lorsque l’information a été large, le débat nourri, les négociations suffisantes, de maintenir les positions arrêtées sans céder à des oppositions minoritaires qui, pour violentes ou durables qu’elles soient, ne doivent pas faire renoncer à l’intérêt général.

La mise en oeuvre, par elle-même, doit être progressive, avec le plus souvent, des lieux et des périodes

d’expérimentations, suivies d’évaluations.

Commission Education, de La Gauche Moderne

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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 07:33

Editorial de Claude Imbert, Le Point du 20 05 09
...


Pas facile, dites-vous, de réformer dans le marasme de la crise !
Mais, en France, vaches maigres ou grasses, ce n'est jamais le bon moment... Ces jours-ci, après l'hôpital qui tangue, l'université est aux soins palliatifs. J'en vois qui regrettent la pente plus tranquille du déclin !


Cet effondrement des facs est un cas d'école. Venu de loin, il était prévisible et son pronostic, ressassé. A force de naviguer sur le lac de l'incurie nationale, le rafiot universitaire pique du nez. Sous nos yeux, les premiers naufragés boivent la tasse : les étudiants, avec leur année perdue, leur pécule et leur bourse engloutis. Sur leurs radeaux, chercheurs et profs-les bons qu'on n'entend pas et les excités qui pérorent-disputent à l'infini. La réputation de l'alma mater, elle, coule à pic. Les docteurs « tant mieux » disent qu'il n'y a pas le feu au lac, que les vacances approchent, que le naufrage dérange les baigneurs...


« C'est plus compliqué. »
Ainsi, depuis des lustres, cloue-t-on le bec des victimes : étudiants, futurs chômeurs, parents, contribuables. Certes, tout est compliqué parce tout l'est devenu par indolence et illusions. Nous n'avons sous les yeux que le dernier spasme d'une interminable défaite : la nécessité, enfin imposée, de l'autonomie des universités a dessiné un paysage inégal. Il y en a de bonnes et studieuses et d'autres bancales et agitées. Normal !


Alors, quoi de neuf ? Quel pouvoir pour les présidents élus ? Quel statut pour les intouchables-chercheurs et enseignants ? Sur une mécanique rouillée tombent les controverses et la panne ! Car la polémique s'envenime, puis les querelles, puis les frondes corporatistes, puis la greffe politicienne, puis les assemblées manipulées, puis les casseurs et bloqueurs et, pour finir, la pétaudière... Elle ne sévit pas partout, mais elle nuit à tous.


Sous les controverses byzantines monte une évidence incontournable : la maladie avérée de notre système d'enseignement, grand corps malade. C'est lui qui, en détraquant le primaire, a pourri le secondaire en lui expédiant un lourd contingent de semi-illettrés, avant que le secondaire flageolant se couronne lui-même d'un bac dévalué. Comment veut-on que cette cascade de tromperies n'expédie pas dans les universités, et d'abord celles des lettres et sciences humaines, un flux exorbitant d'étudiants inaptes à l'enseignement supérieur ? Ils guigneront des titres illusoires pour des professions sans emploi. Et, bac +3 ou 4, échoueront en employés subalternes. Comment veut-on qu'une mythologie égalitariste qui nie la sélection par le mérite n'aboutisse à ces flux d'étudiants tantôt dissuadés de poursuivre, tantôt payés par la fausse monnaie de « diplômes assignats » ? Les entreprises s'en détournent. La concurrence internationale leur distribue ses bonnets d'âne.


D'autant que, depuis longtemps, la nécessité élitaire a inventé ses antidotes. De même que de bons collèges privés fleurissent, ici ou là, aux dépens d'un cycle secondaire public délabré, de même des filières dites fort justement sélectives taillent des croupières aux universités. Vous pensez à la filière restreinte des grandes écoles, hypersélectives, qui donnent, à l'Etat et au privé, une élite performante. Mais pensez aussi aux filières croissantes des multiples écoles de commerce de bon niveau, des instituts universitaires de technologie, bons pourvoyeurs d'emplois, des BTS, et j'en passe... Ainsi, en leur faveur, les bons bacheliers abandonnent-ils peu à peu une université négligée par des pouvoirs indolents, résignés à cette ségrégation.


Une seconde évidence,
c'est que nos grands clercs ne sont pas exempts de responsabilités. Quelques-uns gardent encore les kystes idéologiques de la grande illusion marxiste : l'autonomie va, disent-ils, « privatiser », « mercantiliser » l'enseignement. On va sacrifier « La princesse de Clèves » et la culture humaniste aux « exigences matérialistes » de l'emploi...

D'autres, moins bigots, préfèrent s'esbigner devant les excités et soutenir le clanisme corporatiste qui refuse l'évaluation des chercheurs, « symptôme, disent-ils, de méfiance néfaste à la performance »... Beaucoup défendent avec complaisance une institution « dont ils se sont fait peu à peu une commode demeure » (Marc Bloch). Ils lèvent les bras au ciel face aux « casses » de petites minorités cagoulées, qui, partant du blocage, rêvassent au grand soir... Combien de présidents d'université, élus par leurs pairs, se sont-ils, par idéologie ou couardise, montrés indignes de leurs nouveaux pouvoirs ? Combien, parmi eux, de pyromanes et de pompiers enfumés ?


Ce coup d'assommoir aura du moins le mérite d'ouvrir les yeux de la Nation. Le goût et la nécessité d'un vrai savoir reprendront le dessus. Grâce à l'autonomie, les bonnes universités disputeront aux grandes écoles l'excellence. Les autres dépériront ou ne se sauveront qu'en se réformant. Cette réforme subie ne sera pas la plus aimable.

Claude Imbert
Le Point du 20 05 09

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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 17:18

par Jean-Louis Caccomo
...


Puisque nous traversons une grave crise financière qui est l’occasion de faire le procès mécanique de l’économie de marché, permettez-moi de souligner l’analogie entre la monnaie et le diplôme. Un diplôme comme la monnaie représente un TITRE. Un titre constitue un papier dont le porteur peut prétendre détenir une contrepartie : un billet de banque représente une valeur économique qui permet d’acquérir un certain stock de biens et services
 ; un diplôme représente aussi une valeur économique dans le sens où il garantit que le porteur détient une certaine quantité et une certaine qualité de connaissance et de savoir-faire (ce qui est la richesse ultime).


