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Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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16 juillet 2010 5 16 /07 /juillet /2010 15:49

 

Un  texte savoureux émanant d'un forum de Liberation.fr, de novembre 2008 sous la signature de "Lucide".  Il  reste actuel et poussera, je crois à la réflexion...



Voici un texte reçu en anglais et provenant d'un professeur américain qui essaye d'expliquer à ses élèves le système des impôts ...

« Les impôts semblent s'expliquer par une logique simple. Mais beaucoup ne la saisissent toujours pas. Comme c'est la saison des taxes, laissez-moi vous expliquer en des termes que tout le monde peut comprendre.

Supposons que tous les jours 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l'addition se monte à 100 $. (Normalement 10 $ chacun).

S'ils payaient la note de la même façon que l'on paye les impôts, cela donnerait à peu près ceci :

Les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne payeraient rien.
Le cinquième payerait 1 $
Le sixième payerait 3 $
Le septième payerait 7 $
Le huitième payerait 12 $
Le neuvième payerait 18 $
Le dernier (le plus riche ?!) devrait payer 59 $.

Ils décidèrent de procéder comme décrit ci-dessus.

Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour ou le tenancier les plaça devant un dilemme :

« Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20$. Vous ne payerez donc vos 10 bières que 80$ »

Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres, (les clients payants), allaient diviser les 20$ de remise de façon équitable ? Ils réalisèrent que 20$ divisé par 6 faisaient 3,33$.

Mais s'ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6 ème homme devraient être payés pour boire leur bière.

Le tenancier du bar suggéra qu'il serait équitable d'appliquer un pourcentage de réduction plus important pour les plus 'pauvres' et de réduire l'addition comme suit:

Alors ?

Le 5° homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien.
Le 6° paya 2 $ au lieu de 3 (33% de réduction)
Le 7° paya 5 $ au lieu de 7 (28% de réduction)
Le 8° paya 9 $ au lieu de 12 (25% de réduction)
Le 9° paya 14 $ au lieu de 18 (22% de réduction)
Le 10° paya 49 $ au lieu de 59 $ (16% de réduction)

Chacun des six « payants » paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement.

Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie :

« J'ai seulement eu 1 $ sur les 20 $ de remise », dit le 6°, il
désigna le 10° « Lui il a eu 10 $ ».

« ouais ! dit le 5°, j'ai seulement eu 1 $ d'économie aussi »

« C'est vrai ! » s'exclama le 7°, « pourquoi aurait-il 10 $ alors que je n'en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction»

« Attendez une minute » cria le 1° homme à l'unisson, « Nous quatre n'avons rien eu du tout, nous. Le système exploite les pauvres »

Les 9 hommes cernèrent le 10° et l'insultèrent.

La nuit suivante le 10° homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d'important : Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition.


Et cela, garçons et filles, journalistes et collègues professeurs est le reflet de notre système d'imposition. Les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d'une réduction de taxe.

Taxez les plus fort, accusez-les d'être riches et ils risquent de ne plus se montrer désormais. En fait ils pourraient commencer à aller boire à l'étranger où l'atmosphère est, comment dire, plus amicale.

Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire.
Pour ceux qui n'ont pas compris, aucune explication n'est possible.

Texte adressé par Lucide, à Libération.fr
Mardi 18 novembre 2008 à 17h39

 

 

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 17:20

 

Répondant à de faux messages de Bayrou et Dupont-Aignan sur le blog de JF Kahn, Elie Arié m’envoie ce qu’il a posté  en se faisant passer pour Nicolas  Sarkozy…C’est du second degré, me précise-t-il…Mais il y a, comme dans toute parodie, beaucoup de vrai… 


 
 « Il me semble que beaucoup d'entre vous font leurs choux gras de mon
caractère, qui est ce qu'il est (quand ce n'est pas sur ma taille...),
et sans doute bien plus ouvert et tolérant que le votre, au lieu de
réfléchir un peu sur la politique.
 
J'ai en effet cherché à désacraliser la fonction présidentielle, qui
conserve chez nous un aspect monarchique inconnu dans les autres pays
développés; je me suis heurté à un degré de conservatisme de l'opinion
française que je ne soupçonnais pas, surtout de la part de ceux qui
n'ont que la Révolution de 1789 à la bouche; il est vrai que ceux qui
aiment couper la tête des Rois ont absolument besoin qu'il y en ait un.
 
C'est me faire trop d'honneur que de me rendre responsable des règles de
l'économie libérale qui régissent le monde depuis vingt ans, et qui
s'imposeront à mon successeur de 2017 (puisque j'ai rendu impossible
l'exercice de trois mandats présidentiels successifs), quel qu'il soit:
croyez-vous que, s'il l'ignorait, le Parti Socialiste aurait eu tant de
mal, depuis tant d'années, à élaborer un projet qui soit à la fois
crédible et fondamentalement différent du mien?
 
J'ai tenté, et continuerai de tenter, d'adapter la société française à
ce qu'il n'est pas en son pouvoir de changer, en essayant de sauvegarder
au mieux ses acquis sociaux; c'est particulièrement vrai pour la
retraite par répartition, et je n'hésite pas à braver l'impopularité, à
deux ans de ma réélection, pour tenter de la sauver malgré ceux qui
prétendent la défendre sans être capables de proposer d'autres solutions
crédibles que de prier pour un retour de la croissance et une
disparition du chômage: mais un Président de la République n'est pas élu
pour prier.
 
Face à une crise économique que personne -absolument personne- n'avait
vu venir, j'ai fait preuve d'assez de pragmatisme pour que les Français
en souffrent bien moins que les autres; que les socialistes demandent
leur avis aux habitants d'autres pays gouvernés par leurs "camarades"
(en Grèce, en Espagne, au Portugal), et ils sauront alors ce qu'est
véritablement un plan de rigueur.
 
Mais j'en ai aussi profité pour tenter d'imposer des règles de
moralisation et de régulation d'un capitalisme devenu fou, et qui ne
peuvent être que mondiales; sans mon action, le G20 n'aurait jamais vu
le jour; et je ferai tout mon possible, lors de ma Présidence de cet
organisme qui est le seul à pouvoir imposer une gouvernance économique
mondiale, pour tenter de faire passer dans les faits ce qui n'est, pour
l'instant, que des intentions; je ne minimise pas la difficulté de la
tâche: le capitalisme mondial est devenu, aujourd'hui, anglo-saxon, et
on voit mal l'intérêt de ce dernier à se priver des moyens de
spéculation qu'il a réussi à imposer;mais je suis là où je suis pour
tenter, et pas pour me résigner.
 
