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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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14 novembre 2008 5 14 /11 /novembre /2008 09:23


Le PIB a augmenté de 0,14% au troisième trimestre, a annoncé Christine Lagarde, ministre de l'Economie et des Finances sur RTL aujourd'hui. "C'est une bonne nouvelle" a-t-elle commenté. "Cela signifie que la France n'est pas en récession", a-t-elle expliqué, "puisque la récession, c'est techniquement, deux trimestres successifs négatifs".

"La consommation et les investissements des entreprises" sont les "deux moteurs" qui ont permis ces bons résultats,  a expliqué Christine Lagarde.

"La politique du gouvernement est en train de produire des effets ", a souligné la ministre.

Source Le Figaro.fr et RTL

L'Insee tablait dans ses dernières prévisions sur une diminution du PIB de 0,1 % au troisième trimestre après une baisse de 0,3 % déjà enregistrée au trimestre précédent, ce qui aurait signifié que l'économie française était entrée en récession avec deux trimestres consécutifs de baisse du PIB. "La France, contrairement à l'Allemagne qui fait - 0,5 et à la Grande-Bretagne qui fait - 0,5, fait + 0,14 %", avait annoncé Mme Lagarde sur la radio RTL une heure avant la publication des chiffres par l'Insee. "C'est une bonne nouvelle, ça signifie que la France n'est pas techniquement en récession", s'est réjouie la ministre...


Le Monde.fr

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8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 20:19


Par Valery Giscard d’Estaing

Le Point du 30 10 08

 


Dépression et récession
 

Dans une conférence célèbre, prononcée en 1953, l'économiste Milton Friedman soulignait la distinction entre deux types de crise : les dépressions occasionnelles, telle celle des années 30, et les récessions périodiques, que les économies de marché connaissent depuis deux siècles et qu'elles continueront de connaître. La difficulté actuelle tient à ce que nous rencontrons aujourd'hui ces deux types de crises, déclenchées de manière quasi simultanée, quoique indépendantes : la crise bancaire provoquée par la spéculation qui s'est greffée sur l'abondance des liquidités en dollars, et la crise périodique, qui se traduit par le fort ralentissement de l'activité économique mondiale. Ces deux crises sont distinctes et appellent des traitements différents.

La crise bancaire est de type spéculatif. Elle trouve son origine dans l'offre sur le marché de nouveaux « produits » d'investissement à rendement élevé, mais à risques sous-évalués ou camouflés. Ces « produits » ont été élaborés à New York et à Londres, d'où la très forte secousse des banques américaines et britanniques. Ils ont été diffusés dans une proportion moindre dans les banques de la zone euro.
Néanmoins, la confiance a été ébranlée partout. Les banques ont cessé de se prêter entre elles, d'où une crise des liquidités, qui entraîne le resserrement du crédit aux personnes et aux entreprises. Les mesures prises dans la zone euro, sous l'impulsion de la France, paraissent adaptées à la crise et éloignent les périls, à condition de veiller à ne pas réalimenter les circuits spéculatifs. Mais la confiance ne se rétablira que progressivement, et les profits des banques, amoindris des gains spéculatifs, apporteront un flux continu d'informations décevantes sur le marché.



Le pétrole dans la tourmente
 

Un autre secteur gangrené par la spéculation financière est celui du pétrole : ce ne sont évidemment pas les évolutions de la demande et de l'offre de produits pétroliers qui peuvent expliquer la chute des cours de moitié en trois mois. La banque Goldman Sachs pronostiquait, en juin, une envolée des cours pouvant dépasser 200 dollars le baril. Or nous en sommes aujourd'hui à moins de 70 ! La rapidité de cette évolution démontre que c'est la spéculation financière, c'est-à-dire l'action d'opérateurs n'ayant pas l'intention d'acheter ou de vendre du pétrole, mais seulement de tirer un profit monétaire de l'anticipation de l'évolution des cours, qui est responsable de cette envolée et de cette décrue. Cette spéculation s'est dégonflée parallèlement à la disparition des liquidités à bon marché qui l'alimentaient. Mais la leçon doit être retenue : la spéculation financière, notamment celle des hedge funds (les fonds à risques), s'est infiltrée dans tout le dispositif économique.



Un ajustement cyclique
 

La deuxième crise, celle du ralentissement de l'activité économique mondiale, est engagée depuis le premier trimestre de 2008. Elle poursuit son cheminement sur son plan incliné. Elle traduit le caractère cyclique des grands ajustements entre l'offre et la demande, la consommation et l'investissement, la dépense et l'épargne. L'impulsion est venue des Etats-Unis, amplifiée par la hausse du prix du pétrole et des matières premières, mais l'Europe elle-même et les économies émergentes étaient acculées à connaître une évolution analogue, marquée par une consommation stagnante et des exportations plus difficiles. Cette crise est la plus grave des deux, car elle ne se limite pas au secteur bancaire, mais atteint les valeurs réelles de la consommation et de l'investissement, c'est-à-dire du niveau de vie et de l'emploi. C'est elle qui pèse d'un poids très lourd sur les marchés boursiers. Aussi ne faut-il pas s'étonner que les mesures prises en faveur des banques n'apportent qu'une amélioration temporaire de la tendance boursière.
Ce sont les anticipations du niveau de l'activité économique, et les résultats des entreprises, qui détermineront les niveaux futurs des cours des marchés financiers. Notons qu'une forte correction, de l'ordre de 30 %, a déjà été effectuée.



Vrai et faux remèdes
 

Face à cette crise cyclique, les expériences du passé et les recherches économiques ont permis d'identifier les faux remèdes et ceux qui aggravent le mal : la relance de la consommation, qui bénéficie d'abord aux importations, et les grands chantiers de travaux, dont les effets de levier sont faibles. A l'inverse, tout doit être entrepris pour stimuler l'investissement dans les entreprises, grandes et petites, en matière de productivité et d'avancées technologiques. Les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy, notamment l'exonération de la taxe professionnelle pour tous les investissements des entreprises réalisés entre aujourd'hui et le 31 décembre 2009, vont exactement dans le sens souhaitable.

