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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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30 novembre 2009 1 30 /11 /novembre /2009 05:34

Poursuite du débat sur l'identité nationale...Une réflexion de Gilbert Veyret
...


« Quand je me pose des questions sur l’identité de notre pays, observé par priorité, à travers l’épaisseur de son passé, n’est-ce pas à propos de la France de demain que je me tourmente et m’interroge ?  Les forces contradictoires d’hier et d’aujourd’hui, accrochées les unes aux autres, ne cessent d’engendrer, d’être une histoire profonde sur laquelle la France dérive. Ces forces seront encore là demain sur lesquelles tout se construit, tout, à l’occasion, peut se détruire, sans que l’on en devine toujours les vraies raisons et moins encore l’heure exacte »
écrivait F. Braudel en introduction à ses ouvrages sur « L’identité de la France ». Car cet historien ne voulait pas « qu’on s’amuse avec l’identité », mais il se demandait, en citant T. Zeldin, si «  le changement le plus radical survenu en France n’était pas la perte, pour les Français, du contrôle de leur destin »

Après avoir affirmé, en début de mandat, qu’il voulait conduire une véritable « politique de civilisation » Nicolas Sarkozy semble se demander, à mi mandat, qui sommes-nous réellement pour pouvoir relever un tel défi ?

 

Une géologie de strates superposées ou agglomérées au cours des siècles ?

L’opposition politique et la majorité des observateurs lui ont reproché d’avoir lié cette interrogation, teintée d’une humilité, à laquelle il ne nous avait pas habitués, avec le thème de l’immigration habituellement utilisé pour rallier le vote de ceux qui  en ont peur.

Ces arrière-pensées supposées ont évidemment vicié le débat à l’origine, chacun étant prié de se positionner selon son camp pour ou contre un débat qui se résumerait grossièrement en «  Trouvez-vous qu’il y a trop d’immigrés en France ?»

Il faut donc prendre le risque du simplisme pour éviter de sombrer dans le manichéisme.

L’identité nationale est bien évidemment le résultat, toujours très temporaire, de ses apports successifs.

Pendant des siècles, il ne s’agissait d’ailleurs pas d’immigrés mais d’envahisseurs.


Citons, seulement quelques exemples : Vikings et Normands, Germains et Francs, qui nous ont d’ailleurs fourni notre appellation, Romains nous ont tous envahis, pillés, et finalement enrichis. Je sais bien qu’Astérix est considéré comme un héro de la résistance, défenseur de nos valeurs, face à l’envahisseur Romain. Mais qui peut nier que notre héritage Gallo-Romain, doit beaucoup à ces derniers
[1].


Les Arabes ont, sans doute, été bloqués trop tôt, à l’issue de cette bataille de Poitiers tant célébrée, pour nous faire bénéficier de tous les apports culturels et économiques qui ont permis l’âge d’or Andalous.

Quand l’Etat et la nation sont devenus assez forts pour dissuader ou repousser les envahisseurs, ce sont des groupes ou des familles qui ont choisi de venir résider en France, avec leur culture propre, leurs techniques, leur esprit d’entreprise. Ils y étaient souvent poussés par l’oppression politique ou la misère économique qu’ils subissaient dans leur pays d’origine. Ils avaient, le plus souvent, à cœur de prouver, de se prouver qu’ils étaient capables de réussir dans un contexte plus favorable. Et le plus souvent ils devenaient français.


En sens inverse, notre pays s’est sensiblement appauvri, au profit des Flandres, lorsque la « Révocation de l’Edit de Nantes » a chassé un grand nombre de protestants français.

Quelle est cette alchimie qui a permis à toutes ces strates successives, ces péripéties glorieuses, piteuses, tragiques, familières de composer ce pays chaque fois un peu différent, « divers jusqu’à l’absurde » disait Braudel ?  Le creuset est-il brisé ?


L’Etat y a toujours joué un très grand rôle, avec cette volonté de dégager un plus grand commun dénominateur, notamment à travers l’éducation nationale, réussissant à gommer l’essentiel des différences d’origines géographiques, de religions, de classes sociales, pour en faire des patriotes français capables, le cas échéant, de mourir pour leur pays, même s’ils y avaient été accueillis de fraiche date et pas toujours très bien.

Un fond commun de racines judéo-chrétiennes, de philosophie grecque, de droit romain a abouti à cet apogée du siècle des Lumières et sa philosophie des Droits de l’Homme à laquelle tous les immigrés ont longtemps adhéré, explicitement ou implicitement.

 

Une identité fortement marquée de manichéisme guerrier

Ce patriotisme naturel apparaît de façon théâtrale dans « La grande illusion » de Jean Renoir.(1937)

Le capitaine de Boëldieu, a beaucoup plus d’affinités culturelles, de goûts communs avec son geôlier, aristocrate Allemand; qu’avec ses camarades de captivité, le lieutenant Maréchal, d’origine prolétaire et le lieutenant Rosenthal, juif. Pourtant, il sacrifiera sa vie pour permettre l’évasion des deux autres, au désespoir de l’officier allemand, obligé d’abattre celui avec qui il aurait eu, en d’autres temps, tant de plaisir à partager un souper ou une partie de chasse.