Mais je reste optimiste, et c'est pourquoi non seulement je suis
persuadé de ma réélection, mais aussi du fait que, dans le secret de
l'isoloir, beaucoup de ceux qui passent leur temps à m'invectiver ici
finiront par glisser mon nom dans leur bulletin de vote.
 
Car il y a le monde virtuel, qui peut s'épanouir pleinement sur
Internet, notamment en rêvant d'une "gauche vraiment de gauche" qui
n'arrive nulle part à séduire un nombre suffisant d'électeurs, allez
savoir pourquoi; et le monde réel, qui s'imposera à chacun au moment de
son vote comme il s'impose à moi tous les jours.
 
Rendez-vous en 2012, au soir du deuxième tour, pour venir danser avec moi
à la Bastille; et je suis certain que même Jean-François Kahn viendra
nous éblouir par son art de l'entrechat et de la pirouette."
 
 
N. Sarkozy,  ou plus certainement…Elie Arié

 

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23 mai 2010 7 23 /05 /mai /2010 10:41

 

Par Claude Askolovitch dans le JDD du 22 mai...J'ai modifié le titre, reprenant une expression de Claude Askolovitch dans son article...

 

Au bruit médiatique, on croirait que l’exacte frontière entre l’exploitation de l’homme par l’homme et le socialisme réalisé passe par la retraite à 60 ans.

 

 

Ainsi débat la France, qui choisit ses psychodrames aussi loin que possible des vrais sujets. Chacun se fabrique des Douaumont, et l’on mourra sur place pour la burqa, les 60 ans, les 35 heures ou le bouclier fiscal – et si l’on cède, on publiera un communiqué pour maquiller la reculade en joyeux bourrage de crâne. En réalité, une gauche au pouvoir, par l’allongement des durées de cotisations, viderait les 60 ans pour la majorité des salariés, et tout le monde le sait sans oser le reconnaître. La droite a besoin d’une gauche passive pour se grimer courageuse, la gauche a besoin de se maquiller inflexible pour se prétendre fidèle, et le jeu peut se poursuivre.

 

Cette exception française nourrit des quiproquos. Le dernier concerne Dominique Strauss-Kahn, socialiste global rattrapé par des passions locales auxquelles il prétend - encore - échapper.

Venu défendre la croissance et le FMI et lui-même, au moment où une droite et une gauche gauloises le rhabillent en parangon de l’austérité, DSK a réveillé une autre polémique, en disant simplement ce qu’il pensait, sur la retraite et l’espérance de vie, et le dogme vain des 60 ans, dans un monde où chacun se prépare à travailler plus en gagnant moins.

 

Sans l’avoir prévu, Strauss-Kahn nourrit son étrangeté. Différent des gauches françaises, ou différent même des Français ? C’est un problème pour lui, s’il ne ressemble pas à ceux qui l’attendent. C’est un sujet pour la France également, si elle persiste à raisonner en marge du monde, parce que celui-ci serait injuste.

 

Au cœur des évitements politiques, on retrouve toujours l’idée qu’on ne pourrait pas tout dire au peuple : qu’il faut plus travailler, ou que la rigueur s’impose, ou qu’il faudra bien augmenter les impôts pour maintenir nos protections. C’est ainsi que le verbe nous éloigne des faits. En réalité, ce que proposent les politiques – quelques vertus budgétaires tardives ou artificielles à droite, un rattrapage égalitaire à gauche – sont des amusettes au regard de l’enjeu : comment sauvegarder nos sociétés à l’heure de la crise et du déclin européen? La vertu et l’égalité, désormais, ne peuvent plus être des buts en soi, mais des conditions de la survie: ce qu’il faudra installer pour que la France, et l’Europe, s’adapte au nouveau monde. On est loin de cette prise de conscience.

 

Il y avait, il y a longtemps, un drôle de livre d’un drôle d’écrivain, Ilya Ehrenbourg, Juif russe et francophile, et favori un temps de Staline, qui avait saisi l’insouciance de la France du Front popu, à la veille de la guerre, toute à sa douceur de vivre et ses querelles d’enfants.

 

La Chute de Paris, dans ses premières pages, est comme un mantra tricolore, une tendre malédiction qui revient. Désormais, les guerres sont là, mais on se dispute sur les 60 ans, et l’on persiste à faire semblant.

 

 

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Published by Claude Askolovitch, le JDD - dans Chroniques
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18 avril 2010 7 18 /04 /avril /2010 07:45

 

Un texte de Philippe Val, que m' a adressé  PI de Verneuil, un lecteur de ce blog. Déjà publié le 31 juillet 2008, beaucoup d'entre vous ne l'ont sans doute pas lu, je le publie à nouveau...


paru dans Charlie Hebdo, le 31 août 2005.

La famille de gauche est divisée en deux sous-familles, les traîtres et les crétins. Et le divorce menace. Depuis longtemps. Depuis la création de la SFIO en 1905. Jules Guesde, issu du courant marxiste, a été le premier crétin historique officiel, et Jean Jaurès, le fondateur, le premier traître. Les traîtres et les crétins se sont succédé, combattus, alliés, pendant un siècle. Oui, nous fêtons cette année le centenaire de cette longue scène de ménage à côté de laquelle Qui a peur de Virginia Woolf ? ressemble à La vie en rose.

Jaurès a tout de suite analysé l'origine du ressentiment : l'affaire Dreyfus. Guesde voulait qu'on laissât la bourgeoisie régler ses problèmes toute seule, l'affaire Dreyfus étant une affaire bourgeoise. C'était un crétin. Jaurès s'est engagé dans la défense d'un capitaine juif d'origine bourgeoise. C'était un traître. Jaurès a tout de suite compris que l'entrée du socialiste Millerand dans le gouvernement bourgeois de Waldeck-Rousseau en 1899 n'était qu'un prétexte pour les guesdistes, qui ne digéraient pas les dreyfusistes.

Jusqu'en 1920, bon an mal an, les traîtres et les crétins cohabitèrent au sein de la SFIO. Puis ce fut de nouveau le divorce, et la création du Parti communiste par les crétins qui ne voulaient pas faire le jeu du traître Léon Blum. Blum était traître car il ne croyait pas à la nécessité de la suspension des droits démocratiques pour réussir une révolution bolchevique. Et Marcel Cachin était un crétin qui, après un voyage dans la Russie des soviets, revint convaincu qu'après quatre ans de guerre mondiale une bonne dictature ferait du bien aux survivants.

