Parti socialiste

Dimanche 27 septembre 2009 7 27 09 2009 20:36

Par Elie Arié...(aussi publié sur Marianne2
)...

Après la « démocratie participative » de Ségolène Royal, supposée avoir contribué à l’élaboration de son « pacte présidentiel » de 2007, voici maintenant Martine Aubry qui part à la rencontre de « La France qu’on aime »
(pourrait-on définir quelle est « celle qu’on n’aime pas », afin de lui éviter de se déranger ?) pour l’aider à bâtir, grâce à neuf (ce n’est pas beaucoup) « forums participatifs », un « projet de civilisation » (c’est sans doute beaucoup trop). À quoi correspond cette démarche inédite, et propre au seul Parti Socialiste ?

Autrefois, les choix politiques s’opéraient, à l’intérieur du PS, par les luttes de courants, représentant des lignes politiques différentes et arbitrées par les votes des militants lors des Congrès ; aujourd’hui, le ralliement à la même logique européaniste, libérale et marchande que celle de l‘UMP a vidé ces courants de tout contenu idéologique, et les a transformés en simples écuries de présidentiables : le PS s’est trouvé dépolitisé, et réduit à ses seules fonctions de conquête du pouvoir, de sélection des leaders et de distribution des postes : les socialistologues les plus subtils seraient bien en peine de distinguer la moindre différence politique entre les différentes motions du Congrès de Reims.
La politique ayant donc abandonné le PS, celui-ci part à sa recherche auprès des non-militants (ce qui peut sembler paradoxal…) : mais que cherche-t-il exactement auprès d’eux ?

S’agit-il de prendre connaissance de leurs problèmes et de leurs préoccupations, qui auraient été ignorés (ici, les clichés démagogique et populistes vont couler à flots…) par les « technocrates coupés du monde réel et enfermés dans leurs bunkers sous les lambris dorés des salons parisiens, où ils passent leur temps dans l’univers virtuel des dossiers abscons en s’empiffrant de caviar » ? Pour cela, rien ne vaut les sondages, auxquels toutes les entreprises ont constamment recours pour adapter en permanence leurs produits aux demandes les plus fines des consommateurs, méthode bien plus fiable que celle consistant à aller écouter des gens qui réclameront (on le sait d’avance) l’ augmentation de leur pouvoir d’achat, la préservation de leurs emplois, l’amélioration des services publics et de leur qualité de vie.
S’agit-il d’aller plus loin, et d’élaborer avec eux un programme (sans même parler d’un « projet de civilisation », formule qui ne manque pas d’inquiéter, car elle pourrait témoigner de l’incapacité, justement, d’élaborer un programme tranchant de façon claire avec celui de la droite) ?

Ici, on est dans l’irréalisme total : car qui sont « ces gens » avec qui on entend construire quelque chose ? On ne le sait pas : ce seront ceux qui se seront déplacés, et qui ne représenteront qu’eux-mêmes ; on écoutera donc ceux qui voudront diminuer les impôts et ceux qui voudront les augmenter, ceux qui voudront régulariser les sans-papiers et ceux qui voudront renforcer la lutte contre l’immigration, ceux qui voudront que l’on cesse de soutenir les banques et ceux qui voudront qu’on empêche les entreprises de faire faillite, ceux qui voudront augmenter le montant des retraites et ceux qui voudront ramener l’âge de la retraite soit à 55 ans, etc… en espérant qu’on n’en entendra pas trop réclamer le rétablissement de la peine de mort ou l’interdiction de l’ IVG !

Et ensuite, que pourra-t-on faire-t-on de tout cela ? Rien du tout, bien entendu : les choix politiques continueront à être élaborés (heureusement) par la direction du parti, avec la faible marge de manœuvre que lui laissent (malheureusement) les traités de Maastricht, de Nice, d’Amsterdam et bientôt de Lisbonne, qu’il a tous approuvés.

Alors, ces opérations de marketing politique auprès de « la vraie France » (expression qui rappelle la distinction de Charles Maurras –curieuse référence idéologique- entre « la France réelle » et « la France légale ») apparaîtront-elles pour ce qu’elles sont : une mise en scène d’enfumage démocratique pour créer une dynamique purement électoraliste, puisque celle-ci ne pourra venir d’un programme vraiment socialiste impossible à élaborer.