 

 


Bien-sûr, cela n’est vrai que si la monnaie comme le titre ne sont pas dépréciés. Dans le cas de la monnaie, si un même billet permet d’acheter toujours moins de marchandises, alors on dit que la monnaie est dépréciée par l’inflation. Il appartient alors à ceux qui offrent la monnaie - le système bancaire régulé par la banque centrale - de bien contrôler l’offre de monnaie afin d’éviter tout dérapage inflationniste qui détériore la valeur de chaque billet. En clair, il faut éviter de faire tourner la planche à billet.


Pareillement, si le diplôme est distribué à des individus qui ne détiennent pas en réalité les connaissances et les savoirs-faires correspondant, alors le diplôme perd sa valeur. Il appartient alors au système éducatif et universitaire d’avoir une gestion rigoureuse de l’offre de diplômes. En clair, il convient de ne pas faire fonctionner la « planche à diplômes ».

 

L’époque moderne a connu un processus de centralisation et de monopolisation de l’offre de titres au nom de la régulation. Dans le secteur bancaire, c’est la création de la banque centrale avec le monopole de l’offre des billets de banque, sur la base desquels les banques commerciales font du crédit. Dans le secteur éducatif, c’est aussi la nationalisation des programmes scolaires et la centralisation de l’offre de diplômes.


Or, les situations de monopole ne sont jamais des situations optimales, débouchant généralement sur une inadéquation quantitative et qualitative entre l’offre et la demande
.


Dans le secteur bancaire, c’est l’histoire des subprimes, c’est « l’âge de l’inflation » ou encore l’offre surabondante de liquidités nourrissant une offre surabondante de crédit qui a débouché sur la crise actuelle. Dans le secteur éducatif, c’est l’inflation des diplômes qui oblige les étudiants à rester plus longtemps dans les études pour obtenir le niveau de formation nécessaire aboutissant à l’embauche. Pire, parfois il reste longtemps dans les études pour finalement tomber dans le chômage, à cause d’une offre pléthorique de formations qui sont mises en place sans considération des besoins des entreprises et du marché du travail.

 

Plus fondamentalement, la monopolisation de l’offre neutralise le principe de responsabilité, principe essentiel dans le fonctionnement de l’économie. Si je mets mes doigts dans une prise de courant, je ressens une douleur (c’est une information) et je modifie mon comportement pour éviter la douleur (c’est l’apprentissage). Mais imaginons que je mette les doigts dans la prise de courant, et c’est vous qui prenez le courant. Alors je risque de faire des choses étranges, de devenir tortionnaire en prenant du plaisir à vous faire ressentir la douleur. C’est le problème du passager clandestin qui veut bénéficier d’un service rendu par autrui sans en payer le coût. Autrement dit, quand on ne supporte pas les conséquences de ses actes, on est conduit à ne plus faire de choix rationnel.

 

Sous prétexte de donner le maximum de chances à un maximum de jeunes, notre système a complètement neutralisé le principe de responsabilité dans le monde éducatif. Le résultat est un gaspillage massif des ressources humaines. En effet, les jeunes ont alors tendance à s’orienter dans les filières qui ne débouchent sur aucune carrière tandis que les entreprises peinent à trouver les compétences dont elles ont besoin pour se développer. Les filières qui débouchent sur l’emploi n’attirent plus nos étudiants car ils trouvent ces formations trop sélectives. C’est qu’on ne peut pas tricher avec la compétence : il faut bien évaluer les étudiants avant de leur remettre les diplômes, du moins dans les formations qui sont à l’écoute du marché du travail. Le résultat est que nous sommes obligés « d’importer » les étudiants qui veulent réellement travailler. Ainsi, en tant que contribuables, les parents financent un système qui contribue à désorienter leurs propres enfants !

 

Puisque l’Etat finance les lycées et les universités, il doit lui-même prendre ses responsabilités, notamment en donnant la gratuité dans des formations jugées prioritaires et stratégiques. Si on évalue que, demain, nous manquerons de médecins ou d’ingénieurs, alors l’Etat se proposera de financer les études de ceux qui choisiront ces filières. Si les étudiants veulent avoir la liberté de choisir les études qui leurs plaisent, alors ils doivent en assumer le financement par eux-mêmes.


Dans tous les cas, le statuquo actuel n’est plus tenable : blocage des facs quasiment chaque année ; diminution du niveau général de connaissances d’où inflation de diplômes ; fuite des meilleurs étudiants, et des meilleurs chercheurs à l’étranger (« la mauvaise monnaie chasse la bonne » disent les banquiers) ; montée du chômage des jeunes alors qu’il y a une pénurie de personnel qualifié dans des secteurs stratégiques de l’économie (mauvaise allocation du capital humain). En clair, notre système fait du subprimes à grande échelle : il distribue des titres sans contrepartie.

 

Or, n’oublions pas qu’il n’y a de richesses que d’hommes (le capital humain) et la croissance économique est faible précisément parce que nous gérons très mal ce capital humain.

 

 

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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3 mars 2009 2 03 /03 /mars /2009 15:05


Nicolas Baverez

Le Point 26 02

*                                

*                                

Pendant la crise, les manifestations continuent. Que les temps soient à la prospérité ou à la récession, l'Université reste un haut lieu des passions politiques françaises, qui démontre combien le savoir et la sagesse relèvent de logiques distinctes. Au point de départ du malaise, on trouve le principe de l'autonomie des universités, pourtant approuvé par les trois principaux candidats à l'élection présidentielle de 2007, acté par la loi du 10 août 2007, mis en oeuvre dans vingt établissements depuis le 1er janvier 2009, sur fond d'un effort financier sans précédent de l'Etat, qui mobilise 20 milliards d'euros en faveur de l'enseignement supérieur et la recherche d'ici à 2012.
Au point d'arrivée, on découvre un système universitaire en pleine crise de nerfs. A court terme, la contestation universitaire participe de la crise sociale qui redouble les effets de la crise économique. A long terme, elle compromet les chances de la reprise, qui exige une amélioration de la productivité, elle-même indissociable du basculement vers l'économie de la connaissance et de l'obtention par la moitié d'une classe d'âge d'un diplôme supérieur (contre 38 % actuellement), conformément aux objectifs de l'Union européenne.
 