Dans les années trente, certains crétins entamèrent une nouvelle procédure de divorce, parce que le traître Blum n'était pas assez radical. C'est ainsi que naquit le Parti populaire français du crétin Jacques Doriot, vieux militant socialiste exclu du Parti des traîtres en 1934 pour avoir constitué une aile radicale, une sorte de parti altermondialiste avant la lettre. On le retrouve à Radio Paris pendant la guerre, puis il fonde la Légion des volontaires français, qui va donner un coup de main à l'armée allemande sur le front russe. C'est sous l'uniforme allemand qu'il meurt sous la mitraille alliée en 1945. Après la guerre, pour aller vite, il a fallu toute l'habileté du traître Mitterrand pour réussir à mettre dans sa poche les crétins qui soutenaient Staline. Comme beaucoup de traîtres, Mitterrand était un visionnaire. Il avait deviné que les immenses territoires que l'on appelait le Bloc communiste finiraient par se libérer des crétins qui les opprimaient. A l'époque, historiquement parlant, le crétinisme était déclinant. Et s'allier avec un mouvement en voie d'effondrement ne mangeait pas de pain. En gros, les crétins n'avaient pas tellement le choix. Refuser la main tendue des traîtres, c'était se résoudre à l'impuissance, puis à la disparition. Lorsque, effectivement, le communisme s'effondra, il se produisit une chose que les traîtres n'avaient pas prévue. L'emprise territoriale du communisme disparut en effet, si l'on fait exception de ses résidus mutants que sont les régimes chinois, nord-coréen et cubain, mais, en revanche, le crétinisme survécut.

Mieux encore : tant que le crétinisme régnait en maître de l'autre côté du rideau de fer, les traîtres avaient beau jeu d'utiliser comme repoussoir tous ses échecs : économie en ruine, absence de libertés publiques, répression massive. Le crétinisme en action ne cessait de prouver qu'au fond les traîtres avaient raison. C'est ce qui a fait la fortune de la social-démocratie à partir des années 70. Pour ceux qui n'auraient pas encore compris, la social-démocratie est à la traîtrise ce que la Bible est au monothéisme.

Mais maintenant que le " crétinisme en action " a quasiment disparu et que la mémoire historique et la culture politique sont remplacées par la biographie de Zidane, le " crétinisme en pensée " relève la tête. Maintenant qu'il ne s'applique plus nulle part, l'amnésie générale qu'on essaie de nous vendre à la place du bonheur permet au crétinisme de vanter de nouveau ses propres mérites sans que la réalité vienne le contredire. A part la réalité nord-coréenne et la réalité cubaine. Mais elles sont microscopiques, et leur crétinerie est explicable, non pas par leur idéologie, mais par leur isolement dans un monde majoritairement converti à la traîtrise. Si l'on a oublié ce que l'on doit aux traîtres - les libertés publiques, les congés payés, la réduction du temps de travail, la libéralisation des moeurs, j'en passe et des plus futiles -, on se souvient en revanche avec émotion que les crétins nous ont fait rêver d'un avenir radieux.

Un homme comme Laurent Fabius le sait. Longtemps, il a fait route avec les traîtres. Mais, comprenant que non seulement les crétins ont survécu à l'effondrement du communisme, mais qu'ils en sont sortis impunis et stratégiquement renforcés par le fait que les conséquences de leur crétinisme avaient disparu de l'actualité, lui et ses amis ont admis qu'ils étaient dans l'erreur. Et ils ont eu le courage et l'intelligence de rejoindre le camp des crétins, en passe de redevenir plus nombreux que les traîtres.

Car la démocratie commande, dans un premier temps, de s'allier avec les plus nombreux si l'on veut accéder aux affaires. Même si, ensuite, la démocratie ne sert plus à grand-chose, puisque ce qui définit le crétin, c'est qu'il est comme un poisson qui se croit malin en votant contre l'eau sous prétexte qu'il ne la trouve pas assez claire. Alors que le traître, lui, préfère voter pour des filtres.

Cela dit, en tant que traître, je ne peux pas être objectif. J'ai toujours tendance à voir la paille dans l'oeil du crétin sans voir la poutre dans l'oeil du traître. J'ai d'ailleurs d'excellents amis crétins qui me le font remarquer assez souvent pour que j'en sois ébranlé. Si l'alliance des traîtres triomphants et des crétins déclinants était envisageable à la fin des années 70, et si, effectivement, elle a permis à la gauche d'arriver au pouvoir en 1981, l'histoire ne peut pas se répéter.

Car l'éthique victorieuse des traîtres pouvait se compromettre à peu de frais avec l'éthique en berne des crétins. Aujourd'hui que l'éthique des crétins a repris du poil de la bête puisque, depuis 25 ans, elle n'est plus responsable de rien d'autre que de ses discours démagogiques et que l'éthique des traîtres est plombée par les résultats mitigés des ses passages récents au pouvoir, la situation est l'inverse de celle de 1981. En 81, ce sont les traîtres qui faisaient rêver. Aujourd'hui, ce sont de nouveau les crétins. Or, de mon point de vue de traître, les dangers que les crétins font courir à l'humanité sont sans commune mesure avec ceux dont les traîtres sont porteurs. Car le traître est prudent, alors que le crétin lâche la proie pou l'ombre.

Aujourd'hui, si l'alliance avait lieu entre les traîtres et les crétins, ce serait au bénéfice exclusif des derniers. C'est pourquoi les traîtres n'ont plus aucun intérêt à chercher à digérer une bête devenue plus grosse qu'eux. En admettant qu'une réconciliation finisse par intervenir pour des raisons opportunistes - les prochaines élections générales - et qu'elle permette à la gauche unie de revenir au pouvoir, quelle politique étrangère, par exemple, serait appliquée ? Celle des traîtres, proeuropéens, et pour une paix négociée israélo-palestinienne ? Ou celle des crétins, souverainistes et favorables à une victoire des Palestiniens entraînant à terme la disparition de l'Etat d'Israël ? La France sera-t-elle un partenaire critique de l'Amérique, comme le désirent les traîtres, et radicalement opposée à l'islam politique ? Ou un ennemi de l'empire américain et allié des islamistes, comme le rêvent les crétins ? Quelle politique économique ? Ouverte, et régulée à la fois par des instances internationales et une fiscalité nationale adaptée, comme le veulent les traîtres ? Ou protectionniste et hostile à toute ingérence supranationale, comme le veulent les crétins ?