Elie Arié
Par Elie Arié - Communauté : Politique française - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Parti socialiste
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Lundi 20 juillet 2009 1 20 07 2009 16:37


Zaki Laïdi, dans Le Monde du 08 juillet 2009...

La défaite électorale du Parti socialiste aux élections européennes du 7 juin n'est pas une défaite comme les autres. Elle marque l'aboutissement d'un long processus d'affaissement rendant sa survie incertaine. Certes, le risque d'une mort subite est très faible. Mais cela ne rendra paradoxalement l'agonie que plus cruelle.

En la matière, le PS n'est d'ailleurs pas dépourvu de références. Celle de la SFIO, qui mit quinze ans à disparaître comme force politique nationale tout en continuant à prospérer dans ses fiefs locaux. Celle ensuite du Parti communiste, dont chaque défaite conduisait son appareil soit à la nier soit à l'expliquer par un assoupissement idéologique dont il fallait prendre congé.

Le PS conjugue aujourd'hui cette double dynamique. D'un côté, une balkanisation qui conduira les barons locaux à s'émanciper encore bien davantage de Solférino quitte à conclure à la faveur des prochaines élections régionales des alliances à géométrie variables qui ne simplifieront pas la lisibilité politique du PS ou qui l'isoleront si les Verts et le MoDem font localement alliance.

De l'autre, une logique de bunkérisation baptisée rénovation et qui ne vise en réalité qu'à garantir la survie d'un appareil aux abois. Car nous le savons. Si le Parti socialiste décidait de s'interroger sérieusement sur les causes profondes de son recul, il ne pourrait que conclure à la faillite de sa stratégie et à l'impéritie de ses dirigeants. Comment donc ce "grand parti d'alternance" en est-il arrivé là ?


Tout depuis vingt ans aurait dû logiquement conduire au renforcement du Parti socialiste. Or c'est exactement l'inverse qui se produisit. Le premier événement fut la chute du mur de Berlin en 1989. A priori, ce bouleversement aurait dû logiquement profiter au socialisme démocratique que le Parti socialiste incarnait face à un Parti communiste déchu. Mais il découvrit qu'abandonner le marxisme c'était abandonner aussi une partie de l'histoire du PS. Il se rendit aussi compte que prendre le contre-pied du marxisme l'exposait à perdre la seule balise idéologique dont il disposait.

Pour survivre, le PS choisit donc de se réapproprier toute la rhétorique du Parti communiste avec tout le manichéisme qui en découlait : diabolisation sans nuance de la droite, préalable de l'augmentation des moyens à toute réforme, disparition de toute critique de l'Etat, réduction de l'action politique au volontarisme de ce même Etat, refus de voir que la gauche pouvait devenir un parti conservateur défendant avant tout les salariés protégés et négligeant par là même ceux qui souffrent des fortes barrières à l'entrée sur le marché du travail. Aussi incroyable que cela puisse paraître, on peut donc dire que la chute du mur de Berlin a en réalité remarxisé l'idéologie du Parti socialiste. Ce paradoxe n'a toutefois été rendu possible que par la nature de ce parti, un parti intellectuel sans véritable base ouvrière populaire et qui a de ce fait toujours compensé ce péché originel par un maximalisme idéologique.


Puis vint le temps de ce qu'on appelle la mondialisation. Là encore le Parti socialiste se trouve à contretemps. Au moment où il se fait le chantre d'un compromis social-démocrate entre le capital et le travail à l'échelle nationale comme pour mieux acter son réformisme, il se trouve confronté à une situation mondiale où ce compromis précisément n'a plus de sens à l'échelle nationale... Du coup il se réfugie dans une position purement défensive, celle de la mondialisation dans un seul pays. Faute d'analyse propre, il se met à la remorque d'Attac.

La gauche revendique fort et clair son alliance avec l'altermondialisme en se croyant de nouveau du côté de l'histoire. L'important était de trouver dans ce combat les ressources idéologiques pour se reconstruire face à une droite qui pour son malheur était d'ailleurs aussi peu libérale qu'elle. Tout ceci dura jusqu'au débat sur la Constitution européenne de 2005 où une partie de la gauche découvrit alors la face sombre de l'altermondialisme français : un souverainisme marxiste dont le moteur idéologique était d'ailleurs moins la lutte contre le capitalisme que son rejet du réformisme. De fait le référendum de 2005 divisa le Parti socialiste et accentua son affaiblissement.


