Santé, protection sociale

Lundi 2 novembre 2009

Nicolas Sarkozy a annoncé lundi à Marseille "près de 750 millions d'euros de dépenses nouvelles" pour son nouveau Plan cancer 2009-2013. "Dans le contexte actuel, c'est un effort très important que fait notre pays (...) Mais je n'ai pas le droit de faire des économies sur la souffrance des patients et de leurs familles", a estimé le Président. Il a fixé trois objectifs à ce nouveau plan.

D'abord, "construire dès aujourd'hui l'excellence des soins de demain". Concrètement, "pour garantir la qualité des soins à l'avenir, à côté de la recherche, il faut anticiper l'évolution démographique de certaines professions", a-t-il estimé. "Les spécialistes impliqués dans la prise en charge des cancers - je pense aux oncologues, aux radiothérapeutes, aux hématologues - sont aujourd'hui en nombre insuffisant", a assuré le chef de l'État, en fixant comme "objectif 20 % de spécialistes en plus". "Un effort particulier de recrutement sera consenti en faveur des radiophysiciens", a-t-il poursuivi, en faisant allusion "au drame d'Épinal" où des patients avaient été irradiés. Nicolas Sarkozy a ainsi souhaité "une centaine d'étudiants en plus dans les formations de radiophysiciens chaque année".

Autre mesure, l'installation de "74 machines IRM dont 39 dans les
10 régions ayant la mortalité liée au cancer la plus élevée" . Ceci sur toute la durée du plan afin de faire face au "manque d'IRM pour le diagnostic et la surveillance des cancers ainsi que pour la recherche". S'agissant des "tests moléculaires qui permettent des traitements à la carte, individualisés, moins toxiques et plus efficaces", Nicolas Sarkozy a précisé qu'ils seront "réalisés dans des plates-formes régionales".

Par ailleurs, le Président a demandé à l'Institut de veille sanitaire (Invs) de produire en 2010 des données plus récentes et de "meilleure qualité" sur les cancers en France, pour permettre une meilleure prévention. "La France s'en tient encore aujourd'hui à des données de 2005", a regretté le chef de l'État.

Un premier plan aux résultats mitigés

Le deuxième objectif de Nicolas Sarkozy consiste à "réduire les inégalités" devant la maladie, notamment les inégalités régionales et sociales. "Le risque de mourir d'un cancer entre 30 et 65 ans est deux fois plus élevé chez les ouvriers que chez les professions libérales", a-t-il relevé. Pour y parvenir, 15 % du budget de la recherche du Plan cancer 2 seront ainsi consacrés à l'étude "des risques environnementaux et comportementaux" dans le déclenchement de la maladie. Il faut "étudier davantage les effets à long terme des expositions, même à faible dose, à certains agents chimiques, biologiques ou physiques". "On n'a pas assez travaillé sur ces questions", a martelé Nicolas Sarkozy, tout en se défendant de vouloir "affoler inutilement les Français". Par ailleurs, le président à confirmé la hausse de 6 % du prix du tabac votée par l'Assemblée. En contrepartie, il a annoncé un remboursement des substituts nicotiniques de 150 euros en 2010 pour les bénéficiaires de la CMU et les femmes enceintes.

Troisième objectif : faciliter la vie après le cancer. "C'est une chose de dire qu'on va guérir de plus en plus du cancer, mais si (c'est) pour qu'on soit laissé tout seul (...) lorsqu'on a cette maladie, alors ça serait inacceptable", a considéré le chef de l'État en proposant de faciliter l'accès à l'emprunt et à l'assurance pour les personnes "sorties de la maladie". Pour cela, il a notamment demandé aux signataires de la Convention "S'assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé" (AERAS) de "renouveler celle-ci pour améliorer la couverture assurancielle et l'accès à l'emprunt". Signée par les pouvoirs publics, les fédérations professionnelles de la banque, de l'assurance et de la mutualité et les associations de malades et de consommateurs, cette convention, en vigueur depuis le 6 janvier 2007, vise à élargir l'accès à l'assurance et à l'emprunt pour les personnes affrontant ou ayant affronté un problème de santé.