Dans l'identité même de la gauche, celle des crétins comme celle des traîtres, il y a un problème : comme elle est porteuse d'espoir, elle est condamnée à produire de l'insatisfaction. La gauche des crétins parce qu'elle ment, la gauche des traîtres parce qu'elle déçoit. Sa révolution consisterait à remettre à plat les mots qui la constituent et qui, désormais, ne veulent plus dire la même chose selon qu'ils sont prononcés par les uns ou par les autres. Moyen-Orient, marché, médias, concurrence, Europe, libéralisme, culture, mondialisation, Etats-Unis, élites, antiracisme, droits de l'Homme, démocratie, forment désormais le calamiteux lexique de l'impuissance de la gauche. Cailloux dérisoires que les traîtres et les crétins se balancent à la tête, ils ont quitté le champ du débat qui affine leur sens pour rejoindre la cour de récréation des insultes où ils ne servent plus que de marqueurs entre les bons et les méchants, comme la couleur des maillots des footballeurs permet aux supporters de s'y retrouver pendant le match.

Pendant ce temps-là, les loyers flambent, les chômeurs chôment, les compagnies aériennes low cost transportent les pauvres dans des poubelles, les immigrés brûlent dans les immeubles pourris, la précarité s'érige en système, parce qu'au fond, à droite, les traîtres et les crétins sont d'accord sur l'essentiel.

Mais il y a une question qui reste sans réponse. Ca me tarabuste, et je caresse l'espoir qu'il y aura des lecteurs pour éclairer ma lanterne. Pourquoi et comment, depuis le début de l'histoire, les crétins ont-ils réussi à entretenir l'idée qu'ils étaient plus à gauche que les traîtres ?


Philippe Val
Août 2005

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 22:32

"Billet d'humeur",  d'Henri Allaigre, envoyé à France-Inter, sur celui de Stéphane Guillon à propos d'Eric Besson le 22 mars.
 

Le billet de Stéphane Guillon de lundi matin (22/3) est odieux. Ce n’est plus de l’humour, c’est un flingage à bout portant, avec le pouvoir meurtrier du micro entre les mains. Ce n’est pas s’amuser des travers, c’est salir un homme, ce n’est pas caricaturer, c’est abattre un personnage, diaboliser, condamner, excommunier, exécuter de douze balles dans la peau.

Les faits et personnages évoqués (le nazisme, Hitler) les associations et amalgames proférés sont trop graves pour relever d’une simple chronique détendue et souriante du matin. Tolérer cela est une honte pour une radio du service public.


Une telle approche de la politique est délétère pour le climat du pays et malfaisante pour ses conséquences et retentissements sur l’opinion, attisant l’intolérance et la haine. C’est du Dieudonné à l’envers, mais ça ne vaut pas mieux. Que cet homme, comme Dieudonné, fasse ses spectacles et ait son public, c’est la loi de la démocratie. Mais qu’on lui donne tous les matins une audience nationale avec l’argent du contribuable, c’est insupportable.

En tant que citoyen de ce pays et soucieux de sa dignité, comme de celle de la radio qui l’emploie, je demande la fin du mandat de Stéphane Guillon.


Ma réaction sera-t-il publiée quelque part sur votre antenne ou votre site? Ce ne serait qu’un juste équilibre par rapport
à tous les satisfecits qui y fleurissent.


Avec mes salutations consternées.


Henri Allaigre

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 08:34


Par Philippe Sollers, le JDD du 31 octobre
...


Inquisition


A quoi pense Roman Polanski, dans sa cellule de prison en Suisse? Au ciel, par-dessus le toit, si bleu, si calme. Il a 76 ans, il est très fatigué, il doit faire effort chaque matin, pour se souvenir des raisons de son enfermement, cette sombre histoire d’il y a plus de trente ans avec une jeune fille de 13 ans qui, aujourd’hui, à 45 ans et mère de famille, prie qu’on la laisse tranquille et qu’on abandonne les poursuites contre son séducteur.

Lui, Polanski, a du mal à évoquer la confusion de ce vieil épisode de dérèglement. Avait-il bu? Etait-il drogué? Sans doute, mais enfin il a commis un crime abominable pour lequel ni les Etats-Unis ni la Suisse ne connaissent de prescription. Etait-il le jouet de pulsions démoniaques? C’est possible, comme le prouve son chef-d’œuvre diabolique Rosemary’s Baby. Il s’est moqué du Diable, la vengeance de toutes les sectes sataniques le poursuit.


Ce qui l’étonne le plus (ou pas vraiment), ce sont les flots de condamnations qui l’accablent, sur le Net ou à travers les blogs. Des légions de procureurs indignés ou de mères de famille de province lui font savoir l’horreur qu’il inspire à l’humanité. La Suisse, surtout, se démène au nom de sa pureté sexuelle et bancaire. Va-t-il être extradé? Etre encore en prison jusqu’à 78 ans, ou plus? Un juge américain l’exige, soulignant que la loi doit être la même pour tous.

Pourtant, ce juge vertueux (comme Ernest Pinard faisant condamner, autrefois, Les Fleurs du mal de Baudelaire) ne peut pas s’empêcher de penser sans cesse au forfait monstrueux de Polanski. Il en rêve, il veut avoir sous la main, pour mieux l’observer, ce pervers européen, genre Nabokov avec sa Lolita légendaire. Qu’on boucle enfin ce juif polonais qui a échappé aux nazis! Il a osé réaliser ce dont tout magistrat voudrait, en douce, être capable de faire.


A quoi pense le gentil Frédéric Mitterrand dans la nuit de son ministère de la Culture? Probablement à l’abîme qui sépare les religieux pèlerinages de son oncle à la roche de Solutré et ses propres embardées dans les bordels de Thaïlande. Il s’est ému que l’on fasse soudain payer sa mauvaise vie à un grand cinéaste, il a été imprudent, il n’a pas évalué que l’époque, de droite à gauche, était devenue rigoureusement morale et inquisitoriale. Mais quoi, le président Sarkozy le sauve, pendant que François Mitterrand, dans l’au-delà, fait la moue.


Exécution


Comment ne pas se réjouir du prix Nobel de la paix décerné au souriant Obama? Tout à coup, plus d’attentats à Bagdad, plus de talibans, calme et sérénité au Proche-Orient, ne vous inquiétez pas, c’est en cours. L’ennuyeux, c’est plutôt ce qui se passe dans les prisons américaines, par exemple dans l’Ohio pour l’exécution ratée d’un condamné à mort. Vous savez comment ça se trafique là-bas, après la grandiose chaise électrique. On pique le condamné avec une substance spéciale, il passe ainsi de vie à trépas sous le regard satisfait des autorités et des familles des victimes. Mais ce que raconte aujourd’hui Romell Broom, un Afro-Américain de 53 ans, condamné à mort en 1984 pour l’enlèvement, le viol et le meurtre d’une adolescente, est hallucinant (voir Le Monde du 2 octobre).


