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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 18:51

 

 

Par Youssef El Tounsi...

 

Moins de deux mois à peine, après le début de « la révolution du jasmin », les tunisiens sont inquiets, certains se disent même désabusés. En feuilletant  la presse désormais libre, en consultant internet, en écoutant mes amis restés au pays, je suis étonné de constater une inversion progressive de l’état d’esprit des tunisiens. Chaque jour, nombre d’entre eux, pourtant élevés dans la culture du silence et de l’économie de la parole, me confortent dans l’idée que l’euphorie décrite par les occidentaux, ne correspond pas à la réalité.

 

Les tunisiens disent que leur situation économique se détériore très rapidement, qu’à la dictature succède une certaine anarchie et que  la liberté laisse de plus en plus de place à l’insécurité. Anciens bénalistes ? Partisans du RCD aujourd’hui dissout ? Classe moyenne perturbée par les suites d’un mouvement révolutionnaire ? Toujours est-il que l’on entend avec surprise de nombreux tunisiens regretter le temps  « d’avant », qui assurait tranquillité et stabilité.

 

Les plus démunis ne paraissent pas plus optimistes. Certains continuent sporadiquement à se soulever dans l’ouest du pays, comme si rien ne s’était passé. D’autres, découragés, profitant du relâchement des contrôles des autorités maritimes, fuient le pays par milliers pour l’île de Lampedusa… 

 

Que se passe-t-il ?

 

La police de BEN ALI que l’on disait si nombreuse et si efficace avant la révolution a disparu. Elle n’assume plus sa mission de maintien de l’ordre dans le pays. Fragilisée, discréditée, elle laisse à l’armée le soin d’y pourvoir. Respectée par le peuple, celle-ci s’y emploie avec la meilleure volonté du monde, mais dans la limite de ses possibilités et de ses compétences et pour des actions ponctuelles.

 

La police se terre, toute initiative, toute intervention si légitime soit-elle, pouvant inéluctablement conduire le fonctionnaire zélé à se faire accuser, par le contrevenant, d’avoir servi BEN ALI et par sa hiérarchie, d’avoir  attiré l’attention sur le service dont il dépend.

 

Les 150 000 policiers de BEN ALI ne sont en réalité que 48 000, au grand dam du nouveau Ministre de l’Intérieur qui a invité les forces de l’ordre à réintégrer leurs casernes. Depuis sa récente nomination, cet ancien Procureur Général est allé à la télévision, informer la population, dans un arabe dialectal, inusité chez les responsables politiques depuis la fin de l’ère BOURGUIBA, des nombreux actes d’indiscipline, du tumulte et des soulèvements, qui existaient au sein de son ministère. Il a expliqué que lui-même avait été victime d’une attaque en règle de la part d’une horde d’individus, alors qu’il se trouvait dans son bureau avec le général Rachid AMMAR. Il a ajouté que l’un et l’autre n’avaient dû  leur salut qu’à une fuite précipitée, excluant par la même toute assistance de la part des fonctionnaires de police. Il s’en est suivi des arrestations, des révocations et des mises à la retraite de nombreux responsables de la police.

 

Du Ministre de l’intérieur aux gardiens de la paix, des hauts responsables, membres ou non du gouvernement transitoire, aux « élus » de l’ancien régime, tous ceux qui peuvent être soupçonnés d’avoir participé de près ou de loin au régime de BEN ALI, c'est-à-dire beaucoup de monde, tentent de se faire oublier, ou de donner des gages, au peuple qui les observe, en critiquant avec la plus grande sévérité l’ancien régime et leurs serviteurs, dont ils ont été,  affirment-ils avec un excès de sincérité, l’une des victimes.

 

La police absente, l’espace public est abandonné à qui veut le prendre. On voit des groupes déambuler dans les rues à l’affût d’un mauvais coup. Font-ils partie de ces délinquants sortis en nombre des prisons au moment des émeutes ? S’agit-il d’anciens membres du parti unique en déshérence ou  de désœuvrés  à la recherche d’une opportunité ? Peut-être un peu tout cela. Toujours est-il qu’a la nuit tombée, les tunisois s’enferment chez eux à double tour, comme aux pires heures de la répression coloniale.              

 

Insécurité, délations, dénonciations, désengagement, conduisent à une situation délétère généralisée qui sévit dans pratiquement tous les ministères, occupés par leurs propres employés, qui demandent des augmentations de salaires et par des gens venant de l’extérieur, qui viennent réclamer une place dans le nirvana de la fonction publique, qui fait aussi rêver les tunisiens sans emploi.