L'annonce de ce nouveau plan de lutte contre le cancer intervient après que la Cour des comptes a souligné les "carences" et "défaillances" du premier plan contre la maladie lancé par Jacques Chirac. Seules un tiers des 70 mesures envisagées ont été réalisées. En 2009, le nombre de personnes touchées par le cancer devrait à nouveau augmenter (+ 10 % en quatre ans), mais le nombre de décès enregistre, lui, une hausse bien plus légère (+ 1 %). Le taux de mortalité lié au cancer est donc en baisse. Sur 350.000 personnes qui sont atteintes en 2009, 150.000 devraient encore en mourir.

AFP et lepoint.fr
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Jeudi 24 septembre 2009

par Jean-Louis Caccomo
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Le déficit de l’assurance-maladie va plonger à 9,4 milliards d’euros cette année contre 4,4 milliards en 2008. En réponse, le gouvernement envisage une hausse du forfait hospitalier ainsi qu’une taxation sociale des plus-values boursières. C’est déjà dans ce but que la contribution sociale généralisée (C.S.G.) avait été créée en 1990. Depuis elle a été étendue et augmentée, mais cela n’aura pas suffit à boucher le gouffre. Car la création de nouveaux prélèvements conduit à créer de nouveaux droits, surtout lorsque ces prélèvements sont plus ou moins déguisés (car on nous dit que les prélèvements à la source sont « sans douleur »), de sorte que les déficits, loin de se résorber, s’amplifient.


Ce n’est pas faute d’avoir écrit depuis des années qu’il ne servait à rien de boucher des trous en inventant de nouveaux prélèvements ou en augmentant les prélèvements existants, c’est-à-dire en accentuant précisément les causes fondamentales qui conduisent aux déficits structurels.

 

A force de dire que la santé (ou l’éducation, la culture…) n’est pas un bien – et un service - comme les autres, on finit par le croire. On finit par croire que la santé est un droit acquis, que le système de santé est gratuit, qu’il ne nécessite aucun arbitrage, aucun investissement, aucune formation, aucun effort de recherche. Et on installe les conditions de la pénurie structurelle : l’offre sera tarie, faute d’être entretenue et renouvelée, alors même que l’on déchaîne une demande infinie – surtout dans une économie ouverte- en promettant la gratuité pour tous ou le remboursement systématique. La lumière du soleil est gratuite parce qu’elle tombe du ciel, ne nécessitant aucune intervention humaine [1].


La collectivité découvre la facture de biens et services que les membres de cette collectivité voudraient obtenir gratuitement. Et cette facture, personne ne veut la voir, encore moins la supporter. Ce serait indécent, antisocial. C’est un peu comme dans le jeu de la patate chaude, chacun veut s’en débarrasser tant elle nous brûle les mains. Et l’on ne voit pas très bien comment l’Etat pourra se porter au secours de la sécurité sociale alors que les comptes publics ne sont pas dans une meilleure situation que les compte sociaux, sauf à réinventer une nouvelle usine à gaz destinée à camoufler un prélèvement supplémentaire, qui ne fera que reporter le problème, mais non le résoudre.


La plupart des biens et services que nous consommons, ou que nous désirons consommer, nécessite d’être pensés, conçus, fabriqués et distribués, autant d’étapes qui nécessitent de l’investissement et du travail rémunéré. Qu’ils soient publics ou privés, cela ne change pas le fait qu’il faudra payer la facture d’une manière ou d’une autre. Soit le ménage paie directement en tant que client, soit indirectement en tant que contribuable ou assuré. La façon dont la facture sera supportée par les ménages n’est pas neutre car si le client est roi, le contribuable a rarement son mot à dire. C’est pourquoi il ne faut pas trop vite se précipiter dans le processus qui consiste à transformer des biens et services privés en biens et services publics.