Mais de cette situation il ne tira aucune conclusion. Le Parti socialiste s'éloigna discrètement d'Attac tout en continuant à développer une rhétorique de dénonciation abstraite du libéralisme mondialisé. Survint enfin la crise financière de 2008, une crise dont l'ampleur et la gravité surprirent tout le monde. Dans cette crise dont certains dirent un peu rapidement qu'elle allait marquer la fin du capitalisme, le Parti socialiste y vit un véritable don du ciel, une divine surprise, celle qui vous donne la grâce que vous n'attendiez plus.

Comment ne pas y voir la preuve irréfragable de la résurrection. Pouvoir dénoncer dans un même élan le libéralisme sauvage qui aurait fait faillite et son épigone national Nicolas Sarkozy. Que demander de plus ? Le PS n'aurait eu donc pour seul tort que d'avoir eu raison trop tôt. Mais si la crise financière permit au Parti socialiste de rebrancher son pilotage idéologique automatique, elle ne l'aida nullement à regagner le terrain politique qu'il n'avait cessé de perdre. Car non seulement il était totalement incapable de promouvoir la moindre proposition, mais il s'obstinait à dénoncer l'ultralibéralisme d'un président de droite mais certainement pas ultralibéral. Mais un tel distinguo est précisément pour le Parti socialiste impensable. Impensable au sens propre comme au figuré. Au sens propre parce que la droite ne peut être pour elle que libérale puisque la gauche est antilibérale.

Au sens figuré ensuite, car cela l'oblige à sortir d'un manichéisme qui la déboussolerait. Pourtant le recul des sociaux-démocrates allemands montre qu'il ne suffit pas pour un parti de gauche d'en appeler au réengagement de l'Etat pour retrouver des électeurs. Bien au contraire ceux-ci se sont sentis trahis par un parti volant au secours des "gros" comme Opel. Ainsi la gauche se trouve enfermée dans une situation où elle ne peut critiquer que les réformes dites libérales du gouvernement alors que nous savons que certaines d'entre elles en sont véritablement la négation (réforme de l'hôpital).

En revanche, elle ne peut par conformisme idéologique critiquer des réformes destinées à stimuler la compétition, mais que le gouvernement n'a pas poussées assez loin sous la pression de certains intérêts (la loi de modernisation économique). De tout cela se dégage une conclusion simple : l'enjeu n'est plus de savoir comment sauver le PS mais de faire en sorte que sa survie ne contrarie pas l'émergence d'une gauche moderne et forte.


Zaki Laïdi est directeur de recherche à Sciences Po. Coauteur avec Gérard Grunberg de "Sortir du pessimisme social" (Hachette "Littératures", 2007).

Par Zaki Laïdi, Le Monde - Communauté : Politique française - Voir les 2 commentaires - Publié dans : Parti socialiste
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Mercredi 8 juillet 2009 3 08 07 2009 15:54


Immédiatement après la défaite subie lors de  l’élection présidentielle de 2007, les socialistes avaient appelé à la refondation de leur parti et annoncé leur volonté de reconstruire un puissant parti d’opposition, réuni et rénové, doté d’un vrai projet de gauche.  Deux années ont passé et non seulement le parti socialiste n’a pas avancé sur cette voie, mais il s’est même encore enfoncé.

 

Beaucoup de responsables du parti socialiste  se sont éloignés, souvent  pour rejoindre la majorité présidentielle, ou  lui apporter son aide dans la courageuse politique de réforme qu’elle mène sous l’impulsion du Président de la République. C’est le cas aussi de nombre de ses militants,  qui s’éloignent, collectivement comme ceux qui ont fondé le Parti de Gauche avec Mélenchon, ou individuellement comme ceux qui se contentent, déçus, écoeurés, de ne plus se manifester. Se sont éloignés aussi ses  sympathisants et ses électeurs, comme l’a montrée la récente élection européenne, au cours de laquelle les socialistes sont passés de 30 à 16% des voix !

