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Réflexion politique

Vendredi 20 avril 5 20 /04 /Avr 15:03

 

par Robert Bellec...

 

Ce qui me frappe dans le débat politique, le débat médiatique, et le débat public, c’est l’absence de l’essentiel, une vision.

Par exemple, on évite soigneusement la chose essentielle : à choisir préfère-t-on vivre dans notre société de type libéral, basée sur la liberté, l’entreprise, l’économie de marché, ou dans une société de type communiste avec une économie administrée, la toute puissance de l’état, un régime autoritaire ? En ne se posant pas la question explicitement, c’est le cas de Hollande notamment, on fait comme si on préférait la seconde solution, et on est le seul pays au monde à faire ce choix implicite, car même la chine fait en ce moment le chemin inverse. Mieux,  en parole on privilégie ce choix implicite, mais sans le faire vraiment. D’où l’incohérence du débat et des perspectives d’action. Et l’on  fait comme si tout vaut tout.

Sans vision, tous les thèmes abordés sont placés sur le même plan, ils ne sont pas ou mal pondérés, comme si on proposait sur un étalage des produits de même importance, à plat, sans perspective.

Prenons un exemple illustratif :

Pour construire une maison, on vous liste et on vous vante  les lampes, les fenêtres, la couleur des cloisons, le chauffage, la couverture, le plan, le prix, une piscine, la ventilation, les sols, le prix, le financement, la charpente, la nature des matériaux, la dalle du sous-sol, que sais-je, trente critères de choix.

Et on vous fait voter. Sans hiérarchiser, sans pondérer ces choix, tout sur le même plan. ça vous paraîtrait incongru, pour le moins.

 

Une vision c’est justement pondérer très fortement  quelques sujets  et les privilégier dans le choix :

-          Adéquation entre le choix d’ensemble et la capacité à le financer.

-          Qualité des matériaux et existence effective des composants promis ( tel élément extraordinaire existe-t-il conforme à la promesse ?)

-          Architecture, solidité, et cohérence d’ensemble des éléments,  apparence globale.

-          Privilégier les faits et les chiffres par rapport aux promesses, aux illusions, aux rêves éveillés.

 Sur 30 éléments listés  ces quatre éléments doivent représenter à mon sens 85% de la décision. Les 26 autres, 15% de la décision, car ils sont accessoires, modifiables, ou dérivent automatiquement des choix essentiels, à voir ensuite.

La vision est le contraire des illusions, et du « programme ». Celui qui vous aura proposé comme « programme » une maison extraordinaire, qui répond aux envies et aux rêves , sans inconvénients, « pas chère » , et en escamotant par un tour de passe-passe la capacité à la financer , et sans prouver ce qu’il vante, vous apparaître comme un charlatan. Ce qu’on n’admettrait pas pour sa maison, on l’admet pour son pays !

Une vision c’est donc  hiérarchiser, pondérer, privilégier les critères de fond par rapport à d’autres, et privilégier le réel, les faits, les contraintes,  les chiffres, par rapport au baratin et au rêve.

Dans cette campagne on fait le contraire. On surpondère les préférences accessoires, les intentions, les proclamations tonitruantes, les postures fanfaronnes, la toute –puissance quasi divine, par rapport aux faits, aux chiffres, aux contraintes, aux possibilités économiques, au réalisme.

Les intentions ! L’enfer est pavé de bonnes intentions. Les bons sentiments. Tout le monde sait depuis des siècles que les bons sentiments ne suffisent pas à faire une bonne politique. On l’a oublié.

Donc ce qui est vrai pour un choix privé, devrait être encore plus vrai pour la politique car n’est-ce  la même chose, en pire, en plus grave, en plus lourd de conséquences ?

Une vision politique ne consiste pas en une liste à la Prévert de sujets variés, avec une position improvisée ou dogmatique sur chacun ces sujets. Ça c’est juste programmatique, et encore.

Une vision c’est une articulation étayée entre sujets hiérarchisés, c'est-à-dire un panorama qui pondère chaque sujet, le relie aux autres, définit les priorités, et ce de deux façons : en ordre d’importance, et en ordre d’urgence. Ce qui n’est pas la même chose. Une vision permet de proposer une stratégie cohérente et en phase avec  les buts qu’on se fixe, et leur niveau d’importance. En ce sens, aucun des candidats ne présente complètement une vision pour la France, même si on peut percevoir quand même une ébauche chez Sarkozy, encore insuffisante. Aucun autre. Même chez Bayrou, ou le moralisme  et les intentions étouffent le reste, je n’ai notamment rien entendu sur l’entrepreneuriat, l’une des seules clés pour l’avenir.

Second exemple parlant, prenons le cas de Mélenchon, c’est éclairant. Sa posture  pose trois  graves questions  :

La première : ses affirmations et ses diagnostics de condamnation de la  société libérale sont ils sérieux et étayés ?  Non, sujet non traité, il affirme, sans rien étayer. Fantaisiste. Et on l’accepte.

La seconde  : est-il raisonnable pour la France d’aller, seule au monde, en direction d’un régime vaguement soviétique, ou léniniste,  à peine édulcoré ? ( alors que, paradoxe, la Chine est en train d’en sortir). Sujet non traité. Il fait comme si ce sujet n’existait pas.

 

La troisième  : dans la mesure où il ne dit pas clairement si son programme se déroule dans le cadre de l’acceptation du contexte d’économie de marché, ou dans un cadre Etatiste, hors de l’économie de marché, du coup tout le reste est de la bouillie pour les chats. Cela n’a plus aucun sens, car selon la réponse, les conséquences sont radicalement différentes. Point escamoté. Aucun journaliste ne lui a posé la question.

Un peu comme si on disait qu’on va faire un match de football, mais sans savoir si on a un adversaire, sans admettre les règles, sans terrain, sans arbitre. C’est simplement insensé au sens propre, dépourvu de sens. Et pourquoi pas en haut du Mont Blanc ? C’est inepte. Et admis.

Le fait de ne pas présenter une vision (qui pose clairement tous les termes de l’équation, les pondère, les relie)  permet tous les tours de passe-passe imaginables, toutes les balivernes, tous les mensonges, toutes les duperies. On l’admet.

