Europe

Jeudi 12 novembre 2009


Débat  Bockel - Bourlanges
animé par Patrice de Meritens, Le Figaro magazine, du 06 11

« Je plaide pour une présidence forte », dit Jean- Marie Bockel. « Blair au Conseil en même temps que Barroso à la Commission, ce serait un lapsus historique », lui répond Jean-Louis Bourlanges.


L
e Figaro Magazine - Vous avez envisagé avec intérêt la possible candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen. Il n'en est quasiment plus question aujourd'hui. Comment percevez-vous ce retournement de situation ?


Jean-Marie Bockel
- Ce n'est pas en qualité de membre du gouvernement que je m'exprimerai sur ce sujet, mais en tant que président de la Gauche moderne, parti d'ouverture au sein de la majorité. Cela étant clairement précisé, mon blairisme ancien me donne en effet beaucoup de sympathie pour une candi dature dont j'ai compris qu'elle n'est plus guère d'actualité. Sans doute Blair a-t-il quelques handicaps : son engagement en faveur de la guerre en Irak en 2003 ou son libéralisme post-thatchérien, mais il a aussi été le plus européen des Britanniques, par exemple en ne commettant pas l'erreur d'un référendum sur l'euro, qu'il aurait perdu. Au-delà de sa personnalité se pose la question de la qualité même de la présidence de l'Europe.
Quatre fonctions doivent trouver leur équilibre : la présidence du Conseil, la présidence tournante des chefs d'Etat ou de gouvernement, la nouvelle fonction de haut-représentant pour les Affaires étrangères et la présidence de la Commission. C'est pourquoi je continue à plaider pour une présidence forte qui servirait de repère, de point de rassemblement pour une Europe en devenir, confrontée à la crise et aux enjeux mondiaux. Tony Blair, à l'évidence, l'aurait bien incarnée...


Jean-Louis Bourlanges
- Il a pour qualité fondamentale d'être un véritable homme du centre, conciliant la confiance dans l'économie de marché et un souci de correction sociale. Il est doté d'un immense talent : au Parlement européen où l'on avait applaudi Jean-Claude Juncker dans une dénonciation assez vive du comportement britannique, je l'ai vu retourner l'hémicycle et partir lui-même sous les ovations. Mais imaginez-le à la présidence du Conseil avec Barroso à la Commission, deux personnalités qui ont voté pour la guerre d'Irak alors que les Etats-Unis ont élu un Président qui a voté contre. Un tel lapsus historique serait assez préoccupant...

Blair représente un pays qui a fait le choix systématique de la dérégulation, notamment en matière financière, modèle qui a pris du plomb dans l'aile avec la crise. Le Royaume-Uni a, par ailleurs, systématiquement choisi ce que l'on appelle dans le jargon communautaire des opting out. Il n'accepte ni Schengen, ni la monnaie unique, ni la charte des droits fondamentaux, tout en manifestant une très grande capacité à occuper des positions de pouvoir à Bruxelles.

Ce n'est cependant pas pour toutes ces bonnes raisons que les 27 s'apprêtent à refuser Blair, mais parce qu'il a une personnalité trop brillante, trop forte. On aura donc des profils moins ambitieux et beaucoup moins ciselés. Imaginez que lors de la crise du Caucase nous ayons eu un président du Conseil parallèlement à Nicolas Sarkozy. Qui aurait représenté l'Europe ? Contrairement à une idée reçue, le traité de Lisbonne ne simplifie pas la donne, il la complique. Le poste important me semble en fait être celui de haut-représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, le président du Conseil européen risquant de n'avoir d'autre pouvoir que celui d'« ouvrir la séance et de la fermer ».


-Marie Bockel
- Cela me rappelle la célèbre phrase de Kissinger : «Quand je prends mon téléphone pour appeler l'Europe, qui ai-je au bout du fil ?»


Jean-Louis Bourlanges
- En fait, on lui offre un standard téléphonique...


