Réflexion politique

Jeudi 10 décembre 2009 4 10 12 2009 14:38

Rappel d'un texte déjà publié...


Par Jacques Marseille, Le Point du 10 09 09
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Il faut lire Daniel Cohen (1).
Rares sont en effet les économistes qui possèdent à ce point l’art de la pédagogie et de la synthèse. Faire comprendre Adam Smith, Malthus, Ricardo, Marx, Jean-Baptiste Say, Schumpeter, Kondratiev ou Keynes en quelques lignes accessibles à tous n’est pas à la portée du premier venu. Mais il faut aussi lire Daniel Cohen, proche de la gauche, président du conseil scientifique de la Fondation Jean-Jaurès et signataire de la liste des économistes ayant soutenu Ségolène Royal pour l’élection présidentielle de 2007. On prend ainsi la mesure des inquiétudes nourries et diffusées par nos élites face à la crise économique et au devenir du monde.


La thèse développée dans « La prospérité du vice »
témoigne d’une vision de l’histoire économique occidentale fort pessimiste. « Le principal risque du XXIe siècle, peut-on lire dès les premières lignes, tient moins à la confrontation des cultures ou des religions qu’à celui d’une répétition, au niveau planétaire, de l’histoire de l’Occident lui-même... L’Europe a fini dans la barbarie de la Seconde Guerre mondiale le bref espace de temps au cours duquel, à compter du XVIe siècle, elle fut l’épicentre de l’histoire humaine. Qui peut jurer que l’Asie échappera aujourd’hui à ce destin tragique ? »


« Destin tragique », tel serait en résumé l’histoire de l’Occident depuis la formidable expansion portugaise du XVe siècle et la découverte des Amériques au XVIe siècle. Uniquement guidée par le calcul de ses intérêts, fondant sa révolution industrielle sur la traite des esclaves africains, noyée dans les « eaux glacées du calcul égoïste », pour reprendre la formule de Marx à l’égard de la bourgeoisie, se nourrissant de l’accroissement des inégalités et de la misère des classes populaires, jalouse de ses frontières et épuisée par les querelles entre Etats-nations, l’Europe aurait fini sa course dans le suicide collectif des deux guerres mondiales. Un risque qui, selon Daniel Cohen, pourrait se répéter dans la mesure où « ni la richesse ni même l’éducation ne rendent meilleur un homme qui est mauvais » . Certes, on pourrait penser que l’actualité donne du crédit à cette vision «inquiète » sinon sinistre de l’histoire de l’Occident.
Si les hommes sont aujourd’hui incomparablement plus riches qu’il y a trente ou cinquante ans, ils ne sont pas plus heureux. Les massacres de Yougoslavie et du Rwanda, les conflits qui surgissent aux quatre coins du monde comme la violence des attentats terroristes ont douché les espoirs de paix universelle provoqués par la chute du mur de Berlin. Le krach financier de 2007-2008 réveille le spectre de 1929. L’entrée de la Chine et de l’Inde dans le monde industriel renforce la menace du krach écologique.


Cette vision tragique de l’histoire de l’Occident
ne correspond pas tout à fait à la réalité. Comme l’ont montré les recherches historiques, la thèse qui assigne aux traites négrières et à la colonisation un rôle important dans la révolution industrielle occidentale est difficilement défendable. Au XVIIIe siècle, les bénéfices moyens annuels de la traite ne dépassent pas 2,6 % pour les Hollandais, 4 % à 6 % pour les Nantais et 10 % pour les Anglais, soit moins que d’autres placements.
Comme l’a bien aussi montré David Landes, dont l’ouvrage « Richesse et pauvreté des nations » (Albin Michel, 2000) inspire fortement la première partie de « La prospérité du vice », l’Europe de l’Ouest a été le premier moteur du développement et de la modernité, et cela s’est fait dans le sens du « bien », même si la puissance intellectuelle a souvent été employée de manière abusive à des fins destructrices et mauvaises.


La monstrueuse tuerie de 1914-1918,
qui défie encore la raison, doit moins aux tensions économiques qui étaient en voie d’apaisement qu’à l’acceptation par les élites et l’opinion que la guerre était « inévitable ». La crise de 1929 doit beaucoup plus aux conséquences dramatiques de cette guerre sur les économies et les sociétés de l’Europe occidentale qu’à la cupidité des marchés financiers américains.
Enfin, la Seconde Guerre mondiale échappe largement à la rationalité économique et s’explique moins par l’effondrement du commerce international que par les conséquences du traité de Versailles, l’humiliation infligée au peuple allemand et sa fusion dans un « mythe du chef » perçu comme la personnification de la nation et le noble champion de l’intérêt national (voir Ian Kershaw). Autant de révisions historiques qui nous invitent à ne pas attribuer aux « vices » du capitalisme occidental la responsabilité de tous nos « malheurs ». Que nous ont finalement proposé les expériences « socialistes »? La fierté d’une histoire acceptée et la vision (optimiste) de ses acquis sont sans doute aujourd’hui le meilleur des antidépresseurs.