En rangeant des papiers dans mon bureau dont on devait repeindre les murs, j'ai retrouvé une citation que j'avais notée pendant les obsèques du cardinal Marty dans la cathédrale de brique rose d'Albi :

« Lorsque souffle la tempête,

ce qui sauve l'arbre,

ce ne sont pas les feuilles ou les fruits,

ce sont les racines. »

Valery Giscard d'Estaing
dans Le Point du 30 octobre

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29 octobre 2008 3 29 /10 /octobre /2008 16:10

...Par Jean-Louis Caccomo...


Etre libéral est aujourd’hui une tare, une infamie, une maladie mentale. La gauche antilibérale exulte tandis que les penchants interventionnistes de la droite jacobine s’expriment désormais sans tabou. J’admets que des conjonctures exceptionnelles appellent des mesures exceptionnelles. De plus, le libéralisme n’exclut pas l’intervention de l’Etat. Adam Smith consacre un tome entier de « La Richesse des Nations » à l’action publique et l’économie sociale, montrant que le marché ne peut s’épanouir sans la fourniture d’un environnement de biens et services publics qui ont la propriété de générer des externalités positives. L’économie de marché fondée sur la liberté et la responsabilité individuelle implique qu’un Etat de droit qui soit fort et efficace, notamment dans les domaines de compétences qui sont les siens, ne serait-ce que pour rappeler aux acteurs de l’économie que la liberté n’implique pas seulement des droits mais aussi des devoirs.

Mais la crise a bon dos. Aucun système ne peut fonctionner si l’homme perd le sens des valeurs morales. Ce n’est pas le capitalisme qu’il faut moraliser, c’est l’homme moderne lui-même qui a trop vite oublié que la liberté n’est pas l’absence de contrainte, qu’il n’y a pas de droits sans devoirs, que l’on ne peut consommer des richesses sans participer à leur production et reproduction, que l’endettement est une fuite en avant s’il ne donne pas lieu à un investissement, donc une production de richesse future.

 La crise que nous vivons n’est pas une crise du capitalisme mais une crise des valeurs sans le respect desquelles aucun système économique ne peut fonctionner. Le socialisme , c’est sans doute séduisant sur le papier car qui n’est pas tenté par la promesse d’un monde sans inégalités et sans pauvreté ? Cependant, sans morale, il devient dans la pratique un véritable racket à grande échelle au profit d’une nomenklatura qui s’autoproclame gardienne de l’intérêt général.

L’économie ne se réduit pas à des chiffres ou des flux financiers. La finance et le commerce reposent sur la confiance en l’autre, d’où peuvent naitre les relations d’échange sans lesquelles aucune prospérité n’est possible. Mais cette société de confiance a progressivement disparu sous l’effet d’une fuite en avant consistant à confondre la liberté avec la satisfaction immédiate des pulsions consuméristes. On consomme pour avoir, pour posséder en oubliant que personne ne peut s’épanouir dans la consommation. Etre ou avoir, telle est la question !

L’accomplissement de soi passe souvent par la réalisation de quelque chose, par la création de quelque chose, autrement dit par la mise en œuvre de ses potentialités. C’est toujours une dimension (et une définition) du travail. On produit de la richesse, qu’elle soit culturelle, artistique ou matérielle, tout dépend des talents, des choix et des aspirations de chacun.

Or, on a cultivé, notamment chez les jeunes, le désir d’avoir et de posséder (consommation) avant la volonté de faire, de créer et de produire (production). On veut tous être riche, mais on ne veut guère travailler. La chasse aux salaires élevés et autres stock-options est-elle vraiment l’expression d’une indignation légitime face aux inégalités ou la manifestation plus douteuse de l’envie et de la jalousie sur laquelle surfent toujours les démagogues et les populistes ?

 

Sous prétexte de relancer l’économie au bord de la crise, on parle encore de relancer la consommation alors que l’endettement de notre économie atteint des niveaux insupportables en termes de charges financières. A-t-on réellement tiré toutes les leçons de cette crise que l’on impute trop facilement au libéralisme que personne ne s’efforce de définir ? La philosophie libérale, qui nous vient de l’époque des Lumières, avant d’être une apologie aveugle du marché, est d’abord justement un ensemble de valeurs morales fondées sur l’équilibre toujours délicat mais indispensable entre les droits et les devoirs, entre l’effort et la récompense, entre revenu et rendement, entre salaires et productivité. La société moderne a précisément voulu tourner le dos à toutes ses contraintes. Pour peu que ces équilibres ne soient plus respectés, à force de multiplier des droits en exonérant les devoirs correspondants, à force de distribuer du revenu sans contrepartie en termes de production de richesse, les bulles nous éclatent toujours à la figure.

Il est certain que les gouvernements ne peuvent pas rester sans rien faire devant la situation actuelle. Cependant, il faut veiller à ne pas renforcer les causes du mal. C’est donc l’interventionnisme lui-même qu’il faut repenser car la crise mondiale n’éclate pas nécessairement du fait d’une absence de gouvernance mondiale ou de la dérégulation, mais de l’accumulation dans tous les pays de réglementations inadaptées aux enjeux de l’économie moderne. Loin d’être une « jungle libérale », le monde moderne est de plus en plus réglementé. Chacune des réglementations considérées isolément a sans doute des intentions louables et des motivations légitimes (protéger la santé des consommateurs, protéger l’environnement, respecter des normes de qualité…), mais l’accumulation des réglementations se traduit par une charge financière qui pèse en dernière instance sur les entreprises.

Avant même que la crise financière éclate, la France avait déjà un problème structurel de croissance molle (qui dure depuis bientôt trente ans) ce qui a conduit le candidat Sarkozy à axer sa campagne sur le thème du pouvoir d’achat. Mais il ne saurait y avoir de pouvoir d’achat sans la restauration d’un « pouvoir de produire », sinon le revenu distribué ne sera qu’une forme de « monnaie  de singe » pareille à ce qu’ont été les fameux « subprimes » américains.

 

La crise bancaire a éclaté aux USA où la Réserve Fédérale a pratiqué pendant des années une politique de taux d’intérêt bas qui a nourrit l’endettement des ménages et des collectivités publiques sous le prétexte de maintenir la consommation considérée comme « moteur de la croissance ». C’est une fuite en avant qui n’est pas soutenable. Les moteurs de la croissance sont bien plus profonds, bien moins matériels et bien plus spirituels ou culturels, reposant grandement sur la volonté d’entreprendre, la confiance en l’avenir, l’éducation, l’aptitude à utiliser les connaissances pour contribuer à créer des richesses. L’économie ne commande pas nécessairement de produire plus, mais surtout de produire mieux et différemment, en prenant en compte les nouvelles contraintes qui sont toujours le nerf de l’innovation.