 

 Cet affaiblissement, ce rétrécissement,  n’ont pas atténué les divisions au sein d’un parti en miettes, plus déchiré que jamais entre les ambitions contradictoires et implacables d’Aubry, Royal, Delanoë, Hollande, Fabius, Hamon, Valls ou  Moscovici, pour ne citer que celles qui s’expriment le plus ouvertement. Aucune  coopération ne peut s’y exercer. Chacun n’agit que pour son intérêt personnel, dans le but d’être le mieux placé pour 2012 et cherche donc essentiellement à neutraliser et à contrer tous les autres. Aucun leader incontesté ne peut se dégager et se faire accepter dans le parti, d’autant moins qu’aucun d’entre eux, n’a l’envergure ou le talent de s’imposer sur la scène nationale.

 

Quand à la « rénovation » et au « projet » ! C’est le troisième échec du parti, le plus grave certainement et qui, pour une grande part, conditionne les deux autres.

Depuis 2007, aucun début de rénovation n’est intervenu, ni dans les méthodes ni dans les propositions. Et cela ne changera pas. Les socialistes n’ont aucune possibilité d’élaborer un projet novateur et réaliste. A cause de leurs divisions bien sûr mais surtout parce qu’ils sont pris dans un  piège dont ils ne sortiront pas. Il n’y a pas place, face à la politique menée par Nicolas Sarkozy, pour un autre projet fondamentalement différent et pouvant alimenter une opposition de  type «  gouvernemental ».

 

Parti de gouvernement (ou du moins se considérant encore comme tel),  le parti socialiste, ne peut, malgré son envie, adopter les positions de l’extrême gauche, ou se contenter des éructations populistes d’un Bayrou. Il  est dans l’obligation pour être crédible, de présenter des propositions,  un projet qui apparaisse cohérent, novateur et  applicable. Or il n’y en n’a pas d’autre que celui de Sarkozy et de la majorité, ou du moins pas d’autre qui puisse apparaître comme une véritable alternative.

 

S’il confirme son abandon d’un projet « révolutionnaire », le PS doit se résoudre à accompagner la réponse de Sarkozy à la crise,  à approuver ses principales réformes,  à adopter ses grandes orientations. Son opposition ne pouvant alors se  manifester que par une éventuelle contestation de l’ampleur, des modalités, du rythme des réformes,  par un désaccord éventuel sur les  méthodes  et par quelques autres propositions marginales. Il n’y a pas d’autre voie sérieuse. Mais cela exigerait que, comme ailleurs en Europe, le Parti socialiste fasse le choix d’une opposition moins « théologique », moins brutale, moins frontale que celle qu’il adopte et à laquelle il ne veut manifestement  pas renoncer. D’ailleurs, s’il le faisait, il perdrait immédiatement ses alliés de la gauche radicale dont il a un impératif besoin au second tour, pour avoir une chance d’être élu. Seule la voie de l’archaïsme, et du  conservatisme flou paraît s’ouvrir devant  lui, mais elle est sans issue.

 

Alors, pour lui point de salut. Il ne sortira pas du piège.   Avec quelques hauts et beaucoup de bas, son  déclin, inéluctable et sans doute plus rapide qu’on ne pouvait le penser il y a deux ans,  se poursuivra. Il se transformera en une petite SFIO, en attendant qu’un vrai parti de gauche,  réaliste,  responsable et rassembleur vienne (en partie avec certains de ses membres actuels) le remplacer. C’est l’objectif de   La Gauche Moderne.

 

Marc d’Héré

 

Par Marc d'Here - Communauté : Politique française - Voir les 18 commentaires - Publié dans : Parti socialiste
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Mardi 2 juin 2009 2 02 06 2009 19:12
Par Marc Lazar...Le Figaro du 26 05 09...

À l'instar de la gauche réformiste européenne, le PS est confronté à un vide d'identité.

Chaque parti qui compose le socialisme européen présente des points communs avec les membres de cette famille et des particularités déterminées par une longue histoire et son insertion dans le système politique national. Le socialisme en France, quel que soit le nom que le parti ait pris au fil du temps, a néanmoins d'indéniables singularités au regard des partis sociaux-démocrates d'Allemagne, d'Autriche et des pays scandinaves.