La responsabilité du psychodrame est partagée. Les enseignants-chercheurs donnent raison à Montesquieu, qui notait qu' « un homme qui enseigne peut devenir aisément opiniâtre parce qu'il fait le métier d'un homme qui n'a jamais tort ». En se prononçant pour la suppression de l'autonomie, leur coordination renoue avec un corporatisme aussi prompt à revendiquer la cogestion des établissements et les milliards d'euros qu'à récuser toute forme de responsabilité en matière de gouvernance ou d'évaluation des performances, au mépris de la déclaration des droits de l'homme, qui précise dans son article 15 que tout agent public-fût-il enseignant ou chercheur-doit rendre compte.
Force est cependant de constater que ce conservatisme a été légitimé par la précipitation ayant présidé à la suppression de 900 postes ou à l'élaboration du projet de statut-qui présentait l'enseignement comme une sanction à l'insuffisance de la recherche-, mais aussi par les propos du président de la République. Dans un pays où les mots peuvent être plus meurtriers que les actes, la leçon sur l'Université et la recherche pour les nuls infligée le 22 janvier à la fine fleur de la communauté scientifique française a eu des effets dévastateurs. Largement diffusée sur Internet, elle attise la mobilisation et creuse un fossé de défiance entre le gouvernement et les enseignants chercheurs. La maxime de Montaigne selon laquelle « ne pouvant régler les événements, je me règle moi-même » gagnerait à être méditée dans l'Etat, tant la déraison du moment impose plus que jamais le sang-froid des dirigeants.


La dimension passionnelle du conflit
rend peu probable le succès de la stratégie d'attente du gouvernement et renforce le risque d'un retrait de la réforme. Cela marquerait le début de la fin de l'autonomie des universités, avec des conséquences tragiques. Car, si les promesses de l'autonomie restent à démontrer, la faillite du système actuel est avérée.
La France conserve naturellement des pôles universitaires d'excellence. Mais le pilotage étatique et centralisé, la balkanisation des quelque 82 universités, le sous-financement (1,1 % du PIB) associé au doublement des effectifs depuis les années 60, avec 2,22 millions d'étudiants, ont provoqué l'effondrement du niveau et de la valeur des diplômes ainsi qu'un désastre humain : d'un côté, 44 % des étudiants abandonnent leur cursus sans aucun diplôme ; de l'autre, la dissociation croissante avec la recherche (alors que l'Université assure 70 % de la recherche publique aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Scandinavie) encourage la fuite des cerveaux (5 000 par an vers les seuls Etats-Unis).
D'où la prise de conscience tardive mais salutaire du déclassement de la France, qui fut déclenchée par les comparaisons internationales de l'université de Shanghai ne retenant que 4 établissements français parmi les 100 premiers mondiaux.


Dans le domaine universitaire plus que dans tout autre,
le statu quo est injustifiable. Le dialogue s'impose autour des principaux points d'achoppement du projet de statut qui n'ont rien d'insurmontable : le pouvoir de nomination dévolu aux présidents peut être encadré par l'établissement d'une liste nationale de candidatures et par l'avis d'une instance collégiale ; l'évaluation doit être confiée à des sages et répondre à des critères scientifiques et non pas administratifs ; la modulation des services ne peut ravaler l'enseignement à une variable d'ajustement de la recherche ; enfin, la réintégration de la formation des maîtres au sein de l'Université ne justifie pas la réduction des activités de recherche ou la suppression des stages pédagogiques.
L'Université est emblématique de la France : son blocage marquerait le retour en force de l'immobilisme sous couvert de gestion de la crise, avec à la clé le déclassement accéléré de la nation ; la mise en oeuvre négociée de l'autonomie démontrerait à l'inverse la capacité à articuler les mesures d'urgence contre la déflation et le redressement du pays, qui passe par la réhabilitation de la connaissance et de la science autant que par celle du travail.
 

Nicolas Baverez

Le Point, 26 02

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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 15:26

par Bruno Latour

LE MONDE | 25.02.09

 

Vous souvenez-vous du temps où la gauche défilait pour le changement ? Où les intellectuels n'essayaient pas encore de mimer les chauffeurs de taxi dans la défense obstinée du statu quo ? La querelle de l'université fournit peut-être une occasion de reprendre les bonnes habitudes et de rejoindre enfin le parti du mouvement.

 

Pour l'instant la situation est bloquée, semble-t-il, par la volonté de défendre ou d'attaquer "l'autonomie". Ô autonomie, que de crimes ne se prépare-t-on à commettre en ton nom !

Avez-vous remarqué cette chose amusante que l'un des camps défend l'autonomie de la Science avec un grand s et attaque l'autonomie de l'Université, alors qu'on accuse l'autre de vouloir violer l'autonomie de la Science en défendant l'autonomie de l'institution ? Comme si l'on pouvait séparer le destin du savoir de la machinerie qui seule peut le produire ! Ou vous demandez l'autonomie pour les deux ou vous la refusez pour les deux.

A moins que ce ne soit la notion même d'autonomie qui ne veuille rien dire. L'inconvénient de cette notion vague, c'est qu'on risque de la confondre avec la tour d'ivoire, avec le corporatisme, avec le mandarinat de droit divin, voire avec la simple paresse. Il n'y a de savoir "autonome" que parce que ces savoirs ont su se lier par mille canaux à un vaste ensemble de pratiques dont ils reçoivent en échange leur subsistance et qu'ils nourrissent à leur tour. En ce sens, il n'y a jamais eu de science "autonome" ; toute l'histoire des sciences est là pour le montrer.