 

[1] Ce n’est plus le cas de l’eau potable ou de l’air pur dans certaines grandes métropoles dont la production nécessite des activités (des industries) de retraitement.

 

 

Jean-Louis Caccomo,

 

http://caccomo.blogspot.com/

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Dimanche 6 septembre 2009

Par Elie Arié
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Si on a beaucoup parlé, depuis deux ans :

 

-des franchises médicales (au principe desquelles je reste opposé, même si elles viennent s’ajouter à des sommes bien plus importantes laissées depuis longtemps à la charge du malade : ticket modérateur, forfait hospitalier, prothèses auditives et dentaires, etc.),

 

-un peu moins de la réforme hospitalière, à laquelle je reste globalement favorable (il est logique de financer les hôpitaux en fonction de leur activité réelle), comme je l’ai expliqué dans un précédent article

http://www.marianne2.fr/Hopital-une-reforme-dans-l-indifference-generale_a181407.html),

 

on ne peut qu’être surpris par le silence dans lequel s’est mis progressivement en place un phénomène qui vide de tout son sens le principe même de l’assurance-maladie : la généralisation des dépassements d’honoraires des spécialistes, dans les cliniques  comme dans les cabinets de ville.

 

 

Entendons-nous bien : personne ne prétend que les consultations de spécialistes doivent être remboursées à 100 % (elles ne l’ont jamais été, sauf cas particuliers ) ; on peut imaginer qu’elles soient remboursées à un pourcentage  plus faible, inférieur aux classiques 70% ; et il ne s’agit pas ici de discuter du montant de ces consultations et des actes techniques, ce qui relève d’une politique des revenus.

 

Mais rembourser à 70 % une somme qui n’est pas la somme réellement payée, et mettre les assurés sociaux en situation de savoir de combien ils seront remboursés mais d’ignorer combien ils devront payer (puisque les dépassements d’honoraires se font « à la tête du client ») n’a plus aucun sens en termes d’assurance-maladie : même les assurances privées américaines n’ont pas adopté ce véritable non-sens économique.

 

Le « secteur conventionné à honoraires libres » est une triste et aberrante spécificité française : partout ailleurs, les spécialistes choisissent  soit d’intégrer le système en se conventionnant (et doivent alors respecter les honoraires conventionnels), soit de rester en dehors : leurs honoraires sont alors libres, et leurs patients ne sont pas du tout remboursés. Le système français fonctionne sur le principe économiquement absurde du «  je vous facture la somme dont vous serez  remboursé, et j’y rajoute ce que j’estime que vous pouvez payer en plus » (professeur Jean de Kervasdoué).

 

Le gouvernement est conscient de cette absurdité, puisque son projet de réforme hospitalière prévoyait que, lorsqu’une clinique privée se trouve géographiquement en situation de monopole, un certain pourcentage d’actes devraient être facturés au tarif conventionnel, de façon à ce qu’il ne soit nulle part impossible de se faire soigner sans acquitter des dépassements : sous l’effet du lobby médical et de ses relais à l’ UMP, cette disposition a été supprimée (ce qui n’aurait pas été le cas si le PS avait choisi de voter cette réforme).

 

Et la question qu’il faut se poser est la suivante : pourquoi tous les gouvernements (de droite comme de gauche) sont-ils aussi terrorisés par le lobby médical ?

 

La réponse tient dans le « plan Juppé » de 1995, plan d’inspiration étatique et non libérale (que j ‘avais approuvé en son temps), qui avait suscité l’hostilité de tous les médecins libéraux, et auquel la droite a attribué sa défaite aux législatives de 1997 : analyse témoignant d’une étrange myopie.

 

Si le plan Juppé avait mobilisé tant de gens contre lui, c’est parce qu’il avait trop « chargé la barque » : il s’attaquait à la fois à la réforme de l’ensemble de la médecine (de ville et hospitalière) et à tous les systèmes de retraite (publics, privés, et régimes spéciaux –ces derniers à l ‘origine des grèves des transports qui avaient paralysé le pays), coalisant contre lui une série de mécontentements hétéroclites. D’ailleurs, André Bergeron (ex-leader de FO) lui avait dit « faites la santé, mais pas les retraites en même temps », et ses réformes médicales ont été mises en place par le gouvernement Jospin en 1997, sans le crier sur les toits.