Il en va de même pour Montebourg, du reste. Et aussi et surtout pour Hollande qui cultive le flou pour ne pas faire apparaître cette totale absence de vision. Mais aussi tous les autres candidats. Aucun n’a privilégié la vision. ( « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment » rabâchent les socialistes. Peut-être, mais le rôle des journalistes et commentateurs  n’est-il pas de faire sortir le loup du bois ? Ils ne l’ont pas fait, pourquoi ?) . Car à cet égard, les journalistes, les médias, en ne jouant pas leur rôle, participent à ce mensonge collectif. Ils n’osent pas, ( à quelques exceptions près) car il serait politiquement très incorrect de mettre François Hollande ou même Mélenchon en difficulté. On a le droit pour le Pen et Sarkozy, voire Artaud et l’autre. Celui qui le ferait pour Hollande serait mis au banc de la gent médiatique et marqué du sceau de l’infamie, traité de vendu, de traitre, de fasciste. Comme dans les années 50, rien n’a tellement changé. Alors on leur pose des questions convenues, sachant qu’eux viennent avec leurs réponses, comme disait Marchais.

En pratique, qu’en conclure ?

Notre choix devrait donc se concentrer sur quelques questions essentielles, et uniquement sur quelques questions essentielles :

-          Sans une économie forte a-t-on une chance d’échapper au désastre annoncé ? C'est-à-dire à cette lente régression depuis 30 ans, sous Mitterrand et sous Chirac (avec la parenthèse de la crise mondiale de 2008, qui nous touche comme les autres) ?

-           Sans une économie forte, peut-on rembourser la dette, et financer les services  publics, financer  le social, la santé,  la justice, la police, les infrastructures, la recherche, l’école ?

-          Sans compétitivité des entreprises et la création de richesse qui en découle, peut-on avoir une économie forte ?

-          Lequel des candidats est le moins éloigné d’une vision de cette compétitivité, de la place de la France réelle dans le monde réel, et d’un chemin pour sortir de nos mauvaises habitudes ?

-          Enfin, on ne cherche pas un Président  parfait, gendre parfait, le plus sympa, le plus amusant, mais celui qui fera le moins de mal à notre avenir.

Pour ce qui me concerne, entrepreneur, sans attache partisane, ma réponse est sans ambiguïté :

-          Avec la crise Sarkozy était obligé d’accroître la dette. Il a maintenu le pouvoir d’achat, c’est un exploit. Hollande le sait, comme tout le monde, et il ment. Ce n’est donc pas un critère honnête de rejet.

-          Avec son entourage et les partis qui le soutiennent (comme la corde soutient le pendu , parfois) Sarkozy ne pouvait faire en 5 ans la rupture complète nécessaire avec le Mitterrando-Chiraquisme qui nous a ruinés. Il a commencé.

-          Tous sous-estiment caricaturalement  l’importance de l’économie, de la compétitivité, de la création de richesse, et ne comprennent pas que sans cet élément structurant  toutes les autres promesses sont impossibles, irréalisables.

-          Mais cette incompréhension est  plus profonde, de beaucoup, chez les socialistes et leurs alliés, qui croient encore que l’intention suffit à créer son objet. Pour eux la création de richesse, l’essentiel à mes yeux, est un OPNI , Objet Politique Non Identifié, comme pour Mitterrand et Chirac, et en ce sens Hollande est le prolongement du Mitterando Chiraquisme qui nous a tant fait régresser, et qui va finir de nous ruiner avec les socialistes au pouvoir, car nous n’avons plus de marges de manœuvre, et ils n’ont aucune conscience de cette équation.

-          Chez Hollande il n’y a aucune vision, juste un programme à plat et des intentions égalitaires  proclamées depuis 30 ans par  la gauche plurielle, depuis deux siècles de république, depuis deux millénaires de christianisme. Sans résultat, le constat est partagé par tous.  Ceci prouve que l’égalité ne se proclame pas, ne se décrète pas, elle se rend possible par une vision, qui intègre les facteurs de création de richesse. Car comment répartir le supplément de création de richesse, alors qu’on s’appauvrit ? Sauf, comme dans toutes les expériences de ce type, à se retrouver tous égaux dans la misère, ou dans la mort ? C’est effectivement le choix.

-          Hollande n’est pas le principal problème, la coalition hétéroclite qui le soutient est un obstacle encore plus grave que sa propre incapacité, à mettre en œuvre une vision cohérente, qui n’existe pas du reste.

-          Si on pense que la France est dans un tel état d’inconscience, d’aveuglement,  et d’illusion, qu’il faut qu’on  toucher vraiment le fond pour rebondir, il faut voter Hollande. Mais ça va être dur, très dur. Surtout pour la classe moyenne qui va tout payer cash.

-          Si on ne veut pas de cette potion terrible pendant 5 ans au moins, il faut voter pour "le moins éloigné" d’une vision et d’un chemin possible, lui donner une chance de réaliser ce que la crise et certains de ses alliés ont empêché . Donner une chance, qu’il n’a pas eu, à Nicolas Sarkozy. Et faire pression pour qu’il aille le plus possible dans la bonne direction : c'est-à-dire, d’abord mettre en œuvre les conditions pour permettre aux forces vives de  créer de la richesse, ensuite la mieux répartir, et sans tuer la poule aux œufs d’or, l’envie de faire, de créer, d’entreprendre.

Si cela c’est être libéral,  il est urgent d’être libéral pour être réellement social.

Robert Bellec

 

 

 

 

Par Robertb Bellec - Communauté : Les Sociaux libéraux - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Lundi 16 avril 1 16 /04 /Avr 09:08

 

Chers amis,

 

Je publie moins sur ce blog pour me consacrer au blog du Cercle des Libertés Egales.

 

Vous pouvez y consulter le dernier article "Juppé: le programme de Hollande est dangereux": http://libertesegales.canalblog.com/archives/2012/04/15/24015313.html

 

Vous pouvez surtout vous inscrire, vous abonner à la news letter du   blog du Cercle des Libertés Egales

http://libertesegales.canalblog.com   (voir en bas à droite du blog),

vous serez ainsi informés de la publication de chaque nouvel article (appelé "message").

 

Bien à vous.

 

Marc d'Héré

Par Marc d'Here - Communauté : Pour un libéralisme humaniste - Voir les 1 commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Vendredi 27 janvier 5 27 /01 /Jan 11:02

 

Suite de la publication du livre "La déclaration du Président"...

 

 Personnages principaux

 

LA PRESIDENCE

 

Le Président,

 

Hervé Tallec, 39 ans, premier conseiller

Michel Cervoz, 47 ans, directeur de cabinet

Catherine Liancourt, secrétaire particulière

                        

PERSONNALITES DE LA MAJORITE

Charles Forneray, 56 ans, Premier ministre

Noël Sermiand, 55 ans, ancien ministre de l’Intérieur, président du « Mouvement Républicain », principal parti de la majorité

Nicole Hougret, 49 ans, ministre de l’Emploi, vice-présidente du Mouvement Républicain (MR)

Emmanuel Romano, 40 ans, ministre des Universités et de la Recherche

André Sertanoff, 57 ans, ministre de l’Economie et des Finances

Jacques Durand-Wilème, 62 ans, sénateur, président du « Centre Réformateur », parti allié du « Mouvement Républicain »

Jean-Marie Ferneville, 71 ans, président du Sénat, MR

Irénée Gavinel, 45 ans, président des «   Sociaux Libéraux »,  petit parti de centre gauche qui a rejoint la majorité lors de l‘ élection présidentielle.