Défendre l'autonomie pour elle-même, c'est un peu comme de vouloir défendre les centres-villes sans s'apercevoir qu'il n'y a de centre à protéger que parce qu'il y a des banlieues et de vastes hinterlands. L'autonomie des travailleurs de la preuve n'est pas plus une valeur absolue que celle des juges, des politiques, des artistes ou des experts : elle se mérite ou elle se perd en fonction des services rendus à l'ensemble du collectif.

Peut-être serait-il temps de défendre "l'hétéronomie" des savoirs en posant cette simple question : avec qui voulez-vous être reliés pour produire le plus librement les savoirs les plus avancés ? On pourrait alors se demander si la réforme de l'université ne pêche pas plutôt par manque d'audace. Il serait peut-être bon que ceux qui se préoccupent des conditions d'existence de la pensée cherchent à la pousser plus loin.


En quoi, par exemple, le maintien des agrégations du supérieur permet-il de défendre l'"autonomie" des savoirs en droit, en économie ou en science politique ? Quelqu'un peut-il justifier la persistance étrange d'un CNU chargé d'évaluer à nouveau les thèses et les carrières des collègues à la place de ceux qui, dans les universités, doivent travailler avec eux ? La distinction française, unique au monde, entre chercheurs et professeurs est-elle vraiment nécessaire à la défense de l'autonomie ? Ne pourrait-on pas plutôt, en unifiant ces deux métiers indissociables et en distribuant chaque année les charges librement en fonction des demandes de l'institution et des collègues, développer enfin cette liaison - cette hétéronomie - entre les sciences et son public d'étudiants ? Et sur toutes ces questions de choix des collègues, de répartition des tâches, d'évaluation des carrières, qui est le mieux placé sinon ceux qui, dans l'unité même de production des savoirs, ont le plus à coeur la réussite de l'ensemble ? Comment peut-on sérieusement défendre l'autonomie des programmes de recherche et refuser celle de l'institution qui permet seule l'exercice de cette liberté ?


Les universitaires ont tellement perdu le goût de la liberté qu'ils se sont mis à confondre la dépendance à l'Etat avec la garantie de l'excellence. Il est vrai qu'on ne peut leur en vouloir et que les tenants du néolibéralisme ont perverti le mot même de liberté. Mais ce n'est pas parce que les sectateurs de la main visible et ceux de la main invisible se font une guerre de Grand-Guignol, que les chercheurs ne devraient pas s'entendre entre eux et avec leurs étudiants pour faire avancer leurs affaires.


Cela fait déjà plusieurs siècles que les gouvernements successifs, désespérés de ne pouvoir réformer l'université, lui ajoutent des institutions de recherche : du
Collège de France à l'EHESS, en passant par le CNRS et par des dizaines d'organismes nichés dans les différents ministères, spécialisés dans un domaine et coupés à la fois de l'énergie des étudiants et de cette recherche de l'universel qui a donné son nom à l'université. Est-il interdit de se demander s'il ne serait pas temps de reverser enfin progressivement tous ces laboratoires et institutions éparses dans le seul milieu qui permettrait de les faire fructifier : celui des universités compréhensives enfin dotées des moyens de production de tous les savoirs ?

D'ailleurs, est-on certain d'avoir encore vraiment besoin d'un ministère qui consacre des sommes considérables à surveiller en détail des institutions qui pourraient, si on les laissait enfin libres, très bien se débrouiller - à condition qu'on leur fournisse les moyens financiers ? Là encore, ce n'est pas l'excès mais le manque d'autonomie qui empêche les universités de décider enfin librement de leurs stratégies de recherche et de développement. Un ministère allégé, chargé de l'évaluation et de la stratégie, ne suffirait-il pas à garantir un minimum de cohérence à un système qui n'est totalement incohérent et dispendieux que parce qu'on cherche à l'unifier d'en haut ? Comment des intellectuels, attachés à la liberté, peuvent-ils ainsi confondre la défense de l'autonomie avec cette dépendance infantile ?


Il est paradoxal de lire tous les jours dans la presse des témoignages bouleversants de professeurs et de chercheurs sur la misère de leur situation et d'en tirer la conclusion qu'il faut défendre ce système indéfendable...

On peut trouver tous les défauts à la réforme actuelle, mais elle a l'avantage de donner enfin le goût aux universités de se passer de leur "tutelle" et de commencer à régler leurs affaires par elles-mêmes en récupérant les capacités de recherche que l'on avait dû créer en dehors d'elles à cause de leur lourdeur et de leur passivité. Il y a des risques de dérive ? De localisme ? De mandarinat ? De pouvoir présidentiel ? Oui, bien sûr, mais cela vaut toujours mieux que la dépendance. Les mauvaises universités disparaîtront enfin, libérant des ressources pour les autres : ce n'est pas à la gauche de défendre les privilèges de la noblesse d'Etat.


Il n'y a pas de tâche plus urgente que de desserrer le double carcan de l'Etat et du marché sur la production des savoirs. La liberté de la recherche ne va pas sans liberté de s'organiser : qu'on donne enfin aux universitaires les moyens institutionnels de produire une science autonome. Dans l'aventure, l'université n'a rien d'autre à perdre que ses chaînes !


Bruno Latour est professeur à Sciences Po.

 

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20 février 2009 5 20 /02 /février /2009 22:55


P
hysicien à l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielles de Paris (ESPCI), Mathias Fink est un créateur d'entreprises. Titulaire de la chaire d'innovation technologique-Liliane Bettencourt au Collège de France, il a donné, jeudi 12 février, sa leçon inaugurale. Il approuve la réforme du statut des enseignants-chercheurs et des universités. A certaines conditions.

Vous associez-vous aux protestations des enseignants-chercheurs contre la réforme de leur statut ?

Non. Je trouve normal qu'un enseignant-chercheur soit examiné tous les quatre ans. Je suis fréquemment sollicité, par des universités étrangères, pour donner mon avis sur des candidats. En France, il faudrait aussi que les enseignants-chercheurs soient examinés par un comité scientifique, placé sous l'autorité du président de l'université, et comprenant des experts internationaux.