Pendant deux heures, les exécuteurs tâtonnent et n’arrivent pas à trouver la veine qu’il faut. "Les infirmiers essayaient simultanément de trouver des veines dans mes bras. La femme essaya trois fois dans mon bras gauche, l’homme trois fois au milieu de mon bras droit." Drôle de crucifixion traînante. Romell hurle, le sang coule, mais ça continue dans les bras et les jambes. "Le maton posa sa main sur mon épaule droite et me conseilla de me relaxer." Il est plein de bonne volonté, Romell, il ne demande qu’à en finir le plus vite possible, il se "relaxe", mais rien à faire, le supplice s’éternise. Finalement, le directeur de la prison, au milieu des hurlements, interrompt le spectacle qui doit reprendre bientôt. Romell conclut son récit sobrement : "Attendre d’être encore exécuté est angoissant."


Moi, je trouve qu’on devrait lui donner le prix Nobel du condamné le plus coopératif, la paix soit avec lui, en somme. Cela dit, la France se grandirait en livrant aux Etats-Unis ses vieilles guillotines remises en état de marche. C’est simple, clair, net, cartésien, profondément humain, sans bavures. Très peu de bruit, pas besoin de se répéter. Vous me direz que les spectateurs auraient l’impression que ça va trop vite. Ah, ces Américains!


Castration


Aurait-on dû, à l’époque, castrer chimiquement Roman Polanski et Frédéric Mitterrand. Non, bien sûr, mais pour les violeurs d’enfants récidivistes, la question se pose. Et pourquoi ne pas prévenir au lieu de guérir? On pourrait procéder, en amont, au repérage des petits garçons à l’air bizarre. Ce serait une vaccination préventive, une pour la grippe, une autre pour les écarts sexuels. On arrivera bien, un jour ou l’autre, à une normalité régulatrice. Un pédophile, castré chimiquement et rééduqué, ferait sans doute un bon enquêteur sur le terrain. Il discernerait les déviants virtuels, les futurs éducateurs tordus, les prêtres au devenir douteux. Préservons ainsi notre belle identité nationale.

Promotion


Eh bien, bravo à Jean Sarkozy. Il a retourné une situation délicate, tout le monde semble l’avoir trouvé émouvant, sincère, bosseur, prometteur. Il est, à 23 ans, un espoir du pays enfin délivré de ses vieilles obsessions égalitaires et républicaines. Son ascension ne fait que commencer, son père est déjà dépassé en intensité. Jean, après la réélection de Nicolas, pourrait être candidat dès 2017. La gauche, on le voit, veut garder ses régions et a perdu tout espoir de prendre Paris et la fonction suprême. Nous vivons, en pleine lumière artificielle, une grande époque de mutation. Que cent Sarkozy s’épanouissent!

Philippe Sollers, le JDD

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Published by Philippe Sollers - dans Chroniques
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24 mai 2009 7 24 /05 /mai /2009 19:28
Un  texte savoureux que je relève dans un forum de Liberation.fr, sous la signature de "Lucide".  Il poussera, je crois à la réflexion... Nouvelle publication...


Voici un texte reçu en anglais et provenant d'un professeur américain qui essaye d'expliquer à ses élèves le système des impôts ...

« Les impôts semblent s'expliquer par une logique simple. Mais beaucoup ne la saisissent toujours pas. Comme c'est la saison des taxes, laissez-moi vous expliquer en des termes que tout le monde peut comprendre.

Supposons que tous les jours 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l'addition se monte à 100 $. (Normalement 10 $ chacun).

S'ils payaient la note de la même façon que l'on paye les impôts, cela donnerait à peu près ceci :

Les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne payeraient rien.
Le cinquième payerait 1 $
Le sixième payerait 3 $
Le septième payerait 7 $
Le huitième payerait 12 $
Le neuvième payerait 18 $
Le dernier (le plus riche ?!) devrait payer 59 $.

Ils décidèrent de procéder comme décrit ci-dessus.

Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour ou le tenancier les plaça devant un dilemme :

« Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20$. Vous ne payerez donc vos 10 bières que 80$ »

Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres, (les clients payants), allaient diviser les 20$ de remise de façon équitable ? Ils réalisèrent que 20$ divisé par 6 faisaient 3,33$.

Mais s'ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6 ème homme devraient être payés pour boire leur bière.

Le tenancier du bar suggéra qu'il serait équitable d'appliquer un pourcentage de réduction plus important pour les plus 'pauvres' et de réduire l'addition comme suit:

Alors ?

Le 5° homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien.
Le 6° paya 2 $ au lieu de 3 (33% de réduction)
Le 7° paya 5 $ au lieu de 7 (28% de réduction)
Le 8° paya 9 $ au lieu de 12 (25% de réduction)
Le 9° paya 14 $ au lieu de 18 (22% de réduction)
Le 10° paya 49 $ au lieu de 59 $ (16% de réduction)

Chacun des six « payants » paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement.

Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie :

« J'ai seulement eu 1 $ sur les 20 $ de remise », dit le 6°, il
désigna le 10° « Lui il a eu 10 $ ».

« ouais ! dit le 5°, j'ai seulement eu 1 $ d'économie aussi »

« C'est vrai ! » s'exclama le 7°, « pourquoi aurait-il 10 $ alors que je n'en ai eu que 2 ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction»

« Attendez une minute » cria le 1° homme à l'unisson, « Nous quatre n'avons rien eu du tout, nous. Le système exploite les pauvres »

Les 9 hommes cernèrent le 10° et l'insultèrent.

La nuit suivante le 10° homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note ils découvrirent quelque chose d'important : Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition.


Et cela, garçons et filles, journalistes et collègues professeurs est le reflet de notre système d'imposition. Les gens qui payent le plus de taxes tirent le plus de bénéfice d'une réduction de taxe.

Taxez les plus fort, accusez-les d'être riches et ils risquent de ne plus se montrer désormais. En fait ils pourraient commencer à aller boire à l'étranger où l'atmosphère est, comment dire, plus amicale.