Alors peut-on venir en aide au système bancaire en appelant une baisse des taux d’intérêt pour relancer la consommation au risque de repartir dans une même fuite en avant ? Je n’ai pas de réponse toute faite. Ce sont des questions que j’expose ici. Car la crise interpelle aussi nécessairement les économistes qui doivent repenser leur discipline. Un peu comme ces traders fous qui étaient des ingénieurs et virtuoses de la technique mathématique sans aucune culture économique et qui se sont trouvés dépassés par leur propre aveuglement, fondé sur une très haute opinion d’eux-mêmes (ils sortent tous des plus grandes écoles où on leur enseigne qu’ils sont les élites économiques), les nouveaux économistes, qui sont désormais des mathématiciens qui appliquent des modèles à l’économie sans trop savoir ce qu’est vraiment l’économie, devraient redécouvrir les valeurs morales qui sont le fondement des sciences humaines en général, des sciences économiques en particulier.

  

Jean-Louis Caccomo

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18 octobre 2008 6 18 /10 /octobre /2008 18:30

Nicolas Baverez, Le Monde daté 14 10

 

Face à la montée du risque systémique et à la menace d'une déflation mondiale, le dérèglement des esprits n'est pas moindre que celui des marchés. Du côté du crédit, quatre semaines après la faillite de Lehman Brothers, le marché interbancaire reste en coma dépassé, ce qui entraîne la rupture du financement des économies développées. Du côté de l'activité se profile en 2009 une récession brutale dans les pays du Nord. Pour la France, économie la moins performante de la zone euro avec l'Italie, cela se traduira par une activité en recul de 0,5 % à 1 %, un taux de chômage autour de 8,5 %, un déficit et une dette publics de l'ordre de 3,5 % et 70 % du PIB.

 

Depuis les années 1930, les réponses à ce type de situation sont connues grâce aux travaux d'Irving Fischer et John Maynard Keynes. Trois urgences : recapitaliser et restructurer les banques ; soutenir l'activité par les dépenses publiques et la baisse des taux d'intérêt ; privilégier la coopération entre les nations et les continents afin d'éviter les mesures protectionnistes. Une priorité de moyen terme : améliorer la productivité des économies surendettées. Cela n'empêche pas les polémiques de fleurir : revanche de la politique sur les marchés, retour à l'économie fermée et administrée, ruine du capitalisme, faillite du libéralisme, entend-on dans la confusion ambiante.

L'éloge de la sagesse du politique face à la folie des marchés ne tient pas. La responsabilité du pouvoir politique est directement engagée dans la naissance et le développement de la crise. Aux Etats-Unis en premier lieu, avec le naufrage de l'idéologie néoconservatrice qui laisse les Etats-Unis en situation de faillite. Mais plus largement dans les démocraties, où les gouvernements ont largement distribué les dividendes fictifs de l'après-guerre froide et de la bulle financière dont le consommateur des pays développés fut le premier profiteur.

Le krach politique n'est pas moindre que celui des marchés ; l'égoïsme et le court-termisme ne sont nullement l'apanage des traders. Il suffit pour le mesurer de constater le vide du pouvoir aux Etats-Unis à un moment critique . L'autorégulation des marchés est un mythe. Face à leur écroulement, il n'est pas d'alternative à l'intervention massive de l'Etat. Cela n'implique pas que l'Etat doit tout faire, à tout prix et dans n'importe quelle condition.

Prenez la nationalisation : face à la crise bancaire, elle est une arme indispensable mais de dernier recours, qui doit être actionnée quand toutes les solutions de marché ont échoué, être limitée dans le temps et conditionnée à des garanties au profit des contribuables (départ des dirigeants, dilution des actionnaires, intéressement de la puissance publique au redressement via des actions de préférence ou des bons de souscription d'action).

De même, les dérogations à l'Etat de droit, qu'il s'agisse du droit de la concurrence ou du droit boursier, ne peuvent se multiplier sans base légale, à l'image de l'interdiction des ventes à découvert par l'AMF sur le fondement d'un simple communiqué de presse. En bref, dans ces interventions, l'Etat ne doit pas viser à se substituer au marché ou à l'Etat de droit, mais rétablir au plus vite leur fonctionnement normal.

L'opposition des vices du capitalisme financier anglo-saxon aux vertus de l'économie administrée à la française est tout aussi artificielle. Il faut donc faire preuve de discernement. Les Etats-Unis doivent impérativement lancer un New Deal pour moderniser leurs infrastructures, augmenter les impôts notamment pour les riches, compte tenu d'un taux de prélèvements obligatoires de 34 %.

Tout autre est la situation de la France où les dépenses publiques et les prélèvements obligatoires atteignent 54 % et 44,4 % du PIB, et où la dette publique deviendrait insoutenable au-delà de 70 % du PIB. Le maintien des structures d'une économie fermée et administrée a exclu notre pays des bénéfices de la croissance intensive ; il le surexpose aujourd'hui au krach ; il lui fera rater la reprise mondiale si la crise devient le prétexte à la remise en cause des réformes.

Le capitalisme en crise va muter et non pas disparaître. Il est un mode de production fondé sur l'esprit d'entreprise et la rémunération en fonction du risque. Dans sa forme mondialisée dont la finance était la pointe avancée, il s'est écarté de ces principes en déconnectant les profits et les rémunérations des performances et des risques réels. Mais le capitalisme a une capacité à se régénérer aussi élevée qu'à générer des bulles. Il survivra en se transformant, avec l'espoir de préserver la dynamique d'intégration et d'innovation de la mondialisation, tout en assurant une régulation plus efficace à travers la coordination des acteurs d'un système multipolaire.

Le libéralisme est une philosophie politique fondée sur le respect des droits de l'individu mais aussi le primat de la décision collective. La déflation déstabilise les classes moyennes qui sont le socle des démocraties en alimentant le nationalisme, le protectionnisme, le populisme. Parce qu'il parie sur la raison des citoyens, parce qu'il repose sur le respect de l'Etat de droit, parce qu'il fixe un principe de modération et de contrôle des pouvoirs, le libéralisme constitue le meilleur antidote à l'emballement des pulsions collectives et le meilleur guide pour reconstruire le capitalisme du XXIe siècle.

