Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

Recherche

10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 19:40

Pour apprendre à bien vivre, relire la mythologie grecque. Luc Ferry en propose un mode d’emploi.

par Marc Lambron, Le Point  du 27 11

 

Confessons-le : la couverture du nouveau livre de Luc Ferry nous a fait peur. « La sagesse des mythes » porte comme sous-titre « Apprendre à vivre-2 ». Il s’agit donc d’une suite. Un bandeau rouge avec photo de l’auteur affiche cette phrase : « Je vais te faire découvrir la mythologie grecque. » Aux albums du père Castor manquait-il un Pollux ? Les eaux du Styx lèchent-elles une tête de gondole ? Après Harry Potter, Harry Homère ? On ouvre alors le livre, et c’est une sorte d’enchantement de l’intelligible qui s’installe dès les premières pages.
 

Le projet de l’auteur ? A la manière du grand helléniste Jean-Pierre Vernant, qui avait écrit en 2002 un traité à l’usage de son petit-fils, l’ancien ministre de l’Education nationale se propose de revisiter le corpus de la mythologie antique pour l’édification du profane ou de l’oublieux. Quand l’on emploie aujourd’hui des expressions telles que « un Cerbère », le « tonneau des Danaïdes », « jouer les Cassandre » ou « fil d’Ariane », nous sommes grecs par réminiscence, enfants de grands récits qui tissent une trame secrète sous nos destinées. Freud passe par Odipe pour fonder la psychanalyse. George Steiner relit « Antigone » pour penser la cité. Pourquoi sommes-nous encore constitués par ces récits d’aurore ?


A la différence des religions providentialistes, souligne Luc Ferry, les mythes grecs ne spéculent pas sur un après-monde de la survie : les dieux seuls y sont immortels, tandis que les humains se voient laissés à leur finitude. Mais ces mythes proposent une doctrine du salut sans dieu, un entrelacement de fables élégiaques, truculentes ou épiques, qui rendent notre condition habitable. Ce que nous apprend Ulysse au long de sa quête, c’est qu’ « une vie de mortel réussie est préférable à une vie d’immortel ratée ». Sous la plume de Ferry, la mémoire de l’antique est un antidote : il sait que les injonctions du consumérisme moderne perturbent des vies intérieures qui, avec un rien de savoir, ne demanderaient qu’à être heureuses. La civilisation européenne est un mille-feuille de récits ; les ignore-t-on que l’on ne se comprend pas soi-même. Avec un peu de grec et de latin, on entend la langue française en stéréo ; à défaut, elle résonne en mono. En ce sens, le bonheur selon Ferry ressemble à une anti-amnésie. Et à une acoustique : pour bien lire, il faut se souvenir de la lyre. A défaut de mythes, nous serons mités.


Son livre est une chanson douce qui ne cède rien sur les exigences du savoir. Muni de la balayette de l’archéologue et de la craie blanche du professeur, cet auteur Plon aux semelles ailées revisite les colères de Zeus, les ruses d’Hermès, les travaux d’Hercule, selon les prismes du conteur, du philologue, du philosophe et du père de famille. On ne sait si la fréquentation du ministère Raffarin a conforté Luc Ferry dans son amour pour Jacqueline de Romilly. En tout cas, les mythes sont ici restitués dans le plaisir de la fabulation, puis déclinés selon leur postérité philosophique : pourquoi Platon s’intéressait-il à Prométhée, ou Nietzsche à Apollon ? Peu à peu, on sent un socle de culture se solidifier sous nos pieds. C’est remarquablement clair, comme si Claude Lévi-Strauss chaussait le cothurne d’un Daniel Rops du Péloponnèse. Mais ce choix didactique témoigne aussi d’un climat.


Dans une époque où le jugement de Pâris est remplacé par les caprices de Paris Hilton, et le rôle de questionneur socratique dévolu à Laurent Ruquier, il y a le feu au lac-Ferry dirait au lac Stymphale. Les années 70 avaient consacré en France une figure du penseur héroïque, voleur de feu, enveloppé dans les prestiges de son mystère. Une cape d’énigme enveloppait ces Prométhée de la Rue d’Ulm ou du Collège de France. Résultat : la philosophie a gagné en intimidation intellectuelle mais perdu en magistère démocratique. Si l’on ne veut pas laisser le champ de la pensée aux enfants de Jacques Séguéla, qui va s’y coller ? Quand tout conspire à la réduire, une morale de la pédagogie concrète est peut-être le meilleur vaccin contre la défaite de la pensée.