Pour ceux qui ont compris, aucune explication n’est nécessaire.
Pour ceux qui n'ont pas compris, aucune explication n'est possible.

Texte adressé par Lucide, à Libération.fr
Mardi 18 novembre

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 14:57


Un texte de 2005 de Philippe Val, toujours d'actualité, à l'heure où tant de socialistes découragés, s'en vont voir ailleurs
.


paru dans Charlie Hebdo, le 31 août 2005.

La famille de gauche est divisée en deux sous-familles, les traîtres et les crétins. Et le divorce menace. Depuis longtemps. Depuis la création de la SFIO en 1905. Jules Guesde, issu du courant marxiste, a été le premier crétin historique officiel, et Jean Jaurès, le fondateur, le premier traître. Les traîtres et les crétins se sont succédé, combattus, alliés, pendant un siècle. Oui, nous fêtons cette année le centenaire de cette longue scène de ménage à côté de laquelle Qui a peur de Virginia Woolf ? ressemble à La vie en rose.

Jaurès a tout de suite analysé l'origine du ressentiment : l'affaire Dreyfus. Guesde voulait qu'on laissât la bourgeoisie régler ses problèmes toute seule, l'affaire Dreyfus étant une affaire bourgeoise. C'était un crétin. Jaurès s'est engagé dans la défense d'un capitaine juif d'origine bourgeoise. C'était un traître. Jaurès a tout de suite compris que l'entrée du socialiste Millerand dans le gouvernement bourgeois de Waldeck-Rousseau en 1899 n'était qu'un prétexte pour les guesdistes, qui ne digéraient pas les dreyfusistes.

Jusqu'en 1920, bon an mal an, les traîtres et les crétins cohabitèrent au sein de la SFIO. Puis ce fut de nouveau le divorce, et la création du Parti communiste par les crétins qui ne voulaient pas faire le jeu du traître Léon Blum. Blum était traître car il ne croyait pas à la nécessité de la suspension des droits démocratiques pour réussir une révolution bolchevique. Et Marcel Cachin était un crétin qui, après un voyage dans la Russie des soviets, revint convaincu qu'après quatre ans de guerre mondiale une bonne dictature ferait du bien aux survivants.

Dans les années trente, certains crétins entamèrent une nouvelle procédure de divorce, parce que le traître Blum n'était pas assez radical. C'est ainsi que naquit le Parti populaire français du crétin Jacques Doriot, vieux militant socialiste exclu du Parti des traîtres en 1934 pour avoir constitué une aile radicale, une sorte de parti altermondialiste avant la lettre. On le retrouve à Radio Paris pendant la guerre, puis il fonde la Légion des volontaires français, qui va donner un coup de main à l'armée allemande sur le front russe. C'est sous l'uniforme allemand qu'il meurt sous la mitraille alliée en 1945. Après la guerre, pour aller vite, il a fallu toute l'habileté du traître Mitterrand pour réussir à mettre dans sa poche les crétins qui soutenaient Staline. Comme beaucoup de traîtres, Mitterrand était un visionnaire. Il avait deviné que les immenses territoires que l'on appelait le Bloc communiste finiraient par se libérer des crétins qui les opprimaient. A l'époque, historiquement parlant, le crétinisme était déclinant. Et s'allier avec un mouvement en voie d'effondrement ne mangeait pas de pain. En gros, les crétins n'avaient pas tellement le choix. Refuser la main tendue des traîtres, c'était se résoudre à l'impuissance, puis à la disparition. Lorsque, effectivement, le communisme s'effondra, il se produisit une chose que les traîtres n'avaient pas prévue. L'emprise territoriale du communisme disparut en effet, si l'on fait exception de ses résidus mutants que sont les régimes chinois, nord-coréen et cubain, mais, en revanche, le crétinisme survécut.

Mieux encore : tant que le crétinisme régnait en maître de l'autre côté du rideau de fer, les traîtres avaient beau jeu d'utiliser comme repoussoir tous ses échecs : économie en ruine, absence de libertés publiques, répression massive. Le crétinisme en action ne cessait de prouver qu'au fond les traîtres avaient raison. C'est ce qui a fait la fortune de la social-démocratie à partir des années 70. Pour ceux qui n'auraient pas encore compris, la social-démocratie est à la traîtrise ce que la Bible est au monothéisme.

Mais maintenant que le " crétinisme en action " a quasiment disparu et que la mémoire historique et la culture politique sont remplacées par la biographie de Zidane, le " crétinisme en pensée " relève la tête. Maintenant qu'il ne s'applique plus nulle part, l'amnésie générale qu'on essaie de nous vendre à la place du bonheur permet au crétinisme de vanter de nouveau ses propres mérites sans que la réalité vienne le contredire. A part la réalité nord-coréenne et la réalité cubaine. Mais elles sont microscopiques, et leur crétinerie est explicable, non pas par leur idéologie, mais par leur isolement dans un monde majoritairement converti à la traîtrise. Si l'on a oublié ce que l'on doit aux traîtres - les libertés publiques, les congés payés, la réduction du temps de travail, la libéralisation des moeurs, j'en passe et des plus futiles -, on se souvient en revanche avec émotion que les crétins nous ont fait rêver d'un avenir radieux.

Un homme comme Laurent Fabius le sait. Longtemps, il a fait route avec les traîtres. Mais, comprenant que non seulement les crétins ont survécu à l'effondrement du communisme, mais qu'ils en sont sortis impunis et stratégiquement renforcés par le fait que les conséquences de leur crétinisme avaient disparu de l'actualité, lui et ses amis ont admis qu'ils étaient dans l'erreur. Et ils ont eu le courage et l'intelligence de rejoindre le camp des crétins, en passe de redevenir plus nombreux que les traîtres.

Car la démocratie commande, dans un premier temps, de s'allier avec les plus nombreux si l'on veut accéder aux affaires. Même si, ensuite, la démocratie ne sert plus à grand-chose, puisque ce qui définit le crétin, c'est qu'il est comme un poisson qui se croit malin en votant contre l'eau sous prétexte qu'il ne la trouve pas assez claire. Alors que le traître, lui, préfère voter pour des filtres.

Cela dit, en tant que traître, je ne peux pas être objectif. J'ai toujours tendance à voir la paille dans l'oeil du crétin sans voir la poutre dans l'oeil du traître. J'ai d'ailleurs d'excellents amis crétins qui me le font remarquer assez souvent pour que j'en sois ébranlé. Si l'alliance des traîtres triomphants et des crétins déclinants était envisageable à la fin des années 70, et si, effectivement, elle a permis à la gauche d'arriver au pouvoir en 1981, l'histoire ne peut pas se répéter.