Claire Germaniaud, 48 ans, directrice de cabinet du Premier ministre

Nessim Tarik, 37 ans, conseiller politique du Premier ministre et son porte-parole

 

PERSONNALITES DE L’OPPOSITION

Henri Schmidt-Vercel, 60 ans, député, secrétaire général du « Parti Démocrate Socialiste », principal parti d’opposition de gauche

Hélène Rossio, 58 ans, députée, chargée des questions internationales du PDS

Jean-Louis Frey,  69 ans, sénateur,

Louise Fanchinelle, 49 ans, députée européenne, animatrice du courant « Toujours A Gauche » (TAG),  du PDS

Nicolas Brochet, 58 ans, député, centriste d’opposition, président du « Parti Humaniste de la Réforme »

Chantal Morellot, 39 ans, porte-parole des « Ecologistes Radicaux »

Henri Beringer, 68 ans, président du « Front Patriotique », extrême droite

 

AUTRES PERSONNALITES

François Lachise, 65 ans, industriel

Lucien Drivet, 42 ans, avocat, secrétaire général du club de réflexion « Les Modernes Causeries du Lundi »

 

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

Résumé des pages précédentes : Le Président a démissionné…Réactions de surprise des acteurs politiques à sa déclaration télévisée. Le lendemain matin, il reçoit le Premier ministre, Charles Forneray, pour lui expliquer les raisons de sa décision. Les candidatures commencent à fleurir : le socialiste Schmidt-Vercel, concurrencé par sa « camarade » Hélène Rossio, à gauche. A droite, le Président du parti  majoritaire Noël Sermiand annonce officiellement qu’il est candidat…Le Premier ministre, en réunion de cabinet décide  d’ annoncer le lendemain sa candidature, comme Nicole Hougret, ministre de l’emploi et très proche du Président démissionnaire…Le lundi soir, un débat de fond au sein du club « les nouvelles causeries du lundi ». Rapprochement entre le social libéral Irénée Gavinel et les deux ministres Nicole Hougret et Emmanuel Romano…

 

 

 

 Chapitre VI, 1

 

Mardi 25 octobre, dans la capitale.

 

Ce fut la journée des candidatures.

 

Avant midi s’étaient déjà déclarés deux candidats trotskistes, le candidat du parti communiste et l’éternel – quoiqu’un peu fatigué-  candidat du « Front Patriotique » Henri  Beringer, qui décrivait d’emblée sa candidature comme le seul rempart à  « l’islamisation, de moins en moins rampante et de plus en plus arrogante, qui menaçait nos valeurs républicaines »,  à « l’immigration qui déferlait sur notre pays, en provenance notamment de l’autre rive de la Méditerranée » et à « l’insécurité qui en était la conséquence dramatique, notamment pour les plus vulnérables de nos concitoyens ». Il ajoutait, poursuivant dans le registre du  réalisme et du  raisonnable, la nécessité de sortir de l’Euro et de revenir à la monnaie nationale ! Pas de surprise ! Une candidate voilée se déclara aussi, mais il était évident qu’elle n’irait pas au bout de sa démarche, se satisfaisant de sa provocation ainsi que des articles et  des quelques entretiens qu’elle obtiendrait.

 

Le Premier ministre, après avoir participé à la réunion de son équipe de campagne pour choisir les axes de son projet  et travaillé  avec sa directrice de cabinet, Claire Germaniaud, à sa déclaration de candidature, s’était rendu au palais présidentiel. Avec le Président par intérim, ils avaient, comme on s’y attendait, retenu les dimanche 27 novembre pour le premier tour et 11 décembre, pour le second. Les déclarations de candidatures, accompagnées des 500 signatures exigées, devaient être déposées au Conseil Constitutionnel entre le mardi 8 novembre à 9 heures et le vendredi 11 novembre à 20 heures. La campagne officielle s’étendrait sur deux semaines.

 

Dans la voiture qui le ramenait à son bureau, il avait appelé Noël Sermiand. Ce fut une conversation technique, sans agressivité ni  chaleur,  dont le but principal était de fixer les règles de soutien financier du Mouvement Républicain aux candidats issus de ses rangs, puisqu’il apparaissait évident qu’il y en aurait plusieurs. Noël Sermiand commença à défendre l’idée selon laquelle on ferait voter les militants et seul celui qui serait choisi bénéficierait du financement. Mais ce n’était que provocation, et vite les deux hommes conclurent que le parti les financerait à égalité. Si d’autres membres du Mouvement Républicain se présentaient, ils bénéficieraient aussi du soutien du parti, mais dans une moindre mesure. Un vote du comité directeur devait entériner cet accord. Ils se quittèrent en se promettant de se voir très vite. « C’est moi qui t’appelle » dit  Noël Sermiand qui  n’avait pas même demandé au Premier ministre quand il annoncerait sa candidature.

 

Après réflexion, Charles Forneray choisit d’abandonner l’idée d’une déclaration solennelle et fit appeler Canal 2, pour demander à être invité au cours du journal de 20 heures. Un entretien de huit minutes fut décidé.

 

En fin de matinée le Président avait reçu Nicolas Brochet, dans les nouveaux locaux très luxueux que mettait provisoirement à sa disposition François Lachise, industriel qui lui était proche. Nicolas Brochet   paraissait un peu moins persuadé que lors de leur dernière entrevue, qui remontait à près d’un an,  du destin glorieux qui l’attendait. Ayant constaté que son positionnement prioritairement dirigé contre le Président qu’il avait abreuvé, des années durant, de critiques cruelles et souvent bien ciblées, ne l’avait pas servi, il avait, depuis quelques mois, limité ses attaques personnelles, se contentant de critiquer, avec une ironie tranchante,  la politique suivie, particulièrement la politique économique et sociale. Le Président lui dit qu’il avait apprécié son changement d’attitude à son égard et que s’il trouvait ses critiques souvent injustes, il lui arrivait même d’apprécier, avec dépit, l’intelligence et l’esprit des formules utilisées pour dénigrer ou moquer sa politique

-                    J’ai eu le sentiment, dit le Président, que nous étions aujourd’hui moins éloignés l’un de l’autre, et qu’une certaine coopération pouvait devenir possible entre nous…J’ai même parfois imaginé - c’était avant ma décision de retrait -  que tu pourrais, en cas de victoire et si cela te convenait, faire partie de ceux que je pouvais appeler à diriger notre pays.

