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 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 14:42

 

Par MICHEL MAFFESOLI Membre de l’Institut universitaire de France

Libération du 05 10 2010

 

Est-il possible de refuser la dichotomie entre l’enfer et le paradis ? Peut-on, à l’image des humaniste de la Renaissance, aborder un «phénomène», sine ira et odio, sans colère ni haine ? Ainsi, comment décrypter le fait que Sarkozy provoque, chez les uns, les élites éduquées, tant de réactions hystériques, et chez d’autres (ce peuple si inquiétant) un accord explicite ou implicite ?

 

Bien sûr, on peut taxer de populisme le fait que ses déclarations outrancières et guerrières contre les Roms ou les «cailleras» réconfortent ceux qui, au quotidien, chaque jour, vivent en leur présence. L’injure comme catharsis de la violence en quelque sorte. Mais on peut également observer que l’on est en présence d’un phénomène de participation «mystique» d’un chef en phase avec les réactions populaires. Un Sarkozy est là, bien réel, en phase avec la «nappe phréatique» que sont les masses populaires, mais qui ne correspond en rien à ce que les élites, dans leur majorité, ont envie d’entendre, de comprendre, d’interpréter.
 

Il faut reprendre ici la distinction proposée par Auguste Comte, entre «pays légal» et «pays réel». Opposition qui, sous des noms divers, est fréquente dans les histoires humaines : celle qui souligne le désaccord profond entre le peuple et ses représentants. Désaccord ou désamour permettant l’émergence de nouveaux leaders, qui, eux, «sentent» ce qu’il convient de dire et de faire. Leaders populistes ? Charismatiques ? Démagogues ? C’est selon. En tout cas, ils sont les indices flagrants qu’un cycle s’achève, et avec lui une manière de faire la politique, de penser le politique. On peut traduire de nos jours la distinction comtienne en pointant un fossé indépassable entre l’opinion «publiée» et l’opinion publique qui elle, ne se reconnaît en rien dans ce qui est publié.
 

D’où une question simple : pourquoi tant de haine lorsqu’il est question du président de la République ?

 

Peut-être parce que ce qui irrite tant l’opinion publiée est en parfaite congruence avec l’opinion publique. Certes, pour le dire familièrement, il y a des «hauts et des bas» dans les sondages. Et pour cause : la versatilité est une des caractéristiques essentielles de l’opinion publique.

Mais, fondamentalement, Sarkozy, en ses aspects changeants, avec sa syntaxe approximative, dans sa théâtralité voyante, avec son côté «m’as-tu vu», au travers d’un désir de jouissance ici et maintenant, ne fait que tendre au peuple ébaudi un miroir, où celui-ci peut voir le reflet de son âme collective. Il est, à lui seul, une autobiographie du peuple !
 

Là est le secret de son magnétisme. Il suffit qu’il se déplace en province, qu’il visite une usine, fasse semblant de s’intéresser aux paysans ou parcoure au pas de course les couloirs d’un hôpital, pour que son charisme fonctionne. Sa présence, malgré ou grâce aux défauts et imperfections qui sont les siens, suscite une sorte de «participation magique». C’est ainsi que des ethnologues, tel Lévy-Bruhl, désignaient ce «je-ne-sais-quoi», cette chose immatérielle, impondérable, échappant à toutes les statistiques, assurant la cohésion d’une communauté, le sentiment d’appartenance, faisant qu’il y a du lien, du liant social.
Il faut en effet rapprocher le faire et le dire de Nicolas Sarkozy des processus religieux ou magiques. La parole, le verbe, l’attitude ont en quelque sorte une force propre, qu’ils soient ou non suivis de décisions.

 

Quand Sarkozy explique qu’il faut «nettoyer la cité au Kärcher» ou «démanteler les campements irréguliers» ou encore, lors de son discours de Grenoble, «déclarer la guerre aux voyous», ce n’est pas un acte réfléchi d’agression voire de discrimination envers les «gens du voyage» ou les «sauvageons». Mais tout simplement une réaction, une action en retour.

 Action qui tient tout entière en la puissance du verbe qui fait écho à ces paroles qu’ont envie de prononcer, au même moment, ceux qui n’en peuvent plus de vivre là.

Comme ce serait bien s’il suffisait d’un passage au Kärcher, de la distribution de «pactoles» de 300 euros pour résoudre les difficultés du vivre ensemble au quotidien. Le passage du Kärcher, voilà qui fait écho à ce «souci» constant, quoiqu’inconscient, de nettoyer les caves, les garages, les autres lieux souillés. Un tel nettoyage s’apparente au balancement de l’ostensoir, au feu purificateur, bref à la cérémonie archétypale de tout exorcisme. Dont on sait qu’il n’a de réalité que dans l’instant même de la cérémonie.

Ainsi peu importe les promesses ou les menaces. Celles-ci ne sont pas faites pour être tenues. Il suffit, pour un homme politique, de savoir se servir, avec force, d’une image ou métaphore que tout un chacun peut comprendre ou aimerait dire sur le moment même. Et sans que cela porte à conséquence.

En politique, qui n’est en rien morale (ce que l’on oublie trop souvent), seul le verbe importe, l’action est secondaire ! Il faut avoir la lucidité de reconnaître que ce que le peuple attend de ses dirigeants est une parole qui soit en phase avec ce qu’il vit. Qu’il soit en résonance, à l’écoute. Leçon fondamentale donnée par Heidegger dans Etre et temps : «Comprendre est inséparable de vibrer.» Il s’agit là d’une constante anthropologique.

 

La vraie puissance des chefs, que ce soit celui des tribus indiennes ou celui des divers présidents de la République (De Gaulle ou Mitterrand en sont des exemples achevés) est avant tout celui du «verbe».
C’est cela l’intuition du Président. Dès lors, des «affaires» en tous genres peuvent défrayer la chronique, des articles vengeurs le traîner dans la boue, tout cela semble de peu d’importance, dès le moment où, par une grâce mystérieuse, la simple existence d’un Sarkozy n’ayant que faire des analyses par trop rationnelles est source d’inspiration pour un désir de jouissance, pour l’hédonisme immédiat qui, pour le meilleur et pour le pire, caractérise l’esprit du temps.

Michel Maffesoli

dans Libération

 

 

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Published by Michel Maffesoli, dans Libération - dans démocratie
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commentaires

Marc d'Here 09/11/2010 17:21


Message personnel de Nicolas Sarkozy:


Nous honorons aujourd’hui la mémoire du Général de Gaulle, qui nous a quittés il y a quarante ans. Sa mémoire habite nos institutions, nos valeurs, nos ambitions en tant que nation. J’étais ce
matin chez lui, à Colombey-les-Deux-Eglises, pour lui rendre hommage. Perpétuons ensemble le souvenir de celui à qui nous devons une part de notre liberté.



Nicolas Sarkozy


Marc d'Here 09/11/2010 12:06


Nicolas Sarkozy s'est recueilli mardi à Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne) sur la tombe du Général de Gaulle et de sa fille Anne aux alentours de 11h15, ont montré les images de France 2. Le
président de la République a déposé une gerbe sur la sépulture du général, à l'occasion des quarante ans de sa mort. Le chef de l'Etat a ensuite observé une minute de silence, en présence de
François Fillon et de la hiérarchie Saint-Cyrienne.


Larnaudie Patricia 10/10/2010 19:23


Eh oui,le gouffre est IMMENSE entre "opinion publiée" et "opinion publique"!
Je le constate chaque jour!
Bien à toi
P. Larnaudie