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PRESENTATION

 

 

Contact: marcdhere.mdh@gmail.com 

 RECONQUÊTE est un  mouvement en construction. Ce n'est pas un parti politique, mais un Cercle de Réflexion et d'Action, ouvert à tous ceux, à quelque parti qu'ils appartiennent, ou sans parti, qui se reconnaissent dans ses valeurs et  principes. La Responsabilité et l'équivalence entre droits et devoirs à tous les niveaux,  le libéralisme économique,  la solidarité,  le choix d'une évolution réaliste et progressive dans le social et le sociétal,  l'Europe... 

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 17:51

 

Extrait du livre "Plus belle la gauche -Pour une gauche moderne" de Marc d'Héré et Gilles Casanova...

 

 

La liberté que nous reconnaissons sous tous ses aspects, dans tous ses prolongements, nous la voulons complète et concrète. Au delà de la conception minimale qui consiste à vouloir garantir la liberté de droits, la liberté de conscience, la liberté d’expression, la liberté politique sans lesquelles il n’y a ni liberté, ni justice ni démocratie possibles, il y a une autre conception, plus large, positive et dynamique de la liberté assimilée à une capacité à agir. Liberté qui prend sa signification au moment et dans la mesure où on l’exerce, parce qu’elle est la condition de l’action. Être libre, c’est savoir et pouvoir exprimer son opinion et ses objectifs, sans se laisser contraindre par l’autorité ou brider par le conformisme, c’est surtout pouvoir faire ses choix – et les assumer – avoir la possibilité d’agir, d’abord sur sa propre histoire mais aussi dans et sur une société qui doit en fournir les moyens concrets. Notre conception de la liberté ne se résume pas à une liberté de droit, une liberté formelle, c’est celle d’une liberté concrète. Ce n’est pas celle du « laisser faire » c’est celle du « pouvoir faire ». C’est la liberté réelle donnée à chacun d’exercer sa responsabilité.

 

Refusant tout déterminisme, nous accordons toute la place, dans l’action de tous les jours comme dans la construction de l’avenir, à la responsabilité de l’individu mais aussi des groupes qui auront su se constituer. La responsabilité c’est la conscience des devoirs qui découlent de la liberté,[1] c’est donner un sens à la liberté en l’orientant vers l’engagement au sein de sa collectivité ou au-delà. La mise en œuvre de la responsabilité concerne aussi ceux qui ont en charge l’action collective et la conduite de la cité. Elle exige une éthique personnelle, mais également politique, consistant à dire ce que l’on estime juste et à assumer ses idées comme ses actes. Elle exige d’écouter, mais aussi de choisir et de décider. L’ambiguïté en politique permet peut-être des succès, et nous ne sommes pas particulièrement fiers d’avoir compté dans les rangs de la gauche française un orfèvre en cette matière, mais elle est corrosive pour la démocratie. Il revient aux responsables de faire de la politique au meilleur sens du mot, c’est à dire d’agir en fonction d’objectifs affichés, d’introduire la volonté humaine dans les mécanismes de la société et tout particulièrement du marché, d’insuffler une part d’équité dans les relations économiques et sociales, qui sans cette action suivrait la pente d’un « darwinisme social ». D’en faire, selon la belle expression de Vaclav Havel une « moralité agissante ». Il s’agit pour les gouvernants de permettre à chacun de trouver et d’utiliser les moyens concrets de sa liberté.