-                    On ne m’achète pas, répondit, glacial, Nicolas Brochet…Mais il est vrai qu’il m’arrivait de penser que, si tu parvenais à changer quelque peu ta politique et surtout ton attitude, un rapprochement n’était pas impossible. C’est ce que je voulais te dire, avant que tu ne démissionnes, brutalement, comme tout ce que tu fais.    

-                    Si j’avais su ! dit le Président, volontairement théâtral en traînant sur la dernière syllabe, mais  en constatant que son interlocuteur ne goûtait pas vraiment l’ironie quand il n’en était pas l’auteur, il ajouta que  rien n’était perdu, surtout si  Forneray était élu.

-                    Je serai candidat à la présidentielle, et je le serai pour devancer le candidat du Mouvement Républicain, quel qu’il soit.

-                    Mais tu n’irais pas jusqu’à le faire battre par le candidat socialiste, si tu n’étais pas au second tour ?

-                    En aucun cas je ne me prononcerai pour   Sermiand ou  Nicole Hougret -   il la détestait car cette ancienne centriste s’était éloignée de lui après avoir été une de ses très proches.  Si c’est Forneray, mais je n’y crois pas une seconde, ce serait un peu plus facile.

Le Président continua à se montrer aimable, déclara qu’il comprenait sa candidature dont il n’avait jamais douté, qu’il pensait qu’il ferait un bon score, et qu’il ne lui en voulait pas pour son attitude réservée vis-à-vis des candidats du  Mouvement Républicain. « Ne les attaque pas trop tout de même. N’insulte pas l’avenir, je suis persuadé que nous nous retrouverons et que nous serons amenés à travailler ensemble…Je parle pour mon parti, bien sûr. Passe me voir de temps en temps, je serai toujours heureux de discuter avec toi ».   

 

Le rendez-vous qui suivit, avec  Jacques Durand-Wilème, fut plus bref. Le Président avait, pour cet homme qu’il savait sans conviction et jugeait sans colonne vertébrale, un certain mépris auquel Durand-Wilème répondait par une haine tenace, remontant à deux ans. Exactement au moment où le Président l’avait exclu du premier gouvernement Forneray, après huit moins de médiocres et pas toujours loyaux services. Le responsable centriste confirma sa candidature, nécessaire, obligatoire, disait-il,  s’il ne voulait pas voir disparaître son parti, et abandonner le centre à Nicolas Brochet, son rival devant l’éternel. Le Président ne le découragea pas, lui prédit un score relativement faible  mais  lui demanda de ne pas faire une campagne trop dure contre le candidat du Mouvement Républicain, quel qu’il soit. « Passe me voir de temps en temps dit-il en se levant, je serais toujours heureux de discuter avec toi ». Et il le raccompagna jusque sur le palier.

 

A 16 heures, de son superbe appartement, donnant sur le fleuve et le chevet de la cathédrale, Jacques Durand-Wilème annonça sa candidature, en envoyant, pour « faire moderne » un email à l’Agence Nationale de Presse. Il fit de même pour ses amis et ses principaux collaborateurs.  Puis, se servant un verre de Tokay,  assis dans une bergère Louis XV, et feuilletant une revue d’art, il attendit, très satisfait,  les appels des journalistes. 

 

...A SUIVRE...

 

Marc d'Héré

 

 

Par Marc d'Here - Communauté : Politique française - Voir les 0 commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Mardi 17 janvier 2 17 /01 /Jan 10:04

 

Personnages principaux

 

LA PRESIDENCE

 

Le Président,

 

Hervé Tallec, 39 ans, premier conseiller

Michel Cervoz, 47 ans, directeur de cabinet

Catherine Liancourt, secrétaire particulière

                      

PERSONNALITES DE LA MAJORITE

Charles Forneray, 56 ans, Premier ministre

Noël Sermiand, 55 ans, ancien ministre de l’Intérieur, président du « Mouvement Républicain », principal parti de la majorité

Nicole Hougret, 49 ans, ministre de l’Emploi, vice-présidente du Mouvement Républicain (MR)

Emmanuel Romano, 40 ans, ministre des Universités et de la Recherche

André Sertanoff, 57 ans, ministre de l’Economie et des Finances

Jacques Durand-Wilème, 62 ans, sénateur, président du « Centre Réformateur », parti allié du « Mouvement Républicain »

Jean-Marie Ferneville, 71 ans, président du Sénat, MR

Irénée Gavinel, 45 ans, président des «   Sociaux Libéraux »,  petit parti de centre gauche qui a rejoint la majorité lors de l‘ élection présidentielle.

Claire Germaniaud, 48 ans, directrice de cabinet du Premier ministre

Nessim Tarik, 37 ans, conseiller politique du Premier ministre et son porte-parole

 

PERSONNALITES DE L’OPPOSITION

Henri Schmidt-Vercel, 60 ans, député, secrétaire général du « Parti Démocrate Socialiste », principal parti d’opposition de gauche

Hélène Rossio, 58 ans, députée, chargée des questions internationales du PDS

Jean-Louis Frey,  69 ans, sénateur,

Louise Fanchinelle, 49 ans, députée européenne, animatrice du courant « Toujours A Gauche » (TAG),  du PDS

Nicolas Brochet, 58 ans, député, centriste d’opposition, président du « Parti Humaniste de la Réforme »

Chantal Morellot, 39 ans, porte-parole des « Ecologistes Radicaux »

Henri Beringer, 68 ans, président du « Front Patriotique », extrême droite

 

AUTRES PERSONNALITES

François Lachise, 65 ans, industriel

Lucien Drivet, 42 ans, avocat, secrétaire général du club de réflexion « Les Modernes Causeries du Lundi »

 

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

Résumé des pages précédentes : Le Président a démissionné…Réactions de surprise des acteurs politiques à sa déclaration télévisée. Le lendemain matin, il reçoit le Premier ministre, Charles Forneray, pour lui expliquer les raisons de sa décision. Les candidatures commencent à fleurir : le socialiste Schmidt-Vercel, concurrencé par sa « camarade » Hélène Rossio, à gauche. A droite, le Président du parti  majoritaire Noël Sermiand annonce officiellement qu’il est candidat…Le Premier ministre doit annoncer sa candidature, comme Nicole Hougret, ministre de l’emploi et très proche du Président démissionaire…

 

 

 Chapitre V

 

 

 Lundi 24 octobre, fin d’après-midi.