Marc Lambron
Le Point 27 11

« La sagesse des mythes », de Luc Ferry (Plon, 408 pages, 20,90 E).

Repost 0
Published by Marc Lambron, à propos d'un livre de Luc Ferry. Le Point - dans Culture - loisirs -Médias
commenter cet article
27 octobre 2008 1 27 /10 /octobre /2008 09:39

Le Figaro, 23 10 08...

Jean-Marie Cavada, député européen et ancien directeur de Radio France, prend la parole dans le débat sur l'avenir de l'audiovisuel public.

Il aura suffi que le chef de l'État jette un pavé dans la mare audiovisuelle pour que les conservatismes reçoivent du renfort. Or, il faut de toute évidence changer sensiblement le modèle de la télévision publique, parce que ses nouveaux horizons l'ont vieilli. Connaissant par expérience les entreprises de radiotélévision, où j'ai exercé presque toutes les fonctions de responsabilité, il m'a semblé nécessaire d'attendre l'apaisement des passions pour revenir au réel.

Le réel, c'est qu'une réforme est nécessaire pour plusieurs motifs. Les nouvelles concurrences (Internet, chaînes thématiques), ont déjà soustrait 15 à 20 % de l'audience aux six diffuseurs majeurs. Mais ce n'est rien à côté de la déstabilisation profonde que produira la généralisation de la diffusion en numérique, effective fin 2012. Déjà, fin 2009, une région française entière, l'Alsace, aura abandonné l'analogique. Écrans de télévision, d'ordinateurs, de portables notamment, vont diffuser des images.

La télévision publique française est la plus petite des trois grandes télévisons publiques d'Europe. 11 000 salariés chez nous (comme en Italie), 23 000 en Grande-Bretagne, 30 000 en Allemagne. La BBC britannique a entrepris à marche forcée sa révolution numérique en fusionnant ses rédactions et la quasi-totalité de ses départements de production, rassemblés par genre et non plus par chaîne. Toutes les télévisions publiques européennes se réforment pour se transformer. L'organisation de France Télévisions date encore sur le papier de la fin des années 1980, même si les dirigeants actuels ont contourné cet inconvénient en construisant une hyperprésidence. Dans ces conditions, que faut-il réformer ?

D'abord, l'ambition de programme qui doit se fixer le double but de rester populaire, mais de meilleure qualité que ses concurrents privés, pour tout esprit curieux. J'ai dit populaire exigeant, pas élitiste marginal. Où sont les grandes émissions spéciales à 20 h 50 sur la crise qui menace de jeter notre monde par terre ? Dans la culture ou dans la fiction, l'équipe des dirigeants actuels a réussi des efforts : c'est donc faisable.

Par ces temps de crise, où l'on attend beaucoup de la télévision publique, j'exhorte le gouvernement et le Parlement à aller jusqu'au bout de ce qu'il faut faire pour que ce secteur de l'audiovisuel public fonctionne dans la confiance des spectateurs, dans la sérénité de ses rapports avec les pouvoirs, et dans la pérennité de son avenir. Ceci procède d'interrogations qu'il faut résoudre.

La première question, celle du périmètre de l'entreprise publique, doit être stabilisée ou redessinée. La BBC, avec un budget supérieur à 6 milliards d'euros, gère 8 chaînes nationales de télévision, 10 de radio, un peu plus de 50 stations de radio ou de télévisions locales, et un réseau mondial qui s'appelle BBC-World. L'Allemagne possède deux grandes entités publiques : l'ARD et la ZDF, dont le seul budget atteint 2 milliards d'euro. Estimons-nous que la modernisation de la France doit être accompagnée par la modernisation de sa télévision publique ou non ? On a récemment hurlé au scandale parce que l'exécutif voulait modifier le mode de désignation de ses dirigeants. J'admets que ce n'était pas la question la plus urgente, mais laissez-moi disperser une tartufferie. Depuis la création d'une Autorité audiovisuelle (1981), le pouvoir a reculé par rapport à l'indépendance audiovisuelle, mais je veux mettre un terme à une hypocrisie : sur une douzaine de nominations (les PDG ou les directeurs généraux), seulement deux décisions de cette Autorité ont entièrement échappé au pouvoir politique. La première fois en 1989, lorsqu'une majorité politique de gauche installa à la tête des chaînes publiques un président proche de la droite, qui chuta seize mois plus tard, avec les désordres dommageables que cette période comporta. L'autre exemple, ce fut ma propre nomination comme PDG à la tête de Radio France en 1998. Je n'étais pas réputé militant politique et mon nom fut accepté par tout le monde : mais nous étions en régime de cohabitation politique.