Le chercheur à vie est une particularité française, si ce n'est qu'il y en avait aussi à l'Académie des sciences soviétique. Je suis aussi favorable à la modulation de service. Aux Etats-Unis, tous les chercheurs enseignent. L'enseignement aide le chercheur à synthétiser ses connaissances, et permet d'attirer des jeunes.


Mais si j'avais été enseignant à plein temps, je n'aurais pas pu mener mes recherches. Il faut pouvoir faire plus de recherche à certaines périodes de sa vie, plus d'enseignement à d'autres. Certains présidents d'université cèdent actuellement (aux protestations), car ils sont soumis à des pressions terribles et parce que le discours du président de la République, mettant en cause la qualité des chercheurs français, était trop brutal. La science française en mathématique et physique est très bonne. Le problème, c'est l'innovation.


Êtes-vous aussi favorable à l'autonomie des universités ?

C'est la solution pour les sauver, pour que certaines universités deviennent des établissements d'élite, compétitifs. Il faudra au moins dix ans pour y arriver. Mais d'ici là, il ne faut surtout pas détruire le CNRS. Sa nouvelle organisation autour de dix instituts est bonne si son comité de pilotage est ouvert sur l'international.


Quelles autres réformes vous paraissent nécessaires ?

Il faut faciliter la création d'unités pluridisciplinaires. Ce que le CNRS ou l'université ne permettent quasiment pas actuellement. Heureusement, mon labo dépend aussi de l'ESPCI, lieu de recherche et d'enseignement pluridisciplinaire unique. Nous y faisons de la physique, de la médecine, de la biologie. De la recherche fondamentale, et appliquée. La direction trouve ça très bien. Pierre-Gilles de Gennes (prix Nobel de physique et ancien directeur de l'école) l'a voulu ainsi.
Les sociétés que j'ai créées rapporteront à mon labo le quart de son financement en 2009, en contrats de collaboration et revenus des licences. Ce système est très vertueux.


Et pour stimuler l'innovation ?

Confier l'innovation aux grands groupes est une erreur, car ils ont peur des innovations de rupture. Celles-ci viennent des académiques. Il faudrait un plan français ou européen pour aider les start-up à croître. Sinon, elles sont rachetées par des entreprises, souvent étrangères, et ne restent pas en France.


Mathias Fink

Le Monde daté du 17 février 2009

 

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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 09:21

de Jean-Louis Caccomo
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Il serait bien triste de n’écrire que pour se plaindre. L’époque est suffisamment morose. Les ondes sont bombardées de ces auditeurs qui exposent leurs problèmes personnels, qui crient leurs revendications ou qui se plaignent sans cesse. Et la misère quotidienne de s’étaler dans les émissions de téléréalité, devenant un spectacle médiatique de plus en plus anxiogène.

Et ne croyez pas que votre serviteur n’ait pas de problèmes ; ceux qui me connaissent bien savent que le sort ne m’a pas épargné. Bien-sûr, il ne s’agit pas d’accepter bêtement notre sort et encore moins d’accepter l’inacceptable. Mais il faut se garder de s’engager dans des combats perdus d’avance et de scier la branche fragile sur laquelle nous nous agitons (alors que certains parlent de bloquer à nouveau les campus universitaires).

 

Dans une précédente chronique, je déplorais les manifestations des lycéens alors que j’étais chagriné par les contre-performances de mes étudiants de première année d’économie. L’année dernière, ces mêmes étudiants étaient encore au lycée. Déjà (ou encore), il y avait des manifestations et des blocages pour protester contre la politique du gouvernement. Pourtant, les taux de réussite au baccalauréat ont atteint des records alors que les lycéens ont manqué plusieurs semaines de cours. Cette année, mon examen d’économie générale durait deux heures. La plupart des étudiants ont rendu leur copie au bout d’heure. Il est vrai que les questions étaient faciles. Du moins, c’est ce que je croyais ! Car, le niveau des copies fut désastreux. Pas de contenu. Quant à la forme, on ne pouvait distinguer la copie de son brouillon. Les étudiants peinent à écrire une phrase sans faute ; ils ont encore plus de difficulté pour formuler un raisonnement cohérent et argumenté.

J’ai eu l’occasion de le leur dire car je leur dois la franchise (et j'ai envie de les voir réussir), en les invitant à redresser la barre au second semestre. Le pire n’est jamais sûr quand on sait réagir. Mais je ne peux m’empêcher de penser à ces lycéens en colère qui interpellent le ministre ou le président et impressionnent les médias. C’est vrai qu’ils sont impressionnants dans la rue ; mais ils le sont beaucoup moins aux examens.

 

Cette fois-ci, je veux féliciter mes étudiants de master professionnel de l’IAE. Comme mes collègues, je prends plaisir à enseigner à ces étudiants. Ils sont sérieux et s’impliquent activement dans les cours, déclenchant des échanges argumentés et intéressants. Il est frappant de voir comment, d’une année à l’autre, d’une promotion à l’autre, le même cours peut être ennuyeux et pénible ou, au contraire, vivant et passionnant. C’est ce qui rend ce métier imprévisible. C’est ce qui fait que j’ai le trac à chaque rentrée universitaire.

Si la qualité de l’intervenant compte pour beaucoup, la qualité de l’auditoire est toute aussi essentielle. Ce constat souligne encore fois l’importance du recrutement des étudiants (et donc la question cruciale de l’orientation et de la sélection). Si le recrutement est mauvais, même le meilleur des enseignants aura de grandes difficultés à faire passer son message. L’œuvre la plus sublime de Mozart ne sera nullement apprécié par un public sourd ou réfractaire à la musique. Dans le langage populaire, le dicton recommande de ne pas donner du caviar aux cochons ! On peut donc faire toutes les réformes de l’enseignement supérieur que l’on veut car tout se défend sur le papier ; mais tant que l’on n’affrontera pas franchement la question de l’orientation et de la sélection à l’université, on parlera dans le vide.

Quand le professeur est motivé et passionné (et qu’il maîtrise sa discipline) et quand les étudiants sont attentifs et réceptifs, alors la rencontre est magique. Tant que j’aurais l’occasion de vivre de tels instants, je continuerai à exercer ce métier avec toute l’énergie que m’insuffle la passion de la science économique.