Le libéralisme n'est donc pas la cause mais la solution à la crise du capitalisme mondialisé.


Nicolas Baverez est économiste et historien.

Nicolas Baverez

 

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16 octobre 2008 4 16 /10 /octobre /2008 12:58



Par Jean-Louis Caccomo...

Personne ne peut dire si le plus dur est désormais derrière nous. Il est difficile d’avoir une vision exacte des événements à chaud, surtout quand les plus grands experts sont eux-mêmes pris en défaut. Il est cependant un fait remarquable : les Etats européens, mobilisés par le président français, vont venir en aide aux banques en leur prêtant de l’argent qu’ils auront eux-mêmes empruntés…aux banques.

 

Ces événements que nous venons de vivre doivent nous rendre plus modestes, nous incitant à abandonner toute posture par trop idéologique. L’effondrement de l’Union Soviétique a montré au monde entier que l’Etat ne pouvait pas et ne savait pas tout faire. L’omniprésence de l’Etat entraîne son incompétence conformément au principe « trop d’Etat tue l’Etat ». Mais la crise financière mondiale montre de la même manière les limites du marché, le marché ne pouvant pas tout faire tout seul. « Trop de liberté tue la liberté ». Et ce sont précisément les marchés qui en appellent à l’intervention étatique, l’action coordonnée des Etats européens étant saluée par les bourses mondiales. Ce sont également les banques qui sont disposées à prêter de l’argent à l’Etat alors qu’elles ne se prêtent plus entre elles dans ces périodes d’irrationalité collective.

Il convient de prendre en considération ces éléments pour considérer que le sempiternel débat entre plus ou moins de régulation, plus ou moins d’Etat, est largement dépassé. La question n’est pas : faut-il plus réguler ou faut-il moins de régulation dans l’économie ? Mais plutôt : quelles sont les bonnes régulations ? Et comment faire évoluer les régulations alors que l’économie elle-même est en constante mutation, les crises provoquant généralement l’accélération des changements. On doit pouvoir se débarrasser des réglementations qui étouffent le développement économique tout en trouvant les régulations qui empêchent le marché de se nuire à lui-même.

 

L’économie est un peu comme la médecine : la connaissance de l’objet conduit à faire évoluer l’objet. Autrefois, l’humanité était régulièrement terrassée par des épidémies de peste ; la mortalité infantile était grande et l’espérance de vie courte. Puis nos connaissances médicales nous ont permis de vaincre des maladies et d’allonger la durée de vie. Aujourd’hui, l’homme vit plus longtemps en longue santé mais de nouvelles maladies plus complexes sont apparues face auxquelles la science est pour l’instant sans réponse définitive.

Il en sera toujours ainsi : le progrès fait disparaître des anciens problèmes pour en faire émerger de nouveaux. C’est le propre de l’évolution. Il en est de même de l’économie qui est un phénomène éminemment évolutif, et singulièrement de l’économie de marché dont le dynamisme contribue à sa propre transformation. La crise est un signe de l’évolution de l’économie. L’économie n’est pas au bord du gouffre, elle est en mutation. Il y a plus d’un siècle, quelques pays ont connu la croissance, ce qui a permis d’apporter la prospérité et le bien-être à des populations qui furent condamnées à la misère pendant de nombreux siècles. Aujourd’hui, de plus en plus de pays se sont ouverts à l’économie mondiale, profitant d’un processus de croissance autrefois réservé aux seuls pays occidentaux. Dans le même temps, les processus financiers, technologiques et managériaux se sont grandement complexifiés, évoluant et s’adaptant à l’occasion des crises. Il serait étonnant qu’il en soit autrement alors que des pays aux cultures différentes, aux aspirations différentes, aux histoires différentes, se retrouvent à s’ouvrir à un processus de globalisation économique qui les rend solidaires et interdépendants à une échelle sans précédent dans l’histoire.

Ces phénomènes interpellent la science économique de la même manière que la médecine progresse en voulant s’attaquer aux nouvelles maladies.

 

Jean-Louis Caccomo

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14 octobre 2008 2 14 /10 /octobre /2008 11:25

Par le Point.fr
...


Abstention.
Les députés du groupe PS s'abstiendront de voter le projet de loi sur le plan d'urgence de soutien aux banques, examiné à l'Assemblée nationale ce mardi après-midi.

La Bourse islandaise en plein krach. La Bourse de Reykjavik, dont les échanges étaient interrompus depuis jeudi, a rouvert mardi en baisse de 76 %, les valeurs financières restant suspendues.

Baisse de 60 % du titre de Fortis. L'action de la nouvelle entité Fortis Holding, issue du démantèlement du bancassureur belgo-néerlandais, s'échange à 2,08 euros dix minutes après la reprise de sa cotation à la Bourse de Bruxelles, soit une baisse de 60 % par rapport à son dernier cours de 5,42 euros le 3 octobre. L'action a ouvert à 1,93 euro à 11 heures après une suspension de six séances.

Le Medef salue le plan Sarkozy
. La patronne des patrons Laurence Parisot estime que le plan de sauvetage bancaire décidé par l'Eurogroupe et décliné en France était "le meilleur possible pour la situation actuelle". "Premièrement, le plan existe ; deuxièmement, il est européen et on se réjouit de voir l'Europe parler d'une voix claire et forte ; troisièmement, le plan est cohérent ; quatrièmement, il ne coûte rien à l'État", se réjouit-elle, ajoutant que la situation économique mondiale reste pour autant dans "une zone de très grande incertitude". C'est dans ce contexte que la présidente du Medef réunira vendredi à Paris un sommet de quatre patronats européens et du patronat américain, pour notamment "élaborer un diagnostic commun de la situation" économique.

Garantie. Hong Kong va garantir tous les dépôts bancaires sur le territoire jusqu'en 2010.