Sauf si le Conseil constitutionnel y voyait, au moins symboliquement, une rétrogradation des libertés, je ne serais pas choqué par le fait que le gouvernement propose un ou une candidat(e), ou une liste de trois noms. Sous réserve que le CSA vérifie honorabilité et compétences des prétendants et qu'une commission parlementaire jointe auditionne publiquement les candidats avant de confirmer la nomination de l'un d'entre eux.

Car la vraie question de l'indépendance n'est pas là : elle est dans la stabilité, la pérennité et la neutralité du financement des entreprises publiques. Cette question s'est posée à nos grands voisins européens et ils l'ont résolue de la même façon.

En Allemagne, les dirigeants des entreprises publiques élaborent leurs besoins financiers ainsi que leur stratégie dans un document qu'ils envoient à un organisme indépendant : la KEF, qui enquête et vérifie les besoins des chaînes. Ses recommandations aux gouvernements et parlements régionaux ont quasiment toujours été suivies.

En Grande-Bretagne, on n'a pas souvenir d'avoir jamais vu la BBC dirigée par un haut fonctionnaire. Au sommet des institutions et au-dessus de l'équipe de direction générale, il y a BBC-Trust qui dispose du droit de veto sur les budgets, sur la stratégie de l'entreprise. Les douze membres de ce trust sont totalement indépendants puisque salariés de la Couronne.

Pour assurer le financement de l'audiovisuel public français, je souhaite un plan pluriannuel de quatre ou cinq ans. En créant France 5 en 1994, je me suis clairement exprimé sur la nécessité de réduire puis de supprimer à terme la publicité sur les chaînes publiques pour la réserver au marché privé. Deux raisons concourent à ce choix. D'abord, la logique programmatique. On ne peut pas nier qu'une émission grand public de qualité sera programmée plus tardivement dans une économie de grille comprenant de la publicité et qu'elle pourrait l'être à meilleure heure dans une économie sans publicité. C'est la combinaison des genres et des gammes sur une grille qui amène le volume de l'audience. En 1982 déjà, Pierre Desgraupes avait théorisé et appliqué cette pratique qui fit d'Antenne 2 de l'époque le leader devant TF1.

L'autre raison tient à la logique économique : si l'on veut construire des groupes influents en Europe, si l'on veut développer le marché des nouveaux médias numériques, il faut que l'argent privé aille au privé. Mais il faut aussi que l'État garantisse un bon financement de la radiotélévision publique. Tous les partis politiques qui hurlent aujourd'hui à l'étouffement seraient plus crédibles s'ils avaient augmenté régulièrement la redevance pour la hisser aux niveaux allemand ou britannique, alors que le pouvoir d'achat offrait des marges. Alors il faut trouver d'autres solutions. La plus simple est de compléter la redevance avec des deniers publics, ce qui permettrait au gouvernement d'exiger une grande réforme de l'audiovisuel public, indispensable. Les temps de crise que vivent nos pays nécessitent que des journalistes, mais aussi des artistes, offrent sur les chaînes les perspectives qui expliquent notre temps.

Jean-Marie Cavada
Le Figaro    
 
Repost 0
Published by Jean-Marie Cavada, Le Figaro - dans Culture - loisirs -Médias
commenter cet article
7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 10:39
Enquête du Point du 03 07...

Nicolas Sarkozy a lancé sa réforme de l'audiovisuel public. Mais, devant le monstre France 3, citadelle cégétiste, enchevêtrement de treize baronnies locales campées sur leurs acquis, le chef de l'Etat préfère prendre son temps... Plongée au coeur d'une machinerie infernale.

