Chroniques publiées par notre ami Laurent Bouvet dans le quotidien Nice Matin...Et sur son blog... http://laurentbouvet.wordpress.com
La machine à gagner d’Obama
Depuis des années, l’efficacité de ce que les Américains appellent la « machine électorale » était du côté des Républicains
(quadrillage du pays grâce à des groupes religieux militants, mobilisation des électeurs le jour du vote, financement…). La stratégie de George Bush reposait notamment sur de grandes opérations
de mobilisation pendant les 72 heures précédant le scrutin où chacun avait un rôle précis à accomplir : téléphoner une dernière fois à un ami, aller chercher une personne âgée en voiture, sonner
encore une fois chez les voisins…
Cette année, les Démocrates derrière Barack Obama semblent avoir bâti une « machine » à la fois plus puissante, plus moderne et plus efficace que les Républicains. Son financement représente
d’ores et déjà un record : plus de 650 millions de dollars ! Alors que John McCain n’a levé « que » 240 millions. La clef de ce succès dans la collecte de fonds repose sur un maillage très serré
du territoire, bloc par bloc (quartier par quartier) et un suivi très précis grâce aux nouvelles technologies – la mobilisation des jeunes cerveaux de la Silicon Valley a été fructueuse.
Ainsi Obama a-t-il pu récolter près de 254 millions de dollars en dons de moins de 200 dollars – la limite maximale autorisée par individu étant de 2300 dollars – alors que McCain n’en levait que 53. Cet énorme trésor de guerre lui permet non seulement d’inonder de publicités les télévisions des swing States (ces Etats indécis où va se jouer l’élection) mais encore de porter le combat là où McCain était assuré de la victoire – obligeant ce dernier à dépenser ses « maigres » ressources pour défendre son pré carré.
Les Clinton étaient réputés jusqu’ici avoir construit la meilleure machine électorale démocrate. Elle a permis à Bill d’être élu deux fois à la présidence mais n’a pas permis à Hillary de remporter les primaires. Elle a été vaincue par la machine Obama. Il faudra toutefois attendre le 4 novembre pour savoir si celle-ci peut faire élire un nouveau président démocrate.
Laurent Bouvet 29 10 08
Pendant la crise, la guerre continue
La crise économique et financière a relégué au second plan les préoccupations internationales des Américains. Pourtant la « guerre
contre le terrorisme » lancée par George Bush après le 11 septembre 2001 est loin d’être terminée. Même si l’élection ne se jouera pas sur les enjeux extérieurs, contrairement à ce qu’avait
anticipé John McCain qui comptait mettre en avant son expérience de soldat et ses aptitudes de « Commander in Chief », rien n’est réglé pour autant. Le prochain président américain aura à gérer
une situation difficile et sans doute à faire face à de nouvelles crises internationales si ce n’est au terrorisme.
En Irak, les choses s’améliorent peu à peu à mesure que le pouvoir local prend le contrôle du pays. Mais les soldats américains sont encore loin du retour et tout peut arriver à n’importe quel
moment : attentat, reprise des affrontements entre communautés… En Afghanistan, la situation s’est dégradée depuis un an : les Américains et leurs alliés ont du mal à contenir le retour des
Talibans. En cas d’échec, le pays pourrait bien redevenir une base arrière du terrorisme.
Au-delà de ces deux théâtres d’opération, rien n’est réglé ni avec l’Iran qui poursuit son programme nucléaire, ni au Pakistan qui connaît une phase de grande incertitude après le départ de son président pro-américain Pervez Musharraf, ni avec la Russie dont l’intervention cet été en Géorgie a montré qu’elle voulait revenir au premier plan.
Enfin, le problème principal des Etats-Unis à moyen terme reste celui du coût économique (et écologique) de leurs importations énergétiques et de matières premières. Comme le dit Al Gore, ancien candidat à la présidence en 2000 et prix Nobel de la paix : « nous empruntons de l’argent à la Chine pour acheter le pétrole du Golfe persique qui aggrave d’une manière irréversible nos conditions de vie ». Ce qui était vrai avant la crise devient une urgence avec elle dans la mesure où les déficits américains (commercial, budgétaire, balance des paiements…) sont déjà considérables.
Laurent Bouvet 28 10 08
Articles parus dans le quotidien NICE MATIN

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