Le plan de soutien va "rapporter à l'État".
Réagissant au plan français de soutien aux banques de 360 milliards d'euros dévoilé lundi , Christine Lagarde affirme mardi sur RMC et BFM-TV que le gouvernement a "construit le mécanisme pour que non seulement cela ne coûte pas, mais pour que cela rapporte à l'État". La ministre de l'Économie indique qu'"aujourd'hui, la garantie de l'État vaut beaucoup, parce que les gens savent qu'ils peuvent avoir confiance. Le taux auquel on (l'État, NDLR) va emprunter sera donc relativement bas. (...) En revanche, le taux auquel on va prêter (aux banques, NDLR) sera plus élevé. Si bien que, pour faire simple, entre les deux, on réalisera une marge".

Un plan emploi pour contrer le chômage. Laurent Wauquiez précise qu'un "plan emploi" va être annoncé "la semaine prochaine par le président de la République". Pour le secrétaire d'État à l'emploi, il faut réfléchir aux contrats aidés "en ayant un raisonnement en termes de formation professionnelle" et de "vraies passerelles pour un emploi durable" dans les entreprises. "Aujourd'hui, un chômeur en contrat aidé sur cinq seulement fait l'objet d'un accompagnement. (...) Cela signifie qu'on lui donne un contrat aidé, qu'on le met de côté et qu'on lui dit : sois sage et tais-toi, et on reparlera dans un an, quand ton contrat sera fini. (...) Cela, c'est de la mauvaise politique de l'emploi", déplore-t-il sur I-Télé.

Les places boursières européennes en forme . Les bourses européennes rebondissent mardi matin . À l'ouverture, à Paris le CAC 40 décolle de 2,15 %, à Londres le Footsie de 2,65 % et à Francfort le Dax 1,44 %.

La SocGen n'a pas besoin d'aide . La Société Générale ne fera pas appel aux fonds mis à disposition par l'État dans le cadre du plan de soutien aux banques pour se refinancer. Malgré la chute spectaculaire de son action qui a perdu lundi jusqu'à 15 % suite à des rumeurs, avant de se ressaisir et de céder finalement 2 %, la SocGen est "en ligne avec ses objectifs en matière de capitaux propres", affirme mardi son directeur Frédéric Oudéa au
Figaro .

L'Asie euphorique.
Les Bourses asiatiques se refont une santé. Fermée lundi pour cause de jour férié, Tokyo réagit mardi avec enthousiasme aux annonces des divers gouvernements. Le Nikkei a flambé de 14,15 % à la clôture comblant une partie du krach de la semaine dernière où il avait perdu 24,33 %. Après un rebond spectaculaire lundi, les autres places asiatiques poursuivent leur retour en forme : Hong Kong gagne 4,59 %, Shanghai 1,21 %, Singapour 6,34 %, Bangkok 6,03 %.

Le plan Paulson complété. Après une rencontre avec George W. Bush, le ministre du Trésor américain, Henry Paulson, doit annoncer mardi à 14 h 30, heure française, à Washington, une "série de mesures destinées à renforcer la confiance" dans le système financier du pays et à permettre un fonctionnement normal du crédit. Le président américain devrait également s'adresser à la nation juste avant vers 14 heures, heure française. L'un des points acquis est que l'État entrera au capital d'une "large palette" de banques. Selon le site internet du Wall Street Journal , l'État fédéral devrait prendre ces participations pour 250 milliards de dollars.

Wall Street s'envole. Euphorique, la Bourse de New York a fini sur un rebond spectaculaire lundi après les interventions massives des gouvernements européens et américain pour rétablir la confiance : le Dow Jones gagne 11,08 %, une hausse pas vue depuis les années 1930, et le Nasdaq 11,81 %. Sur l'ensemble de la semaine dernière, il avait chuté de 18 %, ce qui avait représenté la plus forte baisse historique de l'indice sur une semaine.


Le Point.fr du 14 octobre 2008
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 20:47

Par JB. pour le Figaro.fr , avec AFP.(Extraits
)...



Les 15 pays de la zone euro se sont mis d'accord dimanche sur un plan d'action face la crise financière mondiale, comprenant une garantie des prêts interbancaires et un recours possible à une recapitalisation des banques, a annoncé dimanche le président français Nicolas Sarkozy. Ce plan d'action «traite de toutes les dimensions de la crise», a souligné le chef de l'Etat français, président en exercice de l'Union européenne, mais sans préciser de montant européen global.

Les Etats membres de l'Eurogroupe vont notamment garantir les crédits interbancaires pour une période temporaire, jusqu'au 31 décembre 2009, a précisé Sarkozy à l'issue d'un sommet de crise des pays de la zone euro qui a duré plus de trois heures. Ces garanties d'Etat seront «payantes» pour les institutions bancaires, rémunérées selon les taux du marché.

Le blocage de ce marché interbancaire est au coeur de la crise. Par peur des faillites, les banques ne se prêtent plus entre elles. Celles qui ne trouvent pas les fonds nécessaires pour équilibrer leurs comptes peuvent très rapidement se retrouver en difficulté comme cela s'est produit pour plusieurs établissements européens. Les 15 se sont également engagés à empêcher leurs plus grosses banques de faire faillite, notamment en procédant à des opérations de recapitalisation.

 

 

Aucun montant global n'a été annoncé pour ce plan d'action européen, mais l'Allemagne, la France, l'Italie «et d'autres» pays présenteront lundi après-midi de façon «simultanée» les détails de leurs programmes de sauvetage, selon les propos de Nicolas Sarkozy. «Le temps des décisions chiffrées, c'est demain», a déclaré le président français. Toutes les décisions seront «efficientes avant la fin de la semaine», a-t-il ajouté.

D'ordinaire organisé le mercredi, le Conseil des ministres aura ainsi exceptionnellement lieu lundi à 14h et Nicolas Sarkozy s'exprimera à son issue à 15h, selon des sources gouvernementales. Le gouvernement examinera à cette occasion un projet de loi permettant à l'Etat de garantir des fonds pour faciliter le refinancement des banques en difficulté, ont précisé des responsables parlementaires de l'UMP.

«Nous avons adopté une boîte à outils à la disposition des Etats membres», a expliqué le président de l'Eurogroupe et premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. «Nous n'avons pas le droit d'échouer et nous n'échouerons pas», a-t-il plaidé.......

 

Au-delà de ce plan d'action, qui sera soumis mercredi et jeudi à Bruxelles aux chefs d'Etat et de gouvernement des 27 pays de l'UE, les Européens veulent convaincre les Etats-Unis d'une refondation du système financier. «Puis nous irons convaincre nos amis américains de la nécessite d'un sommet international pour refonder le système financier international», a indiqué le président français.