Emmanuel Berretta

 

Les gabegies à France 3 ? Chacun a sa petite histoire à raconter. Un exemple : « Ce soir ou jamais », l'émission de débats culturels de Frédéric Taddeï qui symbolise le « virage éditorial » de Patrick de Carolis. Ce talk-show culturel coûte la bagatelle de... 100 000 euros par jour pour 350 000 à 500 000 téléspectateurs. C'est cher comparé au talk-show d'humour de Ruquier sur France 2, qui coûte 85 000 euros pour 1,3 million de téléspectateurs. Quant à « C'est dans l'air », d'Yves Calvi, sur France 5, avec 68 minutes de direct par jour, l'émission ne coûte que 45 000 euros et intéresse 1 million de téléspectateurs...

La direction de France 3 n'est pas plus bête qu'une autre et a donc décidé de réduire les frais de « Ce soir ou jamais ». Puisque l'émission de Taddeï enjambe le « Soir 3 » de Marie Drucker, l'idée a germé de rassembler les deux émissions sur le même plateau. Une façon de regrouper les moyens en payant une fois plutôt que deux. Belle initiative.

Las ! C'était compter sans les puissants syndicats de la chaîne. Estimant que l'émission de Taddeï volait leur travail, les salariés du « Soir 3 » ont fait barrage... On a donc mené la réforme à moitié, sans le moindre gain de productivité : Marie Drucker a effectivement présenté son journal sur le plateau de Taddeï, mais France 3 a continué d'employer deux équipes de réalisation, deux équipes pour la lumière, des cadreurs à foison, etc. « Nicolas Ferraro, le réalisateur de Taddeï, est payé 5 000 euros par émission, celui du "Soir 3", 2 000 à 3 000 euros... Ferraro pourrait très bien réaliser le "Soir 3" et Taddeï , explique un technicien. On travaille avec cinq électros quand trois suffiraient. Finalement, on est tellement nombreux qu'on finit par se gêner... » Au total, on compte quatorze caméras sur le plateau, pratiquement de quoi filmer un match de football ! En outre, France 3 mobilise deux régies. Et, pour couvrir l'émission de Taddeï, on fait venir un car régie (garé dans la cour de France Télévisions) de... Lille ou Rennes ! Ce qui entraîne des frais de déplacement et des primes pour dix techniciens. Mais, bien entendu, on continue d'utiliser la régie du JT, qui, elle, est logée dans l'immeuble de France Télévisions. Voilà comment on parvient à dépenser 100 000 euros par jour. C'est certain, Kafka s'amuserait follement dans les couloirs de France 3.

Et si l'auteur du « Château » s'aventurait dans les treize régions de France 3, il y trouverait matière à un nouveau roman sur l'absurde. Il n'est pas rare, par exemple, qu'autour d'un match de football pas moins de quatre équipes de tournage, estampillées France Télévisions, se percutent sur le gazon : l'équipe locale de France 3, l'équipe du « 19/20 » national de France 3, l'équipe de la rédaction de France 2 et l'équipe des sports de France Télévisions... Car, évidemment, France 3, ce n'est pas seulement 1 600 journalistes unis dans l'amour de l'information, c'est aussi une cascade de mépris, les journalistes parisiens du « 19/20 » prenant leurs confrères de province pour d'aimables campagnards. Et ceux de France 2 méprisant à leur tour ceux de France 3, lesquels, moins payés, font tout ce qu'ils peuvent pour gratter deux ou trois sous par-ci, par-là : en reportage, on se fait rembourser l'hôtel mais on dort dans le car régie, etc.

Un seul chiffre résume la difficulté de réformer France 3 : près de 80 % du budget des treize stations régionales sont absorbés par la masse salariale, 15 %, par les frais généraux. « Pour les programmes, il ne reste que 6 à 7 %... La masse salariale, impossible d'y toucher. Au contraire, elle augmente lentement mais sûrement. Les frais généraux, pareil. Du coup, la variable d'ajustement, ce sont les programmes. C'est une mauvaise spirale », explique ce cadre de France 3 qui ne peut consacrer que 8 000 euros à la confection d'un documentaire en région... Lequel ne passera sur l'antenne nationale qu'au milieu de la nuit !