Jean-Marie Bockel
- Face aux enjeux planétaires comme Copenhague en décembre prochain, et l'après-Copenhague, la ligne de téléphone unique est importante. A côté d'un président que j'espère fort, il est bon également que le haut-représentant pour les Affaires étrangères soit un ou une socialiste, comme cela se discute actuellement. Que la gauche européenne - que je considère comme moderne, à l'exception de la française - puisse se retrouver avec un ministre constituerait un utile complément à la réussite de cette démarche. L'image de la triangulation restera d'actualité. Blair l'a incarnée en son temps, de même que Clinton.
On n'est pas d'abord libéral ou social-libéral, mais issu d'une réalité nationale face à un monde en pleine mutation. Les réponses aux enjeux planétaires existent aussi ailleurs, chez ceux qui pensent différemment. Ces allers-retours idéologiques pour constituer une pensée en actions, Blair les a opérés en Grande-Breta gne, tout comme Nicolas Sarkozy en France, avec l'ouverture. Mais c'est un autre sujet...


Jean-Louis Bourlanges
- Un mot sur Jean-Claude Juncker dont la candidature, comme celle de Blair, semble de moins en moins à l'ordre du jour : la quali té fondamentale d'un Luxembourgeois est d'être en stéréophonie franco-allemande, de comprendre les deux cultures. Dans ce cas d'espèce, Juncker est en mauvais termes avec Nicolas Sarkozy et très critique vis-à-vis d'Angela Merkel. Il y a donc un problème.


Jean-Marie Bockel
- L'Europe d'aujourd'hui ne se fera pas sur la seule relation franco-allemande, comme j'ai pu le penser à une certaine époque, mais elle ne progressera pas non plus sans ce lien essentiel.


Jean-Louis Bourlanges
- Ce sont toujours les Français et les Allemands qui donnent le la. «Si l'on a fait l'euro, raconte Jean-Claude Trichet, c'est parce que les Allemands et les Français ont affirmé que s'il devait n'en rester que deux, ils seraient ces deux-là.» La monnaie franco-allemande apparaissant incontournable, tout le monde s'est écrié comme dans la chanson de Jacques Dutronc : «Et moi ! Et moi ! Et moi !» Or actuellement je sens mal l'articulation entre la construction européenne et le franco-allemand. La France pratique une politique budgétaire plus laxiste que l'Allemagne, même si cette dernière semble relâcher un peu les cordons de la bourse, en dépit de la modification de sa loi fondamentale proscrivant les déficits budgétaires à l'horizon de 2016 et 2020.


Jean-Marie Bockel
- Ne s'agit-il pas tout simplement d'un décalage dans le temps ? Au moment où la crise est arrivée, nous enregistrions un certain retard par rapport au déficit, à la modernisation du pays, au soutien industriel, c'est pourquoi il y eut quelques désaccords sur le plan de relance entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans la première période. Par la suite, la crise s'approfondissant, la position allemande s'est rapprochée des intuitions françaises. La France ne résiste pas trop mal, que ce soit pour l'amortisseur social ou en matière de chômage. J'observe donc aujourd'hui plus de convergences que de divergences entre nos deux pays.


Jean-Louis Bourlanges
- Reste que les Alle mands peuvent se permettre de faire 24 mil liards de réductions d'impôt, parce qu'ils sont dans une situation de déficit structurel très sensiblement moindre que la nôtre. Nous, nous sommes adossés à un quart de siècle de politique budgé taire laxiste, et à la relance à con tretemps du plan Tepa.


Le Figaro Magazine - Est-ce l'axe franco-allemand qui déterminera la présidence européenne ?

Jean-Marie Bockel - Le moteur franco-allemand pouvant malgré tout amener à des impasses psychologiques, il nous faut plusieurs fers au feu en comptant avec le partenaire britannique. Le président français ne perd pas de vue cet aspect, et les Allemands le savent...


Jean-Louis Bourlanges
- Sans doute, mais il ne faut pas non plus se dissimuler que le très relatif dynamisme franco-allemand risque désormais de se heurter à un regain d'inertie britannique, relayée par un certain nombre d'eurosceptiques au sein de l'Union. Les Français et les Allemands détiennent un pouvoir essentiel à condition de s'avancer tous feux éteints, sans mettre les autres devant le fait accompli. La bonne technique était celle de Delors. Lorsqu'il voulait faire passer quelque chose, il téléphonait à Kohl et à Mitterrand. Quand il sentait que cela marchait, il allait voir les Belges et les Luxembourgeois, puis se taisait. Un Belge, un Luxembourgeois ou un Néerlandais reprenait la proposition à son compte, et tout le monde s'y agrégeait !