Le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déclaré dimanche qu'il soutenait le plan financier que viennent d'adopter les pays de la zone euro.

Gordon Brown a déclaré qu'il croyait en un retour de la confiance dans le système financier «dans les prochains jours». Le premier ministre britannique, dont le pays ne fait pas partie de la zone euro, avait été invité à Paris afin d'expliquer la démarche de la Grande-Bretagne pour contrer la crise devant les membres de l'Eurogroupe, dont les mesures s'inspirent du plan de sauvetage britannique......

Le Figaro.fr et AFP

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 09:54
Marc de Scitivaux avait publié le 21 septembre dernier  dans le JDD (et je l'avais repris sur ce blog) un article intitulé "la crise financièr est finie"....!.....Il y revient aujourd'hui, toujours dans le JDD...



Par Marc de SCITIVAUX
Pour Le Journal du Dimanche du 12 octobre 2008

 
Les politiques ont beau multiplier les annonces, les bourses financières plongent chaque jour un peu plus. L'économiste Marc de Scitivaux analyse pour le JDD l'effet de l'adoption retardée du plan Paulson. Maintenant que le congrès a voté la loi, l'heure est à l'espoir, tant aux Etats-Unis qu'en Europe. Mais les marchés sont encore dominés par une "exubérance" irrationnelle.


Dans le JDD du 21 septembre, je disais: "Aujourd'hui, on peut considérer que la crise financière est terminée. Cela n'empêchera pas d'autres organismes financiers de connaître des problèmes dans les mois à venir. Mais ceux-ci seront réglés sans la psychose de fin du monde que nous avons connue cette semaine." Et puis, patatras, l'élément inattendu se produit: le plan Paulson est rejeté et même si, quatre jours après, il est adopté, il aura suffi de ces quatre jours pour que non seulement la psychose de fin du monde se renforce, mais aussi qu'elle se répande sur la planète financière. Avec trois manifestations brutales: les banques ne veulent plus prêter aux banques (c'était déjà le cas, mais la situation s'aggrave très fortement); les particuliers commencent à vouloir retirer leur dépôt; les investisseurs veulent vendre leurs actions. A part ce fabuleux contre-pied qui permet de se rappeler que les Etats-Unis sont une vraie démocratie avec les avantages et les faiblesses d'un tel régime, doit-on changer le fond du raisonnement? Non.

Je disais qu'"il fallait enrayer une mécanique infernale qui transforme des pertes virtuelles (purement comptables tant que les actifs ne sont pas vendus) en sinistres réels à cause des règles de comptabilité et de notation". Est-ce que le plan Tarp (Troubled Asset Relief Program), nom officiel du plan Paulson, le permet? Oui. Est-ce que son application permettra de mettre fin à la spirale mortifère: baisse des prix, provisions, baisse des prix, etc.? Encore oui. Est-ce que cela permettra même à certaines banques des reprises de provisions? Toujours oui. Est-ce qu'en attendant son application les autorités américaines ont mis en oeuvre des mesures pour permettre le bon fonctionnement du système financier? Définitivement oui. Lesquelles?

Premièrement, le Trésor américain augmente sans limites le montant des bons du Trésor mis à la disposition de la Réserve fédérale (FED). Il peut d'autant le faire que le monde se rue pour lui prêter, avec des taux à trois mois de 0,5%!

Deuxièmement, avec ces bons du Trésor, la FED refinance toutes les banques qui ont besoin de liquidités (le 8 octobre, elle a ainsi mis à la disposition des banques américaines 138 milliards de dollars pour quatre-vingt-cinq jours au taux annuel de 1,39%).

Troisièmement, elle a créé, toujours le 8 octobre, un Commercial Paper Funding Facility pour financer les emprunts courts que les entreprises émettaient elles-mêmes et qui ne trouvaient pas d'acquéreurs. En termes simples, la finance américaine est entre des mains aux ressources illimitées et qui ne tremblent pas. Je dirais même, au risque de paraître paradoxal, que la panique a conduit les autorités à renforcer leur soutien à un tel niveau que cela devrait accélérer le moment de sortie de crise...

En Europe maintenant? Les mains sont moins fortes, moins coordonnées, le lien entre gouvernements et Banque centrale (la BCE) infiniment moins symbiotique mais le pas principal a été franchi. Les Etats garantiront le système bancaire. Il n'y aura pas donc de fin du monde, même s'il faudra du temps pour retrouver la santé économique, surtout en zone Euro.

Alors, pourquoi les marchés paniquent? Parce que c'est leur nature de passer de l'"exubérance" irrationnelle à la hausse (qui les faisait acheter le pétrole à 145 dollars en juillet parce que "juré craché" il va monter jusqu'à 200 dollars, alors qu'il valait moins de 80 dollars vendredi) à la panique à la baisse tout aussi irrationnelle. Quand on a du sang-froid, on s'appelle Warren Buffett, on achète quand tout le monde vend et ce n'est peut-être pas le fruit du hasard si on est l'homme le plus riche du monde.

Marc de Scitivaux
Le Journal du Dimanche du 12 octobre 2008

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10 octobre 2008 5 10 /10 /octobre /2008 16:30

Le Figaro du 06 10 publie en avant-première les meilleurs extraits de l'ouvrage de Nicolas Baverez. Dans «En route vers l'inconnu», qui paraît jeudi 9 octobre, l'économiste se livre à une analyse prospective des mutations du monde actuel. Nous quittons la domination de l'Occident pour entrer dans un monde multipolaire, aux contours flous et incertains.

 

Les clivages se multiplient sur la planète

 

L'histoire du XXe siècle a été structurée par le conflit, au sein du monde occidental, entre la nation et les empires, la démocratie et les totalitarismes. Il a été tranché par les États-Unis, qui sont sortis vainqueurs des trois guerres mondiales, dont la dernière s'est achevée en 1989. La configuration du XXIe siècle est plus complexe et mouvante. À tel point qu'il n'est plus exclu depuis 2007 que les tendances centrifuges et le chaos l'emportent. Le sommaire des clivages qui fracturent la planète est édifiant : religieux et culturels entre une partie du monde islamique et l'Occident ; historiques entre un Nord en déclin relatif et un Sud en phase de rattrapage accéléré ; politiques entre les démocraties et les États de droit d'une part, la floraison des régimes récusant le pluralisme et la liberté individuelle d'autre part ; idéologiques entre les tenants de la société ouverte et les thuriféraires de la nation comme forme politique indépassable ; institutionnels avec la double quête des formes permettant d'assurer la cohésion de nations de plus en plus diverses, de constructions multinationales et de forums multilatéraux ; économiques entre le choix du risque ou le primat accordé à la stabilité, la régulation par le marché ou par l'État ; écologiques entre la dynamique de la croissance à tout prix et celle d'un développement durable.