Jacques Marseille, Le Point 10 09 09
 

1. Daniel Cohen, « La prospérité du vice » (Albin Michel, 2009, 19 E ).

Par Jacques Marseille, Le Point - Communauté : Pour un libéralisme humaniste - Voir les commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 12 2009 12:30

L'inquiétude des Français ne s'accompagne pas d'une volonté de remise en cause du système politique. Analyse de Pascal Perrineau,  directeur du Cevipof, Le Figaro du 02 12 09

 

 

 

La crise économique et financière qui a éclaté à l'été 2008 est la crise la plus importante que le capitalisme ait connue depuis celle de 1929. Les effets politiques de cette dernière furent délétères : Hitler arriva au pouvoir en 1933, une vague autoritaire s'étendit sur l'Europe et la démocratie libérale fut sur la défensive, particulièrement en France, avant de céder elle aussi la place à la dictature. Quatre-vingts ans plus tard, c'est souvent au prisme de la crise de 1929 qu'est pensée la question des effets politiques de la crise.


Dans de très nombreuses réactions d'acteurs politiques et d'intellectuels, on insiste sur le caractère menaçant des effets politiques de la crise. Le 16 septembre 2008, l'homme d'affaires Georges Pébereau précise dans un article du journal Le Monde : «… nous sommes dans une période prérévolutionnaire ». L'ancien premier ministre Dominique de Villepin reprend cette antienne en avril 2009 en déclarant qu'il «existe un risque révolutionnaire en France ». Olivier Besancenot prophétise le 1er septembre 2009 sur RMC : «Il faudra que ça pète. » Dans un discours du 29 janvier 2009, le président de la République parle des risques d'un «nouveau totalitarisme». Un même type d'approche est repris par les analystes quel que soit leur bord.
À titre d'exemple, Nicolas Baverez, le 16 août 2009, déclare : «La déstabilisation des classes moyennes par le chômage de masse peut mettre en péril la démocratie.» Même si l'on avance que «l'Histoire ne repasse pas les plats», il y a de manière omniprésente la référence aux années 1930 et aux perturbations politiques majeures qu'elles ont connues. Au regard de la France de ces années-là, la situation politique actuelle est pourtant bien différente.

 

Situation très contrastée

 

À l'époque, les partis extrêmes du PCF aux ligues fascisantes comptaient presque un million d'adhérents. Qu'en est-il aujourd'hui ? La crise n'a déclenché aucune dynamique militante. Les formations extrémistes restent très faibles : le Front national compte quelques dizaines de milliers d'adhérents, quant au Nouveau Parti anticapitaliste, avec 9 000 adhérents, il ne fait pas recette. Bien qu'active dans l'animation de certains mouvements sociaux, l'extrême gauche est loin d'avoir les moyens de son «grand soir».


La situation dans les urnes est également très contrastée. La crise de 1929 avait nourri en son sein une poussée électorale des extrémismes en France et ailleurs. Aujourd'hui le message envoyé par les urnes semble être beaucoup plus modéré. Si l'on prend comme référence les élections européennes de juin 2009 dans les vingt-sept pays de l'Union et avec la prudence qu'implique une participation faible (40,6 % des inscrits), la plupart des majorités de droite modérée au pouvoir ont été sinon plébiscitées du moins soutenues (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas). Dans l'Hexagone, on a pu constater une progression de l'extrême gauche (de 3,3 % en 2004 à 6,1 % en 2009) mais aussi un déclin de l'extrême droite (de 9,8 % en 2004 à 6,3 % en 2009). Dans l'ensemble, les forces extrémistes ne représentent qu'un modeste poids d'environ 12,5 % équivalent à celui de 2004.

 

 


Dans un récent sondage Ifop-Valeurs actuelles du 2 novembre 2009 sur les intentions de vote pour une élection présidentielle, le rapport de forces est le suivant : Nicolas Sarkozy 28 %, Martine Aubry 20 %, François Bayrou 14 %, Marine Le Pen 11 %, Olivier Besancenot 9 %, Dominique de Villepin 8 %, Cécile Duflot 5 %, Marie-George Buffet 3 %, Nathalie Artaud 1 %, Nicolas Dupont-Aignan 1 %.
Le président sortant arrive largement en tête du 1er tour, les droites rassemblent 48 %, les gauches 38 % et le centre 14 %. Les effets de radicalisation ne sont pas majeurs : l'extrême gauche est en légère hausse (7,1 % en 2007), l'extrême droite est stable (10,7 % en 2007). La première atteint ses meilleurs niveaux chez les jeunes (17 %) et les professions intermédiaires (13 %) particulièrement du secteur public, l'extrême droite gardant un haut niveau d'influence dans la population ouvrière (24 %) et le secteur privé.


Pour l'instant on n'a pas l'impression d'un «arc de forces démocratiques» qui craque sous le poids de la crise. Mais les effets dissolvants de celle-ci n'ont peut-être pas fait toute leur œuvre.