 

Dans les entreprises publiques en particulier, mais aussi dans certaines entreprises privées, les responsables sont mis à la porte par des membres du personnel qui règlent ainsi  de vieux comptes. On assiste à une valse des responsables nommés par l’ancien régime, mais aussi de ceux qui l’ont été par l’actuel, lorsque les nouveaux nommés n’ont toujours pas l’heur de plaire à ceux qu’ils sont chargés de diriger. Tout ceci dans une totale indifférence des pouvoirs publics dont les responsables se contentent d’entériner « ce que veut le peuple », s’évitant ainsi d’être eux-mêmes victimes de son ire.

 

Ainsi, les gouverneurs sitôt nommés sont démis de leurs fonctions sans trop que l’on sache pourquoi. De nombreux postes se trouvent sans titulaire. Le motif clé de la sanction est d’avoir fait partie de l’ancien régime, ce qui est une condition aisément remplie par n’importe quel fonctionnaire.

 

Seules les femmes, pourtant majoritaires dans le pays ne semblent pas avoir voix au chapitre. Leurs protestations réitérées devant l’absence de toute présence du sexe faible parmi les 24 gouverneurs récemment nommés, comme d’ailleurs dans la quasi-totalité des nominations intervenues dans la haute administration et dans les entreprises nationales, n’ont eu aucun écho. Il est vrai que l’exemple a été donné au moment de la formation du gouvernement d’union nationale qui ne compte que trois femmes, pour des ministères ou des secrétariats d’Etat d’une importance tellement relative, qu’aucun tunisien ne serait capable de les citer. 

         

Les grèves comme les rumeurs de grève sont incessantes, les arrêts de travail sont imprévisibles, ils ne font jamais l’objet d’un préavis. Grèves tournantes et surtout sit in ont la faveur des tunisiens.

 

Justifiées ou non, elles accroissent le sentiment de pagaïe généralisée que les tunisiens ne connaissaient pas jusqu’alors.

 

La grève déclenchée dans un dépôt d’essence, même après avoir été démentie, conduit à des files d’attente aussi interminables qu’inattendues devant les stations services.

 

Les employés municipaux dont on sait aujourd’hui qu’ils avaient pour nombre d’entre eux un statut précaire, sont en grève pour être titularisés. A Tunis les rues ne sont plus balayées, les ordures ne sont plus ramassées, des montagnes de détritus s’entassent sur les trottoirs. 

 

Ces mouvements sociaux risquent de se généraliser, les travailleurs tunisiens ayant compris que la situation était propice aux revendications, même les moins légitimes.

 

La grève d’une des agences de Tunis Air est à cet égard significative. On raconte que le personnel ayant  décidé de faire un sit in devant ses bureaux pour solliciter une augmentation de 350 Dinars, le responsable de l’agence a pris sur lui de solliciter le concours de l’armée pour régler ce conflit. Il a présenté au jeune lieutenant arrivé sur place avec quelques hommes, les fiches de paie des manifestants, dont les montants correspondaient en moyenne à une solde d’officier. L’agence fut alors évacuée sur le champ manu militari.

 

Des individus extérieurs tentent de profiter de l’aubaine que leur procure ces mouvements.

 

La grève à CARREFOUR situé près de Tunis, qui est le centre commercial le plus important de Tunisie, est l’exemple même de cette situation de tumulte qui règne dans les entreprises. Son personnel a choisi de solliciter une augmentation de salaires  en faisant un sit in devant le magasin. Aux mille employés en grève sont venus se mêler des groupes incontrôlés qui avaient la ferme intention d’investir le centre commercial. Il a fallu l’intervention de l’armée et des tirs de sommation pour empêcher le pillage qui se préparait. Les responsables ont alors décidé de fermer provisoirement le magasin.      

 

A GAMMARTH, banlieue de Tunis, devant les revendications de son personnel jugées démesurées, la direction de l’hôtel REGENCY, a également préféré fermer provisoirement l’établissement.  

 

La tournure prise par les évènements est telle, qu’elle a conduit le secrétaire général de l’UGTT, syndicat unique et très puissant, pourtant peu complaisant, à demander aux travailleurs tunisiens, dans une allocution télévisée, de modérer leurs revendications.