 

Or, rien de tel dans le cas des dépassements d’honoraires : qui cela concerne-t-il ?

 

Il y a 200 000 médecins en France ; 100 000 sont des médecins salariés, non concernés (les chefs de service hospitaliers ayant droit à une consultation privée à l’hôpital sont en nombre infinitésimal) ; sur les 100 000 médecins libéraux restants, 50 000 sont des généralistes, qui n’ont pas droit aux honoraires libres ; s’attaquer aux dépassements d’honoraires, c’est ne s’attaquer qu’à 50 000 spécialistes libéraux, qui se trouveront bien isolés, et qui ne peuvent pas, cette fois, compter sur le soutien, de l’opinion publique !

 

Comment un gouvernement qui a peur d’affronter 50 000 spécialistes isolés par une réforme qui sera populaire auprès de l’ensemble des Français (la popularité n’étant pas actuellement un luxe qu’il peut se permettre de dédaigner) peut-il espérer être crédible lorsqu’il annonce, par ailleurs, qu’il va « moraliser le capitalisme mondial », rien de moins ?

 

Elie Arié                                                                    

 

Ancien Secrétaire National à la Santé du Mouvement Républicain et Citoyen.

Cardiologue, Enseignant-Associé à la chaire de Gestion des Systèmes de Santé du Conservatoire National des Arts et Métiers.                      
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Jeudi 2 juillet 2009
...Par Elie Arié....Publié aussi dans Marianne2...

Elie Arié, cardiologue et enseignant, revient sur la réforme de la tarification hospitalière qui vient d'être votée dans le silence. Et dont les conséquences nous concernent tous.

Une récente Tribune Libre du Monde, signée par un certain nombre de professeurs de Médecine (
« L'hôpital public ne doit pas devenir une entreprise » ) s'élevait, comme chaque fois qu'un système tente d'introduire de la transparence dans l'activité médicale, contre la nouvelle tarification à l'activité, pourtant défendue par tous les partis de gouvernement, de gauche comme de droite, et par la Fédération Hospitalière de France, représentant les hôpitaux... publics, et présidée par l'ancien Ministre socialiste de la Santé Claude Evin.

Il serait utile que les Français soient informés sur cette question, moins technique qu'il n'y paraît, et qui les concerne évidemment tous au premier chef.


La tarification à l'activité est intrinsèquement une bonne chose. En gros, on répartit l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie (ONDAM = la somme totale des dépenses annuelles de la médecine de ville et hospitalière, votée chaque année par le Parlement) entre les établissements en fonction de leur activité réelle, et non plus en fonction d'un budget reconduit à l'identique depuis 20 ans, au mépris des évolutions démographiques de chaque territoire. L'assurance maladie paie désormais un forfait fixe par Groupe Homogène de Séjours (par exemple, une même somme pour chaque appendicectomie sans complication sur un sujet de 15 à 60 ans).

Ce qui suppose de savoir précisément ce que coûte chaque activité d'un hôpital donné, et de se caler sur des pratiques moyennes nationales (tant de jours, de temps médical, de temps infirmier, de coûts administratifs, de temps de bloc opératoire pour mon appendicectomie) pour ne pas perdre d'argent sur un séjour. Ou bien faire des choix stratégiques : un hôpital doit être à l'équilibre dans son ensemble, pas sur chacune de ses activités.

Il peut choisir d'équilibrer ses activités non rentables, mais correspondant à des exigences de service public, avec des activités rentables (toutes les réanimations ayant un taux d’occupation inférieur à 50 % sont déficitaires, ça ne veut pas dire qu'on les ferme). Pour prendre les décisions de ce type, la loi permet désormais un dialogue constructif entre ceux qui utilisent et qui fournissent par leur activité la ressource d'un établissement (les médecins) et ceux qui la gèrent (l'administration). Ce dialogue est incontournable dans un système contraint, qui doit être géré et non plus administré.