Dernier exutoire de la crise : la rue. Dans les années 1930, nombre de manifestations, qu'elles soient à l'initiative de l'extrême gauche ou de l'extrême droite, dégénéraient. Les morts se comptaient par dizaines, les blessés par milliers. La violence politique était bien portée : le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez, expliquait en 1931 que «les barricades portent la lutte de classe à son niveau le plus élevé ». L'extrême droite n'était pas en reste sur le terrain de la glorification de la violence et Charles Maurras expliquait doctement que sa «violence tend à fonder la sécurité intérieure de (sa) patrie ».

 

Recherche d'alternatives

 

En 2008-2009, nous sommes très loin d'un tel encensement de la violence politique. Certes, aux confins de l'ultragauche, réapparaît une certaine fascination pour une violence parée à nouveau de vertus rédemptrices. Ce courant très minoritaire s'est livré à de véritables saccages à deux reprises, en avril 2009 à Strasbourg dans le cadre de manifestations contre l'Otan puis en octobre à Poitiers lors de la réunion d'un collectif anticarcéral. Cette violence aux confins du terrain sociétal et du terrain politique est le symptôme d'une délinquance qui charrie son lot de malaises liés à la crise et qui est sensible dans le fait, par exemple, qu'après deux années de tendance baissière, les statistiques de la délinquance ont enregistré en août 2009 une forte poussée des vols avec violence sur les douze derniers mois.

 


La crise a des effets perturbateurs mais elle n'a aucun impact  radicalisation politique massive. En cela, nous sommes loin du scénario de 1929 et des années qui suivirent. Et pourtant, la France a un potentiel protestataire non négligeable. Dans une enquête internationale réalisée dans vingt-sept pays, un an après le déclenchement de la crise financière, la France est : le pays où la minorité demandeuse d'un autre système que celui du capitalisme de libre-échange est la plus forte : 43 % de nos concitoyens pensent qu'un tel système «est dans l'erreur et que l'on a besoin d'un autre système», ils ne sont que 29 % en Italie et en Espagne, 19 % en Grande-Bretagne, 13 % aux États-Unis et 9 % en Allemagne.

C'est en France, cette fois-ci derrière le Brésil et le Chili, que la demande d'intervention croissante du gouvernement dans la régulation des entreprises est la plus forte : 76 % contre 73 % en Espagne, 70 % en Italie, 56 % en Grande-Bretagne, 45 % en Allemagne et 43 % aux États-Unis. Cette demande interventionniste va même en France jusqu'à une demande majoritaire de contrôle plus étroit des grandes industries par le gouvernement : 57 % contre 53 % en Italie, 45 % en Espagne, 40 % en Grande-Bretagne, 31 % en Allemagne et 24 % aux États-Unis.
Cette demande de contrôle s'enracine dans un pessimisme français particulier à la fois vis-à-vis de la crise, mais aussi vis-à-vis de la mondialisation et de l'Europe. 64 % des Français pensent en novembre 2009 que «le pire de la crise reste encore à venir » (Sofres). Parmi les grands pays d'Europe (Eurobaromètre n° 71 de septembre 2009), l'opinion française est une des plus négatives sur l'état de l'économie nationale (87 % des Français considèrent que la situation de l'économie française est très ou plutôt mauvaise contre 78 % en moyenne dans l'Union européenne), 73 % pensent que la mondialisation constitue une menace pour l'emploi et les entreprises en France (contre 42 %) et 51 % que l'Union européenne ne nous aide plutôt pas ou pas du tout à nous protéger des effets négatifs de la mondialisation (contre 36 % dans l'ensemble de l'Union).

Nombre de Français ne sont pas contents du monde tel qu'il va et sont à la recherche d'alternatives. Mais contrairement aux années 1930, cette recherche d'alternatives se fait sans remettre en cause le système politique.
La protestation sourd mais s'inscrit dans une demande de réforme du système économique et social qui n'a rien à voir avec la recherche de «lendemains qui chantent», caractéristique des années 1930 et qui avait débouché sur la lugubre musique du totalitarisme.

Pascal Perrineau
Directeur du Cevipof

Par Pascal Perrineau, Cevipof - Communauté : Politique française - Voir les commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 11 2009 06:34

Poursuite du débat sur l'identité nationale...Une réflexion de Gilbert Veyret
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« Quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité, à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourmente et m’interroge ?  Les forces contradictoires d’hier et d’aujourd’hui, accrochées les unes aux autres, ne cessent d’engendrer, d’être une histoire profonde sur laquelle la France dérive. Ces forces seront encore là demain sur lesquelles tout se construit, tout, à l’occasion, peut se détruire, sans que l’on en devine toujours les vraies raisons et moins encore l’heure exacte »
écrivait F. Braudel en introduction à ses ouvrages sur « L’identité de la France ». Car cet historien ne voulait pas « qu’on s’amuse avec l’identité », mais il se demandait, en citant T. Zeldin, si «  le changement le plus radical survenu en France n’était pas la perte, pour les Français, du contrôle de leur destin »

Après avoir affirmé, en début de mandat, qu’il voulait conduire une véritable « politique de civilisation » Nicolas Sarkozy semble se demander, à mi mandat, qui sommes-nous réellement pour pouvoir relever un tel défi ?