Car l'éthique victorieuse des traîtres pouvait se compromettre à peu de frais avec l'éthique en berne des crétins. Aujourd'hui que l'éthique des crétins a repris du poil de la bête puisque, depuis 25 ans, elle n'est plus responsable de rien d'autre que de ses discours démagogiques et que l'éthique des traîtres est plombée par les résultats mitigés des ses passages récents au pouvoir, la situation est l'inverse de celle de 1981. En 81, ce sont les traîtres qui faisaient rêver. Aujourd'hui, ce sont de nouveau les crétins. Or, de mon point de vue de traître, les dangers que les crétins font courir à l'humanité sont sans commune mesure avec ceux dont les traîtres sont porteurs. Car le traître est prudent, alors que le crétin lâche la proie pou l'ombre.

Aujourd'hui, si l'alliance avait lieu entre les traîtres et les crétins, ce serait au bénéfice exclusif des derniers. C'est pourquoi les traîtres n'ont plus aucun intérêt à chercher à digérer une bête devenue plus grosse qu'eux. En admettant qu'une réconciliation finisse par intervenir pour des raisons opportunistes - les prochaines élections générales - et qu'elle permette à la gauche unie de revenir au pouvoir, quelle politique étrangère, par exemple, serait appliquée ? Celle des traîtres, proeuropéens, et pour une paix négociée israélo-palestinienne ? Ou celle des crétins, souverainistes et favorables à une victoire des Palestiniens entraînant à terme la disparition de l'Etat d'Israël ? La France sera-t-elle un partenaire critique de l'Amérique, comme le désirent les traîtres, et radicalement opposée à l'islam politique ? Ou un ennemi de l'empire américain et allié des islamistes, comme le rêvent les crétins ? Quelle politique économique ? Ouverte, et régulée à la fois par des instances internationales et une fiscalité nationale adaptée, comme le veulent les traîtres ? Ou protectionniste et hostile à toute ingérence supranationale, comme le veulent les crétins ?

Dans l'identité même de la gauche, celle des crétins comme celle des traîtres, il y a un problème : comme elle est porteuse d'espoir, elle est condamnée à produire de l'insatisfaction. La gauche des crétins parce qu'elle ment, la gauche des traîtres parce qu'elle déçoit. Sa révolution consisterait à remettre à plat les mots qui la constituent et qui, désormais, ne veulent plus dire la même chose selon qu'ils sont prononcés par les uns ou par les autres. Moyen-Orient, marché, médias, concurrence, Europe, libéralisme, culture, mondialisation, Etats-Unis, élites, antiracisme, droits de l'Homme, démocratie, forment désormais le calamiteux lexique de l'impuissance de la gauche. Cailloux dérisoires que les traîtres et les crétins se balancent à la tête, ils ont quitté le champ du débat qui affine leur sens pour rejoindre la cour de récréation des insultes où ils ne servent plus que de marqueurs entre les bons et les méchants, comme la couleur des maillots des footballeurs permet aux supporters de s'y retrouver pendant le match.

Pendant ce temps-là, les loyers flambent, les chômeurs chôment, les compagnies aériennes low cost transportent les pauvres dans des poubelles, les immigrés brûlent dans les immeubles pourris, la précarité s'érige en système, parce qu'au fond, à droite, les traîtres et les crétins sont d'accord sur l'essentiel.

Mais il y a une question qui reste sans réponse. Ca me tarabuste, et je caresse l'espoir qu'il y aura des lecteurs pour éclairer ma lanterne. Pourquoi et comment, depuis le début de l'histoire, les crétins ont-ils réussi à entretenir l'idée qu'ils étaient plus à gauche que les traîtres ?


Philippe Val
Août 2005 ..
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 17:35

Par Jean-Louis Caccomo
...


Je ne sais pas si vous avez vu au cinéma « Truman Show » mais, si ce n’est pas le cas, faites-le - ne serait-ce que pour savourer la prestation de Jim Carrey - et vous me comprendrez mieux. Je reçois de nombreux commentaires qui convergent vers un même sentiment d’angoisse : le monde dans lequel nous avons vécu est en train de s’effondrer.

 

Il est dans la nature des choses de bouger. Je ne veux pas faire état de mes problèmes personnels car tel n’est pas le but de ma chronique même si l'écriture m'aide à franchir des caps. Mais comme le héros malheureux du Truman Show, la période que je vis en ce moment me donne le sentiment de découvrir enfin la réalité après avoir vécu dans un décor artificiel, entouré d’intrigues, de simulacres et de mensonges. A 45 ans, je me réveille à la vie, je sors d’un coma artificiel prolongé. Mieux vaut tard que jamais…

Il est dans la nature des choses de changer. Mais notre pays n’est-il pas le héros malheureux du même scénario diabolique ? La France a cru pouvoir vivre dans une bulle qui la protégerait du monde extérieur, comme si le danger venait nécessairement de l’extérieur. La France a cru vivre dans une bulle qui la protégerait du changement : on pensait maintenir nos habitudes et nos acquis, sans rien lâcher en échange, en demandant toujours plus aux autres mais en donnant toujours moins de nous-mêmes.

 

Et l’Etat, dans sa grande bienveillance et dans son absolue omniscience (ce qui est une double illusion), serait l’arbitre ultime de nos revendications corporatistes en tout genre, comme si l’Etat pouvait exister en dehors de nous-mêmes.

Mais, plus les français demandaient des moyens à l’Etat, plus l'Etat lâchait et plus les français s’appauvrissaient. Et, en plus, ils ne comprennent pas pourquoi puisque les gouvernants camouflent tous les mécanismes de prélèvements dans une complexité administrative dont ils perdent eux-mêmes le contrôle. C’est parce que nous nous sommes enfermés depuis les années 70 dans une pratique systématique de la relance sur fond de redistribution collective des revenus, que les gouvernements successifs de la France ont compromis gravement le potentiel de croissance du pays. Et dans la pénurie, les appétits s’aiguisent.


Quand les passagers prennent conscience que le Titanic coule vraiment, ils sont alors prêts à s’étriper pour avoir une place dans les embarcations de sauvetage.

 

Un individu ne peut pas vivre indéfiniment dans une illusion de vérité. Sinon, il se condamne à être toujours triste et malheureux, sentant bien qu’il vit au milieu de marionnettes. Mais une Nation ne peut pas indéfiniment se mentir à elle-même sauf à se condamner à l’effondrement.