Ce ne sont pas les réformes en cours qui augmentent la durée de vie, et par là-même le besoin de soins, ni la technicité de la médecine. Chaque année le Parlement doit voter un Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie croissant. Le vrai choix de société, c'est le niveau de cet ONDAM, et pas la façon dont on répartit les ressources ainsi définies entre les hôpitaux. On sait qu'on n'a plus assez pour soigner tout le monde avec les structures actuelles. Que faire ? Dire « Il faut des moyens » ? Peut-être, mais il faut voir lesquels, et jusqu’à quel niveau, si on ne veut pas se cantonner au classique « demander plus à l’impôt et moins au contribuable ».


Le deuxième axe de réflexion, c'est réformer non plus les règles de financement, mais les structures hospitalières. Car la tarification à l'activité n'est qu'un outil de redistribution entre les structures existantes.

En gros, accepter de regrouper les activités de court séjour (médecine et chirurgie aigües, maternités) sur des gros plateaux techniques de territoire qui permettent une meilleure qualité de soins et des économies d'échelles (en plus d'être plus attractifs pour des médecins qui refusent de plus en plus de travailler en petites équipes pour partager les gardes et les astreintes). Pour les petites communes, garder des antennes d'urgences,des services de médecine polyvalente et du moyen séjour, en plus d'activités de gériatrie.

Ce système ressemble plus à ce qui se fait ailleurs, et garantit aux communes qui cèdent une partie de leurs activités de court séjour de conserver l'emploi local. En gros, la France est sous-dotée en gériatrie et moyen séjour, mais surdotée en court séjour par rapport à ses voisins. Les patients âgés et les patients de réadaptation/rééducation ne sont pas pris en charge dans les lits (et par les personnels) les plus adpatés, et en plus coûtent plus cher à l'assurance maladie quand ils sont hébergés dans des lits « surmédicalisés » (là où les équipes savent utiliser les équipements complexes, mais pas stimuler ou toiletter un vieux).Perdant/perdant.

Aujourd'hui, on a réformé les règles du jeu, mais contrairement à ce que disent Patrick Pelloux et Jean-Pierre Pernaut (étrange collusion de fait),on avance très peu sur les réorganisations territoriales. Parce qu'au pays de Clochemerle, les élus locaux, qui prennent les décisions importantes via les Conseils d'Administration, ne sont jamais d'accord sur les projets de réorganisation territoriale, et préfèrent voir crever à petit feu leur hosto.

De son côté, l'Etat peut imposer les rapprochements, mais ne le fait pas non plus du fait du même défaut de courage politique. Ce qui fait que tout le monde y perd. Le statu quo est absolument destructeur. J'ai 50 exemples en tête : ce sont les mêmes élus, de droite comme de gauche, qui manifestent avec leurs écharpes tricolores pour sauvegarder une maternité où ils n’enverraient pas accoucher leur chatte, et qui reconnaissent en petit comité qu'ils n'ont pas le choix à 1/2/3 ans des élections. Et qu'ils envoient leur famille se faire soigner au CHU, parce que leur hosto est une calamité. Ce n'est pas l'idéologie dominante aujourd'hui qui crée l'hôpital à 10 vitesses : il existe depuis longtemps.


Le privé n'a aucune contrainte

Restent des propositions valables : pourquoi ne pas réajuster les nouvelles règles de financement pour mieux prendre en compte les spécificités du public ? Deux aspects doivent être travaillés, et l'article les relève : la part de forfait pour les missions de service public dans le financement à l'activité, et la remise en cause de la convergence entre tarifs versé au public et au privé pour une même prestation. Cette convergence tarifaire est un vrai cauchemar.