Par Débat, Bockel Bourlanges, Le Figaro magazine - Voir les 1 commentaires
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Samedi 7 novembre 2009

Claude Imbert
, Le Point, 5 11 09
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Est-ce l’angoisse pour le sort de la planète ?
Est-ce l’ignorance d’une époque évaporée ? On dirait que les grands moments de notre destin perdent de leur couleur et défilent comme des gares désaffectées devant le TGV de la mémoire nationale. Deux exceptions, pourtant : la chute du mur de Berlin et l’attentat islamiste contre les tours de New York. Ici, stop !

Dans la chute, il y a vingt ans, du mur de Berlin, d’aucuns virent même un terminus, une « fin de l’Histoire ». Et, dans l’agonie du communisme, une humanité ralliée à l’économie de marché et, avec elle, au processus démocratique.
On a quitté cette espérance. Si la chute du Mur marque bien, de son fort symbolisme, la fin d’un cycle historique, elle n’annonce nullement l’apaisement de l’humanité. Le 11 Septembre aura sonné, le premier, le glas de cette illusion : après le communisme, l’islamisme militant entretient un refus radical du modèle occidental. Et la contestation fera des émules, au-delà même de l’Islam.


L’Histoire devient légende.
La chute du Mur exalte l’explosion de la liberté chez des peuples opprimés que le Mur enfermait. Elle enterre le système communiste, geôlier de ce « paradis ». Avec cette imagerie de foules en liesse, c’est, je crois, la bonne vision. Même si les foules ne furent pas seules à l’ouvrage. Car la rébellion des pays sous tutelle n’était pas la première. Et si, en novembre 1989, leur élan ne put être bridé, c’est que l’Empire rouge était malade. Et, à Moscou, la machine soviétique détraquée par la « guerre des étoiles » de Reagan, par l’asphyxie de l’économie, par la grogne des peuples liges. La volonté de « réforme » naufragera l’arche soviétique. Elle avait, avec Gorbatchev, installé, pour se sauver, un « réformateur ».
Mais ce « réformateur », débordé par l’échec, deviendra un syndic de faillite. Et c’est bien, pour finir, le réveil des peuples soumis qui affichera la faillite dans la rue.

Personne ou presque, tant à l’Ouest qu’à l’Est, n’avait prévu son imminence. Quand en 1985, sous Tchernenko, un cacique soviétique me confia en privé le projet réformateur, né des lucidités d’Andropov et du KGB, je restai sceptique. Sous Gorbatchev, en revanche, je crus l’avalanche déclenchée : la « réforme » ferait sauter le verrouillage d’un système totalitaire.

Quant à la conviction de Bush père, de Thatcher, et, à les entendre, de Mitterrand, elle était que le régime soviétique, avec ou sans Gorbatchev, rétablirait par la force sa « normalisation ». Tous voyaient encore le communisme comme un « voyage sans retour ».

Mitterrand, concédant qu’un jour peut-être - mais lointain - l’Allemagne tenterait de se réunifier, fut d’abord inquiet du « déboulé » de ces malheureux qui, via la Hongrie, fuyaient le communisme et votaient pour la liberté avec leurs pieds. Inquiet de voir l’Histoire tripoter sans façons l’avenir allemand. D’où ce « ratage » français pour accompagner Kohl dans la célébration, et ce brouillard de cachotteries réciproques qui auront un peu, pour nous, gâté la fête.
En fait, Mitterrand - qui me reçut en tête-à-tête à la veille de son voyage fâcheux dans un Berlin-Est déjà décomposé - me parut moins conscient de l’irrésistible poussée des peuples qu’attentif aux risques du grand chambardement européen. Et donc soucieux de ménager un Gorbatchev qu’il croyait, à tort, encore maître de la situation. Un Soviétique présent aux entretiens de Mitterrand à Kiev me dira plus tard : « Il n’avait pas saisi l’ampleur de notre débandade... »

Qu’importe, aujourd’hui, puisque Mitterrand, remisant bon gré mal gré sa crainte d’un colosse allemand dominateur, n’abandonna ses réticences premières contre l’unité allemande que pour négocier utilement avec Kohl l’extinction du mark au profit de l’euro. Ainsi rétablit-il, avec Berlin, un climat franco-allemand troublé à Bonn. L’Europe, pour finir, y gagnera.