 

Jean-Louis Caccomo

 

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 16:59
par Chantal Delsol, philosophe et écrivain, Le Figaro du 22 12 08...

Manque de moyens : tel est le voile pudique sous lequel on camoufle, année après année, le mécontentement des lycéens et étudiants. On sait bien que, dans le domaine éducatif, le pays est pourtant surdoté. Le malaise, qui tourne au désespoir, provient d'autre chose : c'est la vérité qui manque.


Née de parents nantis par le développement des Trente Glorieuses, la jeunesse de ce début de siècle a généralement bénéficié d'une certaine aisance financière familiale. Éduquée par la génération 68, elle n'a guère vu passer d'interdictions et on s'est abstenu de lui réclamer des efforts, lui susurrant au contraire qu'elle avait tous les droits. Ses parents, qui ont acquis un niveau d'études nettement supérieur à celui de la génération précédente, pensaient que l'élan allait se poursuivre avec leurs enfants : ton grand-père n'avait pas son bac, je suis professeur, tu feras Normale, mon fils, ou alors tu es un nul… D'où le ressentiment quand le fils se retrouve dans la masse des AES (1) ou des LEA (2) sous-dotés et sans espoir. L'appréciation d'une situation s'inscrit toujours dans un temps et dans un lieu. La situation actuelle de la jeunesse n'est pas déplorable en soi, mais au regard des attentes et du progrès espéré. Elle s'est imaginé - irréalisme naïf - que la montée vers plus de diplômes, plus d'argent, plus de confort, s'inscrivait dans un Destin inéluctable. Et on s'est bien gardé de la détromper : on a joué d'une démagogie honteuse. Mensonges.


Nous avons au contraire tout organisé pour laisser croire à ce progrès indéfini, en accumulant les trompe-l'œil : par exemple, la multiplication des diplômes qui deviennent des assignats. Nous avons beaucoup trop de diplômés pour le nombre de postes à hautes responsabilités auxquels ils pensent pouvoir aspirer légitimement. Un pays ne peut pas être entièrement peuplé d'avocats, de médecins spécialisés et d'enseignants-chercheurs. Nous avons gonflé nos enfants d'une prétention imbécile en leur inspirant constamment le mépris du plombier. Nous leur avons soufflé qu'ils étaient tous des intellectuels (comme cela est français !), et avaient droit à un job correspondant à leurs désirs. Mensonges.


L'acquisition du baccalauréat d'abord, des diplômes universitaires ensuite, s'est largement «démocratisée» (le mot est absurde mais c'est celui-ci qui est compris). Les universités ont créé à tour de bras des bac + 5 et abaissé considérablement le niveau d'exigence à l'entrée de ces spécialisations. La conséquence : de nombreux étudiants, nantis d'un Master 2, ont tout juste un niveau de secrétaire de direction, si l'on regarde leur maîtrise de la langue, leur niveau culturel et leur éducation générale (ce qui n'est pas rien). Le petit pourcentage (non évaluable) de jeunes brillants et doués n'a certainement pas changé avec le temps : mais la distribution des diplômes a convaincu un grand nombre qu'ils ont atteint ce niveau supérieur. On le leur a fait croire, depuis que Laurent Fabius expliquait qu'en donnant le bac à 80 % des élèves on élèverait le niveau général… Mensonges. Finalement, la grande majorité des étudiants qui expriment leur révolte dans la rue sont frustrés de ne pas obtenir des places qu'on leur a laissé espérer par pure démagogie, car ces places n'existent pas en si grand nombre, et de surcroît beaucoup d'entre eux ne sont pas capables de les occuper. Depuis leur petite enfance, on leur a menti. On leur a menti en leur disant qu'ils pouvaient dire merde à leurs parents et que ce genre de chose tout au long de la vie faisait rire tout le monde. On leur a menti en leur disant que c'était à la société de s'adapter à eux, et non le contraire, parce qu'ils étaient le centre du monde. On leur a menti en jetant de la dérision partout autour d'eux et en leur disant que rien n'avait d'importance, que rien n'était grave, et qu'il suffisait de faire l'imbécile dans la vie pour être heureux. On leur a menti en leur disant qu'ils n'avaient de devoir envers personne (parce qu'ils n'ont pas demandé à naître, et d'ailleurs nous non plus), qu'ils ne devaient rien à personne et pouvaient s'occuper exclusivement d'eux-mêmes. On leur a menti en leur disant qu'une société organisée de cette façon serait beaucoup plus gaie et heureuse parce que débarrassée des devoirs réactionnaires, et embrassons-nous Folleville.


La masse des mensonges dont ils sont recouverts les laisse à peine respirer. On n'aperçoit au milieu de ce tas d'ordures que des regards apeurés et haineux. Et toute cette boue de mensonge, c'est nous qui l'avons mise. En tout cas, qui ne sommes pas parvenus à la nettoyer, car certains d'entre nous ont passé leur vie entière à clamer comme des Cassandre qu'une génération nourrie au mensonge finit en buvant le fiel de la haine.

Le principe de plaisir, qui était l'armature des idéologies utopiques, est resté l'armature de l'éducation une fois disparus les grands récits. Car on peut se libérer des contenus, mais les esprits demeurent construits par une forme dans laquelle les nouveaux contenus se glissent, toujours de la même manière. La génération précédente attendait, selon le principe de plaisir, une société où chacun travaillerait selon son envie et serait payé selon ses besoins. La génération actuelle attend, selon le principe de plaisir, une société où l'État verserait des salaires (corrects) à des dizaines de millions de psychologues simplement parce que ceux-ci ont désiré s'inscrire dans ces formations, sans se demander une seconde s'il existait une demande suffisante pour répondre à leurs désirs.