 

Une géologie de strates superposées ou agglomérées au cours des siècles ?

L’opposition politique et la majorité des observateurs lui ont reproché d’avoir lié cette interrogation, teintée d’une humilité, à laquelle il ne nous avait pas habitués, avec le thème de l’immigration habituellement utilisé pour rallier le vote de ceux qui  en ont peur.

Ces arrière-pensées supposées ont évidemment vicié le débat à l’origine, chacun étant prié de se positionner selon son camp pour ou contre un débat qui se résumerait grossièrement en «  Trouvez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ?»

Il faut donc prendre le risque du simplisme pour éviter de sombrer dans le manichéisme.

L’identité nationale est bien évidemment le résultat, toujours très temporaire, de ses apports successifs.

Pendant des siècles, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’immigrés mais d’envahisseurs.


Citons, seulement quelques exemples : Vikings et Normands, Germains et Francs, qui nous ont d’ailleurs fourni notre appellation, Romains nous ont tous envahis, pillés, et finalement enrichis. Je sais bien qu’Astérix est considéré comme un héro de la résistance, défenseur de nos valeurs, face à l’envahisseur Romain. Mais qui peut nier que notre héritage Gallo-Romain, doit beaucoup à ces derniers
[1].


Les Arabes ont, sans doute, été bloqués trop tôt, à l’issue de cette bataille de Poitiers tant célébrée, pour nous faire bénéficier de tous les apports culturels et économiques qui ont permis l’âge d’or Andalous.

Quand l’Etat et la nation sont devenus assez forts pour dissuader ou repousser les envahisseurs, ce sont des groupes ou des familles qui ont choisi de venir résider en France, avec leur culture propre, leurs techniques, leur esprit d’entreprise. Ils y étaient souvent poussés par l’oppression politique ou la misère économique qu’ils subissaient dans leur pays d’origine. Ils avaient, le plus souvent, à cœur de prouver, de se prouver qu’ils étaient capables de réussir dans un contexte plus favorable. Et le plus souvent ils devenaient français.


En sens inverse, notre pays s’est sensiblement appauvri, au profit des Flandres, lorsque la « Révocation de l’Edit de Nantes » a chassé un grand nombre de protestants français.

Quelle est cette alchimie qui a permis à toutes ces strates successives, ces péripéties glorieuses, piteuses, tragiques, familières de composer ce pays chaque fois un peu différent, « divers jusqu’à l’absurde » disait Braudel ?  Le creuset est-il brisé ?


L’Etat y a toujours joué un très grand rôle, avec cette volonté de dégager un plus grand commun dénominateur, notamment à travers l’éducation nationale, réussissant à gommer l’essentiel des différences d’origines géographiques, de religions, de classes sociales, pour en faire des patriotes français capables, le cas échéant, de mourir pour leur pays, même s’ils y avaient été accueillis de fraiche date et pas toujours très bien.

Un fond commun de racines judéo-chrétiennes, de philosophie grecque, de droit romain a abouti à cet apogée du siècle des Lumières et sa philosophie des Droits de l’Homme à laquelle tous les immigrés ont longtemps adhéré, explicitement ou implicitement.

 

Une identité fortement marquée de manichéisme guerrier

Ce patriotisme naturel apparaît de façon théâtrale dans « La grande illusion » de Jean Renoir.(1937)

Le capitaine de Boëldieu, a beaucoup plus d’affinités culturelles, de goûts communs avec son geôlier, aristocrate Allemand; qu’avec ses camarades de captivité, le lieutenant Maréchal, d’origine prolétaire et le lieutenant Rosenthal, juif. Pourtant, il sacrifiera sa vie pour permettre l’évasion des deux autres, au désespoir de l’officier allemand, obligé d’abattre celui avec qui il aurait eu, en d’autres temps, tant de plaisir à partager un souper ou une partie de chasse.


Pendant cette première guerre mondiale, ce choix était simple, évident et tragique. La défense de la patrie avant tout autre clivage. La gratuité de cet héroïsme apparaît aujourd’hui bien vaine, après le spectacle de H. Kohl et F. Mitterrand se tenant par la main devant le mémorial de la bataille de Verdun, puis de A. Merkel défilant sur les Champs Elysées avec N. Sarkozy pour célébrer l’armistice du 11 novembre.

Ces chanceliers et présidents auront beaucoup fait pour saper un des fondements, historiquement daté, des identités nationales de nos deux pays, pendant des siècles. L’histoire leur reconnaitra ce mérite, même s’ils doivent maintenant  peiner un peu pour retrouver ou plutôt bricoler de nouveaux marqueurs de nos identités.

Une guerre plus tard, Missak. Manouchian et les résistants étrangers de « l’affiche rouge » se battaient  surtout pour la défense de la liberté et d’une certaine vision de l’homme, en se faisant tuer pour la France, dont ils n’étaient pas encore citoyens.