 

A 17 heures 50, le Président, qui l’était encore pour dix minutes et qui avait, pour sa dernière audience,  reçu les parents de l’otage français au Sahel, dont on venait d’obtenir des nouvelles encourageantes, apparut souriant sur le perron.  Le président du Sénat, Jean-Marie Ferneville,  était à ses côtés, un peu tendu. Ils descendirent les marches, accompagnés par les applaudissements et les vivats des employés du Palais, massés sur les côtés de la cour et aux fenêtres des bureaux…Des larmes, quelques cris « revenez, monsieur le Président », « On vous aime », des you-yous…les deux hommes se dirigèrent lentement vers l’entrée de la cour.  Arrivés au portail ils  se retournèrent, le Président fit quelques pas en avant et sous les acclamations, salua la main sur le cœur, puis agita les deux  mains en un  signe familier et léger. Ils sortirent dans la rue où quelques badauds surpris, mêlés à des militants, les applaudirent. Le Président les salua,  serra des mains, fut rejoint par plusieurs conseillers et proches et,  tout en bavardant avec eux et  avec Jean-Marie Ferneville,  continua à pied vers ses nouveaux bureaux situés à quelques centaines de mètres du Palais. Il avait évité le départ  dramatisé, avec son remplaçant en bas des marches qui le salue, un brin condescendant, avant de prendre possession de la place. Il n’était pas remplacé, c’est lui qui avait décidé de l’intérim, et il sortait du palais présidentiel comme pour une sortie naturelle, banale, une promenade de quelques instants, pouvait-on penser.

Il entra sous le porche de l’immeuble où étaient situés ses nouveaux bureaux, et alors qu’ils n’étaient plus entourés que de quelques familiers, il  salua Jean-Marie Ferneville, avec ce qu’il fallait de respect ironique  pour celui qui, ayant commencé ce parcours de quelques mètres  comme président du Sénat, se trouvait maintenant occuper, sans l’avoir gagnée,  et pour quelques semaines seulement,  la fonction prestigieuse de Président de la République française.

 

 

A l’étage du café Sainte-Beuve, se réunissait, comme tous les troisièmes lundis de chaque mois,   le cercle de réflexion politique « Les Modernes Causeries du Lundi ». Ce cercle de réflexion, social-libéral d’inspiration, mais non engagé dans la lutte politicienne ou électorale, avait su gagner la confiance des politiques de tous bords, qui venaient volontiers s’exprimer devant un public d’initiés,  compétents  et respectueux des différences. C’était un des seuls lieux où des responsables de tendances ou  de partis différents - à l’exception des extrêmes - pouvaient sereinement exposer leurs idées, développer leurs arguments, tester leurs propositions et participer à de vrais débats. Un lieu rare où  la politique se montrait estimable et  où elle pouvait faire oublier un peu, les combats de partis, de clans ou de personnes, pour exprimer des idées et  des convictions. 

 

Lucien Drivet, son président, ouvrait la séance. Le matin même, compte tenu de l’actualité, il avait pensé annuler  le débat « droits acquis et changements » qui devait se dérouler entre Nicole Hougret, la ministre de l’emploi et le responsable des questions sociales au Parti Démocrate Socialiste, craignant que les participants, pris pas d’autres urgences, ne puissent venir ou que les invités, attirés par d’autres curiosités, se fassent rares. Il se félicitait de les voir aussi nombreux et de constater que, quels que soient les évènements exceptionnels, l’intérêt pour les idées et la politique de fond, persistait. Il déclara se réjouir de pouvoir compter parmi les assistants, Irénée Gavinel, membre du club depuis l’origine et président des « Sociaux Libéraux », petit parti de gauche appartenant à la majorité présidentielle. Il présenta aussi  au public, Nessim Tarik, conseiller politique écouté du Premier ministre, ainsi que  la députée européenne Louise Fanchinelle, animatrice du courant « Toujours A Gauche » du Parti Démocrate Socialiste, qui étaient installés au premier rang,  et  annonça la venue, confirmée, du jeune et brillant ministre  des Universités  et de la Recherche, Emmanuel Romano.  A tous, il demanderait un commentaire en fin de réunion.

 

Le représentant du PDS, pourtant loin d’être un des plus archaïques ou des plus dogmatiques de son parti, était bousculé et  avait du mal, en réponse aux arguments de Nicole Hougret, à expliquer comment il pouvait concilier les nécessités du changement auquel il croyait et la défense des « droits  acquis », notion qu’il était inimaginable pour un homme de gauche, surtout alors que des élections se profilaient, de renier.

-                    En réalité,  disait Nicole Hougret c’est parce que vous ne parvenez pas à remettre en cause cette notion de droits acquis, considérée chez vous comme un dogme intouchable, que vous êtes incapables de vous engager franchement en faveur du  changement.

-                    Mais, pour vous  le changement, répondait le socialiste, cela consiste toujours à priver les plus faibles et les plus pauvres des quelques avancées dont ils peuvent bénéficier grâce aux luttes et aux victoires de leurs prédécesseurs.  Vos réformes sont pour beaucoup de purs et simples retours en arrière, ce que nous ne pouvons évidemment pas  accepter… Nous voulons la réforme, mais à condition que celle-ci permette d’avancer, qu’elle représente un progrès, notamment pour les plus faibles.

-                    Oui, un progrès, approuvait Nicole Hougret, on est bien d’accord là-dessus, mais le progrès ne consiste pas forcément à embaucher toujours plus de fonctionnaires, travailler de moins en moins longtemps, bénéficier de droits nouveaux sans les équilibrer par des devoirs, mettre à mal la compétitivité de nos entreprises en augmentant, sans contrepartie, les salaires et les charges. Le progrès pour les plus pauvres, que je souhaite tout autant que vous et pour lequel je me bats au sein de mon parti, ne passe pas forcément par des avantages ou des gains immédiats,  dont les conséquences à moyen terme, peuvent s’avérer négatives pour ceux qui en sont les bénéficiaires supposés. Un recul sur certains points peut être la condition d’une avancée sur d’autres, parfois plus essentiels.  Fondamentalement, pour nous, le progrès, pour être effectif et  durable, passe par  un mode vigoureux de production de richesse, car seul un surcroît de richesse permet de financer une vraie politique sociale.   Toute  mesure, même généreuse dans son intention, qui viendrait empêcher ou limiter cette création de richesse globale serait, au bout du compte, contraire au progrès social.

-                    Je peux à la rigueur vous comprendre et être en partie d’accord. Avec une très grave réserve pourtant. Le retour en arrière, ou l’abandon d’avantages acquis,  même pour des raisons qui peuvent paraître acceptables,  est une pente sur laquelle il est très dangereux de s’engager.  Il faut veiller à ne pas se laisser entraîner par la nécessité de toujours produire plus et moins cher, car, si on ne limite pas cette recherche de la performance et du profit – qui, pour moi n’est pas un gros mot - par un respect des avancées déjà réalisées, par un contrôle démocratique et par des mesures favorables aux salariés, alors on est conduit, tout naturellement, sans même le vouloir, à une politique régressive, anti sociale, et le gain attendu en termes de droits nouveaux, d’emplois ou de revenus, ne se fera pas. Et c’est ce que je reproche à la politique actuelle du gouvernement.