Pourquoi tant de Français ont-ils tendance à dire que cette situation provient d'un déficit d'allocations (il faudrait payer les étudiants pour étudier) et d'un capitalisme asocial (les salaires sont trop bas) ? Parce que nous voulons nous cacher à nous-mêmes les mensonges que nous connaissons trop bien. Et parce que nombre d'entre nous sont si matérialistes qu'ils regardent tous les problèmes en terme de manque d'argent. Des valeurs immatérielles comme l'effort ou le mérite paraissent stériles et surannées. Il y a des pays où l'allocation étudiant existe, mais elle est corrélée à l'effort, on ne la donne qu'à ceux qui travaillent et réussissent leurs examens, et ces conditions seraient pour nous discriminantes !


En France, la sélection est un gros mot. Le baccalauréat est largement distribué, l'entrée à l'université automatique. Tout se passe comme si tous étaient également capables et également travailleurs, et comme si la sélection ne devait pas s'instaurer en fin de compte, et durement, au moment de la recherche d'emploi. Mensonges, mensonges. Le lycée, en dépit de nombre d'enseignants compétents et dévoués, accepte par une démagogie honteuse que des adolescents fassent la grève, ce qui les laisse croire qu'ils sont déjà, avant de l'avoir mérité par eux-mêmes, des partenaires responsables dans le jeu social : mensonges… L'université est devenue une sorte de parking où l'on vient refaire ses forces en attendant la galère de la recherche de travail. Nous regorgeons d'étudiants fantômes, qui s'inscrivent (parfois après avoir passé la sélection de Master 2) pour deux ou trois centaines d'euros, puis profitent de tous les avantages du statut étudiant et n'assistent pas aux cours ni ne viennent passer l'examen. Ou encore, nombre d'étudiants qui ont raté en juin ne viennent pas passer la session de septembre. Ils préfèrent redoubler plutôt que passer l'été à réviser. Mais on tait cela pudiquement, car les étudiants doivent tous être considérés comme des victimes épuisées, jamais comme des profiteurs. Mensonges.


Trop longtemps cachée, la vérité n'est-elle pas souvent cruelle ? Quand elle finit par affleurer à la conscience, ceux qui ont été trompés se retournent ordinairement contre les falsificateurs. Habités par le désespoir et la haine, ils casseraient bien le leurre qu'on leur a construit. Il va nous falloir un jour prochain assumer les fruits amers d'une démagogie peu glorieuse : mentir à la jeunesse, c'est la pire des démagogies.


(1) AES : Administration économique et sociale. (2) LEA : Langues étrangères appliquées. 


Chantal Delsol, Le Figaro du 22 12 08.    
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30 décembre 2008 2 30 /12 /décembre /2008 12:45


Par Jean-Louis Caccomo
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A nouveau, un gouvernement reporte sa réforme devant les blocages par crainte de l’amplification des mouvements lycéens. Au pays des réformes avortées, le contraire eut été étonnant. De toute façon, les lycéens n’avaient pas l’intention de s’arrêter. Je ne devrais pas dire « les » lycéens car la plupart des jeunes s’inquiètent pour leur avenir et désirent étudier pour s’ouvrir des horizons nouveaux et multiplier leurs chances de réussite. Mais encore une fois, on ne retient que les minorités visibles, celles qui bloquent les établissements et envahissent la rue, sous le regard complaisant des médias et avec la complicité coupable de certains enseignants, de certains parents et de la gauche trop heureuse de semer la confusion à défaut de savoir s’organiser dans des partis d’opposition dignes de ce nom.

Il faut se souvenir comment la gauche, quand elle accède au pouvoir, ordonne à la droite de s’opposer de manière constructive, en pensant à l’intérêt général qu’elle seule, évidemment, est capable d’incarner. Et la droite de s’exécuter gentiment…

 Depuis tant d’années, les différents ministres de l’éducation ont toujours reculé devant la pression de la rue, ce qui conduit à rendre impossible l’évolution du système éducatif. Du coup, les mouvements de lycéens sont devenus un rituel programmé de plus en plus violent et incontrôlable, instrumentalisé par des syndicats qui ont l’art de manipuler la désinformation à outrance. Il est facile de faire sortir les lycéens des classes, la plupart n’attendent que cela pour se payer des vacances au frais du contribuable, il est plus difficile de les faire revenir en cours. On ne peut jeter la pierre aux jeunes. Entre subir un cours de mathématique ou jouer à faire la guerre contre le gouvernement, le choix est vite fait. Il est clair que les sensations les plus fortes naîtront de la confrontation avec les forces de l’ordre, sous le feu des caméras trop heureux de mettre en vedette cette jeunesse en détresse. Ce sont les adultes qui sont à blâmer car seuls les adultes sont responsables par définition. Lorsqu’ils n’assument plus leurs responsabilités d’adultes, il ne faut guère s’étonner que les enfants peinent à grandir.

Les enseignants qui nourrissent ces mouvements et les parents d’élèves qui se disent solidaires portent donc une grande responsabilité dans cette dérive alors qu’il sera difficile de rattraper les retards accumulés d’année en année.

L’éducation est en effet fondamentale ; mais elle ne se réduit pas uniquement à jeter des moyens financiers sans contrôle et sans évaluation. Le ministère de l’éducation nationale constitue le premier poste du budget de l’Etat avec des résultats qui ne sont guère à la hauteur des moyens consacrés. Depuis des années, les observatoires internationaux montrent qu’avec moins de moyens, beaucoup d’autres pays font mieux que nous. Dans le passé, nos parents et nos grands parents n’avaient sans doute pas autant de moyens pour étudier aujourd’hui ? Et à l’heure d’internet - qui ne permet pas seulement de tchater entre copains, mais qui donne un accès à un réservoir illimité de connaissances (on peut trouver des cours de math en vidéo sur dailymotion ou assister au cours d’un prix Nobel d’économie du MIT)-, les revendications des lycéens semblent bien décalées.

 Mais ce sont les principes qui sont en jeu. Est-il nécessaire de rappeler que les lycéens sont mineurs et qu’ils n’ont pas le droit de vote ? Ces lycéens en colère dans la rue et qui bloquent l’accès à certains établissements emploient à tord et à travers le mot « démocratie ». Ont-ils étudié les penseurs de l’Antiquité ? Connaissent-ils le sens réel du mot « démocratie » ? Savent-ils que pour les philosophes grecs, la démocratie n’était réservée qu’au citoyen ; mais n’était pas citoyen qui le voulait. Le statut de citoyen n’était pas un dû. Comme l’accès au savoir, il se méritait.