Les tirailleurs Algériens ou Sénégalais que l’on voie dans le film « Indigènes » sont dans une situation beaucoup plus ambiguë, puisqu’ils se battent pour leur puissance coloniale, mais aussi des valeurs de civilisation dont on leur a fait croire qu’ils en étaient partie prenante et que l’on a dédaignés sitôt la guerre gagnée.

 Une bonne part des luttes de la décolonisation et des rancœurs, encore actuelles, proviennent de ce malentendu et cette humiliation qui a profondément déchiré ce pacte républicain.


Citoyens et gouvernants ne semblent plus savoir ce qui fonde aujourd’hui ce pacte républicain. On ne saurait reprocher au gouvernement d’avoir la sincérité, la naïveté ou l’hypocrisie de se poser et de nous poser la question
[2], même si l’authenticité n’est pas un trait dominant chez les responsables politiques, spécialement à la veille de consultations électorales qu’ils jugent importantes.

 

Quels marqueurs de substitution ?

Le questionnaire, envoyé dans les préfectures, par le « ministère de l’immigration, l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », selon cet étrange intitulé fourre-tout, propose à la discussion toute une série de valeurs et de symboles. Nous n’avons pas la place de les examiner l’une après l’autre, mais on ne peut qu’être surpris par leur hétérogénéité. 


Comment mesurer des valeurs communes entre la République, la liberté et l’égalité hommes/femmes  ou l’entreprise, si ce n’est pour nous dire que l’identité est un conglomérat de valeurs très composites dans lesquelles chacun ou chaque communauté peut y mettre ce qui correspond à son propre paradigme.

Prenons seulement quelques symboles cités comme Marianne qui évoque plus pour moi les charmes éphémères d’actrices en vogue, à une certaine époque, exposés opportunément dans les salles des mariages des mairies. Personnellement, je serais plus sensible au bonnet Phrygien, symbole révolutionnaire rappelant la coiffe portée par les esclaves affranchis Grecs et Romains. Mais je n’engagerai surtout pas de guerre de religion autour de ces ornements de la République !


Je peux imaginer le contexte dans lequel a été composée « La Marseillaise ». Cet hymne guerrier  devait donner du cœur à l’ouvrage aux jeunes troupes appelées à affronter cette large coalition, comportant notamment des Français émigrés, à Jemmapes ou Valmy ; comme à d’autres époques un coup de rhum aidait à sortir des tranchées. Mais, peut-on encore chanter aujourd’hui, sans frémir, cet appel raciste au meurtre pour qu’un « sang impur abreuve nos sillons » A qui appartiendrait ce sang impur ? Aux Autrichiens, aux Allemands ? La justice a condamné les propos violents de rappeurs pour moins que cela ! Faut-il évoquer « ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes » à l’ouverture de matchs qui, rappelons le, consistent seulement à faire entrer un ballon entre des poteaux, plus souvent que l’équipe adverse !
[3]

Il est vrai que le football est devenu la « métaphorisation de l’appartenance à une collectivité, ville ou nation, par le biais de l’équipe qui l’incarne »[4]  Le football, comme prolongation de la guerre par d’autres moyens, avec les violences et les manifestations de racisme qu’il entraîne, dans et en dehors des stades, est bien une perversion de ce besoin identitaire, exprimé par des populations qui souffrent de la dilution.des liens sociaux.[5]

 

Identité nationale : acceptation de déterminismes historiques ou volonté de défendre des intérêts communs et de poursuivre des buts collectifs ?

 Ce vieux débat entre Barrès, pour qui le nationalisme est l’acceptation d’un déterminisme et Renan pour qui la nation ce « plébiscite de tous les jours » est un projet collectif composé des « sacrifices que l’on a faits et ceux que l’on est disposé à faire encore »  n’est pas vraiment dépassé, même si ce n’est plus le marqueur qui a longtemps distingué la droite de la gauche en France.


Le corporatisme, les revendications catégorielles, les diverses formes de communautarisme qui paralysent si souvent l’action publique, ne seraient que la sanction de l’absence d’un projet collectif, admis par le plus grand nombre. Chacun reconnaît aisément que : « Le respect de la diversité, loin de consister en une négation des identités, doit constamment veiller à vérifier avec vigilance qu’aucune d’entre elles ne devienne meurtrière ou simplement dominatrice » Jean Daniel  Nouvel Obs.26/11

 

On semble pourtant ne plus parvenir à rétablir un équilibre entre un nivellement gommant toutes nos différences, au nom d’un idéal républicain uniforme et abstrait et une implosion entre de multiples communautés juxtaposées, voire antagonistes.


Cette difficulté à formuler un projet de société, adopté par les diverses composantes de la nation, catégories sociales, Français, de souche ou fraichement immigrés, viendrait-elle de notre vieillissement collectif qui paralyserait les choix politiques, comme il rigidifie les articulations et les artères ?

« Ce cher et vieux pays » invoqué par le Général De Gaulle qui avait encore quelques obstacles à lui faire franchir, serait-il bloqué par l’arthrose ou les successeurs du Général manqueraient ils d’imagination et de volonté politique ?