-                    Vous ne pouvez-pas dire cela, et certainement pas pour la politique de lutte contre le chômage et pour l’emploi…

 

Lucien Drivet qui était censé mener les débats, ne ressentait pas la nécessité d’intervenir dans cette discussion, qui se poursuivait, animée,  mais sans la moindre agressivité et sans qu’y soient mêlés  des arguments  démagogiques ou populistes. Si les débats de  la campagne  présidentielle pouvaient se dérouler sur ce modèle, pensait Lucien Drivet, croit-on que les électeurs s’en détourneraient forcément. Pourquoi les médias sont-ils persuadés qu’une argumentation de plus de trente secondes va lasser le public et se croient-ils obligés d’interrompre, de relancer, par crainte du zapping. Le désintérêt apparent pour la politique ne vient-il pas, finalement, de cette façon vulgaire et superficielle de la traiter, de cette volonté obsessionnelle de  privilégier  le sensationnel et l’immédiat, de caricaturer les oppositions, de monter en épingle les conflits.

Du fait de cette attitude des médias et de leurs méthodes, les polémiques remplacent aujourd’hui les confrontations d’idées, les postures des acteurs occultent les messages, la simplification obligatoire interdit toute nuance, et les critiques argumentées d’un programme ou d’une décision cèdent la place  aux mises en cause personnelles. Ne pourrait-on espérer qu’un jour, une chaine de télévision par exemple, essaie de changer les choses et  de privilégier les idées et les argumentations ! Le service public, moins soumis à la dictature de l’audimat depuis la réforme de l’audiovisuel, pourrait en prendre le risque. Il serait intéressant d’en voir le résultat.

 

Le débat arrivait à son terme.  Couronnant les interventions de la salle, Louise Fanchinelle, à qui Lucien Drivet demanda un commentaire ou un mot de complément,  souligna avec passion la nécessité pour la gauche, de se battre pied à pied, afin d’éviter les remises en cause des droits gagnés par les combats héroïques des générations passées. Irénée Gavinel, pour sa part, fit une courte intervention sur le thème « la réforme, qui était de gauche, a changé de camp, c’est pourquoi, mes amis et moi-même nous sommes éloignés de la gauche institutionnelle et avons, avec regret, mais sans remords, rejoint la majorité présidentielle ».   Le ministre Emmanuel Romano, arrivé en cours de réunion, ajouta un mot pour dire que la bonne méthode, lorsque l’on est contraint de remettre en cause des droits ou des avantages, c’est de les échanger. Ne rien supprimer sans donner une compensation d’un autre type. Nessim Tarik, enfin,  affirma, seule allusion à l’élection à venir,  que c’était dans l’esprit qui avait présidé à ce débat,  expression claire des convictions, écoute  et recherche de solutions non dogmatiques,   que  le Premier ministre, qui ne manquerait pas de présenter rapidement sa candidature,   souhaitait orienter sa campagne. 

 

Les deux membres du  Parti Démocrate Socialiste, le responsable des questions sociales qui avait participé au débat, et Louise Fanchinelle, ne s’attardèrent pas,  alors qu’Irénée Gavinel et les deux ministres restèrent encore quelques instants, répondant aux félicitations et  aux interrogations de ceux qui venaient les saluer, échangeant réflexions et remerciements avec Lucien Drivet, le président du club,  enchanté de la densité de la soirée et de son succès, qu’il n’attendait pas aussi complet.

 

Sur le trottoir devant le café, Irénée Gavinel confia à  Emmanuel Romano et Nicole Hougret, 

-                    Je suis persuadé qu’on a des choses à se dire et peut-être à faire ensemble. La division entre gauche et droite m’apparaît de moins en moins pertinente. Les sensibilités de droite ou de gauche existent toujours, mais elles sont moins décisives pour différencier les choix ou les attitudes politiques ».

-                    Je suis tout à fait d’accord, répondit Emmanuel Romano, le clivage essentiel aujourd’hui me paraît se situer davantage entre les libéraux et les étatistes, et il en existe aussi bien dans la majorité que dans l’opposition.

-                    Ou,  c’est entre ceux qui veulent le changement et ceux qui choisissent l’immobilisme que se situe la vraie différence ajouta Nicole Hougret, et là encore on en trouve des deux côtés.

-                    Dans tous les cas, que l’on adopte le critère d’Emmanuel ou le tien, Nicole, on se retrouve tous les trois plutôt dans le même camp me semble–t-il…Il faudra peut-être qu’on en tire des conséquences pratiques, vous ne croyez pas ? voyons-nous  sérieusement tous les trois, quand on aura un peu plus de temps. »

 

Ses interlocuteurs l’approuvèrent et il s’éloigna. Nicole Hougret se tourna vers Emmanuel Romano qui lui prit le bras et lui   murmura quelques mots à l’oreille.  Elle   s’approcha  de sa voiture officielle,  se pencha pour dire à son chauffeur et à  son officier de sécurité qu’elle n’avait plus besoin d’eux,  et monta, souriante et légère, dans la voiture d’Emmanuel Romano.  

 

 

En compagnie du ministre de la culture et de son épouse, le Président et sa femme,  apparemment très détendus, allèrent,  ce soir là, assister, à la Comédie Française, à l’Opéra de quat’sous, qui venait d’être mis au répertoire.  A l’entracte, ils s’attardèrent au foyer et ne repoussèrent pas ceux, nombreux, qui venaient les saluer.

 

Dans le même temps, une grande émission populaire de radio, qui donnait, chaque soir, la parole aux auditeurs, montra que, quelles que puissent être leurs opinions, les  Français se montraient  troublés, choqués, parfois même émus par le départ précipité d’un homme dont ils ne pouvaient pas ne pas constater ou pressentir  l’importance. Les interventions comme les interviews réalisées dans la rue ou dans les cafés, révélaient le plus souvent des sentiments nuancés et des préoccupations bien différentes de celles des professionnels de la politique et de l’information. 

 

…A suivre…

Marc d’Héré

 

 

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Lundi 16 janvier 1 16 /01 /Jan 07:50

 

  

Personnages principaux  

 

LA PRESIDENCE

Le Président

Hervé Tallec, 39 ans, premier conseiller

Michel Cervoz, 47 ans, directeur de cabinet

Catherine Liancourt, secrétaire particulière

                        

PERSONNALITES DE LA MAJORITE

Charles Forneray, 56 ans, Premier ministre

Noël Sermiand, 55 ans, ancien ministre de l’Intérieur, président du « Mouvement Républicain », principal parti de la majorité

Nicole Hougret, 49 ans, ministre de l’Emploi, vice-présidente du Mouvement Républicain (MR)

Emmanuel Romano, 40 ans, ministre des Universités et de la Recherche

André Sertanoff, 57 ans, ministre de l’Economie et des Finances

Jacques Durand-Wilème, 62 ans, sénateur, président du « Centre Réformateur », parti allié du « Mouvement Républicain »

Jean-Marie Ferneville, 71 ans, président du Sénat, MR

Irénée Gavinel, 45 ans, président des «   Sociaux Libéraux »,  petit parti de centre gauche qui a rejoint la majorité lors de l‘ élection présidentielle.