C'est encore arrivé le vendredi 27 juin : France 3 Ile-de-France-Centre produit le magazine « Troisième rappel ». Ce soir-là, l'émission est consacrée à Nicolas Canteloup. Elle contient des extraits inédits du dernier Olympia de cet humoriste, complice de Michel Drucker, si populaire que la spéciale que lui a consacrée France 2, à 20 h 50, a écrasé TF1 en avril. Que fait l'antenne nationale de France 3 avec le Canteloup produit par l'Ile-de-France ? Elle le programme à 1 heure du matin, après deux épisodes rediffusés d'une série américaine (« The Closer »)... L'émission sur Canteloup a été aperçue par 340 000 couche-tard. Les bras nous en tombent.

Des frais qui grimpent et peu d'argent pour les programmes... A ce rythme, la paupérisation de France 3 est certaine, voire fatale. Car, en face, la concurrence s'organise. Les groupes de presse régionaux (Sud Ouest, Hersant Média, Ouest France...) se sont déployés dans les petites lucarnes locales. L'existence de cette offre alternative, encore naissante, a-t-elle dissuadé Nicolas Sarkozy de s'attaquer à la réforme difficile de la chaîne des régions ?

« Chaîne des régions », c'est vite dit, d'ailleurs. Quand la commission Copé a imaginé de restreindre à quatre ou cinq heures par jour le programme national de France 3 pour mieux mettre l'accent sur les programmes régionaux (en créant sept chaînes régionales), ce fut immédiatement la levée de boucliers. Pourquoi ? « Ce serait suicidaire, à terme, pour les 300 salariés, techniciens et journalistes, qui travaillent pour l'édition nationale du "19/20" », s'inquiète Jean-François Téaldi, délégué SNJ-CGT, porte-parole de l'intersyndicale de France Télévisions.

Décanter... ou pourrir ?

Copé et ses amis de la commission ont donc fait machine arrière, tout comme ils avaient remballé, au mois de mai, l'idée, à peine ébauchée, d'une fusion des rédactions de France 2 et France 3, déclenchant d'ailleurs une grève à France 3, le 21 mai. Pas étonnant que Nicolas Sarkozy, lors de la remise du rapport Copé, ait lui-même reculé devant cette pétaudière dans laquelle la CGT, leader avec 40 % des voix, fait la pluie et le beau temps. « Le dossier France 3 n'est pas mûr. Il faut le laisser décanter », déclare au Point Jean-François Copé. Décanter... ou pourrir ?

« Tout est cogéré paritairement avec les syndicats : les embauches, les avancements... Le DRH égrène des listes de noms et les syndicats approuvent ou désapprouvent. Ensuite, on distribue de l'avancement à ceux qui ont été retenus. C'est caricatural : on a la décision, mais pas le pouvoir », se plaint ce responsable d'une région, qui fait toutefois la part des choses : « Si l'outil France 3 coûte cher, c'est aussi parce que nous, nous respectons les lois du travail, contrairement aux boîtes privées, qui abusent du système de l'intermittence du spectacle pour faire payer à la collectivité de faux jours chômés. »

Les lois du travail, parlons-en. Depuis l'adoption des 35 heures (220 emplois créés), la boule de neige des embauches n'en finit plus d'écraser les frais de la chaîne. L'accord d'entreprise de la rédaction nationale prévoit pour les techniciens 162 jours de congés par an (soit cinq mois et demi). Si bien que toute embauche d'un CDI oblige à recourir à un pigiste pour couvrir les congés, lequel, à son tour, au bout de quelques années, obtient sa régularisation par décision de justice et génère à son tour un pigiste. Et ainsi de suite... « Personne n'est responsable de cette situation , explique un ancien de l'équipe "Thalassa" qui vogue désormais sous d'autres cieux. Ni le président Patrick de Carolis ni Marc Tessier, son prédécesseur, n'y sont pour rien. C'est la loi qui crée naturellement de l'emploi à France 3 sans que l'on puisse arrêter cette folle mécanique. »

Certes, Patrick de Carolis a décrété la fin des embauches. Mais ce n'est sans doute pas fini, car Téaldi l'affirme tout de go : « J'ai plus de deux cents dossiers de journalistes pigistes en attente d'intégration. Pour certains, cela fait plus de dix ans qu'ils sont dans l'antichambre. »

Selon l'emblématique leader de la CGT, 1 600 journalistes, ce n'est pas encore suffisant. « La racine du mal, c'est que, dans les années 90, on a sans cesse élargi les plages horaires des régions sans embaucher de CDI. Donc, depuis, on a gagné toutes les décisions de justice. » Selon Téaldi, en région, les cadences sont infernales et contraignent les journalistes reporters d'images (JRI) à des congés pour « stress » ou « mal de dos ». « On a des types qui font trois reportages par jour et qui, à 40 ans, ne peuvent plus porter de caméra ! » affirme-t-il. D'où la multiplication des longs congés maladie qui suscitent à leur tour leur lot d'intermittents, lesquels réclament tôt ou tard leur intégration... avant de tomber malades à leur tour, au bout du rouleau.