 « La période où l’esprit est encore actif est la plus belle époque, la jeunesse d’un peuple. Alors les individus sont tous poussés à défendre leur patrie, à faire valoir les buts de leur peuple. Lorsque, tout cela une fois accomplie, apparaît l’habitude de la vie. Et de même que l’homme meurt dans l’habitude de la vie, de même l’Esprit d’un peuple meurt dans la jouissance de lui-même….  Il se peut que renonçant à certains aspects de son but, le peuple ait trouvé son contentement dans un monde de moindre envergure. Si même son imagination s’est élancée au dessus de ce monde limité, il a renoncé à ces buts parce que la réalité ne s’y prêtait pas et il s’est limité à des tâches réalisables. Il vit désormais dans la satisfaction du but accompli ; il tombe dans la routine où il n’y a plus de place pour la vitalité et avance vers sa mort  naturelle….. Il reste certes remuant, mais cette agitation n’est plus que celle des intérêts privés ; elle ne concerne plus l’intérêt même du peuple. »

 Hegel «  la raison dans l’Histoire »[6]


Nous disposons, depuis le 9 mai 1950, date de la déclaration de Robert Schuman et début de la construction européenne, d’un projet collectif qui transcende nos nations et nous a, d’ores et déjà, apporté plus d’un demi siècle de paix, une liberté et une prospérité économique que nous sommes même parvenus à faire, en partie, partager aux peuples qui avaient vécu sous le joug communiste, après avoir subi le nazisme.

 Cet édifice européen, à la fois complexe et fragile, ne semble plus constituer un projet collectif mobilisateur pour nos concitoyens. Ils auraient même de plus en plus tendance à opposer une volonté nationale chimérique à cette nébuleuse européenne dans laquelle ils redoutent que nos intérêts personnels ou nationaux soient trop dilués.


C’est pourtant bien à la taille européenne que nous avons quelques chances de pouvoir affronter plus efficacement le défi écologique, par de nouvelles formes de développement, de meilleures régulations économiques, une meilleure approche du co développement mondial et des flux migratoires.

Faute de savoir dépasser nos frontières nationales, ce débat sur notre identité, entre tenants d’un républicanisme pur et dur ou d’un communautarisme tempéré, nos dispute sur le nombre acceptable d’immigrés en situation régulière ou pas, ressemblera, de plus en plus, aux fameux débats sur le sexe des anges, quand l’empire romain d’orient s’effondrait.

Gilbert Veyret

 



[1] Le rejet du projet de Constitution européenne par la France en 2005  semblait largement inspiré par les valeurs défendues par ce petit Gaulois sympathique !

[2] Je laisse à chaque lecteur le soin de choisir le mot qui lui convient  en fonction de ses propres choix politiques !

[3] On devrait  plutôt choisir le grand air de la «Damnation de Faust » de Berlioz. C’est moins pompier et moins belliqueux.

[4]  M. Crépon et M de Launay « Libération » 19/11/2009

[5] Cela ne m’empêche pas, à l’occasion, d’apprécier la finesse d’un jeu collectif ou le brio d’exploits individuels, mais de manière purement ludique.

[6] Qu’on me pardonne cette  citation trop longue, mais Hegel me semble avoir mieux répondu que d’autres au questionnement  d’’Eric Besson, même s’il n’a pas pu intégrer la perspective d’élections régionales en France !

Par Gilbert Veyret - Communauté : Centre Gauche - Voir les commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Mercredi 25 novembre 2009 3 25 11 2009 09:58


Plus belle la Gauche.  Pour une gauche moderne

 

Un livre de réflexion politique de Marc d’Héré et Gilles Casanova ( Editions de Passy). Disponible en librairie en mars prochain,  sur Internet et à La Gauche Moderne dès février.

 

La révolution technologique et la mondialisation des échanges ont profondément transformé notre environnement, nos modes de consommation, nos conditions de vie. Une société à dominante industrielle composée de grandes masses homogènes a laissé place à  une société  fragmentée, où les attentes   s’individualisent,    où la concurrence s’exacerbe,  où les liens sociaux se distendent.   Cette  mutation mal appréhendée, l’affaiblissement des repères traditionnels, la perte d’énergie de la démocratie, la persistance d’inégalités injustifiables,  sont la source d’un malaise collectif  que la crise économique mondiale est venue aggraver. Le sentiment d’abattement, la morosité, le retrait civique, ou à l’inverse la violence,  qui en résultent,  nous contraignent  à chercher des solutions qui ne peuvent être celles d’hier.