La démocratie est-elle la tyrannie du nombre, la volonté des minorités visibles et agissantes ? La démocratie se joue-t-elle dans la rue en court-circuitant des institutions défaillantes ?

Mais c’est alors le sort de la démocratie qui se joue. Il est vrai que l’opposition porte une grande part de responsabilité, non seulement en encourageant ces mouvements, mais surtout en ne parvenant pas à s’organiser dans un grand parti d’opposition susceptible de jouer son rôle d’opposant au sein des institutions prévues à cet effet.

L’existence même de « syndicat lycéen » est de nature à interpeller ceux qui se donnent la peine de réfléchir quelques instants. Les syndicats viennent du monde de l’entreprise et du monde du travail où ils ont leur rôle et leur justification. Les lycéens ne sont ni des travailleurs ni des actifs. De quoi cherchent-ils à se protéger en s’organisant à l’intérieur de syndicats ? D’un Etat qui leur fournit à titre gratuit un service public d’éducation ? Mais le meilleur moyen de s’en protéger, c’est encore de ne pas consommer ce type de service et de s’adresser à la concurrence, ce que font d’ailleurs un nombre croissant de parents excédés par les blocages et les grèves à répétition.

 A la rentrée, les lycéens devraient être en classe, en train d’étudier, au lieu de s’adonner à ces manifestations répétitives. Ils n’ont pas à se positionner par rapport à l’application d’un programme politique mise en œuvre par un gouvernement légitimement élu par ceux qui sont en âge de voter. Avant de critiquer, il faut d’abord apprendre pour être en situation de comprendre et de proposer. Et l’apprentissage implique une discipline et une assiduité qu’il appartient aux adultes (que ce soit les parents comme les enseignants) d’inculquer et d’encourager.

Est-il nécessaire de rappeler que les enseignants du secondaire sont aussi des fonctionnaires de l’éducation nationale ? A ce titre, ils ne sont pas des ministres mais, en tant que fonctionnaire, ils ont pour mission de faire fonctionner le service public, obéissant à ceux qui sont en charge de l’administrer et de le diriger. Si un fonctionnaire n’est pas d’accord avec son ministre de tutelle, il a le droit – et c’est une forme louable de courage – de démissionner.

 En attendant que ces évidences pénètrent les esprits de ceux qui sont en charge de nous éclairer, je vous présente mes voeux les plus sincères pour l'année 2009 et je vous remercie tous pour votre fidélité.

  Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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21 octobre 2008 2 21 /10 /octobre /2008 20:39

L'éditorial de Paul-Henri du Limbert,  Le Figaro du 21 octobre...

Ce n'est pas une malheureuse petite crise financière mondiale qui va faire changer d'avis Gérard Aschieri ! L'avenir est angoissant, la récession menace, les déficits risquent de s'aggraver, peu importe ! Le secrétaire général de la FSU n'en démord pas : il n'y a pas assez de fonctionnaires à l'Éducation nationale. Il l'a dit hier, il le redit aujourd'hui, il le redira demain.
Il faudrait en quelque sorte «regraisser le mammouth», alors même que, depuis la diatribe du socialiste Claude Allègre sur les effectifs de l'Éducation, il y a dix ans, l'amaigrissement de l'animal ne saute pas vraiment aux yeux.

 Avec plus d'un million de personnes travaillant pour la Rue de Grenelle, la France est, au sein de l'OCDE, dans le peloton de tête des pays qui consacrent le plus de moyens et d'effectifs à l'éducation. C'est ce que rappelle Xavier Darcos lorsqu'il note que «si l'école se résumait à une question de moyens, nous aurions la meilleure école du monde puisque personne ne dépense plus que nous».
Argument évidemment nul et non avenu pour les syndicats d'enseignants qui, depuis vingt-cinq ans, ont prouvé qu'en matière de conservatisme ils n'avaient de leçon à recevoir de personne.

Le fait notable survenu dimanche, ce n'est pas tant la foule des enseignants dans les rues de Paris que la présence ostensible à leurs côtés de Bertrand Delanoë, de Martine Aubry, de François Hollande, de Benoît Hamon et, bien sûr, de Jack Lang. À moins d'un mois du congrès de Reims, il fallait évidemment se montrer avecune corporation dont le cœur bat consubstantiellement à gauche.
 Mais il y a autre chose dans ce soutien ostensible des socialistes au monde enseignant : c'est comme si la Rue de Solferino voulait mettre au pied du mur Nicolas Sarkozy qui a annoncé, le 25 septembre à Toulon,le «retour de l'État». Ces derniers mois,on sentait les socialistes un peu frileux à l'endroit de la «mobilisation» enseignante. Cette réserve n'est plus de mise. Le PS veut croire que les événements de ces dernières semaines lui donnent raison et que le nouveau discours présidentiel est pur opportunisme.

Son calcul est simple : il s'agit de prouver que le PS sera toujours plus à gauche que Nicolas Sarkozy. Le chef de l'État souhaite «refonder le capitalisme» ? Bertrand Delanoë veut «le mettre à la poubelle». Qui dit mieux ? Réduire les effectifs de la fonction publique, et notamment ceux de l'Éducation nationale, c'est, dans l'esprit des socialistes, une politique «libérale», donc Nicolas Sarkozy, malgré ses dires, reste bien un «libéral».

On voit bien quelle sera la difficulté du chef de l'État ces prochains mois. Poursuivre les réformes dans un contexte budgétaire extrêmement tendu et prouver qu'il est tout à la fois fidèle à ses promesses de campagne et à son discours de Toulon.
Il lui faudra expliquer que le retour de l'État, c'est la réaffirmation du rôle des politiques face aux financiers, c'est établir de nouvelles règles internationales, c'est convaincre les Européens et les Américains d'agir ensemble, c'est garantir les dépôts bancaires des Français. Ce n'est pas embaucher des fonctionnaires.

  Paul-Henri du Limbert, Le Figaro du 21 10 08   
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