Pendant cette première guerre mondiale, ce choix était simple, évident et tragique. La défense de la patrie avant tout autre clivage. La gratuité de cet héroïsme apparaît aujourd’hui bien vaine, après le spectacle de H. Kohl et F. Mitterrand se tenant par la main devant le mémorial de la bataille de Verdun, puis de A. Merkel défilant sur les Champs Elysées avec N. Sarkozy pour célébrer l’armistice du 11 novembre.

Ces chanceliers et présidents auront beaucoup fait pour saper un des fondements, historiquement daté, des identités nationales de nos deux pays, pendant des siècles. L’histoire leur reconnaitra ce mérite, même s’ils doivent maintenant  peiner un peu pour retrouver ou plutôt bricoler de nouveaux marqueurs de nos identités.

Une guerre plus tard, Missak. Manouchian et les résistants étrangers de « l’affiche rouge » se battaient  surtout pour la défense de la liberté et d’une certaine vision de l’homme, en se faisant tuer pour la France, dont ils n’étaient pas encore citoyens.


Les tirailleurs Algériens ou Sénégalais que l’on voie dans le film « Indigènes » sont dans une situation beaucoup plus ambiguë, puisqu’ils se battent pour leur puissance coloniale, mais aussi des valeurs de civilisation dont on leur a fait croire qu’ils en étaient partie prenante et que l’on a dédaignés sitôt la guerre gagnée.

 Une bonne part des luttes de la décolonisation et des rancœurs, encore actuelles, proviennent de ce malentendu et cette humiliation qui a profondément déchiré ce pacte républicain.


Citoyens et gouvernants ne semblent plus savoir ce qui fonde aujourd’hui ce pacte républicain. On ne saurait reprocher au gouvernement d’avoir la sincérité, la naïveté ou l’hypocrisie de se poser et de nous poser la question
[2], même si l’authenticité n’est pas un trait dominant chez les responsables politiques, spécialement à la veille de consultations électorales qu’ils jugent importantes.

 

Quels marqueurs de substitution ?

Le questionnaire, envoyé dans les préfectures, par le « ministère de l’immigration, l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire », selon cet étrange intitulé fourre-tout, propose à la discussion toute une série de valeurs et de symboles. Nous n’avons pas la place de les examiner l’une après l’autre, mais on ne peut qu’être surpris par leur hétérogénéité. 


Comment mesurer des valeurs communes entre la République, la liberté et l’égalité hommes/femmes  ou l’entreprise, si ce n’est pour nous dire que l’identité est un conglomérat de valeurs très composites dans lesquelles chacun ou chaque communauté peut y mettre ce qui correspond à son propre paradigme.

Prenons seulement quelques symboles cités comme Marianne qui évoque plus pour moi les charmes éphémères d’actrices en vogue, à une certaine époque, exposés opportunément dans les salles des mariages des mairies. Personnellement, je serais plus sensible au bonnet Phrygien, symbole révolutionnaire rappelant la coiffe portée par les esclaves affranchis Grecs et Romains. Mais je n’engagerai surtout pas de guerre de religion autour de ces ornements de la République !


Je peux imaginer le contexte dans lequel a été composée « La Marseillaise ». Cet hymne guerrier  devait donner du cœur à l’ouvrage aux jeunes troupes appelées à affronter cette large coalition, comportant notamment des Français émigrés, à Jemmapes ou Valmy ; comme à d’autres époques un coup de rhum aidait à sortir des tranchées. Mais, peut-on encore chanter aujourd’hui, sans frémir, cet appel raciste au meurtre pour qu’un « sang impur abreuve nos sillons » A qui appartiendrait ce sang impur ? Aux Autrichiens, aux Allemands ? La justice a condamné les propos violents de rappeurs pour moins que cela ! Faut-il évoquer « ces féroces soldats qui viennent jusque dans nos bras égorger nos fils et nos compagnes » à l’ouverture de matchs qui, rappelons le, consistent seulement à faire entrer un ballon entre des poteaux, plus souvent que l’équipe adverse !
[3]

Il est vrai que le football est devenu la « métaphorisation de l’appartenance à une collectivité, ville ou nation, par le biais de l’équipe qui l’incarne »[4]  Le football, comme prolongation de la guerre par d’autres moyens, avec les violences et les manifestations de racisme qu’il entraîne, dans et en dehors des stades, est bien une perversion de ce besoin identitaire, exprimé par des populations qui souffrent de la dilution.des liens sociaux.[5]

 

Identité nationale : acceptation de déterminismes historiques ou volonté de défendre des intérêts communs et de poursuivre des buts collectifs ?