 

La gauche aurait dû, mieux que d’autres, proposer les voies de ce changement nécessaire.  Mais, les socialistes français se cantonnent  dans la diabolisation d’un capitalisme jugé définitivement « mauvais », le refus de toute modernisation qualifiée de régression ultra libérale  associé à un illusoire discours de résistance à la mondialisation. Figés dans le respect des vaches sacrées que sont les avantages catégoriels et les situations acquises, ils  ne peuvent offrir de perspective. Révolutionnaires il y a 40 ans quand la gauche européenne était sociale démocrate, les socialistes français se sont – avec remords et regrets - convertis à une social-démocratie dépassée à l’heure où leurs homologues sont devenus sociaux libéraux. Toujours en retard d’une guerre et d’une idée, en regardant l’avenir dans le rétroviseur ils ne font que ressusciter le fantôme de l’économie administrée.

 

Face à cette gauche archaïque et nostalgique, une autre gauche est possible, une gauche moderne qui ait la lucidité et le courage de dire que le progrès social dépend du succès économique et des réformes de structure d’une société qui doit sortir de l’immobilisme. Une gauche qui recherche  l’équilibre entre les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’Etat, entre le « libéral » et  le « social », deux concepts que l’on veut arbitrairement opposer, quand s’impose leur complémentarité.

 

En   répondant,  ici et maintenant,  aux questions que la vie pose aux gens,  en redonnant   confiance dans l’avenir, La Gauche Moderne veut encourager chacun à réagir face aux difficultés, à s’affirmer acteur responsable d’une société de croissance et de justice où tous pourront se voir donner leur  chance, une  « société des possibles »

 

Parce qu’elle pense qu’autour de cette vision et de  ces idées peuvent  se retrouver de nombreux militants et citoyens de sensibilité de gauche, elle a  l’ambition de s’affirmer  comme  un acteur essentiel de la rénovation de la gauche.

 Parce qu’elle estime que seul  Nicolas Sarkozy a la volonté et la capacité d’affronter les conservatismes,  et de mettre en œuvre les changements nécessaires, elle accompagne sa démarche et  agit activement au sein de  la majorité présidentielle.

 

Ce sont les valeurs, les  objectifs, les combats et les propositions de La  Gauche Moderne, que les auteurs,  qui y sont engagés aux côtés de Jean-Marie Bockel  après de longues années militantes au sein de partis de gauche traditionnels,  veulent mettre en évidence dans cette réflexion politique.


Marc d’Héré et Gilles Casanova   

Par Marc d'Here et Gilles Casanova - Communauté : Rénover la gauche - Voir les 3 commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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Lundi 16 novembre 2009 1 16 11 2009 09:16


Article paru dans Le Monde du 06 novembre 09.

 (Extraits)

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui à mi-quinquennat. Dans un entretien au Monde, le premier ministre, François Fillon, dresse le bilan des réformes accomplies depuis deux ans et demi et annonce vouloir réduire les déficits à partir de 2011, parallèlement à l’Allemagne...

Votre coup de sang mardi devant le groupe UMP, était-ce contre le système Sarkozy ?

François FILLON. Ce n’était pas un coup de sang. La Ve République, ce sont des institutions très subtiles qui ne fonctionnent que si chacun est à sa place. Je m’efforce de rester à la mienne. Le débat doit avoir lieu d’abord dans l’enceinte de la majorité avant de se faire sur la place publique. Je pense être le premier ministre le plus présent auprès du Parlement et du groupe UMP. Ce n’est pas dans la presse que je dois apprendre qu’il y a une interrogation sur le volume de l’emprunt. Le président non plus.

[…]

Quel doit être selon vous le montant de l'emprunt ?

Il ne faut pas que la crédibilité française diverge de celle de l'Allemagne. Le montant sera fonction des priorités d'avenir qui seront retenues et de notre capacité d'emprunt supplémentaire. Sur ce sujet, le Trésor évoque un ordre de grandeur de 20 à 30milliards en première analyse.

Lorsque vous dites, à propos de Rama Yade, qu'il faudra tirer les conséquences de son attitude le moment venu, pensez-vous à son limogeage ?

Lorsque l'on est secrétaire d'Etat, on est sous l'autorité d'un ministre. C'est contraignant, mais c'est la règle du jeu. On ne peut pas être au gouvernement et en opposition avec la ligne du gouvernement. Les membres du gouvernement sont porteurs de l'intérêt général, pas seulement des intérêts qui s'expriment auprès de leur ministère.

La démarche des sénateurs, emmenés par Jean-Pierre Raffarin, est-elle légitime?

La méthode est contestable. Le débat sur la taxe professionnelle est difficile. Beaucoup de ceux qui demandent le report de la réforme n'ont pas trouvé la force dans le passé de l'engager. Il y a des marges de négociations au Sénat, mais le gouvernement a posé deux lignes rouges: la suppression de la taxe professionnelle devra être opérationnelle en 2010 et le barème d'imposition sera national, pour ne pas remettre en cause l'avantage donné aux entreprises.

[…]

Comment expliquer à mi-quinquennat que le président de la République soit si bas dans les sondages ?