À la différence des puissantes machines sociales-démocrates, le PS, doté d'une fragile organisation, n'entretient que des liens lâches avec les confédérations syndicales, à l'exception de ceux noués avec les syndicats des enseignants. De même, il n'a toujours eu qu'un faible enracinement dans la société, hormis dans le Nord-Pas-de-Calais. Son électorat était et reste moins important qu'ailleurs en Europe et la classe ouvrière y occupe une portion congrue.

 

Le tournant des années Mitterrand

 

En outre, le PS a été confronté à la vive concurrence du PCF, qui, de 1945 à la fin des années 1970, l'a largement dominé. Cela a accentué ses propres caractéristiques idéologiques et politiques : l'obsession de ne pas avoir d'ennemi sur sa gauche, le refus du réformisme, la réticence au compromis, l'inclination à la radicalité, un goût prononcé pour l'intransigeance doctrinale, une propension à la division, la difficulté à assumer l'exercice du pouvoir comme l'ont montré Alain Bergounioux et Gérard Grunberg dans L'ambition et le remords. Les socialistes français et le pouvoir.

Les années Mitterrand, de 1971, lorsque celui-ci s'empare du nouveau PS, à 1995, date de la fin de sa seconde présidence, représentent un tournant. Dans un premier temps, la stratégie de l'union avec le PCF accentue ses traits avec sa volonté de rompre avec le capitalisme, son vaste programme de nationalisations et sa critique de la «timidité» sociale-démocrate. Pa­reil­le continuité coexista avec les ruptures introduites par François Mitterrand, comme l'assimilation de la lo­gique présidentielle des institutions de la Ve République.

 

Crise du leadership

 

Dans un second temps, à partir du tournant de la rigueur, en 1983-1984, s'amorce une conversion forcée à une culture pragmatique de gouvernement, assez semblable à celle des autres socialistes européens, et, de manière quasi honteuse, au réformisme comme référence identitaire. Débarrassé du défi communiste (le PCF s'est effondré en quelques années), le PS se rapproche alors des partis sociaux-démocrates. Un rapprochement facilité par sa pleine intégration au sein de l'Internationale socialiste et du Parti socialiste européen (PSE).

La situation présente du PS est proche de celle du reste de la gauche réformiste européenne. Comme les autres partis, le PS est confronté à un dilemme de stratégie : faut-il s'allier avec les forces centristes ou avec celles qui sont sur sa gauche ? Son électorat présente une structure comparable à celle de la plupart des autres partis de gauche : des salariés de plus de 50 ans, appartenant plutôt au secteur public, vivant dans des grandes villes, diplômés, partageant des valeurs «libertaires» ; en revanche, il ne comporte guère de jeunes, de catégories populaires, de précaires ou de salariés du privé.

Le PS, à l'instar de toute la gauche européenne, est confronté à un vide d'identité : son réformisme ne s'avère guère tranchant ni mobilisateur et encore moins son socialisme. Enfin, il butte sur la question du leadership, non point par manque de talents mais parce que l'autorité du leader est affaiblie par sa traditionnelle culture des égaux et la compétition entre les ego.

 

Le poids considérablede la fonction publique

 

Connaître des tourments comparables signifie-t-il pour autant que le PS est désormais un parti socialiste comme les autres ? Le PS conserve encore des traits qui le spécifient. Ses traditionnelles faiblesses organisationnelles continuent de le différencier comme son positionnement idéologique. La grande entreprise de rénovation de la gauche des années 1990, symbolisée par le blairisme, visait à relancer une social-démocratie en voie d'épuisement par l'assimilation du libéralisme, la reconnaissance de l'économie de marché sans approuver la dérégulation généralisée et le déploiement de politiques publiques innovantes, notamment en matière d'éducation, de recherche et de formation professionnelle. Alors qu'elle a partout nourri discussions et controverses, le PS a majoritairement choisi de l'esquiver ou de la dénigrer. Aujourd'hui, avec la crise financière et économique, il pense que le «social-libéralisme» est mort et que le temps de l'État est de retour, ce qui lui donnerait rétrospectivement raison.

Le PS, qui n'a jamais procédé à un vrai bilan historique de la gauche et du communisme, cède une fois encore à ses vieilles inclinations : il gauchit son discours contre le capitalisme sous la pression de la gauche radicale désormais plus trotskiste que communiste. Les autres partis socialistes et sociaux-démocrates cherchent quant à eux à inventer de nouvelles formes de régulation et à lutter contre les inégalités sociales qui se sont creusées sans renoncer à leur acceptation de l'économie de marché, à l'impératif de la réforme de l'État et au refus de l'esprit d'assistance.