Car le vrai problème pointé par ce genre de collectifs, ce sont les rapports entre public et privé. Et là, il y a beaucoup à dire. En gros, le public a encore pas mal de marge pour s'organiser aussi bien, c'est absolument indéniable, mais même s'il y parvenait un jour les dés resteraient pipés. Le privé n'a aucune contrainte, et il finira par toucher autant que l'hôpital pour chaque séjour réalisé. Il peut embaucher des personnels 5 fois plus rapidement, et se débarrasser de ceux qui plombent le travail des équipes.

Il peut pénaliser un praticien qui arrive 1 heure en retard au bloc alors qu'une équipe entière l'attend parce qu'il veut finir ses 18 trous. Il peut ouvrir ou fermer une activité avec la même célérité. Il n'a pas de missions de service public ultra onéreuses à assurer. Il peut s'engager auprès d'un hôpital qui bat de l'aile à boucler un partenariat dont il pourra in fine se retirer quand il voudra. Là où le système est incompréhensible (ou bien hélas l'est-il bien trop), c'est qu'il tolère ces déséquilibres et fait comme s'ils n'existaient pas.

Le vrai problème que pose l’hôpital privé est que, devant distribuer des profits élevés à court terme à ses actionnaires, ceux-ci peuvent, à tout moment, décider de se retirer de ce secteur s’ils ne le jugent plus assez rentable, et ruiner en une journée le laborieux équilibre entre public et privé que la loi Bachelot tente de mettre sur pied ; nous serions à l’abri de ce risque si, comme aux Etats-Unis, la majorité de nos hôpitaux privés avaient le statut de Fondation, et devaient obligatoirement réinvestir tous leurs profits : mais « la question ne sera pas posée »


Elie Arié

Cardiologue, Enseignant-Associé à la chaire d'Economie et de Gestion des Systèmes de Santé du Conservatoire
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Vendredi 24 avril 2009

Nouvelle publication d'un article d'Elie Arié
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Ancien membre de la Commission-Santé du Parti Socialiste pendant plus de vingt ans, ancien Secrétaire National à la Santé du Mouvement Républicain et Citoyen de Jean-Pierre Chevènement pendant deux ans (2002-2004),  je crois aujourd’hui devoir dénoncer  la lourde responsabilité de la gauche dans  l’échec de ce qui aurait dû constituer son principal cheval de bataille, échec que j’ai trop longtemps vécu de l’intérieur :celui de la défense d’un système de soins public, égalitaire et de qualité, et d’en tirer les leçons avant qu’il ne soit trop tard.

 

En effet, au moment de la discussion, à l’ Assemblée, de la loi "Hôpital, Patients, Santé, Territoires", tout semble en place pour que nous revivions le scénario-catastrophe du plan Juppé de 1995.

 

Sans entrer dans les détails, rappelons que le plan Juppé était, économiquement, dans ses grandes lignes, d’inspiration étatiste et non libérale , et qu’il sauvegardait l’équilibre de l’ Assurance-Maladie sans un centime de privatisations (tout comme il sauvait le régime des retraites sans un centime de capitalisation) ; ayant, sans doute, trop chargé la barque en s’attaquant aussi aux régimes spéciaux des retraites (dont personne ne conteste plus, aujourd’hui, qu’il devait être réformé), il a dû être retiré sous la consternante conjonction, contre nature, de tous les conservatismes : celui des députés UMP ne voulant pas mécontenter le corporatisme de leur électorat médical, et celui du Parti Socialiste qui, tout en approuvant ce plan, a cru devoir s’y opposer parce que son électorat manifestait contre lui, et qu’il fallait bien qu’il suive ses troupes s’il voulait paraître en être le chef ; après quoi, parvenu au pouvoir en 1997, le gouvernement Jospin a évidemment mis en œuvre son volet santé ; j’ai eu malheureusement l’occasion de vivre, de l’intérieur, ce grand moment de victoire de l’électoralisme sur le courage politique, même si nous avons été quelques uns à manifester notre soutien à cette réforme dans une tribune parue dans « le Monde », et qui ne nous a d’ailleurs valu aucune sanction.

