L’instruction est la fois la meilleure arme qui puisse être fournie aux individus dans le monde changeant
d’aujourd’hui, et la meilleure garantie pour la compétitivité de nos économies, c'est-à-dire aussi la meilleure
garantie du maintien des avancées sociales dont bénéficient nos sociétés européennes et particulièrement
la nôtre. Les deux notions sont liées et on ne gagnera pas le pari de l’efficacité sans gagner aussi
celui de la justice et de l’équité.
Lieu d’apprentissage pour les jeunes, lieu où s’inscrit la possibilité d’une vraie égalité des chances pour les
diverses catégories sociales, et lieu où se construisent les chances de la nation dans la compétition économique mondiale, l’école est le creuset où notre avenir se
dessine. Le caractère fondamental de sa mission
justifie pleinement qu’elle représente la priorité pour un État attaché à la réussite individuelle et collective,
tout autant qu’au développement d’une société d’égalité des chances.
Le système scolaire a dû répondre en quelques décennies à une croissance rapide du nombre d’enfants et
de jeunes scolarisés sur un temps de plus en plus long. Ce n’était pas facile, cela a été réalisé, notamment
grâce aux efforts, au dévouement et à la grande qualité de centaines de milliers d’enseignants. Mais cette
réussite reste, en elle même, insuffisante. Malgré la croissance permanente et rapide de son
budget (la France consacre plus de moyens financiers à l’école que la plupart de ses voisins), au nom d’un
« toujours plus » qui a marqué la plupart des politiques suivies, les résultats de notre enseignement ne
correspondent pas à nos attentes d’efficacité et de solidarité.
Le privilège de la naissance existe plus que jamais et les facteurs socioéconomiques et culturels pèsent
toujours davantage sur les parcours et fixent, dès les premières années, les trajectoires. La part des jeuned’origine « modeste » dans les grandes écoles qui était
de plus de 20% dans les années 50 est tombée à
moins de 10 % aujourd’hui. Les 80 000 élèves qui, à l’entrée au collège ont de grandes difficultés de lecture
et d’écriture, les 150.000 jeunes qui sortent annuellement du système sans diplôme et qui vont, pour
beaucoup d’entre eux, renforcer les rangs des chômeurs, viennent surtout des familles défavorisées. Cet
échec de la formation initiale est frustrant et désespérant pour les individus, il pèse lourdement sur la
réussite collective et la cohésion sociale.
Le système d’enseignement doit prendre conscience qu’il a une obligation de résultats plus que de moyens.
L’échec scolaire marque aussi l’échec de l’école. Une rénovation du service public de l’éducation doit avoir
ce double objectif complémentaire : le rendre plus performant et plus égalitaire. En faire la condition de
l’égalité des chances, le moyen privilégié de la mobilité sociale, un élément de la réussite collective.
Les valeurs de La Gauche Moderne, équité, responsabilité, justice sociale se traduisent dans notre projet
pour l’école et pour l’éducation, comme s’y retrouve notre volonté de faire de l’école un tremplin pour
tous, une possibilité donnée au plus grand nombre de jeunes de réussir leur vie citoyenne et professionnelle.
L’école doit aider à lutter contre les avantages et les handicaps héréditaires, grâce à un système exigeant et
adapté à la diversité des situations, valorisant plusieurs parcours et recourant à une allocation appropriée,
donc différenciée, des moyens. A la diversité des situations sociales et territoriales, à la
nécessité de se rapprocher de leurs réalités, des besoins et des attentes à satisfaire pour permettre leur réussite, doivent logiquement correspondre des projets
pédagogiques adaptés, des méthodes, des orientations
différenciées ; la gestion des ressources humaines, l’évaluation et la formation des enseignants doivent
aussi tenir compte des spécificités et des différences de situations, ce qui exigera autonomie des établissements, coopération des différents acteurs sociaux et
locaux.
Au-delà de son rôle de transmission du savoir, et d’école de la citoyenneté, l’école doit s’intéresser au
devenir des élèves. Elle doit permettre une orientation satisfaisante, décliner une vision prospective de
l’emploi. La France doit concevoir et organiser un service public de l’éducation, capable d’assurer son développement dans le cadre de la mondialisation, et de
donner à sa jeunesse les moyens de construire son
avenir. Pour qu’il soit à la hauteur de cette ambition, la France doit impérativement réformer ce service
public. Toutes les réformes de l’enseignement, même celles qui étaient cohérentes dans leurs principes, se sont
heurtées depuis des décennies à un système sclérosé et rigide dans sa forme, et à des oppositions, politiques
ou corporatistes, qui ont conduit l’État à y renoncer ou à les vider de l’apport positif que pouvait avoir leur
contenu. Il n’en est resté qu’une désorganisation de la situation antérieure, finalement préjudiciable au
fonctionnement de l’institution et à la formation des élèves.
Au-delà de la conception des réformes, c’est la méthode qu’il faut revoir.
Aussi les propositions qui suivent et qui nous apparaissent nécessaires, ne pourraient en aucun cas, être
mises en oeuvre globalement et brutalement.
Il n’y aura pas de « grand soir » de l’éducation. Il n’y aura pas de « réforme globale » de l’éducation. Tout projet de réforme doit faire l’objet de concertations, de larges débats, avec les
enseignants, avec les élus, avec les associations, mais aussi avec l’ensemble des citoyens, car, tous, nous sommes concernés par l’éducation. Rien ne doit être entrepris sans un certain
consensus, mais il est aussi nécessaire, lorsque l’information a été large, le débat nourri, les négociations suffisantes, de maintenir les positions arrêtées sans céder à des oppositions
minoritaires qui, pour violentes ou durables qu’elles soient, ne doivent pas faire renoncer à l’intérêt général.
La mise en oeuvre, par elle-même, doit être progressive, avec le plus souvent, des lieux et des périodes
d’expérimentations, suivies d’évaluations.
Commission Education, de La Gauche Moderne
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