Enfin, le PS est plus dépendant du secteur public et de la fonction publique qui exercent un poids considérable et, en un certain sens, se servent désormais de lui pour imposer leurs propres intérêts. Ainsi, bien que le PS adhère au manifeste du PSE pour les élections européennes, il s'avère à la fois un parti socialiste comme un autre et irréductiblement différent.



Marc Lazar
* Professeur des universités à Sciences Po
.

Par Marc Lazar - Communauté : Politique française - Voir les 3 commentaires - Publié dans : Parti socialiste
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Lundi 8 décembre 2008 1 08 12 2008 11:37

Un article de Laurent Bouvet, écrit avant le Conseil National de ce week-end
...


La crise semble passée au PS, du moins si l’on en juge par les propos apaisants des adversaires d’hier : « main tendue » et « propositions de travail » ont remplacé anathèmes doctrinaux et menaces judiciaires. Pourtant les causes du psychodrame des dernières semaines sont toujours bel et bien là. Si le congrès de Reims, dont on nous a survendu dans la presse le caractère historique et déterminant, a servi de révélateur de la profondeur des affres socialistes, rien n’est réglé pour autant. On se retrouve en effet aujourd’hui avec les mêmes acteurs, le même décor et, malheureusement, le même scénario qu’hier. Et il n’est pas certain que la rénovation de façade de la rue de Solferino que s’apprête à entreprendre Martine Aubry y change quoi que ce soit, pour trois raison principales.

D’abord parce qu’elle ne dispose d’aucune marge de manœuvre. Les conditions mêmes de son élection (parti scindé en deux, avance d’une centaine de voix, contestation des résultats du vote dans certaines fédérations…) ne lui confèrent qu’une légitimité fragile. Elle est à la fois mal élue et mal soutenue.

En effet, la coalition qui l’a portée au pouvoir n’est que de circonstance quoi qu’en disent ses principaux artisans. Elle a été forgée dans le seul but d’empêcher Ségolène Royal de s’emparer du parti. Pis, le choix de Martine Aubry pour conduire les « reconstructeurs » à la bataille a été fait pour de mauvaises raisons : à la fois parce qu’elle est une femme (pour contrer une autre femme…) et parce qu’elle n’était pas (jusqu’ici) considérée comme présidentiable par les lieutenants de Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn – ceux-là même qui espèrent voir leur champion respectif l’emporter au finish dans la course à la désignation pour la présidentielle de 2012.

Cette alliance des carpes de la gauche du parti et des lapins de son aile droite s’est même élargie à l’occasion de la tragicomédie rémoise aux soutiens de Bertrand Delanoë (anciens rocardiens, anciens jospinistes et partisans de François Hollande) puis à ceux de Benoît Hamon, désormais double héraut de la gauche du parti et de sa rénovation générationnelle ; même Arnaud Montebourg, le rebelle officiel du PS depuis des années, en est. Bref, tout le parti, de sa gauche à sa droite, de sa vieille garde à la jeune génération, se retrouve derrière Martine Aubry.
 
Douteuse unanimité d’autant qu’elle ne pèse que 50% du parti. On peut également se permettre de douter de sa solidité. Sans revenir en effet à la querelle européenne de 2005, on peut se demander si dès qu’un choix programmatique devra être fait, cette coalition par défaut ne risque pas d’éclater. Ainsi, par exemple, de quel type de régulation du capitalisme le PS sera-t-il porteur dans le débat sur la sortie de crise ? Une fois proclamée l’unité des socialistes en faveur de la régulation, les propositions concrètes risquent d’être bien différentes d’une sensibilité à l’autre.


Ensuite parce qu’aucun des grands problèmes structurels qui minent le PS depuis des années n’a été résolu à Reims, bien au contraire. Chacun a pu constater que le Parti socialiste comme organisation était totalement inadapté à son objet affiché : la conquête du pouvoir d’Etat et donc avant tout de la présidence de la République. Le parti est encore largement organisé selon des principes parlementaristes (désignation de son « parlement », le Conseil national, avant le Premier secrétaire) et proportionalistes (élection du CN et du Bureau national à la proportionnelle quasi-intégrale).

