Immigration, intégration

Dimanche 5 avril 2009 7 05 04 2009 21:42


Claude Imbert dans Le Point du 26 mars 2009...


C'est un film français sobre, émouvant.
Dernier d'une flopée de même inspiration, « Welcome » fouaille la condition pitoyable des immigrés clandestins. Il s'agit, ici, de migrants concentrés à Calais pour passer en Angleterre et dont la condition est plus critique encore que celle des 500 000 à 600 000 sans-papiers que compte, paraît-il, la France.


Retenons seulement que, par le cinéma, la télé, les journaux ou le spectacle de la rue, les migrations nous apparaissent peu à peu pour ce qu'elles sont, un avatar primordial de la mondialisation, un bloc d'Histoire qui changera la face du monde. La France s'y trouve exposée, comme nulle autre, par son histoire et sa géographie. Elle en est remuée dans ses profondeurs. Tantôt par juste compassion. Tantôt par raison, lorsqu'elle résiste à voir la nation envahie par toute la misère du monde. Tantôt, enfin, par réflexion, lorsqu'elle s'avise que l'immigration inéluctable avive la mue pathétique de la nation.


Le bilan de la politique française d'immigration est désastreux.
La fatalité y a sa part : la porte cochère méditerranéenne, l'ancienneté de nos liens coloniaux avec l'Afrique blanche, noire et francophone conféraient d'emblée à la France le record peu envié de l'immigration non européenne. Mais une interminable incurie a laissé son déferlement ruiner l'intégration souhaitable comme un barrage rompu ruine l'irrigation. Souvenez-vous : Mitterrand escomptait encore de l'immigration africaine qu'elle s'intégrât benoîtement comme jadis l'espagnole, la portugaise, l'italienne... Passons ! Nous voici donc héritiers de ghettos, de zones de non-droit et parfois de « non-France », où la drogue a pignon sur rue, où l'école est gangrenée, l'ordre public défié.


Une réaction enfin volontariste, sous Sarkozy, a ralenti l'afflux. Une politique d'expulsion, cruelle et démonstrative, a restreint, moins qu'on ne prétend, le solde global des clandestins, mais a fait savoir urbi et orbi que la France n'était plus la « passoire » de jadis. Les flux s'en sont trouvés quelque peu disciplinés.

Reste, hélas, cette montagne d'échecs : l'intégration plus ou moins ratée des immigrés ou des fils d'immigrés du dernier demi-siècle. C'est à ce travail d'Hercule qu'Eric Besson, successeur d'Hortefeux, veut s'atteler.


Ce ne sera pas facile. Car toute l'affaire de l'immigration est devenue, au fil des ans, une décharge d'intentions avortées, un brouillon sans cesse raturé. Ainsi des cibles de l'immigration nécessaire, celle de l'immigration choisie. Ainsi du pacte européen indispensable mais encore bancal. Ainsi des « non-dits » qui rôdent dans l'attribution des visas entre les immigrés désirables et les non désirés. Ainsi des regroupements familiaux que les droits français et européen interdisent de proscrire, mais qui suscitent dans les consulats et préfectures des restrictions arbitraires et sournoises. Ainsi du marécage procédurier qui ne cesse de s'étendre.


Enfin, dernier lièvre levé dans ces fourrés impénétrables,
celui des enquêtes nécessaires pour « mesurer la diversité », comme en usent Américains et Anglais. En France, le comptage ethnique soulève un tollé chez les républicains, de gauche comme de droite, rétifs à tout ce qui fleure la distinction communautariste.
Yazid Sabeg ou, plus nuancée, Michèle Tribalat ont pourtant raison de vouloir mieux connaître, par la statistique, un paysage démographique marqué par l'origine des immigrés étrangers ou français : en France, on discourt de l'immigration sans savoir au juste ce qu'elle est et où elle est. Or une réalité, bon gré mal gré, « communautariste » se dessine. Elle inspire déjà, pour l'école par exemple, des mesures de discrimination positive. Il n'est pas sacrilège de mieux savoir où l'on met les pieds.


Nos républicains ne devraient pas grimper aux rideaux. Le modèle communautariste à l'américaine n'est pas près de gagner la France. Le ciment idéologique de la nation française l'interdit. Et d'ailleurs, il n'est même pas sûr que le communautarisme américain, survolté par l'élection d'Obama, transcendé par le patriotisme sans failles d'un grand pays dominateur, n'ait pas un jour à souffrir des nouvelles défaillances de l'Amérique. En France, un communautarisme reconnu, accepté, installé jetterait la France dans les gouffres. Déjà le patriotisme est, chez nous, en peau de chagrin. Et sans le « logiciel » républicain, comment maintenir unie une nation française si encline, depuis des siècles, à toutes sortes de divisions ?


De Gaulle a remis debout un pays plus meurtri qu'on le dit par les défaites humiliantes de 1940, d'Indochine et d'Algérie. Le gaullisme a repeint la façade, mais, à l'intérieur, le bâtiment reste délabré. Le travail de deuil d'une France révolue n'est pas achevé. Le temps et la réforme s'y emploient non sans peine. De même, c'est avec le temps-et beaucoup de soins-que l'immigration apparaîtra enfin pour ce qu'elle est : une chance pour la France.

Claude Imbert, Le Point

Par Claude Imbert, Le Point - Communauté : Démocrates et solidaires - Voir les commentaires - Publié dans : Immigration, intégration
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 04 2009 21:42


Claude Imbert,  éditorial dans Le Point du 26 mars 2009...