Si l’on croit aux leçons de l’Histoire,
on retiendra que les lames de fond populaires restent, sinon imprévisibles, du moins imprévues dans l’anarchie de leur déferlement. Dans l’aléatoire de la boule de neige jusqu’à l’avalanche. Les Etats et leurs dirigeants en sont tétanisés. Les « experts » et nos « intellectuels » aussi. Ils caressent le peuple mais craignent ses colères.

On retiendra ensuite que la comparaison des détresses de l’Est avec, de l’autre côté du Mur, les délices d’une consommation festive, exaltée par des télés passe-partout, fut déterminante pour accroître le sentiment d’enfermement des peuples opprimés. On notera que les peuples qui avaient, avant la guerre, goûté à la liberté - Tchécoslovaquie, Pologne... - furent les plus vifs à secouer le carcan que Yalta leur avait imposé. Et l’on méditera la longue accoutumance du peuple est-allemand à sa servitude...


L’Europe d’après la guerre froide est aujourd’hui moins fringante qu’espéré. A l’Est, on y fait encore un peu bande à part. Mais enfin, l’Europe est libre. Pour elle, et pour le monde, le Mur murait la liberté : sa chute embellit la légende d’un siècle féroce.

Claude Imbert, Le Point

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Lundi 3 août 2009


L'analyse de Pierre Rousselin, du 20 07, directeur adjoint de la rédaction du Figaro.
 

Tony Blair ferait un bon président de l'Union européenne. Il serait, assurément, plus efficace à ce poste qu'il ne l'est depuis qu'il est censé s'occuper du Moyen-Orient en tant que représentant spécial du Quartette. Un mandat de deux ans et demi renouvelable, un titre ronflant de «président de l'Europe» pour des attributions qui restent à définir : cela conviendrait très bien à Tony Blair.

Gordon Brown, dont la rivalité avec l'ancien premier ministre est légendaire, vient de lancer la campagne en faveur de sa candidature au nouveau poste qui découle du traité de Lisbonne, traité dont on ne sait pas encore s'il entrera un jour en vigueur.


On peut se demander pourquoi Gordon Brown ressent une telle urgence. Est-ce pour être sûr que l'idée n'aboutisse pas ? L'expérience des nominations européennes, notamment à la Commission, montre que les candidatures parties de loin ont du mal à tenir la distance. Elles soulèvent des oppositions qui ont tout le temps de s'organiser et se font souvent coiffer au poteau par des personnalités moins tranchées. C'est ainsi que José Manuel Barroso s'était imposé, il y a cinq ans, aux dépens de Guy Verhofstadt, Londres ayant, à l'époque, réussi à bloquer le choix initial de Paris et de Berlin.


Dans le cas présent, la décision ne sera prise qu'après le référendum irlandais sur le traité de Lisbonne - et à condition que la réponse soit positive - lors du Conseil européen de la fin octobre. Encore faudra-t-il obtenir le paraphe des présidents tchèque et polonais. À ce propos, la perspective de voir un atlantiste comme Blair à la tête de l'Europe devrait encourager Vaclav Klaus et Lech Kaczynski à surmonter leur allergie au traité de Lisbonne. Du moins faut-il l'espérer.


Sinon, c'est la catastrophe annoncée. Compte tenu des déboires de Gordon Brown, tout indique que le conservateur eurosceptique David Cameron entrera au 10 Downing Street l'année prochaine. Le chef des Tories a promis un référendum - par définition négatif - sur le traité de Lisbonne, si celui-ci n'est pas ratifié avant son arrivée au pouvoir.