Claire Germaniaud, 48 ans, directrice de cabinet du Premier ministre

Nessim Tarik, 37 ans, conseiller politique du Premier ministre et son porte-parole

 

PERSONNALITES DE L’OPPOSITION

Henri Schmidt-Vercel, 60 ans, député, secrétaire général du « Parti Démocrate Socialiste », principal parti d’opposition de gauche

Hélène Rossio, 58 ans, députée, chargée des questions internationales du PDS

Jean-Louis Frey,  69 ans, sénateur,

Louise Fanchinelle, 49 ans, députée européenne, animatrice du courant « Toujours A Gauche » (TAG),  du PDS

Nicolas Brochet, 58 ans, député, centriste d’opposition, président du « Parti Humaniste de la Réforme »

Chantal Morellot, 39 ans, porte-parole des « Ecologistes Radicaux »

Henri Beringer, 68 ans, président du « Front Patriotique », extrême droite

 

AUTRES PERSONNALITES

François Lachise, 65 ans, industriel

Lucien Drivet, 42 ans, avocat, secrétaire général du club de réflexion « Les Modernes Causeries du Lundi »

 

XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX

Résumé des pages précédentes : Dimanche soir : le Président a  regardé, dans le bureau de son conseiller Hervé Tallec, son allocution télévisée par laquelle il annonçait sa démission et les réactions qu’elle avait provoqué… Le lendemain matin, il reçoit son Premier ministre Charles Forneray, pour lui expliquer les motivations de sa démission.  Le même jour, réactions et réflexions stratégiques dans les partis politiques et autour de « leaders » de la majorité et de l’opposition…Le Premier ministre a réuni ses conseillers... 

 

 

Tous s’assirent autour de la table, débarrassée de ses journaux, le Premier ministre face à la fenêtre donnant sur le magnifique parc, le plus vaste et le plus beau certainement de tous les ministères. Il commença à parler, lentement, de cette voix calme et basse qu’il utilisait toujours au début de ses interventions pour forcer au silence et à l’attention.

-                    J’ai vu le Président ce matin. Il m’avait déjà laissé entrevoir, il y a quelques jours, une démission possible, je ne vous en  avais pas parlé parce qu’il ne me paraissait pas encore tout à fait décidé. Je n’ai donc été qu’à moitié surpris, surtout en réalité par la soudaineté de l’annonce, plus que par l’annonce elle-même.   Il donne une raison principale à sa démission : l’hostilité de sa majorité et l’opposition du Mouvement à ses réformes. Ce n’est pas faux, mais ce renoncement ne me paraît pas aller tout à fait avec son tempérament. Il y ajoute sa lassitude, le manque d’appétit pour un deuxième mandat et l’envie de « faire autre chose ». Sa femme a, je pense, joué un rôle non négligeable et le petit Tallec aussi qui prend sur lui une influence surprenante. En tous cas, je l’ai trouvé assez serein, un peu triste, mais serein. Voilà pour le Président. Maintenant, que faisons-nous ? Comment voyez-vous les choses ?

-                    La situation est assez simple, commença Claire Germaniaud, après un rapide regard autour de la table pour s’assurer que personne ne souhaitait prendre la parole. Elle poursuivit…

-                    L’élection présidentielle aura lieu dans un mois et il n’est pas impossible que des législatives suivent. La situation est donc cruciale et il ne faut pas perdre de temps.  Malgré la conjoncture difficile, la victoire est possible à condition que la majorité sache se regrouper autour d’un unique  candidat, qui ne peut être que vous, Charles. Mais nous savons bien qu’ils sont au moins trois à avoir le désir ou l’intention de se présenter : chez nous, le président du Mouvement, Noël Sermiand, et la ministre et nouvelle favorite, Nicole Hougret, auxquels s’ajoute Jacques Durand-Wilème pour  les centristes…peut-être un ou deux autres, comme le Président du Sénat qui s’installe tout à l’heure et à qui l’intérim peut donner des idées et réveiller une ambition qui ne l’a jamais vraiment quitté, même s’il s’est toujours efforcé d’en dissimuler l’intensité. Il faut donc que vous vous déclariez très vite, en essayant d’amadouer les autres et d’abord Sermiand, et en  obtenant le soutien public du Président.

-                    A ce propos, pardonnez-moi de vous interrompre, Claire, j’ai essayé ce matin d’obtenir ce soutien, le Président  a été amical, charmant, mais évasif. Il faudra revenir à la charge mais je ne suis pas persuadé qu’il veuille se prononcer ! Mais, continuez, je vous en prie.

-                     J’avais terminé, il faut, en tous cas, aller vite, très vite, ne pas se faire griller, afin que ce soient les autres qui apparaissent comme des candidats de division s’ils décident de se présenter. Je suppose que Sermiand pense la même chose, il faut donc essayer de le devancer. Il n’y a pas de temps à perdre. 

-                    La passation doit avoir lieu à 18 heures, vous ne voudriez tout de même pas que je me prononce avant ou  dans la foulée ?  demanda Charles Forneray 

-                    Attention, Monsieur le Premier ministre, intervint la chargée de communication, sentencieuse comme il se doit,  de ne pas donner l’impression de vous précipiter comme un héritier pressé de récupérer  la succession. Nous sommes tout de même dans une situation empreinte de gravité, et vous précipiter pourrait être compris comme faisant passer votre ambition avant l’intérêt des Français. Je conseillerais plutôt d’attendre au moins jusqu’à demain soir.

-                    Il y a un autre point que je voudrais soulever. Les candidatures doivent-elles être directes, ou faut-il les  soumettre au parti qui tranchera. Noël Sermiand ne va-t-il pas proposer cette procédure ?

-                    Je ne pense pas qu’il le fasse, dit Claire Germaniaud.  Personne aujourd’hui n’est certain du choix que ferait le parti. Noël Sermiand n’a pas encore eu le temps, depuis sa démission de l’Intérieur, de le  prendre totalement en mains, et puis,  s’engager dans une campagne interne de plusieurs jours, alors que le temps est compté, serait inconséquent.  Il ne pourrait le proposer, qu’en dernier ressort,  s’il se sentait totalement distancé, mais alors cela n’aura plus d’intérêt et on pourrait le négliger.