C'est un film français sobre, émouvant.
Dernier d'une flopée de même inspiration, « Welcome » fouaille la condition pitoyable des immigrés clandestins. Il s'agit, ici, de migrants concentrés à Calais pour passer en Angleterre et dont la condition est plus critique encore que celle des 500 000 à 600 000 sans-papiers que compte, paraît-il, la France.


Retenons seulement que, par le cinéma, la télé, les journaux ou le spectacle de la rue, les migrations nous apparaissent peu à peu pour ce qu'elles sont, un avatar primordial de la mondialisation, un bloc d'Histoire qui changera la face du monde. La France s'y trouve exposée, comme nulle autre, par son histoire et sa géographie. Elle en est remuée dans ses profondeurs. Tantôt par juste compassion. Tantôt par raison, lorsqu'elle résiste à voir la nation envahie par toute la misère du monde. Tantôt, enfin, par réflexion, lorsqu'elle s'avise que l'immigration inéluctable avive la mue pathétique de la nation.


Le bilan de la politique française d'immigration est désastreux.
La fatalité y a sa part : la porte cochère méditerranéenne, l'ancienneté de nos liens coloniaux avec l'Afrique blanche, noire et francophone conféraient d'emblée à la France le record peu envié de l'immigration non européenne. Mais une interminable incurie a laissé son déferlement ruiner l'intégration souhaitable comme un barrage rompu ruine l'irrigation. Souvenez-vous : Mitterrand escomptait encore de l'immigration africaine qu'elle s'intégrât benoîtement comme jadis l'espagnole, la portugaise, l'italienne... Passons ! Nous voici donc héritiers de ghettos, de zones de non-droit et parfois de « non-France », où la drogue a pignon sur rue, où l'école est gangrenée, l'ordre public défié.


Une réaction enfin volontariste, sous Sarkozy, a ralenti l'afflux. Une politique d'expulsion, cruelle et démonstrative, a restreint, moins qu'on ne prétend, le solde global des clandestins, mais a fait savoir urbi et orbi que la France n'était plus la « passoire » de jadis. Les flux s'en sont trouvés quelque peu disciplinés.

Reste, hélas, cette montagne d'échecs : l'intégration plus ou moins ratée des immigrés ou des fils d'immigrés du dernier demi-siècle. C'est à ce travail d'Hercule qu'Eric Besson, successeur d'Hortefeux, veut s'atteler.


Ce ne sera pas facile. Car toute l'affaire de l'immigration est devenue, au fil des ans, une décharge d'intentions avortées, un brouillon sans cesse raturé. Ainsi des cibles de l'immigration nécessaire, celle de l'immigration choisie. Ainsi du pacte européen indispensable mais encore bancal. Ainsi des « non-dits » qui rôdent dans l'attribution des visas entre les immigrés désirables et les non désirés. Ainsi des regroupements familiaux que les droits français et européen interdisent de proscrire, mais qui suscitent dans les consulats et préfectures des restrictions arbitraires et sournoises. Ainsi du marécage procédurier qui ne cesse de s'étendre.


Enfin, dernier lièvre levé dans ces fourrés impénétrables,
celui des enquêtes nécessaires pour « mesurer la diversité », comme en usent Américains et Anglais. En France, le comptage ethnique soulève un tollé chez les républicains, de gauche comme de droite, rétifs à tout ce qui fleure la distinction communautariste.
Yazid Sabeg ou, plus nuancée, Michèle Tribalat ont pourtant raison de vouloir mieux connaître, par la statistique, un paysage démographique marqué par l'origine des immigrés étrangers ou français : en France, on discourt de l'immigration sans savoir au juste ce qu'elle est et où elle est. Or une réalité, bon gré mal gré, « communautariste » se dessine. Elle inspire déjà, pour l'école par exemple, des mesures de discrimination positive. Il n'est pas sacrilège de mieux savoir où l'on met les pieds.


Nos républicains ne devraient pas grimper aux rideaux. Le modèle communautariste à l'américaine n'est pas près de gagner la France. Le ciment idéologique de la nation française l'interdit. Et d'ailleurs, il n'est même pas sûr que le communautarisme américain, survolté par l'élection d'Obama, transcendé par le patriotisme sans failles d'un grand pays dominateur, n'ait pas un jour à souffrir des nouvelles défaillances de l'Amérique. En France, un communautarisme reconnu, accepté, installé jetterait la France dans les gouffres. Déjà le patriotisme est, chez nous, en peau de chagrin. Et sans le « logiciel » républicain, comment maintenir unie une nation française si encline, depuis des siècles, à toutes sortes de divisions ?


De Gaulle a remis debout un pays plus meurtri qu'on le dit par les défaites humiliantes de 1940, d'Indochine et d'Algérie. Le gaullisme a repeint la façade, mais, à l'intérieur, le bâtiment reste délabré. Le travail de deuil d'une France révolue n'est pas achevé. Le temps et la réforme s'y emploient non sans peine. De même, c'est avec le temps-et beaucoup de soins-que l'immigration apparaîtra enfin pour ce qu'elle est : une chance pour la France.

Claude Imbert, Le Point

Par Claude Imbert, Le Point - Communauté : Démocrates et solidaires - Voir les 4 commentaires - Publié dans : Immigration, intégration
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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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