 

C’est aujourd’hui la même alliance que nous voyons se mettre en place entre les éléments les plus conservateurs du corps médical, qui s’apprêtent à manifester contre l’ « étatisation de la médecine », les députés UMP inquiets pour leur réélection, et un Parti Socialiste qui s’imagine, à nouveau, que le nec plus ultra de  la stratégie politique consiste à s’opposer à toute mesure du gouvernement dans l’espoir de lui succéder ainsi au pouvoir par le jeu de l’alternance automatique, pourtant déjà pris en défaut en 2007.

 

Mon propos n’est pas d’entrer, ici, dans le détail technique de ce texte de loi- même si c’est dans les détails que se niche le diable, ce qui devrait faire l’objet de dépôts d’amendements constructifs - mais dans l’absurdité du discours politique dans lequel se réfugie le Parti Socialiste pour justifier un vote négatif dont le principe semble acquis d’avance.

 

On l’entend, avec stupeur, dénoncer une « privatisation » de l’hôpital…comme si cette réforme, qui n’est pas encore votée, pouvait être rendue responsable de la répartition qui s’est faite, ces vingt dernières années, entre le rentable (chirurgie programmée)  au secteur privé et le déficitaire (urgences, médecine, gériatrie) au secteur public, répartition aujourd’hui pratiquement achevée, sous les auspices de la loi actuelle et que le Parti Socialiste n’a jamais tenté d’empêcher !
Et alors que la Fédération Hospitalière de France, regroupant l’ensemble des hôpitaux publics et présidée par l’ancien Ministre de la Santé socialiste Claude Evin, soutient les grandes lignes de cette réforme, et qu’à l’inverse, les médecins spécialistes libéraux travaillant dans les cliniques privées annoncent une journée de manifestation contre elle…ce sont ces derniers que le Parti Socialiste s’apprête à soutenir !

 

Sans craindre la contradiction, cette dénonciation de la « privatisation » de l’hôpital s’accompagne de celle de son … « étatisation » (mot qui ferait désormais peur à la gauche ?) , au prétexte que les futures  Agences Régionales de Santé, ayant pour mission d’harmoniser enfin la médecine hospitalière avec la médecine de ville, et dont la création figure pourtant au programme du Parti Socialiste depuis une dizaine d’années, seraient placées sous l’autorité d’un représentant de l’ Etat : on croit rêver !
Pour la gauche, l’organisation de la Santé ne figure-t-elle pas pourtant dans les missions fondamentales de l’ Etat, et de son bras armé, le Ministère de la Santé? Et qui donc devrait les présider : un syndicaliste, un chef d’entreprise, un conseiller régional ? Dans quelle République vivrions-nous, si un élu local avait plus de pouvoirs que le Gouvernement et le Parlement ?

 

Autres sujets d’étonnement, les critiques :

 

- du principe de la tarification à l’activité, dite T2A. Même si ses effets pervers doivent être corrigés, même si le montant et les modalités de fixation de son volet consacré aux missions spécifiques de l’hôpital public (MIGAC) doivent faire l’objet d’amendements, comment le Parti Socialiste peut-il feindre d’ignorer que, grâce au plan Juppé, c’est le Parlement qui vote le total des sommes allouées aux hôpitaux (l’ ONDAM), et que la T2A n’est qu’un outil de répartition de cette somme entre les différents établissements, remplaçant l’ancien système qui augmentait chaque année le budget de tous les hôpitaux d’un taux unique national, sans tenir compte de leur (in)activité réelle et de tous les changements démographiques qui avaient pu s’opérer depuis vingt ans ;

 

-du renforcement des pouvoirs des directeurs d’hôpitaux face à celui du corps médical, pour qui les objectifs de santé publique n’ont jamais constitué une préoccupation majeure ;

 

-de la limitation de la liberté totale d’installation des médecins, au mépris des besoins de la population ;

 

-le soutien si peu sincère mais tellement électoraliste du Parti Socialiste au maintien des hôpitaux dits « de proximité » en sous-activité et à risques, et qu’il tente pourtant, lui aussi, lorsqu’il est au pouvoir, de transformer en hôpitaux de long et moyen séjour.