 

Jean-Louis Caccomo

http://caccomo.blogspot.com/

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25 novembre 2008 2 25 /11 /novembre /2008 09:12

Suite à sa « supplique à Madame Lagarde », article plein d’humour (publié sur ce blog le 17 octobre)  émanant d’un soi disant « trader », ou "spéculateur en ligne",   notre ami Gilbert Veyret, toujours sous l’apparence du cynique « trader »,  feint de s’adresser aujourd’hui au Parti socialiste…

 

 

 

Madame Lagarde n'ayant pas daigné répondre à ma récente supplique j'ai dû m'adresser au PS pour le remercier de sa discrétion à l'égard de la crise économique... Mais chacun sait que l'humour n'est que l'ironie du désespoir!

 

 

A l’attention des dirigeants socialistes.

(Leurs noms étant encore incertains, nous avons choisi cette lettre ouverte, en vous laissant le soin d’en tirer les photocopies, pour qui de droit.)

 

Les diverses catégories de spéculateurs, que je représente, ont été particulièrement sensibles à votre grande discrétion à notre égard, lors de votre récent Congrès de Reims.

Nous aurions pu craindre que votre dénonciation de notre accaparement croissant des rouages économiques jusqu’à la catastrophe financière actuelle, s’ajoute aux clameurs de la plupart des dirigeants politiques et de la société civile. Il n’en a rien été. Les dénonciations rituelles du capitalisme qui composent l’ordinaire de vos congrès  étouffent les voix plus discrètes de ceux qui  se contenteraient, dans un premier temps, d’en corriger les excès, les injustices et l’imprévoyance. La formulation de ces derniers est certes plus complexe et ne permet pas beaucoup d’effets de tribune. Olivier Besancenot, les survivants communistes et quelques socialistes archaïques sont à cet égard nos alliés objectifs. Ils servent de repoussoir efficace à toute tentative d’amender ou moraliser un capitalisme financier qui mine peut-être nos sociétés mais nous a permis d’en tirer des profits substantiels, du moins jusqu’à une date récente. Nous nous accommodons très bien de cette tradition bien française qui amène régulièrement à s’enfermer dans la citadelle de Sedan ou la ligne Maginot pour arrêter des divisions blindées ou à se réfugier derrière une vulgate marxiste désuète pour se protéger des méfaits d’un capitalisme de spéculation. Nous aurions été gênés si les analyses fouillées et lucides d’un Dominique Strauss- Kahn ou Didier Migaud avaient pu être développées à votre Congrès. Nous serions très embêtés si leurs préconisations étaient suivies d’effets alors que les philippiques de Mélenchon nous font plutôt sourire.

Mais vous n’avez même pas eu le temps d’ouvrir ce débat rituel entre réformistes et révolutionnaires à Reims. Vous y aviez des préoccupations plus importantes. Je ne veux pas me mêler de vos problèmes internes, aussi je me contenterai de vous remercier pour votre discrétion  et de ne pas vous être alliés à la curée qui voudrait nous faire rendre gorge au moment où nous allons si mal.

Madame Lagarde n’a pas daigné répondre à notre supplique la priant de ne plus s’occuper de nous, autrement que pour nous subventionner. Pire, c’est le Président de la République qui dans ses discours de Toulon ou au G20 a persisté à nous pourfendre. Je pense qu’aucune de vos motions  du Congrès de Reims n’aurait osé employer des termes aussi désobligeants à notre encontre ou  réclamer des solutions aussi socialistes que la quasi nationalisation du crédit, comme le fait  Gordon Brown  en Grande Bretagne.

Vous êtes beaucoup plus raisonnables ; c’est d’ailleurs pourquoi vous êtes aussi durablement dans l’opposition. Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à préconiser un « capitalisme d’entrepreneurs » Vous imaginez toute la régression que cela représente. Le retour aux cheminées qui fument, aux ouvriers, les mains dans la graisse, se plaignant de leurs conditions de travail, alors que nous avions su  remplacer tout cela par des golden boys très bien payés, travaillant sur des ordinateurs, dans des bureaux climatisés. Ils sont certes encore très minoritaires, mais quel exemple, au même titre que les footballeurs professionnels et les stars du show business, pour ce qui reste de populations laborieuses ! 

Vous n’aimez pas trop les sociaux démocrates, du moins dans vos discours.  Nous non plus ! Ils ont souvent fait l’effort de comprendre les mécanismes complexes de nos économies châteaux de cartes. Aussi trouvent-ils plus facilement à inventer des mécanismes régulateurs qui pourraient nous gêner beaucoup.  Par chance ils sont trop faibles et divisés, dans la plupart des pays pour nous contrer efficacement. Vous êtes opposés au capitalisme Rhénan.  Nous aussi !  Il repose sur un contrat social, voire une cogestion  qui nécessite une forte implication de syndicats puissants. Vous les redoutez parce que vous ne croyez pas aux acquis sociaux issus de la négociation.  Vous ne croyez qu’en l’efficacité réformatrice de la loi, même si vous savez bien que chaque nouvelle législature détricote les lois élaborées par la majorité précédente, aboutissant à un écheveau inextricable. Nous avons, nous aussi, une préférence marquée pour la loi quand nous pouvons l’influencer  ou nous en évader dans quelques paradis fiscaux.  Nous ne sommes pas dépourvus de capacités en matière de lobbying. Dois-je vous rappeler que les principales mesures de libéralisation, aboutissant à l’abolition de quasiment toute contrainte réglementaire sur les spéculations les plus hasardeuses, ont été obtenues de majorités socialistes.

 Nous avons évidemment d’autres raisons de nous méfier d’un rapport de force qui serait plus favorable aux syndicats. Comment aurions-nous pu déplacer environ 5 points de revenu national, vers les revenus du capital, en une dizaine d’années, si des syndicats puissants, au niveau européen, relayés par des forces politiques de gauche un peu plus lucides  avaient su l’empêcher ?

Mais je ne voudrais pas abuser de votre temps, je sais que vous avez des préoccupations plus fondamentales et plus urgentes que la crise économique actuelle. Elle durera bien assez longtemps pour que votre parti l’inscrive à son ordre du jour, après la mise en place de ses instances dirigeantes.

Mais je ne suis pas sûr que vos électeurs s’intéressent encore à ce que vous  leur direz quand vous aurez fini de débattre du choix de vos dirigeants, alors qu’ils se débattent  quotidiennement dans les difficultés d’une crise autrement plus sérieuse que la vôtre.

 

Gilbert Veyret

 

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