-                    Nessim, votre avis sur tout cela.

-                    Je crois, Monsieur le Premier ministre, que vous devez vous prononcer très vite, je ne serais pas étonné que Noël Sermiand le fasse aujourd’hui même…d’ailleurs il vous aurait appelé, pour discuter avec vous, s’il n’avait pas l’intention de vous griller la politesse. J’aurais tendance à vous conseiller de vous déclarer des 18 heures 30, juste après la passation de pouvoir. Et puis le soutien du Président, de « l’encore président », dans une déclaration publique ou au moins une adresse au parti,    me parait essentiel.  Dans deux jours, il ne pèsera plus, mais aujourd’hui il a encore un peu de poids, tout le monde est sous le choc. Je peux appeler  Hervé Tallec, je m’entends bien avec lui,   ou Claire peut appeler son homologue, Michel Cervoz, pour leur demander d’en parler au Président.

-                    Je peux évidemment le faire, dit Claire Germaniaud, mais une conversation directe entre le Premier ministre et  le  Président serait plus efficace di-t-elle en se tournant vers Charles Forneray, qui restait silencieux, son regard tourné vers le parc.

-                    Bon, le problème c’est que vos avis,  quoique  différents, me semblent tous excellents…C’est l’ennui d’avoir des gens trop intelligents comme collaborateurs –il souriait plutôt gentiment- je crois tout de même que je vais, pour annoncer ma candidature, choisir une voie moyenne. Pas aujourd’hui, cela manquerait d’élégance, et demain soir serait sans doute trop tardif. Disons demain vers midi, ça vous convient ?…Il les regardait l’un après l’autre…L’accord parut se faire sur cette formule.

-                    Claire,  préparez-moi une déclaration, courte, un peu solennelle, très tournée vers les Français. Et hommage appuyé au Président, bien sûr. Je vais l’appeler, pour tenter d’obtenir son soutien comme vous me le conseillez. Bien, passons maintenant au programme. Nessim, c’est vous qui menez cela, avec la « Commission P » on y a déjà travaillé, tous ensemble, mais maintenant il faut trancher et choisir… Peut-on voir cela demain matin ? Une idée de  slogan (pressez  l’agence),  les trois thèmes forts sur lesquels se jouera l’élection et sur lesquels on doit être imaginatifs et sérieux,  et bien sûr les grandes lignes du reste. On dit 8 heures demain matin ?

-                    Entendu, Monsieur le Premier ministre.

-                    Alors à demain…Claire, vous voulez bien rester…

 

 

Alors que ses conseillers sortaient, il prit une communication avec un député de sa région, et s’apprêta à recevoir André Sertanoff, le ministre de l’économie et des finances, et la ministre de l’industrie pour arbitrer dans un projet de loi en cours, dont l’examen était suspendu  mais,  démission du Président, candidature ou pas, il était toujours le Premier ministre et devait faire avancer les dossiers. Il demanda à sa secrétaire de prendre un rendez-vous téléphonique avec le Président et fit entrer les deux ministres. 

-  Asseyez-vous…Si vous le voulez bien, nous passons directement à notre affaire de charges sur les entreprises. Sur l’autre sujet qui vous occupe certainement on en dira un mot en fin de réunion, si on a le temps.

 

Malgré la déception qu’il put lire sur  le visage  d’André Sertanoff, il s’adressa immédiatement à la ministre des entreprises et de la relance de l’industrie «  alors Christine, veux-tu encore essayer de nous  convaincre de la justesse et de l’intérêt de ta proposition ? Nous t’écoutons… »

 

A 16 heures il appela le Président qui lui assura qu’il le soutenait, bien évidemment, et qu’il le ferait savoir au plus tôt.

A 16 heures 40, tomba  un communiqué  de Noël Sermiand, le président du « Mouvement Républicain », principal parti de la majorité :

« La décision digne et  respectable du Président de la République de renoncer à son mandat, nous a tous surpris et affectés. Après quatre années durant lesquelles de profondes réformes ont transformé notre pays, le Président, prenant acte des difficultés et des incertitudes, donne la parole aux Français pour décider de la voie à suivre. Pour poursuivre son action, avec de nouveaux moyens et une énergie nouvelle, j’ai décidé de me présenter à la prochaine élection présidentielle. Vive la République. Vive la France. »

 

Nicole Hougret, dont les réactions se font rarement attendre, appela immédiatement Charles Forneray, pour lui annoncer qu’elle avait, elle aussi, l’intention de se déclarer candidate.

-                    D’autant que la candidature de Sermiand va être clairement orientée à droite, ce qui rend absolument nécessaire que soit représentée la famille sociale du Mouvement.

-                    Cela ne va pas simplifier les choses. Réfléchis bien, Nicole, on risque d’aller tous au casse-pipe.

-                     C’est tout réfléchi, je me présente et tu peux me croire, j’irai jusqu’au bout. Que vas-tu faire toi ? Tu te présentes, bien sûr… 

-                    J’y réfléchis sérieusement.

-                    Allez, pas de langue de bois s’il te plaît. Tu te présentes c’est évident. Quand vas-tu parler ?

-                    Demain, je ne sais pas encore dans quelles conditions, cela te ferait-il changer d’avis ?

-                    Certainement pas. Au contraire. Et puis il est peut-être bon que la majorité ne soit pas représentée que par des hommes…On nous le reproche suffisamment.  Je parlerai après toi, et ce sera pour annoncer ma candidature.

-                    Je crois que Noël a eu tort de se précipiter, avant même la passation des pouvoirs. Il a voulu se déclarer avant moi, pour me faire apparaître comme un diviseur.  Ce n’est pas très élégant et  va renforcer son image d’ambitieux trop pressé.

-                    Peut-être... Mais je crois que  cette déclaration lui donne tout de même de l’avance sur toi et te mettra dans la position de  suiveur, ce qui n’est jamais très valorisant, tu en conviendras. Il n’a peut-être pas si mal joué, il est fort tu sais. Préviens-moi juste avant ta déclaration, que je puisse caler la mienne, sans trop te gêner.

-                    Réfléchis encore. A bientôt Nicole. Je t’embrasse.

 

... A SUIVRE...

 

Marc d'Héré 


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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

 

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 

J'ai quitté le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalisme et la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion.  Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle et j'ai adhéré à  La  Gauche Moderne. Aujourd'hui je suis animateur du  club politique le "Cercle des Libertés Egales" qui soutient la politique de réformes et la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle. 

 

J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant.

En février 2010, "Plus belle la gauche" avec Gilles Casanova aux éditions de Passy

En  mai 2011 "La déclaration du Président",  encore aux éditions de Passy

 

 

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