 

Le capitalisme mondial touché en plein cœur

 

Aujourd'hui, les idées démocratiques reculent, déniées par le fanatisme religieux ou par les dictatures, mises en échec par des coups d'État comme en Thaïlande et en Birmanie ou des guerres civiles comme en Côte d'Ivoire et au Liban, contestées par le néocastrisme qui s'incarne dans le Venezuela d'Hugo Chavez en Amérique latine. Liberté politique et liberté économique entretiennent une relation de plus en plus distendue et asymétrique, dont témoignent les Jeux olympiques de Pékin, aussi parfaits sur le plan de l'organisation qu'inquiétants sur le plan des droits de l'homme.

Les nations libres ne sont pas épargnées par ce mouvement. Les menaces terroristes alimentent la peur, qui encourage les pulsions sécuritaires, les mouvements xénophobes et populistes. Le déclin relatif de l'Occident face au rattrapage économique des pays du Sud déstabilise les classes moyennes, nourrit les pressions protectionnistes et déchaîne les fantasmes d'un nouveau péril jaune qui se cristallise autour de la Chine. Les États-Unis sont très représentatifs de cette évolution, où la stratégie néoconservatrice de guerre contre la terreur a débouché sur un échec politique en Irak et militaire en Afghanistan, une économie en récession, un État de droit et des valeurs affaiblis, par la création du camp de Guantanamo, la légalisation de la torture, les enlèvements et les centres de détention clandestins, la systématisation de l'espionnage et de la surveillance des citoyens en dehors de tout contrôle judiciaire. La crispation impérialiste et militariste qui a succédé aux attentats du 11 septembre 2001 a accéléré le basculement d'une suprématie absolue de l'Amérique vers une suprématie relative, ce qui aiguise l'inquiétude et les frustrations de la population, nourrit les tentations sécuritaires, protectionnistes et isolationnistes.

La crise économique née en 2007 avec les subprimes touche le cœur du capitalisme mondialisé, dont elle remet en cause le développement et la régulation. Elle est née aux États-Unis, au centre du système d'échange et non pas à ses marges. Elle possède une dimension planétaire et non régionale ou nationale, contrairement à la crise asiatique de 1997 ou aux krachs de la Russie et de l'Argentine en 1998 et 2001. Elle a pour vecteur premier la finance, avant-garde de l'interconnexion et de l'innovation propres à la société ouverte. Sa nouveauté réside dans la combinaison de quatre secousses majeures : un effondrement du crédit sous l'effet de la déconfiture des banques ; un krach immobilier ; une chute larvée des marchés financiers ; enfin un choc pétrolier et alimentaire qui entraîne le retour en force de l'inflation. Elle n'en est qu'à ses débuts et défie les instruments de la politique économique qui paraissent impuissants à la maîtriser. Toutes ces raisons convergent pour en faire le choc le plus dangereux depuis la grande déflation des années 1930, plaçant la mondialisation en apesanteur.

Sous la crise financière née en 2007 pointe la fin d'un cycle et d'un modèle économiques. Fin du cycle de la baisse conjuguée de l'inflation et des taux d'intérêt, qui a volé en éclats avec l'éclatement de la bulle spéculative sur le crédit ainsi que le choc pétrolier et alimentaire. Fin du modèle économique juxtaposant des nations consommant à crédit pour importer massivement, tels les États-Unis, le Royaume-Uni ou l'Espagne, et des nations épargnant et investissant massivement pour renforcer la compétitivité d'un appareil de pro­duction tourné vers l'exportation, tels l'Allemagne, la Chine, le Japon ou la Corée. Avec à la clé des déséquilibres majeurs des échanges et des paiements mondiaux, qui se cristallisent autour de la dévaluation compétitive du dollar, de la sous-évaluation des monnaies qui lui sont liées et, à l'inverse, de la surévaluation de l'euro.

Après l'euphorie des années qui succédèrent à la chute du mur de Berlin, la mondialisation a été rattrapée par la violence hyperbolique en 2001, puis par l'éclatement en chaîne des bulles spéculatives qui déstabilisent en profondeur la norme libérale de fonctionnement du capitalisme qui émergea à partir des an­nées 1980. Les chocs géopolitiques et économiques s'enchaînent de plus en plus rapidement, créant la surprise et instaurant une incertitude radicale. Ils soulignent l'impréparation des na­tions libres et la faiblesse des institutions po­litiques qui ren­­­­forcent les risques qui pèsent sur la planète et démultiplient les peurs au sein des peuples.

 

L'Occident menacé

 

La violence prolifère et se radicalise avec le durcissement des conflits de valeurs et de cultures (…). Dans le domaine géopolitique également, le XXIe siècle s'ouvre sous le signe du recul de l'Occident face aux puissances émergentes, du déclin du leadership des États-Unis, de la remise en question du monopole des États dans l'exercice de la violence et la conduite de l'action internationale. La menace soviétique a disparu pour laisser la place à de multiples risques. Risques classiques liés aux conflits de puissance, notamment en Asie vers laquelle bascule le cœur de l'économie et de la géopolitique mondiales, ou le regain des impérialismes, notamment au sein d'une Russie qui fonde son retour en force sur la fusion de l'État, des services de sécurité et des monopoles de l'énergie ou des matières premières. Risques asymétriques, découlant du terrorisme, de la prolifération des vecteurs et des armes de destruction massive, des États effondrés et de la multiplication des zones grises, telles les régions tribales du Pakistan.

Ainsi émerge une configuration inédite depuis le XVIe siècle, caractérisée par un monde multipolaire, très hétérogène et instable, dominé par la remise en cause du monopole de l'Occident sur l'histoire et les valeurs de l'humanité. Qu'il s'agisse du fonctionnement de la démocratie, de l'économie ouverte ou de la stratégie, la mondialisation est entrée en terre inconnue. Et les États, les institutions et les instruments traditionnels de la politique semblent impuissants face aux crises et aux risques qu'elle génère.