 

Dans le secteur public, fonction publique et entreprises nationales, la tendance est à la plus grande bienveillance pour satisfaire les revendications. Augmentation de salaires, primes,  titularisations, sont généreusement accordées par le gouvernement de transition, sans aucune discussion et sans même se préoccuper de savoir si le budget de l’Etat sera en mesure de faire face à ces dépenses, jugées pourtant excessives par les experts.

 

Le gouvernement ajoute encore aux dépenses, des mesures sociales manifestement hors de proportion avec le budget de l’Etat tunisien. Si l’allocation unique de 500 Dinars (environ 255 €) accordée aux étudiants du 3e cycle, « dont la situation sociale le justifie, » est budgétairement acceptable, il n’en va pas de même pour l’indemnité mensuelle de 150 Dinars (76,50 €) ou de 250 Dinars (127, 5 €)  selon les sources, qu’il est prévu d’allouer aux personnes à la recherche d’un emploi. Compte tenu du taux de chômage très élevé et du fait même que le SMIG tunisien est de 260 Dinars (132 €) pour 48 heures de travail hebdomadaire, cette mesure inciterait immanquablement les travailleurs tunisiens à percevoir cette indemnité, plutôt qu’à partir travailler chaque matin.    

 

Cette désorganisation quasi généralisée de l’administration, de l’économie et des finances de l’Etat, avec une saison touristique très compromise, risque, au moins sur le court terme, sans pouvoir encore parler de chaos, de fausser les élections et de rendre difficile la tâche des futurs gouvernants de la Tunisie.

 

La mise à bas du régime de dictature, instauré par le Président Ben Ali, suffira-t-elle à satisfaire les uns et les autres ? Il est certainement trop tôt pour le dire. Personne ne sait de quoi après-demain sera fait. C’est le prix de toute révolution.

   

                                                                                 Youssef El TOUNSI    

 

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Published by Youssef El Tounsi - dans Méditerranée
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commentaires

Marc d'Here 27/02/2011 22:51


Le président Nicolas Sarkozy a estimé que les révolutions arabes en cours ouvraient "une ère nouvelle" dans les relations de la France avec ces pays, dimanche lors d'une allocution
radiotélévisée.
"En opposant la démocratie et la liberté à toutes les formes de dictature, ces révolutions arabes ouvrent une ère nouvelle dans nos relations avec ces pays dont nous sommes si proches par
l'histoire et par la géographie", a affirmé le chef de l'Etat.
"Ce changement est historique. Nous ne devons pas en avoir peur", a ajouté M. Sarkozy qui, lors de cette intervention, a notamment annoncé le remplacement au poste de ministre des Affaires
étrangères de Michèle Alliot-Marie, très critiquée sur la Tunisie, par Alain Juppé.
Selon le président français, le changement en cours dans le monde arabe "porte une formidable espérance car il s'est accompli au nom des valeurs qui nous sont les plus chères, celles des droits de
l'Homme et de la démocratie".
"Pour la première fois dans l'histoire, elles peuvent triompher sur toutes les rives de la Méditerranée. Nous ne devons avoir qu'un seul but: accompagner, soutenir, aider les peuples qui ont choisi
d'être libres", a-t-il jugé.


cellobello 14/02/2011 13:06


Merci de cet état des lieux sans concession.
L'afflux d'émigrés à Lampedusa, qui passe répétitivement sur nos écrans, rend les donneurs de leçons médiatiques moins loquaces sur l'avènement du paradis grâce au pouvoir acquis par le peuple.

Espérons que les dirigeants de transition sauront éviter le pire au peuple tunisien. Malgré les rêves du quotidien de chacun, aussi légitimes soient-ils.


ascensi 13/02/2011 20:30


il faut éviter autant que possible les révolutions, c'est entendu (et la guerre non plus n'est pas terrible). Mohammed Bouazizi le vendeur de légumes a fait une grosse bétise en s'immolant et ses
amis une plus énorme en allant manifester pour défendre sa mémoire. Que dire de cette presse occidentale et de tous ces gens qui poussent à la révolution alors qu'on sait tous qu'après une bonne
cure d'austérité et de travail tout repartira de l'avant... comme avant ! Bon mais je ne crois pas un traître mot de ce que je viens d'écrire et c'est ça le problème. Je suis le problème et nous
sommes désormais des millions de "problèmes" car nous n'y croyons plus ... Je me demande qui nous a inoculé ce mal du désespoir qui fait des ravages ?