La grève, un art de vivre.

Ce faisant, la Cocotte-Minute explose régulièrement et se solde par de longues grèves : 1986, 1990 (5 semaines), 1997 (10 jours) et 2002 (22 jours). Chaque fois, la direction cède et recrute une fournée... C'est sûrement à ce mode de fonctionnement que s'en est pris Nicolas Sarkozy dans son intervention du 30 juin sur l'Europe (sur France 3 !), en faisant savoir qu'il ne regarderait pas le service public comme une « petite secte qui appartient à quelques micro-organisations ». La grève, à France 3, c'est aussi un art de vivre. On se réchauffe le coeur, on se sent solidaires, on éprouve tous les jours le sens de l'unité. Si bien qu'on se filme en train de faire la grève. « En 2002, les grévistes ont même projeté le film de Thierry Nouel à La Clef, une petite salle parisienne. Et les grévistes m'ont offert le DVD », raconte, attendri, Patrice Papet, l'ancien DRH de France 3 qui a refusé de plier sur les salaires et qui n'a pas payé les jours de grève... Rappelons que le point d'indice n'a pas été augmenté depuis onze ans.

Et pourtant, malgré toutes ses pesanteurs, France 3 reste la chaîne préférée des Français, celle qui diffuse « Plus belle la vie », le feuilleton quotidien à succès. Un potentiel énorme qui mérite la grande réforme devant laquelle tous les gouvernements ont jusqu'ici reculé.

Carolis et Sarkozy s'accrochent à un espoir : faire basculer les cinq chaînes de France Télévisions au sein d'une entreprise unique, présentée comme un aimable levier de modernisation. Le syndicat majoritaire n'est pas dupe. Il sent bien que le projet final consiste à revoir à la baisse la convention collective en or massif que la gauche mitterrandienne a concédée en 1981 et sur laquelle campe la CGT. Quand le projet de loi sur l'entreprise unique sera débattu au Parlement, la grève prévisible de l'automne 2008 sera-t-elle la mère de toutes les grèves ? Et de quel drap faudra-t-il couvrir l'écran noir de France 3 : des langes d'un nouveau-né ou du linceul d'un défunt ?

Le Point
Emmanuel Berretta
Repost 0
5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 10:09
Par Benoît Hopquin, Le Monde.fr 5 juillet...

En selle donc, pour ce 95e Tour de France. Départ au niveau de la mer, le 5 juillet à Brest, arrivée à 45 mètres d'altitude, le 27 juillet sur les Champs-Elysées. Entre les deux, dix-sept cols à franchir, dont huit de première catégorie, et quatre arrivées au sommet. La France du Tour, c'est bien connu, compte plus de montées que de descentes... 180 vantards prétendent boucler à la manivelle les 21 étapes et 3 559 km du périple. Le tout à l'eau claire. Une gageure.


Où l'on reparle du dopage, forcément. Dix ans après l'affaire Festina, au sortir de deux éditions au palmarès tronqué, les organisateurs aspirent à un "Tour du renouveau". Ils murmurent plus qu'ils ne claironnent cette expression. Elle fut inaugurée en 1999 et tant galvaudée depuis. D'où la naissance d'une nouvelle formule cette année, joliment trouvée : "Le kilomètre zéro du cyclisme".

Christian Prudhomme, patron de l'épreuve, affiche une résolution sans faille à débusquer les tricheurs. Pour ce faire, Amaury Sport Organisation (ASO) a coupé les ponts avec l'Union cycliste internationale (UCI), soupçonnée de faiblesses coupables. Le différend, de larvé s'est fait frontal. Il est né du Pro Tour, le circuit que l'UCI voulait imposer aux "grands" Tours. Les taulières - ASO (Tour de France mais aussi plusieurs autres courses majeures), RCS (Giro) et Unipublic (Vuelta) - ont dit "niet".