Quoi qu'il en soit et compte tenu de l'alternance annoncée au Royaume-Uni, avoir un Britannique présentable à la tête de l'Union européenne permettrait de limiter les dégâts. Cet argument n'existait pas lorsque Nicolas Sarkozy avait été le premier à suggérer que Blair pourrait être un bon président de l'Union européenne. Gordon Brown paraissait alors assuré de suivre les traces de son prédécesseur.


Tony Blair a souvent été présenté comme le Britannique le plus proeuropéen. Pourtant, en dix ans, il n'a pu mettre son pays «au cœur de l'Europe» comme il l'avait promis, ou faire adopter l'euro aux Britanniques. Sera-t-il en mesure de les réconcilier avec la bureaucratie bruxelloise ? On peut en douter. Mais l'épouvantail que représente Cameron peut lui servir, dans la mesure où la perspective d'une Grande-Bretagne europhobe obsède, en ce moment, les chancelleries européennes.


D'autres possibilités existent. Avec le départ de Javier Solana, l'hypothèse Felipe Gonzalez gagne en crédibilité. Comme Tony Blair, l'ancien président du gouvernement espagnol, artisan de la transition démocratique dans son pays, est indiscutablement une personnalité de premier plan, de celles qui, si elles le souhaitent, peuvent donner à l'Europe un visage et une voix reconnus tout autour de la planète.

Le choix du président de l'Union se fera dans le cadre d'un marchandage global comprenant aussi les têtes d'affiche de la Commission. Le nouveau poste de vice-président, chargé de la diplomatie européenne, sera aussi très convoité. Il faudra respecter le dosage habituel entre représentants des grands et des petits pays, du Nord et du Sud, de la gauche et de la droite. Au cours des prochains mois, les spéculations ne vont pas manquer.

Pierre Rousselin
Le Figaro

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Dimanche 21 juin 2009

Claude Imbert, Le Point du 11 06 09
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La Nation, l'Europe, l'Alliance atlantique, la planète, où donc donner de la tête ?
Dans l'emboîtement de nos appartenances, l'Europe aura fait dimanche pâle figure. La Nation, en coucou d'un scrutin européen, aura réglé des comptes politiques très hexagonaux. Obama, sur nos plages normandes, a rappelé aux oublieux que notre sécurité reste atlantique. Et le déferlement du film « Home » aura conforté l'angoisse planétaire. Au bal des symboles, l'Europe ne fut que pauvre Cendrillon. Et son rendez-vous électoral écrasé dans l'abstention par la crise et les excitations nationales.


A ce jeu-là, en France comme ailleurs, la droite prospère.
Chez nous, l'antisarkozysme forcené fait un flop. Le socialisme français, exténué par ses bisbilles boutiquières et une incurable ambiguïté, pique du nez. Quant à Bayrou, l'ambition, servante maîtresse de tout homme public, l'aura plus égaré dans les arrière-cuisines qu'à l'étage noble de la politique : outrés, les électeurs l'ont déplumé. Sur les ruines d'un socialisme malade et d'un centre décentré, seule l'écologie printanière reverdit. Et, avec elle, les Verts.


La grande leçon européenne d'un scrutin maussade, c'est que le socialisme n'aura nullement profité du retour en fanfare des Etats, et de leur providence, dans le chambardement de la grande crise. Comme si les pouvoirs libéraux-à Berlin, Rome ou Paris-avaient d'eux-mêmes, sous l'empire de la nécessité, occupé l'aire jadis dévolue à la social-démocratie. Dans cet exercice, Sarkozy se sera illustré sans états d'âme. La crise, comme prévu, sied à son énergie, à sa mobilité. Et son brio, aux heures les plus chaudes de l'anticrise, lui concoctait un succès qu'il savoure aujourd'hui.

En Europe, le socialisme modéré n'est plus l'apanage des seules classes populaires : il devient l'expédient, voire l'atout conjoncturel d'un libéralisme ductile et pragmatique. La petite gauche anticapitaliste et la droite souverainiste n'offrent l'illusion d'un contre-pouvoir que dans l'addition impossible de leurs extrêmes.

Enfin, s'il reste que le PS et le MoDem essorés doivent reprendre leurs esprits pour reprendre des électeurs, un thermomètre électoral établi par quatre inscrits sur dix ne doit pas inciter à des spéculations excessives. Tant peut en emporter le vent d'un monde qui souffle fort...