 Ce vieux débat entre Barrès, pour qui le nationalisme est l’acceptation d’un déterminisme et Renan pour qui la nation ce « plébiscite de tous les jours » est un projet collectif composé des « sacrifices que l’on a faits et ceux que l’on est disposé à faire encore »  n’est pas vraiment dépassé, même si ce n’est plus le marqueur qui a longtemps distingué la droite de la gauche en France.


Le corporatisme, les revendications catégorielles, les diverses formes de communautarisme qui paralysent si souvent l’action publique, ne seraient que la sanction de l’absence d’un projet collectif, admis par le plus grand nombre. Chacun reconnaît aisément que : « Le respect de la diversité, loin de consister en une négation des identités, doit constamment veiller à vérifier avec vigilance qu’aucune d’entre elles ne devienne meurtrière ou simplement dominatrice » Jean Daniel  Nouvel Obs.26/11

 

On semble pourtant ne plus parvenir à rétablir un équilibre entre un nivellement gommant toutes nos différences, au nom d’un idéal républicain uniforme et abstrait et une implosion entre de multiples communautés juxtaposées, voire antagonistes.


Cette difficulté à formuler un projet de société, adopté par les diverses composantes de la nation, catégories sociales, Français, de souche ou fraichement immigrés, viendrait-elle de notre vieillissement collectif qui paralyserait les choix politiques, comme il rigidifie les articulations et les artères ?

« Ce cher et vieux pays » invoqué par le Général De Gaulle qui avait encore quelques obstacles à lui faire franchir, serait-il bloqué par l’arthrose ou les successeurs du Général manqueraient ils d’imagination et de volonté politique ?

 « La période où l’esprit est encore actif est la plus belle époque, la jeunesse d’un peuple. Alors les individus sont tous poussés à défendre leur patrie, à faire valoir les buts de leur peuple. Lorsque, tout cela une fois accomplie, apparaît l’habitude de la vie. Et de même que l’homme meurt dans l’habitude de la vie, de même l’Esprit d’un peuple meurt dans la jouissance de lui-même….  Il se peut que renonçant à certains aspects de son but, le peuple ait trouvé son contentement dans un monde de moindre envergure. Si même son imagination s’est élancée au dessus de ce monde limité, il a renoncé à ces buts parce que la réalité ne s’y prêtait pas et il s’est limité à des tâches réalisables. Il vit désormais dans la satisfaction du but accompli ; il tombe dans la routine où il n’y a plus de place pour la vitalité et avance vers sa mort  naturelle….. Il reste certes remuant, mais cette agitation n’est plus que celle des intérêts privés ; elle ne concerne plus l’intérêt même du peuple. »

 Hegel «  la raison dans l’Histoire »[6]


Nous disposons, depuis le 9 mai 1950, date de la déclaration de Robert Schuman et début de la construction européenne, d’un projet collectif qui transcende nos nations et nous a, d’ores et déjà, apporté plus d’un demi siècle de paix, une liberté et une prospérité économique que nous sommes même parvenus à faire, en partie, partager aux peuples qui avaient vécu sous le joug communiste, après avoir subi le nazisme.

 Cet édifice européen, à la fois complexe et fragile, ne semble plus constituer un projet collectif mobilisateur pour nos concitoyens. Ils auraient même de plus en plus tendance à opposer une volonté nationale chimérique à cette nébuleuse européenne dans laquelle ils redoutent que nos intérêts personnels ou nationaux soient trop dilués.


C’est pourtant bien à la taille européenne que nous avons quelques chances de pouvoir affronter plus efficacement le défi écologique, par de nouvelles formes de développement, de meilleures régulations économiques, une meilleure approche du co développement mondial et des flux migratoires.

Faute de savoir dépasser nos frontières nationales, ce débat sur notre identité, entre tenants d’un républicanisme pur et dur ou d’un communautarisme tempéré, nos dispute sur le nombre acceptable d’immigrés en situation régulière ou pas, ressemblera, de plus en plus, aux fameux débats sur le sexe des anges, quand l’empire romain d’orient s’effondrait.

Gilbert Veyret

 



[1] Le rejet du projet de Constitution européenne par la France en 2005  semblait largement inspiré par les valeurs défendues par ce petit Gaulois sympathique !

[2] Je laisse à chaque lecteur le soin de choisir le mot qui lui convient  en fonction de ses propres choix politiques !

[3] On devrait  plutôt choisir le grand air de la «Damnation de Faust » de Berlioz. C’est moins pompier et moins belliqueux.

[4]  M. Crépon et M de Launay « Libération » 19/11/2009

[5] Cela ne m’empêche pas, à l’occasion, d’apprécier la finesse d’un jeu collectif ou le brio d’exploits individuels, mais de manière purement ludique.

[6] Qu’on me pardonne cette  citation trop longue, mais Hegel me semble avoir mieux répondu que d’autres au questionnement  d’’Eric Besson, même s’il n’a pas pu intégrer la perspective d’élections régionales en France !

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Published by Gilbert Veyret - dans Réflexion politique
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