Les relations se sont tendues encore quand ASO a souhaité décider de qui participerait ou ne participerait pas à sa Grande Boucle. Elle a ainsi écarté l'équipe kazakhe Astana, qui compte pourtant dans ses rangs parmi les meilleurs coureurs du peloton dont l'Espagnol Alberto Contador, vainqueur du Tour en 2007 et du Giro en 2008. L'organisateur apostat a même abjuré le dieu belge Tom Boonen, pour une terre à terre histoire de cocaïne.

Accusé de vouloir régenter le cyclisme, ASO s'est vu retirer son agrément par l'UCI dans le calendrier international. Le Tour de France, la plus grande course du monde, a été dégradé au rang de compétition nationale, comme vulgaire ronde de village. Elle a été placée sous l'égide de la Fédération française de cyclisme (FFC). L'UCI s'étant défaussée de cette charge, la FFC a confié le soin d'organiser les contrôles à l'Agence française de lutte contre le dopage (AFLD).

Alors Jan Ullrich peut bien se gausser devant la liste des partants : "Le Tour de France n'est plus la plus grande course du monde si les meilleurs coureurs ne peuvent y participer", a affirmé au magazine Sport Bild le vainqueur 1997, lui-même rattrapé par les soupçons de dopage. La presse espagnole peut bien ironiser sur la valeur d'une compétition privée de son dernier vainqueur. Ces quolibets n'empêcheront pas les coureurs de se précipiter au départ du jeu de massacre, malgré les menaces de l'UCI, et 180 pays payeront cher les images de ce soi-disant simulacre.

 

TROIS JOURS EN BRETAGNE

Le Tour de France n'est pas qu'une vulgaire "compét'" de vélo. C'est aussi un pays qui se donne en spectacle. Les organisateurs l'ont bien compris qui, en attendant de retrouver une crédibilité sportive, promeuvent le rendez-vous de juillet sur ses autres valeurs. Selon un récent sondage, les paysages de la "doulce France" arrivent en tête des arguments des téléspectateurs. France Télévisions ne s'y trompe pas qui truffe ses bandes-annonces de vues panoramiques.

 

Le succès populaire du Tour reste sa meilleure promotion, voire sa justification auprès des sponsors. Entre 12 et 15 millions de spectateurs sont encore attendus sur les bas-côtés, selon les organisateurs de la manifestation. En musardant trois jours en Bretagne, terre de cyclisme et de fidélité têtue, l'épreuve s'offre l'assurance d'un bain de foule et, ainsi, une forme de droit de réponse à ceux qui la déclassent déjà. "Allez au bord des routes, défendez le cyclisme qui vous appartient", suppliait Christian Prudhomme lors de la présentation des équipes, jeudi 3 juillet. C'était là demander un plébiscite. Le slogan de 2008 n'est-il pas "Le Tour toujours" ? Bref, l'éternité face à l'adversité.

Benoît Hopquin
Repost 0
Published by Benoît Hopquin. Le Monde - dans Culture - loisirs -Médias
commenter cet article
2 juillet 2008 3 02 /07 /juillet /2008 16:30

L'ancien ministre de la Culture, Renaud Donnedieu de Vabres, exhorte l'Europe à retrouver un contenu par la culture.

Le Figaro 27 06

Identité, fierté, ouverture, racines, création, tradition, modernité, valeurs, autant de mots qui semblent avoir disparu du langage dès qu'il est question d'Europe !

Qui ne voit pourtant que les peuples européens sont en quête de repères, de sens, de réappropriation de leur propre histoire. De liberté et de pouvoir démocratique.

L'actualité, dans sa brutalité et sa violence, trouble en permanence nos concitoyens. Au fur et à mesure que les horizons resplendissants d'un univers mondialisé semblent s'ouvrir, le ciel politique, en fait, s'assombrit, la réalité quotidienne rappelant à chacun la dureté des temps.

Plus l'étranger est proche, plus les frontières s'estompent, plus est grand le besoin de s'identifier, de se localiser, de s'appartenir. De se retrouver.

L'individu, confronté à des cultures, des religions, des modes de vie qui ne lui sont pas familiers, se sent parfois ignoré, broyé, méprisé. Pour savoir accueillir « l'autre », quel qu'il soit, il faut être soi-même en situation de rayonnement, de réussite, d'harmonie.