L'abstention et l'atonie civiques restent le mal européen par excellence.
Celui du scepticisme, du fatalisme, de cette sorte de dégénérescence démocratique qui ruine la participation active et personnelle du citoyen au sort de la cité. Désaffection délibérée pour l'Europe ? Non ! Plutôt indifférence relative pour un destin communautaire, depuis ses origines, confié aux élites. Avec, peut-être, ici et là, un goût pervers et vaguement inconscient des peuples : pouvoir faire de l'Europe qu'ils délaissent le bouc émissaire de leurs propres démissions...


L'Europe communautaire s'accepte plus qu'elle ne se « pense ». Elle se vit au jour le jour dans l'euro, dans la dépendance croisée de ses économies, la liberté de circuler, d'échanger dont les jeunes usent déjà avec naturel. D'où vient alors cette désertion ? De ce qu'il manque une crédible espérance politique.

Quelle Europe pourrait donc faire rêver sinon celle fédérale, confédérale, que sais-je ? enfin dotée de frontières définies, d'une diplomatie, d'une défense autonomes ? Cette Europe-là est aujourd'hui impensable et impensée. Question centrale : faut-il alors en faire déjà son deuil ? Se résigner à fortifier au mieux son actuel espace économique ? Ce serait, je crois, jeter le manche après la cognée. L'Europe, en effet, avance sans moteur politique digne de son châssis, mais elle doit rouler pour ne pas se disloquer. Un idéal type, fût-il inatteignable, fait tant bien que mal tourner le moteur. En cinquante ans, elle a fait des pas de géant que les nains sous-estiment. Le saut de l'économique au politique, voilà sa principale épreuve ! Elle peut en sortir renaissante ou brisée.


Nos nations, vieilles dames indignes, s'accrochent à leur passé national sans voir que l'Europe est déjà rentrée chez elles par portes et fenêtres. Elles comptent toujours sur la protection du costaud outre-Atlantique qui, de fil en aiguille, se souciera de moins en moins de ses grands-mères européennes. Ce qui manque à nos aïeules, c'est le goût américain du neuf, la capacité de sursaut, le désir et la volonté politiques. Nos mamies fatiguées se satisfont d'une Europe confite dans le casanier, la bouillotte, les bons sentiments, la repentance et l'amour du genre humain. Une guimauve qui mène droit à l'hospice.


Notre seul espoir, c'est que les générations nouvelles retrouvent l'ardeur des fondateurs. Ce n'est ni sûr ni, je le crains, probable. Mais enfin, laissons du temps au temps... Alors, qui sait ?

Claude Imbert
Le Point, 11 06

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Mardi 9 juin 2009


COMMUNIQUE
 :

 

La Gauche Moderne se félicite du remarquable résultat des listes d’union de la majorité présidentielle.

 

Elle est  le fruit d’un travail de réflexion et de propositions réalisé par les différentes composantes de la majorité, travail dans lequel La Gauche Moderne a pris toute sa part.

 

La majorité a présenté aux Français des propositions qui répondent effectivement à ce que nos concitoyens attendent ici et maintenant de l’Europe. Ses élus seront fidèles à leurs engagements, à la volonté de réforme exprimée par le corps électoral, sur l’Europe aujourd’hui, comme ce fut le cas en 2007 sur la politique

française.

 

Les électeurs ont confirmé leur volonté de voir se poursuivre les réformes. Mais l’abstention nous montre que l’inquiétude de nos concitoyens peut se transformer en doutes sur la capacité des formations politiques à répondre aux graves questions posées par la crise que connaît le monde.

 

C’est par notre action, chaque jour que nous leur montrerons que La Gauche Moderne est une force sur laquelle ils pourront compter, pour le présent et dans l’avenir.

 

Marielle Gallo et Michèle Striffler, militantes de La Gauche Moderne entrent au Parlement européen fermement décidées à y défendre au niveau de l’Europe notre volonté de réforme et notre idéal de justice.

 

La Gauche Moderne

lundi 8 juin 2009

 

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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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