 

La liberté, entraîne la concurrence. La gauche traditionnelle refuse la concurrence qu’elle considère comme le vecteur de l’inégalité et de la destruction du lien social.  Pour nous, elle peut être la meilleure ou la pire des choses. La pire quand, non régulée, elle contrarie les démarches de solidarité et permet au plus fort d’imposer sa loi. Mais elle est la meilleure aussi car nécessaire au dynamisme de nos sociétés, alors que son absence conduit à des sociétés figées. En s’opposant aux situations acquises, aux rentes comme aux privilèges, la concurrence est la condition de la justice, de la mobilité sociale et de l’égalité[2]. C’est elle qui pousse à se dépasser, à vouloir mieux faire, c’est elle qui est à la base du progrès, et les sociétés qui ont voulu l’abolir ou l’entraver se sont écroulées au milieu de désastres économiques et humains. Nous voulons favoriser l’expansion d’une concurrence facteur de progrès, qui devra, pour produire ses effets bénéfiques, s’inscrire dans un ensemble de règles qui lui permettront de s’exercer sans se trouver niée par des phénomènes d’entente ou par la constitution de monopoles. Au lieu, comme on le souhaite trop souvent à gauche, de renoncer aux bienfaits de la concurrence pour éviter les risques qu’elle induit, nous voulons en permettre l’exercice dans des conditions qui la font aller de pair avec la justice. La liberté ne peut se concevoir sans règles et les lois destinées à assurer une concurrence loyale, comme les régulations de l’économie de marché, sont des exigences qui permettent à la liberté de fonctionner de manière efficace et équitable.

 

Cette exigence de liberté et d’autonomie effraie souvent dans la mesure où elle s’accompagne d’une plus grande insécurité et il est vrai qu’existe dans notre monde moderne, et chez nous en particulier, un fort besoin de sécurité que la liberté peut sembler menacer. Ne nions pas le risque qui est inhérent à notre société, et en est même une valeur à conserver dans la mesure où il constitue, outre le sel et l’aiguillon de la vie sociale comment expliquer sinon la passion millénaire pour la compétition sportive sans percevoir que la volonté de gagner n’existe que parce qu’il y a le risque de perdre –, un critère compris par tous, qui peut justifier certaines inégalités, comme par exemple, une distribution inégale des revenus. Pourtant nous devons comprendre de quoi est fait ce besoin de sécurité et chercher à y répondre sans brider la liberté. Reconnaissons d’abord que sans un minimum de moyens, matériels, financiers, culturels, il est illusoire de parler de liberté. Quelle peut être la liberté de celui qui ne possède rien, vit dans l’incertitude du lendemain, et subit tous les risques sans chance réelle d’y échapper ? La liberté exige un minimum de protection, ou un partage solidaire des risques. Ce minimum assuré, garanti, le besoin de sécurité ne doit pas se traduire par la recherche d’un refuge, par un refus de l’action, même s’il est vrai que dans notre « vieux pays », c’est ainsi, parfois, qu’on le comprend. Parce que toute action présente un risque, toute initiative un danger d’échec, certains auront tendance à sacrifier liberté et initiatives au profit d’une prudence conduisant à l’immobilisme et au repli sur soi. Alors on encadrera toutes les activités, quitte à les étouffer, on regardera avec méfiance les entrepreneurs, on favorisera des emplois publics à vie, on interdira les OGM sans distinction, on refusera tout changement, et sur le plan international on choisira la non intervention.

 

Pour nous, la sécurité ne doit pas limiter la liberté mais en être une condition, elle doit être moins un bouclier qu’un filet de sécurité qui rattrape en cas de chute, qui garantit en cas d’échec et qui pousse à l’action puisqu’elle peut corriger certaines conséquences néfastes engendrées par la liberté. Le « principe de précaution », malheureusement intégré à notre Constitution par un Président démagogue, ne doit pas être un prétexte pour renoncer à regarder vers l’avenir et à agir. Nous voulons, en conciliant le désir de liberté et le besoin de sécurité, dans un monde en constante évolution, encourager l’initiative au lieu de la freiner. Auxiliaire de la liberté, la sécurité permet l’exercice complet de la responsabilité, elle en est une des conditions.