 

Ce sont ces contradictions qui expliquent l’étonnant silence de la gauche, lors de toutes les campagnes électorales, sur ce sujet majeur de préoccupation des Français qu’est la santé, et sa tendance à se cantonner dans les slogans si peu crédibles :

 

-          du « toujours plus de moyens », alors que la France est maintenant au 3è rang mondial pour la part du PIB consacré au système de soins, et qu’on nous annonce un déficit de 15 milliards d’ Euros de l’ Assurance-Maladie,

 

-          et du spectre de la « médecine à deux vitesses », alors qu’une médecine à seulement deux vitesses constituerait un énorme progrès social dans un pays où coexistent ceux qui sont remboursés à 100% et ceux qui ne le sont pas ; ceux qui ont une bonne assurance complémentaire, ceux qui en ont une mauvaise, et ceux qui n’en ont aucune ; ceux qui vivent dans un désert médical et ceux qui vivent dans une ville où ils ont l’embarras du choix de leur médecin ;ceux qui vivent dans des villes où il n’existe plus, dans certaines spécialités, aucun médecin pratiquant les tarifs conventionnels, et ceux qui vivent dans des villes où il en existe encore ;ceux qui ont à leur disposition un choix de différents hôpitaux, et ceux qui n’en ont qu’un seul proche de chez eux ; ceux qui ont la chance que le seul hôpital proche de chez eux soit un bon hôpital, et ceux qui n’ont pas cette chance ;ceux qui ont les informations ou les relations pour savoir si tel médecin ou tel hôpital sont à recommander ou à éviter, et ceux qui ne les ont pas…

 

 

Tant que le Parti Socialiste n’utilisera la politique de santé que comme un argument électoraliste, se cantonnera à l’attitude protestataire et laissera à la droite le soin de réaliser des réformes nécessairement impopulaires, il ne faudra pas s’étonner de le voir perdre chaque jour davantage son identité et sa crédibilité de parti de gouvernement de gauche.

 

 

Elie Arié

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PRESENTATION

 

Marc d'HERE 

 

Contact: ies1@hotmail.fr

 

 Militant socialiste (rocardien) depuis 1974, j’ai  accompagné en 1999 Jean-Marie Bockel, lorsqu’il a créé  le club politique  social libéral « Gauche Moderne ». J’en ai été le  secrétaire général jusqu’en 2006..

Engagé dans la défense du Traité Constitutionnel Européen, je propose à Bernard Kouchner, Elisabeth Guigou, Gérard Collomb et Daniel Cohn-Bendit de créer le « Comité de la Gauche pour le Oui » et j’en assure  l’organisation et le développement.

 Quittant le parti socialiste après le congrès du Mans (2005), ne pouvant accepter l’irréalismeet la démagogie des choix politiques effectués, et refusant une « synthèse » synonyme de confusion, je crée  avec quelques amis socialistes  et centristes,  un mouvement politique réformiste,  de centre gauche « Initiative Européenne et Sociale » (IES)  que je préside depuis janvier 2006.

 

 Ayant soutenu Nicolas Sarkozy lors de l’élection présidentielle, parce qu’il m’apparaissait le plus apte à réaliser les réformes et les changements profonds dont notre pays a besoin,  j’ai choisi de m’inscrire dans  la majorité présidentielle. Adhérent de La  Gauche Moderne, le parti de Jean-Marie Bockel , je suis membre du Comité Permanent, chargé du Projet,  et Coordonateur de la Région "Pays de la Loire" 

 

 J'ai publié  fin 2007« de Rocard à Sarkozy. Itinéraire d’un social libéral » éditions Christophe Chomant. Les personnes intéressées par ce livre peuvent s’adresser à l’éditeur : christophe.chomant@wanadoo.fr ou m’adresser un mail à ies1@hotmail.fr

 

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