Alors que l'Europe est le rempart politique le plus solide et le plus efficace pour que soit protégée et valorisée notre diversité, pour que nous réussissions à être une vraie puissance mondiale, force est de constater que les citoyens ont régulièrement une bonne raison d'exprimer leur refus.

Qu'il s'agisse du «plombier polonais» ou de la question de la viande, de la pêche ou de la chasse, il y a toujours matière à se focaliser sur un défi économique, une remise en cause d'acquis jugés menacés par l'aventure européenne. Tel est le paradoxe qu'il nous faut surmonter.

Face à l'inquiétude de l'avenir que manifeste avec force le refus d'Europe, lors des consultations référendaires, il est urgent et impératif de parler culture aux citoyens européens. Faire de la mise en valeur du patrimoine, de l'accueil à la création contemporaine, de la circulation des œuvres et des artistes, de l'éducation artistique de vraies priorités politiques, n'est plus aujourd'hui l'expression nécessaire d'un simple supplément d'âme ou la manifestation élégante de la vie artistique ; c'est, plus fondamentalement, une réponse à l'attente consciente ou inconsciente des peuples européens. Célébrer une langue, cultiver une tradition, accueillir l'architecture contemporaine, faire vivre les expressions culturelles nouvelles, honorer le répertoire, se projeter dans l'avenir grâce à l'histoire, donner le goût de la découverte et de l'innovation, préserver objets et métiers d'art, s'ouvrir aux cultures urbaines sont autant de projets de réconciliation, qui permettent même l'affirmation de notre identité européenne et la reconnaissance de chacun.

Il n'y a pas de contradiction entre l'Europe des arts et la révolution numérique, pas de conflit entre la dimension spirituelle et l'impératif du progrès social, pas d'opposition véritable entre la singularité d'une langue à protéger et la nécessité de la traduction, qui, selon Umberto Ecco, est «le langage de l'Europe». Ce sont des forces qui se nourrissent les unes des autres, dont nous pouvons et devons être fiers.

Comment ne pas voir, en outre, que notre attractivité et notre développement économiques sont principalement fondés sur notre capital culturel et artistique, sur notre potentiel d'intelligences, de savoirs, de créativité et d'imagination ? Culture et croissance sont une rime riche de sens et de conséquences concrètes pour le citoyen !

Nous devons placer la question de la culture au cœur même du projet politique européen. C'est le meilleur moyen d'inspirer une confiance populaire qui nous fera définitivement défaut si nous donnons le sentiment de renoncer à l'atout de la civilisation européenne. Ce n'est pas un repli, une fermeture, un recul de nos ambitions. C'est au contraire l'affirmation dynamique que notre diversité est une richesse et que notre unité est un projet et non un nivellement par le bas. La flamme culturelle européenne nous donne les moyens de tendre la main aux autres cultures du monde, de nouer un dialogue fécond en commençant naturellement par la Méditerranée, Mare Nostrum.

Face à l'intégrisme et aux violences, face à l'uniformisation et à la marchandisation excessives de nos sociétés, l'Europe de la culture est notre nouvelle frontière. C'est aussi le respect dû à chacun, à chaque peuple, à son histoire et à son devenir. C'est l'essence même de la démocratie.

Le président de la République a voulu que la France soit en «tenue» européenne pour mettre en lumière les 26 États membres lors de la présidence française. La saison culturelle européenne, qui débute le 1er juillet et qui accueillera partout en France de très nombreuses manifestations artistiques des 26 autres pays, n'est donc pas un divertissement. C'est un projet politique fondateur !

Commencer par la culture, c'est vouloir enrayer la spirale de la peur qui conduit au refus. C'est centrer notre projet politique sur l'essentiel. C'est conjuguer perspective collective et affirmation de soi. C'est placer l'homme au cœur de notre idéal politique et humaniste. C'est faire de l'Europe un modèle envié. C'est agir pour la prospérité et la paix.

Cela créera la dynamique populaire d'un oui à l'Europe, qui est le défi des temps actuels.

Renaud Donnedieu de Vabres

Le Figaro

Repost 0
Published by Renaud Donnedieu de Vabres - dans Culture - loisirs -Médias
commenter cet article