 

La liberté ainsi considérée et la responsabilité qui l’accompagne sont le moteur de l’action, et favoriser la mise en œuvre de la responsabilité permet de donner à la société vitalité et dynamisme. C’est l’ignorance de ce principe qui maintient nos sociétés dans un immobilisme où certains ont cru voir une cause de déclin, et contre lequel le gouvernement aujourd’hui essaie de réagir. Une société où personne n’est incité à prendre et assumer ses responsabilités ne peut progresser. Un des enseignements de la société issue de la révolution de 1917, c’est que malgré le fonctionnement – parfois supérieur à celui des pays occidentaux de même niveau économique – de certains secteurs clefs, comme l’enseignement, l’absence de chômage ou de délinquance telle que nous la connaissons, la société soviétique était dépourvue de toute dynamique, dans quelque domaine que ce soit, le bouclier protecteur mis en place, diminuant encore plus l’autonomie des individus et renforçant les effets immobilisant de l’absence des libertés publiques. Ce n’est pas en insérant l’individu dans des réglementations et des prescriptions, en l’assistant ou en le protégeant en toutes circonstances que l’on favorisera le dynamisme social et le progrès, ni même la solidarité, mais bien en développant son autonomie et ses capacités d’initiative, en lui donnant l’ambition et les moyens d’agir. La vie sociale est le lieu d’application privilégié de la responsabilité qui n’est jamais autant fidèle à elle-même que lorsqu’elle s’exprime dans le « faire ensemble » et le « faire pour », c'est-à-dire dans la solidarité.

 

Mais, l’individualisation peut-elle se traduire par un désintérêt pour le collectif, le sentiment de l’inutilité de l’action collective ? Peut-elle être un obstacle à cette responsabilité sociale que la liberté permet par ailleurs ? Ce risque ne doit pas nous faire redouter ou nous pousser à vouloir contrecarrer la mutation sociale en cours. L’individualisation n’interdit pas le lien social, elle permet de choisir ses liens au lieu d’être prisonnier de ceux qu’impose la tradition ou l’autorité, elle ne s’oppose pas à l’engagement, même si elle refuse l’embrigadement. C’est donc une action proactive, non contre une liberté trop grande, mais pour un engagement plus fort qui doit être notre réponse. Cette liberté n’est pas l’individualisme égoïste, et peut, dans des conditions qu’il nous appartient de susciter, pousser à créer ou entreprendre. C’est l’individualisation de la société qui a été à l’origine d’acquis émancipateurs, c’est cette exigence d’épanouissement individuel qui a permis l’émergence et les succès des mouvements d’affirmation des droits des femmes ou des homosexuels, qui a conduit à une plus grande égalité dans les relations à l’intérieur des familles, qui sur un plan international a favorisé des progrès dans la défense et le respect des droits de l’Homme. Nous avons la certitude qu’un grand projet collectif ne peut se bâtir sans la liberté d’agir donnée à chacun et sans l’autonomie des acteurs, sans leur capacité d’initiative source de dynamisme, leur concurrence source d’efficacité et leur libre collaboration condition de la solidarité.

 



[1] « A l’expansion de l’individualisme doit correspondre une extension des obligations individuelles ». Anthony Giddens

[2]« L’introduction la plus large possible du principe de concurrence – dans l’économie, dans l’administration et la fonction publique, à l’école, dans les milieux de l’université et de la recherche….– accroît l’égalité. En revanche tout ce qui constitue des trajectoires obligées, des monopoles, des rentes de situation, des décisions prises sans information ni transparence, contribue à renforcer les situations acquises, les positions dominantes… » Nicolas Tenzer : « Les valeurs des modernes » Flammarion octobre 2003.

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Published by Marc d'Here et Gilles Casanova - dans Réflexion politique
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commentaires

Marc d'Here 14/07/2010 12:40


Il est interessant de noter que les socialistes, à quelques exceptions près, ont refusé de voter la loi "anti Burka"...Ils manifestent une curieuse conception de la liberté, comme de la dignité et
de la responsabilité qui doivent l'accompagner! Il faudra s'en souvenir et le rappeler aux Français.