Aucune nation, pas même les États-Unis, ne dispose de la taille et de la puissance requises pour résoudre seule les problèmes de la planète. Les temps et les modes d'organisation politique se télescopent et s'entrechoquent. Temps réel de l'économie et des technologies, temps long de la démographie et des mentalités. Monde ouvert mêlant le premier ensemble multinational fondé sur la paix et la liberté en Europe, la poursuite de la défense de leur leadership mondial par les États-Unis, l'affirmation des volontés de puissance des géants émergents (Chine, Inde, Brésil, Russie), les stratégies de déstabilisation de l'Iran ou du Venezuela. En bref, face à l'universalité du marché et des technologies, face à l'intrication des échanges et des sociétés, face aux risques et aux chocs globaux de la société ouverte, la politique de ce début de XXIe siècle reste pour l'essentiel engoncée dans le cadre des nations et cantonnée aux institutions multilatérales de Bretton Woods qui furent façonnées par les vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale.

Un XXIe siècle hétérogène et volatil

Hétérogène et volatil, le monde du XXIe siècle est en quête de stabilité. Au plan géopolitique, la diplomatie transformationnelle, visant à exporter la démocratie et le marché par la force armée, s'est achevée par de sanglants échecs. Les démocraties se sont trouvées en contradiction avec leurs valeurs tandis que les ennemis de la liberté ont bénéficié d'immenses marges de manœuvre (…). D'où l'importance pour les différents pôles de la mondialisation de se doter d'institutions permettant de désarmer les conflits nationaux ou économiques, de multiplier les zones de libre-échange et d'ouvrir les sociétés, à l'image de l'Union européenne, de l'ASEAN ou du Mercosur, et peut-être demain d'un grand marché transatlantique. D'où l'urgence de rompre avec l'illusion d'une autorégulation des marchés pour réfléchir aux instruments de politiques contra cycliques, pour redéfinir les normes juridiques, financières et comptables du capitalisme mondialisé, pour prévenir et sanctionner les comportements contraires à l'éthique. Pour autant, il serait illusoire et dangereux de chercher à éradiquer toute forme d'instabilité, dès lors qu'elle est une des conditions de la liberté et du développement économique - indissociable de la prise de risque.

 

La fin de plusieurs cycles

 

Le début du XXIe siècle marque la fin de plusieurs cycles historiques longs : le cycle historique de la do­mi­nation absolue du monde par l'Occident ou­vert au XVIe siècle ; le cycle intellectuel des Lumières, inau­guré au XVIIIe siècle et ca­ractérisé par la séparation entre le contrat social régissant la vie intérieure des nations et la jungle des relations internationales ainsi que par le monopole de la forme politique de l'État ; le cycle économique d'un capitalisme organisé autour de la domination d'un centre. L'humanité entre ainsi dans l'âge d'une histoire universelle. Partagée par tous les hommes, celle-ci ne sera pas forcément pacifique et prospère, heureuse et tranquille. Le destin du siècle dépendra largement de la volonté, de la lucidité et de la sagesse des nations et des peuples libres.

Nicolas Baverez
© Perrin, 2008

«En route vers l'inconnu», Perrin, 190 p., 13,80 €

Extraits publiés par Le Figaro du 06 10

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Published by Nicolas Baverez, extraits de son dernier ouvrage, publiés par le Figaro - dans Economie et social
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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 18:40
Par Le Parisien du 05 10...


LES ACTIONS D’URGENCE

La modification des règles comptables des banques européennes.
Derrière cette mesure technique, c’est toute la fluidité du crédit qui est en jeu. Le mécanisme actuel oblige les établissements financiers à évaluer leur valeur selon les prix du marché. Du coup, en cas de chute de la Bourse, leurs actifs sont aussitôt réévalués à la baisse.

Conséquence directe, les crédits distribués, dont le montant dépend de la valeur de ces actifs, sont immédiatement réduits, déclenchant en cascade une crise financière, puis économique et sociale. Les Etats-Unis viennent d’autoriser le retour à l’ancien système, qui permettait d’évaluer les actifs sur une durée plus longue, pour limiter les conséquences d’une chute du cours. Les banques européennes vont donc être autorisées à faire la même chose. Cette réforme doit intervenir d’ici à la fin du mois.

Un plan de 31,5 milliards d’euros pour les PME.
C’est la Banque européenne d’investissement (BEI) qui est chargée de dégager ces crédits.
L’engagement solennel de soutenir les établissements financiers en difficulté a été réaffirmé.

LES ACTIONS A PLUS LONG TERME

L’harmonisation des normes en matière de garantie des dépôts.
La chancelière allemande, Angela Merkel, a tenu à rappeler que ces interventions ne devaient pas se faire au détriment des autres Etats membres, critiquant ouvertement l’Irlande qui s’est engagée, cette semaine, à garantir l’intégralité des fonds déposés dans ses banques.

L’assouplissement des règles de concurrence européenne pour permettre le sauvetage d’une entreprise en difficulté par les Etats nationaux. Cette mesure entérine les sauvetages de Dexia et de Fortis par les gouvernements français, belge et néerlandais, intervenus le week-end dernier.

Sanctionner les dirigeants d’une banque en difficulté. Les patrons « qui ont failli », obligeant un Etat à venir au secours d’une banque en difficulté, devront être sanctionnés. Un meilleur contrôle des systèmes de rémunération des dirigeants est prévu.

Mieux contrôler les acteurs du système financier. Les agences de notation, banques d’investissement et hedge funds, jugés responsables de la crise actuelle, devront se soumettre à un véritable contrôle. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les Etats-Unis viennent, de leur côté, de prendre une mesure similaire.

Revenir sur le Pacte de stabilité. Le président Sarkozy a déclaré que « l’application du Pacte de stabilité (…) devrait refléter les circonstances exceptionnelles dans lesquelles nous nous trouvons ». Mais Jean-Claude Junker a précisé, lui, que le Pacte devait être respecté « dans son intégralité ».

Organiser une cellule de crise.
En cas de crise, une « task-force » réunissant les banques centrales, les superviseurs et les ministres des Finances devra coordonner leur action.

 

Le Parisien

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