Il faut regarder cela sur la durée. Hier le président américain perd deux élections partielles, nous, nous les avons gagnées. Le président de la République a engagé un train de réformes sans précédent, le plus important depuis 1958. Il n'est pas anormal qu'il y ait des interrogations, des critiques. C'est une telle rupture! In fine, les critiques disparaissent, lorsque les réformes sont mises en œuvre. Regardez l'université, les régimes spéciaux, le revenu de solidarité active (RSA) et même le travail du dimanche: qui oserait aujourd'hui revenir en arrière? Le bilan se fera à la fin du quinquennat, mais nous avons fait la démonstration que nous avons pu dégripper les moteurs du changement sans remettre en cause le modèle social et culturel français.

Les affaires Frédéric Mitterrand et Jean Sarkozy ne remettent-elles pas en cause un style de gouvernance ?

La dignité avec laquelle les deux ont réagi renvoie leurs procureurs à la réalité de ces polémiques, c'est-à-dire peu de chose.
Tous les ministres qui ont défendu Jean Sarkozy ont-ils eu raison de tenir des propos peu amènes sur la presse? Il ne faut jamais tenir des propos peu amènes sur la presse. C'est inutile. [Rires.]

Souhaitez-vous rester à Matignon après les régionales ?

La question n'est pas de savoir ce que je souhaite. J'ai défendu que, sauf raison politique majeure, une équipe gouvernementale doit durer pour réussir. Aucune équipe soumise à des changements tous les ans, comme cela a été souvent le cas, ne peut réussir. C'est une situation qui n'existe nulle part en Europe.

[…]

Vous annoncez chaque semaine une nouvelle dépense. N'auriez-vous pas intérêt à fixer un cap plus clair et rigoureux sur la gestion des dépenses publiques ?

Du fait de la crise, nous sommes victimes d'un recul de 20% des recettes fiscales. Depuis trois ans, toutes les dépenses de l'Etat sont maintenues à zéro volume, c'est la première fois dans la Ve République et nous allons continuer. Nous avons engagé un effort de réduction de l'emploi public, qui suscite des critiques, mais qui est indispensable et générera à terme des économies importantes. Nous menons des réformes structurelles lourdes (justice, carte militaire, réforme hospitalière et collectivités locales). Enfin, nous avons une croissance des dépenses maladie réduite de moitié.

Je présenterai début 2010 au Parlement une stratégie de finances publiques qui nous donnera les moyens de descendre en dessous des 3% de déficit à l'horizon de 2014, au prix d'ajustements très importants, puisqu'il faudrait faire un effort de réduction de plus de 1% par an. L'objectif est de progresser parallèlement à l'Allemagne, qui s'est fixé comme objectif un équilibre en 2016.

Allez-vous inscrire l'équilibre dans la Constitution ?

Je crois moins à la contrainte constitutionnelle qu'à une vraie prise de conscience nationale sur les efforts à conduire. C'est ce à quoi je m'engage avec le président de la République. En 2010, nous ouvrirons le débat sur les retraites et nous prendrons des décisions. Nous poursuivrons l'effort de maîtrise des dépenses d'assurance-maladie.

Nous avons à peu près les solutions pour maîtriser les dépenses de l'Etat. Si on a un peu de croissance et que les dépenses de l'Etat n'augmentent pas, cette question peut être réglée assez vite. Et je souhaite qu'elle le soit en partenariat avec les collectivités locales, qui doivent partager cet effort.

C'est douloureux… Il faut que chacun regarde ce qui se passe dans le monde. Notre principal concurrent, c'est l'Allemagne, qui perd beaucoup moins de parts de marché au profit de l'Asie. L'industrie automobile française en 1981 avait 10% du marché mondial. Elle en a aujourd'hui 5%. Dans le même temps, l'industrie automobile allemande s'est maintenue, passant de 11% à 10%. Il est donc indispensable de conduire ces réformes pour que notre industrie soit plus compétitive.

Allez-vous prendre des initiatives franco-allemandes ?

Nous avons le projet de conduire de manière cohérente nos politiques financières et économiques. L'Allemagne a fait le choix très courageux de soutenir la croissance avec une politique de baisse d'impôts, qui valide d'une certaine façon les choix que nous avons faits d'accepter des déficits un peu plus importants pour soutenir la croissance. Il faut qu'on garantisse, à l'avenir, une meilleure convergence des politiques française et allemande.

[…]

Craignez-vous une hausse des taux d'intérêt ?

Non. Il n'y a pas de pression inflationniste. Je m'en suis entretenu mardi avec Christian Noyer, le gouverneur de la banque de France.

Allez-vous réviser à la hausse vos prévisions de croissance?

Sans doute, mais rien ne presse.

Etes-vous candidat à la Mairie de Paris ?

Je m'interdis d'avoir des projets. Cela voudrait dire que je ne suis pas complètement à la tâche qui est la mienne. Nous avons tous des désirs, notamment de vivre une vie plus normale. Mais je m'inscris en faux contre l'idée que Matignon est un enfer. Servir son pays est un privilège.

 

Propos recueillis par Françoise Fressoz, Sophie Landrin et Arnaud Leparmentier

 

Par François Fillon dans Le Monde - Communauté : Réformer la France - Voir les 4 commentaires - Publié dans : Réflexion politique
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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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