Il n’est ni équilibré ni transparent démocratiquement puisque les plus grosses fédérations y possèdent un pouvoir de décision exorbitant et que les possibilités de fraude y sont nombreuses – et largement acceptées comme un folklore nécessaire. Le congrès de Reims a également permis de constater, une nouvelle fois, combien le PS était peu en phase, dans sa composition sociodémographique même, avec la société qu’il prétend représenter. Le nombre de votants (entre 130000 et 135000) est particulièrement faible, à la fois par rapport au nombre annoncé d’adhérents (260000) et surtout par rapport à la masse critique nécessaire pour prétendre bien représenter la diversité sociale d’un pays de plus de 60 millions d’habitants. Plus grave encore, chacun a bien compris désormais que ce sont les élus et leurs entourages directs qui « sont » et font le parti – phénomène encore aggravé par les victoires aux élections locales ces dernières années.

Ce poids des élus locaux sur le parti, à travers ses plus grosses fédérations notamment (les dix premières fédérations représentent la moitié des adhérents du parti), complique à la fois la représentation plus équilibrée de la société (le biais « homme blanc d’âge mûr » joue à plein) et l’élaboration d’une stratégie ou d’un programme national, le parti devenant une simple confédération logistique et financière. La démultiplication des stratégies locales d’alliance (PS seul, avec  la gauche plurielle, avec le Modem, avec l’extrême-gauche…) lors des dernières élections municipales a démontré jusqu’à l’absurde cette déconnexion totale entre niveau national et échelon local – ce qui rend d’ailleurs aux yeux de l’opinion encore plus obscur le débat sur les alliances nationales du PS. Le doute s’est d’ailleurs insinué dans les têtes socialistes sur la réelle volonté (possibilité ?) d’un tel parti d’élus locaux de gagner les élections nationales ; de ne pas trop les perdre du moins puisque le financement public du parti dépend en grande partie de ses résultats nationaux. Le quinquennat a en effet encore renforcé le caractère « intermédiaire » des élections locales qui sont en général défavorables à la majorité en place.

Reste la question du projet. L’absence de tout travail doctrinal depuis des années et le décalage croissant entre les clivages réels (Europe, rôle de l’Etat et régulation du capitalisme, institutions…) et les débats internes (enjeux et positionnements personnels pour la présidentielle) ont mis à mal la capacité même du PS d’élaborer un programme électoral à la fois cohérent et attractif sans parler d’un projet de société. Tout est désormais lié de la désignation d’un leader qui remettrait le parti au travail tout en le renouvelant et en lui imposant une stratégie claire. Le PS attend donc toujours, trente ans après, un nouveau François Mitterrand.



Enfin parce que la question cruciale du leadership n’a toujours pas été tranchée. Et compte tenu de ce à quoi l’on vient d’assister, on peut supposer qu’elle ne pourra l’être, si elle l’est, que dans les pires conditions – l’urgence et l’improvisation – en 2011, juste avant la présidentielle. Or les expériences récentes de 1995 et surtout de 2007 ont montré que ce n’était sans doute pas la meilleure solution. Aujourd’hui, nul n’est capable de dire qui sera candidat – en dehors de Ségolène Royal qui tire de sa position un « avantage comparatif » en termes de mobilisation partisane sur son nom – ni comment celui-ci sera désigné (primaires ou non…) ou comment le parti travaillera avec lui. Bref, la pire des situations possibles dans un environnement politique qui interdit pourtant un tel amateurisme. Le quinquennat a compressé le calendrier et renforcé encore les effets de la démocratie d’opinion : la campagne est devenue quasi-permanente.

Les candidats qui ont bénéficié ou bénéficient d’une dynamique électorale présidentielle dans ces conditions sont ceux qui sont bien identifiés comme tels. Nicolas Sarkozy, François Bayrou ou Olivier Besancenot incarnent bien ces candidats adaptés à la nouvelle donne institutionnelle et électorale. On peut y voir là un indice de plus du fait qu’ils soient les vrais vainqueurs de la bataille de Reims.

Laurent Bouvet,
article publié sur son blog: http://laurentbouvet.wordpress.com

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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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